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Venezuela

Une semaine décisive pour l’avenir du Venezuela et l’aide humanitaire

La stratégie de Juan Guaidó et de l’opposition pour faire entrer l’aide humanitaire au Venezuela se dessine au fur et à mesure : les trois points stratégiques où arriveront les cargaisons (Cúcuta en Colombie, Roraima au Brésil et Curaçao, île des Antilles néerlandaises), recrutements de volontaires (dont médecins et étudiants en médecine), les syndicats (transporteurs et infirmières) et l’appel aux militaires de laisser entrer les cargaisons au pays. Cette semaine semble être décisive pour l’avenir du Venezuela.

Photo : El Heraldo

Le président par intérim Juan Guaidó a annoncé la semaine dernière que l’aide humanitaire rentrera «sí o sí» au pays. Pour garantir cela, l’organisation de volontaires Voluntarios x Venezuela a été mise en place. Samedi dernier, les chiffres s’élevaient à 545 014 citoyens inscrits au portail. Lors d’un événement réalisé au sein des installations du journal El Nacional, Guaidó a assermenté plus de 3 000 volontaires qui seront en charge de distribuer l’aide humanitaire aux populations les plus démunies.

En outre, plusieurs syndicats et associations ont rejoint le mouvement soutenu par le Parlement, comme les syndicats des transporteurs et des infirmières. Il est évident que tous les citoyens sont indispensables pour la reconstruction du pays sur le long terme mais surtout sur le court terme pour pallier la crise humanitaire et sociale qui secoue le pays depuis des années et qui a mis plus de 250 000 personnes en risque de mortalité due au manque d’aliments et de médicaments.

Jeudi dernier, lors de la première conférence internationale sur l’aide humanitaire au Venezuela, l’ambassadeur aux États-Unis Carlos Vecchio, désigné par Guaidó, et le coordinateur du groupe de travail des migrants de l’Organisation des États américains (OEA) David Smolansky, ont déclaré que plus de 100 millions de dollars ont été collectés. Les pays qui ont donné des fonds sont le Canada (53 millions de dollars canadiens), les États-Unis (20 millions de dollars), le Royaume-Uni (6,5 millions de livres sterlings), les Pays-Bas (1 million d’euros), l’Allemagne (20 millions d’euros), l’Espagne (3 millions d’euros), l’Union européenne (30 millions d’euros), Taïwan (500 mil dollars), la Nouvelle-Zélande (140 000 dollars) et des acteurs multilatéraux (plus de 30 millions de dollars).

Lors de cette conférence, le député et médecin Juan Manuel Olivares (Primero Justicia) a déclaré que plus de 40 000 patients atteints du cancer ne reçoivent pas de chimiothérapie, 70 000 patients atteints par le VIH ne reçoivent pas de traitement antirétroviral, qu’il existe une pénurie de traitement d’anti hypertension de 70%, 82% de pénuries d’antibiotiques et 98% de pénuries de médicaments pour des maladies neurologiques. En 2018, 68% des blocs opératoires du pays étaient hors-service et seuls 200 enfants sur 2500 ont été opérés de pathologies cardiologiques. Le système sanitaire vénézuélien est en crise et personne ne peut l’occulter. Des personnes meurent au Venezuela puisqu’elles ne peuvent pas avoir accès à des médicaments ou tout simplement à une bonne alimentation. Pour cette raison, le Parlement et son président demandent l’arrivée au pays de l’aide humanitaire.

En revanche, le gouvernement dénonce un coup d’État orchestré par les États-Unis et l’Union européenne, et qualifie l’aide humanitaire de «show», une excuse pour intervenir militairement dans le pays. La vice-présidente du pays, Delcy Rodríguez, a qualifié les médicaments et les aliments provenant des États-Unis d’«armes biologiques», contaminés et pouvant entraîner le cancer. Dans plusieurs répliques, des membres du gouvernement de Nicolás Maduro ont affirmé qu’il n’existe pas de crise humanitaire dans le pays. C’est le cas du ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza lors d’une session le 12 février dernier au siège de l’ONU à New York : «il n’y a pas de crise humanitaire mais une économie bloquée et assiégée».

Pourtant, le gouvernement a importé 933 tonnes de produits médicaux provenant de Cuba, de la Chine et de la Russie. Les conteneurs sont arrivés le 15 février dernier au port de La Guaira. Le régime dénonce un «boycott» international, nie une crise humanitaire existante et tente d’établir un dialogue avec l’opposition. Cependant, il bloque la frontière avec la Colombie (pont Tienditas, Cúcuta), il menace de mettre en prison Juan Guaidó, de dissoudre le Parlement (majorité opposition) et il évite l’entrée au pays d’une commission du parlement européen (dirigée par Esteban González Pons, premier vice-président du Parti populaire européen) qui allait se réunir avec le président par intérim Juan Guaidó.

Pour ces raisons, le Pape Francisco n’a pas accepté de jouer le rôle de médiateur dans une nouvelle tentative de dialogue entre le régime dictatorial de Nicolás Maduro et l’opposition. Dans la lettre, le Pape Francisco s’adresse à «monsieur» Maduro et regrette que «malheureusement, elles [les réunions] se sont toutes interrompues parce que ce qui était décidé dans les réunions n’était pas suivi de gestes concrets pour réaliser les accords» en se référant au dialogue d’octobre 2016. Le dialogue est qualifié comme impossible par l’opposition, qui est soutenue par les démocraties occidentales.

Samedi dernier, trois avions cargo militaire C-17 de l’armée de l’air des États-Unis sont arrivés à la ville de Cúcuta en Colombie à la frontière avec le Venezuela. Les avions étaient chargés de 250 tonnes d’aliments, de médicaments et d’articles d’hygiène. Mais ce ne sera pas le seul chargement qui arrivera en Colombie de la Usaid, l’ambassade américaine en Colombie a affirmé que des packs de soins d’urgence arriveront cette semaine et que plus d’approvisionnements sont en train d’être préparés dans des entrepôts à Miami et à Houston pour être distribués dans la région. De plus, le sénateur républicain Marco Rubio est arrivé dimanche dernier à Cúcuta afin de suivre l’avancement de l’opération. Il est impératif de rappeler que ce sénateur est l’une des figures majeures dans la transition au Venezuela, ainsi que John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, et Elliott Abrams, conseillé pour les affaires étrangères).

Le régime de Maduro est de plus en plus isolé et a peu de marge de manœuvre. La banque russe Gazprombank a gelé les comptes de PDVSA (entreprise pétrolière vénézuélienne) dimanche dernier d’après Reuters Latam, mais l’institution bancaire ainsi que PDVSA ont nié les faits. Ce fait est sûrement dû aux sanctions économiques que les États-Unis vont annoncer contre les institutions qui faisaient des échanges commerciaux avec PDVSA.

Le samedi 22 février, un concert de bienfaisance aura lieu dans la ville de Cúcuta avec l’objectif de collecter des fonds pour contribuer à l’aide humanitaire au Venezuela. Le concert est organisé par le multimillionnaire britannique Richard Branson et comptera avec plusieurs artistes nationaux comme internationaux : Carlos Vives, Fonseca, Juanes, Nacho, Alesso (Dj), Rudy Mancuso, Ricardo Montaner, Mau y Ricky, Camilo, Danny Ocean, Alejandro Sanz, Anitta, Luis Fonsi, Miguel Bosé, Chyno Miranda, Peter Gabriel, Diego Torres, Maluma, Mana et Carlos Baute. Le concert sera diffusé en direct sur internet afin d’attirer l’attention internationale. Il se déroulera de 10h à 16h30, heure locale. De plus, la plateforme VenezuelaAidLive est lancée afin de collecter 100 millions de dollars en 60 jours : https://venezuelaaidlive.com/

Gilberto Andrés OLIVARES

Juan Guaidó défend l’arrivée de l’aide humanitaire au Venezuela pour le 23 février

L’armée nationale vénézuélienne a bloqué le pont de Tienditas de Cúcuta, située à la frontière entre le Venezuela et la Colombie. Cúcuta est un des trois points stratégiques désignés par le président Juan Guaidó pour recevoir l’aide humanitaire, cependant bloqué depuis le 6 février par des conteneurs et une barricade improvisée.

Photo : Juan Guaidó/Twitter

L’explication avancée par l’armée nationale ? Empêcher une invasion étrangère. Difficile de croire que trois containers vont empêcher une supposée invasion étrangère, mais la question n’est pas là. Nicolás Maduro qualifie cette aide humanitaire de «show» orchestré par les États-Unis et l’Union européenne, qui viendrait humilier le peuple vénézuélien. Mais la réalité est bien différente.

