Archives des catégories :

Venezuela

Antonio Ledezma, maire de Caracas et opposant de Maduro, fuit le Venezuela

Antonio Ledezma a fui le Venezuela et s’est réfugié à Madrid depuis samedi dernier. Il se trouvait sous résidence surveillée depuis 2015. Le maire de Caracas, en tant qu’opposant majeur au régime de Maduro, a été accusé de conspiration contre le régime et d’association de malfaiteurs. Le fondateur et leader du parti politique Alianza Bravo Pueblo venait d’accomplir un peu plus de mille jours de détention.

Photo : Noticiero 52

Après avoir échappé à la surveillance des services secrets postés devant son domicile, Ledezma, au prix d’un voyage d’environ quinze heures, est arrivé en territoire colombien. Lors de sa course vers la Colombie, il a traversé le pont Simón Bolivar, qui connecte le Venezuela à la Colombie. Ce pont est célèbre pour être traversé chaque jour par des milliers de Vénézuéliens qui cherchent à se procurer des produits de première nécessité et parfois de meilleures conditions de vie.

Arrivé sur le pont, Ledezma est s’est dissimulé dans la foule de personnes qui s’y trouvaient ; il serait passé ainsi sans qu’on ne le remarque en face d’une trentaine de postes de la garde nationale et de la police. En Colombie, il s’est acquitté de toutes les procédures migratoires de manière légale, étant donnée l’absence d’ordre de capture à l’international et de sollicitude formelle de détention. À Bogotá, il a pu embarquer pour un vol à destination de Madrid et a été reçu à l’aéroport par son épouse et ses deux filles. Ce même jour, il a annoncé à la presse qu’il allait s’entretenir avec le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy.

Le Service Bolivarien d’Intelligence National (SEBIN) s’est présenté au domicile de Ledezma ce même jour, ayant eu vent de rumeurs sur sa possible fuite. Cependant, il était déjà trop tard : Ledezma avait pris la fuite cinq heures plus tôt. Les agents du SEBIN ont fouillé son domicile pour comprendre comment ce dernier avait pu s’échapper.

Mariano Rajoy s’est prononcé en faveur de l’opposition au gouvernement vénézuelien et il a souligné la nécessité d’aboutir à une solution démocratique à la crise qui affecte le pays. De son côté, l’ancien maire de Caracas a affirmé son intention de poursuivre la lutte contre Maduro en dénonçant les dérives du gouvernement socialiste à travers le monde. Selon ses propres mots, Ledezma veut incarner « l’espoir de tous les vénézuéliens de sortir de ce régime, de cette dictature ». Il accuse notamment le régime de Maduro d’avoir établi des liens avec des trafiquants de drogue.

Le 1er et le 2 décembre, des discussions entre les membres de l’opposition et le gouvernement dominicain auront lieu en République Dominicaine, dans le but de négocier un accord améliorant les conditions électorales avant les prochaines élections présidentielles de 2018. L’opposition est représentée par une coalition de partis politiques anti-chavistes : la MUD (Table de l’Unité Démocratique), qui comprend le parti de Ledezma. Cependant, les récentes fractures et divisions au sein de la coalition retardent l’aboutissement à un accord majoritaire sur ces questions.

Ledezma est un des opposants incarcérés les plus emblématiques de son pays, aux côtés de Leopoldo López, se trouvant également sous résidence surveillée. L’ancien maire a affirmé à ce titre qu’il avait reçu l’aide de militaires vénézuéliens pour assurer sa fuite.

Karla Rodríguez González

Le Venezuela et l’inquiétante crise de la dette : quel avenir pour le pays ?

Le Venezuela « pourrait lever des fonds suffisants pour rembourser ses créances et ainsi éviter un défaut partiel, mais les mauvaises perspectives ne disparaissent pas », a déclaré ce mercredi un analyste de l’agence de notation Standard and Poor’s (S&P).

Photo : Econolibertad.com

L’agence Standard & Poor’s (S&P) Global Ratings a déclaré ce lundi 13 novembre que le Venezuela se trouve en « défaut partiel » sur sa dette, mais qu’est ce que cela veut dire ? Cela signifie que le Venezuela s’est trouvé incapable de rembourser, à l’issue de 30 jours, la somme de 200 millions de dollars portant sur deux obligations. L’agence S&P confirme qu’il y a 50 % de chance que le pays arrive à échéance de ses obligations à l’issue de trois mois.

Les retards et le défaut de paiement de la dette extérieure vénézuélienne aggravent encore la situation économique du pays. La dette extérieure du Venezuela est estimée à 150 milliards de dollars, dont 70 milliards correspondent aux titres émis par le gouvernement et la compagnie de pétrole du Venezuela (PDVSA). Étouffé par la chute du pétrole et les sanctions états-uniennes, le Venezuela assure être un « bon payeur » en dépit de ce qui est dit par le Ministère des Finances, l’Union Européenne ou Donald Trump, affirme le ministre de la communication vénézuélien, Jorge Rodríguez

Dialogue ou sanction ?

Nicolas Maduro a récemment demandé à rencontrer les créanciers internationaux dans l’objectif de restructurer et renégocier la dette, tout en discutant des possibles solutions pour endiguer la crise du pays et mettre en place des conditions démocratiques pour les prochaines élections qui auront lieu en 2018. Mais, à l’issue de cette rencontre, plusieurs personnes déclarent qu’aucune véritable solution n’a été proposée.

Dans ce contexte, les récentes sanctions de Washington sont la principale barrière pour trouver des solutions. Elles empêchent d’engager des négociations au sujet la restructuration de la dette ainsi que toute transaction entre les États-Unis et le secteur public vénézuélien ou sa compagnie pétrolière PDVSA. Selon un communiqué de la Maison Blanche, cette décision a été prise en fonction de l’argument suivant : « la dictature de Maduro continue à priver le peuple de nourriture et de médicaments, en emprisonnant les membres de l’opposition qui ont été élus de façon démocratique et en réprimant violemment la liberté d’expression ».

« Le soulagement de la dette »

La Chine et la Russie, les plus gros créanciers du pays, se positionnent à l’encontre des critiques faites par les États-Unis au sujet du Venezuela. Ils ne se sont pas présentés lors de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU organisée par les États-Unis afin d’accuser le Venezuela de la violation des droits humains et de la démocratie. Le Venezuela a considéré cette réunion comme un acte hostile et d’ingérence au détriment du peuple vénézuélien. La dette extérieure avec la Chine et la Russie est respectivement de 28 et de 9 milliards de dollars, ces deux pays étant les plus gros créanciers du pays. Avec l’intention de Maduro de restructurer la dette et dans l’intérêt de la Russie de se faire rembourser, cette dernière vient de signer un accord avec le Venezuela pour alléger le poids de celle-ci. Le nouveau calendrier des paiements permettra au pays de rembourser la dette publique (3,150 millions de dollars) sur 10 ans, ce qui représente un soulagement financier pour le Venezuela, même si cela reste un petit pourcentage sur le total de la dette. Pourtant, il y a une autre dette à rembourser qui n’est pas inclue dans cet accord, celle de la PDVSA, qui a reçu un prêt de 6 milliards de dollars de la part de l’entreprise pétrolière russe Rosneft sous le concept des approvisionnements pré-payés de pétrole.

