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Portraits

Carlos Cruz-Diez, l’artiste de la couleur, s’est éteint à Paris à 95 ans

L’artiste français d’origine vénézuélienne est un des pionniers de l’Art Cinétique et de l’Art Optique appelé Op Art. Installé en France depuis 1960, Carlos Cruz-Diez est décédé samedi 27 juillet à Paris à l’âge de 95 ans. Il restera une figure importante de la création universelle contemporaine.

Photo : Maison de l’Amérique latine de Paris

Carlos Cruz-Diez a développé au cours des 70 dernières années d’importantes recherches sur la couleur dans l’espace, en mouvement, comme en situation. La couleur est « une réalité autonome en perpétuelle mutation », analysait l’artiste. « Dans mes œuvres, la couleur apparaît et disparaît au fil du dialogue qui s’établit entre l’espace et le temps réel.  Je me suis fait une discipline scientifique et poursuis mes études sur les nouvelles fonctions de la couleur, un domaine chargé de surprises…Chaque œuvre en suggère une autre. Surgissent de nouveaux défis qui demandent de nouvelles solutions, de nouvelles découvertes. Tout artiste est un chercheur »

Carlos Cruz-Diez s’inscrit dans cette famille d’artistes qui ont bâti leur réflexion sur l’approche sensible et intuitive de la recherche scientifique. Sa recherche a apporté une nouvelle forme de connaissance du phénomène artistique en amplifiant l’univers perceptif. À partir des années soixante-dix ses interventions dans l’architecture et l’espace urbain, représentent un moment important de l’histoire de l’intégration de l’art dans un territoire plus ample. Ses œuvres vivent ainsi une sorte de présent continu et changeant dans les rues et les places du monde. Ses œuvres s’y intègrent, rayonnent et articulent un discours plastique à partir d’événements chromatiques changeants qui produisent des états de perception différents et renouvelés pour le spectateur.

La récente exposition de Cruz-Diez Un être flottant, importante intervention dans les espaces intérieurs au Palais d’Iéna à Paris est un exemple d’audace et de maîtrise de l’espace où le Maestro renouvelle formes et rythmes chromatiques dans un ensemble innovant (octobre 2016). Environnement Chromatique, intervention au sol sur le parvis des Droits de l’Homme devant le Centre Pompidou-Metz,en est un autre exemple (saison culturelle Constellationsde Metz. Juin -septembre2018).

Les nombreuses expositions et hommages, récents, en cours et à venir dans plusieurs pays soulignent la place que Carlos Cruz-Diez occupe dans le panorama plastique contemporain :  Color haciéndose, Exposition rétrospective au Musée d’art contemporain à Panama City. (Juin-août 2019 ; Couleur dans l’espaceau Musée de sud Corée (mi-septembre 2019) ; Le Diable au Corps- Quand l’Op art électrise le cinéma. Musée d’Art Moderne et ContemporainNice. Mai- sept 2019. 

Cecira ARMITANO

Lire aussi notre article précédent sur Cruz Diez.

En souvenir de Leopoldo Brizuela, un grand romancier et poète argentin

Le 14 mai 2019, Leopoldo Brizuela est mort jeune, à 55 ans, des suites d’un cancer aux intestins. Sitôt apprise, la nouvelle a causé une commotion. Il était un Grand des lettres argentines contemporaines, il était aussi quelqu’un de très aimé par tous ceux qui l’ont connu. Et je suis fière d’en avoir fait partie. 

Photo : Gustavo Garello

La photo est encore sur une étagère de ma bibliothèque. Elle a été prise lors de la présentation, que j’ai eu l’honneur de conduire dans le cadre des Belles Latinas, d’un roman magistral, Angleterre, cette fable, de l’écrivain argentin Leopoldo Brizuela. Je suis en train de parler devant le micro ; il me regarde d’un air amusé et avec un sourire bienveillant. Petit, brun, chaleureux, les yeux pétillants et néanmoins mélancoliques, humble et solidaire. Ainsi était Leopoldo. Et c’est si difficile de le dire comme cela, au passé.  