Il y a entre 250 000 et 300 000 Vénézuéliens en danger de mort à cause de la malnutrition, et l’aide humanitaire serait en l’occurrence la seule solution pour sauver la vie de ces Vénézuéliens. Néanmoins, l’aide commence à arriver. Le 12 février, Juan Guaidó a annoncé depuis son compte Twitter que la première cargaison d’aide humanitaire venait d’arriver : plus de 85 000 suppléments alimentaires pour enfants et 45 000 pour des femmes enceintes. Ces suppléments ont été donnés à l’AVESSOC, une association qui gérant les centres de santé, qui prendra en charge la distribution.

Le premier pas, qui est souvent le plus difficile, a déjà été franchi. Tout semble indiquer que l’aide humanitaire va continuer son long chemin jusqu’aux maisons des Vénézuéliens les plus démunis. Guaidó a annoncé le 11 février que le deuxième point stratégique pour distribuer l’aide sera Roraima, une région à la frontière avec le sud-est du Venezuela, et que le troisième point serait une île dans les Caraïbes dont le nom n’a pas encore été annoncé.

Ce qui change complètement la situation, ce sont les déclarations du président par intérim lors des manifestations du 12 février, jour de la jeunesse au Venezuela. Juan Guidó a fixé une date pour l’arrivée du reste de l’aide humanitaire : le 23 février. Il a expliqué que c’est à cette date que l’aide humanitaire continuera de rentrer sur le territoire. Il a fait aussi appel aux bénévoles qui souhaitent aider à distribuer cette aide. Il compte jusqu’à présent avec plus de 250 000 inscrits et espère dépasser le million de bénévoles avant la date indiquée.

À la suite de cette annonce, il souligne que l’organisation sera clé pour distribuer correctement l’aide humanitaire et c’est pour cela qu’il y aura entre samedi et dimanche de cette semaine la mise en place de campements humanitaires pour expliquer aux bénévoles comment va se dérouler la journée du 23 février. Finalement, Guaidó a annoncé que l’armée nationale avait jusqu’au 23 février pour aller du côté du peuple vénézuélien et ainsi aider à la mobilisation de l’aide humanitaire. Il a également envoyé un message direct à Nicolás Maduro, lui sommant de quitter le pays, et lui affirmant qu’il ne pourra plus entraver la transition puisqu’il est désormais impossible de l’arrêter.

Le régime de Maduro continue de vouloir empêcher l’entrée de l’aide humanitaire en renforçant la présence de l’armée à la frontière avec la Colombie ; plus de 700 agents de la FAES (forces spéciales) ont été mobilisés cette semaine à Tienditas. Cette utilisation de l’armée vénézuélienne pour intimider le peuple est un grand classique du régime, mais cette fois-ci Maduro compte renforcer davantage son pouvoir en annonçant qu’il allait acheter plus d’armes et réaliser plus d’exercices militaires. Diosdado Cabello, le président de l’Assemblé nationale constituante, a exprimé à plusieurs reprises le fait que l’armée soit prête à s’engager dans un affrontement avec les militaires étrangers s’ils essayaient de rentrer dans le pays pour distribuer l’aide humanitaire.

Il faut aussi souligner que le régime fait appel aux Colectivos (mercenaires) pour intimider le peuple. Ils sont par exemple allés le lundi 11 février à l’ambassade des États-Unis à Caracas pour essayer d’intimider les quelques membres du corps diplomatique qui sont encore au Venezuela. Le régime essaye donc par tous les moyens de propager la terreur. En revanche, de nombreux militaires ont déclaré publiquement qu’ils étaient contre le régime de Maduro. Parmi les derniers, le colonel Rubén Alberto Paz Jiménez explique que «plus de 90% des forces armées sont en désaccord avec la situation, et qu’elles sont utilisées pour maintenir Maduro et son régime au pouvoir». Même si les déclarations des militaires contre Maduro sont sporadiques, cela montre encore une fois que le régime est de plus en plus seul.

En ce qui concerne la scène internationale, ce sont les États-Unis et les membres du gouvernement de Donald Trump qui ont témoigné le plus de soutien sur les réseaux sociaux et par le biais de nombreuses sanctions économiques aux membres du régime de Maduro afin d’exercer ainsi une pression de plus en plus importante. Marco Rubio, sénateur de la Floride, expliquait lundi que le futur de la démocratie du Venezuela dépendrait des actions de six militaires de plus haut rang : le général Vladimir Padrino López, l’amiral Remigio Ceballos, le major Jesús Rafael Suárez Chourio, l’amiral Giuseppe Alessandrello Cimadevilla, le major Edgar Valentín Cruz Arteaga et le major Antonio Benavides Torrez. Il a ajouté que la meilleure option pour Maduro était de quitter le Venezuela et ainsi partir dans un de ses pays alliés, à savoir Cuba, la Russie, la Turquie, l’Iran ou même le Mexique.

En revanche, la situation de Diosdado Cabello est très différente à cause des nombreuses preuves qui le relient au trafic de drogues depuis 2015 au moins, d’après le Wall Street Journal et l’ABC d’Espagne. Pour Rubio, son avenir est clair : la prison. Mais tout n’est pas perdu pour les militaires puisque l’Assemblée nationale a introduit la loi d’amnistie le 16 février. Cette loi figure dans les articles 333 et 350 de la Carta Magna du Venezuela et offre un pardon aux forces armées qui souhaitent aider le gouvernement du président par intérim Juan Guaidó à faciliter la mobilisation de l’aide humanitaire. Il faut souligner que cette loi d’amnistie ne s’applique pas à ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité.

Venezuela, vamos bien.

Nicolás ANDRÉS OLIVARES

Tous les ingrédients sont réunis pour une transition démocratique au Venezuela

Le caractère démocratique de l’opposition vénézuélienne est visible à travers les consignes du président de l’Assemblée nationale et président par intérim Juan Guaidó : «cessation de l’usurpation du pouvoir, gouvernement de transition et élections démocratiques et libres». La majorité de la population désire un processus électoral libre et démocratique pour changer l’avenir du pays et résoudre enfin la crise cataclysmique qui secoue le Venezuela depuis des années (le salaire minimum en 2018 ne permettait d’acheter que 600 calories, contre 60000 en 2012 d’après l’ENCOVI).

Photo : Rayner Peña R./El Pitazo

Toutes les actions de l’opposition vénézuélienne ont un caractère démocratique et respectent la Constitution de 1999. Les Vénézuéliens désirent un changement politique radical dans le pays afin de récupérer les institutions. Pour toutes ces raisons, le peuple du pays sud-américain a décidé en 2019 de manifester et de rejeter le pouvoir illégal que détiennent Nicolás Maduro et le Parti socialiste (PSUV).

Les manifestations grandioses du 23 janvier 2019 dans tout le pays, orchestrées par l’opposition, avaient pour objectif de soutenir Juan Guaidó qui prit ainsi, de manière transitoire, le pouvoir exécutif national par le biais des articles 233, 333 et 350 de la Constitution vénézuélienne. Mercredi dernier, les principales rues et avenues du pays étaient remplies de personnes de tous âges et strates sociales qui souhaitaient une seule chose : des élections libres.

Le samedi 2 février, l’opposition a montré de manière très évidente que la majorité de la population désirait un changement et soutenait vivement le président par intérim Juan Guidó. D’après Torino Capital, environ 800 000 personnes étaient présentes sur l’avenue principale de Las Mercedes à Caracas (ville qui possède environ 2 millions d’habitants) pour écouter les discours de plusieurs représentants des communautés européennes au Venezuela, dont l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne et les Pays-Bas, ainsi que quelques mots prononcés par Juan Guaidó.

Le choix d’organiser cet événement à cette date vient du fait que, le jeudi 31 janvier, le Parlement européen a reconnu Guaidó président légitime à la suite d’une élection qui a eu pour résultat 439 votes pour, 104 contre et 88 abstentions. En ce qui concerne l’Union européenne, Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a affirmé que ce n’est pas une affaire communautaire de reconnaître ou pas Guaidó mais à chaque pays de l’Union de le faire indépendamment.