En ce qui concerne la Chine, son plus gros créancier avant la Russie, sa dette augmentera à 23 milliards de dollars. Le pays asiatique a récemment réagi à l’accord entre la Russie et le Venezuela, le considérant comme un acte de bonne foi et assure croire aux promesses du pays latino-américain. Aucune négociation n’est encore planifiée entre les deux pays mais elle pourrait être envisagée pour la restructuration des conditions de paiement. Le porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, affirme que la coopération financière entre la Chine et le Venezuela se poursuit. 

Karla Daniela Rodríguez

Ces Vénézuéliens qui fuient leur pays : vers l’émergence d’une diaspora ?

On parle souvent du Venezuela dans les médias internationaux. Mais assez peu du quotidien des Vénézuéliens. Et encore moins des centaines de milliers qui ont fui leur pays ces dernières années, donnant naissance à une diaspora inattendue.

Photo : Only J Bajo

Le Venezuela agite régulièrement le landerneau politique de droite et de gauche. Le président Nicolás Maduro suscite des commentaires pour la plupart sans nuances. En bien ou en mal, ils monopolisent l’information. On en oublierait qu’il y a dans la patrie de Bolívar 27 millions d’individus. Qui vivent plutôt bien ou plutôt mal. Cela dépend de la couleur du chroniqueur. Majoritairement plutôt mal quand même. Au point de voter avec les pieds. Tiraillés entre officialisme et oppositions, beaucoup ont choisi de prendre la porte. En émigrant.

Les mieux nantis comme souvent sont partis les premiers. Ils sont particulièrement nombreux en Floride. Ils seraient 70 000 dans le seul Comté de Dade. Ce sont les plus politisés. Ils agitent ciel et terre pour faire chuter le président Maduro, ses amis, dont ils disent pis que pendre aux élus du parti républicain [1]. Mais depuis la brutale chute des prix du pétrole, et celle concomitante du niveau de vie, ils sont des milliers à tenter de refaire leur vie sous d’autres cieux.

Les uns retrouvent des racines, colombiennes ou espagnoles, longtemps oubliées. Les descendants de migrants économiques colombiens, arrivés en nombre au XXe siècle, ont repris en sens inverse le chemin suivi en son temps par leurs parents. Accueillis dans leur famille restée au pays, ils échappent pour la plupart aux statistiques. À une échelle moindre, on note un mouvement humain identique en direction de l’Espagne. Mieux documenté celui-là, en raison des conditions d’entrée. On sait par exemple que 3 800 retraités vénézuéliens vivent en Espagne de charité publique, leurs pensions n’étant plus versées depuis décembre 2015. 5 015 Vénézuéliens auraient demandé asile politique à l’Espagne en 2016.

Et puis il y a tous les autres. Les hasards de la vie les ont conduits à franchir, pedibus cum jambis, les frontières de Colombie ou du Brésil. Ils dorment où ils peuvent. Ils mangent ce que l’on veut bien leur donner. Ils cherchent un travail quel qu’il soit. Les municipalités frontalières commencent à tirer la sonnette d’alarme et se tournent vers leurs gouvernements respectifs. Manaus, en Amazonie brésilienne, paradoxalement frontalière, en raison de sa liaison routière directe avec le Venezuela, s’est déclarée en urgence sociale le 8 mai 2017. La mairie de la ville frontalière colombienne de Cucutilla a activé un Conseil de sécurité pour identifier et remettre aux autorités compétentes les illégaux du pays voisin.

Peu ou prou, tous les pays d’Amérique latine sont les uns après les autres concernés. Y compris les plus éloignés et donc les plus improbables. Un quotidien de Lima signalait en octobre la présence d’une colonie de Vénézuéliens dans la localité de San Juan de Lurigancho. Selon l’information publiée, ils survivent en fabricant de la farine, convertie en arepas (sorte de galettes de maïs) vendues dans les rues de la capitale [2].

Deux millions de Vénézuéliens auraient quitté leur pays depuis le début du millénaire. 440 000 seraient partis aux États-Unis. 230 000 en Espagne. 150 000 en Italie. Sans doute beaucoup plus en Colombie. 560 000 Vénézuéliens ont sollicité une Carte de mobilité frontalière (ou TMF). Le Brésil a enregistré 1 000 demandes officielles d’asile, mensuellement, en 2017. Soit plus de trois fois plus qu’en 2016 [3]. En règle générale, le Brésil leur refuse l’asile politique. Mais il leur accorde une autorisation provisoire de séjour. Au Chili, le nombre de demandes de résidence présentées par des Vénézuéliens a été multiplié par 19 depuis 2013. Elles seraient actuellement aux environs de 20 000. Le Costa-Rica a signalé avoir reçu 1036 demandes d’asile de janvier à mai 2017. Soit le double qu’en 2016.

Ce flux est pour l’instant ininterrompu. Les autorités de différents pays latino-américains ont commencé à s’inquiéter. Derrière les remontrances faites au gouvernement vénézuélien par les chefs d’État du groupe de Lima [4], il y a un antagonisme politique réel. Mais il y a aussi une préoccupation migratoire. Les uns et les autres ont leurs problèmes conjoncturels. Ils sont moins aigus que ceux du Venezuela. Mais les marges d’accueil et de générosité sont limitées. Le Panama exige désormais, depuis le 1er octobre 2017, un visa d’entrée pour tous les ressortissants vénézuéliens. La Colombie exige un PEP, ou Permis provisoire de séjour, couplé sur un certificat d’antécédents judiciaires.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

[1] Voir « El País », Madrid, 24 mai 2017 / [2] In « La República », Lima, 1er novembre 2017 / [3] In « El Nacional », Caracas, 20 juin 2017 / [4] Groupe de 12 pays latino-américains constitué au Pérou le 8 août 2017.

Élections régionales au Venezuela, des résultats contestés par l’opposition

Le 25 octobre, le Venezuela a encore fait la une de l’actualité internationale. Cette fois-ci, à l’occasion des élections régionales : 23 postes de gouverneurs étaient à pourvoir pour chacun des États composant la République bolivarienne. Un pays qui, d’ailleurs, a vécu, depuis juin, une ambiance de quasi guerre civile avec de graves altercations et tumultes, qui ont fait 120 morts dans les rues du pays.

Photo : Ministère de la Communication du Venezuela

Selon le Conseil National Électoral (CNE), la participation a été de 61,14 %. Une participation en baisse de quelques points par rapport à celle des élections de 2015, qui avaient mobilisé 74,25 % de la population. Le parti progouvernemental, le PSUV, Parti Socialiste Unifié du Venezuela, a obtenu 54% des voix, – contre 45% pour la MUD, la coalition d’opposition -, remportant ainsi 18 des 23 sièges en jeu. Cependant, cette victoire du gouvernement a été fortement contestée par l’opposition.  D’après la Table de l’unité démocratique (MUD), de nombreux incidents remettent en cause la légitimité de ces élections. Dans le journal El Nacional, Ángel Oropeza, coordinateur politique de la coalition, dénonce, d’une part, que 1,1 million de personnes se sont vues empêchées de voter à cause de problèmes techniques (les machines utilisées pour les votations étaient hors de service). Il dénonce également les attaques et les intimidations contre 350 000 électeurs de la part de groupes paramilitaires favorables à Maduro. De plus, selon la MUD, un changement de dernière minute des lieux de vote aurait empêché 700 000 personnes de voter.

