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Venezuela

Au Venezuela, Juan Guaidó reste fermé aux tentatives de dialogues de Nicolás Maduro

Samedi dernier, les partisans de Maduro et ceux de Guaidó ont de nouveau manifesté par milliers dans les rues de Caracas et d’autres villes. Le journal Le Devoir de Québec met à la une du samedi 6 avril des informations sur les déclarations du chef de l’opposition vénézuélienne, Juan Guaidó. Celui-ci a déclaré avoir lancé la «phase définitive» de l’éviction du président Nicolás Maduro.

Photo : Carlos Garcia Rawlins

Juan Guaidó, président intérimaire reconnu par plus de cinquante pays, dont les États-Unis, était présent lors de la manifestation dans l’est de la capitale. Devant des milliers de partisans de la «liberté», il a déclaré : «On est là et on va y rester ! Tous dans la rue, pour la phase définitive qui mettra fin à l’usurpation !» L’un des manifestants, Marcel Rouaix, a déclaré à l’AFP : «On est en mode survie, c’est ce à quoi nous oblige cette dictature.»

Vendredi, Guaidó, président du Parlement, avait annoncé «la montée en pression la plus grande de l’histoire» à propos de ce contexte particulier. Pour faire évoluer l’avenir du Venezuela, Guaidó souhaite garder active cette vague de mobilisation. Il a donc appelé le peuple à de nouvelles manifestations mercredi prochain. De son côté, Maduro a posté cet appel sur Twitter : «Ensemble, toujours mobilisés, continuons à défendre la paix et l’indépendance nationale. Halte à l’ingérence !»

À Maracaibo, la deuxième ville du Venezuela, les forces de l’ordre ont dispersé une manifestation de manière violente. Deux députés de l’opposition, Renzo Prieto et Nora Bracho, ont alors été arrêtés puis détenus. Dans les autres villes du pays, les manifestations se sont déroulées dans le calme.

Ne voulant pas laisser la rue à l’opposition, le pouvoir chaviste a fait mobiliser des milliers de fidèles vêtus de rouge contre l’«impérialisme». Devant une foule de ses partisans, Maduro a appelé plusieurs pays de la région en soutien : «Le Venezuela demande un soutien et un accompagnement pour un grand dialogue de paix, d’entente.»

En janvier, le Mexique et l’Uruguay avaient proposé de faciliter un dialogue entre Maduro et Guaidó. Samedi, le président socialiste a sollicité la Bolivie et les pays des Caraïbes. «Avec l’accompagnement du Mexique, de la Bolivie, de l’Uruguay et de la Caraïbe, le Venezuela peut organiser au plus tôt une table de dialogue avec tous les secteurs», a déclaré Maduro. Or Guaidó rejette toute discussion avec celui-ci, car leur désaccord est profond. Maduro rend les sanctions américaines responsables des problèmes économiques du Venezuela,  tandis que Guaidó estime que la corruption du gouvernement est à blâmer.

Pour discuter de la crise humanitaire au Venezuela, le Conseil de sécurité des Nations unies doit se réunir mercredi 10 avril en présence du vice-président américain Mike Pence.

Eulalie PERNELET
D’après Le Devoir

L’obscurité règne au Venezuela, grande inquiétude pour les habitants

Les pannes de courant semblent faire partie de la vie de tous les jours des Vénézuéliens. Les coupures ont commencé à s’accentuer depuis le 7 mars, jour où la panne de courant a été la plus longue de l’histoire du pays, soit cinq jours pour certaines régions. À la suite de cette coupure, le gouvernement a assuré que le problème avait été résolu. Mais, peu de temps après, des coupures cette fois-ci plus sporadiques ont eu lieu tout au long du mois de mars. Le gouvernement vénézuélien a décidé de prendre des mesures particulières.

Photo : Atilio A. Boron

Nicolás Maduro a annoncé dimanche 31 mars un plan de rationnement électrique de 30 jours pour faire face à cette véritable crise électrique. Le plan est accompagné par un approvisionnement en eau, puisqu’une grande majorité des Vénézuéliens n’ont pas encore d’eau dans leurs maisons. Cependant, l’Association vénézuélienne d’ingénierie électrique et mécanique (AVIEM) a souligné que, sans une profonde intervention dans les centrales électriques, le problème pourrait demeurer pendant des années. «Ce problème va continuer, la situation est gravissime, il y aura d’autres pannes de courant et du rationnement […]. Tout le système électrique produit à peine entre 5500 et 6000 mégawatts quand il devrait en produire 34000» a expliqué le président de l’AVIEM Winston Cabas.

Il ajoute que l’industrie électrique vénézuélienne manque de main-d’œuvre qualifiée puisque «plus de 25000 travailleurs qualifiés du secteur ont quitté le pays depuis 2015». Finalement, les explications crédibles des pannes électriques brillent par leur absence. Le ministre de la Communication Jorge Rodríguez et Nicolás Maduro accusent le président par intérim Juan Guaidó et les États-Unis d’avoir orchestré des «attaques électromagnétiques» contre les centrales électriques. Il y a même certaines figures du gouvernement qui essayent de proposer quelques explications fantaisistes. Une membre de l’Assemblée nationale constituante, María Alejandra Díaz, a expliqué que les États-Unis ont utilisé le même virus électrique que dans le film Die Hard IV de Bruce Willispour saboter les centrales électriques au Venezuela.

Guaidó radié

Le contrôleur général du Venezuela Elvis Amoroso a annoncé jeudi 28 mars que le président par intérim Juan Guaidó est désormais radié et ne peut exercer des fonctions publiques pendant quinze ans. D’après Amoroso, «on présume une falsification des documents de ses déclarations de patrimoine et d’avoir reçu de l’argent d’institutions internationales sans le notifier». Il ajoute que Guaidó «a réalisé 91 voyages à l’extérieur du pays sans autorisation de l’Assemblée nationale pour un montant de 310 millions de bolivars (83700 euros au taux de change officiel) qu’il ne peut pas justifier avec son salaire de fonctionnaire public». Quant à Guaidó, il qualifie cela de «farce» et «qu’il n’existe pas une telle interdiction».

Il est aussi pertinent de souligner que de nombreux fonctionnaires publics du gouvernement chaviste sont accusés, preuves à l’appui, de corruption. L’exemple le plus révélateur est celui de l’ancien trésorier de la nation (et garde du corps de l’ancien président Hugo Chávez) Alejandro Andrade. Il a été condamné en 2018 à 10 ans de prison après avoir avoué avoir reçu un milliard de dollars (890 millions d’euros) en pots-de-vin. Le Département du Trésor des États-Unis a procédé à la confiscation et à la vente de ses biens en territoire américain. Ils ont par exemple confié à la compagnie CWS Marketing de vendre les 14 chevaux qu’Andrade avait aux États-Unis ; on estime que la vente aux enchères a permis de recueillir 1,23 million de dollars (un million d’euros). Difficile de justifier ces sommes faramineuses avec son salaire de fonctionnaire public !

