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Venezuela

La Chine à la rescousse de l’économie bolivarienne du Venezuela

Nicolás Maduro s’est rendu dans le pays asiatique, le 13 septembre dernier, avec l’objectif de renforcer la confiance chinoise envers les grandes lignes de la politique qui a mené le Venezuela au bord du gouffre. C’est donc dans un climat d’incertitude économique et sociale totale, où l’exode de Vénézuéliens depuis des années ne cesse de s’accroître, que le grand empire oriental a engagé de «nouveaux accords» avec le Venezuela. Ces accords concernent principalement des projets d’infrastructures liés à la production du pétrole, mais aussi au développement de l’exploitation d’autres ressources naturelles.

Photo : Infobae

La relation commerciale entre les deux pays ne date pas d’hier. En effet, depuis le début du siècle, la Chine investit énormément dans la région. Par exemple, l’année dernière, le Brésil a été le premier bénéficiaire de ces fonds avec 10 600 millions de dollars, suivi de très près par le Venezuela (10 000 millions) et l’Équateur (7 000 millions). Les trois réunis, ils reçoivent 97 % du total des investissements du géant asiatique en Amérique latine.

Dans le cas du Venezuela, la relation étroite avec la Chine remonte à 2008. Au cours de cette décennie, certains estiment que la valeur totale des prêts accordés à la «révolution bolivarienne» se situe entre 50 et 70 milliards de dollars. «Ces relations économiques sont fondamentales pour les deux pays», souligne Alejandro Grisanti, économiste directeur du cabinet de conseil vénézuelien Ecoanalitica : «sur trois demandes de barils de pétrole dans le monde, deux proviennent de Chine. Il est normal que le principal pays doté de réserves pétrolières ait des relations stratégiques avec le principal consommateur du monde», explique-t-il.

De son côté, Margaret Myers, directrice du programme Chine-Amérique latine du Dialogue interaméricain, donne la clé pour comprendre le lien bilatéral : «L’investissement chinois n’est pas idéologique, il est pragmatique et économique. Les prêts au Venezuela ne sont pas tant un signe de confiance qu’un investissement stratégique pour tenter de protéger leurs actifs à un moment difficile.» Et elle ajoute : «Le problème est que le système utilisé jusqu’à présent, des accords avec une garantie pétrolière, montre des fissures

Des fissures qui ont atteint un point de rupture l’année dernière : sur les 10 000 millions de dollars reçus par le Venezuela, la moitié était un prêt à l’État pour refinancer sa dette et l’autre moitié était destinée à la compagnie pétrolière publique PDVSA. Or, lorsque le prix du baril était élevé et que le Venezuela progressait économiquement (plus de 5 % en moyenne entre 2005 et 2012), les prêts reçus de la Chine ont été régulièrement remboursés avec la production pétrolière. Mais depuis la dégringolade du prix du baril, en février, à 24 dollars, le Venezuela a été contraint de produire 800 000 barils par jour. Lorsque le prix était de 100 dollars le baril, il fallait moins d’un tiers, soit 228 000 barils.

C’est ainsi que la crise actuelle, sans précédent, s’est déclenchée à partir de 2013 avec la forte chute dans le marché mondial de la principale ressource vénézuélienne. Et aujourd’hui, la production pétrolière ne peut pas croître au rythme nécessaire pour compenser cette baisse des prix. C’est pour cette raison que dans un article précédent nous avons mis en relief le fait «qu’on ne peut pas assurer la prospérité d’un pays quand l’essentiel de son développement repose, pour presque 90 % du produit national brut, sur l’extraction du pétrole, sachant que dans un avenir tout proche la population mondiale s’apprête à vivre sans combustibles fossiles».

Telle est la difficile situation que doit désormais résoudre Nicolás Maduro et son «programme économique bolivarien». Et pour trouver des alternatives à la tyrannie du prix du pétrole, la vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodríguez, a rencontré son homologue chinois Wang Qishan dans le pays asiatique pour signer un certain nombre d’accords commerciaux sur l’industrie pharmaceutique, le tourisme et l’exploitation forestière et minière avec des entreprises leaders en Chine.

Et justement, la cerise sur le gâteau chinois se trouve sur le site «Arco Minero» en cours d’exécution du Guyana Essequibo (à l’est du Venezuela), à la frontière avec la Colombie (à l’ouest). L’Arco Minero est le croissant fertile du Venezuela, car la région possède de grandes réserves d’or, de coltan, de diamants, de minerai de fer, de bauxite et d’autres minéraux. Malheureusement, force est de reconnaître, comme le montre l’histoire de nombreux pays, que ces ressources ont toujours enrichi les investisseurs étrangers, nourri la corruption de l’élite locale et augmenté la déchirure du tissu social.

Quelles conclusions tirer de tout cela ? Et surtout, quel est l’avenir des relations entre le géant asiatique et le gouvernement de Nicolás Maduro? Si «la Chine ne lâchera pas la main du Venezuela», comme l’a dit le journaliste Marcelo Justo, en mars 2016, une analyse plus approfondie des derniers accords en dit long sur l’évolution de la République chaviste : les négociations placent l’économie vénézuélienne, ses projets d’infrastructure, et particulièrement sa production de pétrole, sous contrôle effectif de la Chine, dont le plus grand objectif est de devenir la première puissance mondiale dans un avenir proche.

Pendant ce temps, le 15 septembre, Maduro a décrété l’état d’urgence économique au Venezuela. Ce décret, qui durera soixante jours et peut être prorogeable, stipule que le pouvoir exécutif prendra «des mesures urgentes, efficaces, exceptionnelles et nécessaires pour assurer à la population la pleine jouissance de ses droits, préserver l’ordre interne, accéder rapidement à la propriété, services, nourriture, médicaments et autres produits essentiels pour la vie»…

Ainsi Nicolás Maduro s’arroge le pouvoir suprême en donnant également à son gouvernement le droit de «suspendre temporairement et exceptionnellement» les autorités gouvernementales. De cette façon, Maduro peut appliquer n’importe quelle mesure sans avoir le consentement d’aucun autre pouvoir. Ce décret avait déjà été appliqué en janvier : en sourdine, la mise en œuvre d’un démantèlement total des structures démocratiques est avancée.

Eduardo UGOLINI

Élections présidentielles au Venezuela : qui veut noyer son chien l’accuse de la rage

Dimanche 20 mai 2018, les Vénézuéliens étaient invités à voter. La tenue de la consultation a été contestée par une partie de l’opposition. Au lendemain du vote, l’opposant arrivé en deuxième position, Henri Falcón, a dénoncé des irrégularités et a appelé à une répétition de l’exercice électoral en fin d’année. Les États-Unis, plusieurs gouvernements latino-américains et européens, ont de façon très ferme condamné cet exercice électoral comme non démocratique et annoncé des sanctions.

Photo : Gobierno boliviarano de Venezuela

Avant tout commentaire qualitatif, sur le caractère, plus ou moins, ou pas du tout démocratique, de la journée du 20 mai, encore faut-il savoir de quoi l’on parle. Quel était l’enjeu électoral ? Élire un président de la République, les 251 conseillers de 23 assemblées «régionales» et dans quelques États les représentants de communautés indigènes. Quel a été le résultat ? Le chef de l’État sortant, Nicolás Maduro, a été réélu. Il a obtenu 67,7% des suffrages exprimés, perdant 1 million de voix par rapport à la consultation de 2013. Les trois candidats d’opposition –Henri Falcón, centre gauche ; Javier Bertucci, évangéliste ; Reinaldo Quijada, centre gauche– ont également perdu plusieurs millions de voix et plusieurs dizaines de points. L’abstention, de 54%, dans un pays de culture participative, a fait un bond de 34%.

L’abstention a donc été le véritable vainqueur du scrutin. Comment l’interpréter ? Faut-il l’attribuer à l’opposition qui a fait campagne en sa faveur ? Sans doute. Beaucoup de votants des partis Primero Justicia (droite), Voluntad Popular (droite) et Action Démocratique (centre gauche) sont restés chez eux. Le siège de ces partis, situés dans les beaux quartiers de Caracas, était, dimanche 20 mai, fermé à double tour. Les bureaux de vote de Chacao, fief de l’opposition, et des zones résidentielles étaient déserts. L’ex-président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, inlassable prédicateur de dialogue entre parties en conflit, s’est fait chahuter à la sortie de l’un de ces bureaux, celui du Colegio municipal Andrés Bello de Chacao. Cela dit, l’abstention oppositionnelle a une origine complémentaire. Celle de l’absence physique d’électeurs des classes moyennes et supérieures, exilées aux quatre coins des Amériques et en Espagne.

