Archives des catégories :

Argentine

G20 en Argentine : un sommet axé sur le climat et le commerce mondial

Les vingt poids lourds de la politique internationale se sont réunis à Buenos Aires, vendredi 30 novembre et samedi 1er décembre, au moment où l’économie globale s’essouffle, la récession frappe le moral des Argentins, et une guerre commerciale risque d’envenimer les relations sino-étasuniennes déjà tendues.

Photo : Major-Prepa

Plusieurs problèmes étaient en jeu à Buenos Aires, allant des tensions politiques à la concurrence économique, en passant par le conflit entre l’Ukraine et la Russie, l’accord de Paris sur le climat, et la présence encombrante du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Donald Trump devait rencontrer Vladimir Poutine pour une réunion aux enjeux essentiels. Mais l’imprévisible président américain a finalement annulé la rencontre une heure après avoir confirmé qu’elle aurait lieu, et pour cause : l’incident au large de la Crimée, cinq jours auparavant, entre trois navires militaires ukrainiens et les forces de l’ordre russes. Le Kremlin a «regretté» la décision de Trump, estimant que «les discussions sur des questions internationales et bilatérales graves sont reportées indéfiniment».

La solution pacifique de ce conflit frontalier reste donc un préalable à la reprise des discussions pour un nouveau partenariat Russie-USA. Sauf que pour Vladimir Poutine la guerre va continuer. En effet, d’après le chef du Kremlin, les autorités ukrainiennes font tout pour que le conflit perdure afin de rester au pouvoir.

Ce 13e sommet a été marqué par la franche camaraderie entre le président russe et Mohammed ben Salmane. Les deux dirigeants se sont mis d’accord pour prolonger la baisse de la production du pétrole, alors que les enquêtes menées par la CIA soupçonnent le prince saoudien d’avoir été le commanditaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à l’ambassade de l’Arabie saoudite à Istanbul. Pour sa part, Donald Trump a déclaré une nouvelle fois que, quel que soit le résultat des enquêtes, «l’Arabie saoudite restera un partenaire inébranlable des États-Unis».

À propos de la transition énergétique et le climat, des tensions se sont fait sentir au centre des débats. Dans un texte communiqué à la fin du sommet, les membres du G20 signataires de l’accord de Paris ont souligné que celui-ci était «irréversible», et ils «s’engagent à sa pleine mise en œuvre» en l’adaptant toutefois aux «capacités respectives, au vu des diverses situations nationales». Un bilan plutôt mitigé, si l’on tient compte que certains pays hésitaient à confirmer leur engagement, tandis que l’administration Trump, comme déjà l’an dernier au G20 de Hambourg, n’a pas cédé aux exigences climatiques. «Cette coalition s’effiloche. Des pays comme la Turquie, l’Arabie saoudite, la Russie, pourraient commencer à s’interroger» sur cet engagement, a déclaré une source de la Maison-Blanche.

Mais ce sommet s’annonçait surtout crucial pour l’avenir des relations entre Washington et Pékin et leurs répercussions sur le commerce mondial. «Le risque est celui d’un tête-à-tête entre la Chine et les États-Unis et d’une guerre commerciale destructrice pour tous», avait averti Emmanuel Macron dans une interview publiée dans un quotidien argentin. Le président français a aussi évoqué le risque certain d’un «délitement» de l’OMC (Organisation mondiale du commerce).

Pourtant, depuis des mois de guerre commerciale, Donald Trump et le président Xi Jimping ont trouvé un accord in extremis, mais certes temporaire : la Chine et les États-Unis se sont engagés à ne pas imposer de nouveaux droits de douane sur les importations, et sur des négociations portant par exemple sur la levée par la Chine des obstacles à l’implantation sur son territoire de firmes étrangères, mais aussi sur la protection de la propriété intellectuelle, en particulier des firmes étasuniennes. Cet accord commercial va s’étendre pendant les trois prochains mois, de quoi laisser un peu de temps pour en discuter.

Par ailleurs, la confrontation États-Unis/Chine n’était qu’une manifestation parmi tant d’autres du gouffre économico-social qui sépare les grandes puissances des pays en développement qui font partie du G20, dont certains estiment avoir besoin de plus de soutien de la part des pays qui dominent le marché mondial. Depuis un certain temps, ce gouffre suscite l’intérêt des autorités de Pékin, dont les investissements commencent à s’imposer en Amérique latine, notamment face à Washington. Le continent sud-américain pourrait ainsi devenir le principal partenaire commercial du géant asiatique d’ici à la fin de la prochaine décennie.

Un exemple est révélateur à cet égard : après la clôture du sommet, dimanche dernier, le président chinois Xi Jimping a rencontré pour la cinquième fois, en moins de trois ans, son homologue argentin Mauricio Macri (un record dans l’histoire des relations sino-argentines). Les deux dirigeants se sont mis d’accord pour «ouvrir conjointement une nouvelle ère du partenariat stratégique entre les deux pays». M. Xi, qui a réitéré sa confiance dans les perspectives de croissance dans la région, a également déclaré : «dans l’actuelle conjoncture internationale complexe et à l’évolution rapide, les deux pays doivent tracer la voie des relations bilatérales avec une vision plus large […], et continuer à contribuer à la paix, à la stabilité et à la prospérité des deux pays et dans le monde entier.»

Justement, «stabilité et prospérité», sont les mots magiques que l’administration Macri tentera de scander avant les élections présidentielles de 2019, dans une ambiance de crise économique due à une politique mise en échec par deux crises monétaires, foudroyée par ce qu’on appelle «un manque de plan B» : «Le gouvernement n’a pas sécurisé l’économie pour faire face à un scénario qui était très probable : celui d’une contraction de la politique monétaire dans les pays développés. C’est le genre de chose [la dévaluation du peso argentin] qui arrive quand il n’y a pas de plan B et que l’on compte seulement sur des investissements étrangers», analyse Juan Martín Rinaldi, trader chez Balanz Capital.

Eduardo UGOLINI

Mario Sandoval, l’ex-policier franco-argentin de la dictature, sera extradé

Le gouvernement français a autorisé l’extradition vers l’Argentine de l’ex-policier franco-argentin Mario Sandoval. Ce dernier est mis en cause dans la disparition de l’étudiant Hernan Abriata, pendant la dictature, a appris mercredi l’AFP auprès d’avocats au dossier. Après un long bras de fer judiciaire, le premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, ont signé le décret autorisant l’extradition de cet homme de 65 ans exilé en France après la chute de la junte. Nous reproduisons ici un article de la Tribune de Genève.

Photo : ACAT France

Cet ancien fonctionnaire, dont la justice argentine réclame l’extradition depuis 2012 pour son implication présumée dans l’enlèvement et la disparition d’un étudiant en octobre 1976, a formé un recours devant le Conseil d’État, selon les avocats. «Ce recours n’est pas suspensif, mais il est d’usage républicain que l’État ne procède pas à une extradition avant l’examen du Conseil», qui doit se prononcer dans les prochains mois, a expliqué Me Jérôme Rousseau, avocat de M. Sandoval.

