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Venezuela

Venezuela : après la conférence de Lima : Extension universelle du corollaire Roosevelt

Le 6 août 2019, s’est tenue à Lima une conférence internationale sur le Venezuela. En l’absence du Venezuela et du Secrétaire général de l’ONU, la cinquantaine de gouvernements présents a travaillé sous la tutelle du Secrétaire au commerce extérieur des États-Unis, Wilbur Ross, et du Conseiller à la Sécurité extérieure, John R. Bolton. Non pour chercher à désamorcer la crise vénézuélienne, mais au contraire pour inciter les présents à soutenir un changement de régime contraint par la force des sanctions économiques. 

Photo : Archivos de Historia

La méthode, celle d’un cercle d’amis Facebook, reflète l’aveuglement croissant aux plus hauts sommets des États, permis par les nouvelles technologies. Incapables d’admettre et de traiter en conséquence les crises issues de convictions opposées, oublieux des diplomaties de la guerre froide. Unilatéralité, conduite par le plus fort du groupe d’amis, les États-Unis, réactivant ainsi de façon insolite une pratique de l’ingérence impériale théorisée en 1904 par un président républicain, Théodore Roosevelt.

Le président des États-Unis de 1901 à 1909, 1904, Théodore Roosevelt Jr, a été effacé des mémoires collectives. Franklin D. Roosevelt, élu en 1932, réélu en 1936, 1940 et 1944, a en effet marqué positivement et durablement les esprits, dans son pays comme dans bien d’autres. Théodore Roosevelt Jr mérite pourtant plus qu’un regard distrait dans la liste des Chefs d’État nord-américains. Le 6 décembre 1904, en effet, il a donné à la doctrine Monroe, une dimension nouvelle. Au point que bien souvent on attribue à la déclaration faite par le président James Monroe devant le Congrès des États-Unis le 2 décembre 1823, les vertus et les vices qui sont bien davantage ceux apportés sous forme de corollaire par son lointain successeur, Théodore Roosevelt.

Que dit la Doctrine Monroe ? Elle énonce un interdit aux pays européens de la Sainte Alliance. Les États-Unis s’opposeront à toute tentative d’ingérence extérieure sur le continent américain, avec les nouveaux pays indépendants des Caraïbes et d’Amérique latine. Les vainqueurs européens des guerres napoléoniennes envisageaient en effet de permettre à l’Espagne de reprendre possession de son empire américain, et peut-être à la France monarchique de reconquérir Saint-Domingue. 

Le corollaire ajouté par Théodore Roosevelt à la Doctrine Monroe en 1904, est en revanche un énoncé de diplomatie guerrière unilatérale. Les États-Unis se réservent selon ce document un droit unilatéral d’intervention en Amérique latine, chaque fois qu’ils estimeront que le droit commercial et économique, tel qu’il est interprété par Washington, n’est pas respecté par leurs voisins du sud. Cet acte politique, a permis de légitimer une cascade d’interventions extérieures, à Cuba, en Haïti, au Mexique, au Nicaragua, à Panama, en République Dominicaine, au Salvador.

Suspendu en 1934 par Franklin D. Roosevelt, le corollaire Roosevelt, a été oublié pendant les années de guerre froide. La défense de valeurs morales, menacées par le communisme soviétique, a alors servi de trousse morale justifiant les aventures extérieures tous azimuts. Les unes et les autres étant malgré tout couvertes soit par les Nations-Unies, soit par les pays alliés de l’Alliance atlantique ou des coalitions de circonstance.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’unilatéralisme a repris des couleurs. Le président George Bush Jr en a livré la doctrine, en septembre 2002. Toute menace contre la sécurité des États-Unis sera traitée le plus en amont possible, et donc le cas échéant de façon préventive. Doctrine mise immédiatement en pratique en 2003 contre l’Irak de Saddam Hussein.

Les travaux pratiques s’étant révélés au minimum discutables, la présidence Obama avait fait le pari de l’influence pour défendre les intérêts de son pays. Les armes de la diplomatie au sein des institutions internationales avaient redonné des couleurs au multilatéralisme. La victoire aux présidentielles de 2016 d’un républicain «atypique», Donald Trump a brutalement changé la donne. 

Les vertus supposées de «l’Amérique d’abord», mot d’ordre de sa campagne, ont été appliquées à la lettre par le nouveau chef d’État. Il a «libéré» son pays de tout engagement extérieur, perçu comme contrainte insupportable. Les États-Unis ont quitté l’UNESCO, refusé de ratifier l’Accord de Paris contre le réchauffement climatique. Ils se sont retirés du Traité Trans-Pacifique, et bloquent le fonctionnement de l’OMC. 

Plus préoccupant pour le reste du monde, les relations bilatérales font l’objet d’une lecture répondant aux critères du corollaire Roosevelt de 1904. Tout pays jugé par Washington comme «mauvais joueur», c’est à dire tirant un avantage commercial, migratoire ou autre dans sa relation avec les États-Unis, est menacé de sanctions douanières et d’isolement économique. Chine, Corée du Nord, Colombie, Cuba, Iran, Mexique, Russie, Turquie, Venezuela, ont été tour à tour ciblés et soumis à la question tarifaire.

Donald Trump a de foucades verbales, en violences tarifaires, apporté une touche personnelle au Corollaire Roosevelt. Tout pays, toute entreprise, maintenant des relations économiques avec les États qualifiés de «canailles» par les États-Unis s’exposera à des sanctions financières. Message bien compris par une cinquantaine de gouvernements qui ont accepté de passer sous les fourches caudines de cette règle internationale imposée par le plus fort, en assistant à une conférence internationale visant à organiser la chute de la Maison Maduro au Venezuela.

Cette «nuit du 6 août», sanctionnant les privilèges et la raison du plus fort, au mépris du multilatéralisme, de l’ONU, du dialogue et de la négociation pour trouver une solution aux crises internationales, est authentiquement, Historique.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Michelle Bachelet présente un rapport décourageant sur les violations des droits humains

C’est à travers un rapport de l’ONU que Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux Nations unies, nous informe sur les violations des droits de l’homme qui sont commises par le gouvernement de Nicolás Maduro au Venezuela.