Bilan du rapport des Nations unies et de la réunion de l’OEA

Le rapport de la visite de Michelle Bachelet, la Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme de l’ONU, est sans doute la preuve irréfutable que le régime de Maduro ne respecte pas les droits de l’homme. Depuis le siège des Nations unies à Genève, Bachelet a expliqué que, dans le pays, il y a des tortures, des assassinats, mais aussi une violente crise humanitaire que le gouvernement nie catégoriquement. Elle a souligné à plusieurs reprises que la grande majorité de ces crimes étaient commis par les Forces d’actions spéciales (ou FAES) et par les «colectivos» (groupes paramilitaires armés).

Michelle Bachelet déclare alors que «les assassinats présentent un schéma similaire et ont lieu pendant des perquisitions illégales réalisées par la FAES, par la suite, les rapports officiels montrent qu’il y a eu un affrontement armé même si les témoins expliquent que les victimes ne portaient pas d’armes». Il faut souligner que, depuis janvier, la FAES a assassiné 37 personnes dans les zones les plus pauvres de Caracas

En 2018, on compte 205 assassinats également perpétrés par ces forces spéciales. En revanche, elle a aussi mis en évidence que la crise économique et sociale du Venezuela s’est accentuée davantage à la suite des sanctions américaines qui ont commencé en janvier. Du côté du régime de Nicolás Maduro, le vice-président du parti socialiste Diosdado Cabello a simplement déclaré que Bachelet a «envoyé une commission qui s’est contentée de lire ce que l’opposition lui a donné. Nous savions déjà que cette personne qui a gouverné pendant 8 ans sous la constitution du dictateur Pinochet allez faire cela». Le même jour, lors d’une réunion de l’OEA à Washington, le lieutenant vénézuélien Ronald Alirio Dugarte Silva a dévoilé une vidéo inédite des tortures qui ont lieu au siège de la Direction générale de contre-intelligence militaire (DGCIM). Vidéo où l’on peut aussi observer les conditions déplorables des prisonniers.

Les emprisonnements arbitraires au Venezuela s’accentuent

Le dernier emprisonnement a été celui de Roberto Marrero, chef de cabinet du président par intérim Juan Guaidó, par le Service d’Intelligence (Sebin), sous prétexte qu’il faisait partie d’un groupe terroriste. D’après le ministre de la Justice Néstor Reverol, Marrero était un des membres principaux d’un groupe terroriste qui visait à détruire des hôpitaux et des métros dans tout le pays. Le rapport officiel a montré que Marrero avait dans son appartement des fusils d’assauts et des grenades. Guaidó a déclaré que cette détention de Marrero montre à quel point le régime de Maduro est désespéré puisqu’ils ne peuvent pas l’incarcérer : «Comme ils ne peuvent pas incarcérer le président par intérim, ils prennent les membres les plus proches. Quoi qu’il arrive, on va rester ici.» Guaidó lui-même a également été victime d’une détention arbitraire le 13 janvier lorsque des membres du Sebin ont interpellé sa voiture ; il a été libéré peu de temps après.

Pendant cette même semaine, la juge María Lourdes Afiuni a été finalement condamnée à 5 ans de prison pour «corruption spirituelle». Ce terme qui peut paraître fictif désigne le «crime» dont cette juge a été accusée en 2009 lorsque l’ex-président du Venezuela Hugo Chávez l’a déclaré coupable pendant une émission télévisée pour avoir supposément aidé l’homme d’affaires Eligio Cedeño à fuir le pays. Chávez avait exigé 30 ans de prison, mais finalement elle a été condamnée à 5 ans dix ans après.

Ce qui rend ce verdict incroyable c’est qu’ils n’ont pas trouvé de preuves qui mettent en relation la juge et l’homme d’affaires, mais les juges l’ont accusé quand même de «corruption spirituelle» et pour sentir du «plaisir» lorsqu’elle a reçu des pots-de-vin, dont les preuves n’ont pas été présentées. «La justice criminelle au Venezuela vient d’entrer dans l’histoire. Elle a condamné la juge Afiuni de corruption spirituelle. C’est comme accuser quelqu’un de meurtre sans l’existence du mort» a déclaré l’avocat d’Afiuni, José Amalio Graterol, peu de temps après sur son compte Twitter.

Nicolás OLIVARES PEREDA

«Apagón» historique au Venezuela durant plusieurs jours : Maduro et Guaidó s’accusent mutuellement

Le jeudi 7 mars dernier, une panne énergétique nationale a secoué le Venezuela. L’incident est survenu vers 17 heures et a affecté 18 des 24 États vénézuéliens, dont Caracas, la capitale. Pendant plus de 50 heures, la majorité des villes n’avait pas d’énergie. Le Venezuela s’est trouvé dans la pénombre totale ces derniers jours. Nicolás Maduro et Juan Guaidó s’accusent mutuellement.

Photo : Cronio

Maduro n’a pas hésité à qualifier cet incident de «sabotage» et à culpabiliser Juan Guaidó ainsi que les États-Unis, parlant de cet acte comme de «terrorisme». Au Venezuela, les coupures électriques sont fréquentes, mais généralement ne durent que quelques heures et ne sont pas à cette échelle. Le ministre de l’Énergie électrique depuis 2015, Luis Motta Domínguez (ancien général de l’armée) et président de la corporation électrique nationale (CORPOELEC, 2007) a parlé cette fois-ci de «guerre électrique». Mais à dire vrai, le manque de maintenance des équipements de production ainsi que de distribution est à l’origine du problème. D’après Aixa López, représentante du comité des affectés par les coupures électriques, entre janvier et décembre 2018, plus de 30 000 failles sont survenues dans le pays.

En effet, le Venezuela dépend à 70% d’un seul barrage hydraulique situé dans l’État Bolivar, nommé le barrage Guri-Simon Bolivar. Il s’agit du quatrième barrage le plus puissant au monde avec 10 200 MW.  Il est difficile à l’heure actuelle d’obtenir des données (fiables) concernant la production d’énergie électrique de ce barrage, mais selon Leonardo Vera, professeur de l’université centrale du Venezuela (UCV), seulement onze des vingt turbines installées sont aujourd’hui en fonctionnement.  

En 2009, l’ex-président Hugo Chávez avait promis que pour l’année 2011, le Venezuela aurait le système électrique le plus performant du continent. Pourtant, en 2018, la député Nora Bracho, membre de la commission de gestion et des services de l’assemblée nationale, a expliqué que les fonds d’investissement nécessaires au développement et à la modernisation du système électrique du pays s’élevaient à 40 milliards de dollars. Pourtant, les gouvernements de Chávez puis de Maduro ont investi plus de 100 milliards de dollars dans le projet.

Pendant plus de 50 heures, la majorité des villes n’avait pas d’énergie. Le Venezuela s’est trouvé dans la pénombre totale ces derniers jours. À cette heure, plusieurs villes n’ont pas encore d’énergie électrique (comme dans l’État Zulia ou Amazonas), ou ne bénéficient que d’un service partiel (notamment à Caracas). 

Des manifestations ont eu lieu le samedi 9 mars, ainsi que le mardi 12 mars 2019. Le but était de réclamer au gouvernement Maduro de pallier la crise énergétique. Plusieurs faits irréguliers se sont reportés dans les villes vénézuéliennes, dont des pillages de commerces (Zulia et district capital), et certains marchés facturaient leurs marchandises en dollars (acte illégal). Les services de base (eau et gaz) ainsi que le service de téléphonie et internet ont été impactés de ce fait. Les habitants les plus démunis de Caracas ont dû prélever de l’eau dans la rivière contaminée qui traverse la capitale (Guaire) pour satisfaire leurs besoins.       