Poète, traducteur, romancier, enseignant, Leopoldo était né le 8 juin 1963 à La Plata, ville dans laquelle il a vécu la plupart de sa vie, ville qui est aussi le lieu où se déroulent certains de ses romans. Il avait gardé des souvenirs douloureux de son adolescence sous la dictature militaire des années 1970, dont quelques-uns ont probablement été exorcisés lors de son impeccable traduction à l’espagnol de Manèges, le très beau roman de Laura Alcoba. Il y a aussi fait ses études de lettres et de droit, inachevées probablement parce que la pulsion de l’écriture était plus forte. Je l’ai interviewé des années plus tard dans cette Université, il était à la fois ému et amusé de revenir comme écrivain consacré dans cet établissement qu’il avait fréquenté comme étudiant et qu’il avait quitté sans diplôme.  

Il avait suivi aussi une formation en chant et en musicologie avec la musicienne, compositrice et poétesse Leda Valladares, dont il accompagna pendant plusieurs années le travail de recherche, de compilation et d’interprétation de musiques folkloriques. Lors de sa visite à Lyon comme invité des Belles Latines, dans la soirée de clôture du Festival, il n’avait pas hésité à prendre la guitare et à partager avec nous une partie de son répertoire. 

En tant qu’écrivain il a été rapidement reconnu par le public et par le milieu. Les prix littéraires sont arrivés dès son premier roman, Tejiendo agua, publié lorsqu’il avait 17 ans, et distingué par la Fondation Fortabat en 1985. Suivront InglaterraUna fábula reconnu par le Prix Clarín en 1999, puis Lisboa, Un melodrama en 2010, Una misma noche remporte le Prix Alfaguara en 2012 et enfin Ensenada, Una memoria paraît courant 2018. Il a également publié la nouvelle El placer de la cautiva en 2000 et un volume de récits, Los que llegamos más lejos en 2011. 

Traduit en plusieurs langues, son œuvre suit la plupart du temps le fil de mémoires historiques et culturelles entremêlées, qui mettent en rapport des cultures, des pays, des identités plurielles et complexes. L’Histoire de son pays, l’Argentine, est toujours présente de manière oblique ou explicite ; les images de l’horreur imposée par la dernière dictature militaire sont évoquées parfois sans les nommer, ou par l’entremise d’autres instances similaires datant du XIXe siècle, ce qui permet à l’auteur dans Inglaterra, Una fábula, de produire des représentations synthétiques et très puissantes de la souffrance des populations. Notamment lorsqu’il suggère l’analogie entre le génocide perpétré contre les peuples originaires du sud du pays et les exécutions et disparitions des années 1970. La racine de la violence politique est mise en évidence, ainsi que ses connotations racistes et discriminatoires. Mais il se projette aussi vers d’autres horizons, en produisant des croisements éclairants entre l’Angleterre et l’Argentine, entre Lisbonne et Buenos Aires dans Lisboa, Un melodrama, entre le tango et le fado. Tout cela dans un contexte historique souvent secoué par des crises, ce qui lui permet de sonder les imaginaires et de révéler les arcanes de l’âme humaine, si semblables au-delà des différences. Les deux derniers romans sont plus étroitement liés à l’Histoire argentine et à deux périodes clés : la dictature des années 1976-1983 et la chute du deuxième gouvernement de Perón en 1955. 

Au-delà des sujets choisis, Leopoldo était un écrivain exigeant. La structure de ses romans était complexe et proliférante, les voix multiples et contrastées, la prose somptueuse, baroque, parfois incantatoire ; le ton, unique et immédiatement reconnaissable. Leopoldo se refusait au minimalisme à la page, il fouillait dans l’expérience comme un explorateur des profondeurs, et dans la langue comme un chercheur de trésors cachés. Et il trouvait toujours la pépite d’or du sentiment ou du mot juste.  

Tu vas nous manquer, Leopoldo. Ta simplicité, ta tendresse, ton engagement politique à côté des Mères de la Place de Mai ; tes blessures aussi, souvent sublimées, toujours présentent. Nous continuerons à te lire, c’est promis. 