Photo : ONU Press

Dans ce rapport publié le 5 juillet, la Haute-Commissaire de l’ONU, Michelle Bachelet, s’exclame : «Il y a des motifs raisonnables pour croire que de graves violations aux droits économiques et sociaux ont été commises au Venezuela.» Elle dénonce également l’existence de la torture et les traitements inhumains contre les détenus qui luttent en faveur de leurs droits civils.

Le document de 18 pages explique la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve le peuple vénézuélien à cause de la crise politique et sociale que le pays subit. D’un autre côté, le gouvernement de Nicolás Maduro conteste le rapport en clamant que celui-ci manque absolument d’informations telles que les réussites et les progrès en rapport aux droits humains. Il affirme aussi que le rapport présente un regard déformé, sélectif et clairement biaisé sur la situation. «Le gouvernement du président Nicolás Maduro a refusé récemment de reconnaître l’ampleur de la crise et n’a pas pris les mesures nécessaires» affirme Bachelet dans ses conclusions en ajoutant que «le pays a pris et mis en place des lois, des politiques et des pratiques qui n’ont pas permis d’avoir un espace démocratique.»

Un paragraphe du rapport a été consacré aux détentions arbitraires, les tortures et la maltraitance. D’ailleurs, des chiffres montrent la détention d’au moins 15 045 personnes entre janvier 2014 et mai 2019 et 135 cas de privations arbitraires de liberté entre 2014 et 2019, dont 23 femmes et 112 hommes. «Dans certains cas relevés, des femmes et des hommes détenus ont été soumis à de nombreux actes de torture telles que des électrochocs, des étouffements avec un sac plastique, des simulacres de noyade, des passages à tabac, des violences sexuelles, des privations d’eau et de nourriture, des postures forcées et des expositions à des températures extrêmes» expose le document. Les organismes responsables de ces pratiques sont, d’après le rapport, le Service bolivarien d’intelligence nationale (SEBIN) et la Direction générale du contre-espionnage militaire (DGCIM). Ces deux organismes s’occupaient de pratiquer habituellement ces actes de torture afin d’obtenir des informations et des confessions, intimider et sanctionner les personnes détenues.

Le rapport indique 72 dénonciations de prétendue torture et de maltraitance, et 174 personnes détenues dans le cadre des manifestations entre 2017 et 2019. «Des cas de violence sexuelle et de violence sexiste contre des femmes et des filles ont été relevés pendant leur détention.» Des cas «d’exécution extrajudiciaire» ont été constatés lors d’interventions policières. Par conséquent, 5 287 morts dans ces cas ont été révélés. En ce qui concerne la fragilité des droits politiques et civils, les lois et la politique instaurées par le gouvernement ont causé la dégradation de l’État de droit et le démantèlement des institutions démocratiques. Par ailleurs, l’on dénonce la répression sélective contre les opposants, les dissidents et leurs proches. «Les proches sont menacés de mort, épiés, intimidés et harcelés», «les femmes sont soumises à des violences sexuelles, sexistes et humiliantes dans les centres de détention». Au contraire, le gouvernement assure qu’il n’y pas eu de morts pendant les manifestations en 2018 et que seulement 29 personnes sont mortes entre janvier et mai 2019. Cette information est d’ailleurs en opposition avec le rapport de l’Observatoire vénézuélien des conflits sociaux (OVCS), dans lequel 14 morts ont été enregistrées dans le cadre des manifestations en 2018 et 66 morts entre janvier et mai 2019 selon le Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme.

En outre, il y a la présence des soi-disant «collectifs chavistes», groupe civil armé qui, d’après le rapport, soutiennent les forces de sécurité dans la répression pendant les manifestations et la dissidence. «Le gouvernement a imposé une hégémonie communicationnelle où les médias indépendants sont restreints […] il y a eu des détentions arbitraires contre des personnes qui expriment leur opinion dans les réseaux sociaux.» De plus, l’ONU constate la fragilité des droits économiques et sociaux pour l’alimentation et la santé. «Les femmes sont contraintes de faire la queue 10 heures par jour pour avoir de la nourriture. Des sources locales ont rapporté des cas où les femmes ont été forcées d’échanger de la nourriture contre du sexe.» D’après les chiffres du Fonds des Nations unies pour l’alimentation, 3,7 millions de vénézuéliens se trouvent dans un état de dénutrition. Il faut ajouter là-dessus l’Enquête nationale sur les hôpitaux (2019) qui rend compte de la mort de 1 557 personnes à cause de l’absence de soins dans les hôpitaux.

Dans les recommandations du rapport, l’ONU exige du gouvernement Vénézuélien qu’il prenne immédiatement des mesures afin de faire cesser et prévenir la violation des droits humains, principalement les cas de tortures et d’exécutions extrajudiciaires. De même, il fait appel au démantèlement des groupes armés civils et des commandos de la police des Forces d’actions spéciales (FAES). La libération des personnes détenues arbitrairement est exigée, ainsi que la suppression de la mainmise du gouvernement sur les médias.

D’après CNN español
Traduit par Andrea Rico

WhatsApp comme échappatoire culturel et symbole de la crise au Venezuela

Papel Literario, journal culturel du Venezuela, se diffuse de plus en plus à travers les réseaux sociaux. Nombre de lecteurs, dont ceux en exil, y ont accès et le mettent en circulation malgré les entraves auxquelles le journal a fait face pour sa libre publication en papier. 

Photo : Lisablackmore

Miguel Henrique Otero, président du journal vénézuélien El Nacional, et Nelson Rivera, directeur de la section culturelle du journal, envoient chaque dimanche depuis le 3 mars 2019 le PDF du Papel Literario à environ cinq mille abonnés. Par la suite, les personnes qui travaillent dans le journal l’envoient à 19 500 autres lecteurs, élargissant ainsi le nombre de ceux-ci partout dans le monde. Il est ainsi difficile d’estimer combien de Vénézuéliens lisent ces pages numériques qui existaient autrefois en papier.  

La publication régulière a ainsi survécu à l’exil, de même que la section culturelle. Celle-ci est la plus vieille d’Amérique latine et a fêté ses 75 ans d’existence l’année dernière. «Il y a eu un potentiel extraordinaire du journal, les lecteurs sont devenus des agents actifs de la distribution» s’exclame Rivera via Whatsapp depuis San Pedro de Nós, village de 5 000 habitants dans la province espagnole de la Corogne. «J’étais en Espagne lorsque, le 2 septembre 2015, Diosdado Cabello m’a accusé dans son programme ‘Con el mazo dando’ d’être impliqué dans une conspiration avec Miguel Henrique Otero.» «Au bout de quelques jours, un groupe de la Direction Générale de Contre-espionnage Militaire s’est trompé de maison et a fait irruption dans une autre, pensant que c’était la mienne.» Conséquence : Rivera ne peut rentrer à Caracas. 

