Archives des catégories :

Venezuela

La santé en danger au Vénézuela – Healing, une ONG humanitaire se mobilise

Healing Venezuela est une organisation humanitaire basée en Angleterre et au Pays de Galles qui se mobilise aussi depuis la France. En novembre 2019, deux événements lui permettent de se faire connaître et de mobiliser la solidarité internationale. Elle sera samedi 23 novembre à Lyon pour la clôture du festival Documental à la Villa Gillet où elle proposera un buffet un soutien de ses activités.

Photo : Healing

Fondée par un groupe de Vénézuéliens au Royaume-Uni, Healing Venezuela se réclame d’un principe énoncé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : «Le meilleur état de santé susceptible d’être atteint est un droit fondamental de tout être humain». Elle souhaite se faire connaître à Lyon à l’occasion de Documental 2019 (18-23 novembre), festival de films documentaires dédié à faire connaître l’Amérique latine par l’image.  

Le Venezuela traverse actuellement une crise humanitaire dite « complexe », résultant d’une combinaison d’instabilité politique, d’inégalités sociales, de pauvreté, de conflits et de violence. Onze ONG publiaient un rapport, en novembre 2018, où il est fait état du faible pourcentage de ressources allouées au système de santé (1,5 % du PIB contre 6 % recommandés par l’OMS). 

Il en résulte une pénurie sévère de médicaments et de fournitures médicales. Le rapport signale que 300 000 personnes souffrant de maladies chroniques comme l’hémophilie ou Parkinson, n’ont pas d’accès à un traitement. Il en va de même pour les maladies cardiaques, les maladies psychiatriques, le cancer, le VIH/sida… 

Comment y faire face ? 

Healing Venezuela apporte son soutien à la population vénézuélienne afin d’endiguer les effets dévastateurs de cette crise humanitaire. L’organisation, entièrement animée par des bénévoles, intervient sur trois axes prioritaires : l’envoi de fournitures et de matériel médical aux établissements de santé ; la formation à la gestion du stress en milieu médical et scolaire ; la formation de médecins et infirmières. 

Parmi les principales actions menées on trouve  : le programme de prévention de la grossesse précoce chez l’adolescente, le financement des examens de haut niveau pour les maladies telles que le VIH et le cancer ; le suivi d’enfants atteints du diabète de type 1 ; le financement de programmes de prévention de la malnutrition ; l’octroi de bourses à 110 étudiants en médecine en internat. 

Healing Venezuela, une antenne en France depuis 2019  

Peu à peu, l’organisation s’installe aussi en France. Depuis le printemps dernier, un groupe de Vénézuéliens, basés à Lyon, anime l’antenne française de Healing Venezuela. D’ores et déjà, elle a pu acheminer au Venezuela l’équivalent d’environ une demi-tonne de fournitures médicales, en quatre envois. Ceux-ci ont bénéficié à des zones reculées et précaires du Venezuela telles que la communauté autochtone de Pijiguaos, dans l’État Bolivar (près de l’Amazonie). L’équipe lyonnaise prépare également la mise en œuvre d’un programme de prévention de la malnutrition au bénéfice d’une école primaire de la ville de Valencia.

Healing Venezuela s’emploie à consolider sa présence dans le paysage de la solidarité lyonnaise. Ainsi, elle participe au Festival international de la Solidarité, le 16 novembre à Lyon. L’organisation sera également présente dans le cadre du 13e festival Documental, l’Amérique latine par l’image, organisé par les Nouveaux Espaces Latinos, lors de la projection d’un documentaire vénézuélien intitulé « Femmes du chaos vénézuélien », le 18 novembre au Cin’Ecully, en présence de la réalisatrice, Margarita Cadenas. Autant d’occasions de mobiliser la solidarité au bénéfice de secteurs populaires vénézuéliens en souffrance. 

Eliane MARTINEZ

SITE 

Amnesty International et le Vénézuela : un espoir de justice pour les victimes

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU adresse un message aux victimes de crimes commis au Vénézuela : l’impunité ne triomphera pas ! Explications. Le 27 septembre, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a adopté une résolution sur la création d’une mission d’enquête sur les graves violations des droits humains et les crimes de droit international commis au Vénézuela.

Photo : Amnesty Intenational

Ainsi, nous saluons la décision prise par les membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Il était grand temps que la communauté internationale, avec à sa tête des pays des Amériques, prête attention aux victimes oubliées de ce désastre des droits humains sans précédent dans la région. Dans le cadre de cette résolution, une mission d’établissement des faits sera déployée de toute urgence pour enquêter sur la politique répressive mise en œuvre par le gouvernement de Nicolas Maduro – notamment sur les cas d’exécutions extrajudiciaires, de torture et de mauvais traitements, de disparitions forcées et de détentions arbitraires – dans le but d’amener les auteurs à répondre pleinement de leurs actes et de rendre justice aux victimes.

Cette mission s’inscrit dans le cadre de la réponse à la crise multidimensionnelle des droits humains exposée dans la résolution, notamment les violations des droits civils et politiques, ainsi que des droits à l’alimentation, à la santé et à un niveau de vie suffisant. Cette grave crise, qui touche des millions de personnes au Vénézuela, a aussi un impact au niveau régional. Plus de 4,3 millions de personnes ont été contraintes de quitter le Vénézuela en raison des violations massives des droits humains et la plupart se sont réfugiées dans d’autres États d’Amérique latine et des Caraïbes.

Une situation humanitaire

En s’acquittant de son mandat, la mission d’établissement des faits de l’ONU devra prendre en compte le contexte plus général dans lequel s’inscrit la politique de répression étatique, à savoir une situation d’urgence humanitaire dans laquelle des droits élémentaires comme le droit à l’alimentation, à l’eau et à la santé sont devenus un luxe inabordable pour la plupart des Vénézuéliens.

