Archives mensuelles :

juillet 2016

L’Amérique latine au Festival d’Avignon

Comme nous l’avons déjà signalé dans une précédente newsletter, le Festival d’Avignon a permis de découvrir une adaptation de 2666, le dernier roman de Roberto Bolaño. Cette adaptation-fleuve (le spectacle dure 11 h 30) mise en scène par Julien Gosselin, ainsi que ses suites, seront à Paris au Théâtre de l’Odéon à partir du mois de septembre. Mais il ne s’agit pas de la seule œuvre latino-américaine qui était représentée sur les planches de la Cité des Papes. Tour d’horizon des écrits nés outre-Atlantique qui ont inspiré troupes de théâtre et metteurs en scène pour le festival.

Photo : La Fabrique – Simon Gosselin

L’Amérique latine était également présente au Festival Off, avec quelques pièces, comme Luz, par la Cie Théâtre Les pieds dans l’eau (compagnie basée à Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques). Il s’agit d’une adaptation, par Violette Campo, du premier roman d’Elsa Osorio (A veinte años, Luz (1998) publié en France aux éditions Métailié en 2000 sous le titre Luz ou le temps sauvage. La pièce met en scène la question des enfants nés en captivité pendant la dictature argentine, et leur quête identitaire 20 ans plus tard. La pièce est organisée comme un va-et-vient entre présent et passé, et c’est la partie consacrée aux années 70 qui est la plus réussie : le jeu des jeunes acteurs (dans les rôles d’un tortionnaire, de sa copine – une ex-prostituée – et d’une guérillera qui va accoucher en prison) permet au spectateur de saisir les angoisses et les peurs de ces années de folie meurtrière. La longueur quelque peu réduite de la pièce (le format off exige des pièces de moins d’une heure trente) fait que la partie consacrée à la rencontre entre l’enfant et son père vingt ans plus tard donne un certain goût d’inachèvement. De même, les animations vidéo ne sont pas tout à fait réussies, mais la pièce reste un très bon moment de théâtre et le public a beaucoup apprécié.

De son côté, la Compagnie Zéphiro Théâtre présente la pièce Preuve d’amour, une adaptation de la pièce de théâtre Prueba de amor (1947) de l’écrivain argentin Roberto Arlt, enrichie avec des passages tirés d’autres œuvres d’Arlt. L’ambiance du Buenos Aires des années 30 est très bien reconstruite grâce à un décor très intelligemment agencé (avec l’écrivain en arrière plan et les textes qu’il tape à la machine se surimpressionnant sur une grande toile). Au devant de la scène, se joue une histoire d’amour qui pourrait être intemporelle, même si des éléments de la culture argentine de l’époque sont très présents, et notamment l’univers du tango-chanson avec ses thématiques classiques (la jalousie masculine, la misogynie…). La mise en scène de Rafael Bianciotto permet au trio d’interprètes (le couple et l’écrivain) de maintenir l’intérêt du public tout au long du (court) spectacle, même si les transitions entre les différentes scénettes de la pièce manquent parfois de fluidité.

Enfin, nous conseillons vivement de voir l’adaptation de Cahier d’un retour au pays natal du poète martiniquais Aimé Césaire. Cette production belge (La charge du Rhinocéros), mise en scène par Daniel Scahaise, permet à l’acteur burkinabé Etienne Minoungou de rendre accessible à tous un texte difficile, écrit dans une langue hautement poétique. Toute l’histoire de l’esclavage et de la colonisation passe par la voix et le corps d’Etienne Minoungou, et l’œuvre devient un chant à l’esprit de fraternité entre tous les êtres humains. Nous avons vu cette pièce dans la foulée de l’attentat de Nice et, face à ces tragédies à répétition, le message de Césaire apparaît encore plus juste et plus nécessaire que jamais.

Raúl CAPLAN

Site Avignon

Retour sur un pan de l’histoire chilienne à l’occasion de la sortie en salles de “Colonia”

Ce mercredi sort en salle le film Colonia du réalisateur allemand Florian Gallenberger. Il rappelle une des périodes les plus sombres de l’histoire du Chili dont les 17 ans de la dictature du général Pinochet (1973-1990). Cette dictature avait reçu le soutien de divers secteurs civils dont celui d’une enclave sectaire d’Allemands, à 350 kilomètres au sud de Santiago et  dirigé par un pédéraste d’origine allemande Paul Schäfer. Nous profitons de la sortie du film qui, bien que basé sur des faits réels, est quand même une fiction, pour rappeler ce que furent vraiment la Colonie Dignidad et son guru sectaire.

Photo : Allocine

L’histoire de Paul Schäfer

Né en 1921 à Siegburg, près de Bonn en Allemagne, Schäfer passe la guerre en tant que caporal-brancardier dans l’armée de terre allemande. Après la guerre, il entre dans une secte religieuse dans laquelle il est responsable du travail avec les enfants. Expulsé de la secte suite à des plaintes de parents pour viols d’enfants, il fonde une « Mission sociale privée » dans laquelle son autorité est chaque jour plus dictatoriale. Suite à de nouvelles plaintes de parents et pour échapper à la justice, Schäfer décide d’émigrer au Chili avec toute sa secte. Il y parvient à la fin des années 50 grâce au soutien de l’ambassadeur chilien en Allemagne, Arturo Maeschke. Sa Mission reçoit l’autorisation de s’installer au Chili le 21 septembre 1961 sous le nom de « Société de bienfaisance et d’éducation Colonia Dignidad ». Schäfer achète 5 000 hectares de terres près de Parral, à 350 km au sud de Santiago. La Colonie vit de ses produits agricoles.

