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13 avril 2018

Le Brésil et sa démocratie seraient-ils en danger de «bordaberrisation» ?

Le 8 avril 2018, l’armée de l’air brésilienne a transporté Lula de São Paulo à Curitiba, lieu de son incarcération. Les messages échangés entre la tour de contrôle et le pilote ont été laconiques, comme il se doit… Mais aussi qualitativement insolites. «Jette cette ordure par la fenêtre. Embarque le et qu’on en parle plus», dit une voix masculine. Une voix féminine interrompt un dialogue qui n’a rien de technique. «Attention, Messieurs, vos messages sont enregistrés et peuvent être utilisés contre vous.» «S’il vous plait, respectez strictement la phraséologie officielle.»

Photo : Indian express

Ce dérapage verbal, diffusé par le site brésilien R7, a été confirmé par la FAB, Force aérienne brésilienne, qui n’a pas pu, ou voulu, selon certains, enquêter pour connaître l’auteur de ces propos. Ceux-ci sont, quoiqu’il en soit, révélateurs du contexte d’une démocratie où, les bornes ayant été franchies, il n’y a plus de limites, en particulier pour ceux qui tiennent la poêle brésilienne par le bon bout ; une coalition connue au Brésil sous le nom de Bœuf-Bible et Balle, c’est-à-dire les groupes de pression agro-exportateurs, évangélistes néo-pentecôtistes et les forces de l’ordre.

En effet, les militaires sont de retour. Ils ne sont pas arrivés brutalement et en force, comme en 1964, mais ils investissent progressivement le terrain de la sécurité intérieure et celui de la politique, dépassant les barrières institutionnelles imposées par les Constituants de 1988. Le «plus jamais ça» commun aux lendemains des drames intérieurs avait en effet, au Brésil comme chez ses voisins, cantonné l’armée à la défense des frontières et de la souveraineté nationale.

Mais, deux ans après le coup d’État de velours ayant écarté la présidente élue Dilma Rousseff, le Brésil a perdu ses couleurs carnaval pour se vêtir de kaki.

En quelques années, de 1994 à 2016, les dirigeants brésiliens Fernando Henrique Cardoso, puis Lula et Dilma Rousseff, avaient «civilisé» les forces armées. Un ministère de la défense avait été créé, placé sous l’autorité d’un responsable politique. Un livre blanc de la défense avait redéfini le rôle et les missions des armées. Mieux dotées en matériel moderne, elles avaient été orientées vers la protection de «l’Amazonie bleue», la mer territoriale, les frontières et les opérations de paix des Nations unies. Le Brésil avait ainsi pris la direction de la MINUSTAH, Mission de stabilisation des Nations unies en Haïti et de la force maritime de l’ONU au Proche-Orient.

Cette page a été réécrite depuis la destitution de Dilma Rousseff en 2016 et l’incarcération de Lula en 2018. Un militaire, le général Joaquim Silva e Luna, a été nommé ministre de la défense le 26 février 2018. C’est une première depuis la fin des années de dictature. Les frontières entre sécurité intérieure et extérieure sont devenues floues. Déstabilisé par les conséquences de sa politique d’austérité, le gouvernement du président de fait, Michel Temer, fait désormais appel aux armées. Il l’a fait en mai 2017 à Brasilia pour venir à bout de manifestations devant le siège du gouvernement, comme il l’a fait à Rio le 19 février 2018. Plus de 3000 soldats ont été chargés du maintien de l’ordre dans les quartiers de la «ville merveilleuse» considérés comme difficiles — les plus pauvres —, mais sans résultats probants, les assassinats n’ayant pas connu de pause particulière. Ces méthodes comportent de nombreux risques de bavures, les militaires n’étant ni formés ni équipés pour le maintien de l’ordre.

Plus grave, ou du moins tout aussi préoccupant, cet investissement institutionnel sollicité par un pouvoir de fait fragilisé par son illégitimité politique et sociale, s’accompagne de nombreux débordements verbaux anticonstitutionnels. Ils se sont multipliés depuis le 16 avril 2016. Ce jour-là, un député d’extrême droite, ancien capitaine, Jair Bolsonaro, a voté la destitution de la présidente Dilma Rousseff, en tenue militaire, en revendiquant, pour expliquer son vote, les acquis de la dictature. En 2017, le général António Mourão a évoqué l’éventualité d’une intervention de l’armée, sans être sanctionné ni par sa hiérarchie ni par le gouvernement. Enfin, le 3 avril 2018, la veille du jugement en appel de Lula par le Tribunal supérieur fédéral (ou STF), Eduardo Villas Bôas, général chef d’État-major de l’armée de terre a publiquement mis en demeure les juges de refuser toute «impunité». Cette rodomontade, loin d’être critiquée, a été publiquement relayée par un groupe d’officiers de haut rang. Le général Paulo Chagas, par exemple, s’est laissé aller en ces termes : «l’épée d’un côté, le cheval équipé, j’attends les ordres !» L’un de ses collègues (à la retraite), Luiz Gonzaga Schroeder, a été on ne peut plus clair : «Le devoir des forces armées est de rétablir l’ordre.» Et le plus préoccupant d’un point de vue démocratique, c’est que le propos du général Villa Bôas a été avalisé par le ministre de la défense.

