Archives des catégories :

BD – Album

La BD chilienne en force au festival d’Angoulême et au Lyon BD festival

La bande dessinée chilienne est en train de traverser les frontières et de se faire connaître dans de nombreux festivals en Europe ou aux États-Unis. Cette année, des auteurs et éditeurs ont été invités aux festivals d’Angoulême et au Lyon BD. Nous les avons rencontrés nombreux.

Photo : Lyon BD

À Lyon, dans le palais de la Bourse, une exposition retraçait l’histoire de la bande dessinée du pays. Héritière d’une tradition née au XIXe siècle, la bande dessinée chilienne s’est développée pendant plus d’un siècle par l’intermédiaire de publications de revues d’aventures parfois fantastiques, ou bien destinées aux enfants, ou encore de revues de satire politique, sportives, picaresques ou alternatives. Aussi dans les journaux, les illustrateurs ont porté et portent aujourd’hui un regard humoristique et souvent critique de la société et du pouvoir politique. L’exposition fait un focus sur les années 70 qui ont vu la naissance de la maison d’édition Quimantu sous le gouvernement de l’Unité populaire. Celle-ci devait faciliter l’accès à la culture pour tous et permettre la publication des livres à des prix très bas. Plus tard, elle fut fermée par la dictature militaire.

De nombreux amateurs, grâce à cette exposition sur la BD chilienne, ont pu découvrir l’évolution du comics devenu souvent un excellent reflet des changements politiques, sociaux et économiques profonds qui ont agité l’histoire du Chili. Ce panorama et la table ronde qui s’en est suivie ont pu faire approcher le public de l’univers contemporain de la bande dessinée au Chili qui, aujourd’hui s’ouvre un espace au niveau international grâce à l’excellent travail des auteurs et des maisons d’éditions indépendantes, à sa diversité et son originalité.

En effet, pour les auteurs de BD chiliens la visibilité est essentielle, il est rare que leur travail soit montré en dehors du Chili malgré son existence de plus d’un siècle. Pour les illustrateurs, il est nécessaire de se mesurer avec ce qui existe ailleurs pour pouvoir évoluer. Les festivals sont la meilleure manière de se faire connaître par les lecteurs d’autres pays dans l’ère de la globalisation. Et au Chili, au niveau institutionnel depuis quelques années déjà, il y a une réelle volonté de faire connaître la création des artistes chiliens.

Ce panorama a été rendu possible grâce, notamment au travail de recherche des deux historiens Moises Hasson Camhi et Claudio Aguilera ainsi que de l’illustratrice Patricia Aguilera. Tous les trois faisaient partie de la délégation chilienne à Lyon.

Moises Hasson Camhi, chercheur et éditeur de fanzines de science-fiction et fantastiques, a publié des livres de recherche sur le Comics au Chili, des catalogues de revues et des compilations de comics satiriques sur le pouvoir politique. L’historien et collectionneur déclare vouloir remédier à la méconnaissance de la bande dessinée chilienne dans le monde.

Quant à Claudio Aguilera, journaliste, chercheur-enseignant et éditeur, il est l’un des promoteurs de l’illustration chilienne. Beaucoup de ces livres et catalogues sur la bande dessinée se trouvent dans la Bibliothèque nationale de Santiago. Selon lui, il y a une forte tradition de ce genre littéraire et graphique au Chili qui a cependant souffert de la censure de la période dictatoriale mais montre aujourd’hui à nouveau sa grande vitalité.

Parmi ces invités d’honneur se trouvaient Carlos Reyes et Rodrigo Elgueta, les auteurs du magnifique roman graphique Les années Allende, publié par les éditions Heuders au Chili en 2015, et en français par les éditions Otium, en juin 2019, avec une très belle couverture originale de Philippe Bretelle.

L’histoire commence avec le coup d’État du 11 septembre 1973, un avion Hawker Hunter traverse le ciel de Santiago. Le dessin en noir et blanc du palais présidentiel de La Moneda sous les bombes et l’explosion, le bruit et puis la fureur, la peur qui se répandent le long du pays. Écrit par Carlos Reyes et dessiné par Rodrigo Elgueta, cette œuvre a déjà été présentée au Chili (2015) et en Espagne (2016) lors de festivals et rencontres dans sa version originale et a obtenu des prix.