Cabello avait entamé des poursuites judiciaires financières et pénales cinq mois auparavant contre l’entreprise éditoriale et ses directives. Cela s’est passé après une publication de El Nacional des journaux The Wall Street Journal et ABC qui parlaient d’une possible implication du dirigeant des partisans d‘Hugo Chavez dans le trafic de drogue. Depuis cela, le harcèlement ne décolère pas, et a provoqué la disparition de la version papier le 14 décembre 2018. Cependant, le journal continue son activité et se focalise maintenant sur l’édition numérique. En effet, ils sont devenus l’un des médias latino-américains les plus lus du réseau. « Le nombre de lecteurs ne cesse pas d’augmenter depuis 2015 grâce à l’émigration vénézuélienne » (laquelle compte déjà 4 millions de personnes d’après les chiffres récents d’ACNUR). 

Miami et Bogotá sont les villes les plus prisées par les Vénézuéliens en termes d’exil politique et économique ; cependant, l’Espagne reste le pays avec les principaux milieux culturels. Ainsi, on peut trouver à Madrid Artemis Nader et David Malavé, qui s’occupent de la nouvelle maison d’édition Kalathos Éditorial. Otero, l’essayiste Marina Gasparini Lagrange, essayiste ; la peintre Emilia Azcárate,  l’actrice Ana María Simón, ou encore la journaliste culturelle Karina Sainz Borog, y habitent également. À Málaga, c’est Rodrigo Blanco Calderón, qui a gagné le Prix Bienal de novela Mario Vargas Llosa avec son roman The Night, une découverte méta-littéraire et politique sur les coupures d’électricité  à Caracas en 2010.  

«Je trouve qu’il y a divers lieux de création pour la littérature et le Venezuela en fait partie avec des écrivains tels qu’Igor BarretoEdnodio QuinteroWilly McKey ou Victoria de Stefano qui travaillent dur» explique Rivera. En outre, López Ortega a élargi le volume Rasgos comunes. Antología de la poesía venezolana del siglo XX, qui est devenu un symbole de la résistance vénézuélienne. «Cette coïncidence du livre avec la crise au Venezuela a créé un symbolisme spécial pour l’édition, qui n’était pas prévu, car dans une époque aussi obscure et terrible que celle que l’on vit, le livre devient un outil de compensation, au moins sur le plan symbolique» affirme Ortega. 

Ce sont notamment les lecteurs qui habitent à New-York, Miami, Bogotá, Caracas, Buenos Aires, Paris ou dans les villes espagnoles qui achètent, offrent et défendent le livre. Ils le promeuvent autant en papier qu’en numérique puisqu’il est devenu une lueur d’espoir pour les gens, conclut Ortega. Sans conteste, Papel Literario existe toujours et rassemble toutes les semaines le travail de poètes et personalités littéraires latino-américains.  

Andrea RICO 

Bilan de la visite de Michelle Bachelet au Venezuela sur fond de crise

À la suite d’une visite au Venezuela, la Haute-Commissaire des Nations-Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a annoncé vendredi dernier des accords avec le gouvernement de Nicolás Maduro pour analyser la situation des droits humains.

Photo : ONU

Michelle Bachelet a rendu visite au Venezuela et a rencontré Nicolás Maduro, des représentants politiques, des ministres, le chef de l’opposition Juan Guaidó, l’ONG, des fonctionnaires comme le chancelier,  le procureur et divers secteurs de la société civile dont les victimes des violations des droits humains. Par ailleurs, Guaidó a confirmé à la presse que le 5 juillet Bachelet fournira un bilan sur la crise du Venezuela, basé sur des analyses et des évidences auprès de l’ONU ainsi qu’une recommandation constructive pour « avancer ». Bachelet a fait aussi un appel à la libération des détenus qui ont exercé leurs droits civiques et politiques d’une manière pacifique. « On est parvenu aux différents accords, (…) le gouvernement s’engage à mener une évaluation de la commission nationale de prévention de la torture et des principaux obstacles dans l’accès à la justice dans le pays » a déclaré Bachelet avant de partir du Venezuela.

Lors de sa visite, l’ancienne présidente du Chili a célébré la libération du député Gilber Caro et deux citoyens, Melvin Farías et Junior Rojas. Néanmoins, elle a demandé aux autorités de libérer tous les prisonniers politiques. Pour y parvenir, elle a affirmé que deux officiers des droits humains de l’ONU resteraient afin de fournir de l’aide, de l’assistance technique et surveiller la situation. « Le gouvernement a également accepté d’accueillir mon équipe au sein des centres d’arrestation pour surveiller les conditions auxquelles les détenus se trouvent et parler confidentiellement avec eux ». En cas de non-respect de la parole par le gouvernement de Maduro, Bachelet l’informera.

En outre, l’ancienne présidente a énoncé l’importance de l’implication de son équipe dans la prévention de la torture et son inquiétude des paroles des victimes sur la violation des droits humains et la violence politique. La crise au Venezuela la touche et les sanctions étrangères l’inquiètent puisque celles-ci ont aggravé la crise économique. « Maintenir une posture fermée détériorera la crise et les Vénézuéliens ne peuvent pas se le permettre » a ajouté Bachelet. « La situation sanitaire continue à être extrêmement critique à cause de divers facteurs : la pénurie des médicaments d’équipement, l’exode de professionnels de santé, la détérioration de la qualité de l’eau et de l’assainissement ainsi que les coupures d’électricité. » souligne Bachelet en ajoutant qu’elle a fait un appel à l’exécutif pour fixer des priorités au sujet de la santé.

D’autre part, différentes ONG ont fait un appel à la grève le vendredi 21 juin à 11 heures auprès du siège de l’ONU à Caracas pour exiger le respect aux droits humains. « Nous rejouons l’appel des ONG pour faire un appel le 21 juin pour la crise que l’on subit au Venezuela. J’invite tout le peuple vénézuélien à sortir dans la rue ce vendredi pour rendre visible la crise, protester et exiger le respect de nos droits » a affirmé Guaidó dans un message depuis son compte Twitter. 