Retranché derrière de hautes barrières de barbelés et de solides murs de béton, il instaure un ordre dictatorial sur une cinquantaine de familles allemandes. Hommes et femmes vivent à part, les intimités sont très contrôlées et uniquement destinées à procréer, les enfants sont séparés de leurs parents. Plusieurs des responsables de la Colonie abusent des enfants. Les autres sont mis en esclavage et terrorisés. Cependant, offrant éducation et soins gratuits à la population locale, la colonie Dignidad est plutôt bien vue par les gens de la région, où son influence grandit. Se sentant menacée par la réforme agraire d’Allende, les chefs de la Colonie accueillent le coup d’Etat de Pinochet avec soulagement et mettent leurs installations à la disposition de la dictature. La Colonie devient un centre de torture. Plusieurs anciens prisonniers disent y avoir été emmenés et torturés. Il y aurait alors près de 300 habitants dans la Colonie, en très grande majorité allemands.

En 1979, Paul Schäfer attaque Amnesty International Allemagne en justice pour diffamation. Samuel Fuenzalida, un ancien membre de la DINA, la police secrète de Pinochet, réfugié en Allemagne, est invité à témoigner et déclare au tribunal de Bonn qu’il reconnaît avoir emmené à la Colonie un prisonnier du nom de Álvaro Vallejos Villagrán, dit le Loro Matías, qui a disparu depuis. Il est possible que le Franco-Chilien Alphonse Chanfreau ait également été emmené à la Colonie, d’où il disparaitra pour toujours. De nombreuses familles allemandes sont considérées comme des victimes de Schäfer pour avoir vécu un régime de terreur, de travail forcé, de viols, de traitements inhumains.

Le président allemand reçu par la présidente du Chili

Après la dictature, le statut de la Colonie change : elle perd son titre d’association caritative et devient Villa Baviera. En 1997, accusé de sévices sexuels sur mineurs, Schäfer s’enfuit et disparaît des radars pendant 8 ans. Il est retrouvé et arrêté en Argentine en 2005 et extradé vers le Chili pour y être jugé. Condamné à une peine de 20 ans, il meurt en prison en 2010. Des documents déclassifiés en Allemagne montrent que les divers gouvernements allemands ainsi que leur ambassade à Santiago ont préféré « regarder ailleurs » plutôt que d’intervenir pour arrêter les abus ou pour aider les Allemands qui étaient quasi-prisonniers de leur dictateur Paul Shäfer et de sa clique pédophile.

En juillet 2016, le président allemand Joachim Gauck se rend en visite officielle au Chili. La présidente Michelle Bachelet lui sert de guide personnel pour visiter le Musée de la Mémoire et des Droits humains. Les deux présidents ont ensuite rencontré des victimes chiliennes et allemandes de la Colonie devant lesquelles le président allemand a « profondément regretté le comportement des diplomates de son pays qui ont refusé d’écouter les plaintes chiliennes et allemandes » contre l’enclave. Plus d’une centaine d’anciens habitants ont déposé une plainte commune contre les États chilien et allemand pour avoir permis le développement d’une telle secte. Wilfried Hempel, leur avocat, est un des rares Allemands ayant subi des sévices à avoir pu s’échapper de la Colonie.

Jac FORTON

Bande-annonce du film

“Mémoires du sous-développement”, classique cubain de Tomas Gutierrez Alea

Un an après la révolution cubaine, Sergio, un intellectuel bourgeois aisé, décide de rester vivre dans son pays malgré l’exil de sa famille vers les Etats-Unis. Mais les bouleversements sociopolitiques viennent changer l’environnement et Sergio se trouve tiraillé entre un passé qu’il refuse et une situation nouvelle à laquelle il n’adhère pas. Il cherche alors à comprendre le contexte dans lequel son pays se trouve, ce qui lui est arrivé, passant en revue sa propre vie et ses relations avec ses maitresses, Elena et Hanna.

Ce chef d’œuvre, invisible depuis longtemps, a été réalisé par un très grand cinéaste cubain dont on connaît surtout la dernière œuvre : Fraise et chocolat (1993). Docteur en droit à 23 ans, Tomas part étudier trois ans le cinéma à Rome où il sera fortement influencé par le néoréalisme.  En 1955, de retour à Cuba, il coréalise avec Julio Garcia Espinosa un moyen-métrage documentaire sur la vie des charbonniers des marécages de Zapata, El Megano.

Le film est confisqué par la police. Toujours avec Julio Garcia Espinosa, il organise en 1959 le Département Cinéma du Ministère de la Culture du gouvernement de Fidel Castro. Puis, il tourne Esta tierra nuestra (1959), premier court-métrage de fiction réalisé depuis l’avènement du régime castriste, consacré à la vie dans la campagne avant la réforme agraire. A l’arrivée au pouvoir des forces révolutionnaires, il tourne son premier long-métrage de fiction Histoires de la Révolutions (1960) et un court-métrage documentaire Asamblea general célébrant les manifestations populaires ayant débouché sur la première déclaration de La Havane. Il est à l’origine de la création de l’organisme du cinéma cubain l’ICAIC. Il réalise La mort d’un bureaucrate en 1966 et Mémoires du sous-développement en 1968.

En 1976, après un an passé à représenter le cinéma cubain dans le monde, il réalise un nouveau chef d’œuvre La Ultima Cena puis Les Survivants (1978). En 1979 arrive l’heure de la consécration : Mexico puis New York organisent les premières rétrospectives de son œuvre, tandis qu’il est l’invité des Festivals de Berlin et de Cannes. En 1993, avec Juan Carlos Tabio, il réalise Fraise et chocolat qui ouvre le XV Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain à La Havane. Déjà très malade, Tomas Gutierrez Alea (qui pendant des années s’était vu refuser l’accès au territoire américain pour son activisme politique pro-castriste) est accueilli à Hollywood pour la nomination de Fraise et chocolat aux Oscars 1995 dans la catégorie Meilleur Film Etranger. L’année suivante, il s’éteint à l’âge de 67 ans. Il n’aura réalisé qu’une douzaine de longs métrages.