Cette résolution répond aux demandes de victimes, d’organisations de la société civile et d’États de la région, qui souhaitent que les responsables aient à rendre des comptes, alors que les tribunaux nationaux n’offrent aucun recours et que le gouvernement de Nicolas Maduro rejette toute forme d’examen régional.

L’Iran a présenté une deuxième résolution centrée sur le renforcement de la coopération du gouvernement vénézuélien avec la haute-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, et avec son bureau. Cette résolution a également été adoptée.La coopération et l’obligation de rendre des comptes ne s’excluent pas mutuellement, elles sont complémentaires. Toute solution à la crise actuelle doit accorder la priorité aux victimes et leur permettre d’obtenir vérité, justice et réparation, ainsi que des garanties de non-répétition.

En plus d’un dialogue constructif avec la mission d’établissement des faits qui vient d’être créée, nous souhaitons un robuste suivi du Conseil des droits de l’homme de l’ONU si le Vénézuela s’obstine à refuser de coopérer pleinement avec le Haut-Commissariat aux droits de l’homme.

Un travail de longue haleine

Depuis 2014, nous recueillons des informations sur la grave crise des droits humains au Vénézuela. En 2017, nous établissions l’existence d’une politique répressive mise en œuvre par les autorités, sous commandement de Nicolás Maduro, contre les citoyens considérés comme des détracteurs ou des dissidents par le gouvernement. Depuis, nous demandons aux autorités de mettre fin à cette politique et de s’engager à protéger les droits fondamentaux.

D’après Amnesty International

SITE

Assemblée générale de l’ONU: l’Amérique latine sans solution face à la crise vénézuélienne

La semaine passée, à New York, avait lieu la traditionnelle Assemblée générale des Nations Unies qui, une fois par an, réunit les dirigeants de tous les États afin d’y discuter de problématiques globales. Cette grande messe politique possède une mécanique bien huilée : on s’y succède à la fameuse tribune de marbre vert pour expliquer aux yeux du monde à quel point son pays enregistre des progrès sans précédents depuis que les orateurs en question sont au pouvoir. Malgré cela, l’Assemblée générale reste un lieu unique de réunions pour ces dirigeants venus des quatre coins du globe, donnant lieu à des discours parfois devenus mythiques et qui laissent entrevoir les grands axes de discorde sur la scène internationale.

Photo : La Croix

Pour les dirigeants latino-américains appelés à s’exprimer à la tribune, le Venezuela était sur (presque) toutes les lèvres. En effet, la crise politico-économico-social que traverse le pays s’est convertie en crise migratoire et est devenue par conséquent une question régionale : selon un rapport de l’ONU, depuis 2015, 4 millions de vénézuéliens ont fui le pays pour aller s’installer en Colombie, au Pérou, au Brésil, en Argentine, entre autres. 1,3 millions de vénézuéliens ont trouvé refuge en Colombie, selon le même rapport.

Sans étonnement, la passe d’armes la plus virulente fut démarrée par le président colombien Ivan Duque. Selon ses déclarations, la Colombie reçoit à bras ouverts les réfugiés vénézuéliens, avec solidarité et fraternité. Comparant le régime de Nicolás Maduro à celui de Slobodan Milosevic en ex-Yougoslavie, il l’accusera de protéger des cartels colombiens ainsi que des membres de l’ELN, « des tueurs d’enfants » qui auraient trouvé refuge en territoire vénézuélien. Il remettra au secrétaire des Nations Unies un dossier de 128 pages mettant en lumière les liens entre Maduro et les cartels terroristes colombiens. La polémique ne se fit pas attendre : certaines photos présentes dans ce dossier, des images de lieux d’entrainements de bandes armées colombiennes au Venezuela… avaient été prises en Colombie par l’AFP. Cette bourde monumentale vaudra le licenciement du Chef du renseignement militaire colombien quelques jours plus tard.

Les tensions devinrent encore plus évidentes quand Delcy Rodríguez, vice-présidente du Venezuela, monta à la tribune. Selon elle, la Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, est un État coopté par les États-Unis, premier consommateur de cette drogue, dans une relation « narcótica ». Tout au long de son discours, elle essaiera de démontrer que le Venezuela n’est pas isolé diplomatiquement, le régime de Nicolás Maduro pouvant compter sur le soutien de nombreux pays non-alignés. Dénonçant le terrorisme économique américain et la force de destruction du pouvoir médiatique, elle évitera d’aborder la question de la crise migratoire pour se focaliser sur les avancées qu’ont permis le modèle socialiste dans son pays.

Ce fameux modèle politique, à la frontière sud du Venezuela, est devenu un danger public. Le dirigeant brésilien Jair Bolsonaro inaugura la 74ème Assemblée de l’ONU fustigeant un socialisme cruel, qui restreint les libertés et appauvrit les peuples. « Nous travaillons dur pour que d’autres pays d’Amérique du Sud ne tombe pas dans le socialisme », dans une référence évidente à son voisin argentin, où son allié Mauricio Macri est en voie de perdre les prochaines élections au profit du péroniste Alberto Fernández. Le spectre du socialisme sera également brandi par le président Donald Trump, « une idéologie qui n’arrivera jamais aux Etats-Unis », une diatribe dirigé à ses adversaires politiques démocrates.

De son côté, le Venezuela put compter sur le soutien clair de ses deux alliés historiques, Cuba et le Nicaragua. Plus étonnants furent les silences du président bolivien Evo Morales et de Marcelo Ebrard, ministre mexicain des affaires étrangères sur la question vénézuélienne. Le ministre de López Obrador se contentera d’affirmer, de manière évasive, son « opposition à des sanctions envers des pays ». Face à une crise devenue régionale, ne pas aborder le sujet dans un discours à l’ONU est en soi une déclaration. Une déclaration de distanciation face à un ancien allié dont les dérives autoritaires sont devenues extrêmement difficiles à justifier. 