María A. SEMILLA DURÁN

Leopoldo Brizuela est né en 1963 à La Plata (Argentine). Romancier, poète et traducteur, il a écrit son premier roman Tejiendo agua à l’âge de 17 ans. En 1999, Angleterre : une fable obtient le Prix Clarín et le prix de la Ville de Buenos Aires et est traduit en France aux éditions José Corti, qui publient également Le Plaisir de la captive. Leopoldo Brizuela, dont les livres sont traduits dans de nombreuses langues, vivait à Buenos Aires, où il a travaillé comme critique littéraire et dirige plusieurs ateliers d’écriture. Son dernier livre en français : La Nuit recommencée traduit de l’espagnol (Argentine) par Daniel Iaculli (2014).

 

Disparition de Georges Couffignal, l’ancien directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine

Georges Couffignal, l’ancien directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine, est décédé le dimanche 28 avril 2019 à l’âge de 74 ans. Professeur de sciences politiques à la Sorbonne de 1994 à 2013, ce Français passionné par l’étude de l’Amérique latine était un spécialiste des systèmes politiques latino-américains.  

Photo : Caroline Dumas pour l’Institut Français au Chili

En tant que professeur à la Sorbonne et directeur de l’IHEAL, Georges Couffignal a transmis son savoir à de nombreuses générations d’étudiants. Cette personnalité des sciences politiques était aussi un acteur majeur des relations universitaires entre la France et l’Amérique latine. Entre 1982 et 1986, il fut directeur de l’Institut français d’Amérique latine à Mexico. Entre 2001 et 2005, il était Conseiller de coopération et d’action culturelle à Santiago. Cependant, Georges Couffignal ne faisait pas que transmettre son savoir, c’était aussi un politologue et historien à part entière. 

En 2013, La nouvelle Amérique latine : Laboratoire politique de l’Occident édité par les Presses des Sciences Po, est la dernière œuvre de Georges Couffignal parue en France. En 2015, cet ouvrage fut traduit en espagnol par les éditions LOM de Santiago au Chili. Dans cette analyse historique et politique, l’auteur rassemble de multiples débats autour de l’Amérique latine. Il y présente un état des lieux du continent, avec ses innovations, dynamiques et développements. Les cinq chapitres abordent des questions politiques et constitutionnelles, mais étudient aussi les évolutions de l’action publique, le populisme et l’émergence du continent dans la mondialisation. 

Cet ouvrage explore depuis le début des années 1980 le retour à la démocratie dans de multiples pays d’Amérique latine. L’auteur expérimente sur le plan social et environnemental les mutations profondes qu’on subit les nouvelles sociétés. Mutations durant lesquelles des élites, partis politiques et mouvements sociaux inédits sont nés. L’auteur s’intéresse aussi au moment où l’Amérique latine s’affirme sur la scène internationale.  

Au cours de sa vie, Georges Couffignal s’est adressé généralement à des cercles académiques, mais pas uniquement. Son public était et reste encore parfois plus large. Son ultime ouvrage s’adresse à tous les lecteurs réceptifs à un développement innovateur d’un monde qui change. Optimiste, George Couffignal reste pourtant lucide sur le fait que «l’Amérique latine peine à engager certaines réformes pourtant évoquées depuis des décennies». Les réflexions variées et complètes de l’auteur font de l’ouvrage une étude complexe et signifiante pour comprendre les politiques actuelles de l’Amérique latine. 

Eulalie PERNELET 

Alejandro Jodorowsky, 90 ans pour cet artiste franco-chilien hors-normes

Alejandro Jodorowsky Prullansky est né le 17 février 1929 à Tocopilla, au Chili, où ses parents, juifs russes fuyant les pogroms s’étaient réfugiés. Cet artiste franco-chilien est surtout connu pour ses scenarii de science-fiction en bande-dessinée, son cinéma surréaliste iconoclaste et sa passion pour le tarot divinatoire. Acteur, mime, romancier, essayiste, poète, scénariste, réalisateur et auteur de performances artistiques, «Jodo» touche à tout et souffle ce mois-ci ses 90 bougies.