Dans la revue de cinéma du festival de Toulouse de 2013, Magali Kabous écrit « Tout dans “Mémoires” n’est que politique, chacune des conversations, même la plus anodine, recèle un contenu idéologique et débouche sur une prise de position. Par exemple, une simple visite de la maison cubaine d’Hemingway où il se trouve au même moment qu’un groupe de touristes russes, devient l’occasion d’une métaphore sur la situation de Cuba prise entre deux grandes puissances en temps de Guerre froide ».

Un film indispensable pour connaître le castrisme des années soixante. L’adaptation d’un autre roman de Edmundo Desnoes, Memorias del desarrollo, a été réalisée en 2010 par Miguel Coyula.

Alain LIATARD

Dans le journal Libération daté du 12 juillet, Philippe Lançon analyse également sur deux pages le film et en délivre sa critique… Bande-annonce ici

Oligarchies terriennes contre petits paysans : le massacre de Curuguaty

Juin 2012 : alors que des policiers d’élite expulsent des petits paysans de terres en litige, une fusillade éclate. Bilan : 11 paysans et 6 policiers tués. Après une enquête bâclée et tendancieuse menée par des juges proches des oligarchies, une douzaine de paysans sont condamnés de 4 à 35 ans de prison. Les policiers sont tous libres.

Photo : Fiam.org

Le 15 juin 2012, 300 policiers fortement armés veulent expulser 70 petits paysans qui, pour attirer l’attention sur leurs difficultés, avaient occupé une parcelle de terre en litige entre l’Etat et un grand propriétaire terrien dans le district de Curuguaty. Une fusillade éclate provoquant 17 morts : 11 paysans et 6 policiers. Accusés d’avoir monté une embuscade contre la police, une douzaine de paysans sont emprisonnés. La semaine dernière, après trois ans d’instruction, ils sont condamnés de 4 à 35 ans de prison pour « invasion de terres appartenant à autrui, association criminelle et homicides ». Aucun policier n’est incriminé !

On s’aperçoit très vite que l’enquête a été bâclée : aucune recherche balistique pour déterminer l’origine des coups de feu ; un rapport légiste montrant que sept paysans ont été exécutés s’est « perdu » ; une partialité évidente des magistrats en faveur des policiers (seuls leurs témoignages ont été pris en compte et aucun policier n’est accusé d’avoir tiré) ; refus d’autopsies qui auraient permis de déterminer quelle arme a tué qui ; fabrication de « preuves », etc.

La tuerie, l’excuse pour un coup d’Etat institutionnel contre le président Lugo

En 2008, Fernando Lugo, du parti Front Guasu de centre gauche, gagne les élections, mettant ainsi fin à six décennies de pouvoir du Partido Colorado représentant les intérêts des oligarchies. Celles-ci, la droite paraguayenne et le Partido Colorado essaient par tous les moyens d’empêcher Lugo de mettre en oeuvre une réforme agraire pourtant promise de longue date par tous les partis. La tuerie de Curuguaty est l’occasion rêvée.

Deux jours après le massacre, le président Lugo est accusé par le député colorado Luis Gneiting d’être le « responsable politique » de la tuerie parce qu’il « avait fait croire aux paysans qu’ils pouvaient manifester » et qu’il n’a pas bien « géré » la situation. Soutenu par de larges secteurs des pouvoirs judiciaire et législatif liés aux grands propriétaires terriens, il dépose une demande de destitution. En 48h, Lugo est destitué par le Parlement sans avoir eu le temps de préparer sa défense. Les analystes politiques considèrent qu’il s’agit là du deuxième coup d’Etat institutionnel en Amérique latine depuis la fin des dictatures (années 60 à 90), le premier étant celui qui a destitué le président Manuel Zelaya au Honduras en 2009, le troisième se déroulant actuellement au Brésil.

Oligarchies terriennes contre paysans sans terres

Au Paraguay, 2 % des propriétaires possèdent 80 % des terres cultivables ! L’appropriation de terres appartenant à l’Etat, à des petits paysans ou aux Indiens par les latifundistes est source de conflits depuis la colonie espagnole. Le président Lugo, inaugurant une politique de transfert de terres avec titres officiels de propriété aux paysans, s’était attiré la haine des agro-exportateurs (surtout de soja OGM) et des grands éleveurs.

Les terres du domaine Marina Kue à Curuguaty, occupées par les paysans, étaient revendiquées par Blas Riquelme, grand propriétaire terrien, ancien président du Parti Colorado, très proche du juge Jalil Rachid qui était chargé de l’enquête sur le massacre avant d’être promu vice-ministre de l’Ordre et la Sécurité du gouvernement actuel de Horacio Cartes. A la mort de Riquelme, le domaine prend le nom de Campos Morombi. C’est à sa demande que le juge José Benitez ordonne l’expulsion des paysans des terres en litige. Pourtant, Morombi n’a jamais pu présenter de titre de propriété de cette parcelle de 800 ha.

Un procès inique

La version officielle est que les paysans ont tendu une embuscade aux forces de l’ordre qui venaient « en toute bonne foi, négocier » avec eux. La présence de femmes et d’enfants en bas âge ? C’était pour mieux tromper les policiers. Chanson connue, « attaqués, les policiers ont répondu en état de légitime défense ». Comment explique-t-on la mort de sept paysans qui s’étaient rendus aux forces de l’ordre ? On n’explique pas : les policiers ne sont accusés de rien du tout ! L’indignation générale est motivée par le fait qu’il s’agit de toute évidence d’un procès politique avec message : les petits paysans, les organisations sociales et les partis de gauche doivent comprendre qu’ils n’ont aucun droit dans un pays qui a été dominé par une dictature de 35 ans sous Alfredo Stroessner soutenu par le Parti Colorado aujourd’hui au pouvoir (1).