Français, mais

Mario Sandoval a obtenu la nationalité française en 1997, ce qui n’empêche pas son extradition, car il n’était pas français à l’époque des faits. L’Argentine le soupçonne d’être mêlé à l’enlèvement et la disparition le 30 octobre 1976 d’Hernán Abriata, étudiant en architecture qui fut détenu à l’École de mécanique de la marine (ESMA). Quelque 5000 personnes passées par ce centre de torture de la dictature argentine (1976-1983) ont disparu, souvent jetées depuis des avions dans le Rio de la Plata.

Tortures et séquestrations

Si l’Argentine soupçonne M. Sandoval d’avoir participé durant cette période à plus de 500 faits de meurtres, tortures et séquestrations, le dossier Abriata est le seul sur lequel elle s’appuie pour demander son extradition car elle dispose d’une dizaine de dépositions l’impliquant. En mai 2014, la Cour d’appel de Paris avait émis un premier avis favorable à l’extradition, cassé en février 2015 par la Cour de cassation. À son tour, la Cour d’appel de Versailles avait donné un avis positif en octobre 2017.

Un dernier pourvoi avait ensuite été rejeté le 24 mai. La plus haute juridiction française a estimé que l’étudiant n’étant pas réapparu depuis 1976, la prescription de la séquestration n’a pas commencé à courir car l’infraction n’avait pas pris fin de manière certaine. «Après 45 ans de lutte, la famille d’Hernán Abriata, et en particulier la mère de la victime, Beatriz, âgée de 92 ans, espèrent que cette dernière épreuve permette que Mario Sandoval réponde enfin des crimes contre l’humanité que la justice de son pays lui reproche», a réagi dans un communiqué l’avocate de l’État argentin, Me Sophie Thonon-Wesfreid.

D’après La Tribune de Genève

Cette irresponsabilité budgétaire qui plombe l’Argentine depuis vingt-cinq ans

Depuis janvier dernier, le peso argentin a perdu 50% de sa valeur face au dollar. D’ici la fin de l’année, l’inflation devrait dépasser la barre des 30%. La pauvreté touche désormais 33% de la population contre 20% il y a un peu plus de dix ans. L’Argentine vient par ailleurs de négocier le plus grand emprunt jamais octroyé par le Fonds monétaire international (FMI) : 57 milliards de dollars. C’est à se demander où sont passés les taux de croissance de presque 10% annuels des années 2000… Nous reproduisons ici un article de Gabriel A. Giménez Roche, membre de l’Eastern Economic Association et chercheur associé à l’Institut Économique Molinari, publié dans The Conversation.

Photo : La Tercera (Chili)

Qu’arrive-t-il à la troisième économie de l’Amérique latine ?

L’explication est très simple : depuis les années 1990, aucune réforme structurelle n’a été menée, le déficit budgétaire reste conséquent et les autorités usent et abusent toujours du recours à la planche à billets. Lorsque le premier gouvernement de Carlos Menem était aux affaires (1989-1995), l’Argentine était parvenue à sortir d’une situation d’hyperinflation qui perdurait depuis les années 1970-80. Le président avait lancé des réformes courageuses. D’abord, un arrêt net de la planche à billets associé à un changement de monnaie. En 1992, l’Argentine abandonnait ainsi l’austral pour adopter le peso dont la convertibilité garantissait qu’un peso soit égal à un dollar. Cette convertibilité rassurait les Argentins comme les investisseurs étrangers : l’Argentine avait, semble-t-il, retrouvé le sens de la responsabilité monétaire. Le gouvernement avait par ailleurs adopté un programme de privatisations (télécommunications, pétrole, électricité, aviation civile) pour renflouer les caisses de l’État. Ce programme avait été soutenu par des avances des principaux créanciers de l’Argentine, dont le FMI. En conséquence, l’inflation était passée de plus de 3 000 % en 1989 à 25 % en 1992, année d’introduction du peso, pour ensuite redescendre aux alentours de 5 % en 1999, à la fin du deuxième mandat de Menem.

La principale raison du succès du peso fut le redressement budgétaire, car le niveau de déficit, qui pouvait atteindre jusqu’à 14 % du PIB, encourageait les politiques inflationnistes. Or, la lutte contre le déficit était la condition sine qua non pour que les créanciers de l’Argentine acceptent de renégocier la dette et de renforcer les réserves de devises de la banque centrale. C’est pourquoi le redressement fut tangible dès la première année de l’introduction du peso. Mais à peine l’équilibre budgétaire retrouvé, les déficits repartaient à la hausse. C’est en fait le même Menem qui abandonna subrepticement la responsabilité monétaire et budgétaire pour s’assurer un deuxième mandat, de 1995 à 1999. Le gouvernement ne reviendra plus en arrière et les réserves de dollars, si nécessaires au maintien de la convertibilité, ont été consommées en quelques années.

Pendant cette période, l’Argentine n’a pas hésité à s’endetter pour financer ces déficits, d’abord auprès des banques et fonds de pension étrangers, puis auprès du FMI et finalement auprès de personne… jusqu’à l’éclatement de la crise en 2001, alors que le gouvernement de Fernando de la Rúa gouvernait le pays. Le corralito, ou plafonnement du retrait d’espèces (comme ce qu’a connu la Grèce en 2015), a duré jusqu’à la fin 2002, année qui a vu le PIB s’effondrer de 11 %. Pour la petite histoire, corralito désigne en Argentine l’enclos dans lequel on enferme le bétail avant de l’emmener à l’abattoir… Il a été suivi du corralón, la conversion forcée des dépôts en dollars des particuliers en pesos à un taux dérisoire, pour ne pas dire une confiscation de l’argent des citoyens. Ceci n’a pas empêché l’Argentine de faire défaut sur sa dette externe et de déclarer un moratoire qui ne sera levé qu’en 2016.

Une abondance inutile

En 2003, Nestor et Cristina Kirchner prennent les rênes du pays. Dans les années 2000, l’embellie des prix des matières premières (abondantes en Argentine), bénéficiaient largement aux secteurs exportateurs. Les hausses dépassaient facilement les 100 % par rapport aux périodes précédentes. Le terme de l’échange (la mesure de valeur des exportations par rapport aux importations d’un pays) a bondi de 68 % entre 2000 et 2011. Autrement dit, non seulement l’Argentine exportait beaucoup, mais ses exportations valaient énormément par rapport à ce qu’elle importait.

La fiscalité des exportations a permis de dégager les surplus budgétaires assez conséquents de l’ère Kirchner (voir le deuxième graphique). Ces excédents sont rapidement devenus la principale source de financement de plusieurs mesures populistes. Le gel des loyers, la réduction et le contrôle des tarifs de l’énergie, des carburants, ou encore des transports donnaient alors l’impression à la population que tout allait vraiment mieux qu’avant. Mais aucune réforme structurelle pour soutenir l’économie à long terme n’a été mise en place pendant cette période d’abondance. L’Argentine restait exclue des marchés internationaux, car les Kirchner refusaient de reprendre le paiement de la dette en bonne et due forme.