Mais il y a eu aussi un déficit important dans les quartiers populaires, perceptible tout au long de la journée à Catia ou Petare, périphéries de la capitale. L’abstention de l’électorat qui jusque là avait toujours voté PSUV, parti socialiste unifié du Venezuela, a été importante. Nicolás Maduro a perdu un capital de plus d’un million de voix d’une présidentielle à l’autre. Cette abstention là reflète la lassitude d’un petit peuple condamné à l’angoisse d’un quotidien chaque jour plus difficile. La pression vertigineuse de l’inflation –231% en 2017 ; 6147% en février 2018– a débordé les capacités monétaires du gouvernement. Les espèces ont disparu. Le «Bolivar» parallèle, illégal, et informatisé, a supplanté l’officiel. Les salaires, les bourses versées mensuellement, sont systématiquement en décalage avec la réalité des prix. La politique pour tous ceux qui courent après les Bolivars parallèles, qui leur permettront, à défaut de viande ou de poisson, d’acheter des œufs, a relégué la politique au second plan.

Que dire d’autre ? Les critiques émises sur la qualité de la démocratie vénézuélienne sont tout à la fois fondées et erronées. Elles sont fondées parce que l’expression du vote a été biaisée par un appareil public mobilisé en faveur de Nicolás Maduro. Le déséquilibre des moyens entre candidats était clairement palpable. Il était en effet difficile d’échapper aux affiches géantes à son effigie, apposées le long de grands axes routiers, aux discours en boucle du chef de l’État sortant diffusés par les chaînes de la télévision publique. Les meilleurs chanteurs de musique «llanera», style populaire prisé par une majorité, avaient été mobilisés par le président sortant. Le PSUV, sa formation partisane, avait pratiquement seul le moyen de déployer à proximité des centres de vote des stands de captation électorale.

Tout cela avait-il un caractère exceptionnel ? Non. C’est le cadre électoral habituel du Venezuela. Les consultations précédentes, la présidentielle de 2013, les législatives de 2015, se sont déroulées dans le même contexte. Celui de campagnes d’influence en faveur du candidat officiel s’appuyant sur les moyens de l’État. Celui aussi de la transparence des procédures électorales. La fraude est quasiment impossible. Tout a été informatisé. Les cartes d’identité qui valident la qualité d’électeur. L’expression du vote qui se fait au moyen de machines après vérification de l’empreinte digitale de l’électeur. La machine à voter «crache» un reçu anonyme au nom du candidat choisi, déposé par l’électeur dans une urne classique. Un double décompte des voix est effectué en fin d’opérations, confrontant ce que dit la machine au relevé manuel des reçus déposés dans l’urne classique. Le tout sous l’autorité d’électeurs tirés au sort pour veiller à la bonne tenue du scrutin et de «témoins», de délégués, désignés par les candidats en lice.

La vérité du vote étant assurée, il est donc possible pour une opposition unie, bien organisée, dotée d’un programme et d’un candidat crédibles, de l’emporter. L’opposition avait perdu, d’un cheveu, en 2013. Et gagné les parlementaires en 2015. Toutes choses faisant défaut à l’opposition en 2018. En déficit de stratégie, elle s’est partagée. Primera Justicia, Voluntad Popular et l’Action démocratique, après avoir tenté sans succès de trouver un candidat accepté par tous, ont tiré la toile. Et ont recommandé l’abstention, justifiée in fine, par le défaut de garanties démocratiques. D’autres, COPEI (la démocratie chrétienne), Avanzada Popular et le MAS (centre gauche) ont dénoncé l’erreur de la chaise vide et appuyé la candidature d’Henri Falcón, qui figurait en 2013 en bonne place sur le ticket présidentiel de l’opposition (candidat à la vice-présidence). Les participationnistes ont échoué. Faute d’un appui unanime de l’opposition. Puisque certains se sont abstenus. Et en l’absence de candidature unique. Il y avait en effet trois candidats d’opposition face à Nicolás Maduro.

La facture de ces ratés, fiasco de la politique économique du gouvernement, et incapacité de l’opposition à présenter une alternative crédible, s’annonce redoutable. L’opposition semble renoncer au combat politique et s’en remettre à l’ingérence étrangère. Les États-Unis, dans la foulée des sanctions prises contre l’Iran, ont annoncé des représailles économiques qui ne manqueront pas de déstabiliser un peu plus à défaut des dirigeants, tous ceux qui n’ont pas les moyens financiers de s’exiler. Les gouvernements latino-américains du groupe de Lima, douze pays dont les dirigeants sont idéologiquement à droite, ont décidé de rappeler leurs ambassadeurs. En Europe, l’Espagne du président Mariano Rajoy (parti Populaire-droite) pousse l’Union européenne dans cette même voie.

Montré du doigt comme un fauteur de trouble anti-démocratique, le Venezuela mérite–t-il cette mise à l’index ? On l’a vu, la démocratie vénézuélienne au jour le jour, est en clair obscur. Mais cette réalité «grise» n’a rien de particulièrement exceptionnel en Amérique latine, comme ailleurs dans le monde. Le Brésil est présidé par un président intérimaire légitimé par un coup d’État parlementaire. En Chine et à Cuba, les électeurs ont le choix entre les candidats du Parti communiste et ceux du Parti communiste. Au Honduras, le chef de l’État sortant était inéligible. Il s’est pourtant présenté et a retrouvé le palais présidentiel au terme d’une campagne démocratiquement contestée. La Hongrie et la Turquie encadrent la démocratie et la liberté de la presse au bénéfice des tenants du pouvoir. La «Communauté internationale» s’en est-elle émue au point, comme dans le cas du Venezuela, de prendre des sanctions économiques à l’égard de ces pays et de rappeler ses ambassadeurs ?

Pays périphérique, marginal économiquement et militairement, à la différence de la Turquie, non membre de l’Union européenne, comme la Hongrie, et encore moins du Conseil de sécurité de l’ONU, comme la Chine, le Venezuela est un bouc-émissaire commode. Qui permet d’oublier les différends bilatéraux, multiples, entre États-Unis et Mexique, par exemple, ou entre Honduras et États-Unis sur les questions migratoires. Il offre aussi un argumentaire électoral instrumentalisé avec profit par les candidats conservateurs qui peinent à affronter leurs adversaires progressistes de centre gauche, comme on le voit actuellement en Colombie et au Mexique.

Moralité de cette histoire tragique. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Pour l’isoler aujourd’hui et acacroitre le désarroi et peut-être le mécontentement de la population. Et qui sait si ce calcul s’avérait inefficace pour légitimer ultérieurement une intervention armée, officielle ou déguisée, destinée à rétablir la «vraie» démocratie…

Jean-Jacques KOURLIANDSKY
Depuis Caracas

Nicolás Maduro tente de juguler le chaos avec des élections anticipées

Le Venezuela s’enfonce depuis quatre ans dans une récession sans précédent. Comment expliquer la gravité de cette crise politique et économique qui débouche aujourd’hui sur un désastre social ? La principale cause, dit-on, réside dans la baisse des prix du pétrole sur le marché mondial, ce qui a laissé l’État sans les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de la population.

Photo : Prensa presidencial

« Le char de l’État navigue sur un volcan.»

On ne peut parler du Venezuela sans évoquer le pétrole. En effet, ce pays sans ressources importantes dans le cadre de l’économie latino-américaine, est devenu dans les années soixante-dix, à la suite de l’exceptionnelle richesse découverte en sous-sol au début de la décennie de 1920, la nation la plus riche de l’Amérique latine, l’exploitation des richesses pétrolières avait entraîné, à partir de 1922, une transformation spectaculaire de l’ensemble de l’économie vénézuélienne. Pour se faire une idée, rappelons qu’en 1920 le café et le cacao assuraient plus de 90% des exportations, mais ils n’en représentaient plus que 15% en 1930, le pétrole s’étant alors imposé comme l’élément dominant (plus de 90 % des exportations du pays).

