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Argentine

Mauricio Macri recourt au FMI face à un peso argentin qui ne fait plus le poids

La chute du peso de ces dernières semaines et la mauvaise santé financière du pays ont contraint le Président argentin à solliciter l’aide du Fonds monétaire international (FMI). Le recours au FMI rappelle de bien mauvais souvenirs aux Argentins, traumatisés par la crise de 2001.

Photo : El Nuevo Día

Le Président argentin Mauricio Macri a annoncé le mardi 8 mai son intention de recourir au Fonds monétaire international afin d’obtenir une aide financière, alors que le peso chutait de 7% par rapport au dollar ce jour-là. Depuis les 45 derniers jours, le peso a perdu 19% de sa valeur.

Les raisons de cette chute sont multiples. D’une part, depuis le 15 mai, les détenteurs des lettres de créances Lebacs émises par la Banque centrale de la République argentine (BCRA) peuvent exiger leur règlement, soit près de 25 milliards de dollars. D’autre part, l’inflation récurrente (25% en 2017) conduit les Argentins à acheter de façon systématique des dollars, la monnaie étasunienne faisant office de monnaie refuge. La fuite des capitaux aurait ainsi atteint environ 35 milliards de dollars en 2017 en raison de l’épargne en devises hors des circuits bancaires, du départ de fonds d’investissement, du déficit commercial et de l’argent dépensé à l’étranger par les touristes argentins. Pour lutter contre ce phénomène, la Banque centrale a élevé le taux d’intérêt de référence à 40%, mais cette mesure ne s’est pas encore avérée efficace.

Pour enrayer cette mauvaise dynamique, l’Argentine a donc fait une demande auprès du FMI pour obtenir «un accord de confirmation». Il s’agit d’un type de prêt qui permet de répondre rapidement à des besoins de financements extérieurs. Le gouvernement argentin va devoir désormais entamer les négociations pour fixer la durée et le montant du prêt. Mais le prêt ne se fera pas sans contrepartie de la part du FMI, qui exigera sans doute des garanties sur la réduction du déficit budgétaire de l’État.

Ces contreparties exigées par le FMI ravivent des plaies difficilement cicatrisées : celles du traumatisme qu’a connu l’Argentine après la crise de 2001, pire crise économique de son histoire. Le pays s’était retrouvé en défaut de paiement, entraînant de violentes émeutes et une situation sociale catastrophique, avec 57% de la population qui vivait sous le seuil de pauvreté à cette époque. Le FMI avait alors apporté des fonds mais les plans d’austérité ont eu pour conséquence des coupes budgétaires et des baisses de salaires drastiques qui avaient plongé le pays dans la misère. En 2006, l’Argentine avait finalement remboursé sa dette de 9,6 milliards de dollars. Mais les tensions restaient vives entre l’organisme international et le gouvernement protectionniste des Kirchner : pendant dix ans, le pays a suspendu toute mission avec le FMI. Cette situation a changé en 2015 avec l’arrivée au pouvoir de Macri, favorable à l’ouverture du marché. La situation actuelle est donc surprenante dans la mesure où l’économie apparaissait comme le secteur de prédilection de l’homme d’affaires, ancien député et maire de Buenos Aires, également président de l’emblématique club de football Boca Juniors.

En ouvrant l’économie sur les marchés mondiaux, l’économie nationale a certes retrouvé la croissance (+2,7% en 2017) mais s’expose aux fluctuations et à la conjoncture mondiale : augmentation des prix du pétrole, monnaies des pays émergents dévaluées, taux d’intérêts mondiaux augmentés par la Réserve fédérale des États-Unis (FED). Dans un pays où les moindres fluctuations économiques provoquent immédiatement une crise de confiance de la monnaie pour des raisons historiques et mêmes culturelles, les conséquences de ces emballements sont toujours imprévisibles.