En revanche, un groupement de pays européens comme latino-américains a été désigné pour accompagner le Venezuela à travers un processus pacifique et démocratique afin de dépasser la crise. Ce groupe est composé par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, l’Italie et la Suède pour les pays européens, et par l’Équateur, le Costa Rica, l’Uruguay et la Bolivie en ce qui concerne l’Amérique latine. D’autres pays pourront éventuellement le rejoindre par la suite. Le groupe a 90 jours pour atteindre les objectifs fixés, sinon le projet sera clos. L’objectif majeur est de permettre aux Vénézuéliens de voter et de choisir un nouveau président de manière constitutionnelle et libre.

De plus, pour permettre à la population la plus démunie d’accéder à des biens de première nécessité et à des soins médicaux, Juan Guaidó et le parlement vénézuélien ont approuvé l’entrée au pays de l’aide humanitaire en provenance majoritairement des États-Unis (20 millions de dollars) et de l’Union européenne (35 millions d’euros). Lors de la manifestation, Guaidó a affirmé que les points stratégiques où arrivera l’aide humanitaire sont des villes frontalières en Colombie, au Brésil et sur une île des Caraïbes, mais il n’a pas osé en dire plus. L’arrivée de cette aide est prévue dans les prochains jours, comme le suggèrent les mouvements militaires américains à la frontière colombienne. La crise humanitaire est un des problèmes à résoudre d’urgence. D’après l’Office for the Coordination of Humanitarian Affairs de l’ONU (OCHA), en 2017, 6 Vénézuéliens sur 10 ont perdu 11 kg en une année à cause d’un manque d’aliments et 1,3 million de personnes souffriraient de malnutrition dans le pays.

Jeudi dernier, lorsque les parlementaires exposaient le «plan pays» à l’Université centrale de Caracas (UCV), des membres de l’unité de police spéciale FAES (Fuerzas Especiales de la Policía Nacional Bolivariana) sont rentrés de manière arbitraire et sans ordonnance judiciaire dans la maison de la mère de Fabiana Rosales, épouse de Juan Guaidó, où se trouvait leur fille de 20 mois. Guaidó a dénoncé les faits et a immédiatement dit qu’il accusait le FAES de toute atteinte contre la vie de sa petite fille. Il a quitté les lieux quelques instants après pour se rendre chez sa belle-mère et retrouver sa fille. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement essaie de porter atteinte au président par intérim. Le 29 janvier, le Tribunal suprême de justice (TSJ) a prononcé une mesure provisoire à son encontre : il ne peut désormais plus sortir du pays sans autorisation, ses comptes bancaires ont été bloqués sur le territoire national et ses biens ne peuvent être aliénés ni hypothéqués. Le tribunal a seulement affirmé que cette mesure était due aux «actes terroristes» commis lors du 23 janvier 2019, mais aucun détail ni information sur les faits n’ont été donnés. Sans tarder, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, s’est prononcé : «Ceux qui tentent de saboter la démocratie et de s’en prendre à Guaidó en subiront les conséquences

Le régime de Nicolás Maduro tente de s’accrocher au pouvoir, mais cela lui est de plus en plus difficile. Le 25 janvier, le parlement a voté la loi d’amnistie et de garanties constitutionnelles pour les militaires et civils qui aident à la restitution de l’ordre constitutionnel. C’est-à-dire une loi qui pardonne tous les militaires et civils qui soutenaient illégalement le gouvernement mais qui décident de ne plus le faire, afin de rétablir la démocratie et la séparation des pouvoirs, à l’exception de ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité. C’est une loi assez dangereuse pour le régime de Maduro puisqu’elle peut conduire les militaires à ne plus le soutenir, même si cette loi s’adresse surtout aux militaires de bas et moyen rang. Peu à peu, quelques militaires se sont déjà prononcés et soutiennent le nouveau chef du gouvernement. C’est le cas du général d’aviation militaire Francisco Esteban Yánez Rodríguez ou de l’attaché militaire à l’ambassade de Washington, le colonel José Luis Silva Silva. La réponse de Maduro a été de réaliser des événements militaires dans diverses bases du pays, afin de parler directement aux soldats et demander leur soutien. En revanche, au fur et à mesure, les forces de l’ordre n’obéissent plus aux ordres de Maduro, comme cela a été le cas lors des manifestations du 2 février dans la ville de Barquisimeto dans l’État de Lara, où des membres de la police (PNB) ont décidé de ne pas réprimer les manifestants.

Pourtant, en quelques mois de manifestations «pacifiques», 35 personnes ont été tuées d’après une ONG vénézuélienne (OVCS) et plusieurs centaines sont en prison. Parmi ces dernières, 77 sont des mineurs qui ont entre 12 et 16 ans d’après l’ONG Foro Penal. En outre, plusieurs journalistes étrangers ont également été emprisonnés illégalement ces derniers jours : deux journalistes français de l’émission Quotidien de TMC, Pierre Caillé et Baptiste des Monstiers, ou les reporter et cameraman chiliens Rodrigo Pérez et Gonzalo Barahona.

La réponse de Maduro pour rester au pouvoir et dépasser la crise serait d’avancer les élections parlementaires prévues pour 2020 afin d’élire de nouveaux députés à l’Assemblée nationale, seule institution qui ait été élue légitimement par le peuple en décembre 2015.

On ne peut pas connaître l’avenir du Venezuela et de son peuple, et pourtant on peut dire qu’en ce moment, tous les éléments pour une transition démocratique et pacifique y sont présents : soutien de la majorité de la population, pression de la part de la communauté internationale, mécontentement général des forces de l’ordre et un projet clair pour la reconstruction du pays. L’arrivée au pays de l’aide humanitaire dans les jours qui suivent sera peut-être l’élément déclencheur du changement. Les jours à venir seront décisifs pour la liberté, la paix et la démocratie au Venezuela. ¡Viva Venezuela libre!

Gilberto ANDRÉS OLIVARES

Nicolás Maduro prêt à des législatives anticipées mais pas à remettre son mandat en jeu

Nous avons retardé nos parutions dans l’attente d’un article d’un de nos correspondants à Caracas. Nous avons décidé de garder ses impressions pour la prochaine newsletter et nous transcrivons ici une synthèse des dernières déclarations sur la crise institutionnelle vénézuélienne au cœur de l’actualité internationale de ces derniers jours.

Photo : El Popular

Dans une dépêche de ce mercredi, Euronews signale qu’il ne se passe plus un jour sans que la télévision d’État ne diffuse des images du président vénézuélien aux côtés des militaires. Le message est clair : le soutien de l’armée est sans faille. Nicolás Maduro continue aussi d’accuser les États-Unis. Donald Trump aurait donné l’ordre au «gouvernement colombien et aux mafias colombiennes» de le «faire tuer». «C’est la première fois dans l’histoire que ça arrive, a martelé Nicolás Maduro dans une interview. C’est dire le niveau de désespoir à la Maison blanche, parce qu’ils n’y arrivent pas avec le Venezuela. C’est très délicat. Qu’est-ce que je fais, moi ? J’exerce mon leadership, en tant que commandant en chef, constitutionnellement reconnu.»

L’homme fort du Venezuela se dit prêt à négocier avec l’opposition et à convoquer des législatives anticipées mais il exclut de remettre son mandat en jeu, se targuant d’avoir des soutiens de poids. «Nous avons le soutien de la Russie, à tous les niveaux, assure-t-il. Et nous le recevons avec beaucoup de satisfaction et de gratitude. Ce que j’ai demandé au président Poutine, c’est que l’on maintienne un contact permanent.» L’opposant Juan Guaidó compte, lui, sur le soutien des États-Unis et d’une bonne partie des pays occidentaux mais il joue gros. La Cour suprême lui a interdit de quitter le pays et a gelé ses comptes bancaires.

Pour sa part, le journal économique Les Échos se demande pourquoi la crise au Venezuela ne fait pas flamber les cours du pétrole. La crise au Venezuela n’affole apparemment pas les marchés pétroliers. Le prix du baril de WTI comme celui du brent étaient en hausse mercredi en fin d’après-midi. Mais en dépit de l’annonce d’un embargo américain sur les exportations de brut vénézuélien, les cours de l’or noir n’ont presque pas bougé depuis que l’opposant au régime chaviste a défié le chef de l’État.

Cette stabilité a de quoi surprendre. Le Venezuela dispose des plus importantes réserves de pétrole du monde et exporte un demi-million de barils par jour vers les États-Unis, son premier client, malgré la chute spectaculaire de la production ces dernières années provoquée par la déliquescence de ses infrastructures pétrolières.

