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5 avril 2018

Chili-Bolivie : clôture des plaidoiries sous l’égide de la Cour internationale de Justice

Pour le pays austral et le pays andin, il y aura un avant et un après «28 mars 2018». Sur le plan diplomatique, cette journée est sans doute susceptible de rester comme l’une des grandes dates historiques de l’Amérique latine : celles autour desquelles se joue le destin d’un pays. Et ceci est d’autant plus vrai dans le cas de la fragile Bolivie, par rapport à son rôle sur la scène internationale, et pour l’équilibre même de ses institutions.

Photo : La Razón

Aux Pays-Bas, tout a été dit. Les représentants des deux pays, qui n’ont plus de relations diplomatiques depuis 1979, sont rentrés chez eux. Mais si les débats sur l’accès de la Bolivie à l’océan Pacifique sont clos – perdu face au Chili il y a plus d’un siècle –, le litige frontalier est loin d’être terminé. Ainsi le 29 mars, au lendemain de la dernière journée d’audience, Evo Morales a manifesté sont intention de «reprendre un dialogue sincère, ouvert» avec le Chili.

En réalité, cette déclaration du président bolivien véhicule une menace en filigrane : si les diplomates chiliens restent sourds à ses réclamations, la Bolivie demandera aux juges de La Haye d’obliger le Chili à négocier sur d’autres sujets bilatéraux non résolus, notamment celui des eaux frontalières du Silala. Le Chili considère que ce fleuve est international, tandis que, pour la Bolivie, il fait partie de son territoire.

Or, concernant la demande de son accès à l’océan à travers le désert d’Atacama, le pays andin avait été conforté par la Cour internationale de Justice en septembre 2015. Le plus haut organe judiciaire des Nations unies s’était alors déclaré compétent pour juguler le conflit. Un conflit dont les racines plongent dans la guerre du Pacifique de 1879, sans doute l’un des épisodes les plus rudes de l’histoire sud-américaine, après la conquête espagnole. Depuis cette époque-là, la Bolivie est devenue un pays enclavé dans les Andes, sans accès à la mer, avec les lourdes conséquences socio-économiques que cela implique, comme nous l’avons déjà largement évoqué dans l’article précédent.

Pour se faire une idée de l’importance que cette revendication historique représente pour les Boliviens, il est intéressant de mentionner que le droit de la mer est inscrit dans leur constitution. Ainsi chaque 23 mars, nommé «día del mar» (journée de la mer), La Paz commémore la perte de 400 km de litoral, le long du désert d’Atacama, et de 120 000 km2 de son territoire. Et ce sentiment est tellement ressenti dans la conscience populaire que, dans tous les bâtiments publics, on retrouve un petit drapeau bleu azur légitimant de manière symbolique l’accès à la mer.

Par ailleurs, une vague d’enthousiasme a envahi les Boliviens depuis que la CIJ s’est déclarée compétente, en 2015, pour arbitrer une éventuelle renégociation des frontières : en janvier 2014, un arrêt de cette Cour avait accordé au Pérou une partie du territoire maritime contrôlé par le Chili depuis la dite «Guerre du Pacifique» (50 000 km² d’océan).

Toutefois, la Bolivie doit se montrer réaliste et revoir à la baisse son rêve maritime tel qu’elle le dessine, car, comme le rappelle Farid Kahhat, professeur de relations internationales à l’Université catholique de Lima, «en termes de différend limitrophe, la Cour ne s’est jamais prononcée à 100 % en faveur d’une des parties». Sur ce point, si les diplomates chiliens jouent l’entente cordiale, ils refusent cependant d’accorder un accès à la mer à son voisin, estimant que la question a été réglée par l’accord des deux parties signé en 1904 ; ils considèrent également que la CIJ ne peut se prononcer sur un pacte qui date d’avant sa création en 1948. «Notre souveraineité restera entière», a insisté depuis La Haye Roberto Ampuero, le ministre chilien des affaires étrangères.