Photo : DR

Après avoir étudié la philosophie et la psychologie, il s’oriente vers une carrière artistique qui débute véritablement en France avec la rencontre, en 1953, du mime Marceau pour lequel il commence à travailler, créant des célèbres pantomimes comme La Cage. Il fonde en 1962 le mouvement faussement surréaliste Panique en compagnie de Roland Topor et Fernando Arrabal, coupables complices de performances décalées et dérangeantes, frisant la pornographie.

En 1965, au Mexique, il crée le Théâtre d’Avant-Garde, montant des pièces de Beckett, Ionesco et Strindberg. Se tournant vers le cinéma, il fonde la société Producciones Pánicas et son premier long-métrage, adapté d’une pièce d’Arrabal, fait scandale lors de sa présentation au Festival du Film français d’Acapulco. Faisant fi des nombreuses menaces qui pèsent sur lui, il réalise en 1970 un western psychédélique, El Topo, qui devient un film culte dans les milieux underground. Encouragé par John Lennon, il réalise ensuite La Montagne sacrée, errance mystique d’un vagabond aux faux airs de Jésus.

De retour en France en 1975, il ambitionne d’adapter au cinéma le célèbre roman de science-fiction Dune de Frank Herbert mais, faute de moyens, le projet, produit par Michel Seydoux, n’aboutit pas, malgré les promesses de collaborations de Salvador Dalí, Orson Welles, David Carradine, Amanda Lear et Mick Jagger (pour le casting), Hans Ruedi Giger (effets spéciaux), Mœbius (story-board et costumes), Pink Floyd et Magma pour la musique (rien que ça !). Ainsi portée, l’aventure n’en a pas moins influencé toute la production cinématographique de science-fiction qui allait suivre, depuis Alien à Matrix en passant par Blade Runner et bien sûr la saga Star Wars.

Jodorowsky s’oriente alors vers la bande-dessinée et collabore notamment avec Mœbius, proposant dès 1980 la série L’Incal dans le mensuel Métal Hurlant. Le jury du festival de BD d’Angoulême le consacre en 1996, lui décernant l’Alph’Art (grand prix) du meilleur scénario pour la série Juan Solo avec le dessinateur Georges Bess.

En 1989 et 1990, il accepte pour la première fois les contraintes des producteurs d’Hollywood avec les longs-métrages Santa sangre puis Le Voleur d’arc-en-ciel. Il continue en parallèle avec sa passion pour le Tarot de Marseille dont il est un spécialiste, maître de conférences hebdomadaire et inventeur du concept de «psycho-magie». En outre, il publie régulièrement romans et recueils de poèmes.

Plus récemment, il est passé par internet afin de financer son film La danza de la realidad, autobiographie sortie en 2013 et tournée dans son village natal ; la suite, Poesía sin fin, a été présentée à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes en 2016.

Ce dimanche 17 février, «Jodo» a fêté ses 90 ans et 2019 sera certainement riche en événements culturels le concernant et dont nous vous tiendrons au courant. Côté BD, à noter la réédition en 12 volumes de l’intégrale de ses différentes collaborations en tant que scénariste (avec Mœbius, Arno, Silvio Cadelo, Juan Giménez, Georges Bess, Jean-Claude Gal, Milo Manara…) aux éditions Les Humanoïdes Associés, la sortie du troisième tome étant prévue pour la fin du mois.

Bon anniversaire «Jodo» !

Fabrice BONNEFOY

Hommage à Philippe Marchand, ancien ministre de François Mitterrand, décédé le 10 janvier dernier

Philippe Marchand, ancien ministre de François Mitterrand, est décédé le 10 janvier dernier. Nous connaissions Philippe Marchand depuis plus de trente ans car son épouse Odile a été une militante des causes humanitaires, et tout particulièrement chiliennes et latino-américaines. Elle a été une des premières à soutenir, depuis sa création en 1984, le travail d’information de Nouveaux Espaces Latinos .