L’or noir était donc le pilier sur lequel reposait ce Venezuela soi-disant vigoureux, ce qui a fait de ce pays une figure d’exception au sein de l’Amérique latine. Pourtant, la République bolivarienne, malmenée par l’idéal chaviste, est passée à côté d’une prospérité inscrite dans ses gènes. Les pauvres sont toujours plus nombreux, particulièrement ceux des grandes villes avec des taux records de chômage, de sous-emplois et d’exclusion ; ils sont les révélateurs de la situation réelle d’une société qui semble ne pas pouvoir échapper à des manifestations de sous-développement.

Les premiers symptômes se sont faits sentir en 2014, lorsque le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 34%. La Banque centrale du Venezuela a déclaré que l’inflation était de l’ordre de 180 et 240% en 2015 et 2016 et, selon les prévisions de l’Assemblée nationale, l’inflation dépassera les 2000% en 2018. Cependant, d’après un rapport alarmant du FMI, l’inflation pourrait atteindre les 13 000%.

En réalité, le Venezuela vit les prémices de ce processus depuis que la main de fer d’Hugo Chávez a coupé net le dialogue politique. Tout au long de son mandat, aucun des principaux partis n’a pu s’organiser librement, ou n’a su surmonter ses problèmes internes, pour construire un pouvoir susceptible de redresser la barre dans un pays qui court au naufrage. Et trop de dirigeants de partis, ainsi qu’une majorité de vénézuéliens se sont laissés obnubiler par la vague «populo-égocentriste» incarnée par le tout-puissant Chávez, laquelle reposait exclusivement sur le prix du pétrole.

Dans ces conditions, il était clair que, sans un programme économique sérieux, un projet d’avenir cohérent, en syntonie avec les enjeux politiques internationaux du XXIe siècle, où il faudrait créer de nouvelles sources de richesses avec un regard plus humain, intelligent et solidaire, le pays était condamné d’avance. Car on ne peut pas assurer la prospérité d’un peuple quand l’essentiel de son développement repose, pour presque 90% du produit national brut, sur l’extraction du pétrole, sachant que dans un avenir tout proche la population mondiale s’apprête à vivre sans combustibles fossiles !

C’est pour cette raison qu’on a reproché à Hugo Chávez de ne pas avoir posé les bases d’un développement durable. Depuis des années, l’économie vénézuélienne s’est développée, marchant dans la voie du chavisme sans que des changements adéquats soient intervenus dans le système de gestion et de redistribution des devises générées par l’exportation du pétrole (les deuxièmes réserves pétrolières de la planète gisent sous le sol vénézuélien, après celles de l’Arabie Saoudite). Malgré les immenses ressources pétrolières et gazières, Hugo Chávez, et son dauphin Maduro, n’ont pas réussi à rattraper le retard par rapport aux pays les plus développés. Ils n’ont pas réussi non plus à transformer les structures sociales, à former des ouvriers hautement qualifiés, à réaliser de profonds changements dans le domaine de la culture et de la technologie, à ouvrir le chemin de la promotion aux plus larges masses de travailleurs, à la jeune génération qui aujourd’hui se retrouve contrainte d’émigrer vers de nouveaux horizons.

Et maintenant que le président Maduro se trouve coincé entre le marteau et l’enclume, on commence à comprendre que les crises peuvent être interminables et précipiter le Venezuela dans un abîme sans fond. Et pendant ce temps, les événements ont poussé la crise un cran plus loin. Désormais, on peut déplorer des morts lors des manifestations contre le gouvernement (120 personnes entre avril et juillet derniers). Selon les chiffres officiels, en 2017 le Venezuela est devenu le pays le plus dangereux du monde, après le Salvador, avec plus de 26 600 morts.

En ce moment, l’afflux massif de migrants se poursuit vers les pays limitrophes. Pour ne donner qu’un exemple, le Brésil a déclaré «l’état d’urgence sociale» après avoir accueilli 10 000 réfugiés pour le seul mois de janvier. On estime qu’un million huit cent mille personnes, soit 5% de la population totale, quittera le pays en 2018. Cette catastrophe humanitaire prend des contours plus nets jour après jour, avec la pénurie d’aliments et de médicaments, lesquels représentent 51% d’importations avec les machines et le transport.

Pour enrayer cette crise politique, économique et sociale sans précédents, Nicolás Maduro a pris la décision, avec l’aval de l’Assemblée constituante acquise au chef de l’État, de convoquer un scrutin anticipé, voire forcé. L’élection présidentielle, qui s’était tenue jusqu’ici au mois de décembre et qui avait été avancée au 22 avril, a été finalement repoussée au 20 mai prochain. Cette manœuvre précipitée a été condamnée par les douze pays latino-américains du Groupe de Lima, considérant par la voix du chef de la diplomatie chilienne Heraldo Muñoz que «cette décision empêche le déroulement d’élections présidentielles démocratiques, transparentes et crédibles».

Délicate problématique donc en ce mois de mai charnière pour l’héritier de l’idéologie chaviste qui a conduit le pays à la ruine, bien que certains continuent encore à plaider en faveur de sa politique dite « populiste », mais sans en avoir subi les conséquences. Au cœur de cette crise, il y a des erreurs et des insuffisances du passé, et le malaise démocratique qui touche le pays depuis vingt ans reste intact. En effet, aucun progrès n’a été fait dans la démocratisation de la vie politique, condition sine qua non pour donner au peuple la possibilité de s’exprimer et d’exercer sa souveraineté librement. C’est là que réside le véritable populisme socialiste, consciencieux et visionnaire.

Par conséquent, cette tentative de retour à la stabilité sociale sera vouée à l’échec si le président vénézuélien ne sait pas mobiliser tous les composants de la vie politique dans un véritable gouvernement d’union nationale, doté d’un projet viable pour le pays, et reposant sur une vision globale de l’Amérique latine. Ce qui semble peu probable dans l’immédiat, car la dégradation institutionnelle est telle que les ministres des Affaires étrangères des pays membres du marché commun du Sud (Mercosur) ont décidé, en août dernier, de suspendre définitivement le Venezuela du bloc économique pour «rupture de l’ordre démocratique».

Le système politique vénézuélien reste ainsi largement bloqué par la concentration du pouvoir. «Il s’agit de savoir comment on gouvernera. Depuis toujours, il n’y a que deux méthodes : la force ou la ruse.2» Suivant les mots d’Aragon, en avançant la date des élections de plusieurs mois, Nicolás Maduro semble avoir réussi sa manœuvre de déstabilisation à toute intention de former une coalition de la part de l’opposition, une opposition très affaiblie par ce que l’Église avait évoqué l’année dernière comme la mise en place d’une «dictature».

Toutefois, dans cette nouvelle phase qui s’ouvre vers une conception incertaine de l’avenir, le paysage de la campagne présidentielle finit de se mettre en place. Un accord in extremis a été trouvé entre le gouvernement et deux candidats fantômes de l’opposition : Javier Bertucci, un pasteur évangéliste peu connu des électeurs, et Henri Falcón, ex-allié d’Hugo Chávez et gouverneur de l’État de Lara (2008-2017). Or, beaucoup se demandent si ce chaviste dissident est un véritable adversaire ou un allié crypté de l’actuel président. En effet, on ne peut pas dire, après l’accord entre Falcón et Maduro, que ce dernier ait fait preuve d’une incroyable capacité à tendre la main à l’adversaire. Dans ce sens, le journal TalCual apporte un témoignage qui ne laisse pas de doute : «Ne nous voilons pas la face, pour rendre crédible cette élection présidentielle, le régime avait besoin d’un candidat capable de représenter un contrepoids au président sortant, Nicolás Maduro. Mais quand les lumières des projecteurs se sont éteintes […] et que les caméras ont disparu, le chef de l’État et son soi-disant adversaire se sont serrés la main, très émus, se sont mutuellement félicités pour le spectacle grandiose qu’ils venaient de produire pour démontrer l’esprit démocratique de cette dictature.»

Et le journal El Nacional constate avec des mots très durs à entendre pour les Vénézuéliens, fiers il y a deux décennies de la révolution bolivarienne prônée par Hugo Chávez : «la MUD a permis que se développe en son sein une sorte de « chavisme light », en la personne de Henri Falcón, qui s’est porté candidat à la présidentielle et servira désormais de punching-ball au boucher Maduro.»