Gabriel VALLEJO

Une décision de la justice fédérale argentine annonce l’heure du crépuscule pour Cristina Kirchner

Le juge fédéral Julián Ercolini a ordonné, le 2 mars, le renvoi de l’ex-présidente de la République Argentine devant les tribunaux dans le cadre d’une affaire d’attribution frauduleuse de marchés publics en Patagonie. Poursuivie pour plusieurs affaires, Cristina Kirchner a notamment été condamnée récemment pour trahison à la patrie dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre l’AMIA, et devrait être jugée pour corruption à une date encore non définie.

Photo : 5TJT

Le juge Ercolini avait ordonné également le procès de deux proches collaborateurs de Cristina et de son mari, l’ex-président feu Nestor Kirchner : l’ex-ministre Julio de Vido et le chef d’entreprise Lázaro Báez. Actuellement placés en détention provisoire depuis depuis novembre 2017, ils sont accusés d’avoir touché 2,4 millions de dollars de manière frauduleuse. Selon le Centre d’information judiciaire (CJI), tous les trois sont soupçonnés d’« association illicite » et « d’irrégularités dans l’attribution de marchés publics dans la province de Santa Cruz », fief des Kirchner depuis les années 90, aujourd’hui en banqueroute et gouverné par Alicia Kirchner, la sœur de Nestor Kirchner. Selon les dernières informations, Lázaro Báez s’achemine vers un important procès de corruption contre l’ex-présidente et plusieurs de ses ex-fonctionnaires dans la cause pour blanchiment d’actifs (connue sous le nom de « la route de l’argent K »), tandis que Julio de Vido pourrait être libéré prochainement car, selon la Chambre Fédérale, les accusations étaient fondées sur « des erreurs et des plagiats ».

Si Mme Kirchner peut, dans les faits, être jugée et condamnée, elle ne pourrait toutefois purger sa peine derrière les barreaux car, élue sénatrice en octobre dernier, elle bénéficie de ce privilège, fléau qui pourrit silencieusement la vie politique : son immunité parlementaire. C’est le cas également de l’ex-président Carlos Menem, qui siège tranquillement au parlement alors même qu’il a été condamné pour vente d’armes. La députée du GEN (Génération pour une rencontre nationale), Margarita Stolbizer, avait annoncé le 14 novembre dernier qu’elle demanderait à la justice le retrait de l’immunité de l’ex-présidente : « Le grand problème est que le Sénat assume son rôle de gardien de tous les délinquants qu’il accueille, comme Carlos Menem, et il est prêt à faire de même avec madame Kirchner. »

La fin de douze ans de présidence Kirchner, en 2015, a mis en lumière d’autres affaires impliquant plusieurs anciens hauts responsables déjà mis en examen depuis l’année dernière. C’est le cas notamment de l’ex-vice-président Amado Boudou, de l’ex-ministre des Affaires étrangères Héctor Timerman (qui a été libéré le 10 janvier pour raisons de santé et se trouve actuellement sous traitement aux États-Unis), de l’ex-secrétaire aux Transports Ricardo Jaime et de l’ex-secrétaire des Œuvres publiques José López. Ce dernier est un bel exemple du grossier modus operandis par lequel la bande de voyous qui entourait les Kirchner a en partie vidé les caisses de l’État : surveillé par la justice depuis 2008, soupçonné d’enrichissement illicite, José López était armé d’une carabine et de deux pistolets lorsqu’il a été arrêté le 14 juin 2016 à l’intérieur du monastère Monjas Orantes y Penitentes de Nuestra Señora del Rosario de Fatima, à cinquante kilomètres de Buenos Aires. Il a été filmé par une caméra de surveillance en train de transporter de gros sacs jusqu’au portail du monastère, où une nonne l’a aidé à les y introduire. On a retrouvé dans ces sacs neuf millions de dollars.