Les associations de défense des droits humains Amnesty International et Oxfam expriment « leur préoccupation pour le manque d’instruction exhaustive, indépendante et impartiale qui garantisse la vérité, la justice et une réparation pour les victimes » (2). Pour l’avocat Martin Almada, Prix Nobel Alternatif, découvreur des Archives de la Terreur du Plan Condor, « les riches ne peuvent pas dormir parce qu’ils ont peur des pauvres, les pauvres ne peuvent pas dormir parce qu’ils ont faim… Il n’y a pas de justice sans juges probes » (3).

Jac FORTON

(1) Le vrai nom du Partido Colorado est Association Nationale Républicaine (ANR), soutien civil du dictateur Alfredo Stroessner pendant 35 ans. (2) Document OXFAM et Amnesty AMR 45/4446/2016 du 5 juillet 2016. (3) Dans une lettre publiée par ALAI le 10 juillet 2016.

Crispation de la diplomatie nicaraguayenne face aux opposants au projet d’un canal interocéanique

Le 25 juin dernier, la police nationale du Nicaragua arrêta Francisca Ramírez, une des principales leaders engagées contre le projet de canal reliant les océans Atlantique et Pacifique, ainsi que trois autres membres de la communauté de La Fonseca, dans le district de Nueva Guinea, dans le sud de ce pays d’Amérique centrale. Dans une nouvelle exhibition d’autorité, le président Daniel Ortega fit également arrêter les six membres de la Caravane Mésoaméricaine : six jeunes diplomés de la carrière de Sciences Environnementales de l’Université Nationale Autonome du Mexique.

Les activistes locaux ont été relâchés samedi même, contrairement aux membres de la Caravane Mésoaméricaine, détenus sans accusation officielle, en un lieu gardé secret pendant tout le weekend, jusqu’à leur expulsion du territoire la nuit du 27 au 28 juin dernier.

Le projet de canal transocéanique est sans doute une des questions les plus clivantes de la politique nicaraguayenne contemporaine. Le projet, approuvé par l’Assemblée nationale en juin 2013 dans la plus grande opacité, fut confié à l’entreprise privée Hong Kong Nicaragua Canal Group (HKNC), devant faire face à des problématiques de financement à hauteur de 50 milliards de dollars, au possible manque d’eau pour faire fonctionner le canal, et surtout, à l’opposition farouche des communautés locales qui se verraient dépossédées des terres qu’elles cultivent pour nourrir leurs familles.

L’actualité du projet est aujourd’hui devenue nécessaire pour assurer les retours politiques nécessaires pour légitimer le pouvoir de Ortega à l’approche de l’échéance électorale de novembre, et c’est dans ce contexte que l’arrestation des jeunes écologistes fut présentée par le gouvernement comme une action visant à sauvegarder la souveraineté nationale face à l’ingérence d’étrangers. Ainsi, le canal est devenu aux yeux du président Ortega, le vecteur de construction de la nation, et le communautarisme des populations indigènes qui y sont opposées, une problématique nationale. Cet événement vient s’inscrire dans un historique de faits assez alarmants et qui reflètent la dégradation des relations diplomatiques du Nicaragua avec ses voisins. Le 14 juin dernier, fut expulsé également le politologue états-unien Evan Ellis, dont le projet de recherche portait sur le canal.

Roger MAUVOIS

Au cinéma, l’été aux couleurs latinos après « Viva » le nouveau film de la brésilienne Anna Muylaert

Chaque année l’été voit sortir nombre de reprises et nombre de films à diffusion réduite. C’est ainsi qu’en ce mois de juillet, on peut voir sur les écrans Truman et Viva ! depuis le 6 ; depuis le 13, L’Olivier, la reprise de Mémoires du sous-développement. Ce mercredi 20, c’est au tour du beau film brésilien D’une famille à l’autre d’être sur les écrans, ainsi que le film allemand Colonia sur la colonie dirigée par un ancien nazi en Argentine et qui servit de lieu de détention et de torture du régime Pinochet (Voir article dans cette newsletter). Est annoncé le 27 juillet le grand prix d’Annecy 2013, Rio 2026, une histoire d’amour et de furie de Luiz Bolognesi.

D’une famille à l’autre, film brésilien d’Anna Muylaert

A São Paulo, Felipe profite de sa fin d’adolescence dans les fêtes branchées. Sa mère, qui l’élève seule avec sa jeune sœur, lui laisse une grande liberté. Sauf que leur mère n’est pas leur mère : un test ADN prouve qu’elle les a enlevés à la naissance. Séparés, les enfants sont précipités dans leur vraie famille. Les parents biologiques de Felipe, à sa recherche depuis 17 ans, se retrouvent face à un adolescent  qui ne partage pas tout à fait leur conception de la vie…

D’une famille à l’autre (Mãe Só Há Uma) est le cinquième film d’Anna Muylaert, après le succès l’an passé d’Une seconde mère. Il s’agit ici d’une « Forme d’affirmation de l’individualisation, de l’identité et de l’individu comme elle l’affirme. L’origine du film est l’affaire célèbre au Brésil  d’une femme ayant volé trois enfants à la maternité et qui a dû les restituer des années plus tard. (Il s’agit du cas Wilma/Pedrinho  qui n’a été résolu qu’en 2002, 16 ans après les enlèvements). Ce personnage de criminel et de mère aimante a toujours fasciné les auteurs et a, par le passé, inspiré des films et des telenovelas au Brésil. Mais personnellement j’ai toujours été intriguée par le personnage du fils – qui perd brutalement tous ses repères et doit se construire une nouvelle identité. Que ressent-il ? Comment se voit-il ? Ce choc terrifiant de quitter l’adolescence et de commencer la vie adulte est la base de ce film ».