C’est là un élément essentiel de la situation actuelle : profondément divisée quant à la conduite à tenir face à la toute-puissance de l’héritier du chavisme, la MUD («Table de l’Unité Démocratique», composée d’une vingtaine de partis de l’opposition) n’a pas réussi à définir une solide stratégie capable d’enrayer cette spirale qui entraîne dans son mouvement institutions, partis, cohésion sociale, tolérance, vies humaines et, enfin, la légitimité même de l’État. Dans ce sens, Ángel Oropeza, le coordinateur de la MUD, avait déclaré que la coalition d’adversaires au gouvernement ne participerait pas aux élections, car ce «n’est qu’un simulacre frauduleux et illégitime d’élection présidentielle […], un show du gouvernement pour simuler une légitimité dont il ne dispose pas.» Mais une deuxième lecture de cette non-participation révèle un fait encore plus grave : le manque de consensus au sein même de l’Union démocratique. Voici l’analyse de Félix Seijas, directeur de l’institut de sondage Delphos : «Maduro se trouve sans doute au moment où il est le plus faible, mais il puise sa force dans l’affaiblissement, les erreurs et le manque de cohésion et de cohérence de l’opposition. C’est ce qui lui donne de l’oxygène.» Et sur l’avenir de la MUD, Seijas reste sceptique : «Si la MUD n’a pas de plan, si dans les deux prochains mois elle échoue à mobiliser la société civile, je pense qu’elle va disparaître

Comme on peut le constater, l’opposition dans son ensemble ne sert aucunement de contrepoids aux incertitudes qui pèsent sur la reconstruction du pays. Et Maduro s’est chargé de bannir toute personnalité qui paraîtrait prendre trop d’importance à son projet de réélection. C’est le cas de Henrique Capriles, 45 ans, candidat de l’opposition contre Hugo Chávez en 2012 et qui avait été défait de très peu par Maduro en avril 2013 : l’ancien gouverneur de l’État de Miranda (2008-2017) a été condamné l’an passé à 15 ans d’inéligibilité, accusé de gestion frauduleuse. Un autre leader proscrit est le très populaire Leopoldo López, 46 ans, fondateur du parti Voluntad Popular, ayant pris la tête des manifestations contre Nicolás Maduro en 2014 : contestation qui l’a conduit en prison, dont il a été libéré l’an passé après trois années d’incarcération, mais il reste sous résidence surveillée. De son côté, Antonio Ledezma, 62 ans, ancien maire de Caracas balayé par Hugo Chávez à la fin des années quatre-vingt-dix, a été arrêté en 2015 et placé en résidence surveillée avant de prendre la fuite l’an passé vers l’Espagne.

Disons-le derechef : pour Maduro, il n’y a que lui et, vu la manière dont il considère l’opposition, on voit mal ce qui pourrait, à ses yeux, freiner sa marche triomphale vers un nouveau mandat qui pourrait le catapulter jusqu’en 2025. Profitant donc du fait que face à lui personne ne réussit à faire consensus, le clan Maduro pense pouvoir établir la domination d’un pouvoir unique : le leur. Même au sein de son gouvernement, la moindre critique le hérisse. Toute contestation le fait sortir de ses gonds. Par exemple, divulguer les chiffres de la crise sanitaire, comme l’a fait Antonieta Caporale, relève du crime de lèse-majesté : la ministre de la santé a été démise de ses fonctions en mai 2017 pour avoir révélé que le taux de mortalité infantile avait augmenté de 30%, et la maternelle de 65%, entre 2015 et 2016. Le même bulletin épidémiologique avait confirmé ainsi la grave situation de la santé vénézuélienne avec une augmentation de 76,4% dans les cas de paludisme, maladie qui avait été éradiquée du pays et qui, selon un rapport établi par des associations médicales, a rebondi pendant ces trois dernières années.

Dans ce contexte menaçant dangereusement l’existence de l’État, au bord de l’implosion, une question demeure : le Venezuela a-t-il touché le fond ? Et, si tel est le cas, a-t-il une chance de s’en sortir sans l’intervention de forces étrangères, sans pourtant évoquer une option militaire comme l’avait fait Donald Trump en août dernier ?

Le Venezuela n’est pas menacé d’une guerre civile, mais d’un désordre qui peut mettre un frein à des processus de développement non seulement de la région, mais aussi de certains pays de la communauté internationale. C’est pour cette raison que, avec ces élections anticipées, Nicolás Maduro est animé par un double souci : celui, d’abord, de créer les conditions pour la stabilisation d’une économie minée par une affectation incorrecte des ressources ; ensuite, celui d’apaiser la tension que la situation interne provoque avec l’Amérique latine et les États-Unis.

En attendant une réponse concrète à ces questions essentielles, l’idéal chaviste continue à surfer sur la vague d’incertitude générée par une opposition qui ne sert aucunement de contrepoids. C’est un processus qui prendra du temps et qui fait naître nombre d’interrogations, dans une communauté internationale paralysée, et surtout parmi les millions de Vénézuéliens exaspérés par l’incertitude du lendemain. Par conséquent, malgré ce «simulacre d’élection», sorte de diagonale du vide empruntée par Maduro pour assurer sa continuité à la tête du pouvoir, rien ne permet d’augurer une pacification du pays.

Eduardo UGOLINI

  1. Henry Monnier (1799-1877), Grandeur et Décadence de M. Joseph Prudhomme.
  2. Louis Aragon (1897-1982), Beaux quartiers, III, VI.

Décès de José Antonio Abreu, figure de l’éducation musicale populaire au Venezuela

José Antonio Abreu, fondateur d’un programme vénézuélien d’éducation musicale des jeunes, «El Sistema», repris dans plus de cinquante pays, est mort samedi à Caracas à l’âge de 78 ans. Un deuil national de trois jours a été décrété dans le pays.

Photo : TeleSUR

José Antonio Abreu, fondateur d’El Sistema, un programme vénézuélien d’éducation musicale des jeunes à la renommée mondiale, est mort samedi 25 mars à Caracas à l’âge de 78 ans. «Un grand Vénézuélien nous a quittés. Merci, Maestro José Antonio Abreu, pour votre bel héritage pour les enfants et les jeunes du Venezuela», a déclaré le ministre vénézuélien de l’Éducation, Elias Jaua.

Créateur d’El Sistema

La figure la plus connue internationalement d’El Sistema est le chef d’orchestre vénézuélien Gustavo Dudamel, formé au sein de ce programme avant d’entreprendre une grande carrière à l’étranger, et qui est actuellement à la tête de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles. «Avec tout mon amour et ma gratitude éternelle à notre père et créateur d’El Sistema», a déclaré Gustavo Dudamel sur les réseaux sociaux, mettant en partage une photo en noir et blanc de lui avec Abreu.

Né le 7 mai 1939 à Valera, une ville de l’État de Trujillo, dans l’ouest du Venezuela, Abreu a fondé en 1975 el Sistema de Orquestas Infantiles y Juveniles (Système d’orchestres pour les enfants et les jeunes), connu sous le nom d’El Sistema. Il s’agissait d’un projet gouvernemental pour diffuser la musique parmi les enfants des quartiers populaires et en faire un vecteur d’éducation générale et de développement.

Ce modèle, qui a été répliqué dans plus de 50 pays, a valu à Abreu une reconnaissance internationale. Il a reçu de nombreuses distinctions dont le Prix international de la musique de l’Unesco en 1993 et la Légion d’honneur, plus haute récompense française en 2009. Le chef d’orchestre britannique Sir Simon Rattle a même déclaré en octobre 2010 que José Antonio Abreu méritait le prix Nobel de la Paix. Son nom a effectivement été proposé au Nobel deux ans plus tard.

Deuil national de trois jours au Venezuela

Le président vénézuélien Nicolás Maduro a rendu hommage au disparu et a décrété un deuil national de trois jours. «Il a laissé un grand héritage moral, éthique, culturel», a-t-il dit au cours d’une conférence de presse au palais présidentiel à Caracas. «Son œuvre se trouve dans les quartiers du Venezuela», a déclaré Nicolás Maduro.

Le programme fondé par Abreu concerne actuellement quelque 900 000 enfants et adolescents, qui sont formés par 10 000 enseignants, dans plus de 1 500 orchestres et chœurs répartis dans tout le Venezuela. Selon l’institution, 75 % de ces élèves sont pauvres et beaucoup d’entre eux vivent dans des zones rurales isolées.