D’après l’organisation non-gouvernementale Foro Penalqui veille sur les prisonniers politiques et qui a rencontré Bachelet, 700 personnes sont détenues pour s’opposer au gouvernement. Dans les jours suivants, Alfredo Romero, directeur de Foro Penal, a exprimé que la visite n’a pas eu de résultats puisqu’au jour d’aujourd’hui, les prisonniers politiques n’ont pas été libérés. Celui-ci a aussi critiqué la brève visite de Bachelet au Venezuela : « la visite a été très courte pour une vérification d’une telle situation complexe et longue : 18 ans de répression politique et plus de 15 000 arrêts politiques depuis 2014. »

Andrea RICO

Michelle Bachelet en visite diplomatique au Venezuela pour sauver le pays

Michelle Bachelet, actuelle Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, se rend mercredi 19 juin au Venezuela. Une visite très attendue qui, malgré son caractère diplomatique, répond à une demande de témoignage des effets de la crise politique et socio-économique sur le peuple vénézuélien.

Photo : MiamiDiario

Le 19 juin, Michelle Bachelet rejoint Caracas pour une durée de deux jours. Un déplacement au cours duquel la Haute-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme rencontrera le Président Nicolás Maduro pour une «visite guidée» officielle. Suite à cela, direction l’opposition avec une rencontre qui ne cache pas ses intentions. Michelle Bachelet prévoit donc de s’entretenir avec le Président par intérim et autoproclamé Juan Gaidó, qui demande au peuple de manifester et de montrer la misère dans laquelle est plongé le peuple. Une action mise en place pour contrer les éventuelles manipulations politiques. Dans cette même optique d’une visite grand angle, la délégation assure venir à la rencontre des victimes et des familles subissant les actes violents du régime autoritariste, et ce afin de témoigner des injustices perpétrées par celui-ci. Les chances de récolter des preuves concrètes et irréfutables sont minces, mais cet événement caresse cependant l’idée que les hautes instances internationales ne sont pas insensibles à la situation du Venezuela.

«Madame Michelle Bachelet, bienvenue au Venezuela»

Le pays est en effet plongé dans une crise sans précédent depuis 2017 et les premiers affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. La récente tentative de reprise du pouvoir par Juan Gaidó ne fait que confirmer l’impasse dans laquelle se trouve le pays. Bien que l’intérim soit reconnu par plus de cinquante pays, la présidence de Nicolás Maduro ne prend pas fin, le chef de l’Etat soutenant sans cesse que la crise est passagère. C’est alors dans cette situation vendue comme temporaire que les chiffres s’accumulent, accablant le régime. L’ONU dénombre plus de 2 millions le nombre de réfugiés politiques ayant fui le Venezuela. Et pour couronner le tout, La Banque centrale du Venezuela a récemment fourni pour la première fois le taux d’inflation du pays, qui grimpe à pas moins de 130 060 % en 2018, et tend vers 10 000 000 % pour fin 2019. «Madame Michelle Bachelet, bienvenue au Venezuela pour trouver des solutions urgentes et faire face à l’urgence humanitaire complexe», annonce Juan Gaidó à quelques jours de l’arrivée de l’ONU. La situation est encore complexe, et bien que des démarches commencent à être engagées, le dialogue s’annonce compliqué et la marge de manœuvre restreinte. Le Venezuela connait des heures sombres et demeure dans l’attente d’une promesse de jours meilleurs.

Corentin RICHARD

Le jeu d’échecs des ambassades vénézuéliennes dans le monde diplomatique

Jeudi 16 mai, les derniers activistes pro-Maduro du groupe Code Pink ont été mis en état d’arrestation suite au blocage de l’ambassade du Venezuela aux États-Unis depuis 37 jours. 

Photo : La Vanguardia

Le blocage de l’ambassade a commencé le 10 avril avec un appel à un «collectif de protection de l’ambassade vénézuélienne». La directrice nationale de Code Pink, Ariel Gold, a expliqué depuis son compte tweeter que l’arrestation des quatre activistes était une violation à la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. En revanche, on tient à souligner que le gouvernement américain a clairement montré son soutien au président intérim du Venezuela Juan Guaidó et qu’il reconnaît comme unique ambassadeur légitime à Carlos Vecchio qui a été désigné par Guaidó. En toute logique, le blocage de l’ambassade vénézuélienne est une action qui est hors-la-loi.

Peu de temps après les arrestations, l’équipe de Carlos Vecchio a finalement pu accéder au bâtiment ; «après 20 ans d’oppression, on a réussi à convertir cette ambassade en un symbole de liberté» a avancé l’ambassadeur. De la part du régime, Nicolás Maduro Moros s’est opposé catégoriquement aux arrestations des activistes qui «défendaient» l’ambassade vénézuélienne et que ce blocage respectait les conventions internationales. De plus, Maduro a aussi souligné qu’il va renforcer la sécurité de l’ancienne ambassade américaine des États-Unis à Caracas puisque d’après lui «Le Venezuela respecte les conventions internationales».

Les tensions diplomatiques vénézuéliennes semblent atteindre leur paroxysme. Cela semble être confirmé lorsque le lundi 20 mai l’Unité de délinquance économique et fiscale d’Espagne a procédé à des arrestations pour des blanchiments d’argent de l’entreprise pétrolière vénézuélienne PDVSA en Espagne. Entre les délinquants se trouve Alejo Morodo, un des fils de l’ancien ambassadeur d’Espagne au Venezuela Raúl Morodo durant le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero entre 2004 et 2007.

Les registres policiers montrent que Alejo Morodo et d’autres partenaires ont donné des services consultatifs fictifs en échange d’environ quatre millions d’euros qu’ils ont par la suite blanchis en Espagne. Raúl Morodo n’a pas encore été mis en état d’arrestation à cause de son âge avancé de 84 ans, mais les documents montrent que des nombreux bureaux et maisons de l’ancien ambassadeur étaient utilisés pour blanchir l’argent ; tout semble indiquer qu’il a orchestré l’affaire. Pendant la période où les consultations fictives ont eu lieu, le président de PSVSA était Rafael Ramirez, l’ancien ambassadeur du Venezuela aux Nations Unies qui fait actuellement l’objet d’une enquête pour corruption et détournement de fonds de l’entreprise pétrolière. 