Nicolas Maduro, lui, accuse l’opposition d’être la seule responsable de ses mauvais résultats, tout en mettant en relief la violence qui a eu lieu depuis des mois dans le pays, provoquée seulement, selon lui, par l’opposition. Le président vénézuélien fait également appel au dialogue et à la négociation pour construire un autre futur pour le pays, côte à côte avec l’opposition. Et c’est cet appel à la négociation qui inquiètent certains membres de l’opposition. On dit en effet qu’un rapprochement se serait effectué durant les derniers jours de la campagne entre certains membres de l’opposition et le gouvernement, moyennant quelques sièges de gouverneur.

Actuellement, il reste à savoir comment va évoluer la position de l’opposition dans les jours à venir. D’une part, il y a ceux qui pensent qu’il vaut mieux lutter contre le « chavisme » à l’intérieur, comme l’a exprimé Ángel Oropesa, le coordinateur politique de la MUD, dans El Nacional. D’autres secteurs de l’opposition, comme l’a témoigné María Ledezma au lendemain des élections, pensent qu’aucune légitimité ne peut être accordée au gouvernement de Maduro et que les portes du dialogue avec celui-ci doivent rester fermées. Le secrétaire général de l’Organisation des États d’Amérique (OEA), Luis Almagro, qui a mis en question la participation de l’opposition aux élections, est du même avis. Il a déclaré lundi, selon le journal Panorama, que les résultats ne pouvaient pas être reconnus et que l’opposition avait eu tort de participer aux élections, donnant ainsi légitimité au gouvernement de Maduro.

Mario PEREZ MORALES

Coup de théâtre à Caracas : un début de dialogue entre le gouvernement de Maduro et son opposition ?

Des représentants du gouvernement et de l‘opposition vénézuélienne ont tenu mercredi 13 et jeudi 14 septembre une série de discussions en République dominicaine afin de trouver une issue à la grave crise politique, économique et sociale que traverse le pays, sur fond de grandes manifestations qui ont fait plus de 125 morts depuis le mois d‘avril.

Photo : Infobae

Le gouvernement dominicain ainsi que l’ancien président du gouvernement espagnol Luis Rodríguez Zapatero ont exhorté en début de semaine le gouvernement vénézuélien de Nicolas Maduro à un dialogue « urgent ». Rodriguez Zapatero a rencontré à Saint-Domingue le ministre des Affaires étrangères dominicain Miguel Vargas, à l’issue de cette réunion, ils ont émis un communiqué dans lequel ils appellent au dialogue et se disent convaincus qu’il est possible d’entamer un processus de dialogue, de reconnaissance mutuelle et de réconciliation. Depuis Caracas, une partie de l’opposition vénézuélienne a nié les supposées conversations avec le gouvernement annoncées par Jorge Arreaza, ministre des Affaires étrangères. Cependant, d’autres sources annoncent que des dirigeants de la MUD, l’opposition se trouvent déjà à Saint-Domingue, invités par le gouvernement dominicain pour explorer un éventuel dialogue. Rodríguez Zapatero, soutenu par le Vatican depuis 2016, a été l’un des médiateurs de l’Union des nations sudaméricaines (UNASUR) pour le Venezuela aux côtés des anciens présidents dominicains Leonel Fernández et panaméen Martin Torrijos. Bien que ces tentatives de négociation aient été vouées à l’échec, Rodríguez Zapatero est resté en contact étroit avec le Venezuela.

L’opposition vénézuélienne à travers son porte-parole, le chef du Parlement, Julio Borges est arrivé à Saint-Domingue invité par le président dominicain Danilo Medina, mais avant son arrivée, il a déclaré sur son compte Twitter : « Pas de dialogue possible sans le respect des conditions telles que le respect de compétences de l’Assemblée nationale et sans une attention immédiate à la crise économique et sociale du pays. » Avec Borges, la délégation de l’opposition est formée par les députés Luis Florido, Timoteo Zambrano et le dirigeant Manuel Rosales. Parmi les exigences de Julio Borges, se trouve la définition d’un chronogramme incluant les élections présidentielles ; la libération de prisonniers politiques et leur réhabilitation.

Délégation de Maduro

Pour sa part, la délégation du gouvernement vénézuélien dirigée par le maire de Caracas, Jorge Rodríguez, accompagné de Delcy Rodríguez, présidente de l’Assemblée constituante et d’autres fonctionnaires, s’est montrée très optimiste sur les possibilités de parvenir à une concertation afin de résoudre les problèmes du pays, il s’est dit porteur de mots de paix. Nicolas Maduro est en visite officielle en Algérie depuis la nuit du dimanche 10 septembre à Alger pour une visite officielle de 24 heures, où il a participé à un sommet des chefs d’État de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), au titre de président en exercice du Mouvement des pays Non-alignés. “Il existe une attitude très favorable pour parvenir à une négociation” a affirmé mercredi passé le président dominicain Danilo Medina après s’être réuni avec les dirigeants « chavistes » et l’opposition. Le dialogue a duré cinq heures, notamment sur la grave crise du pays. Le dialogue entre les parties reprendra le lendemain pour établir un agenda qui mène à une négociation définitive sur la crise, a précisé le président dominicain.

Pour sa part, le dirigeant de la Mesa de Unidad Democrática (MUD) Henry Ramos Allup, a déclaré à la presse que pour le moment il n’y a pas de dialogue avec le gouvernement et qu’il n’y aura pas sans que l’on remplisse leurs conditions : respect des institutions, libération des prisonniers politiques entre autres. Ce processus de dialogue est soutenu par le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres qui essaie de créer un bloc des pays en accord avec l’opposition et avec le gouvernement vénézuélien pour initier les pourparlers pour « une issue absolument démocratique et institutionnelle de la crise ».

En France, le chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, après avoir reçu à Paris son homologue vénézuélien, Jorge Arreaza Montserrat, a affirmé le soutien de la France et précisé que ces discussions se tiendront sous l’égide de la République dominicaine et son président Danilo Medina et de l’ancien président espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero. L‘entretien entre les ministres français et vénézuélien des Affaires étrangères, qualifié de “franc”, est intervenu au lendemain de l‘appel du Haut-Commissaire de l‘Onu aux droits de l‘Homme à une enquête internationale au Venezuela sur la répression des manifestations dans le pays, qui pourrait constituer selon lui des crimes contre l‘humanité.

“Je lui ai rappelé le risque de sanctions européennes et la nécessité pour le gouvernement du Venezuela de donner très vite des signes concrets de sa volonté de relancer les négociations avec l‘opposition dans le cadre d‘une démarche qui soit sincère et crédible”, a rapporté Jean-Yves Le Drian à l‘issue de l‘entretien avec son homologue. La France est “disposée à accompagner ce dialogue”, a dit Jean-Yves Le Drian. Et, il a rappelé “la vive préoccupation” de Paris face à la crise politique et économique vénézuélienne, précise le communiqué du Quai d‘Orsay.