Abreu a lancé son projet en 1975 et a commencé, avec l’aide de l’État, à fournir des instruments et un enseignement aux enfants des quartiers les plus défavorisés, d’abord à Caracas puis dans le reste du pays, créant de petits orchestres locaux. Après l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, président de 1999 à son décès en 2013, El Sistema a connu un développement accéléré. En raison de leur proximité avec Chávez, puis avec son successeur Maduro et avec d’autres hauts fonctionnaires, Abreu et son élève préféré Dudamel ont subi de fortes critiques de l’opposition vénézuélienne.

D’après France 24

Singulière campagne présidentielle pour les Vénézuéliens : un chemin miné vers la paix ?

Dans cette nouvelle phase qui s’ouvre vers une conception incertaine de l’avenir, le paysage de la campagne présidentielle finit de se mettre en place. Les causes de cette crise inédite, et le rôle joué par le président Maduro dans la débâcle de ce grand pays pétrolier, qui est passé à côté d’une prospérité pourtant inscrite dans ses gènes, ont été largement exposés dans les articles précédents. La situation de l’opposition, face aux prochaines élections, retient à présent toute notre attention. Cette élection présidentielle anticipée, qui s’était tenue jusqu’ici au mois de décembre et qui avait été avancé au 22 avril, a été finalement repoussée au 20 mai prochain.

Photo : Jamez42/Wikimedia

Tout d’abord, la grande question est de savoir dans quelle direction Nicolás Maduro propose de conduire le peuple vénézuélien. Car toute proposition de la part de l’ex-chauffeur de bus et candidat à sa propre réélection semble davantage semer le doute que rapprocher d’une vérité. Il a pris une décision paradoxale pour éviter que le Venezuela replonge un peu plus dans l’incertitude politique : des élections forcées, sur fond de réconciliation avec une partie de l’opposition à la dérive, au détriment de la démocratie et de la liberté.

Avec un taux d’impopularité de 75 % et condamné par la communauté internationale, Maduro, qui excelle dans l’art chaviste de lever la voix et le poing sur une estrade, riposte et confirme sa ligne avec un langage qui rappelle la brutalité des grands dictateurs du XXe siècle : « Nous allons vers les élections, même s’il pleut, s’il y a du tonnerre et des éclairs, avec ou sans opposition. »

Cette élection présidentielle anticipée, prévue au mois de décembre et qui avait été avancée au 22 avril, a été finalement repoussée au 20 mai prochain. Un accord in extremis a été trouvé entre le gouvernement et deux candidats fantômes de l’opposition : Javier Bertucci, un pasteur évangéliste peu connu des électeurs, et Henri Falcón, ex-allié d’Hugo Chávez et gouverneur de l’État de Lara (2008-2017). Or, beaucoup se demandent si ce chaviste dissident est un véritable adversaire ou un allié crypté de l’actuel président. En effet, on ne peut pas dire, après l’accord entre Falcón et Maduro, que ce dernier a fait preuve d’une incroyable capacité à tendre la main à l’adversaire. Dans ce sens, le journal Tal Cual apporte un témoignage qui ne laisse pas de doute : « Ne nous voilons pas la face, pour rendre crédible cette élection présidentielle, le régime avait besoin d’un candidat capable de représenter un contrepoids au président sortant, Nicolás Maduro. Mais quand les lumières des projecteurs se sont éteintes […] et que les caméras avaient disparu, le chef de l’État et son soi-disant adversaire se sont serré la main, très émus, se sont mutuellement félicités par le spectacle grandiose qu’ils venaient de produire pour démontrer l’esprit démocratique de cette dictature. »

Et le journal El Nacional constate avec des mots très durs à entendre pour les Vénézuéliens, fiers il y a deux décennies de la révolution bolivarienne prônée par Hugo Chávez : « la MUD a permis que se développe en son sein une sorte de “chavisme light”, en la personne de Henri Falcón, qui s’est porté candidat à la présidentielle et servira désormais de punching-ball au boucher Maduro. » C’est là un élément essentiel de la situation actuelle : profondément divisée quant à la conduite à tenir face à l’omnipuissance de l’héritier du chavisme, la Mesa de la Unidad démocratica (MUD), Table de l’unité démocratique composée d’une vingtaine de partis de l’opposition, n’a pas réussi à définir une solide stratégie capable d’enrayer cette spirale qui entraîne dans son mouvement institutions, partis, cohésion sociale, tolérance, vies humaines et, enfin, la légitimité même de l’État.

Ángel Oropeza, le coordinateur de la MUD, avait déclaré que la coalition d’adversaires au gouvernement ne participera pas aux élections, car ce « n’est qu’un simulacre frauduleux et illégitime d’élection présidentielle […], un show du gouvernement pour simuler une légitimité dont il ne dispose pas. » Mais une deuxième lecture de cette non-participation révèle un fait encore plus grave : le manque de consensus au sein même de l’Union démocratique. Voici l’analyse de Félix Seijas, directeur de l’institut de sondage Delphos : « Maduro se trouve sans doute au moment où il est le plus faible, mais il puise sa force dans l’affaiblissement, les erreurs et le manque de cohésion et de cohérence de l’opposition. C’est ce qui lui donne de l’oxygène. » Et sur l’avenir de la MUD, Seijas reste sceptique : « Si la MUD n’a pas de plan, si dans les deux prochains mois elle échoue à mobiliser la société civile, je pense qu’elle va disparaître. »

En bref : l’opposition, dans son ensemble, ne sert aucunement de contrepoids aux incertitudes qui pèsent sur la reconstruction du pays. Et Maduro s’est chargé de bannir toute personnalité qui pourrait prendre trop d’importance à son projet de réélection. C’est le cas d’Henrique Capriles, 45 ans, candidat de l’opposition contre Hugo Chávez en 2012 et qui avait avait perdu de très peu face à Maduro en avril 2013 : l’ancien gouverneur de l’État de Miranda (2008-2017) fut condamné l’an passé à 15 ans d’inéligibilité, accusé de gestion frauduleuse. Un autre leader proscrit est le très populaire Leopoldo López, 46 ans, fondateur du parti Voluntad Popular, ayant pris la tête des manifestations contre Nicolás Maduro en 2014 : contestation qui l’a conduit en prison, dont il a été libéré l’an passé après trois années d’incarcération, mail il reste en résidence surveillée. De son côté, Antonio Ledezma, 62 ans, ancien maire de Caracas balayé par Hugo Chávez à la fin des années 1990, a été arrêté en 2015 et placé en résidence surveillée avant de prendre la fuite l’an passé vers l’Espagne. C’est ainsi que Maduro et son escouade de thuriféraires ont su bricoler, à force de bidouiller et de tripatouiller dans l’appareil judiciaire et législatif, une élection présidentielle scélérate qui pourrait le catapulter jusqu’en 2025.

Disons-le derechef : pour Maduro, il n’y a que lui et, vu la manière dont il considère l’opposition, on voit mal ce qui pourrait, à ses yeux, freiner sa marche triomphale vers un nouveau mandat. Profitant donc du fait que face à lui personne ne réussit à faire consensus, le clan Maduro pense pouvoir établir la domination d’un pouvoir unique : le leur. Même au sein de son gouvernement, la moindre critique le hérisse. Toute contestation le fait sortir de ses gonds. Par exemple, divulguer les chiffres de la crise sanitaire, comme l’a fait Antonieta Caporale, relève du crime de lèse-majesté : la ministre de la Santé a été démise de ses fonctions, en mai 2017, pour avoir révélée que le taux de mortalité infantile avait augmenté de 30 %, et le taux de mortalité maternelle de 65 %, entre 2015 et 2016. Le même bulletin épidémiologique avait confirmé ainsi la grave situation de la santé vénézuélienne avec une augmentation de 76,4 % dans les cas de paludisme, maladie qui avait été éradiquée du pays et qui, selon un rapport établi par des associations médicales, a rebondi pendant ces trois dernières années.

Cela dans un climat d’extrême violence, où la répression politique et sociale contre les émeutes populaires s’est achevée dans un bain de sang avec un bilan de 120 morts entre avril et juillet dernier. Selon les chiffres officiels, en 2017, le Venezuela est devenu le pays le plus dangereux du monde, après le Salvador, avec plus de 26 600 morts. C’est la raison pour laquelle tout le monde se demande si le Venezuela a touché le fond, et si tel est le cas : a-t-il une chance de s’en sortir sans l’intervention de forces étrangères ?