Après une petite semaine de discours à New York, les solutions de sortie de crise se font attendre. Certains comme Mauricio Macri ou le président guatémaltèque Jimmy Morales préfèrent rester vagues, convoquant les outils juridiques et diplomatiques de la communauté internationale pour faire évoluer la situation. Le président colombien Ivan Duque privilégie une solution régionale en travaillant à une sortie de crise depuis le groupe de Lima. Quant au président péruvien Martín Vizcarra et le premier ministre espagnol Pedro Sánchez, ils estiment que la solution se trouve au sein de la population vénézuélienne, par la convocation de nouvelles élections. Option rejetée très nettement par la représentante du Venezuela, pour qui le gouvernement de Maduro a encore toute la légitimité pour rester au pouvoir.   

Romain DROOG

Venezuela : après la conférence de Lima : Extension universelle du corollaire Roosevelt

Le 6 août 2019, s’est tenue à Lima une conférence internationale sur le Venezuela. En l’absence du Venezuela et du Secrétaire général de l’ONU, la cinquantaine de gouvernements présents a travaillé sous la tutelle du Secrétaire au commerce extérieur des États-Unis, Wilbur Ross, et du Conseiller à la Sécurité extérieure, John R. Bolton. Non pour chercher à désamorcer la crise vénézuélienne, mais au contraire pour inciter les présents à soutenir un changement de régime contraint par la force des sanctions économiques. 

Photo : Archivos de Historia

La méthode, celle d’un cercle d’amis Facebook, reflète l’aveuglement croissant aux plus hauts sommets des États, permis par les nouvelles technologies. Incapables d’admettre et de traiter en conséquence les crises issues de convictions opposées, oublieux des diplomaties de la guerre froide. Unilatéralité, conduite par le plus fort du groupe d’amis, les États-Unis, réactivant ainsi de façon insolite une pratique de l’ingérence impériale théorisée en 1904 par un président républicain, Théodore Roosevelt.

Le président des États-Unis de 1901 à 1909, 1904, Théodore Roosevelt Jr, a été effacé des mémoires collectives. Franklin D. Roosevelt, élu en 1932, réélu en 1936, 1940 et 1944, a en effet marqué positivement et durablement les esprits, dans son pays comme dans bien d’autres. Théodore Roosevelt Jr mérite pourtant plus qu’un regard distrait dans la liste des Chefs d’État nord-américains. Le 6 décembre 1904, en effet, il a donné à la doctrine Monroe, une dimension nouvelle. Au point que bien souvent on attribue à la déclaration faite par le président James Monroe devant le Congrès des États-Unis le 2 décembre 1823, les vertus et les vices qui sont bien davantage ceux apportés sous forme de corollaire par son lointain successeur, Théodore Roosevelt.

Que dit la Doctrine Monroe ? Elle énonce un interdit aux pays européens de la Sainte Alliance. Les États-Unis s’opposeront à toute tentative d’ingérence extérieure sur le continent américain, avec les nouveaux pays indépendants des Caraïbes et d’Amérique latine. Les vainqueurs européens des guerres napoléoniennes envisageaient en effet de permettre à l’Espagne de reprendre possession de son empire américain, et peut-être à la France monarchique de reconquérir Saint-Domingue. 

Le corollaire ajouté par Théodore Roosevelt à la Doctrine Monroe en 1904, est en revanche un énoncé de diplomatie guerrière unilatérale. Les États-Unis se réservent selon ce document un droit unilatéral d’intervention en Amérique latine, chaque fois qu’ils estimeront que le droit commercial et économique, tel qu’il est interprété par Washington, n’est pas respecté par leurs voisins du sud. Cet acte politique, a permis de légitimer une cascade d’interventions extérieures, à Cuba, en Haïti, au Mexique, au Nicaragua, à Panama, en République Dominicaine, au Salvador.

Suspendu en 1934 par Franklin D. Roosevelt, le corollaire Roosevelt, a été oublié pendant les années de guerre froide. La défense de valeurs morales, menacées par le communisme soviétique, a alors servi de trousse morale justifiant les aventures extérieures tous azimuts. Les unes et les autres étant malgré tout couvertes soit par les Nations-Unies, soit par les pays alliés de l’Alliance atlantique ou des coalitions de circonstance.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’unilatéralisme a repris des couleurs. Le président George Bush Jr en a livré la doctrine, en septembre 2002. Toute menace contre la sécurité des États-Unis sera traitée le plus en amont possible, et donc le cas échéant de façon préventive. Doctrine mise immédiatement en pratique en 2003 contre l’Irak de Saddam Hussein.

Les travaux pratiques s’étant révélés au minimum discutables, la présidence Obama avait fait le pari de l’influence pour défendre les intérêts de son pays. Les armes de la diplomatie au sein des institutions internationales avaient redonné des couleurs au multilatéralisme. La victoire aux présidentielles de 2016 d’un républicain «atypique», Donald Trump a brutalement changé la donne. 

Les vertus supposées de «l’Amérique d’abord», mot d’ordre de sa campagne, ont été appliquées à la lettre par le nouveau chef d’État. Il a «libéré» son pays de tout engagement extérieur, perçu comme contrainte insupportable. Les États-Unis ont quitté l’UNESCO, refusé de ratifier l’Accord de Paris contre le réchauffement climatique. Ils se sont retirés du Traité Trans-Pacifique, et bloquent le fonctionnement de l’OMC. 

Plus préoccupant pour le reste du monde, les relations bilatérales font l’objet d’une lecture répondant aux critères du corollaire Roosevelt de 1904. Tout pays jugé par Washington comme «mauvais joueur», c’est à dire tirant un avantage commercial, migratoire ou autre dans sa relation avec les États-Unis, est menacé de sanctions douanières et d’isolement économique. Chine, Corée du Nord, Colombie, Cuba, Iran, Mexique, Russie, Turquie, Venezuela, ont été tour à tour ciblés et soumis à la question tarifaire.