Dépendance aux matières premières

À cette époque, la fiscalité s’est alourdie pour les exportateurs, qui représentaient la principale source de devises pour l’État. N’oublions pas non plus qu’il y a en Argentine deux fois plus de personnes dépendantes de l’État que de travailleurs dans le secteur privé. En conséquence, quand le boom des matières premières a touché à sa fin, le pays s’est retrouvé en eaux troubles. Les infrastructures publiques dans le secteur de l’énergie et du transport accusaient le coup après des années de contrôle des prix, entre manque d’investissement et dégradation des services. Pour éviter une nouvelle saignée en dollars, le gouvernement a alors instauré le contrôle des capitaux. La présidente Cristina Kirchner s’est parallèlement rapprochée du gouvernement chaviste du Venezuela et a tenté d’émuler un virage autoritaire. Mais la manœuvre a échoué et c’est Mauricio Macri, le président actuel, qui est arrivé au pouvoir en 2015.

Le nouveau gouvernement Macri s’est retrouvé face à une dette de 240 milliards de dollars – les Kirchner avaient récupéré le pays avec moins de la moitié de ce montant – et un déficit budgétaire annuel de presque 10 %. Pour redresser la situation, il a alors opté pour une politique « gradualiste ». Il a commencé par réajusté la valeur du peso à la baisse, ramené les tarifs des services publics à la réalité avec des hausses atteignant presque 100 %, abandonné le contrôle des capitaux, et coupé dans le budget pour ramener le déficit à 4 % du PIB en trois ans. Néanmoins, Macri n’a pas osé s’attaquer au surnuméraire des contrats publics et encore moins aux budgets des provinces argentines.

L’échec des réformes « gradualistes »

Son pari ? Un regain de confiance des investisseurs étrangers que se traduirait par plus d’investissements et donc d’emploi. Il envisageait de s’attaquer, dans un second temps, à des réformes structurelles profondes des dépenses de l’État. Malheureusement pour lui, les investisseurs ont continué à bouder l’Argentine. La période Kirchner marquée par des contrôles de prix ont laissé les entreprises sans marge de manœuvre. Et la corruption reste omniprésente. Pour ne rien arranger, son gouvernement n’est pas majoritaire au Parlement et la prochaine élection présidentielle doit se dérouler dans un an. Par conséquent, les investisseurs craignent encore aujourd’hui que l’Argentine ne soit pas capable de maîtriser son déficit budgétaire à moyen terme. La planche à billets – et donc l’inflation – fait son grand retour. Pour l’endiguer, le gouvernement a procédé à une émission de titres promettant jusqu’à 50 % d’intérêts en un an. Pour le moment, la réussite de cette émission a permis au gouvernement de stabiliser la situation. Pour ce qui est de l’avenir, tout dépendra de la capacité du gouvernement à ramener le budget à l’équilibre tout en assouplissant la charge fiscale qui pèse sur les entreprises et la population. L’Argentine est l’exemple même de la manière dont l’irresponsabilité budgétaire peut gâcher un très beau potentiel. Que cela nous serve d’avertissement.

Gabriel A. GIMÉNEZ ROCHE
D’après The Conversation

L’Argentine secouée par l’incertitude économique de l’administration Macri

Depuis le début de l’année, le peso a perdu 50 % de sa valeur face au dollar, et la Banque centrale argentine a dû remonter son taux directeur à 60 %. Les mesures d’austérité budgétaire et le prêt de 50 000 milliards de dollars accordé par le FMI sont censés remettre l’Argentine sur les rails, tandis qu’au cœur de cette nouvelle crise, la justice poursuit les investigations et met en lumière le système de corruption Kirchner.

Photo : A las siete

«J’ai eu un très bon rendez-vous avec le président Macri», a annoncé la semaine dernière depuis New York la directrice du Fond monétaire international (FMI), Christine Lagarde. «Nous sommes proches de la ligne d’arrivée», a-t-elle ajouté à propos de l’accord conclu en juin, qui porte sur un prêt de 50 milliards de dollars sur trois ans. De son côté, dans son allocution en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Mauricio Macri a estimé que l’accord avec le Fond doit permettre de dissiper «les doutes sur la capacité de financement» de son pays. «Ce que nous allons annoncer, c’est davantage de soutien, ce qui veut dire davantage de confiance», a déclaré le président argentin.

Pendant ce temps, des milliers de personnes de plus en plus angoissées par l’aggravation de la situation économique et du chômage, exaspérées par l’augmentation du prix de l’essence, des transports publics et la féroce hausse des tarifs de gaz et d’électricité, ont suivi l’appel des syndicats à descendre dans la rue, le 25 septembre, pour protester contre la politique du gouvernement et ses accords avec le FMI.

Pourquoi s’en inquiéter, alors que les déclarations de Mme Lagarde sont très rassurantes et que Mauricio Macri développe des perspectives «grandioses» pour l’avenir ? Parce que le Fond monétaire international est très mal perçu en Argentine. Il faut dire que le souvenir des «aides» antérieures du FMI hante encore les mémoires : il avait déjà accordé des prêts d’argent dans les années 1990 et la population le tient pour responsable de la crise de 2001.

Le FMI est donc synonyme de nouveaux sacrifices en perspective, des sacrifices dont l’Argentine a besoin pour poser, enfin !, les bases d’un pays crédible pour les investisseurs. C’est justement ce qui n’a pas été réalisé pendant le gouvernement populiste de l’ère Kirchner : trop concentré à détourner l’attention du peuple avec des subventions et des discours vides, tandis que les pots-de-vin circulaient dans tous les sens. Et aujourd’hui, on ne peut pas manquer d’expliquer en partie la crise actuelle par un rapprochement entre la corruption et la politique démagogique menée pendant la période 2003-2015.

Sur ce point, rappelons que dans une tentative pour freiner la baisse du pouvoir d’achat et afin de masquer les chiffres lorsque le taux d’inflation approchait le 30% annuel, les Kirchner commencèrent à distribuer des subventions au transport public, à la consommation du gaz et de l’électricité, et aux producteurs d’aliments de base, sans oublier l’émission monétaire. Par conséquent, la crise économique qu’endure actuellement l’Argentine découle, d’une part, de l’irresponsable gestion kirchneriste, mais aussi du nouveau contexte international qui a conduit le pays au bord du gouffre.

En effet, «les premières années du Kirchnerisme ont contribué, malgré ses méthodes malveillantes, à une croissance, en partie due aux nouvelles productions de soja et au prix international disponible pour le produit», selon l’analyste Daniel Muchnik. Cependant, «après que tout se soit effondré, un populisme de néo-gauche a été mis en place entre les mains d’un couple qui s’estimait péroniste mais qui cherchait des appuis de toutes sortes, avec une gestion fallacieuse des budgets nationaux», ajoute-t-il. C’est la raison pour laquelle Marcos Peña, l’actuel chef du gouvernement argentin, a déclaré récemment que «cela fait des décennies que nous avons un problème de déficit budgétaire et que rien n’avait été fait pour le résoudre».