Ce film très court est parfaitement réussi. Le portrait de Felipe (Pierre dans sa vraie famille) n’est jamais exagéré. Il se sent un peu étranger partout et sa vraie famille a beaucoup de mal à accepter les tendances de ce fils inconnu. De plus la réalisatrice a eu la bonne idée de faire interpréter les deux mères par la même très bonne actrice, Dani Defusi.

Bande annonce ici

Viva !, réalisé par Paddy Breathnach

Qu’est-ce qui a pris à un cinéaste irlandais Paddy Breathnach d’aller tourner à Cuba son neuvième film, un mélodrame latino. Bien sûr Wim Wenders, Laurent Cantet ou quelques autres ont déjà filmé La Havane et ses murs lépreux, mais ils prenaient appui sur des scénarios écrits par des Cubains comme Leonardo Padura.

« J’ai eu envie de faire “Viva !” après avoir vu plusieurs spectacles de drag-queens à La Havane. Au beau milieu de nulle part, un drap tendu au fond d’un jardin et une simple lampe suffisaient à créer un théâtre et un monde de rêves. Le pouvoir de la transformation et de la création était guidé par le désir d’exprimer son identité d’une voix brute, imperturbable. C’était enivrant. J’ai souhaité amener ce ton romantique, plein de vie, dans un univers cinématographique naturaliste. Lorsque j’ai découvert la grande richesse des acteurs cubains, cela m’a permis de pousser ce mélange d’émotions exubérantes, d’authenticité, d’esthétique et de naturalisme encore plus loin ». 

C’est vrai que Jorge Perugorria, que l’on avait découvert dans Fraise et chocolat et qui jouait aussi dans Retour à Ithaque, et Luis Alberto Garcia vu dans La vida es silbar ou 7 jours à La Havane sont d’immenses acteurs. Le premier, ancien boxeur juste sorti de prison est le père de Jesus interprété remarquablement par Hector Medina ; il ne veut pas que son fils joue dans les cabarets de travestis. L.A. Garcia est Mama qui dirige le cabaret et qui avait embauché Jesus pour coiffer les perruques. Jesus n’est pas de ceux qui crient, n’a rien d’excessif. Son énergie, il la garde pour la scène.

Est-ce l’apport du coté irlandais, la mise en scène est sensible et mesurée, face à l’énergie des acteurs cubains toujours en représentation sur scène ou dans leurs habitations ouvertes à tous les courants d’air et à la pluie.

Bande annonce ici

Alain LIATARD

Zoom sur le roman “Un thé en Amazonie” de Daniel Chavarría

Il sort des dizaines de romans noirs chaque mois en France. La plupart du temps le succès dure quelques semaines, quelques mois dans le meilleur des cas. Et parfois un éditeur bien avisé décide de ressortir un ouvrage particulièrement fort. Ainsi, Rivages/noir qui avait publié en 1996 un véritable chef d’œuvre du genre, écrit en 1994, à Cuba, en pleine « période spéciale » (on peut s’amuser à détecter les allusions à cette actualité) et qui, vingt ans plus tard, n’a pas pris une ride.

Daniel Chavarría de toute évidence aime raconter des histoires. Dans Un thé en Amazonie, il ne s’en prive pas, pour notre plus grand plaisir. Quand, dans le genre du roman noir la plupart de ses confrères revendiquent l’efficacité, c’est-à-dire la rapidité de l’action (quoique, aux États-Unis la mode soit à la longueur, pour ne pas dire aux longueurs), il emmène son lecteur de la forêt amazonienne au Maroc de la guerre du Rif ou à Paris en plein Mai 68. Il raconte en détail la trajectoire d’un malheureux habitant du sertão, puis celle du fils d’un proche du général Primo de Rivera, près de Salamanque dans les années 30, bref, il prend son temps sans jamais faire naître l’ennui, il veut simplement donner tous les éléments pour que les personnages deviennent des familiers du lecteur. Et il sait bien ce qu’il fait, Daniel Chavarría, les liens se tissent peu à peu, une découverte « scientifique » qui semble chargée d’espoir pour la médecine moderne devient assez vite inquiétante par ses applications éventuelles : on ne s’est pas trompés, on est bien dans un roman noir. Chacune des ambiances, la forêt équatoriale, l’université de Salamanque en 1936, les rues de La Havane, tout est parfaitement évoqué pour qu’on ressente la moiteur, la violence ou l’ambigüité.

« La grande découverte psycho-pharmacologique du siècle », c’est une drogue issue de quelques arbres seulement proches d’un village au cœur de l’Amazonie, dont les vertus, connues de la seule tribu voisine, sont découvertes par un scientifique aventurier. Elle permet presque miraculeusement de faire disparaître les douleurs les plus atroces et aussi d’atténuer la volonté de son consommateur au point de l’annihiler. Les services secrets nord-américains, informés de la découverte, se sentent obligés d’intervenir.