Donald Trump a de foucades verbales, en violences tarifaires, apporté une touche personnelle au Corollaire Roosevelt. Tout pays, toute entreprise, maintenant des relations économiques avec les États qualifiés de «canailles» par les États-Unis s’exposera à des sanctions financières. Message bien compris par une cinquantaine de gouvernements qui ont accepté de passer sous les fourches caudines de cette règle internationale imposée par le plus fort, en assistant à une conférence internationale visant à organiser la chute de la Maison Maduro au Venezuela.

Cette «nuit du 6 août», sanctionnant les privilèges et la raison du plus fort, au mépris du multilatéralisme, de l’ONU, du dialogue et de la négociation pour trouver une solution aux crises internationales, est authentiquement, Historique.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Michelle Bachelet présente un rapport décourageant sur les violations des droits humains

C’est à travers un rapport de l’ONU que Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux Nations unies, nous informe sur les violations des droits de l’homme qui sont commises par le gouvernement de Nicolás Maduro au Venezuela.

Photo : ONU Press

Dans ce rapport publié le 5 juillet, la Haute-Commissaire de l’ONU, Michelle Bachelet, s’exclame : «Il y a des motifs raisonnables pour croire que de graves violations aux droits économiques et sociaux ont été commises au Venezuela.» Elle dénonce également l’existence de la torture et les traitements inhumains contre les détenus qui luttent en faveur de leurs droits civils.

Le document de 18 pages explique la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve le peuple vénézuélien à cause de la crise politique et sociale que le pays subit. D’un autre côté, le gouvernement de Nicolás Maduro conteste le rapport en clamant que celui-ci manque absolument d’informations telles que les réussites et les progrès en rapport aux droits humains. Il affirme aussi que le rapport présente un regard déformé, sélectif et clairement biaisé sur la situation. «Le gouvernement du président Nicolás Maduro a refusé récemment de reconnaître l’ampleur de la crise et n’a pas pris les mesures nécessaires» affirme Bachelet dans ses conclusions en ajoutant que «le pays a pris et mis en place des lois, des politiques et des pratiques qui n’ont pas permis d’avoir un espace démocratique.»

Un paragraphe du rapport a été consacré aux détentions arbitraires, les tortures et la maltraitance. D’ailleurs, des chiffres montrent la détention d’au moins 15 045 personnes entre janvier 2014 et mai 2019 et 135 cas de privations arbitraires de liberté entre 2014 et 2019, dont 23 femmes et 112 hommes. «Dans certains cas relevés, des femmes et des hommes détenus ont été soumis à de nombreux actes de torture telles que des électrochocs, des étouffements avec un sac plastique, des simulacres de noyade, des passages à tabac, des violences sexuelles, des privations d’eau et de nourriture, des postures forcées et des expositions à des températures extrêmes» expose le document. Les organismes responsables de ces pratiques sont, d’après le rapport, le Service bolivarien d’intelligence nationale (SEBIN) et la Direction générale du contre-espionnage militaire (DGCIM). Ces deux organismes s’occupaient de pratiquer habituellement ces actes de torture afin d’obtenir des informations et des confessions, intimider et sanctionner les personnes détenues.

Le rapport indique 72 dénonciations de prétendue torture et de maltraitance, et 174 personnes détenues dans le cadre des manifestations entre 2017 et 2019. «Des cas de violence sexuelle et de violence sexiste contre des femmes et des filles ont été relevés pendant leur détention.» Des cas «d’exécution extrajudiciaire» ont été constatés lors d’interventions policières. Par conséquent, 5 287 morts dans ces cas ont été révélés. En ce qui concerne la fragilité des droits politiques et civils, les lois et la politique instaurées par le gouvernement ont causé la dégradation de l’État de droit et le démantèlement des institutions démocratiques. Par ailleurs, l’on dénonce la répression sélective contre les opposants, les dissidents et leurs proches. «Les proches sont menacés de mort, épiés, intimidés et harcelés», «les femmes sont soumises à des violences sexuelles, sexistes et humiliantes dans les centres de détention». Au contraire, le gouvernement assure qu’il n’y pas eu de morts pendant les manifestations en 2018 et que seulement 29 personnes sont mortes entre janvier et mai 2019. Cette information est d’ailleurs en opposition avec le rapport de l’Observatoire vénézuélien des conflits sociaux (OVCS), dans lequel 14 morts ont été enregistrées dans le cadre des manifestations en 2018 et 66 morts entre janvier et mai 2019 selon le Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme.

En outre, il y a la présence des soi-disant «collectifs chavistes», groupe civil armé qui, d’après le rapport, soutiennent les forces de sécurité dans la répression pendant les manifestations et la dissidence. «Le gouvernement a imposé une hégémonie communicationnelle où les médias indépendants sont restreints […] il y a eu des détentions arbitraires contre des personnes qui expriment leur opinion dans les réseaux sociaux.» De plus, l’ONU constate la fragilité des droits économiques et sociaux pour l’alimentation et la santé. «Les femmes sont contraintes de faire la queue 10 heures par jour pour avoir de la nourriture. Des sources locales ont rapporté des cas où les femmes ont été forcées d’échanger de la nourriture contre du sexe.» D’après les chiffres du Fonds des Nations unies pour l’alimentation, 3,7 millions de vénézuéliens se trouvent dans un état de dénutrition. Il faut ajouter là-dessus l’Enquête nationale sur les hôpitaux (2019) qui rend compte de la mort de 1 557 personnes à cause de l’absence de soins dans les hôpitaux.

Dans les recommandations du rapport, l’ONU exige du gouvernement Vénézuélien qu’il prenne immédiatement des mesures afin de faire cesser et prévenir la violation des droits humains, principalement les cas de tortures et d’exécutions extrajudiciaires. De même, il fait appel au démantèlement des groupes armés civils et des commandos de la police des Forces d’actions spéciales (FAES). La libération des personnes détenues arbitrairement est exigée, ainsi que la suppression de la mainmise du gouvernement sur les médias.