Radio Canada revient quant à elle sur les partisans du président autoproclamé du Venezuela qui ont défilé mercredi à Caracas et dans de nombreuses autres villes sous forme de rassemblements entre midi et 14 h pour répondre à l’appel de Juan Guaidó et convaincre l’armée d’abandonner Maduro, avec des slogans comme «Forces armées, retrouvez votre dignité», «Guaidó président» ou «Maduro usurpateur» ; l’institution militaire constituant le pilier du pouvoir de Nicolás Maduro depuis 2013.

Les prochaines semaines seront décisives pour l’avenir du Venezuela qui se joue désormais sur la scène internationale. Où mèneront les pourparlers acceptés avec l’opposition et dans quelle mesure les médiateurs internationaux participeront ? Car si Nicolás Maduro se dit prêt à considérer des élections législatives anticipées, il ne faudrait pas oublier qu’il a réitéré son refus qu’une élection présidentielle ait lieu avant 2025. À suivre…

M. L.
D’après la presse

Une manifestation nationale contre l’usurpation de pouvoir de Maduro prévue le 23 janvier

Le 10 janvier, Nicolás Maduro a été réinvesti président de la République bolivarienne du Venezuela pour un second mandat 2019-2025. La cérémonie a eu lieu au Tribunal suprême de justice (TSJ) et le serment a été présidé par Maikel Moreno. Seuls cinq présidents ont assisté à la prise de pouvoir de Maduro : Miguel Díaz-Canel de Cuba, Evo Morales de Bolivie, Daniel Ortega du Nicaragua, Salvador Sánchez du Salvador ainsi que Anatoly Bibilov d’Ossétie du Sud.

Photo : Prensa Presidencial/Miraflores

Parmi les invités à l’investiture étaient présents Mohammed Sanussi Barkindo, secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), Han Changfu, ministre de l’Agriculture de la Chine, Amir Hatami, ministre de la Défense de l’Iran, entre autres figures politiques. Mais les États-Unis, les membres du Groupe de Lima ainsi que l’Union européenne ne reconnaissent pas Nicolás Maduro comme président légitime du Venezuela et déclarent urgent que le parlement convoque de nouvelles élections libres et démocratiques dans le pays.

À la suite de la prise de pouvoir de Maduro, l’Assemblée nationale, composée principalement de députés de l’opposition (112 sur 167 sièges), a déclaré illégitime son nouveau mandat. Le nouveau président du parlement, Juan Guaidó, a convoqué une manifestation nationale le 23 janvier prochain pour dénoncer la fraude électorale et l’illégitimité de Maduro. Le 23 janvier est une date historique pour la démocratie vénézuélienne : c’est le jour où le dictateur Marcos Pérez Jiménez a été renversé lors d’un mouvement civico-militaire en 1958 et que la démocratie a pu s’installer dans le pays.

Depuis quelques années, la démocratie périclite au Vénézuela. La séparation des pouvoirs est de plus en plus contestée, comme l’utilisation du Tribunal suprême de justice pour persécuter les opposants au régime, notamment lors du procès contre Leopoldo López en juillet 2014. De plus, cette institution s’attribue les fonctions de l’Assemblée nationale, jugée outrageuse depuis 2016 après l’incorporation de quatre députés d’Amazonas qui avaient prétendument acheté des votes. Le pouvoir législatif au Venezuela passe désormais par le TSJ, présidé par Maikel Moreno, magistrat lourdement sanctionné financièrement et diplomatiquement par la communauté internationale. Le pouvoir détenu par l’Assemblée nationale est de plus en plus limité de ce fait et perd progressivement le soutien du peuple. D’où la nécessité de l’opposition de se refonder et de mettre en avant de jeunes figures qui puissent remonter le moral de la société vénézuélienne face à l’intense crise que subit le pays.

Juan Guaidó est un ingénieur industriel et homme politique de 35 ans, député de la région de Vargas pour le partiVoluntad Popular, le même parti que celui de Leopoldo López. Le 5 janvier dernier, il a été élu président de l’Assemblée nationale pour la période 2019-2020. Il fait partie de la génération des jeunes étudiants qui a été lourdement réprimée lors des manifestations de 2007 contre le référendum constitutionnel proposé par Hugo Chávez. Juan Guaidó compte avec le soutien de la communauté internationale ; Luis Almagro, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) lui a fait ses compliments lors de son investiture le 5 janvier dernier.

Dimanche dernier, il a été détenu pendant quelques heures par les services de renseignements du gouvernement (SEBIN). Il a été libéré peu de temps après et a affirmé qu’il n’avait pas peur, lors d’un rassemblement politique dans le quartier de Caraballeda situé dans la région de Vargas à 40 km de la capitale.

Le 23 janvier est une date symbolique pour le Venezuela et surtout pour sa démocratie. L’Assemblée nationale ainsi que tous les opposants au régime encouragent cette manifestation, qui est censée atteindre «tous les coins du pays» pour lutter contre l’usurpation du pouvoir et le retour à la démocratie au Venezuela.

Gilberto OLIVARES

Le Venezuela et les quatre vérités des Amériques face au nouveau mandat de Nicolás Maduro

Le 10 janvier 2019, Nicolás Maduro a solennellement et officiellement entamé sa mandature de président du Venezuela. Cette prise de fonction a provoqué un tremblement médiatique et émotionnel international, révélateur en quatre vérités des contradictions et des enjeux qui divisent les puissants de ce monde, bien davantage que du quotidien dramatique des Vénézuéliens, générateur d’un exode inédit sur le continent américain.

Photo : RTVE

Première des quatre vérités : le Venezuela est un pays relativement modeste, par sa superficie comme par sa population et son périmètre économique. Il dépend des exportations quasi exclusives d’un seul produit, le pétrole. Le pétrole lui donne, selon les aléas des prix du baril, finances et influence, ou au contraire le plonge dans des crises cycliques internes brutales et déstabilisatrices, au même titre que la quasi totalité des pays membres de l’OPEP qui vivent les mêmes contraintes. Le Venezuela est aujourd’hui en période de chute prolongée des cours. Il n’a jamais su/pu développer une économie alternative. Il en paye un prix élevé. Incapable de financer les importations nécessaires à son train de vie, le Venezuela, victime d’une inflation à plusieurs zéros, plonge ses habitants dans la disette. Ils sont un, deux (?) millions aujourd’hui ayant migré vers des horizons supposés meilleurs de la Colombie au Chili. Ils pourraient être trois, quatre millions dans quelques mois selon les Nations unies.

Deuxième vérité : les «élites», ou supposées telles, qui dirigent le pays, comme celles qui s’expriment en ordre dispersé au nom des oppositions, se disputent avec ardeur et intolérance un pouvoir dont les bases fondent de mois en mois. Dans son discours, le président Maduro a directement interpellé les siens pour qu’ils se mobilisent contre la corruption. Les opposants appellent l’armée à se soulever, et courtisent des chefs d’État supposés les mieux à même de faire avancer leur cause, le Nord-Américain Donald Trump et le brésilien Jair Bolsonaro. Des choses qui intéressent de moins en moins les citoyens du commun qui ont choisi de quitter un bateau qui prend l’eau apparemment sans retour.

Troisième vérité : pour son malheur, le Venezuela est devenu le panache blanc permettant de rallier des gouvernements droitiers et au-delà, en panne de dénominateur commun. Ils ont contribué à désarticuler un peu plus un monde en désordre, sortant de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique ou refusant de participer au pacte de Marrakech sur les migrations, comme le Brésil, le Chili et les États-Unis. Ils ont mis un coup de frein brutal sur les processus de coopération interaméricaine, CELAC, MERCOSUR ou UNASUR. Tous cherchent à diaboliser les compromis sociaux mis en place par leurs prédécesseurs. Au nom des libertés, de l’anticommunisme… et de l’antichavisme. C’est tout à la fois la chance et le malheur de Nicolás Maduro. Le Venezuela est mis à l’index, conspué et présenté, avec la complicité des grands médias, comme le mouton noir, celui dont vient tout le mal. Mais étant le ciment indispensable aux politiques libérales et socialement régressives de Bolsonaro, Macri, Piñera et autre Trump, il ne sera certainement jamais envahi militairement. Le sort des milliers de réfugiés économiques vénézuéliens est le cadet des soucis des chefs d’État argentin, brésilien, chilien comme états-uniens. Il suffit de se reporter au texte de la déclaration adoptée le 4 janvier 2019 par les 14 gouvernements du Groupe de Lima. Le sort des migrants est relégué tout au bout du communiqué final, en point 9 sur les 13 présentés.