Nicolás OLIVARES PEREDA

Partie d’échecs entre Maduro et Guaidó : la situation au Venezuela ne cesse de s’aggraver

La crise au Venezuela ne cesse de s’aggraver. Au-delà d’une crise générale des services, le pays connaît une coupure électrique générale d’électricité depuis le mois de mars. D’une part, Nicolás Maduro essaie de remédier à la situation et, de l’autre, Juan Guaidó fait appel à une manifestation contre son opposant le 1er mai.

Photo : Carlos Garcia

D’un côté, Juan Guaidó, avec l’opposition vénézuélienne, tente de mettre en oeuvre L’Operación Libertad, une opération avec laquelle ils désirent expulser Nicolás Maduro du palais de Miraflores. De l’autre côté, Maduro tente de ramener le pays à la normalité, en restaurant le service électrique dans l’ensemble des régions. Voici une nécessité après une nouvelle coupure électrique générale, le mardi 9 avril dernier. Son gouvernement tente de remédier à la crise énergétique qui secoue fortement la nation depuis le mois de mars. Maduro a nommé un nouveau ministre de l’Énergie électrique, Igor José Gavidia León, ingénieur électrique. Ensemble, ils ont mis en place un Plan de Recuperación del Sistema Eléctrico Nacional qui pourrait prendre au moins un an. En outre, Maduro a annoncé le samedi 13 avril dernier, que lundi, mardi et mercredi prochain seront des jours non ouvrables en raison des vacances de Pâques. Cela serait aussi une mesure pour accélérer le processus de récupération de l’énergie électrique dans le pays.

Il semblerait que la stratégie de Guaidó est plus efficace à l’extérieur du pays qu’à l’intérieur. Désormais le fait qu’il compte avec la quasi-totalité du support de la population. À chaque rassemblement politique qu’il assiste, des centaines de milliers de personnes s’y rendent pour montrer leur support au président par intérim. Cela a été le cas le samedi dernier lors de sa tournée dans la région orientale du pays, l’une des zones les plus affectées par Los Apagones (coupures d’énergie électrique). L’avenue principale de Maracaibo (la deuxième ville la plus grande du Venezuela), était débordée de personnes et le président par intérim a affirmé que ««la lumière est venue pour ne plus jamais partir».

En février, Maduro et son régime ont qualifié l’aide humanitaire de «farce» et ont assuré que le Venezuela n’est pas un «pays de mendiants». Le peuple vénézuélien ne subit pas que la crise énergétique, mais une crise des services en général. Dans la capitale, les personnes font recours aux eaux des égouts pour combler leurs nécessités hydriques. C’est un fait qui ne peut pas être dissimulé. Le mercredi 10 avril, Maduro a annoncé un accord avec la Croix-Rouge pour affronter la crise humanitaire. Après 24 ans qu’un président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ne visitait pas le Venezuela, Peter Maurer s’est réuni avec Maduro ainsi qu’avec divers membres de son gouvernement, dont le ministre de la Santé Carlos Alvarado González et le ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza. 28 hôpitaux et 8 centres de santé recevront des produits et matériels médicaux et l’organisme a augmenté le budget d’activité au Venezuela de 8.9 à 24.4 millions de dollars. La première cargaison d’aide humanitaire est arrivée au pays le mardi 16 avril. Cette première phase de l’opération conclue entre l’organisme international et le gouvernement vénézuélien vise à aider 650 000 personnes. L’aide se compose d’une variété de produits, de médicaments à des générateurs électriques. D’après Francesco Rocca, l’opération ressemblera à celle qui est menée à l’heure actuelle en Syrie. Maduro comme Guaidó s’attribuent cette réussite, sauf que l’un d’entre eux,nie l’existence de la crise humanitaire et attribue la crise économique à des sanctions étrangères et à une «guerre économique». 

Dans ce qui concerne la sphère internationale, le cabinet de Juan Guaidó commence à s’imposer. En effet, le 9 avril, le gouvernement du président d’iintérim a désigné comme ambassadeur officiel aux États-Unis, Carlos Vecchio. Peu de temps après, le président américain Donald Trump a accrédité ce dernier. Le nouvel ambassadeur a exprimé dans une vidéo postée sur son compte twitter son remerciement auprès de Juan Guaidó, mais aussi de Donald Trump. Il a aussi partagé le document officiel de la Maison-Blanche sur lequel on peut lire que Trump a affirmé que «Vous (Vecchio) êtes le premier ambassadeur vénézuélien aux États-Unis depuis 8 ans et votre désignation a eu lieu un moment historique. Le président Juan Guaidó a commencé avec courage le processus pour restaurer la démocratie et la liberté pour les Vénézuéliens…» Pendant cette même semaine, les États-Unis ont aussi envoyé un message fort lors de la réunion du Conseil de Sécurité de l’ONU pendant les discussions sur la situation au Venezuela. Le Vice président américain Mike Pence a réclamé que Juan Guaidó soit reconnu comme le président légitime du Venezuela. De plus, il s’est adressé directement au représentant de Nicolás Maduro Moros, Samuel Moncada, qui était présent lors de la réunion du Conseil. «Avec tout le respect que je vous dois, vous ne devriez pas être ici. Vous devriez rentrer à Caracas et dire à Nicolás Maduro que son heure est comptée».

En outre, le général Hugo Carvajal, chargé du service de renseignements du gouvernement de Hugo Chavez et homme de confiance de ce dernier, a été arrêté en Espagne et sera extradé aux USA. D’après les USA, Carvajal a des liens étroits avecle Cartel De Los Soles et avec la guérilla colombienne (FARC) et pour cette raison il a été inclus dans la liste Clinton en 2008 (Specially Designated Narcotics Traffickers , SDNT, list). En 2014, il avait été arrêté dans l’île d’Aruba (Antilles hollandaises aux aux caraïbes) et d’où il allait être extradé aux USA. Il a finalement été libéré après une forte pression du gouvernement vénézuélien. Il a ensuite été reçu avec des honneurs par le président Maduro et Diosdado Cabello l’a qualifié de «patriote». Hugo Carvajal est député de l’Assemblée nationale depuis 2016, en février 2019, il a publié une vidéo dans laquelle il critiquait fortement le régime dictatorial de Maduro et reconnaissait la légitimité du Président Guaidó. Dans plusieurs répliques, il a affirmé qu’il possède beaucoup d’informations et documents concernant les dirigeants du PSUV et ses fortunes qui sont éparpillées dans tout le monde, celles de Maduro et Cabello incluses. Il existe une énorme incertitude par rapport à sa détention, mais il est certain qu’il collaborera avec le gouvernement de Donald Trump et il fournira des informations fiables par rapport à la corruption du régime chaviste. 