Mais certains de ses compatriotes ne sont pas du même avis. C’est le cas du poète Raúl Zurita, qui vient de participer à un colloque organisé par l’Université Académique d’Humanisme Chrétien – le Centre d’Intégration Latino-américaine de Bolivie. Le poète chilien, prix national de Littérature 2000, a exprimé avec ces mots un sentiment partagé par beaucoup sur la rigidité de son pays : «L’orientation politique du Chili est égoïste et pseudopatriotique […] Le défense à outrance d’un territoire se transforme en son contraire, en immobilité, en stagnation, et fait appel à la violence, à la logique de l’extermination et au sentiment de propriété, ce qui peut être considéré comme un véritable pêché capital : être propriétaire.» Et il ajoute : «Un pays qui possède 4 000 km de littoral maritime est comme un enfant avec une boite de 64 crayons de couleurs, mais il est incapable d’en prêter aucun.» Bref, à travers le regard du poète, dans une région de la planète où plus de 90 % de la population est de confession catholique, le conflit politico-frontalier devrait être considéré comme une opportunité unique de tendre la main à la Bolivie, le pays le plus pauvre du continent.

Enfin, dans ce climat de tension qui soulève des passions nationalistes et des sentiments philanthropiques, la table de négociations de La Haye aura eu au moins ce mérite : pendant deux semaines, tous les moyens juridiques ont été mis en place pour harmoniser les différences séculaires entre les deux pays frères, et mettre effectivement en œuvre la reconnaissance mutuelle des frontières comme la pierre angulaire de l’édification d’une Amérique latine pacifiée. Ce sera le résultat de l’évolution de plus d’un siècle : la triomphe des idées sur la logique des armes. Mais, pour l’instant, il faudra patienter. À partir de maintenant commence une longue attente du verdict, lequel n’est pas attendu avant la fin de l’année, voire début 2019.

Eduardo UGOLINI

«Notre enfant», un film sur l’adoption réalisé par l’Argentin Diego Lerman

Le réalisateur argentin Diego Lerman, à qui l’on doit de beaux films comme Tan de repente (2003), Mientras tanto (2006) ou Refugiado (2014), a réalisé cette année un film très sensible sur l’adoption. Médecin de Buenos Aires, Malena s’apprête à devenir mère au terme d’une démarche d’adoption longue et éprouvante. Remplie d’espoir, elle parcourt les 800 kilomètres qui la séparent de la mère biologique. Mais au moment de retrouver son bébé, Malena apprend que la famille de l’enfant lui impose de nouvelles conditions…

Photo : extrait de Notre enfant

«Dans une société divisée par les inégalités, le sort d’un nouveau-né devient un enjeu et son avenir donne lieu à un véritable dilemme, explique Diego Lerman. Le film adopte le point de vue de sa protagoniste, Malena, médecin de la bourgeoisie de Buenos Aires qui cherche à adopter le nourrisson. Mais si les circonstances semblent simples à première vue, elles se corsent peu à peu dès lors que l’argent et la précarité s’en mêlent, suscitant des situations contradictoires sans issue apparente. J’ai conçu le personnage de Malena comme une héroïne ambivalente – adorable et contestable, franche et trouble à la fois. Un sentiment soudain de vulnérabilité et de quête effrénée, mêlé de suspense et d’angoisse, parcourt le film.

À mes yeux, Notre enfant (Una especie de familia) est un road-movie moral. Car si le film parle d’un voyage dont le but est l’adoption d’un bébé, il explore également les limites de cette démarche, en évoquant ce qui est légalement faisable dans un système judiciaire qui ne fonctionne pas, où la frontière entre la légalité et l’illégalité est bien plus floue qu’elle n’en a l’air.