L’idée de faire une bande-dessinée sur le président Allende a été proposée par le directeur des éditions Hueders, Rafael López, à Carlos Reyes. Celui-ci a accepté le défi et demandé à Rodrigo Elgueta, le dessinateur, de s’y joindre. En effet, il existe une littérature très abondante sur cette époque, mais pas de bande dessinée.  Après trois ans de recherche, la lecture de 25 livres et de milliers de coupures de presse, le visionnage de nombreux films, documentaires et entrevues ; les auteurs ont fait ce premier livre graphique retraçant ce moment historique tragique qui a secoué des générations de femmes et hommes au Chili et même dans le monde. En 124 pages sont condensés des moments forts de ces trois ans, les mille jours du gouvernement de Salvador Allende.

Ce roman graphique fait découvrir avec rigueur les faits politiques, les facteurs et les causes ainsi que les acteurs qui ont mis fin à la voie chilienne vers le socialisme voulue par Salvador Allende. À travers le regard d’un reporter américain John Nitsch venu reporter ce processus unique et se retrouver au milieu des conspirations, de l’agitation politique, les passions et les espoirs que ce processus avaient réveillés. John Nistch nous fait penser à l’histoire tragique de Charles Hormann, le journaliste américain exécuté les premiers jours qui ont suivi le coup d’État. Missing, film porté à l’écran par le cinéaste Costa-Gavras en 1982, raconte ce parcours de vie.

Les Années Allende est un hommage lucide à l’ancien président chilien Salvador Allende ; à cet homme d’État qui a cru assoir son projet d’une société plus juste mais s’est retrouvé coincé « au milieu du conservatisme de la droite et de l’extrême droite ainsi que des exigences de la gauche et son extrême ». Notre rédaction a eu l’honneur de rencontrer ces auteurs, les éditeurs, les historiens et les illustrateurs en toute convivialité. Nous vous annonçons déjà un papier plus développé pour le numéro 300 de la revue trimestrielle Nouveaux Espaces Latinos.

Olga BARRY

Rétrospective autour d’Alberto Breccia, père de la bande dessinée argentine, à Toulouse

Jusqu’au 20 janvier 2019, la Médiathèque de Toulouse présente «Petites et grandes histoires argentines, Alberto Breccia, maître de la bande dessinée». Une rétrospective inédite consacrée à cet auteur, père fondateur de la bande dessinée en Argentine. Retour sur le parcours et l’œuvre d’un artiste hors norme qui a influencé le milieu de la BD à l’échelle mondiale.

Photo : Bibliothèque de Toulouse

Pour fêter le 25e anniversaire de sa mort et le centenaire de sa naissance en 2019, la Médiathèque de Toulouse rend hommage à Alberto Breccia, le père fondateur de la bande dessinée en Argentine. Pour célébrer cet artiste incontournable et pourtant pas toujours bien connu en France, cette exposition inédite, a été réalisée en partenariat avec la bibliothèque de Colomiers, l’association Alberto Prod, Télérama et Libération.

«Alberto Breccia est un auteur inventeur de formes et précurseur des pratiques les plus expérimentées, explique Coline Renaudin, conservatrice chargée de la médiation, animation et partenariat à la Mairie de Toulouse. Cette exposition est l’occasion de plonger dans l’univers de cet artiste engagé, contestataire, tour à tour dessinateur, peintre et professeur qui a influencé des générations d’artistes dans le monde entier

Tout au long de cette exposition, on découvre –à travers de plus d’une trentaine d’originaux, des imprimés, des premières éditions, des photos, enregistrements, des documents inédits en France– le parcours d’un artiste hors norme qui a influencé le milieu de la BD à l’échelle mondiale, depuis sa pratique la plus classique de la BD (Vito Nervio) jusqu’aux frontières de l’abstraction (Les Mythes de Cthulhu).

Né à Montevideo (Uruguay) en 1919 et décédé à Buenos Aires (Argentine), Alberto Breccia a participé à l’aventure de l‘historieta, la bande dessinée argentine, réputée des années 1940 jusqu’aux années 1993. «Dans les années 1970, Alberto Breccia trompe la censure en glissant de nombreuses références sur l’actualité, dénonçant ainsi le régime en place. La dictature achevée (plus de 30 000 victimes), il rendra alors un hommage aux disparus pendant la répression dans Perramus et recevra en 1989, le prix Amnesty International. Devenant ainsi une référence dans la profession

L’exposition met également en avant l’importance de son rôle dans l’enseignement de la bande dessinée et la formation de jeunes dessinateurs pour cet auteur qui a toujours été sensible à la transmission de son savoir-faire.