Lors de la réunion d’été du FMI tenue du 12 au 14 avril à Washington, Christine Lagarde a souligné qu’il n’y a pas eu de consensus pour reconnaître Guaidó et son nouveau gouvernement, car c’est à chaque État membre de le reconnaître diplomatiquement. En revanche, la situation économique du Venezuela a été au centre du débat et le FMI estime que le PIB vénézuélien se contractera de 25% et l’inflation atteindra un taux de 10 000 000% en 2019. Lagarde a déclaré que le Venezuela aura besoin «d’une aide grandiose» pour surmonter sa situation financière précaire. En revanche, Steve Mnuchin, secrétaire du trésor des États-Unis a impulsé la création d’un fonds de financement commercial qui s’élève à 10 milliards de dollars. Le fonds sera créé par divers pays latino-américains, européens et le gouvernement japonais.

Le gouvernement américain est l’un des gouvernements à mettre en place de solutions et d’actions tangibles par rapport à la situation au Venezuela. L’ONU et les institutions internationales démontrent au fils du temps, leur incapacité à résoudre la crise vénézuélienne. Le peuple urge à Guaidó et à son gouvernement ainsi qu’à la communauté internationale de trouver une solution rapide à la crise. Mais, il ne peut pas se précipiter, il doit calculer chaque mouvement puisqu’en contrepartie il y a Maduro, qui compte avec le conseil d’experts, notamment cubains, Russes et chinois, qui ont une vaste expérience sur ce type de situation. 

Guaidó, lors d’un cabillot ouvert, vendredi 19 avril à la place Simón Bolivar de Chacao à Caracas, a convoqué une « megamarcha »(une énorme manifestation) le prochain 1er mai, qui sera la plus grande jamais vue au Venezuela. La finalité de cette dernière serait de parvenir à la cessation définitive de l’usurpation du pouvoir. Elle s’inscrit dans l’Opération Libertad. Le président du parlement a affirmé que « notre pays est né lors d’un cabillot et dans un cabillot a commencé notre lutte pour instaurer à nouveau l’ordre démocratique au Venezuela, attaché toujours à notre constitution » Il a ajouté que lorsqu’on dit « Que vamos bien! » c’est parce qu’on y va tous ensemble et parce que le pays poursuit ses efforts.

Gilberto ANDRES OLIVARES

Au Venezuela, Juan Guaidó reste fermé aux tentatives de dialogues de Nicolás Maduro

Samedi dernier, les partisans de Maduro et ceux de Guaidó ont de nouveau manifesté par milliers dans les rues de Caracas et d’autres villes. Le journal Le Devoir de Québec met à la une du samedi 6 avril des informations sur les déclarations du chef de l’opposition vénézuélienne, Juan Guaidó. Celui-ci a déclaré avoir lancé la «phase définitive» de l’éviction du président Nicolás Maduro.

Photo : Carlos Garcia Rawlins

Juan Guaidó, président intérimaire reconnu par plus de cinquante pays, dont les États-Unis, était présent lors de la manifestation dans l’est de la capitale. Devant des milliers de partisans de la «liberté», il a déclaré : «On est là et on va y rester ! Tous dans la rue, pour la phase définitive qui mettra fin à l’usurpation !» L’un des manifestants, Marcel Rouaix, a déclaré à l’AFP : «On est en mode survie, c’est ce à quoi nous oblige cette dictature.»

Vendredi, Guaidó, président du Parlement, avait annoncé «la montée en pression la plus grande de l’histoire» à propos de ce contexte particulier. Pour faire évoluer l’avenir du Venezuela, Guaidó souhaite garder active cette vague de mobilisation. Il a donc appelé le peuple à de nouvelles manifestations mercredi prochain. De son côté, Maduro a posté cet appel sur Twitter : «Ensemble, toujours mobilisés, continuons à défendre la paix et l’indépendance nationale. Halte à l’ingérence !»

À Maracaibo, la deuxième ville du Venezuela, les forces de l’ordre ont dispersé une manifestation de manière violente. Deux députés de l’opposition, Renzo Prieto et Nora Bracho, ont alors été arrêtés puis détenus. Dans les autres villes du pays, les manifestations se sont déroulées dans le calme.

Ne voulant pas laisser la rue à l’opposition, le pouvoir chaviste a fait mobiliser des milliers de fidèles vêtus de rouge contre l’«impérialisme». Devant une foule de ses partisans, Maduro a appelé plusieurs pays de la région en soutien : «Le Venezuela demande un soutien et un accompagnement pour un grand dialogue de paix, d’entente.»

En janvier, le Mexique et l’Uruguay avaient proposé de faciliter un dialogue entre Maduro et Guaidó. Samedi, le président socialiste a sollicité la Bolivie et les pays des Caraïbes. «Avec l’accompagnement du Mexique, de la Bolivie, de l’Uruguay et de la Caraïbe, le Venezuela peut organiser au plus tôt une table de dialogue avec tous les secteurs», a déclaré Maduro. Or Guaidó rejette toute discussion avec celui-ci, car leur désaccord est profond. Maduro rend les sanctions américaines responsables des problèmes économiques du Venezuela,  tandis que Guaidó estime que la corruption du gouvernement est à blâmer.

Pour discuter de la crise humanitaire au Venezuela, le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir mercredi 10 avril en présence du vice-président américain Mike Pence.

Eulalie PERNELET
D’après Le Devoir

L’obscurité règne au Venezuela, grande inquiétude pour les habitants

Les pannes de courant semblent faire partie de la vie de tous les jours des Vénézuéliens. Les coupures ont commencé à s’accentuer depuis le 7 mars, jour où la panne de courant a été la plus longue de l’histoire du pays, soit cinq jours pour certaines régions. À la suite de cette coupure, le gouvernement a assuré que le problème avait été résolu. Mais, peu de temps après, des coupures cette fois-ci plus sporadiques ont eu lieu tout au long du mois de mars. Le gouvernement vénézuélien a décidé de prendre des mesures particulières.