Et en parlant de dollars, outre l’accusation d’entrave à l’enquête sur l’attentat contre l’AMIA en 1994 (le siège de l’Association mutuelle israélite argentine), Madame Kirchner a été inculpée pour délit économique portant sur des opérations de la Banque centrale et des irrégularités dans les ventes de dollars, du temps de son mandat présidentiel. Rappelons aussi que Cristina Kirchner et ses deux enfants sont également poursuivis dans d’autres affaires pour « blanchiment d’actifs ». Le lecteur intéressé trouvera plus de détails dans les articles précédents.

Enfin, face à l’énormité des faits en cours d’investigation sur des soupçons de corruption, et malgré l’accusation de trahison à la patrie en relation à la cause AMIA (laquelle a été modifiée en abus d’autorité et complicité aggravée, car le délit de trahison à la patrie ne pouvait s’appliquer parce qu’il requiert une situation de guerre), on ne peut pas affirmer avec certitude que Mme Kirchner va sombrer dans l’oubli nichée dans une cage dorée. Le peuple a la mémoire courte et le ventre vide. Les politiciens le savent, c’est pourquoi ils font montre d’une extraordinaire capacité de résilience ; ceux qui ont été condamnés par la justice reviennent souvent renforcés pour laver leur honneur sali par les scandales. Genre d’Homo sapiens très particulier, certains politiciens sont comme des œuvres d’art : ils ne sont jamais achevés ; d’autres, comme les mauvaises herbes, ne disparaissent jamais.

 

Eduardo UGOLINI

Emmanuel Macron dit « non » au président argentin venu plaider pour la signature d’un traité de libre-échange

Le président argentin Mauricio Macri a profité de sa visite au Forum de Davos pour rencontrer à Paris le président français Emmanuel Macron dans le but de rentrer en Argentine avec un traité de libre-échange signé entre l’Union européenne et le Mercosur sous le bras. Le président Macron, « au nom des intérêts des éleveurs français », a fait échouer les pourparlers. Retour sur les difficultés économiques de l’Argentine.

Photo : L’Élysée

Le Marché commun du Sud comprend le Paraguay, l’Uruguay, le Venezuela, le Brésil et l’Argentine. L’idée originale était la conformation d’un bloc politico-économique d’intégration sud-américaine qui faciliterait le commerce entre ces pays et leur permettrait de faire face aux exigences politiques et économiques du néolibéralisme états-unien et européen. Les dirigeants de ces pays étaient alors considérés comme « progressistes », de centre gauche ou de gauche [1]. Mais ces dernières années, la droite a repris le pouvoir, par un coup d’État au Paraguay (Federico Franco) et au Brésil (Michel Temer), par des élections en Argentine (Mauricio Macri). Première action de la nouvelle direction politique du Mercosur : le Venezuela en est « suspendu » lors d’une manœuvre contestable. Ensuite, un rapprochement avec l’Alliance du Pacifique [2], l’entité politico-économique plus liée au néolibéralisme et proche des États-Unis. Bref, la fin d’une intégration latino-américaine.

À Paris, le président Macri cherchait une « bonne surprise »

Le président Macri était venu à Paris en clamant que l’Argentine « était de retour dans le monde », sous-entendu après une longue période de ce qu’il appelle « le populisme » des années Kirchner. La bonne surprise serait de rentrer en Argentine avec le traité UE-Mercosur signé dans sa poche. Un traité de libre commerce entre les deux blocs tendrait à fortement réduire les taxes d’importation réciproques. À Paris, Mauricio Macri a d’abord rencontré les patrons du MEDEF pour leur faire miroiter les « grands bénéfices à réaliser en Argentine », puis a déjeuné, invité par le groupe Rothschild. Il s’est ensuite rendu au Palais de l’Élysée pour rencontrer le président Emmanuel Macron.