À présent, dans une économie de plus en plus globalisée, l’Argentine est l’un des pays le plus affectés par la fuite des capitaux. L’envolée du dollar et les spéculations boursières sont dues à la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis. Sur ce point, le journaliste Jérôme Duval apporte un éclairage : «la hausse des taux d’intérêt aux USA a entraîné une ruée sur le dollar devenu plus que jamais valeur refuge pour les Argentins. Les capitaux en dollars ont été rapatriés aux USA pour profiter de la dite hausse des taux, les liquidités s’assèchent soudainement, les monnaies des pays dits “émergents” chutent brutalement», à l’instar de la crise qui frappe actuellement la Turquie.

À l’égard de ce qui vient d’être exposé, trois faits saillants méritent d’être rappelés pour expliquer la situation actuelle de l’Argentine. D’abord, en échange des 50 000 milliards de dollars promis, le FMI demande une plus grande rigueur budgétaire et, pour cela, d’ici 2020, l’Argentine devra purger les dépenses publiques. Et le FMI, qui est devenu le patron de l’économie argentine, suit désormais avec les yeux d’Argus la mise en place des nouvelles mesures. Dans ce sens, le président Macri a annoncé début septembre la suppression d’une dizaine de ministères, l’augmentation des taxes à l’exportation, alors qu’il a déjà réussi à réduire le déficit budgétaire de 6% en 2015 à 3,9% en 2017, comme il l’avait annoncé lors de son élection il y a trois ans. Le gouvernement s’est engagé également à le réduire à 2,7% du PIB cette année, puis à 1,3% en 2019, et de parvenir à l’équilibre en 2020, ce que beaucoup d’analystes redoutent.

Deuxièmement, la demande effectuée par le gouvernement d’avancer les versements du prêt de 50 milliards de dollars aurait jeté le doute sur l’état de l’économie, d’où les manifestations et la crainte de ceux qui font grève avec le sentiment qu’il s’agit du même scénario de 2001 qui se reproduit. D’après l’analyse du Financial Times, «bien que pensée pour rassurer les Argentins, cette annonce surprise a effrayé les marchés, car l’équipe économique de Macri ne l’a pas accompagnée d’explications techniques». Pour le quotidien financier, il n’y a aucun doute : le président Macri a «mal communiqué». Dans les colonnes du journal The Guardian, l’éditorialiste économique Larry Elliot est du même avis : «Le timing est essentiel sur les marchés financiers» et, dans ce domaine, le président argentin «s’est planté magistralement».

Enfin, l’Argentine est victime des charognards qui tirent d’énormes profits des pays émergents dont les structures financières sont encore mal ficelées, et qui les poussent à l’abîme comme Wall Street a fait plonger l’Argentine en 2001. Ainsi le politologue argentin Natalio Botana notait à l’époque : «Lors de toute crise, on voit apparaître des spéculateurs : il y a dans notre pays des gens disposant de sommes d’argent considérables et qui misent à long terme sur une dévaluation du peso ; d’autres jouent à plus court terme sur les bons du Trésor. Les uns et les autres sont des vautours.» À ces vautours s’ajoute un élément perturbateur qu’il ne faut pas négliger, car les gens qui partagent ce point de vue son très nombreux en Argentine : l’ambition et les manœuvres politiques qui encadrent certains groupuscules d’agitateurs, qui sèment le chaos dans la rue, manipulés et subventionnés par l’opposition et les très puissants syndicats, dont certains dirigeants se trouvent sous l’œil de la justice. Ses émissaires auprès des «durs» étaient déjà derrière les émeutiers de décembre 2001 qui ont mis fin à la présidence de Fernando de la Rúa.

Or, dans ce moment charnière pour le président de la République, à un an de l’élection présidentielle prévue en octobre 2019, saura-t-il se maintenir au pouvoir en faisant accepter un plan de sauvetage économique forcément douloureux pour la population ? Selon le gouvernement, le prêt qui a été accordé par le FMI laisse espérer une sortie de crise. Reste à savoir si cette bouffée d’oxygène sera effectivement suffisante.

Au cœur de ce paysage incertain, les dernières nouvelles concernant l’ex-présidente Cristina Kirchner confirment les informations avancées dans nos articles depuis l’année dernière. L’ex-présidente a été attrapée encore une fois dans sa propre toile d’araignée**, déjà inculpée dans quatre autres affaires, dont certaines pour corruption : «le procureur Carlos Stornelli estime qu’au moins 160 millions de dollars de dessous-de-table ont été détournés entre 2005 et 2015.*» Nous aurons l’occasion d’y revenir, mais pour donner une idée d’où se trouvent les racines de ladite «association de malfaiteurs», citons le journaliste Michel Faure, qui a écrit dans L’Express du 26 janvier 2004 à propos de Néstor Kirchner après qu’il a été élu président : «un obscur gouverneur patagon qui gouvernait depuis douze ans sa lointaine province de Santa Cruz, dans le sud du pays, après y avoir nommé ses juges et vassalisé la presse locale et non sans avoir fait modifier la Constitution régionale afin de pouvoir être réélu ad vitam aeternam.» La province de Santa Cruz est aujourd’hui en banqueroute, gouvernée par la sœur de l’ex-président feu Néstor Kirchner.

Eduardo UGOLINI

* Lire notamment l’article publié le 7 septembre sur les «les cahiers des pots-de-vin»
** «attrapés dans leur toile d’araignée» : expression du journaliste et analyste politique James Neilson (ex-directeur de The Buenos Aires Herald), en référence à la situation de Nestor et Cristina Kirchner en septembre 2008.

Le peso argentin dégringole : quel avenir pour la troisième économie d’Amérique latine ?

Confronté à une crise de confiance, le peso argentin a perdu en deux jours près de 20 % de sa valeur face au dollar, contraignant la banque centrale à relever jeudi à 60 % son taux directeur, l’un des plus élevés du monde. En proie à une récession et connaissant un risque élevé, la troisième économie d’Amérique latine peine à rebondir, malgré le recours au Fonds monétaire international (FMI), qui lui a accordé en juin un prêt de 50 milliards de dollars. Nous reproduisons ici un article de Radio Canada.

Photo : Cuba Debate

Jeudi, le peso argentin a enregistré sa plus forte dépréciation en une seule journée depuis que, fin 2015, Mauricio Macri (centre droit) a pris ses fonctions de président, cédant 13,53 %. Cette devise a ainsi reculé de plus de 53 % depuis le début de l’année par rapport au billet vert et s’échange désormais à 36,50 pour un dollar.