Le président t vénézuélien Nicolás Maduro pour sa part, a déclaré depuis Caracas que son gouvernement acceptait “l’invitation” au dialogue avec l’opposition. Au cours de cette cinquième visite en Amérique latine, le pape François avait déjà évoqué le Venezuela le jour de son arrivée en Colombie et rencontré à Bogota des évêques et des cardinaux de ce pays en plein bouleversement politique et économique. Parmi les plus de 300 000 Vénézuéliens vivant en Colombie, des milliers sont arrivés récemment, fuyant les pénuries et les manifestations contre le président Nicolas Maduro.

Olga BARRY

Tournée européenne de l’opposition vénézuélienne. Liliana Tintori, épouse de Leopold López, empêchée de quitter le pays

Julio Borges, président du Parlement du Venezuela et opposant au président Maduro, a été reçu à l’Élysée ce lundi 7 septembre au cours de sa tournée européenne.  Dans la soirée, Emmanuel Macron a publié un communiqué où il a commenté la situation vénézuélienne. Lilian Tintori, épouse de l’opposant historique Leopoldo López, a annoncé que les autorités de Caracas lui avaient confisqué son passeport pour l’empêcher de quitter le Venezuela.

Julio Borges, qui préside la seule institution vénézuélienne contrôlée par l’opposition, a l’intention d’exposer aux dirigeants européens qu’il doit rencontrer « la nécessité d’ouvrir l’aide humanitaire au Venezuela et l’urgence de parvenir à une solution pacifique à la crise sociale et institutionnelle »  que connaît le pays. Au programme des rencontres : le président français Emmanuel Macron ce lundi, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy ce mardi, la chancelière allemande Angela Merkel mercredi et, finalement, la Première ministre britannique Theresa May.

Le Venezuela vit une grave crise économique, politique et institutionnelle. Le président socialiste Nicolás Maduro, très impopulaire selon les sondages, vient d’être confronté pendant quatre mois à des manifestations en faveur de sa démission au cours desquelles au moins 125 personnes ont été tuées et 5000 personnes arrêtées. L’affaire Lilian Tintori  augmente les tensions : la militante Lilian Tintori, épouse de l’opposant historique Leopoldo López, a annoncé que les autorités de Caracas lui avaient confisqué son passeport pour l’empêcher de quitter le Venezuela et d’accompagner M. Borges en Europe. Paris, Madrid et Londres avaient alors protesté contre l’interdiction de sortie du territoire infligée à Mme Tintori. La crise politique vénézuélienne s’est encore approfondie avec l’élection, voulue par M. Maduro, d’une Assemblée constituante contrôlée par le pouvoir, dotée de pouvoirs presque illimités et qui s’est notamment arrogé les prérogatives du Parlement. Les pays européens qui figurent dans la tournée de M. Borges ont critiqué la mise en place de l’Assemblée constituante vénézuélienne, comme l’ont fait une dizaine de pays d’Amérique latine, les États-Unis et l’Union européenne.

Le président Macron a dernièrement qualifié de « dictature » le pouvoir du président Maduro. Le samedi 2 septembre, le soutien apporté à l’opposante Lilian Tintori par MM. Macron et Rajoy, qui ont protesté contre le fait qu’elle était empêchée de voyager, avait suscité une virulente réplique de Caracas. Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères Jorge Arreaza avait accusé M. Macron d’appliquer « le scénario de l’extrême droite européenne contre le Venezuela » et avait condamné une « ingérence » de M. Rajoy. Mme Tintori est accusée de corruption par les autorités vénézuéliennes depuis la découverte fin août dans une voiture lui appartenant d’une forte somme d’argent en liquide. Elle nie toute action illégale. Dimanche 3 septembre, c’est le Chili et la Grande-Bretagne qui ont subi la réprobation de Caracas. Le président du Parlement vénézuélien Julio Borges, opposant au président Nicolas Maduro, s’est félicité lundi du soutien apporté par la France, après avoir été reçu à l’Élysée par le président Emmanuel Macron. Emmanuel Macron « nous a communiqué le soutien total à l’Assemblée nationale que nous représentons, qui est reconnue comme légitime », a-t-il déclaré à l’issue de sa rencontre avec le président français.

Entretien avec Emmanuel Macron

Le président de la République s’est entretenu le 4 septembre 2017 avec une délégation de l’opposition vénézuélienne menée par le président de l’Assemblée nationale du Venezuela, M. Julio Borges. Cette première prise de contact s’est déroulée en l’absence de Lilian Tintori, interdite de sortie du territoire par les autorités vénézuéliennes. La rencontre a permis d’échanger sur la grave crise politique et humanitaire que traverse le pays. Le Président de la République a condamné les mesures de répression prises à l’égard de l’opposition et renouvelé son attachement au respect de l’État de droit et à la mise en place d’un processus démocratique sain au Venezuela. Il a ajouté qu’en l’absence de signal positif de la part du gouvernement à cet égard, la France était disposée à engager une réflexion européenne en vue de l’adoption de mesures visant les responsables de cette situation. Le Président de la République a également souhaité poursuivre les efforts actuels afin qu’une aide humanitaire puisse être apportée aux Vénézuéliens, premières victimes de cette crise. Enfin, le président de la République a rappelé la disposition de la France, avec les gouvernements d’Amérique latine et les partenaires européens, à accompagner toute initiative de nature à encourager le rétablissement d’un échange sincère entre les parties et pouvant contribuer au retour de la paix civile et de la démocratie au Venezuela *.

Pendant ce temps à Caracas et au Mexique 

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a annulé sa participation à l’ouverture prévue lundi 11 septembre de la 36e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève . « Le président Maduro ne va pas s’adresser au Conseil des droits de l’homme. Le ministre Arreaza Montserrat devrait s’adresser au Conseil à sa place », a indiqué mardi un porte-parole de l’institution dans une note envoyée aux médias, sans plus d’explication. M. Maduro a annulé sa venue, prévue à Genève le 11 septembre, quelques heures seulement après l’annonce de sa visite. Il devait s’adresser aux représentants des 47 États membres du Conseil, comme il l’a déjà fait en novembre 2015. Le chef de l’État vénézuélien, qui était venu à Genève accompagné de sa femme, avait alors dénoncé à l’ONU le « harcèlement permanent » dont son pays était selon lui la victime, exigeant « le plus grand respect« . Le Venezuela fait partie du Conseil des droits de l’homme – les membres en sont élus par l’Assemblée générale – jusqu’en 2018.

Luisa Ortega, l’ex-procureure en fuite est arrivée au Mexique le 1er septembre, après s’être réfugiée en Colombie. Cette chaviste dissidente a été démise de ses fonctions le 5 août par la toute nouvelle Assemblée constituante vénézuélienne acquise au président Maduro. Son époux le député German Ferrer accusé de corruption par Caracas  risquait d’être arrêté après que l’Assemblée constituante l’a privé de son immunité parlementaire. Ils ont fui leur pays pour chercher refuge en Colombie où ils sont arrivés mi-août, avant de se rendre au Brésil et au Costa Rica pour présenter des preuves contre le chef de l’État vénézuélien et chercher des soutiens. À Caracas, son successeur Tarek William Saab a accusé jeudi, lors d’une conférence de presse, Mme Ortega d’avoir couvert un détournement de fonds de 200 millions de dollars autour d’un contrat pétrolier en refusant d’ouvrir une enquête sur cette affaire. La famille de l’ancien ministre de la Défense vénézuélien Raúl Isaías Baduel, un allié devenu critique du défunt président Hugo Chávez et qui avait disparu depuis trois semaines, a annoncé qu’il était détenu par les services du renseignement à Caracas.