Photo : Philippe Marchand/Séverine Joubert

Plus d’une fois nous avons croisé Philippe Marchand et nous connaissions son engagement politique et sa sensibilité pour la justice et la liberté, en France et dans le monde. Nous tenons donc ici à souligner sa trajectoire et nous exprimons à Odile toute notre affection et amitié, ainsi que notre reconnaissance pour sa longue fidélité au Chili et à l’Amérique latine. Nous avions appris par la presse sa maladie. « J’ai un cancer, mais à part ça tout va bien. » Philippe Marchand conservait son sens de l’humour et de la dérision ces derniers mois, alors qu’il se savait très gravement malade. Il a perdu son combat contre la maladie en fin de matinée à l’hôpital de Saintes en Charente-Maritime, un département et une ville auxquels il était très attaché même s’il n’était pas Charentais d’origine.

Il est né à Angoulême le 1er septembre 1939 et est devenu avocat avant d’embrasser la carrière politique au sein du Parti socialiste. C’est sous cette étiquette qu’il se fait élire conseiller général du canton de Saintes de 1976 à 2001, puis président du conseil général de Charente-Maritime ; un poste qu’il a occupé de 1978 à 1991. Il avait également été élu député de la quatrième circonscription de Charente-Maritime de 1978 à 1991. Proche de François Mitterrand, il remplace Pierre Joxe au ministère de l’Intérieur le 29 janvier 1991. Un an plus tard, quand il quitte la Place Beauvau, François Mitterrand le nomme conseiller d’État.

En 2006, il s’était mis en retraite de la vie politique après les propos de Georges Frèche sur les Harkis. L’ancien président de la région Languedoc-Roussillon avait traité les Harkis de « sous-hommes ». Philippe Marchand avait alors déploré l’indulgence du Parti socialiste à son égard. Depuis quelques années, il s’était retiré à Angoulins. « Philippe, tu aurais voulu enregistrer tes dernières paroles pour dire adieu aux Saintais, hélas la force t’a manqué. Tu nous as laissé, en cadeau de départ, un sourire triste mais pas amer. » Odile Marchand a ainsi transmis le message souhaité par son mari, ancien ministre de l’Intérieur, député saintongeais.

Trente-six années à la tête d’une association. Peu de bénévoles peuvent se prévaloir d’un bail aussi long. Odile Marchand appartient à ce petit cercle, elle qui vient de passer le relais de la présidence des Amitiés franco-chiliennes qu’elle assumait depuis 1977. L’association fut créée cette année-là, en réaction au coup d’État du général Augusto Pinochet en 1973 au Chili. Durant toutes ces années, Odile Marchand et les Amitiés franco-chiliennes n’auront de cesse de venir en aide aux victimes de la dictature militaire, en particulier aux familles des disparus.

L’association a accueilli et accompagné des exilés politiques en France. Elle a aussi multiplié les manifestations, autant pour que la situation au Chili ne tombe pas dans l’oubli que pour recueillir des fonds. De prestigieux invités, tels Guy Bedos, la chanteuse Catherine Ribeiro ou le dessinateur Georges Wolinski, lui ont apporté leur précieux concours. « Nous avons agi à notre petite mesure pour apporter notre aide dans la résistance du peuple chilien : campagne pour les disparus et les emprisonnés, soutien aux cantines populaires ou à des projets culturels, la formation scolaire, etc. », résumait Odile Marchand en 2007 lors des vingt ans d’engagement des Amitiés franco-chiliennes.

Januario ESPINOSA

Une avocate chilienne dans le cercle de la France Insoumise

Candidat aux élections présidentielles de 2017, Jean-Luc Mélenchon a su s’entourer d’une équipe des militants dont Raquel Garrido, une alliée franco-chilienne de taille.  Retour sur son parcours.