D’après CNN español
Traduit par Andrea Rico

WhatsApp comme échappatoire culturel et symbole de la crise au Venezuela

Papel Literario, journal culturel du Venezuela, se diffuse de plus en plus à travers les réseaux sociaux. Nombre de lecteurs, dont ceux en exil, y ont accès et le mettent en circulation malgré les entraves auxquelles le journal a fait face pour sa libre publication en papier. 

Photo : Lisablackmore

Miguel Henrique Otero, président du journal vénézuélien El Nacional, et Nelson Rivera, directeur de la section culturelle du journal, envoient chaque dimanche depuis le 3 mars 2019 le PDF du Papel Literario à environ cinq mille abonnés. Par la suite, les personnes qui travaillent dans le journal l’envoient à 19 500 autres lecteurs, élargissant ainsi le nombre de ceux-ci partout dans le monde. Il est ainsi difficile d’estimer combien de Vénézuéliens lisent ces pages numériques qui existaient autrefois en papier.  

La publication régulière a ainsi survécu à l’exil, de même que la section culturelle. Celle-ci est la plus vieille d’Amérique latine et a fêté ses 75 ans d’existence l’année dernière. «Il y a eu un potentiel extraordinaire du journal, les lecteurs sont devenus des agents actifs de la distribution» s’exclame Rivera via Whatsapp depuis San Pedro de Nós, village de 5 000 habitants dans la province espagnole de la Corogne. «J’étais en Espagne lorsque, le 2 septembre 2015, Diosdado Cabello m’a accusé dans son programme ‘Con el mazo dando’ d’être impliqué dans une conspiration avec Miguel Henrique Otero.» «Au bout de quelques jours, un groupe de la Direction Générale de Contre-espionnage Militaire s’est trompé de maison et a fait irruption dans une autre, pensant que c’était la mienne.» Conséquence : Rivera ne peut rentrer à Caracas. 

Cabello avait entamé des poursuites judiciaires financières et pénales cinq mois auparavant contre l’entreprise éditoriale et ses directives. Cela s’est passé après une publication de El Nacional des journaux The Wall Street Journal et ABC qui parlaient d’une possible implication du dirigeant des partisans d‘Hugo Chavez dans le trafic de drogue. Depuis cela, le harcèlement ne décolère pas, et a provoqué la disparition de la version papier le 14 décembre 2018. Cependant, le journal continue son activité et se focalise maintenant sur l’édition numérique. En effet, ils sont devenus l’un des médias latino-américains les plus lus du réseau. « Le nombre de lecteurs ne cesse pas d’augmenter depuis 2015 grâce à l’émigration vénézuélienne » (laquelle compte déjà 4 millions de personnes d’après les chiffres récents d’ACNUR). 

Miami et Bogotá sont les villes les plus prisées par les Vénézuéliens en termes d’exil politique et économique ; cependant, l’Espagne reste le pays avec les principaux milieux culturels. Ainsi, on peut trouver à Madrid Artemis Nader et David Malavé, qui s’occupent de la nouvelle maison d’édition Kalathos Éditorial. Otero, l’essayiste Marina Gasparini Lagrange, essayiste ; la peintre Emilia Azcárate,  l’actrice Ana María Simón, ou encore la journaliste culturelle Karina Sainz Borog, y habitent également. À Málaga, c’est Rodrigo Blanco Calderón, qui a gagné le Prix Bienal de novela Mario Vargas Llosa avec son roman The Night, une découverte méta-littéraire et politique sur les coupures d’électricité  à Caracas en 2010.  

«Je trouve qu’il y a divers lieux de création pour la littérature et le Venezuela en fait partie avec des écrivains tels qu’Igor BarretoEdnodio QuinteroWilly McKey ou Victoria de Stefano qui travaillent dur» explique Rivera. En outre, López Ortega a élargi le volume Rasgos comunes. Antología de la poesía venezolana del siglo XX, qui est devenu un symbole de la résistance vénézuélienne. «Cette coïncidence du livre avec la crise au Venezuela a créé un symbolisme spécial pour l’édition, qui n’était pas prévu, car dans une époque aussi obscure et terrible que celle que l’on vit, le livre devient un outil de compensation, au moins sur le plan symbolique» affirme Ortega. 

Ce sont notamment les lecteurs qui habitent à New-York, Miami, Bogotá, Caracas, Buenos Aires, Paris ou dans les villes espagnoles qui achètent, offrent et défendent le livre. Ils le promeuvent autant en papier qu’en numérique puisqu’il est devenu une lueur d’espoir pour les gens, conclut Ortega. Sans conteste, Papel Literario existe toujours et rassemble toutes les semaines le travail de poètes et personalités littéraires latino-américains.  

Andrea RICO 

Bilan de la visite de Michelle Bachelet au Venezuela sur fond de crise

À la suite d’une visite au Venezuela, la Haute-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a annoncé vendredi dernier des accords avec le gouvernement de Nicolás Maduro pour analyser la situation des droits humains.

Photo : ONU

Michelle Bachelet a rendu visite au Venezuela et a rencontré Nicolás Maduro, des représentants politiques, des ministres, le chef de l’opposition Juan Guaidó, l’ONG, des fonctionnaires comme le chancelier,  le procureur et divers secteurs de la société civile dont les victimes des violations des droits humains. Par ailleurs, Guaidó a confirmé à la presse que le 5 juillet Bachelet fournira un bilan sur la crise du Venezuela, basé sur des analyses et des évidences auprès de l’ONU ainsi qu’une recommandation constructive pour « avancer ». Bachelet a fait aussi un appel à la libération des détenus qui ont exercé leurs droits civiques et politiques d’une manière pacifique. « On est parvenu aux différents accords, (…) le gouvernement s’engage à mener une évaluation de la commission nationale de prévention de la torture et des principaux obstacles dans l’accès à la justice dans le pays » a déclaré Bachelet avant de partir du Venezuela.