Je me suis beaucoup documenté. J’ai recueilli de nombreux témoignages de femmes et de couples adoptants ou qui ont essayé d’adopter. La plupart sont issus de la bourgeoisie de Buenos Aires et s’y sont pris en enfreignant la loi. Certains sont allés jusqu’au bout de leur démarche d’adoption, et d’autres ont échoué. En Argentine, la procédure d’adoption est très complexe et il est donc très difficile pour un couple ou une femme seule d’adopter. Dans le même temps, beaucoup d’enfants attendent…

Le plus difficile dans ce projet, c’était le fait que Malena, la protagoniste, soit une anti-héroïne. Le film adopte son point de vue, c’est donc un personnage qu’on ne peut considérer qu’avec une certaine distance, qu’on peut avoir du mal à aimer, et c’était donc la principale gageure du film. Pour moi, la fragilité de Malena était essentielle et je tenais à créer cette mise à distance entre elle et le spectateur. Pour autant, en s’attachant à sa trajectoire, le film acquiert la dimension d’un conte moral.»

Le réalisateur a trouvé en Bárbara Lennie la personne idéale pour interpréter le rôle. L’actrice est très connue en Espagne pour avoir joué dans les séries télévisées Águila Roja et Isabel. Le tournage à la frontière du Brésil a été très difficile en raison de la chaleur, mais aussi du fait que la plupart des interprètes étaient amateurs. Cette actrice n’hésite donc pas à se lancer de nouveaux défis et à accepter des rôles difficiles.

À voir sur les écrans à partir du 18 avril.

Alain LIATARD

«L’Uruguayenne» de l’Argentin Pedro Mairal, souvenir d’une belle aventure

Nous étions sans nouvelles de l’Argentin Pedro Mairal, dont nous avions beaucoup aimé Une nuit avec Sabrina Love (2004) et L’intempérie (2007), bien qu’il ait publié entre-temps des chroniques et de la poésie (Supermarket spring). Le revoici, et en beauté, avec un nouveau roman, L’Uruguayenne, drôle et tragique, mené de main de maître.

Photo : La Nueva España – éd. Buchet-Chastel

Une journée dans la vie d’un homme… Lucas Pereyra est un homme ordinaire, un Argentin de 44 ans, marié, un fils, un couple qui, cahin-caha, va correctement, et une journée hors de la routine qui va changer pas mal de choses. Il est romancier et poète, il est donc tout indiqué pour raconter cette journée-là et, peut-être, en faire son prochain roman.

Écrivain résidant à Buenos Aires, il doit toucher une assez grosse somme d’argent en paiement d’un roman à écrire destiné à un éditeur espagnol et d’un recueil de chroniques publiées en Colombie. Les règles de transfert d’argent sont telles qu’il est bien plus avantageux ‒ quoi qu’illégal ‒ de faire passer ces 15000 dollars par l’Uruguay et les rapatrier directement en Argentine, d’où cet aller-retour d’une journée à Montevideo où il n’est pas mécontent de retrouver une jolie demoiselle uruguayenne, Guerra, rencontrée quelques mois plus tôt et qui est devenue pour lui un fantasme secret.

Lucas raconte sa journée en détail, avec des retours en arrière qui nous permettent de connaître sa vie familiale, avec aussi des flashs sur son avenir présumé, escompté ou rêvé. Sans appuyer, mine de rien, il parle de relations de couple, de la valeur de l’argent, de troubles amoureux, d’éducation (les hilarantes pages sur ses rapports avec son fils resteront dans les mémoires !), toujours de façon légère mais tellement sentie qu’il parle à chacun de ses lecteurs, de ses amis, pourrait-on dire.

En principe, sa journée à Montevideo est rigoureusement programmée : retirer l’argent, rencontrer Guerra, passer probablement un agréable moment avec elle (le premier tête-à-tête, appelons-le ainsi, s’était achevé de façon abrupte), peut-être aller saluer son ami Enzo et regagner son foyer pour reprendre sa vie de père de famille. Ce joli plan est peu à peu mis à mal.

Le charme principal de Lucas, s’il en a un, est ce côté ingénu : il est tout sauf prétentieux, mais assez sûr de lui pour penser que tout ne peut que lui sourire. Hélas, le moindre joint qu’on lui propose le met au bord de l’asphyxie et il se rend compte qu’il n’est pas si facile de tromper impunément sa femme ou de gérer une toute nouvelle fortune. Le retour au foyer n’aura rien à voir avec ce qu’il avait rêvé.