Le 7 octobre prochain, les Brésiliens doivent élire leur président de la République. À ce jour, Lula ayant été écarté manu militari, les apprentis sorciers qui ont éliminé les opposants de gauche les plus dangereux n’ont désormais plus de candidat crédible. Pour l’instant, seul le capitaine Jair Bolsonaro caracole au plus haut des sondages, soutenu par les casernes et les pentecôtistes. Ce qui fait dire à certains qu’après tout, au point d’illégitimité où il en est, le pouvoir de fait pourrait bien reporter les élections présidentielles à plus tard.

Jean-Jacques KOURLIANSKY

Le Vatican reconnaît de graves erreurs d’appréciations sur les agressions sexuelles au Chili

Le pape François a admis avoir fait de «graves erreurs» de jugement relativement au scandale sur les agressions sexuelles au Chili, et a invité les victimes qu’il avait discréditées à venir à Rome pour leur demander pardon. Dans une lettre hors du commun publiée mercredi, le pape a aussi convoqué tous les évêques chiliens au Vatican pour un sommet d’urgence dans les prochaines semaines afin de discuter du scandale, qui a grandement entaché sa réputation et celle de l’Église catholique chilienne.

Photo : El Quinto Poder

Le Vatican convoque de telles rencontres d’urgence à de rares occasions, lorsque l’intervention du Saint-Siège est requise de manière urgente, notamment lors de l’explosion du scandale d’agressions sexuelles par le clergé aux États-Unis en 2002.

Le pape François a affirmé que la rencontre, qui est annoncée seulement un an après la plus récente visite régulière des évêques chiliens à Rome, aura pour objectif de «réparer le scandale là où cela est possible et de rétablir la justice».

Le souverain pontife a évoqué un manque d’«information équilibrée et véridique» pour expliquer ses erreurs de jugement dans l’affaire de l’évêque Juan Barros, un protégé du plus tristement célèbre prêtre prédateur au Chili, le père Fernando Karadima. Lors d’une visite en janvier au Chili, le pape François avait défendu vigoureusement M. Barros, qui est accusé par de présumées victimes d’avoir balayé sous le tapis des agressions sexuelles qui auraient été commises par le père Karadima.

Pendant ce voyage, le pape a qualifié de «calomnies» les allégations à l’encontre de l’évêque Barros. Le pape François a affirmé mercredi qu’il fallait s’efforcer «de rétablir la confiance envers l’Église, une confiance qui a été brisée par nos erreurs et péchés, et de panser les blessures qui saignent encore dans la société chilienne».

Le père Karadima était un prêtre charismatique proche du pouvoir. Ses victimes se sont exprimées publiquement en 2010, après avoir affirmé pendant des années aux autorités religieuses que le père Karadima les embrassait et les caressait quand elles étaient adolescentes. Des allégations à son sujet circulaient depuis 2002.

D’après le Service de presse du Vatican

Stabilité démocratique et mains propres au menu du VIIIe Sommet des Amériques

Stabilité démocratique et mains propres : c’est sur ces mots que sont fondés les principes du VIIIe Sommet des Amériques. Depuis plus de deux décennies, les chefs d’État des pays américains, de l’Alaska à la Patagonie, se réunissent périodiquement pour traiter de questions concernant le développement économique, la situation sociale et les objectifs politiques du continent. La présente édition du «Sommet des Amériques» aura lieu les 13 et 14 avril à Lima au Pérou.

Tous les trois ans environ, la «promotion de la démocratie», la «défense des droits de la personne», la «garantie d’une approche multidimensionnelle de la sécurité», la «promotion du développement intégré et de la prospérité », l’«appui à la coopération juridique interaméricaine» figurent parmi les thèmes essentiels de ce processus, inauguré à Miami en décembre 1994 sous le patronage du gouvernement de Bill Clinton et l’Organisation des États américains.

La présente édition du «Sommet des Amériques» aura lieu les 13 et 14 avril à Lima (Pérou), et l’annonce de la présence du très controversé Donald Trump semble monopoliser les débats, au point d’occulter ce qui devrait être le thème essentiel de ce VIIIe Sommet : la gouvernance démocratique et la lutte contre la corruption.

En effet, l’arrivée du président des États-Unis, dont les propos anti-latino-américains pendant la campagne électorale de 2016 résonnent encore dans la mémoire collective, a provoqué une vague de critiques au Pérou. Ainsi le parti d’opposition Front Large a présenté au Congrès une motion condamnant la présence du locataire de la Maison Blanche, et demandant qu’il soit déclaré «persona non grata»*.

Rien de nouveau. Les émissaires de Washington ont toujours suscité des réactions violentes en Amérique latine, où il existe un front de refus de l’hégémonie étasunienne ancré dans les gènes depuis plusieurs générations. On se souvient par exemple du IVe sommet des Amériques à Mar del Plata, en Argentine : 40 000 personnes rassemblées dans un stade de football pour dire : «Non à Bush.»

Depuis le premier sommet à Miami donc, les projets sociaux, économiques et politiques prônés par le Nord tout-puissant, et son image inextricablement liée à la finance impérialiste, ont été la principale difficulté pour trouver un consensus global avec le Sud en voie de développement. C’est l’éternelle rivalité panamericanisme étasunien vs. latinoaméricanisme.

Par ailleurs, ce sommet fait ressortir les tensions qui opposent l’administration Trump et le Venezuela, un pays immergé dans le chaos depuis plusieurs années. Si Barack Obama considérait le chavisme comme une menace pour les États-Unis, Donald Trump avait précisé, en septembre dernier, qu’il n’excluait pas un plan d’intervention militaire de la nation bolivarienne.