Catherine TRAULLÉ

  • Communiqué de l’Elysée

Peut-on continuer à défendre le gouvernement vénézuélien présidé par Nicolás Maduro ?

La crise politique et sociale vénézuélienne soulève des protestations mais aussi des opinions controversées dans le monde. Aux États-Unis, le président Donald Trump, avec son habituel langage radical annonce des sanctions d’un autre temps en Amérique latine. Si elles étaient mises en pratique, d’après des spécialistes économiques latino-américains, elles étrangleraient davantage l’économie exsangue de ce pays avec l’ineptie du gouvernement du président Nicolás Maduro. En France, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon se refuse à reconnaître l’échec de l’expérience bolivarienne et dénonce le rôle de l’opposition au Venezuela et de l’ingérence nord-américaine. Pour sa part le président français Emmanuel Macron est sorti de son silence qualifiant de « dictature » le régime vénézuélien. Nous vous conseillons de lire aussi l’éditorial de Laurent Joffrin, publié dans le journal Libération du 27 août dernier et qui est en ligne sur le site de Libé ici.

Photo : Cronicas – Caracas

Au Venezuela, la procureure générale du Venezuela Luisa Ortega a été écartée de ses fonctions début août, après avoir dénoncé la radicalisation du président socialiste Nicolás Maduro. Son éviction a été décidée par la toute nouvelle et toute-puissante Assemblée constituante. Elle se considère victime d’une « persécution politique ». Elle a rejoint lundi le Costa Rica, et a accusé, lors d’une conférence de presse, le gouvernement vénézuélien de chercher à l’abattre : « Je possède des informations qui indiquent que je suis toujours victime d’une persécution et que le gouvernement a engagé des tueurs pour attenter contre ma vie ». Elle a d’abord rejoint la Colombie puis le Brésil avant de finalement gagner le Costa Rica.

Chaviste de la première heure, Luisa Ortega, 59 ans, avocate de formation, connue pour sa force de caractère, critique autant la violence des forces de l’ordre dans les manifestations, le jugement de civils devant des tribunaux militaires ou encore la légitimité de la Constituante, élue dans le sang fin juillet. Luisa Ortega verra ses comptes bancaires gelés et elle se voit interdite de sortie de territoire. Le 16 août, le gouvernement demande l’arrestation de son époux, le député chaviste German Ferrer, accusé de diriger un réseau d’extorsion de fonds. S’en suit alors une évasion, l’ex-procureure générale Ortega et son mari embarquent clandestinement à bord d’un bateau jusqu’à l’île caribéenne d’Aruba. De là, un avion privé les mène à Bogota. Défiant les menaces, Mme Ortega multiplie les interventions publiques pour dénoncer le gouvernement vénézuélien. Arrivée à Brasilia le 22 août, lors d’une rencontre des procureurs des pays du Mercosur, le marché commun sud-américain, elle continue ses critiques du régime bolivarien. Revenue le 25 août en Colombie, qui lui a offert l’asile politique, Luisa Ortega est réapparue lundi au Costa Rica où elle a accusé le gouvernement vénézuélien d’avoir engagé des tueurs pour attenter à sa vie.

L’ONU s’inquiète de la dérive autoritaire du gouvernement

Venons aux faits dénoncés par le rapport d’une équipe de spécialistes des droits de l’homme qui a interviewé à distance quelque 135 victimes et leurs familles, ainsi que des témoins, des journalistes, des avocats, des médecins, et des membres du bureau de la procureure générale.  Les autorités vénézuéliennes ayant refusé l’accès au pays aux enquêteurs de l’ONU. Le Haut-commissariat des droits de l’homme de l’ONU, a affirmé ce mercredi 30, que la « démocratie au Venezuela est à l’agonie » lors de la présentation de ce rapport. Ce document accuse le gouvernement de « réprimer toute opposition politique par la terreur » afin d’empêcher toute manifestation. Bien que le président Nicolás Maduro « a été élu par le peuple », a reconnu Zeid Ra’ad Al Husein, le Haut-commissaire, devant la presse à Genève, son action donne l’impression que « ce qui restait de vie démocratique au Venezuela est en train d’être écrasé ».

Le document dénonce également « l’usage excessif et systématique de la force lors des manifestations et la détention arbitraire des manifestants et opposants ». Il exprime son inquiétude à propos de la crise économique, sociale et politique qui empire de jour en jour. Dans ce pays producteur de pétrole, la population subit une grave pénurie alimentaire et des produits de première nécessité depuis des longs mois ou même des années. D’après le même ministère public du Venezuela, 124 personnes sont mortes lors des manifestations entre le 1er avril et le 31 juillet. Pour l’ONU, 46 personnes décédées sont mortes par l’action des forces de sécurité et 27 ont été abattus par des groupes armés progouvernementaux connus sous le nom de “colectivos”. Zeid ne se dit pas rassuré au sujet d’éventuels procès “pour trahison à la patrie” annoncés par la nouvelle Assemblée constituante contre les opposants ayant « promu » les sanctions financières des États-Unis annoncées par Donald Trump. Ce même rapport dénonce la pratique de la torture contre les prisonniers politiques. Plus de cinq milles personnes ont été détenues depuis le mois d’avril passé.

Aux graves tensions internes s’ajoute la crise frontalière avec la Colombie. Samedi dernier, le gouverneur de l’État de La Guajira, Weildler Guerra, a dénoncé l’incursion des membres de la Guardia nacional bolivariana dans ce département frontalier. Le ministère des Affaires étrangères a nié cette incursion, tout en reconnaissant que durant le week-end passé des exercices militaires ont été réalisés dans tout le pays y compris à la frontière, par ordre du président Maduro. Au Venezuela, l’armée a été mobilisée le week-end passé pour de grandes manœuvres militaires, en réponse à la « menace » du président américain Donald Trump. À Caracas, où forces de l’ordre et miliciens ont défilé samedi, des partisans du gouvernement, vêtus de rouge se sont eux essayé au maniement du fusil ou aux techniques de combat, dans le cadre d' »une marche anti-impérialiste ». Le lancement de ces manœuvres « Souveraineté bolivarienne 2017 » a été réalisé samedi par le chef de l’État et son ministre de la Défense Vladimir Padrino López. Au cours du week-end, 200 000 soldats et 700 000 miliciens, réservistes et civils armés ont participé à cette démonstration de force. En conclusion, le rapport invite le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à « envisager de prendre des mesures afin d’empêcher que la situation des droits de l’homme au Venezuela, qui siège actuellement au Conseil, ne se détériore davantage ».

Olga BARRY

Laurent Joffrin dans Libération

Venezuela au cœur de l’actualité mondiale : pénuries d’explications d’un pays déchiré

En 1998, le Venezuela n’était pas, ou si peu, dans le radar des médias. Bien sûr, il intéressait quelques rêveurs d’El Dorado, les représentants des grandes marques du luxe et des chasseurs d’images au fait des splendeurs de l’Amazonie, des Andes et des Caraïbes. Même insoumis-surtout insoumis- aux ukases de la doxa économique et du système, on ne peut déroger aux « explications » et à l’examen scrupuleux des faits qui disent le Venezuela au bord du chaos économique, social et institutionnel.