Influencé par divers auteurs dont les Frères Grimm (Blanche-Neige), Gabriel Marcia Lorca, Lovecraft (Le terrible vieillard), Edgar Poe, Robert Louis Stenveson (Le cas étrange du docteur Jekyll et de Mr Hyde)…, Alberto Breccia a aussi été le professeur d’Hugo Pratt, père de Corto Maltese, et a enseigné à l’école de BD d’Angoulême. «Comme en clin d’œil, son fils Henrique est illustrateur», conclut Coline Renaudin.

Silvana GRASSO
D’après la Médiathèque de Toulouse

Jusqu’au 20 janvier à la Médiathèque José Cabanis, 1 allée Jacques Chaban-Delmas. Entrée libre et gratuite.

Virus tropical, un roman graphique au cœur d’une famille colombienne par Powerpaola

Paola nous plonge dans une saga drôle et déjantée, riche en couleurs et en anecdotes croustillantes. À travers une écriture graphique forte et spontanée, elle nous fait revivre son enfance en Équateur et en Colombie, au cœur d’une famille attachante, mais dont elle n’a qu’une envie : se détacher. Un premier roman graphique qui révèle une artiste à suivre…

Photo : Agrume

Paola arrive au monde comme par mystère. Lorsqu’elle s’aperçoit que son ventre a gonflé, sa mère, qui ne peut plus avoir d’enfant, se fait d’abord diagnostiquer toute une panoplie de maladies tropicales, avant qu’un médecin lui affirme qu’elle est enceinte. Quant à son père, il espère bien avoir enfin un petit garçon, mais il se réjouira quand même de la naissance de sa dernière fille, qu’il surnommera affectueusement Paola Coca-cola. Le lecteur va suivre cette héroïne attachante jusqu’à l’âge adulte, et vivre avec elle les moments marquants de son enfance et de son adolescence, ses amitiés et ses premières amours.

À travers un trait fin et foisonnant, expressif et riche de détails, Powerpaola nous plonge au cœur d’une famille colombienne haute en couleurs. Construit en courts chapitres thématiques (la famille, l’argent, la religion, le travail, l’amour, etc.), Virus tropical se lit comme une saga familiale drôle et décalée, peuplée de personnages cocasses et un brin déjantés : un père prêtre qui organise des messes clandestines, une mère qui lit l’avenir dans les dominos, une grande sœur débauchée, une seconde sœur très pieuse… Au milieu de cette famille, la jeune Paola cherche à trouver sa place, et sa singularité. Écrit dans un style rythmé et très dialogué, Virus tropical sait émouvoir et amuser en associant le mélodrame et l’humour.

Powerpaola est née en Équateur où elle a vécu jusqu’à ses 13 ans, avant de retourner vivre sur la terre de ses ancêtres : la Colombie. Elle a toujours rêvé de devenir illustratrice, mais c’est en lisant My New York Diary de Julie Doucet qu’elle a un véritable déclic. D’abord publiées dans des fanzines et sur des blogs, ses bandes dessinées rencontrent un succès immédiat et sont aujourd’hui publiées chez différents éditeurs en Amérique latine.

D’après les éditions L’Agrume

Blog de Powerpaola : powerpaola.blogspot.fr

Les éditions Insula soufflent leurs cinq bougies avec les dessins de l’Argentin Pedro Mancini

Les éditions Insula ont pour vocation de diffuser et de mettre en valeur les arts graphiques latino-américains auprès des lecteurs francophones. Elles le font de nouveau brillamment avec ce second recueil de dessin signé Pedro Mancini, Le Jardin incroyable, paru en septembre 2018. Pour fêter leurs 5 ans, les éditions Insula seront à l’honneur à la librairie Les Nouveautés à Paris, avec une séance de dédicace organisée autour de leur toute dernière parution.

Photo : Insula

Il était une fois un étrange royaume où les contes de fée pouvaient se transformer en cauchemar. Un monde parallèle gouverné par les lois de l’absurde et peuplé de personnages fantastiques qui partagent avec nous leurs petites misères quotidiennes.