Photo : Europe 1

Bien que son programme « L’avenir en Commun » ait convaincu 19,20% des Français lors des élections du 23 avril 2017, contre 11,10% en 2012, le leader du mouvement La France Insoumise n’a pas obtenu un score suffisant afin de se frayer un chemin vers le deuxième tour. Jean-Luc Mélenchon a pourtant apporté un brin de nouveauté au programme qu’il a défendu il y a cinq ans en reprenant des propositions inédites du Guide citoyen de la 6e République de Raquel Garrido. Publié en 2015, l’ouvrage de cette franco-chilienne née à Valparaíso en 1974, un an après le début de la dictature de Pinochet, mentionnait ainsi déjà le droit de révoquer les élus entre les élections et le droit de vote à 16 ans.

         
Raquel Garrido n’est évidemment pas une inconnue pour Jean-Luc Mélenchon. Ancienne militante du Parti Socialiste et cofondatrice du Parti de Gauche en 2008, elle rejoint La France Insoumise en 2016. Avocate au barreau de Paris, elle défend Jean-Luc Mélenchon lors de nombreuses affaires judiciaires médiatiques, notamment dans le contentieux l’opposant en 2015 à  Jean-Francois Copé, Nathalie Kosciusko-Morizet et Alain Juppé. En 2016, elle est même poursuivie en justice par Marine Le Pen pour diffamation mais remporte avec succès le procès ainsi que l’appel. Jean-Luc Mélenchon n’est toutefois pas la seule personnalité politique française de laquelle Raquel Garrido est proche, puisqu’elle est mariée à Alexis Corbière, ancien secrétaire national du Parti de Gauche et premier adjoint au Maire du 12ème arrondissement de Paris jusqu’en 2014.

Steve LEMERCIER

 

Hommage à Bertille Gazzo Hausberg, la traductrice au goût du beau langage

Elle était rousse et pourtant d’Algérie. Une fille de Saïda, sur le haut plateau au sud de l’Oranie. Et puis elle était italienne et espagnole. Enfant, quand on lui demandait son nom, elle répondait Tizoizo, mais elle s’appelait Bertille Gazzo. Dans l’écurie des éditions Métailié, elle devint la grande, la meilleure traductrice de la littérature du Chili, un pays qu’elle aimait tant. Un hommage d’Albert Bensoussan.

Photo : Chili et carnets – WordPress

Son prénom, si peu courant et fascinant, avait été créé exprès pour les rayons de ses yeux. Un visage encadré de flamme, et tout son être était de passion. Et de charme. Ses yeux, quelle couleur ? Moi je les ai toujours vus topaze, et sans doute étaient-ils entre vert et bleu, mais je savais qu’elle avait des yeux de miel. Nous nous sommes aimés sans pouvoir nous aimer. Sans pouvoir vivre ensemble. À tout jamais son baiser fondit sur mes lèvres. Elle était si belle quand elle découvrit que nous pouvions nous éprendre alors même qu’un train nous déprenait pour nous rejeter dans la brume des frontières. Et elle était si belle quand elle me rejoignit à Bordeaux pour assister à la première de La Demoiselle de Tacna. Si heureuse d’une soirée où Mario fit le joli cœur et elle buvait ses paroles, comme plus tard à Lyon, pour la première de La Chunga, elle chavira dans ses bras pour une valse créole. Elle dansait si bien, en professionnelle, qu’elle me fit un jour une exhibition de sevillana, arrondissant les bras, cognant les doigts.

Je sais qu’elle me considérait comme son grand frère et son ami. Toute sa vie. Elle me dédia le prix de traduction qu’elle reçut, Rhône-Alpes, pour donner de la voix à quelque auteur chilien au désert d’Atacama. Car elle avait de l’affection pour celui qui la fit entrer en traduction. Dans l’écurie de Métailié, elle devint la grande, la meilleure traductrice de la littérature du Chili, un pays qu’elle aimait tant et qu’elle servit avec une plume toujours exigeante, élégante et belle.

Une traduction de Bertille était une leçon de littérature française. Car comme tant de ceux qui naquirent outre-mer, elle avait le goût du beau langage. Souvent en fin de matinée, elle m’appelait pour me lire telle phrase difficile ou retorse qu’elle remettait sur les rails et rendait toujours en la polissant, telle une pierre précieuse. Une gemme – elle-même. Et j’avais hâte de l’entendre, de l’écouter, de me bercer de sa belle voix de miel – comme ce regard qui, un jour, me sidéra. Plus jamais ses yeux,  sa voix. Mais toujours Bertille.