Lors de sa visite, l’ancienne présidente du Chili a célébré la libération du député Gilber Caro et deux citoyens, Melvin Farías et Junior Rojas. Néanmoins, elle a demandé aux autorités de libérer tous les prisonniers politiques. Pour y parvenir, elle a affirmé que deux officiers des droits humains de l’ONU resteraient afin de fournir de l’aide, de l’assistance technique et surveiller la situation. « Le gouvernement a également accepté d’accueillir mon équipe au sein des centres d’arrestation pour surveiller les conditions auxquelles les détenus se trouvent et parler confidentiellement avec eux ». En cas de non-respect de la parole par le gouvernement de Maduro, Bachelet l’informera.

En outre, l’ancienne présidente a énoncé l’importance de l’implication de son équipe dans la prévention de la torture et son inquiétude des paroles des victimes sur la violation des droits humains et la violence politique. La crise au Venezuela la touche et les sanctions étrangères l’inquiètent puisque celles-ci ont aggravé la crise économique. « Maintenir une posture fermée détériorera la crise et les Vénézuéliens ne peuvent pas se le permettre » a ajouté Bachelet. « La situation sanitaire continue à être extrêmement critique à cause de divers facteurs : la pénurie des médicaments d’équipement, l’exode de professionnels de santé, la détérioration de la qualité de l’eau et de l’assainissement ainsi que les coupures d’électricité. » souligne Bachelet en ajoutant qu’elle a fait un appel à l’exécutif pour fixer des priorités au sujet de la santé.

D’autre part, différentes ONG ont fait un appel à la grève le vendredi 21 juin à 11 heures auprès du siège de l’ONU à Caracas pour exiger le respect aux droits humains. « Nous rejouons l’appel des ONG pour faire un appel le 21 juin pour la crise que l’on subit au Venezuela. J’invite tout le peuple vénézuélien à sortir dans la rue ce vendredi pour rendre visible la crise, protester et exiger le respect de nos droits » a affirmé Guaidó dans un message depuis son compte Twitter. 

D’après l’organisation non-gouvernementale Foro Penalqui veille sur les prisonniers politiques et qui a rencontré Bachelet, 700 personnes sont détenues pour s’opposer au gouvernement. Dans les jours suivants, Alfredo Romero, directeur de Foro Penal, a exprimé que la visite n’a pas eu de résultats puisqu’au jour d’aujourd’hui, les prisonniers politiques n’ont pas été libérés. Celui-ci a aussi critiqué la brève visite de Bachelet au Venezuela : « la visite a été très courte pour une vérification d’une telle situation complexe et longue : 18 ans de répression politique et plus de 15 000 arrêts politiques depuis 2014. »

Andrea RICO

Michelle Bachelet en visite diplomatique au Venezuela pour sauver le pays

Michelle Bachelet, actuelle Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, se rend mercredi 19 juin au Venezuela. Une visite très attendue qui, malgré son caractère diplomatique, répond à une demande de témoignage des effets de la crise politique et socio-économique sur le peuple vénézuélien.

Photo : MiamiDiario

Le 19 juin, Michelle Bachelet rejoint Caracas pour une durée de deux jours. Un déplacement au cours duquel la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme rencontrera le Président Nicolás Maduro pour une «visite guidée» officielle. Suite à cela, direction l’opposition avec une rencontre qui ne cache pas ses intentions. Michelle Bachelet prévoit donc de s’entretenir avec le Président par intérim et autoproclamé Juan Gaidó, qui demande au peuple de manifester et de montrer la misère dans laquelle est plongé le peuple. Une action mise en place pour contrer les éventuelles manipulations politiques. Dans cette même optique d’une visite grand angle, la délégation assure venir à la rencontre des victimes et des familles subissant les actes violents du régime autoritariste, et ce afin de témoigner des injustices perpétrées par celui-ci. Les chances de récolter des preuves concrètes et irréfutables sont minces, mais cet événement caresse cependant l’idée que les hautes instances internationales ne sont pas insensibles à la situation du Venezuela.

«Madame Michelle Bachelet, bienvenue au Venezuela»

Le pays est en effet plongé dans une crise sans précédent depuis 2017 et les premiers affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. La récente tentative de reprise du pouvoir par Juan Gaidó ne fait que confirmer l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Bien que l’intérim soit reconnu par plus de cinquante pays, la présidence de Nicolás Maduro ne prend pas fin, le chef de l’Etat soutenant sans cesse que la crise est passagère. C’est alors dans cette situation vendue comme temporaire que les chiffres s’accumulent, accablant le régime. L’ONU dénombre plus de 2 millions le nombre de réfugiés politiques ayant fui le Venezuela. Et pour couronner le tout, La Banque centrale du Venezuela a récemment fourni pour la première fois le taux d’inflation du pays, qui grimpe à pas moins de 130 060 % en 2018, et tend vers 10 000 000 % pour fin 2019. «Madame Michelle Bachelet, bienvenue au Venezuela pour trouver des solutions urgentes et faire face à l’urgence humanitaire complexe», annonce Juan Gaidó à quelques jours de l’arrivée de l’ONU. La situation est encore complexe, et bien que des démarches commencent à être engagées, le dialogue s’annonce compliqué et la marge de manœuvre restreinte. Le Venezuela connait des heures sombres et demeure dans l’attente d’une promesse de jours meilleurs.

Corentin RICHARD

Le jeu d’échecs des ambassades vénézuéliennes dans le monde diplomatique

Jeudi 16 mai, les derniers activistes pro-Maduro du groupe Code Pink ont été mis en état d’arrestation suite au blocage de l’ambassade du Venezuela aux États-Unis depuis 37 jours. 