Dans le même temps, le Pérou a fait savoir que Maduro n’y «sera(it) pas le bienvenu» et lui a demandé de s’abstenir d’y participer. Mais le président vénézuélien avait affirmé qu’il assisterait au sommet des Amériques malgré la mise en garde du gouvernement péruvien : «Ils ont peur de moi ? Ils ne veulent pas me voir à Lima ? Ils vont me voir, qu’il pleuve, qu’il y ait du tonnerre ou des éclairs, par les airs, par terre ou par mer j’arriverai au sommet des Amériques avec la vérité […] du Venezuela», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Au sein de ce paysage incertain, un fléau qui semble indissociable de la vie politique. C’est justement autour de ce thème, la gouvernance démocratique face à la corruption et l’adoption de mesures concrètes sur ce sujet, que s’articule ce sommet. Or, ironie du destin, le président du pays organisateur, Pedro Pablo Kuczynski, vient de démissionner après la crise politique déclenchée par un scandale de corruption : il a reconnu avoir entretenu des liens non-officiels avec l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht, déjà sous l’œil de la justice dans différents pays de la région.

Cette illustration éclatante de l’indigence de la politique anti-corruption trouve un peu partout d’autres exemples qui commencent à voir le jour, notamment au Brésil et en Argentine. Le Pérou est en tête : depuis 1990, ses ex-présidents ont été inquiétés ou mis en examen. Il s’agit sans doute d’un basculement en train de s’opérer dans le domaine de la justice. De ce fait, si cette réunion continentale prétend poser les bases de la lutte contre la corruption, c’est en partie, peut-être, pour établir un nouvel ordre latino-américain, mais surtout pour réduire la pression que l’opinion publique fait peser sur ses dirigeants. Car si le phénomène de la corruption est un véritable désastre qui se répercute sur la santé, l’éducation et la sécurité des habitants, il pourrait entraîner également une catastrophe sociale généralisée. Sur ce thème, il est certain que les hommes politiques n’ont pas oublié les manifestants argentins lors de la crise de 2001, «Que se vayan todos!» (Qu’ils s’en aillent tous!). Ce cri d’indignation est toujours latent sur les lèvres du peuple comme un mantra collectif contre les «vices» du pouvoir.

Tout cela ne fait que confirmer la multiplicité des facteurs qui influent sur le comportement, et les résolutions d’une classe dirigeante de plus en plus méprisée pour ses intérêts égoïstes. La preuve est la création d’autres sommets, comme le Sommet des Peuples, le Sommet de la société civile, le Sommet des jeunes, qui ont lieu en parallèle au sommet des Amériques depuis la réunion au Chili, en 1998. Ainsi, dans le courant de la semaine, une série de rencontres est programmée entre organisations indigènes, syndicats, étudiants, entrepreneurs, militants écologistes, ceux qui dénoncent l’inégalité du salaire des femmes, etc.

En y regardant de plus près, toutes ces initiatives d’intégration économique et sociale révèlent l’aspect utopique de l’avenir : un sentiment qui nourrit l’espoir de retrouver un jour une Amérique latine renforcée dans sa capacité d’harmoniser les rêves de la société, les faiblesses de ses institutions et l’ordre économique imposé par le Grand Nord. Mais, au regard des résultats obtenus après sept réunions depuis 1994, si le sommet des Amériques ne peut pas jouer ce rôle, s’il ne fournit pas le cadre approprié pour mener à bon terme ce projet, alors à quoi sert-il ? Répondre à cette question est le Grand Défi auquel doivent se confronter les chefs d’État réunis au Pérou.

Eduardo UGOLINI

*Au moment de boucler l’édition du présent article, Donald Trump a annoncé qu’il ne participera pas au Sommet des Amériques à cause de l’aggravation de la situation en Syrie.

Un cinéaste allemand en visite au Chili pour le tournage d’un documentaire sur Honecker

Erich Honecker a dirigé l’Allemagne socialiste de 1971 à 1989. Durant la dictature de Pinochet, son gouvernement a octroyé l’asile à cinq mille Chiliens. Honecker est mort au Chili en 1994. «Peut-on être reconnaissant envers un dictateur qui t’a protégé d’une dictature délétère et t’a accueilli comme exilé ? Ce sont les questions que nous nous posons et dont nous souhaitons débattre dans notre film, en Allemagne, au Chili, et en Russie», a annoncé le réalisateur.

Photo : Mitteldeutscher Rundfunk

Le cinéaste allemand Thomas Grimm (Aue, 1954) arrivera ce vendredi au Chili, dans le cadre du tournage d’un documentaire sur Erich Honecker, ex-leader de la République démocratique allemande (RDA), et décédé au Chili en 1994. «Nous travaillons sur un film qui traite de la vie d’Erich Honecker après sa chute à l’automne (boréale) de 1989 et sa fuite à travers Moscou jusqu’à son départ pour le Chili», a expliqué le réalisateur à El Mostrador.

Aux côtés de son équipe, Grimm réalisera plusieurs interviews ; il a également participé à la deuxième rencontre des Hijos del Exilio (Enfants de l’Exil) — un groupe d’hommes et de femmes nés à l’étranger pendant la dictature, ou ayant vécu l’exil étant enfants — qui a eu lieu le samedi 7 et le dimanche 8 avril au centre de Santiago du Chili.

Le cinéaste a déjà derrière lui une longue carrière en Allemagne, avec une vingtaine d’œuvres à son actif. Sa visite a également pour objectif de documenter par des photographies le livre biographique qu’il a écrit avec Roberto Yáñez, petit-fils d’Honecker, et dont la sortie est prévue en Allemagne pour septembre prochain.