Photo : Atilio A. Boron

Nicolás Maduro a annoncé dimanche 31 mars un plan de rationnement électrique de 30 jours pour faire face à cette véritable crise électrique. Le plan est accompagné par un approvisionnement en eau, puisqu’une grande majorité des Vénézuéliens n’ont pas encore d’eau dans leurs maisons. Cependant, l’Association vénézuélienne d’ingénierie électrique et mécanique (AVIEM) a souligné que, sans une profonde intervention dans les centrales électriques, le problème pourrait demeurer pendant des années. «Ce problème va continuer, la situation est gravissime, il y aura d’autres pannes de courant et du rationnement […]. Tout le système électrique produit à peine entre 5500 et 6000 mégawatts quand il devrait en produire 34000» a expliqué le président de l’AVIEM Winston Cabas.

Il ajoute que l’industrie électrique vénézuélienne manque de main-d’œuvre qualifiée puisque «plus de 25000 travailleurs qualifiés du secteur ont quitté le pays depuis 2015». Finalement, les explications crédibles des pannes électriques brillent par leur absence. Le ministre de la Communication Jorge Rodríguez et Nicolás Maduro accusent le président par intérim Juan Guaidó et les États-Unis d’avoir orchestré des «attaques électromagnétiques» contre les centrales électriques. Il y a même certaines figures du gouvernement qui essayent de proposer quelques explications fantaisistes. Une membre de l’Assemblée nationale constituante, María Alejandra Díaz, a expliqué que les États-Unis ont utilisé le même virus électrique que dans le film Die Hard IV de Bruce Willispour saboter les centrales électriques au Venezuela.

Guaidó radié

Le contrôleur général du Venezuela Elvis Amoroso a annoncé jeudi 28 mars que le président par intérim Juan Guaidó est désormais radié et ne peut exercer des fonctions publiques pendant quinze ans. D’après Amoroso, «on présume une falsification des documents de ses déclarations de patrimoine et d’avoir reçu de l’argent d’institutions internationales sans le notifier». Il ajoute que Guaidó «a réalisé 91 voyages à l’extérieur du pays sans autorisation de l’Assemblée nationale pour un montant de 310 millions de bolivars (83700 euros au taux de change officiel) qu’il ne peut pas justifier avec son salaire de fonctionnaire public». Quant à Guaidó, il qualifie cela de «farce» et «qu’il n’existe pas une telle interdiction».

Il est aussi pertinent de souligner que de nombreux fonctionnaires publics du gouvernement chaviste sont accusés, preuves à l’appui, de corruption. L’exemple le plus révélateur est celui de l’ancien trésorier de la nation (et garde du corps de l’ancien président Hugo Chávez) Alejandro Andrade. Il a été condamné en 2018 à 10 ans de prison après avoir avoué avoir reçu un milliard de dollars (890 millions d’euros) en pots-de-vin. Le Département du Trésor des États-Unis a procédé à la confiscation et à la vente de ses biens en territoire américain. Ils ont par exemple confié à la compagnie CWS Marketing de vendre les 14 chevaux qu’Andrade avait aux États-Unis ; on estime que la vente aux enchères a permis de recueillir 1,23 million de dollars (un million d’euros). Difficile de justifier ces sommes faramineuses avec son salaire de fonctionnaire public !

Bilan du rapport des Nations unies et de la réunion de l’OEA

Le rapport de la visite de Michelle Bachelet, la Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme de l’ONU, est sans doute la preuve irréfutable que le régime de Maduro ne respecte pas les droits de l’homme. Depuis le siège des Nations unies à Genève, Bachelet a expliqué que, dans le pays, il y a des tortures, des assassinats, mais aussi une violente crise humanitaire que le gouvernement nie catégoriquement. Elle a souligné à plusieurs reprises que la grande majorité de ces crimes étaient commis par les Forces d’actions spéciales (ou FAES) et par les «colectivos» (groupes paramilitaires armés).

Michelle Bachelet déclare alors que «les assassinats présentent un schéma similaire et ont lieu pendant des perquisitions illégales réalisées par la FAES, par la suite, les rapports officiels montrent qu’il y a eu un affrontement armé même si les témoins expliquent que les victimes ne portaient pas d’armes». Il faut souligner que, depuis janvier, la FAES a assassiné 37 personnes dans les zones les plus pauvres de Caracas

En 2018, on compte 205 assassinats également perpétrés par ces forces spéciales. En revanche, elle a aussi mis en évidence que la crise économique et sociale du Venezuela s’est accentuée davantage à la suite des sanctions américaines qui ont commencé en janvier. Du côté du régime de Nicolás Maduro, le vice-président du parti socialiste Diosdado Cabello a simplement déclaré que Bachelet a «envoyé une commission qui s’est contentée de lire ce que l’opposition lui a donné. Nous savions déjà que cette personne qui a gouverné pendant 8 ans sous la constitution du dictateur Pinochet allez faire cela». Le même jour, lors d’une réunion de l’OEA à Washington, le lieutenant vénézuélien Ronald Alirio Dugarte Silva a dévoilé une vidéo inédite des tortures qui ont lieu au siège de la Direction générale de contre-intelligence militaire (DGCIM). Vidéo où l’on peut aussi observer les conditions déplorables des prisonniers.

Les emprisonnements arbitraires au Venezuela s’accentuent

Le dernier emprisonnement a été celui de Roberto Marrero, chef de cabinet du président par intérim Juan Guaidó, par le Service d’Intelligence (Sebin), sous prétexte qu’il faisait partie d’un groupe terroriste. D’après le ministre de la Justice Néstor Reverol, Marrero était un des membres principaux d’un groupe terroriste qui visait à détruire des hôpitaux et des métros dans tout le pays. Le rapport officiel a montré que Marrero avait dans son appartement des fusils d’assauts et des grenades. Guaidó a déclaré que cette détention de Marrero montre à quel point le régime de Maduro est désespéré puisqu’ils ne peuvent pas l’incarcérer : «Comme ils ne peuvent pas incarcérer le président par intérim, ils prennent les membres les plus proches. Quoi qu’il arrive, on va rester ici.» Guaidó lui-même a également été victime d’une détention arbitraire le 13 janvier lorsque des membres du Sebin ont interpellé sa voiture ; il a été libéré peu de temps après.