Photo : La Vanguardia

Le blocage de l’ambassade a commencé le 10 avril avec un appel à un «collectif de protection de l’ambassade vénézuélienne». La directrice nationale de Code Pink, Ariel Gold, a expliqué depuis son compte tweeter que l’arrestation des quatre activistes était une violation à la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. En revanche, on tient à souligner que le gouvernement américain a clairement montré son soutien au président intérim du Venezuela Juan Guaidó et qu’il reconnaît comme unique ambassadeur légitime à Carlos Vecchio qui a été désigné par Guaidó. En toute logique, le blocage de l’ambassade vénézuélienne est une action qui est hors-la-loi.

Peu de temps après les arrestations, l’équipe de Carlos Vecchio a finalement pu accéder au bâtiment ; «après 20 ans d’oppression, on a réussi à convertir cette ambassade en un symbole de liberté» a avancé l’ambassadeur. De la part du régime, Nicolás Maduro Moros s’est opposé catégoriquement aux arrestations des activistes qui «défendaient» l’ambassade vénézuélienne et que ce blocage respectait les conventions internationales. De plus, Maduro a aussi souligné qu’il va renforcer la sécurité de l’ancienne ambassade américaine des États-Unis à Caracas puisque d’après lui «Le Venezuela respecte les conventions internationales».

Les tensions diplomatiques vénézuéliennes semblent atteindre leur paroxysme. Cela semble être confirmé lorsque le lundi 20 mai l’Unité de délinquance économique et fiscale d’Espagne a procédé à des arrestations pour des blanchiments d’argent de l’entreprise pétrolière vénézuélienne PDVSA en Espagne. Entre les délinquants se trouve Alejo Morodo, un des fils de l’ancien ambassadeur d’Espagne au Venezuela Raúl Morodo durant le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero entre 2004 et 2007.

Les registres policiers montrent que Alejo Morodo et d’autres partenaires ont donné des services consultatifs fictifs en échange d’environ quatre millions d’euros qu’ils ont par la suite blanchis en Espagne. Raúl Morodo n’a pas encore été mis en état d’arrestation à cause de son âge avancé de 84 ans, mais les documents montrent que des nombreux bureaux et maisons de l’ancien ambassadeur étaient utilisés pour blanchir l’argent ; tout semble indiquer qu’il a orchestré l’affaire. Pendant la période où les consultations fictives ont eu lieu, le président de PSVSA était Rafael Ramirez, l’ancien ambassadeur du Venezuela aux Nations Unies qui fait actuellement l’objet d’une enquête pour corruption et détournement de fonds de l’entreprise pétrolière. 

Nicolás OLIVARES PEREDA

Partie d’échecs entre Maduro et Guaidó : la situation au Venezuela ne cesse de s’aggraver

La crise au Venezuela ne cesse de s’aggraver. Au-delà d’une crise générale des services, le pays connaît une coupure électrique générale d’électricité depuis le mois de mars. D’une part, Nicolás Maduro essaie de remédier à la situation et, de l’autre, Juan Guaidó fait appel à une manifestation contre son opposant le 1er mai.

Photo : Carlos Garcia

D’un côté, Juan Guaidó, avec l’opposition vénézuélienne, tente de mettre en oeuvre L’Operación Libertad, une opération avec laquelle ils désirent expulser Nicolás Maduro du palais de Miraflores. De l’autre côté, Maduro tente de ramener le pays à la normalité, en restaurant le service électrique dans l’ensemble des régions. Voici une nécessité après une nouvelle coupure électrique générale, le mardi 9 avril dernier. Son gouvernement tente de remédier à la crise énergétique qui secoue fortement la nation depuis le mois de mars. Maduro a nommé un nouveau ministre de l’Énergie électrique, Igor José Gavidia León, ingénieur électrique. Ensemble, ils ont mis en place un Plan de Recuperación del Sistema Eléctrico Nacional qui pourrait prendre au moins un an. En outre, Maduro a annoncé le samedi 13 avril dernier, que lundi, mardi et mercredi prochain seront des jours non ouvrables en raison des vacances de Pâques. Cela serait aussi une mesure pour accélérer le processus de récupération de l’énergie électrique dans le pays.

Il semblerait que la stratégie de Guaidó est plus efficace à l’extérieur du pays qu’à l’intérieur. Désormais le fait qu’il compte avec la quasi-totalité du support de la population. À chaque rassemblement politique qu’il assiste, des centaines de milliers de personnes s’y rendent pour montrer leur support au président par intérim. Cela a été le cas le samedi dernier lors de sa tournée dans la région orientale du pays, l’une des zones les plus affectées par Los Apagones (coupures d’énergie électrique). L’avenue principale de Maracaibo (la deuxième ville la plus grande du Venezuela), était débordée de personnes et le président par intérim a affirmé que ««la lumière est venue pour ne plus jamais partir».

En février, Maduro et son régime ont qualifié l’aide humanitaire de «farce» et ont assuré que le Venezuela n’est pas un «pays de mendiants». Le peuple vénézuélien ne subit pas que la crise énergétique, mais une crise des services en général. Dans la capitale, les personnes font recours aux eaux des égouts pour combler leurs nécessités hydriques. C’est un fait qui ne peut pas être dissimulé. Le mercredi 10 avril, Maduro a annoncé un accord avec la Croix-Rouge pour affronter la crise humanitaire. Après 24 ans qu’un président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ne visitait pas le Venezuela, Peter Maurer s’est réuni avec Maduro ainsi qu’avec divers membres de son gouvernement, dont le ministre de la Santé Carlos Alvarado González et le ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza. 28 hôpitaux et 8 centres de santé recevront des produits et matériels médicaux et l’organisme a augmenté le budget d’activité au Venezuela de 8.9 à 24.4 millions de dollars. La première cargaison d’aide humanitaire est arrivée au pays le mardi 16 avril. Cette première phase de l’opération conclue entre l’organisme international et le gouvernement vénézuélien vise à aider 650 000 personnes. L’aide se compose d’une variété de produits, de médicaments à des générateurs électriques. D’après Francesco Rocca, l’opération ressemblera à celle qui est menée à l’heure actuelle en Syrie. Maduro comme Guaidó s’attribuent cette réussite, sauf que l’un d’entre eux,nie l’existence de la crise humanitaire et attribue la crise économique à des sanctions étrangères et à une «guerre économique». 