Le dimanche soir, le député de l’Assemblée nationale, Juan Manuel Olivares (Primero Justicia) a établi un bilan de 21 personnes mortes à cause de la panne nationale du service électrique, notamment des personnes qui étaient hospitalisées (dont 6 nouveau-nés). 

En raison de ces faits, le président Maduro a déclaré jours de non-travail du vendredi 8 mars au mercredi 13 mars 2019. Quant à Guaidó et au parlement, ils ont décrété un état d’alerte nationale. D’après le président par intérim, le dernier weekend a entraîné des dégâts qui s’élèvent à 400 millions de dollars (endommagement des plans énergétiques, magasins pillés). Il a soumis un décret qui a été approuvé par l’Assemblée nationale, qui consiste à : mobiliser les forces de l’ordre pour protéger les installations de CORPOELEC, solliciter de l’aide à des experts internationaux, ordonner au personnel public de coopérer avec le secteur privé, proposer des plans d’économie de combustible et l’arrêt immédiat de l’approvisionnement de pétrole et de ses dérivés à Cuba. Le décret durera 30 jours et pourra être prolongé de 30 jours.

Entre temps, une équipe de cinq personnes (dont on ne connaît pas les noms) envoyée par la Haute Commissionnée des droits de l’homme, Michelle Bachelet, est arrivée ce week-end à Caracas. L’équipe échangera avec des membres du gouvernement Maduro, de Guaidó, des organisations de la société civile ainsi qu’avec des victimes de violation de leurs droits fondamentaux. L’objectif majeur de cette visite est d’évaluer la situation sociale mais aussi de planifier une éventuelle visite (accès sans entrave) de Mme Bachelet au Venezuela.

Gilberto Andrés OLIVARES

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Juan Guaidó obtient un massif soutien international pour destituer Nicolás Maduro

Une tension accrue samedi 23 février dernier : alors qu’un camion d’aide humanitaire s’apprêtait à franchir la frontière vénézuélienne, il a dû affronter l’opposition des forces de l’ordre qui tiraient sur la foule, soutenues par les colectivos (groupes armés de quartier). Bilan : deux morts et plus de 300 blessés de part et d’autre de la frontière avec la Colombie. Entre bolivarisme d’un côté, défense des «boliburgos» de l’autre et tentation de la demande d’intervention, le président intérimaire Juan Guaidó s’en remet à la communauté internationale.

Photo : El Universal

Le samedi 23 février dernier était un samedi de violences contre l’aide humanitaire nord-américaine. «On était heureux, on allait participer à la libération du Venezuela» raconte Josefa. Au niveau de la frontière brésilienne, ce sont douze morts, tous de la communauté Pemón, qui avaient parmi les premiers reconnu Juan Guaidó comme seul président légitime. La police vénézuélienne est parvenue à empêcher l’entrée sur le territoire de volontaires venus prendre en charge les colis de denrées alimentaires et le matériel médical, en particulier sur les ponts Simón Bolívar et Paula Santander. Ils ont été les lieux d’affrontements violents : camions humanitaires mis à feu, tirs, gaz lacrymogènes. En définitive, certains membres des forces de l’ordre se sont retrouvés immobilisés, comme terrifiés sous leurs boucliers anti-émeutes, entre les colectivos et les manifestants de part et d’autre du pont, à tel point que certains d’entre eux se sont rendus aux autorités colombiennes, désertant ainsi leurs fonctions.

Au total, ce sont dix camions humanitaires qui n’ont pas pu passer la frontière, malgré la harangue de la foule au cri de «Sí se puede», convaincue comme Luis, un fonctionnaire de Maracay, de «participer au grand changement» et prêt à «se sacrifier pour la libération» du pays. D’ailleurs, trois députés se sont même déplacés pour tenter d’entamer le dialogue avec les militaires, sans autre résultat que des blessures par balles en caoutchouc.

C’est donc un semblant de guérilla qui se constitue progressivement pour faire face aux blindés de la milice vénézuélienne. Un schéma que leurs voisins colombiens connaissent malheureusement bien ; c’est probablement la raison pour laquelle Juan Guaidó a demandé à la communauté internationale d’envisager «toutes les options» face au refus de Maduro d’accueillir l’aide humanitaire.

Face aux velléités d’ingérence étasuniennes, ce dernier a déclaré : «Que pense le peuple vénézuélien des menaces de Donald Trump ? Enlève tes pattes du Venezuela, Donald Trump. Yankee go home !… Il nous envoie de la nourriture pourrie, merci !»

La diplomatie internationale : de la condamnation de la violence à la menace d’ingérence

Alors que lundi dernier le vice-président des États-Unis, Mike Pence, annonçait des «mesures concrètes»et des «actes clairs» pour répondre à la crise vénézuélienne, et que Donald Trump ne semble toujours pas exclure une intervention militaire, Jorge Rodríguez –le ministre vénézuélien de l’Information– a raillé les défaillances de l’opposition en traitant Juan Guaidó de «marionnette» et de «préservatif usagé». Une bien maigre défense.

Plus timide que les États-Unis, l’Union européenne «demand[e] instamment aux forces de l’ordre et aux organes de sécurité de faire preuve de retenue, d’éviter le recours à la force et de permettre l’entrée de l’aide», a déclaré Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne. Préférant l’aide financière à l’aide militaire, l’UE se dit prête à accroître les fonds destinés au soutien humanitaire et au développement, mais sans mesure concrète jusqu’à présent. Quant à Emmanuel Macron, il appuie «la restauration de la démocratie» dans un tweet daté du dimanche 24 février.

Les dirigeants européens peinent à se positionner et demeurent dans une zone de flou diplomatique, n’ayant ni proclamé illégitime le président élu, Nicolás Maduro –tenant sûrement à la démocratie comme remède politique incontestable–, ni non plus déclaré Juan Guaidó putschiste. Un avis encore partagé par le Canada, la Colombie, le Paraguay, le Brésil, le Mexique et Cuba.

À la différence, Moscou s’insurge contre l’interférence étrangère, craignant un «bain de sang», tout comme la Chine qui dénonce les interventions au Venezuela. Rappelons au passage qu’elle est le premier créancier de Caracas.

En février 2018, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, avait ouvert un «examen préliminaire» sur la situation au Venezuela pour évaluer les crimes présumés qui pouvaient être du ressort de la CPI. Des belles paroles à l’ingérence, la carte géopolitique reste la même. Pendant que la crise au Venezuela continue d’éclater.

Le Groupe de Lima : une réponse pacifiste ?

Alors que Maduro avait commencé à fermer toutes les frontières du pays, Juan Guaidó se bat contre l’isolationnisme du président au pouvoir en appelant la communauté internationale à faire barrage contre la politique de Maduro.

Si les centaines de Vénézuéliens qui s’étaient rassemblés samedi, rose blanche à la main, ont échoué à faire plier Maduro, le Groupe de Lima entend bien remédier à la réélection jugée frauduleuse du président au pouvoir. Créée en 2017 pour faire face à la crise du Venezuela, l’alliance n’a pas reconnu la réélection de Maduro et onze de ses membres l’avaient exhorté le 4 février dernier à reconnaître Juan Guaidó.