Pour endiguer la dépréciation de la monnaie argentine, la Banque centrale de la République argentine (BCRA) a pris une mesure forte jeudi, en augmentant de 15 points son principal taux d’intérêt, de 45 à 60 %.

Confiant malgré tout

Malgré le marasme économique, le gouvernement se montre confiant quant à l’avenir économique du pays. Le chef du gouvernement argentin, Marcos Peña, a ainsi assuré que l’Argentine allait «sortir renforcée du processus de transformation» engagé fin 2015 par le président Macri. «Il n’y a pas d’échec économique, a-t-il affirmé. C’est un changement profond, nous sommes dans la bonne direction.»

Il a attribué les turbulences sur le marché des changes à la «vulnérabilité structurelle» de l’Argentine : «cela fait des décennies que nous avons un problème de déficit budgétaire et rien n’avait été fait pour le résoudre.»

Avec le remboursement des «fonds vautours», l’Argentine a pu faire son retour sur les marchés financiers dont elle était exclue depuis 2001. Ces fonds spéculatifs avaient racheté à très bas prix (20 % de sa valeur) la dette argentine, puis avaient refusé de participer à la renégociation de cette dette.

Finalement, l’Argentine avait accepté, en 2016, de régler les 4,6 milliards de dollars, mais avait contracté dans la foulée plus de 142 milliards de dollars de dette en deux ans.

Durant les 18 premiers mois de sa présidence, les taux d’intérêt élevés des obligations argentines ont ranimé l’économie. Le problème, d’après l’économiste Delfina Rossi citée par Libération, c’est que ces capitaux purement spéculatifs «sans contrôle, sont repartis aussi rapidement qu’ils étaient venus une fois leur rente touchée, encourageant la fuite de capitaux et mettant une très forte pression sur le peso».

Austérité imposée

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2015, le gouvernement Macri a réduit de 6 à 3,9 % du PIB le déficit budgétaire. Car l’argent prêté par le FMI est assorti de mesures d’austérité. Le gouvernement s’est ainsi engagé à encore réduire le déficit, avec un objectif de 2,7 % en 2018 et 1,3 % en 2019.

La semaine dernière, une augmentation d’au moins 30 % du prix des transports publics, la hausse des tarifs de gaz et d’électricité et celle du prix de l’essence ont été un nouveau coup dur pour les citoyens qui survivent parfois grâce au troc.

Les restrictions budgétaires se font sentir également dans l’administration publique et dans le secteur privé. Des entreprises ferment, les financements publics diminuent dans tous les domaines et nombre de grands travaux prévus par les autorités sont reportés.

Jeudi, à Wall Street, les actions argentines ont chuté de 10 % en moyenne et le géant américain de la grande distribution Walmart a annoncé la vente d’une dizaine d’hypermarchés en Argentine.

Mercredi, Mauricio Macri avait essuyé un camouflet à Buenos Aires. Il était intervenu publiquement pour annoncer que l’Argentine demandait au FMI d’accélérer le versement de la deuxième tranche du prêt. Mais les marchés ont réagi négativement.

«Le dollar est la monnaie de réserve par excellence, utilisée par les Argentins pour préserver à long terme la valeur de leur épargne. La demande croît en période d’incertitudes et elle diminue par temps calme. C’est dû à la mauvaise expérience de ceux qui ont vu fondre leur épargne en pesos», notamment au cours de la crise économique de 2001, explique en outre Victor Beker, le directeur du Centre d’études de la nouvelle économie (CENE).

La Confederación General del Trabajo de la República Argentina (CGT), la principale centrale syndicale du pays, a appelé à une grève nationale de 24 heures le 25 septembre.

D’après Radio Canada

Le cercle se resserre autour de l’ex-présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner

Depuis l’année dernière, plusieurs ex-fonctionnaires du gouvernement kirchneriste, ou membres du clan Kirchner, ont été emprisonnés à cause de différents cas de corruption. La révélation du contenu des «cahiers de la corruption» a provoqué un nouveau scandale qui éclabousse l’ancienne présidente, et actuellement sénatrice, Cristina Kirchner.

Photo : Infobae

L’exemple le plus éclatant est celui d’Amado Boudou, l’ex-vice-président de Cristina Kirchner (2011-2015), qui a été reconnu coupable d’avoir participé à un plan de sauvetage d’une entreprise imprimant des billets de banque alors qu’il était ministre de l’Économie (2009-2011). Placé en prison préventive depuis 2017, il a été condamné le 7 août à presque six ans de prison, déclaré inéligible à vie et immédiatement incarcéré.

Dans le même temps, los cuadernos de las coimas («les cahiers des pots-de-vin») ont livré des informations compromettant sérieusement des dizaines d’ex-fonctionnaires et chefs d’entreprises de l’ère Kirchner. Les écrits recensent les pots-de-vin «acheminés directement au domicile de Cristina Kirchner ou aux ministères». Ces cahiers d’écoliers à petits carreaux appartenaient au chauffeur de Roberto Baratta, le bras droit de l’ex-ministre de la Planification, Julio de Vido, arrêté en novembre 2017.

Ce chauffeur, nommé Oscar Centeno, a noté avec luxe de détails les livraisons d’argent réalisées pendant dix ans (entre 2005 et 2015) à «une trentaine de domiciles». «Quand, combien, où se passait le retrait, qui payait et à qui l’argent dans les sacs était destiné, sachant que ces sacs finissaient parfois au domicile particulier du couple Kirchner ou au Palais présidentiel.» Selon les estimations, ces versements occultes atteindraient pas moins de 140 millions de d’euros.

Ces révélations sont le fruit d’une enquête initiée l’année dernière par le journal La Nación. Elle a abouti à l’arrestation d’une douzaine d’anciens fonctionnaires et d’hommes d’affaires, parmi lesquels Roberto Baratta. Selon le journal, «les cahiers des pots-de-vin» ont livré à la justice «un matériel inestimable pour pénétrer les profondeurs d’un système de corruption qui s’est répandu avec la force destructrice des métastases».

Le mercredi 22 août, le Sénat argentin avait approuvé à l’unanimité la réalisation de perquisitions aux domiciles de Cristina Kirchner. À la suite du levé partiel de l’immunité parlementaire dont elle bénéficie en tant que sénatrice, la police a mené des perquisitions dans deux des propriétés de l’ancienne présidente, notamment dans son appartement de 250 m2 situé dans le quartier chic de Recoleta, à Buenos Aires. La police s’est également rendue dans un couvent près de la capitale, le même que nous avons déjà cité dans un article précèdent, où Julio López, vice-ministre de la Planification de Mme Kirchner de 2003 à 2015, avait été filmé en 2016 en train de dissimuler des sacs contenant 9 millions de dollars en liquide.