Dans ce qui concerne la sphère internationale, le cabinet de Juan Guaidó commence à s’imposer. En effet, le 9 avril, le gouvernement du président d’iintérim a désigné comme ambassadeur officiel aux États-Unis, Carlos Vecchio. Peu de temps après, le président américain Donald Trump a accrédité ce dernier. Le nouvel ambassadeur a exprimé dans une vidéo postée sur son compte twitter son remerciement auprès de Juan Guaidó, mais aussi de Donald Trump. Il a aussi partagé le document officiel de la Maison-Blanche sur lequel on peut lire que Trump a affirmé que «Vous (Vecchio) êtes le premier ambassadeur vénézuélien aux États-Unis depuis 8 ans et votre désignation a eu lieu un moment historique. Le président Juan Guaidó a commencé avec courage le processus pour restaurer la démocratie et la liberté pour les Vénézuéliens…» Pendant cette même semaine, les États-Unis ont aussi envoyé un message fort lors de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU pendant les discussions sur la situation au Venezuela. Le Vice président américain Mike Pence a réclamé que Juan Guaidó soit reconnu comme le président légitime du Venezuela. De plus, il s’est adressé directement au représentant de Nicolás Maduro Moros, Samuel Moncada, qui était présent lors de la réunion du Conseil. «Avec tout le respect que je vous dois, vous ne devriez pas être ici. Vous devriez rentrer à Caracas et dire à Nicolás Maduro que son heure est comptée».

En outre, le général Hugo Carvajal, chargé du service de renseignements du gouvernement de Hugo Chavez et homme de confiance de ce dernier, a été arrêté en Espagne et sera extradé aux USA. D’après les USA, Carvajal a des liens étroits avecle Cartel De Los Soles et avec la guérilla colombienne (FARC) et pour cette raison il a été inclus dans la liste Clinton en 2008 (Specially Designated Narcotics Traffickers , SDNT, list). En 2014, il avait été arrêté dans l’île d’Aruba (Antilles hollandaises aux aux caraïbes) et d’où il allait être extradé aux USA. Il a finalement été libéré après une forte pression du gouvernement vénézuélien. Il a ensuite été reçu avec des honneurs par le président Maduro et Diosdado Cabello l’a qualifié de «patriote». Hugo Carvajal est député de l’Assemblée nationale depuis 2016, en février 2019, il a publié une vidéo dans laquelle il critiquait fortement le régime dictatorial de Maduro et reconnaissait la légitimité du Président Guaidó. Dans plusieurs répliques, il a affirmé qu’il possède beaucoup d’informations et documents concernant les dirigeants du PSUV et ses fortunes qui sont éparpillées dans tout le monde, celles de Maduro et Cabello incluses. Il existe une énorme incertitude par rapport à sa détention, mais il est certain qu’il collaborera avec le gouvernement de Donald Trump et il fournira des informations fiables par rapport à la corruption du régime chaviste. 

Lors de la réunion d’été du FMI tenue du 12 au 14 avril à Washington, Christine Lagarde a souligné qu’il n’y a pas eu de consensus pour reconnaître Guaidó et son nouveau gouvernement, car c’est à chaque État membre de le reconnaître diplomatiquement. En revanche, la situation économique du Venezuela a été au centre du débat et le FMI estime que le PIB vénézuélien se contractera de 25% et l’inflation atteindra un taux de 10 000 000% en 2019. Lagarde a déclaré que le Venezuela aura besoin «d’une aide grandiose» pour surmonter sa situation financière précaire. En revanche, Steve Mnuchin, secrétaire du trésor des États-Unis a impulsé la création d’un fonds de financement commercial qui s’élève à 10 milliards de dollars. Le fonds sera créé par divers pays latino-américains, européens et le gouvernement japonais.

Le gouvernement américain est l’un des gouvernements à mettre en place de solutions et d’actions tangibles par rapport à la situation au Venezuela. L’ONU et les institutions internationales démontrent au fils du temps, leur incapacité à résoudre la crise vénézuélienne. Le peuple urge à Guaidó et à son gouvernement ainsi qu’à la communauté internationale de trouver une solution rapide à la crise. Mais, il ne peut pas se précipiter, il doit calculer chaque mouvement puisqu’en contrepartie il y a Maduro, qui compte avec le conseil d’experts, notamment cubains, Russes et chinois, qui ont une vaste expérience sur ce type de situation. 

Guaidó, lors d’un cabillot ouvert, vendredi 19 avril à la place Simón Bolivar de Chacao à Caracas, a convoqué une « megamarcha »(une énorme manifestation) le prochain 1er mai, qui sera la plus grande jamais vue au Venezuela. La finalité de cette dernière serait de parvenir à la cessation définitive de l’usurpation du pouvoir. Elle s’inscrit dans l’Opération Libertad. Le président du parlement a affirmé que « notre pays est né lors d’un cabillot et dans un cabillot a commencé notre lutte pour instaurer à nouveau l’ordre démocratique au Venezuela, attaché toujours à notre constitution » Il a ajouté que lorsqu’on dit « Que vamos bien! » c’est parce qu’on y va tous ensemble et parce que le pays poursuit ses efforts.

Gilberto ANDRES OLIVARES

Page 1 sur 8123...Last »

Articles par mois

Articles par catégorie