Pedro Mancini a construit un univers poétique, nourri de surréalisme et d’humour noir, dans lequel les personnages de notre enfance rencontrent ses propres créatures. Puisant dans la tradition du dessin d’humour (Edward Gorey, Roland Topor), il nous parle de l’entrée dans l’âge adulte et tourne en dérision les apparences trompeuses et la fin de nos illusions.

Pedro Mancini, né à Buenos Aires en 1983, est un dessinateur argentin actif dans le milieu de l’autoédition depuis 2006. Le Jardin incroyable est son troisième ouvrage traduit en français après Alien Triste (Insula, 2016) et Derrière le bruit.

Les éditions Insula profitent donc de leurs 5 ans anniversaire pour recevoir Pedro Mancini en dédicace pour son nouvel ouvrage Le Jardin incroyable le 27 septembre, de 18 h à 20 h, à la librairie Les Nouveautés, 45 bis rue du Faubourg du Temple à Paris. Les éditions Insula sont également à l’honneur à la librairie depuis le 10 septembre, avec une vitrine surprise.

Venez nombreux célébrer les arts graphiques latino-américains !

D’après les éditions Insula

Pedro Mancini, Le Jardin incroyable, 72 p., noir & blanc, broché, 22,5 x 9 cm, 8 €.

Le Chilien Mauro Ceballos met le vin rouge à l’honneur dans sa BD Di Vin Sang

Le dessinateur Mauro Ceballos propose une fusion novatrice de l’art et de la gastronomie avec la publication de sa bande dessinée Di Vin Sang. Elle raconte l’histoire du vin chilien et son étroite relation avec le vignoble bordelais. Cette BD a été parallèlement amenée au cinéma dans un film d’animation signé par le réalisateur Sergio Santamaria. Elle est disponible en librairie à Bordeaux ou directement chez l’éditeur.

Photo : Hypstorek/La cave à dessins

Di Vin Sang ; c’est le nom de cette toute première bande dessinée peinte à la main avec du vin rouge. À l’aide de son intrigante technique mise au point pour peindre avec du vin, Mauro Ceballos a eu l’idée d’assembler l’histoire du Chili et du Bordelais dans une bande dessinée. Un support dans lequel s’entremêlent plusieurs chroniques originales pour conter l’histoire du vin chilien et son étroite relation avec le vignoble bordelais.

Ainsi fut créé le premier livre réalisé au vin rouge : 2 200 heures de travail à la main furent nécessaires pour écrire, dessiner et peindre ce projet titanesque. Côté vin, le vigneron Olivier Cazenave, propriétaire du Château de Bel, soutient le projet par la production de 6 000 bouteilles de cette incroyable «peinture» dans une cuvée réservée Di Vin Sang.

Il est déjà possible de trouver l’ouvrage dans les différentes librairies bordelaises mais aussi sur les communes de Pessac, Talence et Le Bouscat. La publication de cet album est parallèlement travaillée en format audiovisuel. Ainsi sera lié par un mariage artistique le cinéma, la musique, la littérature et le spectacle vivant avec la création d’une BD Concert.

Pendant soixante minutes, le spectateur devient lecteur, emporté par l’histoire visuelle, musicale et littéraire du vin chilien. Un projet porté par trois créateurs venus d’horizons différents, le Chili, Le Venezuela et la France avec le dessinateur Mauro Ceballos, le réalisateur Sergio Santamaria et le musicien multi-instrumentiste Waagal.

La Cave à dessins

Di Vin Sang de Mauro Ceballos, aux éditions La Cave à dessins (mail) (30 €)

Quelques reportages et articles : France 3 TV (site), Bassin TV (site), Journal Sud-Ouest (site), Culturebox – FranceInfo (site)
Présentation de Mauro Ceballos : Facebook (site), l’artiste (vidéo), la peinture au vin (vidéo), un extrait de Di Vin Sang (vidéo)

«Vies Volées, Buenos Aires place de mai», une BD sur les enfants disparus de la dictature argentine

De 1976 à 1983, la dictature militaire qui régit l’Argentine fait disparaître près de 30 000 opposants politiques. Parmi eux, des jeunes femmes enceintes auxquelles leurs enfants seront arrachés à la naissance. Depuis 1977, leurs grands-mères recherchent ces 500 bébés volés… Ce sont elles, les «grands-mères» de la Place de mai. Vies Volées, Buenos Aires place de mai, album publié aux éditions Rue de Sèvres en janvier dernier, avec un scénario signé Matz et des dessins de Mayalen Goust, revient sur ces victimes de la dictature argentine.