La réunion des quatorze pays latino-américains et du Canada s’est tenue lundi 25 février à Bogotá et avait pour but de décider de quelle manière accentuer la pression sur le Venezuela, que ce soit par un ultimatum, des sanctions, une intervention, ou le «renforce[ment] de l’encerclement diplomatique», selon le président colombien Iván Duque.

Finalement, les États qui composent cette alliance ont réitéré «leur conviction que la transition vers la démocratie doit être menée par les Vénézuéliens eux-mêmes pacifiquement, dans le cadre de la Constitution et du droit international, et soutenue par des moyens politiques et diplomatiques, sans usage de la force». Mais avec l’appui des 365 000 membres de l’état-major des forces de sécurité et le million et demi de miliciens civils, Maduro jouit encore d’un soutien solide.

Lou BOUHAMIDI

Une semaine décisive pour l’avenir du Venezuela et l’aide humanitaire

La stratégie de Juan Guaidó et de l’opposition pour faire entrer l’aide humanitaire au Venezuela se dessine au fur et à mesure : les trois points stratégiques où arriveront les cargaisons (Cúcuta en Colombie, Roraima au Brésil et Curaçao, île des Antilles néerlandaises), recrutements de volontaires (dont médecins et étudiants en médecine), les syndicats (transporteurs et infirmières) et l’appel aux militaires de laisser entrer les cargaisons au pays. Cette semaine semble être décisive pour l’avenir du Venezuela.

Photo : El Heraldo

Le président par intérim Juan Guaidó a annoncé la semaine dernière que l’aide humanitaire rentrera «sí o sí» au pays. Pour garantir cela, l’organisation de volontaires Voluntarios x Venezuela a été mise en place. Samedi dernier, les chiffres s’élevaient à 545 014 citoyens inscrits au portail. Lors d’un événement réalisé au sein des installations du journal El Nacional, Guaidó a assermenté plus de 3 000 volontaires qui seront en charge de distribuer l’aide humanitaire aux populations les plus démunies.

En outre, plusieurs syndicats et associations ont rejoint le mouvement soutenu par le Parlement, comme les syndicats des transporteurs et des infirmières. Il est évident que tous les citoyens sont indispensables pour la reconstruction du pays sur le long terme mais surtout sur le court terme pour pallier la crise humanitaire et sociale qui secoue le pays depuis des années et qui a mis plus de 250 000 personnes en risque de mortalité due au manque d’aliments et de médicaments.

Jeudi dernier, lors de la première conférence internationale sur l’aide humanitaire au Venezuela, l’ambassadeur aux États-Unis Carlos Vecchio, désigné par Guaidó, et le coordinateur du groupe de travail des migrants de l’Organisation des États américains (OEA) David Smolansky, ont déclaré que plus de 100 millions de dollars ont été collectés. Les pays qui ont donné des fonds sont le Canada (53 millions de dollars canadiens), les États-Unis (20 millions de dollars), le Royaume-Uni (6,5 millions de livres sterlings), les Pays-Bas (1 million d’euros), l’Allemagne (20 millions d’euros), l’Espagne (3 millions d’euros), l’Union européenne (30 millions d’euros), Taïwan (500 mil dollars), la Nouvelle-Zélande (140 000 dollars) et des acteurs multilatéraux (plus de 30 millions de dollars).

Lors de cette conférence, le député et médecin Juan Manuel Olivares (Primero Justicia) a déclaré que plus de 40 000 patients atteints du cancer ne reçoivent pas de chimiothérapie, 70 000 patients atteints par le VIH ne reçoivent pas de traitement antirétroviral, qu’il existe une pénurie de traitement d’anti hypertension de 70%, 82% de pénuries d’antibiotiques et 98% de pénuries de médicaments pour des maladies neurologiques. En 2018, 68% des blocs opératoires du pays étaient hors-service et seuls 200 enfants sur 2500 ont été opérés de pathologies cardiologiques. Le système sanitaire vénézuélien est en crise et personne ne peut l’occulter. Des personnes meurent au Venezuela puisqu’elles ne peuvent pas avoir accès à des médicaments ou tout simplement à une bonne alimentation. Pour cette raison, le Parlement et son président demandent l’arrivée au pays de l’aide humanitaire.

En revanche, le gouvernement dénonce un coup d’État orchestré par les États-Unis et l’Union européenne, et qualifie l’aide humanitaire de «show», une excuse pour intervenir militairement dans le pays. La vice-présidente du pays, Delcy Rodríguez, a qualifié les médicaments et les aliments provenant des États-Unis d’«armes biologiques», contaminés et pouvant entraîner le cancer. Dans plusieurs répliques, des membres du gouvernement de Nicolás Maduro ont affirmé qu’il n’existe pas de crise humanitaire dans le pays. C’est le cas du ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza lors d’une session le 12 février dernier au siège de l’ONU à New York : «il n’y a pas de crise humanitaire mais une économie bloquée et assiégée».

Pourtant, le gouvernement a importé 933 tonnes de produits médicaux provenant de Cuba, de la Chine et de la Russie. Les conteneurs sont arrivés le 15 février dernier au port de La Guaira. Le régime dénonce un «boycott» international, nie une crise humanitaire existante et tente d’établir un dialogue avec l’opposition. Cependant, il bloque la frontière avec la Colombie (pont Tienditas, Cúcuta), il menace de mettre en prison Juan Guaidó, de dissoudre le Parlement (majorité opposition) et il évite l’entrée au pays d’une commission du parlement européen (dirigée par Esteban González Pons, premier vice-président du Parti populaire européen) qui allait se réunir avec le président par intérim Juan Guaidó.

Pour ces raisons, le Pape Francisco n’a pas accepté de jouer le rôle de médiateur dans une nouvelle tentative de dialogue entre le régime dictatorial de Nicolás Maduro et l’opposition. Dans la lettre, le Pape Francisco s’adresse à «monsieur» Maduro et regrette que «malheureusement, elles [les réunions] se sont toutes interrompues parce que ce qui était décidé dans les réunions n’était pas suivi de gestes concrets pour réaliser les accords» en se référant au dialogue d’octobre 2016. Le dialogue est qualifié comme impossible par l’opposition, qui est soutenue par les démocraties occidentales.

Samedi dernier, trois avions cargo militaire C-17 de l’armée de l’air des États-Unis sont arrivés à la ville de Cúcuta en Colombie à la frontière avec le Venezuela. Les avions étaient chargés de 250 tonnes d’aliments, de médicaments et d’articles d’hygiène. Mais ce ne sera pas le seul chargement qui arrivera en Colombie de la Usaid, l’ambassade américaine en Colombie a affirmé que des packs de soins d’urgence arriveront cette semaine et que plus d’approvisionnements sont en train d’être préparés dans des entrepôts à Miami et à Houston pour être distribués dans la région. De plus, le sénateur républicain Marco Rubio est arrivé dimanche dernier à Cúcuta afin de suivre l’avancement de l’opération. Il est impératif de rappeler que ce sénateur est l’une des figures majeures dans la transition au Venezuela, ainsi que John Bolton, conseiller à la sécurité nationale, et Elliott Abrams, conseillé pour les affaires étrangères).