Quatrième vérité : il y a oui, quand même, un enjeu global. La rareté des ressources est à l’origine d’une compétition montante entre puissances. Chine, Russie, Iran, Turquie sont de plus en plus présents en Amérique latine, comme ils le sont d’ailleurs en Afrique. Ces nouveaux venus disputent les biens primaires de ces continents aux prédateurs historiques, États-Unis et Europe. Toute situation de crise, comme celle du Venezuela, offre une opportunité d’OPA. La Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran étaient présents à Caracas le 10 janvier 2019 pour signaler combien ils sont attachés à la défense de la non-ingérence et à la souveraineté des peuples et des nations ; répondant ainsi sur le terrain des grands principes, à la démocratie et aux libertés, avancés six jours plus tôt à Lima, par le groupe de pays américains liés aux États-Unis[1].

La morale de ces journées des dupes a incontestablement été tirée par Andrés Manuel López Obrador, nouveau président du Mexique, qui a rappelé en termes simples les éléments indispensables à la paix et à la coopération entre États. «Nous ne nous mêlons pas des affaires internes des autres pays, parce que nous ne voulons pas que les autres mettent leur nez dans ce qui regarde les seuls Mexicains. […] Le Mexique considère que la seule option à retenir est celle du dialogue, de la médiation et non de l’isolement

Jean-Jacques KOURLIANDSKY


[1] Le Groupe de Lima est composé de quatorze pays : l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa-Rica, le Guatemala, le Guyana, le Honduras, le Mexique, Panama, le Paraguay, le Pérou, Sainte-Lucie.

Le parlement vénézuélien déclare illégitime le nouveau mandat de Nicolás Maduro

Le parlement vénézuélien, contrôlé par l’opposition, a déclaré samedi illégitime, dans un vote à la portée symbolique, le nouveau mandat du président Nicolás Maduro qui doit débuter le 10 janvier. Nous reproduisons ici un article de L’Orient Le Jour.

Photo : La Tribune de Genève

Nicolás Maduro, 56 ans, a été réélu le 20 mai 2018 pour un nouveau mandat de six ans à l’issue d’une élection contestée. Les principaux partis d’opposition avaient boycotté le scrutin marqué par une forte abstention.

«Nous réaffirmons le caractère illégitime de Nicolás Maduro. […] À partir du 10 janvier, il usurpera la Présidence et cette Assemblée nationale est en conséquence la seule représentation légitime du peuple», a déclaré le nouveau président de l’Assemblée, Juan Guaidó.

Ce vote intervient au lendemain d’une décision dans le même sens des pays du Groupe de Lima, à l’exception du Mexique. Il n’a toutefois qu’une portée symbolique, car depuis début 2016, la Cour suprême, réputée proche de l’exécutif, a déclaré nulles toutes les décisions adoptées par le Parlement.

Juan Guaidó s’est également engagé à «mettre en place les conditions nécessaires à un gouvernement de transition et à convoquer des élections libres». Nicolás Maduro est accusé par ses détracteurs de mener une gestion économique erratique et d’être un «dictateur» accaparant tous les pouvoirs.

Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole du monde, mais il est asphyxié par une profonde crise économique et se trouve sous le coup de sanctions financières des États-Unis. Vendredi, les pays du Groupe de Lima, à l’exception du Mexique, ont accentué la pression sur Nicolás Maduro, indiquant qu’ils ne reconnaîtraient pas le deuxième mandat du président vénézuélien.

À l’issue d’une réunion, 12 pays d’Amérique latine et le Canada ont signé une déclaration destinée à coordonner des mesures à l’encontre du pouvoir de Caracas. Seul le Mexique, dirigé par le président de gauche Andrés Manuel López Obrador, n’a pas signé.

D’après L’Orient Le Jour

La Chine à la rescousse de l’économie bolivarienne du Venezuela

Nicolás Maduro s’est rendu dans le pays asiatique, le 13 septembre dernier, avec l’objectif de renforcer la confiance chinoise envers les grandes lignes de la politique qui a mené le Venezuela au bord du gouffre. C’est donc dans un climat d’incertitude économique et sociale totale, où l’exode de Vénézuéliens depuis des années ne cesse de s’accroître, que le grand empire oriental a engagé de «nouveaux accords» avec le Venezuela. Ces accords concernent principalement des projets d’infrastructures liés à la production du pétrole, mais aussi au développement de l’exploitation d’autres ressources naturelles.

Photo : Infobae

La relation commerciale entre les deux pays ne date pas d’hier. En effet, depuis le début du siècle, la Chine investit énormément dans la région. Par exemple, l’année dernière, le Brésil a été le premier bénéficiaire de ces fonds avec 10 600 millions de dollars, suivi de très près par le Venezuela (10 000 millions) et l’Équateur (7 000 millions). Les trois réunis, ils reçoivent 97 % du total des investissements du géant asiatique en Amérique latine.

Dans le cas du Venezuela, la relation étroite avec la Chine remonte à 2008. Au cours de cette décennie, certains estiment que la valeur totale des prêts accordés à la «révolution bolivarienne» se situe entre 50 et 70 milliards de dollars. «Ces relations économiques sont fondamentales pour les deux pays», souligne Alejandro Grisanti, économiste directeur du cabinet de conseil vénézuelien Ecoanalitica : «sur trois demandes de barils de pétrole dans le monde, deux proviennent de Chine. Il est normal que le principal pays doté de réserves pétrolières ait des relations stratégiques avec le principal consommateur du monde», explique-t-il.

De son côté, Margaret Myers, directrice du programme Chine-Amérique latine du Dialogue interaméricain, donne la clé pour comprendre le lien bilatéral : «L’investissement chinois n’est pas idéologique, il est pragmatique et économique. Les prêts au Venezuela ne sont pas tant un signe de confiance qu’un investissement stratégique pour tenter de protéger leurs actifs à un moment difficile.» Et elle ajoute : «Le problème est que le système utilisé jusqu’à présent, des accords avec une garantie pétrolière, montre des fissures

Des fissures qui ont atteint un point de rupture l’année dernière : sur les 10 000 millions de dollars reçus par le Venezuela, la moitié était un prêt à l’État pour refinancer sa dette et l’autre moitié était destinée à la compagnie pétrolière publique PDVSA. Or, lorsque le prix du baril était élevé et que le Venezuela progressait économiquement (plus de 5 % en moyenne entre 2005 et 2012), les prêts reçus de la Chine ont été régulièrement remboursés avec la production pétrolière. Mais depuis la dégringolade du prix du baril, en février, à 24 dollars, le Venezuela a été contraint de produire 800 000 barils par jour. Lorsque le prix était de 100 dollars le baril, il fallait moins d’un tiers, soit 228 000 barils.

C’est ainsi que la crise actuelle, sans précédent, s’est déclenchée à partir de 2013 avec la forte chute dans le marché mondial de la principale ressource vénézuélienne. Et aujourd’hui, la production pétrolière ne peut pas croître au rythme nécessaire pour compenser cette baisse des prix. C’est pour cette raison que dans un article précédent nous avons mis en relief le fait «qu’on ne peut pas assurer la prospérité d’un pays quand l’essentiel de son développement repose, pour presque 90 % du produit national brut, sur l’extraction du pétrole, sachant que dans un avenir tout proche la population mondiale s’apprête à vivre sans combustibles fossiles».

Telle est la difficile situation que doit désormais résoudre Nicolás Maduro et son «programme économique bolivarien». Et pour trouver des alternatives à la tyrannie du prix du pétrole, la vice-présidente du Venezuela, Delcy Rodríguez, a rencontré son homologue chinois Wang Qishan dans le pays asiatique pour signer un certain nombre d’accords commerciaux sur l’industrie pharmaceutique, le tourisme et l’exploitation forestière et minière avec des entreprises leaders en Chine.

Et justement, la cerise sur le gâteau chinois se trouve sur le site «Arco Minero» en cours d’exécution du Guyana Essequibo (à l’est du Venezuela), à la frontière avec la Colombie (à l’ouest). L’Arco Minero est le croissant fertile du Venezuela, car la région possède de grandes réserves d’or, de coltan, de diamants, de minerai de fer, de bauxite et d’autres minéraux. Malheureusement, force est de reconnaître, comme le montre l’histoire de nombreux pays, que ces ressources ont toujours enrichi les investisseurs étrangers, nourri la corruption de l’élite locale et augmenté la déchirure du tissu social.