Une réflexion sur deux dictatures

En pleine chute du socialisme en Europe de l’Est, Honecker a dû quitter son poste en octobre 1989. Après la chute du mur de Berlin en novembre, il a trouvé refuge en Union soviétique (URSS), plus précisément à l’ambassade chilienne de Moscou, alors dirigée par Clodomiro Almeyda, auparavant exilé en RDA. La RDA a accueilli environ cinq mille Chiliens pendant la dictature de Pinochet, dont certaines personnalités comme l’ancienne présidente Michelle Bachelet, l’ancien ministre Enrique Correa ou encore l’actuel chancelier et ancien communiste Roberto Ampuero.

Finalement, Honecker a été livré aux autorités allemandes, qui le jugèrent pour plusieurs morts survenues sur le mur de Berlin. Il fut emprisonné de 1992 à 1993, puis libéré pour raisons médicales. Il se rend alors au Chili avec sa femme Margot — leur fille Sonia s’était mariée avec un Chilien et avait eu avec lui un fils, Roberto — et meurt au mois de mai 1994. Margot a quant à elle vécu au Chili jusqu’à sa mort en 2016.

«L’ambassadeur allemand au Chili à l’époque, Wiegand Pabshc, a qualifié les disputes à propos d’Honecker de « fait gênant » dans les relations germano-chiliennes. Nous souhaitons discuter avec ceux qui se trouvaient à Santiago à ce moment-là. Avec Enrique Correa (exilé lui aussi en RDA), qui a dû expliquer aux Allemands le point de vue chilien en tant que porte-parole gouvernemental du président Aylwin», a commenté Grimm.

«C’était une situation historique compliquée : le Chili sortait de la dictature, la RDA se transformait en Allemagne et l’URSS éclatait. Nous voulons montrer dans le film ce moment de tension avec toutes ses implications politiques dans l’affaire Honecker. Et nous voulons que les Chiliens aient dans le film l’espace nécessaire pour donner leur opinion. Dans l’affaire Honecker, le Chili s’est comporté de manière très honnête, avec une diplomatie courageuse et intelligente. Nous espérons aussi pouvoir nous entretenir avec l’ancienne présidente Michelle Bachelet.»

Grimm souligne que le film abordera des thèmes tels que le dépassement des dictatures et la manière de se battre pour le droit d’asile. «Peut-on être reconnaissant envers un dictateur qui t’a protégé d’une dictature délétère et t’a accordé l’asile ? Ce sont les questions que nous nous posons et autour desquelles nous souhaitons débattre dans notre film, en Allemagne, au Chili, et en Russie.»

Réunion de fils d’exilés

Le cinéaste a également filmé la rencontre d’un groupe de fils d’exilés qui [a eu] lieu ce week-end au siège du syndicat Construmet — la deuxième rencontre après un premier événement réalisé en décembre à Santiago.

L’objectif de ces rencontres est de choisir un «genre d’organisation qui [les] représente et un président provisoire», a souligné Juan Carlos González, membre de la commission organisatrice de l’événement. «Nous sommes une association d’enfants de l’exil, victimes directes de la dictature. Entre autres choses, nous traiterons de sujets comme d’éventuels dédommagements», a-t-il expliqué. « Nous voulons saisir l’opportunité de filmer cette rencontre. L’exil pendant l’enfance, où l’on forge ce qui sera plus tard notre personnalité, a été peu pris en compte », a souligné Grimm.

« Nous voulons insister sur ce sujet et aussi faire qu’on en débatte en Allemagne. Ça pourrait être un projet cinématographique conjoint entre le Chili et l’Allemagne. Le sujet de l’immigration et de l’exil est de grande actualité en Allemagne et se trouve au centre de nombreux débats, à droite comme à gauche. La rencontre des enfants de l’exil peut jouer un rôle particulier dans cette thématique. »

La première de ces rencontres a eu lieu en décembre lors d’une réunion au quartier Yungay, où étaient présentes plus de cinquante personnes ayant vécu l’exil dans des pays comme l’Argentine, le Brésil, Cuba, l’Allemagne, la Roumanie, la Suisse et la Suède, entre autres.

Selon la Commission chilienne des Droits de l’Homme (1993), au moins 200 000 Chiliens se sont exilés après le coup d’État militaire de 1973. Des milliers d’enfants sont partis avec leurs parents ou sont nés à l’étranger. Résultat du terrorisme d’État et de l’éducation en pays étrangers, nombre d’entre eux ont souffert de problèmes physiques et mentaux dont les séquelles subsistent encore aujourd’hui.

Les inscriptions sont ouvertes et les intéressés peuvent contacter González à son adresse mail juanca_1972@yahoo.es.

Un livre sur Roberto Yáñez

Enfin, Grimm profitera également de sa visite pour travaille à son prochain livre J’ai été le dernier citoyen de la RDA – Ma vie comme petit-fils de Honecker (Editorial Suhrkamp), écrit avec Roberto Yáñez et qui sera publié le 10 septembre prochain.

«Les gens connaissent peu des dernières années d’Erich et de Margot Honecker, qui ont obtenu l’asile politique au Chili. Aujourd’hui, deux ans après la mort de Margot Honecker, son petit-fils, Roberto Yañez, brise le silence. Pour la première fois, il évoque sa vie de « petit-fils favori » et raconte ce qui s’est passé après la chute de son grand-père et l’effondrement de la RDA» (critique du livre à venir).