Le régime de Maduro est de plus en plus isolé et a peu de marge de manœuvre. La banque russe Gazprombank a gelé les comptes de PDVSA (entreprise pétrolière vénézuélienne) dimanche dernier d’après Reuters Latam, mais l’institution bancaire ainsi que PDVSA ont nié les faits. Ce fait est sûrement dû aux sanctions économiques que les États-Unis vont annoncer contre les institutions qui faisaient des échanges commerciaux avec PDVSA.

Le samedi 22 février, un concert de bienfaisance aura lieu dans la ville de Cúcuta avec l’objectif de collecter des fonds pour contribuer à l’aide humanitaire au Venezuela. Le concert est organisé par le multimillionnaire britannique Richard Branson et comptera avec plusieurs artistes nationaux comme internationaux : Carlos Vives, Fonseca, Juanes, Nacho, Alesso (Dj), Rudy Mancuso, Ricardo Montaner, Mau y Ricky, Camilo, Danny Ocean, Alejandro Sanz, Anitta, Luis Fonsi, Miguel Bosé, Chyno Miranda, Peter Gabriel, Diego Torres, Maluma, Mana et Carlos Baute. Le concert sera diffusé en direct sur internet afin d’attirer l’attention internationale. Il se déroulera de 10h à 16h30, heure locale. De plus, la plateforme VenezuelaAidLive est lancée afin de collecter 100 millions de dollars en 60 jours : https://venezuelaaidlive.com/

Gilberto Andrés OLIVARES

Juan Guaidó défend l’arrivée de l’aide humanitaire au Venezuela pour le 23 février

L’armée nationale vénézuélienne a bloqué le pont de Tienditas de Cúcuta, située à la frontière entre le Venezuela et la Colombie. Cúcuta est un des trois points stratégiques désignés par le président Juan Guaidó pour recevoir l’aide humanitaire, cependant bloqué depuis le 6 février par des conteneurs et une barricade improvisée.

Photo : Juan Guaidó/Twitter

L’explication avancée par l’armée nationale ? Empêcher une invasion étrangère. Difficile de croire que trois containers vont empêcher une supposée invasion étrangère, mais la question n’est pas là. Nicolás Maduro qualifie cette aide humanitaire de «show» orchestré par les États-Unis et l’Union européenne, qui viendrait humilier le peuple vénézuélien. Mais la réalité est bien différente.

Il y a entre 250 000 et 300 000 Vénézuéliens en danger de mort à cause de la malnutrition, et l’aide humanitaire serait en l’occurrence la seule solution pour sauver la vie de ces Vénézuéliens. Néanmoins, l’aide commence à arriver. Le 12 février, Juan Guaidó a annoncé depuis son compte Twitter que la première cargaison d’aide humanitaire venait d’arriver : plus de 85 000 suppléments alimentaires pour enfants et 45 000 pour des femmes enceintes. Ces suppléments ont été donnés à l’AVESSOC, une association qui gérant les centres de santé, qui prendra en charge la distribution.

Le premier pas, qui est souvent le plus difficile, a déjà été franchi. Tout semble indiquer que l’aide humanitaire va continuer son long chemin jusqu’aux maisons des Vénézuéliens les plus démunis. Guaidó a annoncé le 11 février que le deuxième point stratégique pour distribuer l’aide sera Roraima, une région à la frontière avec le sud-est du Venezuela, et que le troisième point serait une île dans les Caraïbes dont le nom n’a pas encore été annoncé.

Ce qui change complètement la situation, ce sont les déclarations du président par intérim lors des manifestations du 12 février, jour de la jeunesse au Venezuela. Juan Guidó a fixé une date pour l’arrivée du reste de l’aide humanitaire : le 23 février. Il a expliqué que c’est à cette date que l’aide humanitaire continuera de rentrer sur le territoire. Il a fait aussi appel aux bénévoles qui souhaitent aider à distribuer cette aide. Il compte jusqu’à présent avec plus de 250 000 inscrits et espère dépasser le million de bénévoles avant la date indiquée.

À la suite de cette annonce, il souligne que l’organisation sera clé pour distribuer correctement l’aide humanitaire et c’est pour cela qu’il y aura entre samedi et dimanche de cette semaine la mise en place de campements humanitaires pour expliquer aux bénévoles comment va se dérouler la journée du 23 février. Finalement, Guaidó a annoncé que l’armée nationale avait jusqu’au 23 février pour aller du côté du peuple vénézuélien et ainsi aider à la mobilisation de l’aide humanitaire. Il a également envoyé un message direct à Nicolás Maduro, lui sommant de quitter le pays, et lui affirmant qu’il ne pourra plus entraver la transition puisqu’il est désormais impossible de l’arrêter.

Le régime de Maduro continue de vouloir empêcher l’entrée de l’aide humanitaire en renforçant la présence de l’armée à la frontière avec la Colombie ; plus de 700 agents de la FAES (forces spéciales) ont été mobilisés cette semaine à Tienditas. Cette utilisation de l’armée vénézuélienne pour intimider le peuple est un grand classique du régime, mais cette fois-ci Maduro compte renforcer davantage son pouvoir en annonçant qu’il allait acheter plus d’armes et réaliser plus d’exercices militaires. Diosdado Cabello, le président de l’Assemblé nationale constituante, a exprimé à plusieurs reprises le fait que l’armée soit prête à s’engager dans un affrontement avec les militaires étrangers s’ils essayaient de rentrer dans le pays pour distribuer l’aide humanitaire.

Il faut aussi souligner que le régime fait appel aux Colectivos (mercenaires) pour intimider le peuple. Ils sont par exemple allés le lundi 11 février à l’ambassade des États-Unis à Caracas pour essayer d’intimider les quelques membres du corps diplomatique qui sont encore au Venezuela. Le régime essaye donc par tous les moyens de propager la terreur. En revanche, de nombreux militaires ont déclaré publiquement qu’ils étaient contre le régime de Maduro. Parmi les derniers, le colonel Rubén Alberto Paz Jiménez explique que «plus de 90% des forces armées sont en désaccord avec la situation, et qu’elles sont utilisées pour maintenir Maduro et son régime au pouvoir». Même si les déclarations des militaires contre Maduro sont sporadiques, cela montre encore une fois que le régime est de plus en plus seul.

En ce qui concerne la scène internationale, ce sont les États-Unis et les membres du gouvernement de Donald Trump qui ont témoigné le plus de soutien sur les réseaux sociaux et par le biais de nombreuses sanctions économiques aux membres du régime de Maduro afin d’exercer ainsi une pression de plus en plus importante. Marco Rubio, sénateur de la Floride, expliquait lundi que le futur de la démocratie du Venezuela dépendrait des actions de six militaires de plus haut rang : le général Vladimir Padrino López, l’amiral Remigio Ceballos, le major Jesús Rafael Suárez Chourio, l’amiral Giuseppe Alessandrello Cimadevilla, le major Edgar Valentín Cruz Arteaga et le major Antonio Benavides Torrez. Il a ajouté que la meilleure option pour Maduro était de quitter le Venezuela et ainsi partir dans un de ses pays alliés, à savoir Cuba, la Russie, la Turquie, l’Iran ou même le Mexique.