Cela fait un bien fou de rire des infortunes des autres, surtout si la victime de nos rires est le narrateur lui-même. Pedro Mairal déploie tout au long de son roman un humour plutôt cruel, d’une efficacité absolue qui fait ressortir encore davantage la justesse et la profondeur des thèmes abordés. L’Uruguayenne est un véritable bijou.

                                                                                   Christian ROINAT

L’Uruguayenne de Padro Mairal, traduit de l’espagnol (Argentine) par Delphine Valentin, éd. Buchet-Chastel, 144 p., 14 €.

Pedro Mairal en espagnol : La uruguaya, ed. Libros del Asteroide, Barcelona / Una noche con Sabrina Love, ed. Anagrama, Barcelona / El año del desierto, ed. Salto de página, Madrid / Salvatierra, ed. El Aleph, Barcelona.

Pedro Mairal en français : Tôt ce matin / Une nuit avec Sabrina Love / L’intempérie / Salvatierra, éd. Rivages / El gran surubi, éd. Les Rêveurs / Supermarket spring : poésie argentine contemporaine, éd. L’Atelier du tilde, Lyon.

Julian Assange, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres, désormais privé d’internet

Le 28 mars, le gouvernement équatorien confirmait avoir coupé toute communication possible avec l’extérieur à Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, réfugié à l’ambassade d’Équateur à Londres depuis 2010, en représailles d’un tweet dans lequel Assange avait comparé l’arrestation du président de la Catalogne Carles Puigdemont à l’arrestation en 1940 du président catalan Lluís Companys. Nous traduisons ici un article diffusé par l’Agence latino-américaine d’Information (ALAI).

Photo : Andes – ALAI

En 1940, la Gestapo avait arrêté le président catalan Lluís Companys en Allemagne à la demande du gouvernement espagnol. Companys fut déporté vers l’Espagne et exécuté par le gouvernement fasciste de Franco. Selon le gouvernement équatorien, Julian Assange avait signé un accord selon lequel il n’interviendrait pas dans des affaires de politique extérieure tant qu’il serait dans l’ambassade équatorienne à Londres. Selon quel point de vue le tweet d’un journaliste représente une «ingérence» en politique étrangère ? Argumenter qu’un tweet d’Assange est une ingérence en affaires étrangères équivaut à nier la liberté d’expression à un des journalistes et éditeurs les plus importants de la dernière décennie. Rappelons que WikiLeaks a publié ces dix dernières années plus d’informations secrètes que tous les autres médias combinés, sur des traités commerciaux, la vigilance massive, les attaques contre des civils, les tortures et assassinats commis par les gouvernements états-uniens et d’autres pays en Irak, Afghanistan, Yémen ou Syrie… Une grande partie des révélations lui furent remises par des lanceurs d’alerte tels que Chelsea Manning, qui ont mis leur vie et leur liberté en danger pour défendre le droit des gens à être informés, à connaître la vérité.

En lui octroyant protection dans son ambassade il y a six ans, le gouvernement de l’Équateur a démontré son attachement et son respect des lois internationales en faveur des réfugiés, et a résisté avec intégrité aux pressions des États-Unis et du Royaume-Uni. Cependant, tant le gouvernement équatorien antérieur que l’actuel ont manifesté à plusieurs reprises leur mécontentement par rapport aux opinions politiques que Julian Assange émet depuis le consulat de Londres. En octobre 2016, le gouvernement de Rafael Correa lui avait coupé la connexion internet durant la dernière étape des élections états-uniennes, répondant ainsi peut-être à des pressions du Parti Démocrate qui considérait que sa candidate Hillary Clinton avait été lésée par les révélations de WikiLeaks sur divers thèmes, depuis le favoritisme dans la gestion des primaires qui a nui au candidat Bernie Sanders jusqu’aux accords secrets avec Wall Street et le rôle clé qu’elle a tenu comme Secrétaire d’État dans la sanglante confrontation en Libye et le coup d’État au Honduras.