Le président Macron met fin aux espoirs argentins

Le traité entre les deux blocs se négocie depuis déjà de nombreuses années. L’Allemagne et l’Espagne y sont plutôt favorables car ils espèrent vendre leurs produits manufacturés sur le vaste marché sud-américain. En revanche, la France, la Pologne et l’Irlande, grands pays agricoles, craignent pour leurs agriculteurs et leurs éleveurs. En effet, non seulement les produits américains (viandes, éthanol, vins, laitages, céréales)  seraient ici plus que compétitifs mais le soja et le maïs cultivés au Brésil et en Argentine sont des OGM, interdits en Europe. La veille de la rencontre entre les deux présidents, M. Macron avait tenu à rassurer les secteurs agricole et bovin français : « Un accord avec le Mercosur pourrait être déstabilisant pour la France […] dans ces secteurs d’excellence […] Il y a des lignes rouges que la France ne souhaite pas franchir ». C’est ce que le président Macron a répété au président argentin : « Il y a des contraintes réciproques » dont, pour la France, « la défense de sa filière en particulier bovine ». Le Mercosur ne peut pas vraiment lutter contre la Politique agricole commune européenne (la PAC), qui subventionne fortement les agriculteurs et les éleveurs. Le président Macri est rentré à Buenos Aires déçu et sans traité. Les négociations se poursuivront à Bruxelles…

Business is business : de bonnes affaires tout de même pour la France

Pour montrer sa bonne volonté, le président Macri a décidé de payer à l’entreprise Suez les 350 millions d’euros que celle-ci réclame depuis longtemps à l’Argentine suite à son expulsion de ce pays par Néstor Kirchner. Jusqu’ici, l’Argentine refusait de payer car ses gouvernements estimaient que Suez n’avait pas respecté son contrat. Bonne affaire donc pour cette transnationale. Autres bonnes affaires : l’Argentine va acheter quatre frégates maritimes (pour 300 millions) et cinq avions Étendards (construits entre 1978 et 1982 mais « modernisés », pour 12,5 millions).

L’étrange opinion de M. Macri sur l’origine des Sud-Américains

Lors d’un discours, le président argentin a déclaré que « tout le monde sait que les Sud-Américains sont tous d’ascendance européenne… », cette déclaration étant supposée inciter le président français à signer le traité… Les quelques millions d’Indiens ayant survécu aux massacres commis par les Européens seront enchantés de l’apprendre ! Sans oublier les migrants du Moyen-Orient, de l’Inde et de l’Asie, aucun n’étant Européen que l’on sache… Cette déclaration cache un désir frénétique du gouvernement actuel de se rattacher au « Premier monde », quitte à prendre bien des raccourcis avec l’Histoire…

Une lettre ouverte au président Macron

L’Assemblée de Citoyens Argentins en France (ACAF) [3] a envoyé au président Macron une lettre ouverte exprimant sa déception et ses craintes « d’une dérive autoritaire » en Argentine. « Nous avons remarqué avec stupeur, dès la prise de fonctions du nouveau Président, que son intention était de détruire, non seulement les acquis de la période venant de s’écouler, mais aussi de tous ceux ayant été obtenus depuis la chute de la sinistre dictature en 1983… » Cette lettre a été signée par des dizaines de personnalités, d’associations, et de citoyens français et latino-américains.

Le président Macri en difficultés dans son pays

Dans sa présentation au président Macron, M. Macri avançait que « cet accord servirait à réduire la pauvreté ». Les faits montrent autre chose. Lors de sa campagne électorale, le candidat Macri avait annoncé qu’il ne toucherait pas aux retraites ni ne dévaluerait le peso. À peine élu, les premières mesures économiques qu’il prit furent la dévaluation du peso et une réduction drastique des montants des petites retraites et des allocations sociales ! Lorsque « les vieux » descendent dans la rue pour protester, ils se font matraquer… Depuis l’arrivée du président Macri, des dizaines de milliers de personnes ont perdu leur emploi, les services publics, l’essence et les transports ont augmenté de 200 à 800 %, les exportations restent stationnaires alors que les importations augmentent fortement mettant les entreprises locales en difficulté, etc. Pas étonnant que sa cote de popularité soit descendue de neuf points en peu de temps, à 42 %…