Une fois la situation mise en place, il n’y a plus qu’à se laisser porter par le suspense, omniprésent, les rebondissements incessants, les surprises, mais ce qui est peut-être le plus intéressant est le point de vue de la narration. 90 % des romans d’espionnage à la disposition des amateurs occidentaux que nous sommes sont directement pro-américains (ou antisoviétiques). On sait d’avance où sont les menaces et d’où viendra la solution. Daniel Chavarría oriente tout son récit depuis l’intérieur de Cuba et après la Révolution. Il ne prend pas parti, mais montre le ressenti cubain par rapport aux grandes luttes idéologiques modernes, et cette vision est en littérature au moins d’une originalité absolue : mettre au centre de son histoire des Cubains victimes de l’espionnage international est tout à fait inédit.

Daniel Chavarría est né en Uruguay mais se définit lui-même comme écrivain cubain. Il réside à La Havane depuis 1969, date de son arrivée à Cuba dans un avion qu’il avait détourné. On voit que son originalité ne réside pas que dans son immense talent de narrateur !

Christian ROINAT

Payot et Rivages

Un dirigeant de l’opposition vénézuélienne, personnalité de la semaine du 8 au 18 juillet 2016

Photo : Versión Final – Venezuela – CC

8 juillet | VENEZUELA |   Le pays est passé en quelques mois d’être l’un des principaux exportateurs de pétrole dans le monde, pour devenir le premier vendeur d’or sur la planète. Avec une économie pratiquement effondrée, le pays a décidé de se défaire, au cours des six derniers mois, de 131 tonnes d’or, 36 % de leurs réserves d’or par rapport à décembre (361 tonnes), – selon le World Gold Council – pour régler les comptes publics et rembourser une partie de son énorme dette extérieure.

8 juillet | URUGUAY |  Le pays a annoncé avoir obtenu du tribunal arbitral de la Banque mondiale le rejet de la plainte de Philip Morris, qui réclamait depuis 2010 à Montevideo 25 millions de dollars (22,6 millions d’euros) en compensation d’une législation antitabac adoptée en 2006.

10 juillet | ARGENTINE |  La présence d’anciens combattants de la guerre aux Malouines dans les défilés militaires pour le bicentenaire de l’Argentine a été présentée comme historique par le gouvernement de Mauricio Macri. Jamais avant les soldats n’avaient pris part à une festivité de la patrie. La polémique a éclaté par la présence d’un militaire putschiste, le lieutenant-colonel Aldo Rico, chef de commandos des Malouines mais aussi célèbre pour avoir mené deux soulèvements en 1987 et 1988, contre le gouvernement du radical Raul Alfonsin.

11 juillet | COLOMBIE | Le pays est disposé à approvisionner les Vénézuéliens avec un préavis. La ministre des Affaires étrangères María Angela Holguín a annoncé qu’elle rencontrera son homologue vénézuélien Delcy Rodríguez le 4 août.

11 juillet | MEXIQUE | Le président Enrique Peña Nieto a donné un coup sur la table pour essayer de garantir l’application de sa réforme anticorruption dans tout le pays. Le président a ordonné au Ministère public qu’il conteste les réglementations contre le détournement de fonds créées par les dirigeants des États de Veracruz et de Quintana Roo. Le Mexique est le plus corrompu des 34 pays de l’OCDE.

11 juillet | CHILI | Le Ministère public fait des recherches sur un don d’un constructeur brésilien à Marco Enríquez-Ominami, deux fois candidat à la présidence, au cours de la période électorale entre juillet et novembre 2013 pendant laquelle la compagnie lui a cédé un avion privé pour voyager dans le pays, ce qui est interdit par la législation chilienne.

11 juillet | COLOMBIE | Un homme proche du président Juan Manuel Santos, l’avocat Nestor Humberto Martinez a été élu par la Cour suprême de justice en tant que nouveau procureur général de la nation pour une période de quatre ans.

12 juillet | ARGENTINE | L’augmentation incontrôlée de gaz en plein hiver, avec des taux allant jusqu’à 1000 % a poussé des milliers de citoyens à descendre dans les rues spontanément. Aussi le président Mauricio Macri a dû faire marche arrière et a mis une limite de 400% à l’augmentation du gaz.

12 juillet | AMERIQUE LATINE | Le Brésil domine la liste des 10 meilleures universités d’Amérique latine établie par la publication britannique Times Higher Education. Le classement des universités est, en ordre croissant : 1. Universidad de Sao Paulo, 2. Universidad Estatal de Campinas, 3. Universidad Pontifica de Chile, 4. Universidad de Chile, 5. Universidad Federal de Rio de Janeiro, 6. Universidad Católica Pontifica de Rio de Janeiro, 7. Universidad Federal de Minas Gerais, 8. Instituto Tecnológico de Monterrey, 9. Universidad Autónoma de México (UNAM), 10. Universidad de los Andes (Colombie).

12 juillet | VENEZUELA | Le président Nicolas Maduro a annoncé lors de son émission radio-télévisée hebdomadaire, qu’il avait placé sous autorité militaire les cinq principaux ports du pays. L’initiative fait partie d’un plan pour tenter de résoudre la crise économique que connaît le pays. « Aujourd’hui, nous avons pris cinq ports essentiels du pays : Guanta, La Guaira, Puerto Cabello, Maracaibo et Guamache », a déclaré Nicolas Maduro après une réunion avec le ministre de la défense, Vladimir Padrino.

12 juillet | ARGENTINE | Menée dans le cadre des célébrations du bicentenaire de l’indépendance par l’Observatoire des Tendances Sociales et des Entreprises de l’Université Siècle 21, une étude révèle que 4 habitants  sur 10 sont prêts à quitter le pays, affirment qu’ils se reconnaissent des « bonnes personnes » à 18,8 % , mais aussi « égocentriques » à 13,7 % et « corrompus » à 11 %.

12 juillet | MEXIQUE | Le nouveau président du PRI, Enrique Ochoa Reza, 43 ans, promet l’autocritique et la lutte contre la corruption. Il était le seul candidat, dirigeant d’une organisation de plus de cinq millions de membres qui gouverne 19 des 32 États du pays.