Récemment, le président Lenín Moreno a publiquement averti Assange de ne pas intervenir dans des affaires politiques, peu après que celui-ci ait diffusé une information favorable à l’indépendantisme catalan. Moreno, qui se dit être une personne ouverte au dialogue et modérée, n’a pas hésité à qualifier Julian Assange de «caillou dans la chaussure». Une telle expression est une distorsion de la réalité. Le caillou dans le soulier serait plutôt le gouvernement du Royaume-Uni qui persiste à ignorer le mandat des Nations unies émis en février 2016 qui recommandait «la liberté immédiate» d’Assange. Le Groupe de travail des Nations unies comparait le confinement dans l’ambassade à «une détention arbitraire» et enjoignait aux gouvernements britannique et suédois à mettre fin à la persécution de l’éditeur de WikiLeaks. Cependant, deux ans plus tard, le gouvernement britannique se refuse toujours à accepter la recommandation des Nations unies et continue à mettre en danger la sécurité et la vie de Julian Assange, de même que son droit humain à être avec sa famille et en liberté.

Qualifier Assange de «problème» n’est pas la seule distorsion de la réalité. Politiciens et journalistes persistent à le définir comme «un hacker», et à confondre le rôle d’un lanceur d’alerte avec le travail de WikiLeaks. Ni WikiLeaks ni Assange ne sont des lanceurs d’alerte (whisleblowers). Assange est le fondateur d’une maison d’édition en ligne qui diffuse les révélations des lanceurs d’alerte qui, répondant à leur devoir comme citoyens, dévoilent les actions illégales commises par les gouvernements et/ou les corporations alliées à ces gouvernements, en vertu du Premier Amendement de la Constitution des États-Unis – pour citer le pays dont le gouvernement a ouvert un procès secret contre WikiLeaks et Assange. Éditeur et média engagés à révéler la vérité, ils devraient être protégés, pas poursuivis. Pourtant, Julian Assange et WikiLeaks, non seulement ont été attaqués par des fonctionnaires successifs, depuis des présidents, des sénateurs et des politiciens des deux principaux partis états-uniens (et aussi de l’Union Européenne et de la droite mondiale), mais ils sont aussi attaqués par la presse qui, ces dernières décennies, a évité toute confrontation avec le pouvoir.

Si le gouvernement équatorien retirait sa protection à Assange, la Grande Bretagne le livrerait immédiatement aux États-Unis [où il risque la peine de mort pour «espionnage». NdT]. C’est ce qu’affirment des experts dans ce type de thème, tels que les journalistes Glenn Greenwald et John Pilger, ainsi que des lanceurs d’alerte célèbres tels que Daniel Ellsberg et Edward Snowden. Espérons que l’Équateur n’abandonne pas la défense de Julian Assange, journaliste et éditeur poursuivi pour avoir diffusé les crimes de guerre commis par le pays le plus puissant de la planète. Si l’Équateur faisait marche arrière, non seulement il abandonnerait Assange, mais également toute la population équatorienne qui vit à l’extérieur et qui a besoin des mêmes lois internationales de protection qui protègent aujourd’hui Assange. L’Équateur est un pays de migrants ; d’un total de 17 millions d’habitants, plus d’un million réside aux États-Unis, en Espagne et ailleurs. Que son gouvernement reste un champion des droits humains et crée pour tous un espace de respect dans le monde.

Nous risquons tous de devenir migrants ou réfugiés un jour en cette époque marquée par des migrations massives. Julian Assange, malgré la transcendance immense de son travail comme journaliste et éditeur de WikiLeaks qui a secoué les structures les plus puissantes du monde, est un réfugié de plus, poursuivi et confiné dans une ambassade depuis six ans, malgré le fait que sa détention a été qualifiée d’arbitraire par les Nations unies. Julian Assange serait comme le disait John Berger «l’exemple de ceux qui sont réduits à l’état de décombres parce qu’ils résistent». Mais réduits à l’état de décombres, ils ont plus d’intégrité que tous les autres [1].