En attendant une réponse concrète à ces questions essentielles, Nicolás Maduro continue à surfer sur la vague d’incertitude générée par une opposition qui ne sert aucunement de contrepoids et qui fait naître nombre d’interrogations dans une communauté internationale paralysée, et surtout parmi les millions de Vénézuéliens exaspérés par l’incertitude du lendemain. Par conséquent, malgré ce « simulacre d’élection », rien ne permet d’augurer une pacification du pays.

Eduardo UGOLINI

Le président vénézuélien Nicolás Maduro au Sommet des Amériques à Lima les 13 et 14 avril prochains

Le 6 février 2018, le Ministre péruvien des Affaires Étrangères, Jorge Arreaza, avait annoncé que le président vénézuélien Nicolás Maduro participerait au Sommet des Amériques de Lima afin de défendre la souveraineté des pays d’Amérique Latine et des Caraïbes, et de se rapprocher du peuple péruvien. Mais au vu des relations tumultueuses entre Lima et Caracas, et des nombreux questionnements sur la légitimité de Maduro, ce dernier a -t-il sa place au Sommet ?

Photo : IRIS

Le chef d’Etat péruvien, Pedro Pablo Kuczynski, avait cordialement invité Maduro à participer à cette rencontre entre chefs d’État et gouvernements du continent qui se tiendra les 13 et 14 avril prochains. Mais par la suite, les députés de Peruanos por el Kambio et les partis politiques de gauche Nuevo Perú et Frente Amplio ont défendu une motion qui vise le président du Venezuela et le qualifie de « persona non grata ». Des courriers — contenant les arguments destinés à convaincre le Groupe de Lima de prendre des mesures afin d’éviter la venue du dirigeant en question – leur ont été remis. Fuerza Popular,  Acción Popular et Peruanos por el Kambio soutiennent la requête, qui demande également le procès et le jugement par la Cour Pénale Internationale du chef d’État vénézuélien. « Cette motion témoigne d’une réelle préoccupation et d’un refus de ce qui se passe au Venezuela, où citoyens et leaders politiques sont systématiquement victimes de violations des droits humains. »

Nicolás Maduro, a finalement annoncé le jeudi 15 février qu’il serait bien présent au Sommet des Amériques les 13 et 14 avril, malgré le refus de plusieurs chefs d’Etat. « On ne veut pas me voir à Lima, tant pis, ils me verront, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente. » a-t-il menacé. L’alliance des pays du Groupe de Lima a exhorté le régime à présenter un nouveau calendrier électoral. Mais le dirigeant vénézuélien a annoncé qu’il ne respecterait pas cette demande, et a averti que les élections auraient lieu le 22 avril prochain dans son pays, avec ou sans l’opposition. Un représentant du parti de l’opposition, la Table de l’Unité Démocratique [MUD au Venezuela], a signalé qu’il était disposé à aller au scrutin, mais en conditions de transparence et accompagné d’observateurs internationaux.

Neutralisés ou exilés

Les principaux leaders de l’opposition sont restés en-dehors du jeu politique, après avoir été rendus impuissants, exilés ou emprisonnés. C’est le cas de Henrique Capriles, par deux fois candidat aux élections présidentielles ; de Leopoldo López, fondateur du parti Voluntad Popular (VP) et incarcéré sur ordre du gouvernement ; d’Antonio Ledezma, ancien maire de Caracas, qui a fui à l’étranger après une tentative d’arrestation à son domicile en novembre dernier.

Le régime de Maduro a également supprimé toute dissidence au chavisme. Rafael Ramírez, ancien ministre des Énergies et du Pétrole, et ancien président de PDVSA [compagnie pétrolière publique], affirme être poursuivi pour corruption suite à de nombreux désaccords avec le successeur d’Hugo Chávez. Miguel Rodríguez Torres, ancien employé du Ministère de l’Intérieur et de la Justice, a été neutralisé pour s’être porté candidat aux élections présidentielles. Maduro a ainsi recréé une scène sans adversaires politiques forts, avec un Conseil National Électoral complaisant envers son gouvernement, et avec la totalité des pouvoirs entre ses mains.

L’OEA (Organisation des Etats Américains), à l’origine du Sommet et dont le but est de défendre la démocratie et les droits de l’Homme, saura-t-elle prendre position face à cet homme de pouvoir que rien ne semble arrêter ?

Marine THIAM

Synthèse à partir des articles de La República (Uruguay) et d’El País.

Les élections anticipées de Maduro au Venezuela : une bombe à retardement

Le pays pétrolier cherche à sortir de sa situation critique en s’appuyant sur un nouveau scrutin inventé par son président Nicolas Maduro. Comme une réaction en chaîne, après avoir proclamé sa décision d’avancer la date de l’élection présidentielle pour le 22 avril prochain, initialement prévue pour décembre, le groupe de Lima a exigé un nouveau calendrier électoral.

Photo : Groupe de Lima/Infobae

À l’issue d’une réunion qui s’est déroulée le 13 février dernier, l’alliance de 14 pays d’Amériques et des Caraïbes ont exhorté « le gouvernement du Venezuela à reconsidérer la convocation pour l’élection présidentielle », car « il ne peut y avoir d’élections libres et justes sans la pleine participation des partis politiques. » Selon un sondage de l’Institut vénézuélien d’analyse des données (IVAD), Maduro doit faire face à un taux d’impopularité de 75 %. Mais, en avançant la date des élections de plusieurs mois, il semble avoir réussi sa manœuvre de déstabilisation à toute intention de former une coalition de la part de l’opposition, déjà affaiblie par ce que l’Église avait évoquée l’année dernière comme la mise en place d’une « dictature ». Le mot est juste depuis que la MUD, « Table de l’unité démocratique » qui réunit les principaux partis de l’opposition, a été interdite de participation. Le système politique vénézuélien reste ainsi largement bloqué par la concentration du pouvoir.

Délicate problématique dans ce mois d’avril charnière pour l’héritier de l’idéologie chaviste qui a conduit le pays à la ruine : le Pérou, hôte le 13 avril prochain du sommet des Amériques – réunissant des chefs d’État de 35 pays du continent et des Caraïbes – a demandé au président vénézuélien de s’abstenir d’y participer, et lui a fait savoir qu’« il ne sera pas le bienvenu ». La réponse de Maduro à cette mise en garde du gouvernement péruvien a une signification multiple. Elle révèle l’état d’esprit d’un homme désespéré, et le niveau de son langage montre sans ambiguïté non seulement qu’il n’est pas à la hauteur des circonstances, mais surtout qu’il ne possède pas la dignité que l’on pourrait attendre d’un chef d’État démocratique : « Ils ont peur de moi ? Ils ne veulent pas me voir à Lima ? Ils vont me voir, qu’il pleuve, qu’il y ait du tonnerre ou des éclairs, par les airs, par terre ou par mer j’arriverai au sommet des Amériques avec la vérité […] du Venezuela. »

Comme nous l’avons déjà dit dans un article précédent, le Venezuela vit les prémices de ce processus depuis la main de fer avec laquelle Hugo Chávez a coupé net le dialogue politique, bien que certains continuent encore à plaider en faveur de sa politique du populisme, mais sans avoir vécu ses conséquences. Au cœur de cette crise, il y a des erreurs et des insuffisances du passé, et le malaise démocratique qui traverse le pays depuis vingt ans reste intact. En effet, aucun progrès n’a été fait dans la démocratisation de la vie politique et sociale, condition sine qua non pour donner au peuple la possibilité de s’exprimer et d’exercer sa souveraineté librement. C’est là que réside le véritable populisme socialiste, consciencieux et visionnaire.

Depuis des années donc, la base de l’économie vénézuélienne s’est développée, marchand dans la voie de l’idéal chaviste, sans que des changements adéquats soient intervenus dans le système de gestion et de redistribution des divises générées par l’exportation du pétrole. Par conséquent, le gouvernement de Maduro n’a pas réussi à rattraper son retard par rapport aux pays les plus développés, malgré les immenses ressources pétrolières et gazières. Il n’a pas réussi non plus à transformer ses structures sociales, à former des ouvriers hautement qualifiés, à réaliser de profonds changements dans le domaine de la culture et de la technologie, à ouvrir le chemin de la promotion aux plus larges masses de travailleurs, à la jeune génération qui aujourd’hui est contrainte à émigrer vers de nouveaux horizons.