Quelles conclusions tirer de tout cela ? Et surtout, quel est l’avenir des relations entre le géant asiatique et le gouvernement de Nicolás Maduro? Si «la Chine ne lâchera pas la main du Venezuela», comme l’a dit le journaliste Marcelo Justo, en mars 2016, une analyse plus approfondie des derniers accords en dit long sur l’évolution de la République chaviste : les négociations placent l’économie vénézuélienne, ses projets d’infrastructure, et particulièrement sa production de pétrole, sous contrôle effectif de la Chine, dont le plus grand objectif est de devenir la première puissance mondiale dans un avenir proche.

Pendant ce temps, le 15 septembre, Maduro a décrété l’état d’urgence économique au Venezuela. Ce décret, qui durera soixante jours et peut être prorogeable, stipule que le pouvoir exécutif prendra «des mesures urgentes, efficaces, exceptionnelles et nécessaires pour assurer à la population la pleine jouissance de ses droits, préserver l’ordre interne, accéder rapidement à la propriété, services, nourriture, médicaments et autres produits essentiels pour la vie»…

Ainsi Nicolás Maduro s’arroge le pouvoir suprême en donnant également à son gouvernement le droit de «suspendre temporairement et exceptionnellement» les autorités gouvernementales. De cette façon, Maduro peut appliquer n’importe quelle mesure sans avoir le consentement d’aucun autre pouvoir. Ce décret avait déjà été appliqué en janvier : en sourdine, la mise en œuvre d’un démantèlement total des structures démocratiques est avancée.

Eduardo UGOLINI

Élections présidentielles au Venezuela : qui veut noyer son chien l’accuse de la rage

Dimanche 20 mai 2018, les Vénézuéliens étaient invités à voter. La tenue de la consultation a été contestée par une partie de l’opposition. Au lendemain du vote, l’opposant arrivé en deuxième position, Henri Falcón, a dénoncé des irrégularités et a appelé à une répétition de l’exercice électoral en fin d’année. Les États-Unis, plusieurs gouvernements latino-américains et européens, ont de façon très ferme condamné cet exercice électoral comme non démocratique et annoncé des sanctions.

Photo : Gobierno boliviarano de Venezuela

Avant tout commentaire qualitatif, sur le caractère, plus ou moins, ou pas du tout démocratique, de la journée du 20 mai, encore faut-il savoir de quoi l’on parle. Quel était l’enjeu électoral ? Élire un président de la République, les 251 conseillers de 23 assemblées «régionales» et dans quelques États les représentants de communautés indigènes. Quel a été le résultat ? Le chef de l’État sortant, Nicolás Maduro, a été réélu. Il a obtenu 67,7% des suffrages exprimés, perdant 1 million de voix par rapport à la consultation de 2013. Les trois candidats d’opposition –Henri Falcón, centre gauche ; Javier Bertucci, évangéliste ; Reinaldo Quijada, centre gauche– ont également perdu plusieurs millions de voix et plusieurs dizaines de points. L’abstention, de 54%, dans un pays de culture participative, a fait un bond de 34%.

L’abstention a donc été le véritable vainqueur du scrutin. Comment l’interpréter ? Faut-il l’attribuer à l’opposition qui a fait campagne en sa faveur ? Sans doute. Beaucoup de votants des partis Primero Justicia (droite), Voluntad Popular (droite) et Action Démocratique (centre gauche) sont restés chez eux. Le siège de ces partis, situés dans les beaux quartiers de Caracas, était, dimanche 20 mai, fermé à double tour. Les bureaux de vote de Chacao, fief de l’opposition, et des zones résidentielles étaient déserts. L’ex-président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero, inlassable prédicateur de dialogue entre parties en conflit, s’est fait chahuter à la sortie de l’un de ces bureaux, celui du Colegio municipal Andrés Bello de Chacao. Cela dit, l’abstention oppositionnelle a une origine complémentaire. Celle de l’absence physique d’électeurs des classes moyennes et supérieures, exilées aux quatre coins des Amériques et en Espagne.

Mais il y a eu aussi un déficit important dans les quartiers populaires, perceptible tout au long de la journée à Catia ou Petare, périphéries de la capitale. L’abstention de l’électorat qui jusque là avait toujours voté PSUV, parti socialiste unifié du Venezuela, a été importante. Nicolás Maduro a perdu un capital de plus d’un million de voix d’une présidentielle à l’autre. Cette abstention là reflète la lassitude d’un petit peuple condamné à l’angoisse d’un quotidien chaque jour plus difficile. La pression vertigineuse de l’inflation –231% en 2017 ; 6147% en février 2018– a débordé les capacités monétaires du gouvernement. Les espèces ont disparu. Le «Bolivar» parallèle, illégal, et informatisé, a supplanté l’officiel. Les salaires, les bourses versées mensuellement, sont systématiquement en décalage avec la réalité des prix. La politique pour tous ceux qui courent après les Bolivars parallèles, qui leur permettront, à défaut de viande ou de poisson, d’acheter des œufs, a relégué la politique au second plan.

Que dire d’autre ? Les critiques émises sur la qualité de la démocratie vénézuélienne sont tout à la fois fondées et erronées. Elles sont fondées parce que l’expression du vote a été biaisée par un appareil public mobilisé en faveur de Nicolás Maduro. Le déséquilibre des moyens entre candidats était clairement palpable. Il était en effet difficile d’échapper aux affiches géantes à son effigie, apposées le long de grands axes routiers, aux discours en boucle du chef de l’État sortant diffusés par les chaînes de la télévision publique. Les meilleurs chanteurs de musique «llanera», style populaire prisé par une majorité, avaient été mobilisés par le président sortant. Le PSUV, sa formation partisane, avait pratiquement seul le moyen de déployer à proximité des centres de vote des stands de captation électorale.

Tout cela avait-il un caractère exceptionnel ? Non. C’est le cadre électoral habituel du Venezuela. Les consultations précédentes, la présidentielle de 2013, les législatives de 2015, se sont déroulées dans le même contexte. Celui de campagnes d’influence en faveur du candidat officiel s’appuyant sur les moyens de l’État. Celui aussi de la transparence des procédures électorales. La fraude est quasiment impossible. Tout a été informatisé. Les cartes d’identité qui valident la qualité d’électeur. L’expression du vote qui se fait au moyen de machines après vérification de l’empreinte digitale de l’électeur. La machine à voter «crache» un reçu anonyme au nom du candidat choisi, déposé par l’électeur dans une urne classique. Un double décompte des voix est effectué en fin d’opérations, confrontant ce que dit la machine au relevé manuel des reçus déposés dans l’urne classique. Le tout sous l’autorité d’électeurs tirés au sort pour veiller à la bonne tenue du scrutin et de «témoins», de délégués, désignés par les candidats en lice.

La vérité du vote étant assurée, il est donc possible pour une opposition unie, bien organisée, dotée d’un programme et d’un candidat crédibles, de l’emporter. L’opposition avait perdu, d’un cheveu, en 2013. Et gagné les parlementaires en 2015. Toutes choses faisant défaut à l’opposition en 2018. En déficit de stratégie, elle s’est partagée. Primera Justicia, Voluntad Popular et l’Action démocratique, après avoir tenté sans succès de trouver un candidat accepté par tous, ont tiré la toile. Et ont recommandé l’abstention, justifiée in fine, par le défaut de garanties démocratiques. D’autres, COPEI (la démocratie chrétienne), Avanzada Popular et le MAS (centre gauche) ont dénoncé l’erreur de la chaise vide et appuyé la candidature d’Henri Falcón, qui figurait en 2013 en bonne place sur le ticket présidentiel de l’opposition (candidat à la vice-présidence). Les participationnistes ont échoué. Faute d’un appui unanime de l’opposition. Puisque certains se sont abstenus. Et en l’absence de candidature unique. Il y avait en effet trois candidats d’opposition face à Nicolás Maduro.

La facture de ces ratés, fiasco de la politique économique du gouvernement, et incapacité de l’opposition à présenter une alternative crédible, s’annonce redoutable. L’opposition semble renoncer au combat politique et s’en remettre à l’ingérence étrangère. Les États-Unis, dans la foulée des sanctions prises contre l’Iran, ont annoncé des représailles économiques qui ne manqueront pas de déstabiliser un peu plus à défaut des dirigeants, tous ceux qui n’ont pas les moyens financiers de s’exiler. Les gouvernements latino-américains du groupe de Lima, douze pays dont les dirigeants sont idéologiquement à droite, ont décidé de rappeler leurs ambassadeurs. En Europe, l’Espagne du président Mariano Rajoy (parti Populaire-droite) pousse l’Union européenne dans cette même voie.