Photo :  TM.com Argentine

À l’affût, quelques grandes compagnies pétrolières attendaient l’ouverture du monopole national pour l’exploitation des champs bitumineux de l’Orénoque. Les multinationales prenaient pied dans le pays et la rente semblait pouvoir s’éterniser pour beaucoup de Vénézuéliens. Pas tous, loin s’en faut !  L’exaspération des exclus de la rente (près de la moitié de la population) donnait à Hugo Chávez un crédit politique au départ très élevé. Recouvrant la liberté et ses droits civils par amnistie présidentielle, vainqueur d’élection libres, Chávez annonçait la promotion de droits nouveaux pour les plus démunis, à la satisfaction de tous les tenants d’une démocratie sociale, juste et inclusive. Ce qui s’est passé au Venezuela avec le commandant Chávez a sans aucun doute été inspirant pour la gauche et les démocrates au Venezuela (et au-delà), lassés de voir se perpétuer un régime dominé par des oligarchies et discrédité par des enrichissements sans cause.

L’Idée d’une Constituante accouchant d’une nouvelle République a enflammé les esprits et suscité beaucoup d’espérances dans toutes les couches de la société vénézuélienne. Les « gens » ont adhéré au projet comme à un grand commencement. Le « socialisme du XXIe siècle » armé d’un pétrole au plus haut, semblait pouvoir flirter avec l’éternité, défier la rareté, abattre à l’intérieur les oligarchies, dépenser sans compter l’argent de la rente pétrolière en ciblant les pauvres. Avec un baril à plus de 100 dollars, le Venezuela pouvait s’acheter des solidarités régionales et narguer l’Empire. La fatalité traduite dans la formule « Loin de Dieu, proche des Etats-Unis » avait du plomb dans l’aile. Toutefois, une économie indexée sur le prix d’une seule matière première a toujours quelques fragilités. Ceux qui connaissent un peu le pays, suivent le fil des événements depuis plus de 20 ans et reçoivent régulièrement des témoignages de vies ordinaires, s’alarment des déconvenues supposées du pays et de ses gens, annoncées bien avant la disparition de Chávez.

Un effondrement économique

Les dénonciations politiques font beaucoup appel aux valeurs, aux partis pris idéologiques et aux détestations routinières.  Parlons plutôt du pétrole puisque tout nous y ramène : il est le centre de gravité du pouvoir au Venezuela (1), il coalise les militaires et les gouvernants, le peuple et le pouvoir, il est la clé des victoires électorales, il éclaire les crises institutionnelles et la géopolitique régionale, il fait et défait les politiques sociales et les soutiens intérieurs et extérieurs. Quels arguments peut-on opposer aux faits dits concrets construits par les USA, des pays latinos voisins, les Européens, les organisations internationales, la « Voz de la diaspora venezolana » (2) ? Ils sont dorénavant abondamment rapportés par les médias américains et la plupart des journaux français et espagnols.  Pourtant, en France, de nombreuses personnalités intellectuelles et politiques et des partis suivent depuis près de vingt ans avec une sympathie profonde et une adhésion inspirée ce qui a été fait, ce qui est fait et ce qui reste à faire.

De ce côté-là, un grand silence règne ou bien les propos porteurs de réponses et d’éclairages convaincants se font parcimonieux.  On voit bien que certains ont recours à des expédients dignes des « campagnes d’explication » du Parti communiste des années 50 du siècle dernier. Ils dénoncent pêle-mêle des médias partiaux, des oppositions fascistes, des propositions contre-révolutionnaires, des terroristes, des agents de l’étranger à la solde de l’empire… Ces invectives sont improvisées dans l’urgence et ne sont pas satisfaisantes. Les démocrates sont donc face à une pénurie d’explications, une absence de « faits alternatifs » solidement documentés.

Des faits à déconstruire, des explications à construire

Ce que la doxa et les médias nous répètent à l’envi est à décortiquer sauf à miser sur le court terme, l’oubli ou l’immense capacité d’indifférence. L’économie du Venezuela repose quasi entièrement sur le pétrole. Il représente 96 % de ses exportations. Hugo Chávez a investi une bonne part de ses revenus dans l’éducation et la santé de la population. Et de quelle ample manière ! Entre 2004 et 2015, Caracas a perçu 750 milliards de dollars, selon les chiffres officiels. « Semer le pétrole » a consisté à subventionner les nourritures de première nécessité (les Mercal), à améliorer la couverture médicale des plus démunis, à organiser des formations « bolivariennes » civiles, militaires et paramilitaires. Au long des années, le pays a été le théâtre de campagnes électorales fiévreuses et toujours victorieuses. Bien sûr, pour les gens ordinaires, dans les lieux publics, on parlait à voix basse si on devait exprimer des réserves ou des doutes.

Dans les appartements aussi, comme si les murs avaient des oreilles. Pour les acteurs de la société civile éloignés des positions et des adhésions partisanes le silence lui-même était devenu coupable. Pour les fonctionnaires, la participation aux manifestations de soutien était devenue obligation de service. On parlait d’un pays polarisé à l’extrême mais, saluée ou regrettée, la victoire du chavisme restait incontestée. Les indicateurs de développement utilisés par les institutions onusiennes faisaient des bonds en avant, parallèles au cours du pétrole.  A côté de l’État fragile et colonisé par les gens de l’ancien régime, les « missions bolivariennes » ont-elles réduit la dépendance au pétrole, construit des infrastructures et installé des alternatives durables ? C’est de ce côté que des faits autres devraient être établis et des arguments opposés aux catastrophistes.

L’effondrement des cours du pétrole a eu lieu dans des proportions vertigineuses : -70 % en 18 mois, dont 50 % depuis août 2015. Il en résulte une chute des recettes fiscales du pays, dont la moitié proviennent du pétrole. Le déficit public est au-delà des 20 % du PIB. Entre 2006 et 2014 le prix du baril côtoyait les 100 dollars. Quelle aubaine ! Construire des politiques publiques pour l’éducation, la formation, l’emploi, la santé et, en même temps, économiser pour contrer le contre-choc pétrolier prévisible n’était pas un dilemme austéritaire. Il faudrait démontrer que cela a bien été le cas, que le bon sens n’est pas l’ennemi du mieux-être économique et social. Or, les informations circulant dans les médias et les institutions financières internationales indiquent que tout va au plus mal. Les réserves auraient fondu à un point tel que le pays pourrait être en cessation de paiement à court terme. Un futur aussi sombre, s’il est avéré, sera -t-il surmonté par une constitution revisitée ou faut-il attendre la remontée du cours du pétrole ? Le gouvernement vénézuélien ne publie plus de statistiques économiques. Le FMI indique que le PIB aurait baissé de 10 % en 2015, et presque autant en 2016.Le désordre constaté depuis plusieurs mois laisse penser que la décroissance se poursuit et atteindrait 30 % en trois ans. Est-ce ce modèle de décroissance qu’une seconde constituante veut consacrer, stopper ou réorienter ? Après tout le PIB est le veau d’or des économies libérales et il existe d’autres indices et indicateurs plus probants. Quels sont-ils dans le Venezuela d’aujourd’hui et de demain ?