Silvia ARANA, ALAI
Traduit par Jac FORTON

[1] Depuis, ALAI fait circuler une pétition : «L’accusation en Suède contre Assange à la base de la demande d’extradition a été retirée. Son seul « crime » est celui d’être un vrai journaliste et de dire au monde les vérités que le public a le droit de savoir. Nous appelons le gouvernement de l’Équateur de rendre à Assange son droit à la liberté d’expression et d’en finir avec son isolement.» Parmi les nombreux signataires : Noam Chomsky, Oliver Stone, Yanis Varoufakis, Pamela Anderson, John Pilger, Alicia Castro, Jean Michel Jarre, Ai Weiwei…

Nouvel élan pour le Costa Rica avec l’élection d’un président jeune et progressiste

Après une campagne électorale marquée par des discours liés à la religion et la tournure inédite du deuxième tour, les citoyens costariciens ont choisi entre les candidats (qui ne partagent pas seulement leur nom) le plus jeune et le plus progressiste des deux. C’est l’ancien ministre du Travail, Carlos Alvarado, qui, à 38 ans, sera le prochain président du pays centre-américain.

Photo : Ticotimes

En cette semaine de Pâques, le deuxième tour des élections a été marqué par la polarisation et l’augmentation de la participation citoyenne : 67% contre moins de 66% lors du premier tour. Avec 60,74% contre 39,26% des voix, le candidat évangélique Fabricio Alvarado, du parti Restauration National (Restauración Nacional), perd l’élection présidentielle face au candidat du parti Action Citoyenne, dit PAC (Partido de Acción Ciudadana), Carlos Alvarado.

Avec un discours conservateur et des propositions contre le mariage homosexuel, Fabricio Alvarado, qui est connu comme prêtre évangélique et interprète de chansons chrétiennes, gagne le premier tour avec 24,9% des voix environ. Or, les élections ont pris une voie plus polarisée lorsque le candidat du parti de Restauration Nationale a proposé l’idée de retirer le Costa Rica de la Cour Interaméricaine des droits humains, puisque celle-ci défend le mariage pour tous. De plus, le soutien pour l’aspirant évangélique a commencé à se désintégrer lorsque la presse a exposé sa relation avec un leader néo-pentecôtiste, l’apôtre Rony Chaves, qui a fait des commentaires péjoratifs sur les figures du catholicisme, la religion majoritaire au Costa Rica.

D’autre part, Carlos Alvarado a opté pour un discours d’unité nationale, il s’est montré favorable au mariage homosexuel et optimiste quant au futur du pays, il semble déterminé à mener le Costa Rica vers de meilleurs opportunités. Auteur de trois nouvelles et détenteur du prix Jeune création (Joven creación) en 2006, Carlos Alvarado est connu par la population costaricienne pour son travail littéraire. En revanche, sa participation au sein de l’ancien gouvernement l’a fait connaître dans la sphère politique. Carlos Alvarado a dû se détacher de l’image du gouvernement sortant, salie par la corruption, et recourir à une autre stratégie pour arriver au pouvoir. Il a soutenu un discours d’unité avec conviction, appelant les forces législatives à éviter la polarisation et à œuvrer communément pour «le bien du Costa Rica». De plus, dans cette campagne marquée par les symboles, il a décidé d’utiliser le drapeau du pays au lieu de brandir celui de son parti pour interpeler l’électorat.

Enfin, lors des élections législatives, le parti Restauration Nationale a obtenu 14 des 57 sièges à l’assemblée, ce qui le positionne comme la deuxième force politique du pays. Après sa défaite, Fabricio Alvarado a déclaré : «Nous ne sommes pas tristes parce que nous avons fait l’histoire, notre message a touché les fibres les plus sensibles de ce pays.» Ensuite, il a accepté les résultats et a montré son soutien au nouveau gouvernement du PAC qui commence le premier mai : «Je félicite Carlos Alvarado et, une fois les résultats donnés, je l’ai appelé, je l’ai félicité et je lui ai dit qu’il pouvait compter sur nous.» Le jeune président de 38 ans, écrivain, ancien ministre et ancien musicien, devra maintenant affronter les quatre plus grands problèmes du pays : la dette externe du secteur public, la détérioration de la sécurité, l’inégalité et la polarisation de la société.

Jonathan CORONEL

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