Toutes ces erreurs et déficiences ont été mises au jour par la crise sociale, économique et politique qui a conduit le pays à sa perte, dont les raisons, et l’ampleur du mécontentement, n’ont pas varié depuis très, très longtemps. Et les fléaux qui tourmentent le peuple, comme le chômage dans les villes, le surcroît de main d’œuvre à la campagne et l’incertitude du lendemain sont loin de disparaître même avec une élection anticipée, espèce de diagonale du vide empruntée par Maduro pour assurer sa continuité à la tête du pouvoir.

Cette catastrophe humanitaire prend des contours plus nets jour après jour, avec la pénurie d’aliments et de médicaments. Une pénurie aggravée par une hyper-inflation qui pourrait atteindre en 2018 le chiffre astronomique de 13 000 % selon un rapport du FMI. Pour se faire une idée, mentionnons que dans le courant du mois de décembre, les prix ont augmenté de 85 % (on parle d’hyper-inflation lorsque les chiffres dépassent le 50 % mensuel).

Aujourd’hui, l’afflux massif de migrants se poursuit vers les pays limitrophes. Par exemple, le Brésil a déclaré « l’état d’urgence sociale » après avoir accueilli 10 000 réfugiés pour le seul mois de janvier. En outre, plusieurs pays, comme le Mexique, qui vient de constituer un « groupe technique » avec le Canada et les États-Unis, envisagent de lourdes conséquences pour la population vénézuélienne, et sur l’économie d’autres pays, après les menaces de sanctions pétrolières que les États-Unis s’apprêteraient à imposer à la « république bolivarienne ». Sur ce point, rappelons que Donald Trump avait déjà manifesté, en septembre dernier, son intention d’intervenir avec une option militaire. Cette menace est toujours d’actualité selon Maduro : il a affirmé que, sous l’influence des États-Unis, l’armée colombienne se prépare à engager des exactions en vue de provoquer un conflit armé entre les deux pays voisins. En prévision de ces hypothétiques menaces étrangères, Nicolas Maduro vient d’annoncer la tenue de manœuvres militaires, les 24 et 25 février, « pour renforcer la capacité de défense du pays ».

Le Venezuela n’est pas menacée d’une guerre civile, mais d’un désordre qui peut mettre un frein à des processus de développement de l’Amérique latine en particulier, mais aussi de certains pays de la communauté internationale. Il ne faut surtout pas oublier que les deuxièmes réserves pétrolières de la planète gisent sous le sol vénézuélien, après celles de l’Arabie Saoudite. C’est la raison pour laquelle, à deux mois de l’élection – si la date du 22 avril est maintenue – Maduro est certainement animé par un double souci : celui, d’abord, de créer les conditions pour la stabilisation d’une économie minée par une affectation incorrecte des ressources ; ensuite, celui d’apaiser la tension que la situation interne provoque avec l’Amérique latine et les États-Unis.

Dans ce contexte menaçant dangereusement l’existence de l’État, au bord de l’implosion, une question reste ouverte : réussira-t-il, le plus rapidement possible, à sortir le pays de la crise en rassemblant les forces vives de la nation de manière pacifique pour le bien de la patrie « socialiste », et au-dessus des intérêts et des pressions de groupes particuliers qui détiennent le véritable pouvoir sur cette bombe à retardement ?

Eduardo UGOLINI

Venezuela dans l’œil du cyclone : Nicolas Maduro convoque une élection présidentielle avant le 30 avril 2018

Le pays s’enfonce depuis plus de trois années dans une récession sans précédents. Comment expliquer la gravité de cette crise politique et économique qui débouche aujourd’hui sur un désastre social ? Pour enrayer la crise politique, économique et sociale vers laquelle le pays se dirige, Nicolas Maduro vient de prendre la décision, avec l’aval de l’Assemblée constituante acquise au chef de l’État, de convoquer un scrutin avant le 30 avril (jusqu’à présent, la présidentielle était officiellement prévue pour fin 2018). Cette manœuvre précipitée a été condamné par les douze pays latino-américains du Groupe de Lima.

Photo : FranceInfo

La principale cause, dit-on, réside dans la baisse des prix du pétrole sur le marché mondial, ce qui laisse l’État sans ressources pour souvenir aux besoins de la population. On ne peut parler du Venezuela sans évoquer le pétrole. En effet, ce pays, sans ressources importantes dans le cadre de l’économie latino-américaine, est devenu dans les années soixante-dix, par suite de l’exceptionnelle richesse découverte en sous-sol au début de la décade de 1920, la nation la plus riche de l’Amérique latine. Ainsi, à partir de 1922,  l’exploitation des richesses pétrolières avait entraîné une transformation spectaculaire de l’ensemble de l’économie vénézuélienne. Pour ce faire une idée, rappelons qu’en 1920 le café et le cacao assuraient plus de 90 % des exportations, mais ils n’en représentaient plus que 15 % en 1930 : le pétrole s’étant imposé comme l’élément dominant (plus de 80 % des exportations du pays).

L’or noir était donc le pilier sur lequel reposait ce Venezuela soi-disant vigoureux, ce qui a fait de ce pays une figure d’exception au sein de l’Amérique latine. Pourtant, depuis plusieurs années les pauvres sont toujours plus nombreux, particulièrement ceux des grandes villes ; ils sont les révélateurs de la situation réelle d’un pays qui semble ne pas pouvoir échapper à des manifestations de sous-développement, avec des taux records de chômage, de sous-emplois et d’exclusion. Depuis que la crise s’est aggravée, les structures sociales créées à l’époque de l’ex-président feu Hugo Chavez n’arrivent plus à développer de nouvelles formes de solidarité à cause des pénuries d’approvisionnement et de l’hyperinflation. Pour trouver dans l’histoire du Venezuela une situation plus grave, il faudrait remonter à la guerre féroce qu’a connu le pays à l’époque des « libérateurs » (1810-1830). Aujourd’hui, le pouvoir politique incarné par la président Nicolas Maduro, le dauphin de Hugo Chavez, ne veut pas entendre le message de protestation que lui adresse la population et les organismes internationaux depuis des mois. Et pendant ce temps, les événements ont poussé la crise un cran plus loin. Désormais, on peut déplorer des morts lors des manifestations contre le gouvernement : 120 personnes entre avril et juillet dernier. Selon les chiffres officiels, en 2017, le Venezuela est devenu le pays le plus dangereux du monde, après le Salvador, avec plus de 26 600 morts.

Pour enrayer la crise politique, économique et sociale vers laquelle le pays se dirige, Nicolas Maduro vient de prendre la décision, avec l’aval de l’Assemblée constituante acquise au chef de l’État, de convoquer un scrutin avant le 30 avril (jusqu’à présent, la présidentielle était officiellement prévue pour fin 2018). Cette manœuvre précipitée a été condamné par les douze pays latino-américains du Groupe de Lima, considérant par la voix du chef de la diplomatie chilienne Heraldo Muñoz que « cette décision empêche le déroulement d’élections présidentielles démocratiques, transparentes et crédibles ». Ainsi la « Table de l’unité démocratique » qui réunit les trois principaux partis de l’opposition a été exclue par la Cour suprême de justice de la prochaine élection anticipée, ouvrant la voie à la réélection de Maduro.

Par conséquent, cette tentative de retour à la stabilité politique sera vouée à l’échec si le président vénézuélien ne sait pas mobiliser tous les composants de la vie politique dans un véritable gouvernement d’union nationale, doté d’un projet viable pour le pays reposant sur une vision globale de l’Amérique latine. Ce qui semble peu probable dans l’immédiat, car la dégradation institutionnelle est telle que les ministres des Affaires étrangères des pays membres du marché commun du Sud (Mercosur) ont décidé, en août dernier, de suspendre définitivement le Venezuela du bloc économique pour « rupture de l’ordre démocratique ».