En revanche, la situation de Diosdado Cabello est très différente à cause des nombreuses preuves qui le relient au trafic de drogues depuis 2015 au moins, d’après le Wall Street Journal et l’ABC d’Espagne. Pour Rubio, son avenir est clair : la prison. Mais tout n’est pas perdu pour les militaires puisque l’Assemblée nationale a introduit la loi d’amnistie le 16 février. Cette loi figure dans les articles 333 et 350 de la Carta Magna du Venezuela et offre un pardon aux forces armées qui souhaitent aider le gouvernement du président par intérim Juan Guaidó à faciliter la mobilisation de l’aide humanitaire. Il faut souligner que cette loi d’amnistie ne s’applique pas à ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité.

Venezuela, vamos bien.

Nicolás OLIVARES PEREDA 

Tous les ingrédients sont réunis pour une transition démocratique au Venezuela

Le caractère démocratique de l’opposition vénézuélienne est visible à travers les consignes du président de l’Assemblée nationale et président par intérim Juan Guaidó : «cessation de l’usurpation du pouvoir, gouvernement de transition et élections démocratiques et libres». La majorité de la population désire un processus électoral libre et démocratique pour changer l’avenir du pays et résoudre enfin la crise cataclysmique qui secoue le Venezuela depuis des années (le salaire minimum en 2018 ne permettait d’acheter que 600 calories, contre 60000 en 2012 d’après l’ENCOVI).

Photo : Rayner Peña R./El Pitazo

Toutes les actions de l’opposition vénézuélienne ont un caractère démocratique et respectent la Constitution de 1999. Les Vénézuéliens désirent un changement politique radical dans le pays afin de récupérer les institutions. Pour toutes ces raisons, le peuple du pays sud-américain a décidé en 2019 de manifester et de rejeter le pouvoir illégal que détiennent Nicolás Maduro et le Parti socialiste (PSUV).

Les manifestations grandioses du 23 janvier 2019 dans tout le pays, orchestrées par l’opposition, avaient pour objectif de soutenir Juan Guaidó qui prit ainsi, de manière transitoire, le pouvoir exécutif national par le biais des articles 233, 333 et 350 de la Constitution vénézuélienne. Mercredi dernier, les principales rues et avenues du pays étaient remplies de personnes de tous âges et strates sociales qui souhaitaient une seule chose : des élections libres.

Le samedi 2 février, l’opposition a montré de manière très évidente que la majorité de la population désirait un changement et soutenait vivement le président par intérim Juan Guidó. D’après Torino Capital, environ 800 000 personnes étaient présentes sur l’avenue principale de Las Mercedes à Caracas (ville qui possède environ 2 millions d’habitants) pour écouter les discours de plusieurs représentants des communautés européennes au Venezuela, dont l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Allemagne et les Pays-Bas, ainsi que quelques mots prononcés par Juan Guaidó.

Le choix d’organiser cet événement à cette date vient du fait que, le jeudi 31 janvier, le Parlement européen a reconnu Guaidó président légitime à la suite d’une élection qui a eu pour résultat 439 votes pour, 104 contre et 88 abstentions. En ce qui concerne l’Union européenne, Federica Mogherini, Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a affirmé que ce n’est pas une affaire communautaire de reconnaître ou pas Guaidó mais à chaque pays de l’Union de le faire indépendamment.

En revanche, un groupement de pays européens comme latino-américains a été désigné pour accompagner le Venezuela à travers un processus pacifique et démocratique afin de dépasser la crise. Ce groupe est composé par la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, l’Italie et la Suède pour les pays européens, et par l’Équateur, le Costa Rica, l’Uruguay et la Bolivie en ce qui concerne l’Amérique latine. D’autres pays pourront éventuellement le rejoindre par la suite. Le groupe a 90 jours pour atteindre les objectifs fixés, sinon le projet sera clos. L’objectif majeur est de permettre aux Vénézuéliens de voter et de choisir un nouveau président de manière constitutionnelle et libre.

De plus, pour permettre à la population la plus démunie d’accéder à des biens de première nécessité et à des soins médicaux, Juan Guaidó et le parlement vénézuélien ont approuvé l’entrée au pays de l’aide humanitaire en provenance majoritairement des États-Unis (20 millions de dollars) et de l’Union européenne (35 millions d’euros). Lors de la manifestation, Guaidó a affirmé que les points stratégiques où arrivera l’aide humanitaire sont des villes frontalières en Colombie, au Brésil et sur une île des Caraïbes, mais il n’a pas osé en dire plus. L’arrivée de cette aide est prévue dans les prochains jours, comme le suggèrent les mouvements militaires américains à la frontière colombienne. La crise humanitaire est un des problèmes à résoudre d’urgence. D’après l’Office for the Coordination of Humanitarian Affairs de l’ONU (OCHA), en 2017, 6 Vénézuéliens sur 10 ont perdu 11 kg en une année à cause d’un manque d’aliments et 1,3 million de personnes souffriraient de malnutrition dans le pays.

Jeudi dernier, lorsque les parlementaires exposaient le «plan pays» à l’Université centrale de Caracas (UCV), des membres de l’unité de police spéciale FAES (Fuerzas Especiales de la Policía Nacional Bolivariana) sont rentrés de manière arbitraire et sans ordonnance judiciaire dans la maison de la mère de Fabiana Rosales, épouse de Juan Guaidó, où se trouvait leur fille de 20 mois. Guaidó a dénoncé les faits et a immédiatement dit qu’il accusait le FAES de toute atteinte contre la vie de sa petite fille. Il a quitté les lieux quelques instants après pour se rendre chez sa belle-mère et retrouver sa fille. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement essaie de porter atteinte au président par intérim. Le 29 janvier, le Tribunal suprême de justice (TSJ) a prononcé une mesure provisoire à son encontre : il ne peut désormais plus sortir du pays sans autorisation, ses comptes bancaires ont été bloqués sur le territoire national et ses biens ne peuvent être aliénés ni hypothéqués. Le tribunal a seulement affirmé que cette mesure était due aux «actes terroristes» commis lors du 23 janvier 2019, mais aucun détail ni information sur les faits n’ont été donnés. Sans tarder, John Bolton, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, s’est prononcé : «Ceux qui tentent de saboter la démocratie et de s’en prendre à Guaidó en subiront les conséquences

Le régime de Nicolás Maduro tente de s’accrocher au pouvoir, mais cela lui est de plus en plus difficile. Le 25 janvier, le parlement a voté la loi d’amnistie et de garanties constitutionnelles pour les militaires et civils qui aident à la restitution de l’ordre constitutionnel. C’est-à-dire une loi qui pardonne tous les militaires et civils qui soutenaient illégalement le gouvernement mais qui décident de ne plus le faire, afin de rétablir la démocratie et la séparation des pouvoirs, à l’exception de ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité. C’est une loi assez dangereuse pour le régime de Maduro puisqu’elle peut conduire les militaires à ne plus le soutenir, même si cette loi s’adresse surtout aux militaires de bas et moyen rang. Peu à peu, quelques militaires se sont déjà prononcés et soutiennent le nouveau chef du gouvernement. C’est le cas du général d’aviation militaire Francisco Esteban Yánez Rodríguez ou de l’attaché militaire à l’ambassade de Washington, le colonel José Luis Silva Silva. La réponse de Maduro a été de réaliser des événements militaires dans diverses bases du pays, afin de parler directement aux soldats et demander leur soutien. En revanche, au fur et à mesure, les forces de l’ordre n’obéissent plus aux ordres de Maduro, comme cela a été le cas lors des manifestations du 2 février dans la ville de Barquisimeto dans l’État de Lara, où des membres de la police (PNB) ont décidé de ne pas réprimer les manifestants.