12 juillet | HONDURAS | Cinq policiers, commissaires et inspecteurs, liés à Fabio Porfirio Lobo le fils de l’ancien président du Honduras Porfirio Lobo et au Cartel de Sinaloa ont été arrêtés et livrés aux États-Unis pour le procès en cours contre Fabio Porfirio Lobo.

13 juillet | VENEZUELA | Le président Nicolas Maduro a prolongé de deux mois l’état d’« urgence économique » en place depuis la mi-janvier, a indiqué le journal officiel. « L’état d’exception et d’urgence économique est prolongé de soixante jours en raison des circonstances extraordinaires (…) qui affectent l’économie nationale », selon le décret présidentiel. L’« urgence économique » avait déjà été prolongée à deux reprises.

13 juillet | ARGENTINE | La méfiance des Argentins dans l’économie a conduit à conserver à l’étranger 232 411 millions de dollars, un chiffre qui dépasse de 86 000 millions la dette extérieure du pays et multiplie par 7 les réserves actuelles de la Banque centrale. Le gouvernement de Mauricio Macri vise à rapatrier une partie de cet argent par une amnistie fiscale ambitieuse.

13 juillet | MEXIQUE | Une évasion massive jette de nouvelles ombres sur le système pénitentiaire mexicain. Au moins dix détenus se sont évadés d’une prison de Cancún dans les Caraïbes mexicaines. Les autorités enquêtent sur le personnel pour une éventuelle complicité avec les prisonniers évadés, un gang criminel lié au cartel Los Zetas.

13 juillet | VENEZUELA | La résurrection du dialogue entre le gouvernement vénézuélien et l’opposition est due aux efforts de Timoteo Zambrano, un membre de la formation social-démocrate Un Nuevo Tiempo. Très favorable au dialogue, il pourrait devenir une note discordante dans l’opposition. « Le grave problème du Venezuela est l’absence de dialogue politique« .

13 juillet | PEROU | L’utilisation légale de la coca pour le « chacchado », la pratique traditionnelle de la mastication des Andes, se situait à 9 000 tonnes de feuilles sèches par an, selon les chiffres officiels. Cependant, la production de 2015 s’est élevée à 96 304 tonnes, selon le dernier rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC). L’étude a également révélé que le Pérou a augmenté de 23 % sa culture dans les zones conçues pour le développement local naturelles protégées.

14 juillet | MEXIQUE | Le gouvernement convient d’examiner la réforme de l’éducation pour réduire la tension. Le président Enrique Peña Nieto a surpris en acceptant des changements avec le syndicat majoritaire SNTE dans la loi. Le radical CNTE rejette les modifications et maintient sa demande que la loi soit abrogée.

14 juillet | COLOMBIE | Le président Juan Manuel Santos a élevé la voix, après 38 jours de la grève des transports qui détient plusieurs régions du pays hors de la fourniture de nourriture et de médicaments. Il menace de prendre des sanctions contre les camionneurs qui sont impliqués dans la grève. Les camionneurs exigent de meilleures conditions de travail et que se maintienne le système actuel de mises à la casse des véhicules et l’Etat donne de l’argent. Mais le président Santos décrit ce système comme inacceptable parce que, dit-il, ce modèle est devenu un foyer de corruption.

14 juillet | EQUATEUR | Pays de la région avec le plus grand nombre de réfugiés, il expulse sans procédure des dizaines de Cubains au cours des derniers jours. Il met en évidence le risque énorme pour les demandeurs d’asile quand il est un gouvernement autoritaire qui est prêt à ignorer en toute impunité les droits humains les plus fondamentaux en vertu du droit international réfugiés.

14 juillet | MEXIQUE | Andrés Manuel Lopez Obrador ouvre la porte à une alliance avec le PRD. Le leader de Morena adoucit son discours sur la gauche traditionnelle à l’horizon de la présidentielle 2018. Les deux groupes de gauche en juin ont totalisé 34% des voix, deux points au-dessus du PRI au pouvoir.

14 juillet | VENEZUELA | Le Parlement annule la nomination de juges chavistes. La majorité de l’opposition a décidé d’annuler la prestation de serment des 13 magistrats en chef et 21 suppléants désignés en décembre  par la Cour Suprême avec une procédure controversée.

15 juillet | ARGENTINE | Florence Kirchner, la fille de 26 ans de Nestor Kirchner et Cristina Fernandez, conservait plus de 4,6 dollars dans deux coffres. La Justice a ordonné l’ouverture des coffres pour vérifier que ces valeurs correspondent au patrimoine de l’ancienne ex présidente et de sa famille.

15 juillet | ARGENTINE | Sept passagers ont demandé de descendre d’un vol Miami-Buenos Aires parce que les pilotes étaient des femmes. L’incident a retardé près de deux heures un avion d’American Airline. L’incident a été révélé par une famille d’un passager argentin. La nationalité ou le sexe de ceux qui ont refusé d’être dirigés par des femmes n’ont pas été révélés.

15 juillet | CHILI | Le gouvernement de Michelle Bachelet ne peut pas remplir son désir – comme promis en 2013 – d’offrir un enseignement supérieur gratuit aux étudiants en 2020. A cause de la croissance économique, le ministre des Finances Rodrigo Valdes a dit au début du processus législatif au Congrès : « Nous voulons utiliser tout cet argent dans l’enseignement supérieur ou d’autres besoins qui sont en concurrence avec cela, comme la santé ou les retraites« .