Avec ces perquisitions, la justice cherche à déterminer si Nestor Kirchner et sa veuve étaient à la tête d’une «association de malfaiteurs». Les soupçons des juges se trouvent confortés par les nombreux témoignages qui accusent directement l’ancien pouvoir. En première ligne, Carlos Wagner, l’ex-président de la Chambre argentine de la construction déjà éclaboussé par l’opération «Lava Jato» («Lavage express»), la plus grande affaire de corruption de l’histoire du Brésil. Mis en cause, il a évoqué devant la justice argentine «un système de cartellisation» mis en place par l’ex-président Nestor Kirchner (2003-2007), décédé en 2010, puis repris par son épouse Cristina (2007-2015). Devant le procureur Stornelle, il a également précisé que tout était contrôlé par Julio de Vido, le ministre de la Planification kirchneriste.

«Le système de corruption Kirchner a déjà été mis en évidence, cette affaire vient confirmer la matrice de la corruption. Et que les hautes sphères du pouvoir avaient établi des mécanismes, un engrenage pour une corruption gigantesque », a déclaré à l’Agence France-Presse Leandro Despouy, ex-président de la Cour des comptes. Un autre témoignage, révélé par un avocat d’affaires à l’AFP, donne plus de détails : «Du temps de Kirchner, si tu voulais faire du business avec l’État, tu n’avais pas le choix, il fallait verser 15%, puis c’est passé à 30%, de pots-de-vin. »

De son côté, Angelo Calcaterra, cousin de l’actuel président Mauricio Macri et propriétaire de l’entreprise de construction Lepsa, s’est présenté librement devant Claudio Bonadio, le juge chargé d’élucider le «réseau des pots-de-vin». Il n’a pas été arrêté mais, en tant qu’«imputé collaborateur» (son nom figure dans les cahiers de Centeno et parmi les 38 accusés de l’affaire), il a déclaré avoir reçu des pressions de la part de fonctionnaires kirchneristes lors des campagnes présidentielles, en 2013 et 2015, pour qu’il apporte de l’argent. Angelo Calcaterra a également admis avoir payé des pots-de-vin aux fonctionnaires des deux gouvernements de Cristina Kirchner (2007-2015).

Cette nouvelle affaire qui frappe les Argentins rappelle que les condamnations ou accusations de corruption s’abattent sur l’administration Kirchner depuis son départ du pouvoir. Les nombreuses enquêtes visant l’ancienne présidente argentine forment un volumineux dossier dans la cause pour «blanchiment d’argent et enrichissement illicite», rebaptisée «la route de l’argent K» (pour Kirchner). Dans la même cause, le Centre d’information judiciaire (CJI) enquête sur des «irrégularités dans l’attribution de marchés publics dans la province de Santa Cruz», fief des Kirchner depuis les années 1990, aujourd’hui en banqueroute et gouvernée par la sœur de l’ex-président feu Nestor Kirchner.

En réaction à ces accusations, Cristina Kirchner a dénoncé un «grand spectacle sans fondement» («un cirque» selon son avocat) orchestré par le président Mauricio Macri. Ces déclarations mettant en doute l’impartialité de la justice ont fait réagir la responsable de l’agence gouvernementale anti-corruption : «c’est un fait historique en Argentine que la corruption soit jugée. Il y a une justice en Argentine et elle agit en toute liberté.» «Ce n’est pas en me mettant en prison que le pays sera plus gouvernable », a poursuivi l’ex-présidente, faisant allusion à la crise économique dans laquelle s’enfonce l’Argentine, conséquence en grande partie de l’irresponsable, et désormais corrompue jusqu’à la moelle, politique populiste menée pendant douze ans par le kirchnerisme.

En effet, aujourd’hui, pour rétablir la confiance des investisseurs, le peuple argentin doit faire face à une féroce réduction des dépenses publiques, à la suppression de ministères, à l’augmentation des impôts afin de réduire un déficit budgétaire que les gouvernements de Nestor Kirchner puis de son épouse Cristina (2003-2015) finançaient par l’émission monétaire et les subventions. Ce n’est peut-être pas pour rien si Amado Boudou, cité plus haut, a été reconnu coupable d’avoir participé à un plan de sauvetage d’une entreprise imprimant des billets de banque alors qu’il était ministre de l’Économie !

C’est dans ce contexte, qui rappelle curieusement la grave crise de l’année 2001, justement après l’ère de Carlos Menem, autre populiste très controversé jugé coupable de vente d’armes et qui siège également au Sénat protégé par l’immunité parlementaire, que Cristina Kirchner peut compter encore avec le soutien de 30% de la population. Ce sont ceux qui gardent le souvenir de la main qui donne, tandis que de nombreuses manifestations de ceux qui ont toujours soupçonné ce que l’autre main cachait dans l’obscurité réclament que l’ex-présidente «rende l’argent».

Eduardo UGOLINI

Lire l’aricle publié le 24 novembre 2017 ici

Le Fonds monétaire international porte une nouvelle fois secours à l’économie argentine

Le lundi 25 juin, l’Argentine a vécu une journée digne des films apocalyptiques. Les rues se sont retrouvées désertes, les magasins fermés. Aucun avion, taxi ou bus n’a circulé. Ce phénomène est le résultat d’une grève générale organisée par les syndicats contre l’accord réalisé entre le gouvernement argentin et le Fond monétaire international (FMI).

Photo : Radio Reloj 

Le gouvernement du président Mauricio Macri fait face à une grave crise économique en Argentine depuis ces trois derniers mois. Cette crise est la conséquence de l’augmentation du revenu de la dette américaine et de la fuite des capitaux de la part des investisseurs. En Amérique latine, plusieurs monnaies ont ainsi été dévaluées ces derniers mois. Néanmoins, c’est en Argentine que l’inflation est la plus importante de la région, avec une augmentation de 27% en un an, en raison de sa dépendance aux financements extérieurs. Seul le Venezuela, en proie à de grandes instabilités sociales et politiques en raison des mouvements contestataires face au pouvoir de Nicolás Maduro, connaît une inflation supérieure.

Le gouvernement de M. Macri a dû faire appel au FMI pour tenter de sauver l’économie du pays. Le 7 juin, un accord a été signé entre les deux parties pour assurer le prêt d’un total de 50 milliards de dollars au pays, réparti sur 36 mois. Cette somme correspond à l’équivalent de 10% du PIB argentin. En contrepartie, l’Argentine s’engage à réduire son déficit fiscal à zéro d’ici 2020. En conséquence de ce choix, l’État va devoir interrompre les travaux publics, limiter les investissements pour les régions et réduire sa présence dans l’économie nationale.

Le Centre d’études et de connaissances sur l’opinion publique (CEOP) a publié le résultat d’une enquête qui montre que 77% des Argentins perçoivent l’action du FMI comme néfaste pour le pays. Cette défiance de l’opinion publique s’explique par des tensions historiques entre le Fonds monétaire international et l’Argentine. C’est pour cette raison que la Confédération générale des travailleurs (CGT) a appelé à la grève générale.