Pourtant, en quelques mois de manifestations «pacifiques», 35 personnes ont été tuées d’après une ONG vénézuélienne (OVCS) et plusieurs centaines sont en prison. Parmi ces dernières, 77 sont des mineurs qui ont entre 12 et 16 ans d’après l’ONG Foro Penal. En outre, plusieurs journalistes étrangers ont également été emprisonnés illégalement ces derniers jours : deux journalistes français de l’émission Quotidien de TMC, Pierre Caillé et Baptiste des Monstiers, ou les reporter et cameraman chiliens Rodrigo Pérez et Gonzalo Barahona.

La réponse de Maduro pour rester au pouvoir et dépasser la crise serait d’avancer les élections parlementaires prévues pour 2020 afin d’élire de nouveaux députés à l’Assemblée nationale, seule institution qui ait été élue légitimement par le peuple en décembre 2015.

On ne peut pas connaître l’avenir du Venezuela et de son peuple, et pourtant on peut dire qu’en ce moment, tous les éléments pour une transition démocratique et pacifique y sont présents : soutien de la majorité de la population, pression de la part de la communauté internationale, mécontentement général des forces de l’ordre et un projet clair pour la reconstruction du pays. L’arrivée au pays de l’aide humanitaire dans les jours qui suivent sera peut-être l’élément déclencheur du changement. Les jours à venir seront décisifs pour la liberté, la paix et la démocratie au Venezuela. ¡Viva Venezuela libre!

Gilberto ANDRÉS OLIVARES

Nicolás Maduro prêt à des législatives anticipées mais pas à remettre son mandat en jeu

Nous avons retardé nos parutions dans l’attente d’un article d’un de nos correspondants à Caracas. Nous avons décidé de garder ses impressions pour la prochaine newsletter et nous transcrivons ici une synthèse des dernières déclarations sur la crise institutionnelle vénézuélienne au cœur de l’actualité internationale de ces derniers jours.

Photo : El Popular

Dans une dépêche de ce mercredi, Euronews signale qu’il ne se passe plus un jour sans que la télévision d’État ne diffuse des images du président vénézuélien aux côtés des militaires. Le message est clair : le soutien de l’armée est sans faille. Nicolás Maduro continue aussi d’accuser les États-Unis. Donald Trump aurait donné l’ordre au «gouvernement colombien et aux mafias colombiennes» de le «faire tuer». «C’est la première fois dans l’histoire que ça arrive, a martelé Nicolás Maduro dans une interview. C’est dire le niveau de désespoir à la Maison blanche, parce qu’ils n’y arrivent pas avec le Venezuela. C’est très délicat. Qu’est-ce que je fais, moi ? J’exerce mon leadership, en tant que commandant en chef, constitutionnellement reconnu.»

L’homme fort du Venezuela se dit prêt à négocier avec l’opposition et à convoquer des législatives anticipées mais il exclut de remettre son mandat en jeu, se targuant d’avoir des soutiens de poids. «Nous avons le soutien de la Russie, à tous les niveaux, assure-t-il. Et nous le recevons avec beaucoup de satisfaction et de gratitude. Ce que j’ai demandé au président Poutine, c’est que l’on maintienne un contact permanent.» L’opposant Juan Guaidó compte, lui, sur le soutien des États-Unis et d’une bonne partie des pays occidentaux mais il joue gros. La Cour suprême lui a interdit de quitter le pays et a gelé ses comptes bancaires.

Pour sa part, le journal économique Les Échos se demande pourquoi la crise au Venezuela ne fait pas flamber les cours du pétrole. La crise au Venezuela n’affole apparemment pas les marchés pétroliers. Le prix du baril de WTI comme celui du brent étaient en hausse mercredi en fin d’après-midi. Mais en dépit de l’annonce d’un embargo américain sur les exportations de brut vénézuélien, les cours de l’or noir n’ont presque pas bougé depuis que l’opposant au régime chaviste a défié le chef de l’État.

Cette stabilité a de quoi surprendre. Le Venezuela dispose des plus importantes réserves de pétrole du monde et exporte un demi-million de barils par jour vers les États-Unis, son premier client, malgré la chute spectaculaire de la production ces dernières années provoquée par la déliquescence de ses infrastructures pétrolières.

Radio Canada revient quant à elle sur les partisans du président autoproclamé du Venezuela qui ont défilé mercredi à Caracas et dans de nombreuses autres villes sous forme de rassemblements entre midi et 14 h pour répondre à l’appel de Juan Guaidó et convaincre l’armée d’abandonner Maduro, avec des slogans comme «Forces armées, retrouvez votre dignité», «Guaidó président» ou «Maduro usurpateur» ; l’institution militaire constituant le pilier du pouvoir de Nicolás Maduro depuis 2013.

Les prochaines semaines seront décisives pour l’avenir du Venezuela qui se joue désormais sur la scène internationale. Où mèneront les pourparlers acceptés avec l’opposition et dans quelle mesure les médiateurs internationaux participeront ? Car si Nicolás Maduro se dit prêt à considérer des élections législatives anticipées, il ne faudrait pas oublier qu’il a réitéré son refus qu’une élection présidentielle ait lieu avant 2025. À suivre…

M. L.
D’après la presse

Une manifestation nationale contre l’usurpation de pouvoir de Maduro prévue le 23 janvier

Le 10 janvier, Nicolás Maduro a été réinvesti président de la République bolivarienne du Venezuela pour un second mandat 2019-2025. La cérémonie a eu lieu au Tribunal suprême de justice (TSJ) et le serment a été présidé par Maikel Moreno. Seuls cinq présidents ont assisté à la prise de pouvoir de Maduro : Miguel Díaz-Canel de Cuba, Evo Morales de Bolivie, Daniel Ortega du Nicaragua, Salvador Sánchez du Salvador ainsi que Anatoly Bibilov d’Ossétie du Sud.

Photo : Prensa Presidencial/Miraflores

Parmi les invités à l’investiture étaient présents Mohammed Sanussi Barkindo, secrétaire général de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), Han Changfu, ministre de l’Agriculture de la Chine, Amir Hatami, ministre de la Défense de l’Iran, entre autres figures politiques. Mais les États-Unis, les membres du Groupe de Lima ainsi que l’Union européenne ne reconnaissent pas Nicolás Maduro comme président légitime du Venezuela et déclarent urgent que le parlement convoque de nouvelles élections libres et démocratiques dans le pays.

À la suite de la prise de pouvoir de Maduro, l’Assemblée nationale, composée principalement de députés de l’opposition (112 sur 167 sièges), a déclaré illégitime son nouveau mandat. Le nouveau président du parlement, Juan Guaidó, a convoqué une manifestation nationale le 23 janvier prochain pour dénoncer la fraude électorale et l’illégitimité de Maduro. Le 23 janvier est une date historique pour la démocratie vénézuélienne : c’est le jour où le dictateur Marcos Pérez Jiménez a été renversé lors d’un mouvement civico-militaire en 1958 et que la démocratie a pu s’installer dans le pays.