Yañez, fils de Sonia Honecker, a grandi avec les privilèges du pouvoir. À la chute du Mur, il avait 15 ans. Ses grands-parents bien aimés ont été poursuivis comme des criminels et lui-même se sentait poursuivi, y compris à son départ pour le Chili, le pays de son père.

«Il a eu du mal à se repérer dans cette culture étrangère. Après la séparation de ses parents, il a déménagé avec Margot Honecker, qui maintenait sa fidélité aux idéaux de la RDA. Roberto désobéit encore et encore à ses règles strictes et cherche dans la rue une vie nouvelle entre art, drogues et musique. Mais sa grand-mère a toujours été sa principale figure de référence, et il est toujours revenu vers elle. À sa mort en 2016, il a pu se libérer du poids de son histoire familiale et raconter son enfance, la fin de la RDA, la manière dont l’ont vécue les Honecker en tant que famille, et les dernières années de ses grands-parents au Chili

D’après El Mostrador
Traduit par Léa JAILLARD

Une réflexion sur les accords de paix en Colombie menée par Laurie Servières

Aux éditions L’Harmattan, la doctorante Laurie Servières nous propose un essai sur la Colombie : la paix comme levier de politique internationale, préfacé par Guillaume Devin, professeur des universités en science politique et directeur du master Relations internationales à Sciences po Paris.

Photo : Laurie Servières/L’Harmattan

La signature, en décembre 2016, des accords de paix entre le gouvernement Santos et les FARC-EP a cristallisé un moment clé, porteur de grandes promesses pour la Colombie. L’auteur montre comment l’internationalisation de cette initiative devient le prétexte à la réalisation d’ambitions qui débordent des cadres de la construction de paix. Sous l’impulsion de ses concepteurs, le processus de paix devient en effet un formidable outil de communication au service de la politique internationale colombienne.

Laurie Servières est doctorante en science politique au Centre de Recherches Internationale (CERI) de Sciences Po et à l’Institut d’Études Sociales et Politiques (IESP) de l’Université d’État de Rio de Janeiro. Ses recherches portent sur les processus d’internationalisation des politiques publiques en Amérique latine. Pour cette première étude, elle a reçu en 2018 le Prix de la Documentation Française du Meilleur Mémoire de Master en économie et relations internationales.

Elle est en train de préparer une conférence sur la protection des leaders sociaux en Colombie et au Brésil qui se tiendra à la Fondation Maison des Sciences de l’homme (FMSH) à Paris, le mercredi 30 mai prochain, et devrait être intégrée au programme de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France. L’auteur a par ailleurs reçu pour sa recherche le prix de la Documentation Française du meilleur mémoire de Master en économie et relations internationales.

D’après L’Harmattan

Colombie : La Paix comme levier de politique internationale par Laurie Servières, préface de Guillaume Devin aux éditions L’Harmattan dans la collection Inter-National – série Première Synthèse, 176 p., 19 €.

Liberté des femmes dans «Cap vers la liberté» d’Ana Maria Machado

Le nouveau livre d’Ana Maria Machado pourrait être un roman historique décrivant le Brésil (et l’Europe) entre 1857 et 1910, il pourrait être un roman psychologique suivant les atermoiements du cœur de deux belles personnes, un roman engagé sur la conquête de liberté des femmes et la lutte pour la libération des esclaves, un roman social plongeant au cœur d’une société encore jeune, en pleine création, ou encore un superbe mélo racontant des amours impossibles. Or il est tout cela et plus que cela : ses personnages principaux ont bien existé, la romancière et académicienne en fait des êtres humains dont elle nous rapproche au point d’en faire presque des amis.

Photo : Bruno Veiga/Divulgação

Eufrásia Teixeira Leite (Zizinha) est héritière de l’une des plus importantes fortunes du Brésil. En 1872, elle a une vingtaine d’années et se retrouve orpheline. Malgré l’affectueuse insistance de son oncle, elle décide, avec sa sœur Francisca (Chica), plus « raisonnable » qu’elle, d’embarquer pour la France. Plus qu’une société corsetée, ce qu’elle fuit, c’est un avenir sous la dépendance des hommes, d’un homme, d’un mari.

Joaquim Nabuco (Quincas) vient lui aussi d’hériter, de sa marraine, une propriété sucrière décadente, qui coûte bien plus qu’elle ne vaut. Plus tard, le legs d’une tante lui permet de pouvoir enfin réaliser son rêve ancien : découvrir l’Europe. Zizinha et Quincas, qui se sont peut-être déjà rencontrés dans leur vie mondaine, au cours d’un bal ou d’un derby, font la traversée, probablement par pur hasard, sur le même navire. L’espoir de Quincas est de faire quelque chose pour que cesse l’esclavage au Brésil.

Sous le regard des divinités marines afro-brésiliennes naît une idylle

Mais Zizinha n’a pas un caractère à se soumettre, elle sait très bien que sa fortune lui donne le pouvoir, non de choisir elle-même un mari (inimaginable dans son monde), mais de décider de ce que sera sa vie. Quinca est séduisant, elle est séduite, mais quelques « infidélités » de Quincas revenues aux oreilles de sa « fiancée » (ils ne se sont pas clairement engagés), infidélités réelles ou simples ragots, la placent face à sa volonté de ne jamais subir. De son côté, Quincas n’a pas vraiment l’intention de quitter son rôle de célibataire et ne néglige pas de rendre des visites répétées à des amies mariées mais esseulées. Quel homme ne le fait pas ?