Montré du doigt comme un fauteur de trouble anti-démocratique, le Venezuela mérite–t-il cette mise à l’index ? On l’a vu, la démocratie vénézuélienne au jour le jour, est en clair obscur. Mais cette réalité «grise» n’a rien de particulièrement exceptionnel en Amérique latine, comme ailleurs dans le monde. Le Brésil est présidé par un président intérimaire légitimé par un coup d’État parlementaire. En Chine et à Cuba, les électeurs ont le choix entre les candidats du Parti communiste et ceux du Parti communiste. Au Honduras, le chef de l’État sortant était inéligible. Il s’est pourtant présenté et a retrouvé le palais présidentiel au terme d’une campagne démocratiquement contestée. La Hongrie et la Turquie encadrent la démocratie et la liberté de la presse au bénéfice des tenants du pouvoir. La «Communauté internationale» s’en est-elle émue au point, comme dans le cas du Venezuela, de prendre des sanctions économiques à l’égard de ces pays et de rappeler ses ambassadeurs ?

Pays périphérique, marginal économiquement et militairement, à la différence de la Turquie, non membre de l’Union européenne, comme la Hongrie, et encore moins du Conseil de sécurité de l’ONU, comme la Chine, le Venezuela est un bouc-émissaire commode. Qui permet d’oublier les différends bilatéraux, multiples, entre États-Unis et Mexique, par exemple, ou entre Honduras et États-Unis sur les questions migratoires. Il offre aussi un argumentaire électoral instrumentalisé avec profit par les candidats conservateurs qui peinent à affronter leurs adversaires progressistes de centre gauche, comme on le voit actuellement en Colombie et au Mexique.

Moralité de cette histoire tragique. Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage. Pour l’isoler aujourd’hui et acacroitre le désarroi et peut-être le mécontentement de la population. Et qui sait si ce calcul s’avérait inefficace pour légitimer ultérieurement une intervention armée, officielle ou déguisée, destinée à rétablir la «vraie» démocratie…

Jean-Jacques KOURLIANDSKY
Depuis Caracas

Nicolás Maduro tente de juguler le chaos avec des élections anticipées

Le Venezuela s’enfonce depuis quatre ans dans une récession sans précédent. Comment expliquer la gravité de cette crise politique et économique qui débouche aujourd’hui sur un désastre social ? La principale cause, dit-on, réside dans la baisse des prix du pétrole sur le marché mondial, ce qui a laissé l’État sans les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de la population.

Photo : Prensa presidencial

« Le char de l’État navigue sur un volcan.»

On ne peut parler du Venezuela sans évoquer le pétrole. En effet, ce pays sans ressources importantes dans le cadre de l’économie latino-américaine, est devenu dans les années soixante-dix, à la suite de l’exceptionnelle richesse découverte en sous-sol au début de la décennie de 1920, la nation la plus riche de l’Amérique latine, l’exploitation des richesses pétrolières avait entraîné, à partir de 1922, une transformation spectaculaire de l’ensemble de l’économie vénézuélienne. Pour se faire une idée, rappelons qu’en 1920 le café et le cacao assuraient plus de 90% des exportations, mais ils n’en représentaient plus que 15% en 1930, le pétrole s’étant alors imposé comme l’élément dominant (plus de 90 % des exportations du pays).

L’or noir était donc le pilier sur lequel reposait ce Venezuela soi-disant vigoureux, ce qui a fait de ce pays une figure d’exception au sein de l’Amérique latine. Pourtant, la République bolivarienne, malmenée par l’idéal chaviste, est passée à côté d’une prospérité inscrite dans ses gènes. Les pauvres sont toujours plus nombreux, particulièrement ceux des grandes villes avec des taux records de chômage, de sous-emplois et d’exclusion ; ils sont les révélateurs de la situation réelle d’une société qui semble ne pas pouvoir échapper à des manifestations de sous-développement.

Les premiers symptômes se sont faits sentir en 2014, lorsque le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 34%. La Banque centrale du Venezuela a déclaré que l’inflation était de l’ordre de 180 et 240% en 2015 et 2016 et, selon les prévisions de l’Assemblée nationale, l’inflation dépassera les 2000% en 2018. Cependant, d’après un rapport alarmant du FMI, l’inflation pourrait atteindre les 13 000%.

En réalité, le Venezuela vit les prémices de ce processus depuis que la main de fer d’Hugo Chávez a coupé net le dialogue politique. Tout au long de son mandat, aucun des principaux partis n’a pu s’organiser librement, ou n’a su surmonter ses problèmes internes, pour construire un pouvoir susceptible de redresser la barre dans un pays qui court au naufrage. Et trop de dirigeants de partis, ainsi qu’une majorité de vénézuéliens se sont laissés obnubiler par la vague «populo-égocentriste» incarnée par le tout-puissant Chávez, laquelle reposait exclusivement sur le prix du pétrole.

Dans ces conditions, il était clair que, sans un programme économique sérieux, un projet d’avenir cohérent, en syntonie avec les enjeux politiques internationaux du XXIe siècle, où il faudrait créer de nouvelles sources de richesses avec un regard plus humain, intelligent et solidaire, le pays était condamné d’avance. Car on ne peut pas assurer la prospérité d’un peuple quand l’essentiel de son développement repose, pour presque 90% du produit national brut, sur l’extraction du pétrole, sachant que dans un avenir tout proche la population mondiale s’apprête à vivre sans combustibles fossiles !

C’est pour cette raison qu’on a reproché à Hugo Chávez de ne pas avoir posé les bases d’un développement durable. Depuis des années, l’économie vénézuélienne s’est développée, marchant dans la voie du chavisme sans que des changements adéquats soient intervenus dans le système de gestion et de redistribution des devises générées par l’exportation du pétrole (les deuxièmes réserves pétrolières de la planète gisent sous le sol vénézuélien, après celles de l’Arabie Saoudite). Malgré les immenses ressources pétrolières et gazières, Hugo Chávez, et son dauphin Maduro, n’ont pas réussi à rattraper le retard par rapport aux pays les plus développés. Ils n’ont pas réussi non plus à transformer les structures sociales, à former des ouvriers hautement qualifiés, à réaliser de profonds changements dans le domaine de la culture et de la technologie, à ouvrir le chemin de la promotion aux plus larges masses de travailleurs, à la jeune génération qui aujourd’hui se retrouve contrainte d’émigrer vers de nouveaux horizons.

Et maintenant que le président Maduro se trouve coincé entre le marteau et l’enclume, on commence à comprendre que les crises peuvent être interminables et précipiter le Venezuela dans un abîme sans fond. Et pendant ce temps, les événements ont poussé la crise un cran plus loin. Désormais, on peut déplorer des morts lors des manifestations contre le gouvernement (120 personnes entre avril et juillet derniers). Selon les chiffres officiels, en 2017 le Venezuela est devenu le pays le plus dangereux du monde, après le Salvador, avec plus de 26 600 morts.

En ce moment, l’afflux massif de migrants se poursuit vers les pays limitrophes. Pour ne donner qu’un exemple, le Brésil a déclaré «l’état d’urgence sociale» après avoir accueilli 10 000 réfugiés pour le seul mois de janvier. On estime qu’un million huit cent mille personnes, soit 5% de la population totale, quittera le pays en 2018. Cette catastrophe humanitaire prend des contours plus nets jour après jour, avec la pénurie d’aliments et de médicaments, lesquels représentent 51% d’importations avec les machines et le transport.

Pour enrayer cette crise politique, économique et sociale sans précédents, Nicolás Maduro a pris la décision, avec l’aval de l’Assemblée constituante acquise au chef de l’État, de convoquer un scrutin anticipé, voire forcé. L’élection présidentielle, qui s’était tenue jusqu’ici au mois de décembre et qui avait été avancée au 22 avril, a été finalement repoussée au 20 mai prochain. Cette manœuvre précipitée a été condamnée par les douze pays latino-américains du Groupe de Lima, considérant par la voix du chef de la diplomatie chilienne Heraldo Muñoz que «cette décision empêche le déroulement d’élections présidentielles démocratiques, transparentes et crédibles».

Délicate problématique donc en ce mois de mai charnière pour l’héritier de l’idéologie chaviste qui a conduit le pays à la ruine, bien que certains continuent encore à plaider en faveur de sa politique dite « populiste », mais sans en avoir subi les conséquences. Au cœur de cette crise, il y a des erreurs et des insuffisances du passé, et le malaise démocratique qui touche le pays depuis vingt ans reste intact. En effet, aucun progrès n’a été fait dans la démocratisation de la vie politique, condition sine qua non pour donner au peuple la possibilité de s’exprimer et d’exercer sa souveraineté librement. C’est là que réside le véritable populisme socialiste, consciencieux et visionnaire.