Contestée dans sa composition, ses responsabilités et même le lieu de ses réunions, la nouvelle assemblée constituante a la tâche d’établir un nouvel ordre institutionnel et en même temps d’affermir l’économie du pays. Si c’est la bonne solution, il faudrait expliquer la révolution en cours et le nouvel ordre constitutionnel qui doit la soutenir. L’inflation galopante – que les commentateurs atterrés qualifient d’hyperinflation – devrait cette année se hisser à 720 %, selon le FMI. D’autres auteurs avancent des chiffres plus extravagants. De fait, selon des témoignages partiels et partiaux, le pays fait face à des pénuries croissantes de produits divers. Pour y faire face, le prix de certains produits ont été bloqués. Saine mesure qui a conduit des entreprises à cesser de les produire sans en diminuer la demande car certains sont de première nécessité.

Sans surprise, comme dans l’économie de cueillette, la rareté a fait monter les prix. Cependant, grâce à cette expérience des limites, la créativité sociale est stimulée et on ne le dit pas assez. De multiples exemples viennent le montrer : on peut se passer de certains biens dont le besoin est artificiellement créé ou les substituer avec des solutions neuves. Saisir activement chaque opportunité, faire montre de réactivité, se regrouper solidairement pour faire face à certaines pénuries, apprendre à modérer ses désirs matérialistes, puiser dans la richesse sociale pour se nourrir, apprendre des pairs, être plutôt qu’avoir, forgent sans doute des hommes et des femmes nouveaux pour des temps nouveaux. L’inflation galopante n’est après tout qu’une courbe abstraite qui ne fait pas courber l’échine des gens vertueux et tempérés. Il ne provoquerait de soulèvements urbains que dans les quartiers blancs, violents et riches, fomenteurs de guerre civile.

Le temps de « la sobriété heureuse » est-il advenu et l’on en parlerait si peu ?

Le Venezuela résiste à l’Empire américain et en cela, s’attire bien des sympathies dans un arc politique très large qui, en France, va de l’extrême droite à l’extrême gauche. Il est logique qu’avec sa monnaie, le bolivar, le pays tente d’affronter l’emprise du dollar : le change dollar/bolivar est administré. Toutefois, une pénurie importante de billets verts pour les entreprises et les particuliers semble fomenter à l’ombre du pouvoir un marché noir très populaire où la valeur de la monnaie locale a baissé de manière vertigineuse en deux ans. Officiellement, un dollar vaut dix bolivars selon le taux de change le plus favorable parmi les nombreux appliqués par le gouvernement. Mais sur le marché noir, un dollar vaut 1.000 bolivars. En outre, un contrôle de change s’emploie à limiter la fuite des capitaux et à empêcher les entreprises étrangères de rapatrier l’argent accumulé dans le pays.

Ces mesures ont diminué le nombre de compagnies opérant dans le pays, en particulier les compagnies aériennes. Ces diverses mesures expliquent la limitation des importations de biens et services effectuées ces dernières années. Ce sont les réactions prévues par les économistes néo-classiques. N’est-il pas temps de s’en affranchir ? N’a-t-on pas plutôt affaire à une planification favorisant la production locale concentrée sur les besoins populaires en médicaments, nourritures, biens et services essentiels ? À défaut de PIB, les indices de développement humain, de solidarités concrètes, de bonheur, de relations humaines ne seraient-il pas en hausse ? Pourquoi le taire et se laisser intimider par les pseudo-spécialistes de l’économie aveuglés par des paradigmes explicatifs périmés ?

L’équation financière du Venezuela est compliquée

C’est ce que nous disent les économistes classiques bornés par une arithmétique simpliste : sa dette annuelle serait d’une dizaine de milliards de dollars, une quarantaine de milliards de dollars seraient nécessaires pour régler ses importations, soit un total de 50 milliards, alors que ses recettes de pétrole ne dépasseraient pas 18 milliards. En attendant le retour incertain au baril à 100 dollars, le gouvernement devra donc couper dans ses achats à l’étranger et réviser drastiquement sa politique redistributive. Est-ce possible sans créer une crise humanitaire, disent-ils ? La crise humanitaire serait même déjà là dans certaines zones du pays et certaines catégories pauvres de la population ? Des contre-enquêtes sont-elles disponibles montrant que le retournement de l’élan initial du chavisme n’a pas lieu ? On voit en tout cas des régulations se mettre en place.

On l’a vu, la Constituante est la mesure connue la plus prometteuse. Les réductions d’horaire de travail dans la fonction publique, la mise en congés des salariés sont des formes d’économies de mobilités et d’énergie dans un pays qui en a beaucoup. Dans un élan autogestionnaire, les entreprises sont invitées à gérer leur propre production d’électricité. Cette inventivité qui rompt avec les schémas habituels ne se heurterait-elle pas à une coalition internationale qui refuserait des prêts au pays s’il en avait besoin ou exigerait des primes de risque prohibitives pour financer sa dette si elle devenait ingérable ? Dans la litanie des mauvaises nouvelles, on nous dit que l’inflation, la chute du PIB, le taux de change au marché noir, le taux des obligations atteindraient des records. L’exception vénézuélienne est décidément intéressante si elle permet de reconsidérer tous ces indices pour ce qu’ils sont : des conceptions simplistes et abstraites qui ne font pas baisser l’enthousiasme et le goût pour une autre société où le bonheur a toute sa place. Le rang du Venezuela dans l’indice de corruption serait alarmant : il est 166e sur 176 pays, à égalité avec l’Iraq et suivi de l’Afghanistan. Sa note se dégrade d’année en année (Transparency international).

À la lecture de ces chiffres et de ces informations, on peine à trouver des repères hors du lexique et des catégories politiques et économiques habituels.  Dictature disent-ils !  Sans « pudeur de gazelles », d’autres désignent le Venezuela comme un pays mafieux où les intérêts d’une nomenklatura bolivarienne et de militaires de haut rang seraient liés au narcotrafic international et au trafic de dollars quand la manne de la rente pétrolière se tarit. Visant probablement des pays comme la Russie, la Turquie et même le Venezuela, Transparency note : « Dans les pays dirigés par des leaders populistes ou autocrates, nous constatons souvent des démocraties en déclin et des tentatives inquiétantes de réprimer la société civile, de limiter la liberté de la presse et d’affaiblir l’indépendance du pouvoir judiciaire. »  Faute de réponses appropriées, la fabrique des faits dénonciateurs d’un régime prometteur ne va pas s’arrêter là. Cela risque d’installer une défiance à l’égard du chavisme et de ceux qui s’en font les défenseurs en Amérique latine et en Europe.  Maradona vient de se déclarer « soldat bolivarien ». Pour le moment, il est bien seul et ressemble moins à un avant-centre qu’à un gardien de but seul face à une avalanche de pénalty.

Maurice NAHORY

Notes : (1) Joaquín Villalobos, El País.    (2) Informe global sobre el fenómeno migratorio, élaboré par l’Observatoire de la Voix de la Diaspora vénézuélienne avec des chiffres des instituts de statistiques des pays récepteurs. El Pais, 13 août 2017. Deux millions de vénézuéliens auraient émigré légalement ou illégalement depuis 18 ans (Etats-Unis, Mexique, Colombie, Espagne). Sources : AFP, Bloomberg, El Pais, FMI, France Culture, Le Monde, RFI, The conversation, Transparency International.