Cela pourrait ressembler à un vaudeville, mais les enjeux sont bien plus puissants. Le combat de Zizinha se vit dans la souffrance et se transforme, un peu inconsciemment, pour devenir sa raison de vivre : la liberté des femmes, la sienne lui servant de modèle digne d’être étendu aux autres. La raison de vivre de Quintas reste la même : faire abolir l’esclavage au Brésil.

Les rebondissements ne manquent pas, rendez-vous manqués, morts subites, le temps passe, les vies se déroulent, parallèles ou tangentes. Ana Maria Machado mène son récit avec une douce fermeté, tout avance vite et chacun accomplit son destin. Les personnages sont bien dessinés et, si elle ne néglige à aucun moment celui de Quincas, on sent sa préférence pour celui de Zizinha, la femme volontaire, érigée. Les deux, l’homme et la femme, méritent son respect et aussi son regret qu’ils n’aient pas pu se rapprocher davantage. Elle ne néglige pas non plus le contexte, les changements sociaux de l’époque, les progrès techniques et la nécessité de faire bouger ces sociétés conservatrices, en Europe comme en Amérique.

Les années passent, entre 1857 et 1910, chacun mène sa barque, ce sont deux vies qui peuvent de l’extérieur paraître réussies (l’argent pour l’une, la carrière politique pour l’autre), mais la sensation de manque est bien là, bien pesante. La subtilité d’Ana Maria Machado rend douce-amère cette évidence qu’ils tentent de refouler. Amour ou amitié, la limite est si fragile, renforcée par une société qui épie, commente et censure : la fortune de la femme ne serait-elle pas le vrai motif d’un éventuel mariage ? Et, si on n’épouse pas, peut-on vivre pendant des années un amour semi-clandestin mais connu de tous sans l’officialiser ?

Au fond, l’empêchement se trouve-t-il dans les règles sociales ou dans les hésitations des deux amoureux ? Ana Maria Machado traite ces divers sujets avec une finesse remarquable, ce qui n’empêche ni la fermeté de son style ni surtout le grand plaisir que l’on a de découvrir ces personnages, cette époque, ces sentiments contrariés.

Christian ROINAT

Cap vers la liberté d’Ana Maria Machado, traduit du portugais (Brésil) par Claudia Poncioni et Didier Lamaison, éd. des femmes-Antoinette Fouque, 320 p., 17 €.

Lancement de la Semaine de l’Amérique latine en France du 28 mai au 10 juin

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du lundi 16 au dimanche 22 avril.

Déposez votre annonce

DIMANCHE 15 AVRIL – 18 h – GRENOBLE

Concert Ensamble Moxos : chœur et orchestre de l’Instituto superior de música de San Ignacio de Moxos 

L’Ensamble MOXOS est originaire des plaines de l’Amazonie bolivienne. Devenu l’un des meilleurs ambassadeurs de la Bolivie indigène et pluriculturelle, sa musique revendique l’identité et la mémoire du peuple des Indiens Moxos. Les musiciens sont chanteurs et instrumentistes, acteurs et danseur ; l’occasion de découvrir un héritage musical inscrit au patrimoine immatériel de l’UNESCO, des partitions oubliées du XVIIIe siècle, mais aussi d’admirer des danses guerrières d’Amazonie, d’entendre los bajones, les flûtes de Pan les plus grandes du monde. Plus d’infos

MARDI 17 AVRIL – 19 h – PARIS

Rencontre avec Angel de la Calle à l’occasion de la parution française de son roman «Peintures de guerre»

Organisée par le Collectif argentin pour la Mémoire et le Collectif Malgré tout, en partenariat avec les éditions Otium. Peintures de guerre est paru en Espagne, au Mexique, à Cuba, en Italie et en Argentine. C’est désormais le lecteur francophone qui pourra découvrir ce roman-fresque, qui restitue avec brio les combats et les rêves d’une génération de militants et d’artistes latino-américains qui durent affronter le tristement célèbre Plan Condor. Avec Peintures de guerre, Angel de la Calle contribue avec talent à la lutte contre l’oubli et le révisionnisme. Plus d’infos

JEUDI 19 AVRIL – 19 h – PARIS

Présentation du livre «Les corbeaux» («Uves como cuervos») de l’écrivain équatorien Pedro Rosa Balda 

Un livre de l’auteur équatorien Pedro Rosa Balda, traduit de l’espagnol par Rémy Durand. Le titre de cet ouvrage est inspiré du tableau Champ de blé aux corbeaux de Van Gogh, peint quelque temps avant son suicide. Les ailes des corbeaux semblent y former un V (qui font écho au V de «cuervo») et disent l’intention de Pedro Rosa Balda d’établir un lien entre écriture et peinture. Écriture et peinture étroitement liées dans ce recueil où la première partie est un dialogue entre le poète et le peintre et la seconde est un monologue imaginaire de Van Gogh. Plus d’infos

DVD EN VENTE

Sortie en DVD du film «La fiancée du désert» des réalisatrices argentines Cecilia Atán et Valeria Pivato

Teresa a 54 ans, elle a toujours travaillé au service de la même famille jusqu’au jour où elle est contrainte d’accepter une place loin de Buenos Aires. Elle entame alors un voyage à travers l’immensité du désert argentin, et ce qui semblait être le bout du chemin va s’avérer le début d’une nouvelle vie… Très beau film qui vaut autant par la simplicité de son histoire que par sa crédibilité. On suit avec tendresse et une émotion grandissante le parcours des deux principaux protagonistes de ce film qui malgré leur âge se retrouvent à un nouveau carrefour de vie. À voir ou à revoir ! Plus d’infos

ÉVÉNEMENT ANNUEL

Lancement de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France du 28 mai au 10 juin

En 2010, le Sénat français a officialisé une journée nationale pour l’Amérique latine : le 31 mai. Depuis 2014, cette journée est étendue à une semaine pour organiser des manifestations diverses et variées autour des sociétés et des cultures d’Amérique latine et des Caraïbes. Cette année, l’ancienne ambassadrice de France au Chili, Mme Caroline Dumas, vient d’être nommée secrétaire générale de la Semaine. Dans les prochains jours, le site officiel de la Semaine sera mis à jour pour diffuser la programmation d’une centaine de manifestations en France.