18 juillet | VENEZUELA | Environ 150.000 Vénézuéliens à travers la frontière en Colombie en deux jours à la recherche de nourriture de base et de médicaments. Il y a une pénurie de sucre, de pain et de farine à cause de la grève des camionneurs qui affecte la Colombie.

18 juillet | SALVADOR | Depuis mars, la Corte Suprema de Justicia (CSJ) a discuté de savoir si elle devait extrader vers l’Espagne, 17 soldats accusés pour l’assassinat de sang-froid de six prêtres jésuites, cinq d’entre eux espagnols, en 1989 sur l’ordre du juge Eloy Velasco, de la cour nationale espagnole. Cependant, dans un geste sans précédent, la Chambre constitutionnelle de la même cour a mis le processus de rapatriement dans le « congélateur » parce qu’elle a déclaré inconstitutionnelle l’amnistie de 1993, ce qui a empêché des poursuites pour crimes contre l’humanité commis pendant la guerre civile (1980-1992)

La nouvelle est bien vivante : la revue « Rue Saint-Ambroise » en est la preuve

Depuis 1999, la Revue Rue Saint-Ambroise est une référence pour un genre un peu trop mis à l’écart en France, la nouvelle. Il y a des lecteurs et des amateurs, mais les éditeurs souvent restent timides quand il s’agit d’en publier. Le monde anglo-saxon d’une part, l’Amérique latine d’autre part, sont restés des foyers de création du récit court. C’est ce qu’ont voulu démontrer les éditeurs de la revue qui nous proposent un numéro spécial Amériques.

Photo : site internet de la revue

Après un éditorial sobre et intelligent, d’une analyse pleine de finesse et d’acuité sur « la nouvelle et la crise du roman » par Bernardo Toro – écrivain d’origine chilienne, co-fondateur de la revue –, nous découvrons l’univers de quatorze écrivains fort différents les uns des autres par leurs pays d’origine, leur sensibilité, leur style. Cinq écrivains de langue anglaise (États-Unis et Canada) et neuf représentant plusieurs pays d’Amérique latine (Argentine, Chili, Cuba, Mexique et Pérou) se succèdent, dans des atmosphères variées, récits familiaux, parfois fantastiques, ironiques ou tout simplement littéraires. Un point commun, s’il faut en trouver un, pourrait être une nostalgie diffuse, l’idée de la mort et de la perte comme toile de fond. Dans plusieurs d’entre elles, le narrateur découvre une réalité qui transforme brusquement sa vie quotidienne.

Le remarquable choix de ces auteurs américains permet de mettre en évidence l’immense variété des tons employés, de façons d’écrire de chacun qui nous montre son univers particulier. Malgré l’évidente qualité de tous, cette très bonne sélection est dominée par la présence de Roberto Bolaño et sa nouvelle magistrale, Sensini. Une note biographique de chaque auteur, brève et complète, permet d’en savoir plus aussi sur leur bibliographie et ainsi de pouvoir prolonger le plaisir. Voilà une excellente occasion de découvrir des auteurs de première qualité et aussi de (re)découvrir toute la richesse que peut procurer la short novel et le cuento que les Américains savent apprécier bien mieux que nous.

Martine ROINAT

Rue Saint-Ambroise – Rue Saint-Ambroise, en vente en librairie ou par abonnement au siège de la revue, 3 rue Cassini 75014 Paris.

Le nouveau président du Pérou dévoile la composition de son gouvernement

Après sa courte victoire face à Keiko Fujimori lors des dernières élections présidentielles (50,12 % contre 49,88 % des voix), le président élu Pedro Pablo Kuczynski doit former un nouveau gouvernement afin de diriger le Pérou pour les cinq années à venir. Alors qu’il s’apprête à prendre ses fonctions le 28 juillet, il dévoile peu à peu les noms des ministres qui composeront son gouvernement.

Photo : Newsok.com

Ollanta Humala va prochainement céder sa place à Pedro Pablo Kuczynski, son successeur à la tête du Pérou, et leader du parti Peruanos por el Kambio (PK). Cette passation de pouvoir induit également un renouvellement du cabinet ministériel qui l’accompagne. Kuczynski souhaitait que ce dernier soit équilibré, représentatif des hommes et des femmes, et de diverses tranches d’âges. Ainsi, 18 ministres intègreront le gouvernement Kuczynski dès la fin du mois de juillet, parmi lesquels : Alfredo Thorne comme Ministre de l’Economie, Carlos Basombrío comme Ministre de l’Intérieur, ou encore Mariano Gonzáles comme Ministre de la Défense. Plusieurs de ces personnes sont d’ores et déjà dotées d’une importante expérience politique.

Egalement, Fernando Zavala a été annoncé comme futur Premier ministre ; cet économiste de 45 ans dit vouloir moderniser le pays, qui a néanmoins déjà beaucoup avancé ces dernières années. Selon Kuczynski, lui même ancien banquier à Wall Street, Zavala a une très bonne connaissance du fonctionnement du pays et de la fonction publique, puisqu’il a déjà été ministre de l’Economie sous le mandat d’Alejandro Toledo. Le pedigree de Zavala ne serait pas complet sans ajouter qu’il est actuellement PDG du groupe Backus, qui n’est autre qu’une filiale locale du deuxième brasseur mondial SABMiller. C’est à la fois son âge encore relativement jeune, et son poste actuel de dirigeant d’entreprise, qui interrogent la pertinence de sa nomination au poste de chef du gouvernement. Cependant, les défis qui se profilent pour ce nouveau gouvernement sont nombreux : réduction de la pauvreté, proximité avec les citoyens, développement du pays, enjeux sécuritaires, soutien de l’économie… De plus, le Congrès demeure aux mains des alliés de Fujimori, puisque la majorité appartient encore au groupe Fuerza Popular (FP).

Anaïs DUEE

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