La grève est aussi motivée par le passé trouble des relations entre l’Argentine et l’institution internationale. Le pays avait déjà fait un prêt au FMI dans les années 1950, mais c’est en 2001 que le FMI laisse un profond traumatisme dans la mémoire des Argentins. Durant le mandat du président Fernando de la Rúa, l’Argentine connaît la pire crise économique de son histoire. Le pays doit déclarer l’insolvabilité de sa dette de 144 milliards de dollars, ce qui a donné aux Argentins une image extrêmement négative du FMI. La dette a été acquittée en 2006, sous la présidence de Néstor Kirchner qui en a profité pour rompre les relations du pays avec le FMI.

Ce n’est donc pas sans fondements que le peuple argentin s’inquiète de ce nouvel accord entre l’institution internationale et le gouvernement. Ce nouveau prêt de 50 milliards de dollars est tout simplement le prêt le plus important jamais demandé par le pays, avec la crainte de nouvelles conséquences désastreuses.

Avec la grève générale, les syndicats demandent avant tout des négociations pour le réajustement des salaires de cette année pour suivre l’inflation actuelle (27%), et non celle qui a été estimée par le gouvernement (15%). Ce dernier n’a pour le moment donné aucun signe montrant qu’il était prêt à accepter des négociations avec les syndicats.

Le président Macri, qui a déjà annoncé son intention de se porter candidat aux prochaines élections présidentielles en 2019, voit sa popularité tomber drastiquement. En 2017, le président avait une cote de popularité de 58% contre 38% cette année. Si son gouvernement n’arrive pas à établir un accord avec les syndicats, ses intentions d’être réélu pour un second mandat semblent vouées à l’échec, mettant en péril son plan économique pour le pays.

Beatriz RAVAGNANI

Argentine : un vote national, une victoire pour toute l’Amérique latine

Le 14 juin 2018 est devenu un jour historique pour le pays du Pape. Le vote du parlement argentin favorable à la dépénalisation de l’avortement replace le pays en position de leadership des droits civiques en Amérique latine. Malgré un vote disputé, les députés argentins ont finalement accepté le projet de loi pour la dépénalisation de l’avortement, avec 129 voix pour le «oui» contre 125 pour le «non». Le projet de loi doit encore être approuvé par le Sénat à une date qui n’a pas encore été définie.  

Photo : Le Petit Hergé

Pendant les vingt-trois heures de vote au Parlement, l’Argentine s’est divisée en deux. D’un côté, les citoyens en faveur de la dépénalisation, caractérisés par la couleur verte et soutenus par la Campaña Nacional por el Derecho al Aborto Legal, Seguro y Gratuito en Argentina (Campagne nationale pour le droit à l’avortement légal, sûr et gratuit en Argentine). Réuni devant le Congrès, le groupe avait déployé une banderole prônant une «Éducation sexuelle pour décider, des contraceptifs pour ne pas avorter, un avortement légal pour ne pas mourir».

De l’autre côté d’une barrière métallique étaient rassemblés les citoyens autoproclamés «en faveur de la vie», avec pour slogan «Sauvons les deux vies», menés par l’Église catholique et représentés par la couleur bleu céleste du drapeau du pays. En Argentine, le catholicisme est pratiqué par 92% de la population et l’importance de cette religion pourrait influencer considérablement la future décision des sénateurs sur la loi.

Les lois concernant l’avortement en Amérique latine et dans les Caraïbes font partie des plus restrictives au monde. Au Salvador, au Nicaragua, au Honduras et en Haïti, l’interdiction d’avorter est absolue et passible d’une peine de prison qui peut dépasser les trente ans. Actuellement en Amérique latine, le nombre d’avortements illégaux est estimé à plus de deux millions chaque année. Seuls trois pays l’autorisent sans besoin de justificatifs : Cuba depuis 1965, et l’Uruguay et la Guyane depuis 2012.

Le président argentin Mauricio Macri a joué un rôle essentiel dans l’organisation du débat sur ce thème. S’il s’est déclaré, dans un premier temps, contre la dépénalisation de l’avortement, il a finalement mis en place un débat politique respectant les valeurs de la démocratie. Depuis son élection fin 2015, l’Argentine est entrée dans une grave crise économique l’obligeant le mois dernier à demander l’aide du FMI. Face à cette forte tension économique, la volonté du président de maintenir le dialogue et de mettre en place un vote sur la question de l’avortement, et ce malgré ses propres déclarations, peut être interprétée comme une manœuvre politique visant à redorer son image progressiste et à faire oublier, le temps du débat, la situation économique difficile dans laquelle le pays est plongé. 

Stratégie politique ou non, l’acceptation de la loi par le Parlement représente déjà une victoire célébrée dans toute l’Amérique latine. Il ne reste plus qu’à attendre l’approbation du Sénat et espérer que, dans un futur proche, d’autres pays de la région suivent l’exemple argentin.

Beatriz RAVAGNANI

Mauricio Macri recourt au FMI face à un peso argentin qui ne fait plus le poids

La chute du peso de ces dernières semaines et la mauvaise santé financière du pays ont contraint le Président argentin à solliciter l’aide du Fonds monétaire international (FMI). Le recours au FMI rappelle de bien mauvais souvenirs aux Argentins, traumatisés par la crise de 2001.

Photo : El Nuevo Día

Le Président argentin Mauricio Macri a annoncé le mardi 8 mai son intention de recourir au Fonds monétaire international afin d’obtenir une aide financière, alors que le peso chutait de 7% par rapport au dollar ce jour-là. Depuis les 45 derniers jours, le peso a perdu 19% de sa valeur.

Les raisons de cette chute sont multiples. D’une part, depuis le 15 mai, les détenteurs des lettres de créances Lebacs émises par la Banque centrale de la République argentine (BCRA) peuvent exiger leur règlement, soit près de 25 milliards de dollars. D’autre part, l’inflation récurrente (25% en 2017) conduit les Argentins à acheter de façon systématique des dollars, la monnaie étasunienne faisant office de monnaie refuge. La fuite des capitaux aurait ainsi atteint environ 35 milliards de dollars en 2017 en raison de l’épargne en devises hors des circuits bancaires, du départ de fonds d’investissement, du déficit commercial et de l’argent dépensé à l’étranger par les touristes argentins. Pour lutter contre ce phénomène, la Banque centrale a élevé le taux d’intérêt de référence à 40%, mais cette mesure ne s’est pas encore avérée efficace.

Pour enrayer cette mauvaise dynamique, l’Argentine a donc fait une demande auprès du FMI pour obtenir «un accord de confirmation». Il s’agit d’un type de prêt qui permet de répondre rapidement à des besoins de financements extérieurs. Le gouvernement argentin va devoir désormais entamer les négociations pour fixer la durée et le montant du prêt. Mais le prêt ne se fera pas sans contrepartie de la part du FMI, qui exigera sans doute des garanties sur la réduction du déficit budgétaire de l’État.