Douze écrivains confirmés au 17e festival Belles Latinas du 10 au 20 octobre prochain

La liste définitive des écrivains latino-américains traduits en français est confirmée pour le festival ; une liste à laquelle s’ajoutent deux écrivains français ayant déjà participé au sixième festival Bellas Francesas au Pérou et en Colombie en mars dernier. Nous appelons les universités et les bibliothèques qui souhaiteraient recevoir un ou plusieurs écrivains à nous contacter avant la fin du mois de mai.

2018 marquera un tournant dans le parcours de médiateur culturel des Nouveaux Espaces Latinos. Nous allons intensifier notre action de mutualisation des ressources afin d’approfondir et d’élargir notre travail d’information, notamment par le biais de nos quatre festivals annuels, uniques en France, par leur contenu et par les moyens mobilisés pour les mettre en œuvre.

La dix-septième édition du festival Belles Latinas va connaître d’importants changements dans la conception de ses animations. Tout d’abord, un changement de date : nous basculons de novembre vers octobre afin de retrouver de nouvelles synergies, notamment avec les festivals de Biarritz Amérique latine, la Fête du Livre de Saint-Étienne et surtout la Foire du livre de Francfort, où sont régulièrement invités de nombreux écrivains latino-américains. Nous pourrions d’ailleurs profiter de leur présence dans un pays voisin pour les inviter à l’édition des Belles Latinas au cours de l’automne, du 10 au 20 octobre 2018.

L’autre changement majeur concerne la sélection des auteurs : ils sont désormais choisis parmi ceux qui ont déjà une actualité littéraire en librairie, afin de donner la possibilité au public de se procurer leurs livres auprès de nos libraires partenaires. Nous souhaitons donc arrêter la liste des auteurs invités avant la fin du mois de mai pour s’assurer que leurs livres soient en vente durant tout l’été. Autre point à souligner, la rémunération des auteurs à hauteur de 150 euros par prestation nous contraint à gérer de façon différente ce budget conséquent.

Enfin, nous allons intensifier les lectures, dialogues et passerelles pour élargir l’audience à un public plus large ; un public qui vient pour les langues et leurs sonorités spécifiques, mais aussi pour la poésie, les réflexions, les voix de l’âme et la musique afin de mettre en miroir les réalités venues d’ailleurs et les réalités propres que nous vivons chaque jour. Pour découvrir l’œuvre de chacun des auteurs invités en octobre, il suffit d’aller sur notre site où vous pourrez lire des chroniques qui leurs sont consacrées.

Januario ESPINOSA
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Ola Cuba ! Expositions et événements dans le cadre de lille3000 du 19 avril au 2 septembre

Lille est devenue en 2004 Capitale Européenne de la Culture. lille2004 a puisé sa force dans les artistes et les habitants qui ont transformé la cité pendant un an. lille3000 poursuit et approfondit ce dynamisme. Ni festival, ni biennale, lille3000 invite à la découverte des cultures à travers les artistes les plus contemporains, d’ici ou d’ailleurs, tout en partageant ses manifestations avec le plus grand nombre, au cœur de la ville. En 2018, lille3000 vous plongera notamment au cœur de Cuba, en attendant sa cinquième grande édition thématique prévue au printemps 2019 avec ELDORADO !

Photo : Ola Cuba

La Gare Saint Sauveur accueille du 19 avril au 2 septembre 2018 l’exposition lille3000 « Ola Cuba ! » qui présente les œuvres de plus de 35 artistes cubains dont une dizaine de productions. Ola Cuba ! se déploiera aussi partout dans la ville. Du 20 au 22 avril, grand week-end d’ouverture à la Gare Saint Sauveur avec les associations cubaines de Lille : concerts, initiation salsa, ateliers pour les familles et les enfants… Du 5 au 13 mai, une semaine sera dédiée à Cuba dans toute la ville, avec concerts, DJ sets, salsa, bals, conférences, littérature, cinéma… (Le Grand Sud, Cie du Tire-Laine, Furet du Nord, le Métropole, Centre Social Faubourg de Béthune, bibliothèque Jean Lévy, Sciences-Po, médiathèques, dans les marchés et sur les places…). Et du 5 mai au 1er juillet, Cuba Mío : des expositions de photos amateurs à découvrir chez les commerçants et les partenaires de lille3000.

Ces artistes sont peintres, photographes, vidéastes, plasticiens, graphistes, architectes… Ils présentent la particularité d’être nés à Cuba entre la fin des années 60 et le milieu des années 80, d’avoir donc débuté leur carrière dans les années 90, au moment de la « Période spéciale » déclarée par Fidel Castro il y a 25 ans. Résultant des conséquences de la dislocation du bloc soviétique, cette époque définit une importante crise économique pour l’île qui dépendait du soutien de l’URSS.