Albert BENSOUSSAN *

  • Traducteur

Le trompe l’œil selon le Vénézuélien Gustavo Silva Nuñez

Récemment publiés sur les réseaux sociaux, les derniers travaux de cet artiste hors-norme ont captivé et subjugué le monde entier. Aussi cet avant-gardiste redéfinit-il la notion de réalisme et la façon de voir l’art.

À première vue, rien de plus réel que la réalité elle-même. Or, certains artistes parviennent à repousser les frontières du réalisme, au point que l’allure de leurs œuvres s’assimile à une photographie, une réalité palpable. Le peintre vénézuélien en vogue, Gustavo Silva Nuñez, est de ceux-là. Né en 1980 à Valencia (Venezuela), Gustavo Silva Nuñez a hérité de ses parents, artistes de grande renommée, la veine picturale qui le distingue. Son père, José Laurencio Silva a été son mentor et maître en dessin et en peinture et sa mère, Clarisa Nuñez lui a appris la céramique et la sculpture. Il a participé à d’importants salons artistiques au Venezuela et aux États-Unis et a présenté une quarantaine d’expositions personnelles et groupées à travers le monde. Il se distingue depuis 1999 par des prix en dessin et en peinture, notamment dans son pays natal.

Il insuffle la vie à ses peintures en donnant l’illusion d’une scène photographiée sur le fait. Il choisit consciencieusement de mettre à profit le corps humain dans tous ses états, dans de multiples postures, dans différents espaces. Gustavo Silva Nuñez est passé maître dans l’hyperréalisme pictural, notamment grâce à ses récents travaux axés sur les baigneurs. Que ce soit dans une baignoire, une piscine, un lac, une rivière ou l’océan, ses sujets flottent sereinement dans l’azur, nagent gracieusement ou éclaboussent le décor au beau milieu de remous et de bulles d’air. L’artiste capture le moindre détail : les nuances de bleu, les ombrages et les lueurs scintillantes de l’onde, les reflets miroitants du soleil à sa surface et la déformation des corps par l’ondulation et les rides de l’eau. Cette absolue précision et cette extrême netteté conjuguées produisent un effet en trois dimensions. Les scènes semblent figées dans le temps, ancrées dans un ici et maintenant, mais donnent l’impression d’un mouvement continuel.

Gustavo Silva Nuñez exploite également le concept de mise en abyme picturale. En effet, il peint des hommes et des femmes couverts de tatouages « yakuza », apprivoise la nudité pour mieux matérialiser la peau comme une toile, comme une fresque enchâssée dans le tableau lui-même. Le corps humain est un support artistique à part entière et le jeune peintre se charge de nous le rappeler dans chacun ses travaux. Postant régulièrement ses œuvres sur sa page Facebook, Instagram et son compte Twitter, Gustavo Silva Nuñez semble faire l’unanimité chez les internautes, les amateurs d’art et les artistes eux-mêmes. Son confrère, concitoyen et ami, Napoleón Graziani Bressanutti ne tarit pas d’éloges à son sujet.

Hugo POLIZZI

Et pour mieux comprendre l’engouement autour de Gustavo Silva Nuñez, nous vous recommandons de visiter la page Facebook ou Instagram.

Un Cubain entre Paris et la Havane

Raúl Paz, chanteur cubain fasciné par Paris sort son nouvel album le 2 Juin 2014. Une tournée en France est prévue entre mai et juin. L’occasion de (re)découvrir ce chanteur au style cubain singulier, doux et raffiné, inspiré de Deep Purple, Led Zeppelin ou Bob Marley et bien d’autres.