Depuis quelques années, la démocratie périclite au Vénézuela. La séparation des pouvoirs est de plus en plus contestée, comme l’utilisation du Tribunal suprême de justice pour persécuter les opposants au régime, notamment lors du procès contre Leopoldo López en juillet 2014. De plus, cette institution s’attribue les fonctions de l’Assemblée nationale, jugée outrageuse depuis 2016 après l’incorporation de quatre députés d’Amazonas qui avaient prétendument acheté des votes. Le pouvoir législatif au Venezuela passe désormais par le TSJ, présidé par Maikel Moreno, magistrat lourdement sanctionné financièrement et diplomatiquement par la communauté internationale. Le pouvoir détenu par l’Assemblée nationale est de plus en plus limité de ce fait et perd progressivement le soutien du peuple. D’où la nécessité de l’opposition de se refonder et de mettre en avant de jeunes figures qui puissent remonter le moral de la société vénézuélienne face à l’intense crise que subit le pays.

Juan Guaidó est un ingénieur industriel et homme politique de 35 ans, député de la région de Vargas pour le partiVoluntad Popular, le même parti que celui de Leopoldo López. Le 5 janvier dernier, il a été élu président de l’Assemblée nationale pour la période 2019-2020. Il fait partie de la génération des jeunes étudiants qui a été lourdement réprimée lors des manifestations de 2007 contre le référendum constitutionnel proposé par Hugo Chávez. Juan Guaidó compte avec le soutien de la communauté internationale ; Luis Almagro, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) lui a fait ses compliments lors de son investiture le 5 janvier dernier.

Dimanche dernier, il a été détenu pendant quelques heures par les services de renseignements du gouvernement (SEBIN). Il a été libéré peu de temps après et a affirmé qu’il n’avait pas peur, lors d’un rassemblement politique dans le quartier de Caraballeda situé dans la région de Vargas à 40 km de la capitale.

Le 23 janvier est une date symbolique pour le Venezuela et surtout pour sa démocratie. L’Assemblée nationale ainsi que tous les opposants au régime encouragent cette manifestation, qui est censée atteindre «tous les coins du pays» pour lutter contre l’usurpation du pouvoir et le retour à la démocratie au Venezuela.

Gilberto OLIVARES

Le Venezuela et les quatre vérités des Amériques face au nouveau mandat de Nicolás Maduro

Le 10 janvier 2019, Nicolás Maduro a solennellement et officiellement entamé sa mandature de président du Venezuela. Cette prise de fonction a provoqué un tremblement médiatique et émotionnel international, révélateur en quatre vérités des contradictions et des enjeux qui divisent les puissants de ce monde, bien davantage que du quotidien dramatique des Vénézuéliens, générateur d’un exode inédit sur le continent américain.

Photo : RTVE

Première des quatre vérités : le Venezuela est un pays relativement modeste, par sa superficie comme par sa population et son périmètre économique. Il dépend des exportations quasi exclusives d’un seul produit, le pétrole. Le pétrole lui donne, selon les aléas des prix du baril, finances et influence, ou au contraire le plonge dans des crises cycliques internes brutales et déstabilisatrices, au même titre que la quasi totalité des pays membres de l’OPEP qui vivent les mêmes contraintes. Le Venezuela est aujourd’hui en période de chute prolongée des cours. Il n’a jamais su/pu développer une économie alternative. Il en paye un prix élevé. Incapable de financer les importations nécessaires à son train de vie, le Venezuela, victime d’une inflation à plusieurs zéros, plonge ses habitants dans la disette. Ils sont un, deux (?) millions aujourd’hui ayant migré vers des horizons supposés meilleurs de la Colombie au Chili. Ils pourraient être trois, quatre millions dans quelques mois selon les Nations unies.

Deuxième vérité : les «élites», ou supposées telles, qui dirigent le pays, comme celles qui s’expriment en ordre dispersé au nom des oppositions, se disputent avec ardeur et intolérance un pouvoir dont les bases fondent de mois en mois. Dans son discours, le président Maduro a directement interpellé les siens pour qu’ils se mobilisent contre la corruption. Les opposants appellent l’armée à se soulever, et courtisent des chefs d’État supposés les mieux à même de faire avancer leur cause, le Nord-Américain Donald Trump et le brésilien Jair Bolsonaro. Des choses qui intéressent de moins en moins les citoyens du commun qui ont choisi de quitter un bateau qui prend l’eau apparemment sans retour.

Troisième vérité : pour son malheur, le Venezuela est devenu le panache blanc permettant de rallier des gouvernements droitiers et au-delà, en panne de dénominateur commun. Ils ont contribué à désarticuler un peu plus un monde en désordre, sortant de l’accord de Paris sur le réchauffement climatique ou refusant de participer au pacte de Marrakech sur les migrations, comme le Brésil, le Chili et les États-Unis. Ils ont mis un coup de frein brutal sur les processus de coopération interaméricaine, CELAC, MERCOSUR ou UNASUR. Tous cherchent à diaboliser les compromis sociaux mis en place par leurs prédécesseurs. Au nom des libertés, de l’anticommunisme… et de l’antichavisme. C’est tout à la fois la chance et le malheur de Nicolás Maduro. Le Venezuela est mis à l’index, conspué et présenté, avec la complicité des grands médias, comme le mouton noir, celui dont vient tout le mal. Mais étant le ciment indispensable aux politiques libérales et socialement régressives de Bolsonaro, Macri, Piñera et autre Trump, il ne sera certainement jamais envahi militairement. Le sort des milliers de réfugiés économiques vénézuéliens est le cadet des soucis des chefs d’État argentin, brésilien, chilien comme états-uniens. Il suffit de se reporter au texte de la déclaration adoptée le 4 janvier 2019 par les 14 gouvernements du Groupe de Lima. Le sort des migrants est relégué tout au bout du communiqué final, en point 9 sur les 13 présentés.

Quatrième vérité : il y a oui, quand même, un enjeu global. La rareté des ressources est à l’origine d’une compétition montante entre puissances. Chine, Russie, Iran, Turquie sont de plus en plus présents en Amérique latine, comme ils le sont d’ailleurs en Afrique. Ces nouveaux venus disputent les biens primaires de ces continents aux prédateurs historiques, États-Unis et Europe. Toute situation de crise, comme celle du Venezuela, offre une opportunité d’OPA. La Chine, la Russie, la Turquie, l’Iran étaient présents à Caracas le 10 janvier 2019 pour signaler combien ils sont attachés à la défense de la non-ingérence et à la souveraineté des peuples et des nations ; répondant ainsi sur le terrain des grands principes, à la démocratie et aux libertés, avancés six jours plus tôt à Lima, par le groupe de pays américains liés aux États-Unis[1].

La morale de ces journées des dupes a incontestablement été tirée par Andrés Manuel López Obrador, nouveau président du Mexique, qui a rappelé en termes simples les éléments indispensables à la paix et à la coopération entre États. «Nous ne nous mêlons pas des affaires internes des autres pays, parce que nous ne voulons pas que les autres mettent leur nez dans ce qui regarde les seuls Mexicains. […] Le Mexique considère que la seule option à retenir est celle du dialogue, de la médiation et non de l’isolement

Jean-Jacques KOURLIANDSKY


[1] Le Groupe de Lima est composé de quatorze pays : l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa-Rica, le Guatemala, le Guyana, le Honduras, le Mexique, Panama, le Paraguay, le Pérou, Sainte-Lucie.

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