Photo : éd. Rue de Sèvres

En Argentine, de 1976 à 1983, sous la dictature militaire, 500 bébés ont été arrachés à leurs mères pour être placés dans des familles plus ou moins proches du régime. Plusieurs années après cette tragédie, les grands-mères de ces enfants ne cessent de se battre pour les retrouver. Interpellé par ce drame largement médiatisé, Mario, un jeune homme de 20 ans qui s’interroge sur sa filiation, décide d’aller à la rencontre de ses grands-mères accompagné de son ami Santiago et de faire un test ADN.

Les résultats bouleverseront les vies des deux jeunes gens et de leur entourage. À travers leur quête, on s’interroge sur l’identité, la filiation, la capacité de chacun à se confronter à ses propres bourreaux, à surmonter une trahison et parvenir à envisager un nouvel avenir.

Née à La Rochelle en 1976, Mayalen Goust est diplômée de l’École d’arts appliqués de Poitiers et a travaillé dans une agence de publicité. Si elle est surtout connue pour ses illustrations d’albums aux éditions du Père Castor, son univers unique est facilement identifiable dans toutes ses œuvres. Depuis 2011, elle s’est lancée dans l’adaptation BD des Colombes du Roi-Soleil, série à succès de romans historiques pour la jeunesse. Elle vit aujourd’hui à Rennes.

Matz est né en France mais a grandi en Martinique. Il écrit pour la bande dessinée depuis 20 ans, en parallèle de son métier de scénariste pour le jeu vidéo. Il est notamment le scénariste du Tueur chez Casterman. Il collabore chez Rue de Sèvres avec Walter Hill au scénario, et avec les dessinateurs Jef et Léonard Chemineau. Il vit à Paris.

Éditions Rue de Sèvres

« L’équipage », le dernier album de l’Uruguayen Gervasio Troche

Il y a deux ans, les éditions Insula faisaient découvrir au public français les dessins de Gervasio Troche, dessinateur d’origine uruguayenne qui est né en Argentine, a vécu en France et au Mexique avant de retourner vivre en Uruguay. Ses Dessins invisibles ouvraient l’imagination. La publication de Équipage confirme les multiples qualités de cet artiste qui est l’invité des Belles latinas 2017.

La première impression, quand on feuillette ce recueil de dessins est la légèreté du trait et, souvent, des sujets. Le décor est réduit à l’essentiel, uniquement ce qui compte pour créer une atmosphère, par exemple l’automne, souvent évoqué, qui devient un arbre dont les feuilles volent en tombant. Les feuilles peuvent être missives ou même la main du personnage présent au pied du platane, la fantaisie du créateur est reine.

Un autre thème récurrent, traité dans une grande variété, est la liberté, celle des femmes et des hommes ; liberté souveraine malgré les réalités matérielles, comme la ville moderne, étouffante, la nature elle-même (il pleut beaucoup dans les dessins de Troche !), cette liberté si chère aux surréalistes « historiques ». On pense parfois à Magritte, mais souvent il s’agit plus d’un surréalisme poétique, comme ce dessin dans lequel les vagues de la mer, au-dessus de la ligne d’horizon, deviennent les oiseaux volant dans le ciel.

L’amour est très souvent évoqué lui aussi, dans des étreintes impossibles mais si belles. Ces dessins poussent au rêve ceux qui s’arrêtent quelques minutes pour les contempler. Car, après avoir feuilleté le livre, on ne peut que revenir sur certains dessins, un choix personnel,  la variété d’inspiration est telle qu’on reviendra forcément sur l’un ou l’autre de ces dessins dont la pure beauté, ou l’humour, ou l’idée feront qu’il nous obligera, d’une certaine façon, à nous plonger sur la pureté de son trait, comme cette « famille » faite d’un seul trait.

Ou ce père avec son fils sur la plage. Passé et avenir. Peut-on dire de façon plus épurée le destin humain ?