En réalité, le Venezuela vit les prémices de ce processus depuis la main de fer avec laquelle Hugo Chavez a coupé net le dialogue politique. Tout au long de son gouvernement, aucun des principaux partis n’a pu s’organiser librement, ou n’a su surmonter ses problèmes internes, pour construire un pouvoir susceptible de redresser la barre dans un pays qui court au naufrage. Et trop de dirigeants de parti, ainsi qu’une majorité de vénézuéliens, se sont laissés obnubiler par la vague « populaire-égocentriste » incarnée par le tout-puissant Chavez et désormais son dauphin Maduro, laquelle reposait sur un sol mou tributaire du prix du pétrole. Dans ces conditions, il était clair que, sans un programme économique sérieux, un projet d’avenir cohérent, en syntonie avec les enjeux politiques internationaux du XXIe siècle, où il faudrait créer de nouvelles sources de richesses avec un regard plus humain, intelligent et solidaire, le pays était condamné d’avance. Car on ne peut pas assurer la prospérité d’un peuple quand l’essentiel de son développement repose, pour presque 90 % du produit national brut, sur l’extraction du pétrole, sachant que, dans un avenir tout proche, la population mondiale s’apprête à vivre sans combustibles fossiles !

C’est pour cette raison qu’on a reproché à Chavez de ne pas avoir posé les bases d’un développement durable. Et maintenant que le président Maduro se trouve coincé entre la espada y la pared, entre le marteau et l’enclume, on commence à comprendre que les crises peuvent être interminables et précipiter le Venezuela dans un abîme sans fond. Les premiers symptômes se sont fait sentir en 2014, lorsque le produit intérieur brut (PIB) avait chuté de 34 %. Et selon les prévisions de l’Assemblée nationale, l’inflation dépassera les 2 000 % en 2018, sachant que la Banque centrale du Venezuela a déclaré que l’inflation était de l’ordre de 180 et 240 % en 2015 et 2016. Selon un rapport alarmant du FMI, l’inflation pourrait atteindre le 13 000 % en 2018.

En attendant que la communauté internationale prenne sa part de responsabilité dans cette catastrophe humanitaire, sans pourtant évoquer une option militaire comme l’avait fait Donald Trump en août dernier (ce qui rappelle les tristement célèbres « options » militaires appliquées en Chili et en Argentine, parmi d’autres), on pourrait se poser la question de savoir quel est l’avenir d’une grande partie de la jeunesse vénézuélienne découragée par la situation et qui rêve d’un monde meilleur ? Le même que celui des citoyens africains déshérités et ceux des pays de l’Est, doublement appauvris par des années de conflits armés et par l’indifférence et les intérêts des pays les plus riches de la planète (voire les dirigeants les plus riches) : profiter des liens familiaux pour émigrer en Europe.

Eduardo UGOLINI

Nicolas Maduro convoque une présidentielle anticipée au Venezuela avant fin avril

Les Vénézuéliens se rendront bientôt aux urnes : le président Nicolas Maduro a demandé mardi l’organisation d’une élection présidentielle anticipée avant le 30 avril, alors qu’elle était prévue pour la fin de l’année. Le chef de l’État s’est dit « disposé » pour représenter son parti, le PSUV, au cours du prochain scrutin. Nous reproduisons ici un article d’Euronews.

Photo : Euronews

« Je suis au service de ce peuple. Si le Parti socialiste, si la force du grand peuple patriotique, si mes frères ouvriers, si la classe ouvrière, si les femmes, si les jeunes croient que je devrais être le candidat présidentiel de la patrie, des secteurs révolutionnaires qui aiment ce pays, alors je suis prêt à être ce candidat, si les forces sociales et politiques de la Révolution bolivarienne le décident », a déclaré Nicolas Maduro. Une annonce qui intervient alors que le Venezuela est englué dans une crise politique et économique qui paralyse le pays : l’inflation en 2018 devrait dépasser ainsi les 2 000 %. Mais face à Nicolas Maduro, difficile de trouver une opposition solide. Henrique Capriles, déjà deux fois candidats par le passé, avait été condamné l’an dernier à 15 ans d’inéligibilité pour « irrégularités administratives ». Quant à Leopoldo López, autre figure majeure de l’opposition vénézuélienne, il est aujourd’hui assigné en résidence pour avoir organisé des manifestations contre l’actuel président.

D’après Euronews

De leur côté, les ministres européens des Affaires étrangères ont décidé lundi de prendre des sanctions à l’encontre de sept personnes occupant des fonctions officielles au Venezuela, où la « situation ne cesse de se dégrader », ont-ils indiqué dans un communiqué. Ces personnalités, proches du président Nicolas Maduro, sont « impliquées dans le non-respect des principes démocratiques ou de l’État de droit et les violations des droits de l’homme » dans le pays. Les mesures en question comprennent une interdiction de pénétrer sur le territoire de l’Union européenne et un gel des avoirs. Elles ont été décidées car « la situation politique, sociale et économique au Venezuela continue de se dégrader et que les négociations entre le gouvernement et l’opposition n’ont pas encore donné de résultats concrets », indiquent les ministres de l’UE, rassemblés pour un Conseil à Bruxelles.

Dérive totalitaire

Ces derniers précisent que les sanctions visent à contribuer « à la recherche de solutions communes démocratiques susceptibles d’assurer la stabilité politique du pays et de lui permettre de répondre aux besoins pressants de la population ». En novembre dernier, les membres du Conseil, fustigeant la dérive autoritaire du président Maduro, s’étaient déjà accordés sur une série de sanctions ciblées, dont un embargo sur les livraisons d’armes. Outre les mesures prises à l’encontre de responsables du régime de Maduro, les ministres ont ajouté lundi dix-sept personnes à la liste de personnalités nord-coréennes faisant l’objet de mesures de gel d’avoirs et de restrictions en matière de déplacement. Ces sanctions ont été adoptées « pour maintenir la pression sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC) compte tenu de la poursuite et de l’accélération de son programme nucléaire et de son programme balistique ».

D’après le ministère des Affaires Étrangères

Fin de la cavale pour le Vénézuélien Oscar Pérez, opposé au régime de Nicolas Maduro

Oscar Pérez, l’ancien policier insurgé contre le régime de Nicolas Maduro, a été découvert à Caracas après six mois de cavale, et tué au cours d’une opération dans laquelle sont aussi morts deux policiers. Nous reproduisons ici l’article publié par France 24.

Photo : Oscar Pérez/Noticias al día y a la hora

L’histoire est digne d’un scénario de blockbuster hollywoodien. Une vaste opération pour capturer un ex-policier vénézuélien devenu acteur, rendu célèbre en juin en attaquant depuis un hélicoptère des bâtiments officiels et en réclamant la démission du président Nicolas Maduro, s’est soldée lundi 15 janvier par la mort de plusieurs personnes, dont deux policiers. Oscar Pérez, trentenaire aux traits fins et aux yeux clairs, était retranché depuis l’aube avec des hommes armés dans une cachette au nord-ouest de Caracas. Dans une demi-douzaine de vidéos diffusées sur Instagram au cours de l’assaut, où il accuse les autorités de vouloir le tuer ainsi que ses hommes, il a tenu le pays en haleine durant plusieurs heures.

Devant l’Assemblée constituante, le président Maduro a confirmé qu’au cours d’un affrontement armé, « plusieurs membres d’un groupe terroriste ont été abattus », cinq ont été arrêtés, deux policiers sont morts et six, blessés, sont « entre la vie et la mort ». Selon lui, le groupe prévoyait « de faire exploser une voiture piégée devant une ambassade d’un pays cher et prestigieux » à Caracas. Mais il n’en a pas précisé le nom. Selon un communiqué des autorités, les rebelles étaient « fortement armés, équipés d’armes de gros calibre » et « ont ouvert le feu contre les forces de l’ordre ». La police a été attaquée « en traître par les assaillants alors que des négociations étaient en cours en vue de leur reddition », assure le texte, selon lequel Pérez et ses hommes ont essayé de « faire exploser un véhicule bourré d’explosifs ».

« On est en train de nous tirer dessus avec des lance-grenades. On a prévenu qu’on allait se rendre mais ils ne veulent pas nous laisser nous rendre. Ils veulent nous tuer », a déclaré Oscar Pérez, le visage en sang, dans une de ses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. « Nous allons mourir debout en défendant notre patrie, mais jamais à genoux devant les tyrans », lance-t-il dans une autre. Sur les images on pouvait apercevoir d’autres hommes armés de fusils. Dans un de ses derniers messages, l’ex-policier s’adresse à ses trois enfants, à qui il explique avoir mené ces actions contre le gouvernement pour eux et les autres enfants du Venezuela qui souffrent des effets de la crise économique frappant ce pays. Rien n’indique pour le moment qu’il ait été capturé ou tué.

D’après France 24

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