Par conséquent, cette tentative de retour à la stabilité sociale sera vouée à l’échec si le président vénézuélien ne sait pas mobiliser tous les composants de la vie politique dans un véritable gouvernement d’union nationale, doté d’un projet viable pour le pays, et reposant sur une vision globale de l’Amérique latine. Ce qui semble peu probable dans l’immédiat, car la dégradation institutionnelle est telle que les ministres des Affaires étrangères des pays membres du marché commun du Sud (Mercosur) ont décidé, en août dernier, de suspendre définitivement le Venezuela du bloc économique pour «rupture de l’ordre démocratique».

Le système politique vénézuélien reste ainsi largement bloqué par la concentration du pouvoir. «Il s’agit de savoir comment on gouvernera. Depuis toujours, il n’y a que deux méthodes : la force ou la ruse.2» Suivant les mots d’Aragon, en avançant la date des élections de plusieurs mois, Nicolás Maduro semble avoir réussi sa manœuvre de déstabilisation à toute intention de former une coalition de la part de l’opposition, une opposition très affaiblie par ce que l’Église avait évoqué l’année dernière comme la mise en place d’une «dictature».

Toutefois, dans cette nouvelle phase qui s’ouvre vers une conception incertaine de l’avenir, le paysage de la campagne présidentielle finit de se mettre en place. Un accord in extremis a été trouvé entre le gouvernement et deux candidats fantômes de l’opposition : Javier Bertucci, un pasteur évangéliste peu connu des électeurs, et Henri Falcón, ex-allié d’Hugo Chávez et gouverneur de l’État de Lara (2008-2017). Or, beaucoup se demandent si ce chaviste dissident est un véritable adversaire ou un allié crypté de l’actuel président. En effet, on ne peut pas dire, après l’accord entre Falcón et Maduro, que ce dernier ait fait preuve d’une incroyable capacité à tendre la main à l’adversaire. Dans ce sens, le journal TalCual apporte un témoignage qui ne laisse pas de doute : «Ne nous voilons pas la face, pour rendre crédible cette élection présidentielle, le régime avait besoin d’un candidat capable de représenter un contrepoids au président sortant, Nicolás Maduro. Mais quand les lumières des projecteurs se sont éteintes […] et que les caméras ont disparu, le chef de l’État et son soi-disant adversaire se sont serrés la main, très émus, se sont mutuellement félicités pour le spectacle grandiose qu’ils venaient de produire pour démontrer l’esprit démocratique de cette dictature.»

Et le journal El Nacional constate avec des mots très durs à entendre pour les Vénézuéliens, fiers il y a deux décennies de la révolution bolivarienne prônée par Hugo Chávez : «la MUD a permis que se développe en son sein une sorte de « chavisme light », en la personne de Henri Falcón, qui s’est porté candidat à la présidentielle et servira désormais de punching-ball au boucher Maduro.»

C’est là un élément essentiel de la situation actuelle : profondément divisée quant à la conduite à tenir face à la toute-puissance de l’héritier du chavisme, la MUD («Table de l’Unité Démocratique», composée d’une vingtaine de partis de l’opposition) n’a pas réussi à définir une solide stratégie capable d’enrayer cette spirale qui entraîne dans son mouvement institutions, partis, cohésion sociale, tolérance, vies humaines et, enfin, la légitimité même de l’État. Dans ce sens, Ángel Oropeza, le coordinateur de la MUD, avait déclaré que la coalition d’adversaires au gouvernement ne participerait pas aux élections, car ce «n’est qu’un simulacre frauduleux et illégitime d’élection présidentielle […], un show du gouvernement pour simuler une légitimité dont il ne dispose pas.» Mais une deuxième lecture de cette non-participation révèle un fait encore plus grave : le manque de consensus au sein même de l’Union démocratique. Voici l’analyse de Félix Seijas, directeur de l’institut de sondage Delphos : «Maduro se trouve sans doute au moment où il est le plus faible, mais il puise sa force dans l’affaiblissement, les erreurs et le manque de cohésion et de cohérence de l’opposition. C’est ce qui lui donne de l’oxygène.» Et sur l’avenir de la MUD, Seijas reste sceptique : «Si la MUD n’a pas de plan, si dans les deux prochains mois elle échoue à mobiliser la société civile, je pense qu’elle va disparaître

Comme on peut le constater, l’opposition dans son ensemble ne sert aucunement de contrepoids aux incertitudes qui pèsent sur la reconstruction du pays. Et Maduro s’est chargé de bannir toute personnalité qui paraîtrait prendre trop d’importance à son projet de réélection. C’est le cas de Henrique Capriles, 45 ans, candidat de l’opposition contre Hugo Chávez en 2012 et qui avait été défait de très peu par Maduro en avril 2013 : l’ancien gouverneur de l’État de Miranda (2008-2017) a été condamné l’an passé à 15 ans d’inéligibilité, accusé de gestion frauduleuse. Un autre leader proscrit est le très populaire Leopoldo López, 46 ans, fondateur du parti Voluntad Popular, ayant pris la tête des manifestations contre Nicolás Maduro en 2014 : contestation qui l’a conduit en prison, dont il a été libéré l’an passé après trois années d’incarcération, mais il reste sous résidence surveillée. De son côté, Antonio Ledezma, 62 ans, ancien maire de Caracas balayé par Hugo Chávez à la fin des années quatre-vingt-dix, a été arrêté en 2015 et placé en résidence surveillée avant de prendre la fuite l’an passé vers l’Espagne.

Disons-le derechef : pour Maduro, il n’y a que lui et, vu la manière dont il considère l’opposition, on voit mal ce qui pourrait, à ses yeux, freiner sa marche triomphale vers un nouveau mandat qui pourrait le catapulter jusqu’en 2025. Profitant donc du fait que face à lui personne ne réussit à faire consensus, le clan Maduro pense pouvoir établir la domination d’un pouvoir unique : le leur. Même au sein de son gouvernement, la moindre critique le hérisse. Toute contestation le fait sortir de ses gonds. Par exemple, divulguer les chiffres de la crise sanitaire, comme l’a fait Antonieta Caporale, relève du crime de lèse-majesté : la ministre de la santé a été démise de ses fonctions en mai 2017 pour avoir révélé que le taux de mortalité infantile avait augmenté de 30%, et la maternelle de 65%, entre 2015 et 2016. Le même bulletin épidémiologique avait confirmé ainsi la grave situation de la santé vénézuélienne avec une augmentation de 76,4% dans les cas de paludisme, maladie qui avait été éradiquée du pays et qui, selon un rapport établi par des associations médicales, a rebondi pendant ces trois dernières années.

Dans ce contexte menaçant dangereusement l’existence de l’État, au bord de l’implosion, une question demeure : le Venezuela a-t-il touché le fond ? Et, si tel est le cas, a-t-il une chance de s’en sortir sans l’intervention de forces étrangères, sans pourtant évoquer une option militaire comme l’avait fait Donald Trump en août dernier ?

Le Venezuela n’est pas menacé d’une guerre civile, mais d’un désordre qui peut mettre un frein à des processus de développement non seulement de la région, mais aussi de certains pays de la communauté internationale. C’est pour cette raison que, avec ces élections anticipées, Nicolás Maduro est animé par un double souci : celui, d’abord, de créer les conditions pour la stabilisation d’une économie minée par une affectation incorrecte des ressources ; ensuite, celui d’apaiser la tension que la situation interne provoque avec l’Amérique latine et les États-Unis.

En attendant une réponse concrète à ces questions essentielles, l’idéal chaviste continue à surfer sur la vague d’incertitude générée par une opposition qui ne sert aucunement de contrepoids. C’est un processus qui prendra du temps et qui fait naître nombre d’interrogations, dans une communauté internationale paralysée, et surtout parmi les millions de Vénézuéliens exaspérés par l’incertitude du lendemain. Par conséquent, malgré ce «simulacre d’élection», sorte de diagonale du vide empruntée par Maduro pour assurer sa continuité à la tête du pouvoir, rien ne permet d’augurer une pacification du pays.

Eduardo UGOLINI

  1. Henry Monnier (1799-1877), Grandeur et Décadence de M. Joseph Prudhomme.
  2. Louis Aragon (1897-1982), Beaux quartiers, III, VI.
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