« Le Monde » et « Libération » consacrent ses éditoriaux à la situation actuelle du Venezuela

Editorial du « Monde » du 21 juillet 2017

Un peuple épuisé, un pays exsangue, en proie au chaos et à la misère, sous la botte d’un régime qui a sombré dans le gangstérisme : combien de temps la tragédie vénézuélienne peut-elle encore durer ? Héritier du « chavisme », autant dire d’un désastre économique et social de proportions historiques, le président Nicolas Maduro s’accroche au pouvoir, dans une fuite en avant où la violence d’Etat est le lot quotidien des citoyens

Le pouvoir chaviste est désormais minoritaire dans l’électorat, mais refuse l’alternance. Ceux-ci ont pourtant plébiscité l’opposition au régime dimanche 16 juillet, lors d’un référendum informel et symbolique organisé par le Parlement, contrôlé par les opposants. Depuis sa défaite aux législatives de décembre 2015, le successeur de l’ancien président Hugo Chavez (1999-2013) a repoussé sine die tous les scrutins prévus par la loi. Le pouvoir chaviste, longtemps imbattable dans les urnes, est désormais minoritaire dans l’électorat, mais refuse l’alternance.

Gabegie populiste et corruption

Il biaise, cherche des dérivatifs. Ainsi de la convocation d’une Assemblée constituante, qui doit être désignée le 30 juillet, selon un mode de scrutin corporatif, contraire au suffrage universel et à la Constitution chaviste elle-même. Cette Constituante est destinée à remplacer les institutions qui échappent à l’emprise de l’exécutif, comme le Parlement. Depuis début avril, les Vénézuéliens disent « basta » à la prétendue « révolution bolivarienne », qui a ruiné une nation richissime en pétrole . Ce n’est pas la chute des cours du brut qui a précipité l’effondrement de l’économie, c’est la gabegie populiste, l’étatisation des secteurs-clés souvent confiés à des militaires incompétents, la corruption dans des proportions jamais vues auparavant : la moitié de la rente pétrolière des vingt dernières années a disparu sans laisser de trace. Depuis mai, la soldatesque du régime a abattu par balles une centaine de manifestants.

Le « chavisme » masque un Etat mafieux, impliqué dans tous les trafics, de la drogue aux armes. Le pays est une des principales plates-formes d’exportation de stupéfiants vers l’ Europe. Dernier pilier du régime, les forces armées détiennent un tiers des ministères et une partie de l’économie. Certains milieux militaires font des affaires juteuses, grâce entre autres au contrôle des changes institué depuis une quinzaine d’années. Le sort des Vénézuéliens est moins enviable. Récession, hyperinflation, dévaluation de la monnaie et perte vertigineuse de pouvoir d’achat : l’appauvrissement est général. Le 16 juillet, les 7,5 millions de participants au référendum venaient aussi bien des quartiers des classes moyennes que des banlieues et « barrios » plus pauvres.

Incompétence et banditisme d’État

Face à cette opposition qui exige des élections libres anticipées, Maduro répond par une répression brutale, l’usage disproportionné de la force, les arrestations de masse et le recours aux tribunaux militaires contre des civils. Depuis mai, la soldatesque du régime a abattu par balles une centaine de manifestants. Deux jeunes gens ont encore été tués lors de manifestations accompagnant, jeudi 20 juillet, une journée de grève générale dans le pays. Dans ce face-à-face inégal, les opposants ont besoin de solidarité internationale. Les grands voisins du Venezuela, comme la Colombie, doivent imposer une médiation, puis un retrait ordonné du clan Maduro. Il n’y a pas d’autre solution. Le populisme, version Hugo Chavez, a ravagé un pays, ruiné ses habitants, déchiré un tissu social déjà fragile. C’est l’ alliance de l’incompétence et du banditisme d’Etat sur fond de tyrannie politique. Et rien d’autre.

Et du journal « Libération »

Rues désertes, métro vide… Aux premières heures de la grève générale convoquée jeudi par l’opposition au Venezuela, les images diffusées donnaient le vertige. Villes fantômes dans une démocratie fantôme. Dans un pays qu’on dit depuis plus d’un an au bord du précipice, à une étincelle de l’explosion, les opposants n’ont toujours pas trouvé la formule pour chasser du pouvoir le socialiste Nicolás Maduro sans attendre la fin de son mandat, fin 2018. Réunis dans une coalition, la MUD, ils ont misé sur la pression de la rue, à travers des manifestations qui en trois mois et demi ont provoqué 96 morts.

La MUD accepte tous les soutiens, de Donald Trump, l’homme qui méprise et humilie les latinos, à Vicente Fox, ancien président ultralibéral du Mexique, dont le bilan en matière de droits de l’homme est désastreux. Mais l’opposition joue son rôle : elle s’oppose. Le gouvernement, lui, faillit à ses obligations envers 31 millions de Vénézuéliens : les nourrir, leur assurer un toit et des soins de santé, garantir leur sécurité. Les deux camps s’accusent de refuser le dialogue. Au printemps, l’opposition a renoncé à participer à une table ronde parrainée par le Vatican. Le pouvoir s’entête à faire élire le 30 juillet une Assemblée constituante qui lui donnera les derniers pouvoirs qu’il ne contrôle pas encore. Reste une différence de taille. L’opposition présente un front globalement uni, tandis que le chavisme montre des signes d’épuisement, à travers les dissensions internes et un nombre de défections croissant.

François-Xavier GOMEZ
Libération

Dimanche 16 juillet l’opposition appelle les Vénézueliens à un référendum informel

L’opposition appelle les Vénézuéliens à un référendum informel dimanche sur le projet controversé de réforme constitutionnelle de Nicolas Maduro, deux semaines avant les élections constituantes du 30 juillet.

Photo : La voz Digital

Le Venezuela continue à se déchirer et la crise s’approfondie encore plus fort. Malgré que le président Nicolas Maduro a augmenté de moitié de salaire de base et il est sortie de prison le dirigeant d’opposition Leopoldo Lopez sorti de prison, il est désormais assigné à résidence. Celui-ci avait été condamné, il ya trois ans, à quatorze ans de prison pour incitation à la violence après les manifestations de 2014. La situation reste très tendue avec un lourd bilan de 93 morts après deux mois de protestation de rue et malgré les médiations des nombreux personnalités et récemment de l’église catholique, la polarisation reste extrême.

« Les Vénézuéliens qui en ont marre de ce gouvernement sont unis dans la rue et c’est ce qui compte », déclarait Margarita Trejo, militante du MUD, la coalition de l’opposition et qui travaille activement pour le plébiscite du 16 juillet. Elle déclarait encore à la correspondante du journal Le Monde, Marie Delcas * « L’scrutin n’aura qu’une valeur symbolique.. ce qui est important, c’est que des millions de Vénézuéliens descendent dans la rue pour faire la queue dans nos bureau de vote et montrer au gouvernement que ne nous voulons pas de la Constituante »

Camille FERON

  • Le Monde du 13 juillet 2017
Page 1 sur 5123...Last »