Ces contreparties exigées par le FMI ravivent des plaies difficilement cicatrisées : celles du traumatisme qu’a connu l’Argentine après la crise de 2001, pire crise économique de son histoire. Le pays s’était retrouvé en défaut de paiement, entraînant de violentes émeutes et une situation sociale catastrophique, avec 57% de la population qui vivait sous le seuil de pauvreté à cette époque. Le FMI avait alors apporté des fonds mais les plans d’austérité ont eu pour conséquence des coupes budgétaires et des baisses de salaires drastiques qui avaient plongé le pays dans la misère. En 2006, l’Argentine avait finalement remboursé sa dette de 9,6 milliards de dollars. Mais les tensions restaient vives entre l’organisme international et le gouvernement protectionniste des Kirchner : pendant dix ans, le pays a suspendu toute mission avec le FMI. Cette situation a changé en 2015 avec l’arrivée au pouvoir de Macri, favorable à l’ouverture du marché. La situation actuelle est donc surprenante dans la mesure où l’économie apparaissait comme le secteur de prédilection de l’homme d’affaires, ancien député et maire de Buenos Aires, également président de l’emblématique club de football Boca Juniors.

En ouvrant l’économie sur les marchés mondiaux, l’économie nationale a certes retrouvé la croissance (+2,7% en 2017) mais s’expose aux fluctuations et à la conjoncture mondiale : augmentation des prix du pétrole, monnaies des pays émergents dévaluées, taux d’intérêts mondiaux augmentés par la Réserve fédérale des États-Unis (FED). Dans un pays où les moindres fluctuations économiques provoquent immédiatement une crise de confiance de la monnaie pour des raisons historiques et mêmes culturelles, les conséquences de ces emballements sont toujours imprévisibles.

Gabriel VALLEJO

Une décision de la justice fédérale argentine annonce l’heure du crépuscule pour Cristina Kirchner

Le juge fédéral Julián Ercolini a ordonné, le 2 mars, le renvoi de l’ex-présidente de la République Argentine devant les tribunaux dans le cadre d’une affaire d’attribution frauduleuse de marchés publics en Patagonie. Poursuivie pour plusieurs affaires, Cristina Kirchner a notamment été condamnée récemment pour trahison à la patrie dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre l’AMIA, et devrait être jugée pour corruption à une date encore non définie.

Photo : 5TJT

Le juge Ercolini avait ordonné également le procès de deux proches collaborateurs de Cristina et de son mari, l’ex-président feu Nestor Kirchner : l’ex-ministre Julio de Vido et le chef d’entreprise Lázaro Báez. Actuellement placés en détention provisoire depuis depuis novembre 2017, ils sont accusés d’avoir touché 2,4 millions de dollars de manière frauduleuse. Selon le Centre d’information judiciaire (CJI), tous les trois sont soupçonnés d’« association illicite » et « d’irrégularités dans l’attribution de marchés publics dans la province de Santa Cruz », fief des Kirchner depuis les années 90, aujourd’hui en banqueroute et gouverné par Alicia Kirchner, la sœur de Nestor Kirchner. Selon les dernières informations, Lázaro Báez s’achemine vers un important procès de corruption contre l’ex-présidente et plusieurs de ses ex-fonctionnaires dans la cause pour blanchiment d’actifs (connue sous le nom de « la route de l’argent K »), tandis que Julio de Vido pourrait être libéré prochainement car, selon la Chambre Fédérale, les accusations étaient fondées sur « des erreurs et des plagiats ».

Si Mme Kirchner peut, dans les faits, être jugée et condamnée, elle ne pourrait toutefois purger sa peine derrière les barreaux car, élue sénatrice en octobre dernier, elle bénéficie de ce privilège, fléau qui pourrit silencieusement la vie politique : son immunité parlementaire. C’est le cas également de l’ex-président Carlos Menem, qui siège tranquillement au parlement alors même qu’il a été condamné pour vente d’armes. La députée du GEN (Génération pour une rencontre nationale), Margarita Stolbizer, avait annoncé le 14 novembre dernier qu’elle demanderait à la justice le retrait de l’immunité de l’ex-présidente : « Le grand problème est que le Sénat assume son rôle de gardien de tous les délinquants qu’il accueille, comme Carlos Menem, et il est prêt à faire de même avec madame Kirchner. »

La fin de douze ans de présidence Kirchner, en 2015, a mis en lumière d’autres affaires impliquant plusieurs anciens hauts responsables déjà mis en examen depuis l’année dernière. C’est le cas notamment de l’ex-vice-président Amado Boudou, de l’ex-ministre des Affaires étrangères Héctor Timerman (qui a été libéré le 10 janvier pour raisons de santé et se trouve actuellement sous traitement aux États-Unis), de l’ex-secrétaire aux Transports Ricardo Jaime et de l’ex-secrétaire des Œuvres publiques José López. Ce dernier est un bel exemple du grossier modus operandis par lequel la bande de voyous qui entourait les Kirchner a en partie vidé les caisses de l’État : surveillé par la justice depuis 2008, soupçonné d’enrichissement illicite, José López était armé d’une carabine et de deux pistolets lorsqu’il a été arrêté le 14 juin 2016 à l’intérieur du monastère Monjas Orantes y Penitentes de Nuestra Señora del Rosario de Fatima, à cinquante kilomètres de Buenos Aires. Il a été filmé par une caméra de surveillance en train de transporter de gros sacs jusqu’au portail du monastère, où une nonne l’a aidé à les y introduire. On a retrouvé dans ces sacs neuf millions de dollars.

Et en parlant de dollars, outre l’accusation d’entrave à l’enquête sur l’attentat contre l’AMIA en 1994 (le siège de l’Association mutuelle israélite argentine), Madame Kirchner a été inculpée pour délit économique portant sur des opérations de la Banque centrale et des irrégularités dans les ventes de dollars, du temps de son mandat présidentiel. Rappelons aussi que Cristina Kirchner et ses deux enfants sont également poursuivis dans d’autres affaires pour « blanchiment d’actifs ». Le lecteur intéressé trouvera plus de détails dans les articles précédents.

Enfin, face à l’énormité des faits en cours d’investigation sur des soupçons de corruption, et malgré l’accusation de trahison à la patrie en relation à la cause AMIA (laquelle a été modifiée en abus d’autorité et complicité aggravée, car le délit de trahison à la patrie ne pouvait s’appliquer parce qu’il requiert une situation de guerre), on ne peut pas affirmer avec certitude que Mme Kirchner va sombrer dans l’oubli nichée dans une cage dorée. Le peuple a la mémoire courte et le ventre vide. Les politiciens le savent, c’est pourquoi ils font montre d’une extraordinaire capacité de résilience ; ceux qui ont été condamnés par la justice reviennent souvent renforcés pour laver leur honneur sali par les scandales. Genre d’Homo sapiens très particulier, certains politiciens sont comme des œuvres d’art : ils ne sont jamais achevés ; d’autres, comme les mauvaises herbes, ne disparaissent jamais.

 

Eduardo UGOLINI

Page 1 sur 10123...Last »

Inscription newsletter

Inscription newsletter

Articles par mois

Articles par catégorie