Alors qu’il est encore étudiant, Raúl débarque à Paris en 1996 afin de poursuivre sa formation musicale à la Schola Cantorum. Il se retrouve face à une diversité fascinante. Déjà familiarisé avec le brassage et les métissages cubains, il découvre une France cosmopolite, tout aussi riche. Il décidera alors de lier Paris et la Havane en chanson, deux villes mystérieuses qui se ressemblent. À Paris, il se perfectionne et enseigne la danse et le chant. En 2006, il repart pour Cuba et enregistre en 2010 Havanisation. Après 200 000 albums vendus en France et 4 ans d’absence, Raúl  Paz revient sur scène cette année avec son sixième album Ven Ven, aussi enregistré à la Havane et mixé par Florent Livet. Désireux de s’éloigner des clichés, il s’inspire d’un univers tout aussi cosmopolite que celui qu’il a connu : reggae, dub, funk, rap aussi. À l’image des pays qui l’ont accueilli, il produit une musique hybride, au croisement de plusieurs paysages, populations, réalités. Une musique accueillante et chaleureuse, délicate et porteuse de paix.

Sachez, chers amateurs de musiques cubaines traditionnelles, que l’on est loin des salsas aux rythmes déchaînés. Raúl Paz, c’est un peu le cubain “bobo” : afro et bouclettes rebelles, singularité et voix exceptionnelle  lui ont permis de s’imposer et de conquérir un public toujours présent au fil de ses cinq albums.

Sirine SASSI

Raúl Paz en France :
-21 Mai 2014 : Pierrefitte-sur-Seine (93) – Festival de Saint Denis
-24 Mai 2014 : Mulhouse (68) – Festival Muzaïka
-6 Juin 2014 : Caudry (59) – Le Théâtre
-7 Juin 2014 : Dieppe (76) – DSN
-10 Juin 2014 : Miribel (01) – L’Allegro
-13 Juin 2014 : La Roche-Posay (86) – Festival Bailatino
-21 Juin 2014 : Saint-Denis (93) – Basilique de Saint-Denis

Acheter les billets : www.fnacspectacles.com

 

« Signes qui précéderont la fin du monde » du Mexicain Yuri Herrera

Un titre mystérieux, qui illustre bien l’atmosphère un peu brumeuse d’un récit aux multiples facettes, mais finalement dépouillé, aussi simple, au premier degré, qu’un conte pour enfants. Un titre qui aura son explication à la dernière ligne du roman.

Dans son roman précédent, Yuri Herrera avait choisi une ambiance faussement médiévale pour parler du monde des trafiquants de drogue, au nord du Mexique et donner un recul presque poétique à un véritable thriller moderne. Il veut cette fois parler de frontière(s) et pour cela il choisit de parodier, en quelque sorte, le conte initiatique, auquel il mêle les légendes indiennes. Signes qui précéderont la fin du monde est un récit initiatique sans nul doute, mais aussi un conte philosophique et un roman social qui empiète parfois sur le fantastique.

L’histoire, la “grande”, est là, on devine la guerre contre l’Irak et les rapports toujours problématiques entre le Mexique et les États-Unis. On la sent affleurer au second plan, derrière l’histoire personnelle de Makina, envoyée par sa mère à la recherche de son frère parti pour l’autre côté de la frontière. En neuf chapitres, Makina vit neuf étapes, neuf sortes d’épreuves dont certaines, comme la traversée des montagnes d’obsidienne, ressemblent au passage dans la mythologie aztèque entre le monde des vivants et celui des morts, et d’autres font irrésistiblement penser à l’actualité la plus prosaïque, comme la traversée du Río Grande sur des pneus de camions. Et, bien sûr, l’ultime étape sera la résolution de toutes les épreuves vécues depuis la première ligne.

Yuri Herrera utilise une langue décalée, d’une forme épurée, peu descriptive, qui peut décontenancer au début, mais qui donne une atmosphère étrange et surtout une force extraordinaire à un déplacement qui sans elle pourrait être banal.

Christian ROINAT

 Yuri Herrera : Signes qui précéderont la fin du monde, traduit de l’espagnol (Mexique) par Laura Alcoba, Gallimard, 119 p., 12 €.
Yuri Herrera en espagnol : Trabajos del reino / Señales que precederán al fin del mundo, ed. Periférica, Cáceres.
Yuri Herrera en français : Les travaux du royaume, Gallimard.
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