L’humour, subtile, souvent décalé, désabusé aussi, contribue pour beaucoup à rajouter encore du charme à cet ouvrage que l’on peut sans exagérer qualifier d’indispensable.

Christian ROINAT

Équipage de Troche, éd. Insula, 128 p., 18 €. ici

Les fils d’El Topo d’Alejandro Jodorowsky et José Ladronn aux éditions Glénat – BD

La suite d’un film culte en bande dessinée ! Annoncée lors de la conférence Glénat à Angoulême en février dernier, la suite en BD d’El Topo, Midnight Movie culte d’Alejandro Jodorowsky, se dévoile déjà dans un premier aperçu. Pour rappel, le titre mettra en scène le fils d’El Topo, une histoire écrite par Jodorowsky lui-même et dessinée par José Ladrönn, dessinateur culte,  archi-connu pour ses couvertures qui ont notamment abrité L’Incal ou encore Inhumans, chez Marvel.

Dans l’Ouest aride, El Topo fut un bandit qui, ouvrant les portes de son cœur, devint un saint à même d’accomplir de grands miracles. De deux femmes différentes, il eut deux fils. Funeste silhouette de cuir noir arpentant le désert, Caïn le maudit s’est juré de tuer ce père à qui il n’a jamais pardonné. Incapable d’accomplir sa soif de vengeance, il décide alors de jeter son dévolu sur son demi-frère Abel. Et dans cet ouest sauvage empreint de mysticisme, ceux qui croiseront sa route en seront les victimes collatérales…

C’est au début des années 1970, à minuit pile lors d’un festival de cinéma, que le couple vedette John Lennon et Yoko Ono projette El Topo d’Alejandro Jodorowsky. Immédiatement adoubé par la critique et par les plus grandes rock stars de l’époque, le film donne naissance au courant des Midnight Movies et génère un véritable culte parmi les cinéphiles du monde entier. Aujourd’hui encore, il n’a rien perdu de sa superbe et de son statut d’œuvre mythique. Près d’un demi-siècle plus tard, Alejandro Jodorowsky décide d’en raconter la suite… en bande dessinée. Grâce au trait virtuose de José Ladrönn, il livre un western allégorique et surréaliste où, comme souvent chez le génial créateur chilien, le genre est au service de considérations philosophiques et spirituelles plus profondes.

Cas inédit dans le monde de la bande dessinée et du cinéma, Les Fils d’El Topo est une œuvre unique en son genre – qui peut s’apprécier que l’on connaisse le film d’origine ou non – dont l’intensité créative de son auteur n’a pas fini de nous étonner. L’album 1 – Caín vient de paraître.

Jodorowsky et Ladronn

Alejandro Jodorowsky est né en février 1929 au Chili. Artiste touche-à-tout (romancier, cinéaste, poète, performeur…), c’est l’un des plus grands scénaristes de bande dessinée (L’Incal, Juan Solo – prix du meilleur scénario au festival d’Angoulême pour le tome 1 –, John Difool, La Caste des Méta-Barons, Bouncer, Le Lama blanc, Sang Royal, Borgia…), contributeur majeur au genre du fantastique et de la science-fiction, et créateur d’univers mystiques et initiatiques inoubliables. Dans les années 1970, son imaginaire sans limite l’amène à concevoir Dune, un ambitieux projet cinématographique inachevé mais devenu culte, immortalisé grâce au documentaire Jodorowsky’s Dune de Frank Pavitch sorti cette année en France. Jodorowsky revient après plus de 20 ans d’absence dans le cinéma avec La Danza de la Realidad (2013) puis Poésie sans fin (2016), qui sont chacun sélectionnés à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Il réside à Paris.

José Ladonn est né au Mexique en 1967. Il commence sa carrière d’auteur de bande dessinée en travaillant sur le marché américain, d’abord pour Marvel (Blade, Spiderboy, Cable, Thor, Les Quatre Fantastiques, Les Inhumains…) puis pour le comics indépendant. Courant 2000, à Los Angeles, il fait une rencontre miraculeuse avec Jodorowsky d’où sortira l’histoire courte Les Larmes d’or parue dans Metal Hurlant. Il renouvelle sa collaboration avec l’auteur chilien en 2008 pour le cycle Final Incal aux Humanoïdes associés. Il réside à Los Angeles. 

Communiqué Glenat BD

Site Glenat.

Articles par mois

Articles par catégorie