Les artistes de « Ola Cuba ! » font donc partie de cette génération, à la fois meurtrie mais fière, fidèle à son pays dans lequel elle met son espoir et son énergie créative, refusant de le quitter. Sous un embargo imposé à Cuba par les États-Unis dès 1961, ces artistes sont porteurs d’une liberté d’expression encore fragile mais inédite, qui dépasse les contours du possible. Avec une grande subtilité, ils abordent la difficile question de la mémoire mais aussi de l’ouverture au monde et à d’autres modèles, à d’autres rêves. Ils font bouger les lignes, par leur volonté renforcée de créer.

Sensibles, engagées, éclairées, drôles, diversifiées, leurs œuvres parlent d’Histoire, d’architecture, de diversité ethnique, de paysages de ciels, de terres et de mers, de migrations, d’isolement, de musique, de couleurs, d’héritages et de ruptures. Cette exposition prend aussi toute sa cohérence dans l’actualité, avec la mort récente de Fidel Castro en 2016, mais aussi les relations incertaines avec les États-Unis depuis l’arrivée de Donald Trump et malgré le rapprochement annoncé entre les deux pays à la fin de l’administration Obama. Cuba vit une période importante de son Histoire ; les artistes de l’exposition n’en sont pas que les témoins, ils forgent leur propre vision, sont les porteurs de messages et les créateurs de nouveaux horizons.

Artistes : Abel Barroso, Alejandro Campins, Iván Capote, Yoan Capote, Elizabet Cerviño, Duvier Del Dago, Roberto Diago, Humberto Díaz, Leandro Feal, Adonis Flores, Carlos Garaicoa, Alejandro González, Osvaldo González, jorge & larry, Glenda Léon, Alexis Leyva a.k.a Kcho, Reynier Leyva Novo a.k.a Chino, Liudmila y Nelson, Nicola Lo Calzo, Luis López-Chávez a.k.a Chinito, Yornel Martínez Elias, Adrián Melis, Nocturnal, Susana Pilar, Daniel Silvo, Stainless, Mabel Poblet, Michel Pou Díaz, Wilfredo Prieto, José Yaque.  Une exposition de photographies sera également présentée du 05 mai au 1er juillet 2018 au Musée de l’Hospice Comtesse avec la série mythique du grand photographe français Marc Riboud, présent sur l’île en novembre 1963 avec son ami journaliste Jean Daniel, partis à La Havane pour une rencontre avec Fidel Castro. Ainsi que le photographe italien Nicola Lo Calzo, qui présente la permanence et la diversité des traditions ancestrales à travers sa série « Regla », et un portrait de Fidel Catro par Gérard Rancinan.

Commissariat : Justine Weulersse
Conseillère artistique : Laura Salas Redondo

Élections présidentielles au Mexique : José Antonio Meade, la relève du PRI

Économiste, technocrate et fonctionnaire depuis une vingtaine d’années, José Antonio Meade, le candidat du parti actuellement au pouvoir, le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), se présente aux prochaines élections présidentielles du Mexique. Au milieu d’une campagne fragile, il se doit de nettoyer l’image de son parti. Meade est l’un des candidat les plus forts de ces élections, il doit se distancer du gouvernement de Peña Nieto pour gagner de nouveaux électeurs.

Photo : Octavio Gómez/Proceso

Pendant le mandat de Peña, des fonctionnaires et des gouverneurs proches du président ont été impliqués dans plusieurs cas de corruption, des épisodes particulièrement marquants pour les Mexicains. Cette corruption ne date pas d’hier : le PRI a maintenu son pouvoir politique hégémonique dans le pays pendant soixante-dix ans (1929-1989). Durant cette longue période, le parti était considéré comme une sorte de machine de cooptation. Cette hégémonie a pris fin dans les années 2000, avec l’arrivée du parti conservateur et traditionnel PAN (Parti d’Action National) et son candidat : Felipe Calderón.

La victoire de Peña Nieto et du PRI en 2012 était synonyme de promesse de rénovation pour le peuple mexicain, sa campagne tournait autour de cette idée de nouvel espoir pour le pays. Néanmoins, ce fût l’un des mandats les plus corrompus de l’histoire, qui, en plus, a engendré les plus hauts taux de violence dans le pays. Pour cette même raison, Meade, candidat du parti pour les élections de 2018, doit se présenter avec assurance devant les citoyens mexicains, avec suffisamment de charisme pour conquérir le vote des différentes classes sociales.

Meade présente donc son parcours académique et son expérience dans la sphère politique comme ses plus grandes vertus. Il a obtenu une licence d’Économie et une licence de Droit dans deux universités mexicaines prestigieuses, ainsi qu’un doctorat en Économie, à l’Université de Yale. Il a déjà été secrétaire d’État à cinq reprises, durant deux mandats, au service de différents partis politique. Il a été secrétaire des Relations Extérieures sous le gouvernement Peña, puis secrétaire du Développement Social et, de nouveau, secrétaire des Finances et du Crédit Public.

Meade, en tant que candidat voulant occuper le poste public le plus important du pays, doit faire face à de nombreux obstacles pour redorer son blason. Il devra ainsi se distinguer de son parti, le PRI, pointé du doigt depuis des années en raison de la corruption croissante et de l’augmentation de la violence au Mexique. La route vers les élections est encore longue pour le candidat, et les Mexicains l’attendent au tournant… 

Karla RODRIGUEZ

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