Pendant cette même semaine, la juge María Lourdes Afiuni a été finalement condamnée à 5 ans de prison pour «corruption spirituelle». Ce terme qui peut paraître fictif désigne le «crime» dont cette juge a été accusée en 2009 lorsque l’ex-président du Venezuela Hugo Chávez l’a déclaré coupable pendant une émission télévisée pour avoir supposément aidé l’homme d’affaires Eligio Cedeño à fuir le pays. Chávez avait exigé 30 ans de prison, mais finalement elle a été condamnée à 5 ans dix ans après.

Ce qui rend ce verdict incroyable c’est qu’ils n’ont pas trouvé de preuves qui mettent en relation la juge et l’homme d’affaires, mais les juges l’ont accusé quand même de «corruption spirituelle» et pour sentir du «plaisir» lorsqu’elle a reçu des pots-de-vin, dont les preuves n’ont pas été présentées. «La justice criminelle au Venezuela vient d’entrer dans l’histoire. Elle a condamné la juge Afiuni de corruption spirituelle. C’est comme accuser quelqu’un de meurtre sans l’existence du mort» a déclaré l’avocat d’Afiuni, José Amalio Graterol, peu de temps après sur son compte Twitter.

Nicolás OLIVARES PEREDA

«Apagón» historique au Venezuela durant plusieurs jours : Maduro et Guaidó s’accusent mutuellement

Le jeudi 7 mars dernier, une panne énergétique nationale a secoué le Venezuela. L’incident est survenu vers 17 heures et a affecté 18 des 24 États vénézuéliens, dont Caracas, la capitale. Pendant plus de 50 heures, la majorité des villes n’avait pas d’énergie. Le Venezuela s’est trouvé dans la pénombre totale ces derniers jours. Nicolás Maduro et Juan Guaidó s’accusent mutuellement.

Photo : Cronio

Maduro n’a pas hésité à qualifier cet incident de «sabotage» et à culpabiliser Juan Guaidó ainsi que les États-Unis, parlant de cet acte comme de «terrorisme». Au Venezuela, les coupures électriques sont fréquentes, mais généralement ne durent que quelques heures et ne sont pas à cette échelle. Le ministre de l’Énergie électrique depuis 2015, Luis Motta Domínguez (ancien général de l’armée) et président de la corporation électrique nationale (CORPOELEC, 2007) a parlé cette fois-ci de «guerre électrique». Mais à dire vrai, le manque de maintenance des équipements de production ainsi que de distribution est à l’origine du problème. D’après Aixa López, représentante du comité des affectés par les coupures électriques, entre janvier et décembre 2018, plus de 30 000 failles sont survenues dans le pays.

En effet, le Venezuela dépend à 70% d’un seul barrage hydraulique situé dans l’État Bolivar, nommé le barrage Guri-Simon Bolivar. Il s’agit du quatrième barrage le plus puissant au monde avec 10 200 MW.  Il est difficile à l’heure actuelle d’obtenir des données (fiables) concernant la production d’énergie électrique de ce barrage, mais selon Leonardo Vera, professeur de l’université centrale du Venezuela (UCV), seulement onze des vingt turbines installées sont aujourd’hui en fonctionnement.  

En 2009, l’ex-président Hugo Chávez avait promis que pour l’année 2011, le Venezuela aurait le système électrique le plus performant du continent. Pourtant, en 2018, la député Nora Bracho, membre de la commission de gestion et des services de l’assemblée nationale, a expliqué que les fonds d’investissement nécessaires au développement et à la modernisation du système électrique du pays s’élevaient à 40 milliards de dollars. Pourtant, les gouvernements de Chávez puis de Maduro ont investi plus de 100 milliards de dollars dans le projet.

Pendant plus de 50 heures, la majorité des villes n’avait pas d’énergie. Le Venezuela s’est trouvé dans la pénombre totale ces derniers jours. À cette heure, plusieurs villes n’ont pas encore d’énergie électrique (comme dans l’État Zulia ou Amazonas), ou ne bénéficient que d’un service partiel (notamment à Caracas). 

Des manifestations ont eu lieu le samedi 9 mars, ainsi que le mardi 12 mars 2019. Le but était de réclamer au gouvernement Maduro de pallier la crise énergétique. Plusieurs faits irréguliers se sont reportés dans les villes vénézuéliennes, dont des pillages de commerces (Zulia et district capital), et certains marchés facturaient leurs marchandises en dollars (acte illégal). Les services de base (eau et gaz) ainsi que le service de téléphonie et internet ont été impactés de ce fait. Les habitants les plus démunis de Caracas ont dû prélever de l’eau dans la rivière contaminée qui traverse la capitale (Guaire) pour satisfaire leurs besoins.       

Le dimanche soir, le député de l’Assemblée nationale, Juan Manuel Olivares (Primero Justicia) a établi un bilan de 21 personnes mortes à cause de la panne nationale du service électrique, notamment des personnes qui étaient hospitalisées (dont 6 nouveau-nés). 

En raison de ces faits, le président Maduro a déclaré jours de non-travail du vendredi 8 mars au mercredi 13 mars 2019. Quant à Guaidó et au parlement, ils ont décrété un état d’alerte nationale. D’après le président par intérim, le dernier weekend a entraîné des dégâts qui s’élèvent à 400 millions de dollars (endommagement des plans énergétiques, magasins pillés). Il a soumis un décret qui a été approuvé par l’Assemblée nationale, qui consiste à : mobiliser les forces de l’ordre pour protéger les installations de CORPOELEC, solliciter de l’aide à des experts internationaux, ordonner au personnel public de coopérer avec le secteur privé, proposer des plans d’économie de combustible et l’arrêt immédiat de l’approvisionnement de pétrole et de ses dérivés à Cuba. Le décret durera 30 jours et pourra être prolongé de 30 jours.

Entre temps, une équipe de cinq personnes (dont on ne connaît pas les noms) envoyée par la Haute Commissionnée des droits de l’homme, Michelle Bachelet, est arrivée ce week-end à Caracas. L’équipe échangera avec des membres du gouvernement Maduro, de Guaidó, des organisations de la société civile ainsi qu’avec des victimes de violation de leurs droits fondamentaux. L’objectif majeur de cette visite est d’évaluer la situation sociale mais aussi de planifier une éventuelle visite (accès sans entrave) de Mme Bachelet au Venezuela.

Gilberto Andrés OLIVARES

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