Jac FORTON

[1] Néstor et Cristina Kirchner en Argentine, Lula da Silva au Brésil, Hugo Chávez au Venezuela, Fernando Lugo au Paraguay et « Pepe » Mujica en Uruguay [2] Mexique, Colombie, Chili, Pérou. [3] Assemblée de Citoyens Argentins en France (AACF)

Visite d’État du président Mauricio Macri à Paris. Discours du président Emmanuel Macron à l’Élysée le 26 janvier dernier

Après Moscou et Davos, le président argentin Mauricio Macri s’est rendu en France vendredi dernier pour tenter d’attirer des investisseurs. À cette occasion, il a rencontré Emmanuel Macron. Nous reproduisons ici la déclaration du président de la République française prononcée lors de la conférence de presse commune avec le président Mauricio Macri.

Photo : Palais de l’Élysée

« Mesdames et Messieurs, Messieurs les Ministres, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord remercier le Président MACRI de sa visite à Paris. Je veux lui redire tout le plaisir de l’accueillir en France depuis hier avec une série de visites, l’échange bilatéral, puis élargi que nous avons eu et, dans quelques instants, nous irons dîner de manière amicale avec nos épouses. Cette rencontre est importante à plus d’un titre. D’abord, au titre de la complicité si particulière que les peuples français et argentins entretiennent à travers l’Histoire et au titre également d’une vision du monde, qu’avec le Président MACRI, nous partageons. Je crois pouvoir dire que nous sommes à un moment aujourd’hui de la relation bilatérale, où à la fois l’agenda de réformes que nous portons pour nos pays et les défis que nos deux régions vivent en commun, celle de l’ouverture au monde et l’organisation d’un monde fait de plus en plus de conflits, rendent absolument indispensable notre dialogue. Cette vision, c’est d’abord un commun attachement au multilatéralisme, que nous voulons défendre ensemble. Comme vous le savez, le G20 est présidé par l’Argentine depuis le 1er décembre 2017 et je sais que le Président aura ainsi l’honneur d’organiser le 10ème Sommet au niveau des chefs d’Etat cette année, nous en avons longuement parlé, je pense qu’il reviendra lui-même sur l’agenda que l’Argentine veut développer dans ce cadre.

Je veux ici dire que la France sera pleinement aux côtés de l’Argentine pour faire réussir cet agenda. Il y a beaucoup de défis, sur le plan de l’évolution technologique, de l’instabilité financière, je l’ai évoqué, il y a quelques jours à Davos, je souhaite que l’agenda porté par l’Argentine cette année au G20 soit à la hauteur de ces derniers. Je sais que c’est l’ambition du Président MACRI et la France sera pleinement à ses côtés pour que cela soit une réussite. L’Argentine a également organisé, fin novembre, la réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce. Enfin, sous l’impulsion du Président MACRI, l’Argentine a présenté sa candidature à l’OCDE et la France a été et restera le premier soutien de cette démarche, je veux ici le redire clairement. L’ensemble de ces initiatives montre combien la volonté est forte de l’Argentine de participer à ce multilatéralisme en actes, et je crois que nous nous retrouvons pleinement dans cette ambition.

Nous aurons dans les prochains mois sur le climat, la lutte contre le terrorisme la régulation du numérique, l’éducation, la lutte contre la corruption ou la sécurité alimentaire à travailler ensemble et vous aurez tout notre soutien. S’agissant du climat, qui est au coeur de ce multilatéralisme que nous voulons promouvoir, je remercie à ce titre le Président MACRI pour l’engagement de l’Argentine dans la négociation et le succès de la COP21. Pour que nous ne perdions pas la bataille du changement climatique, je souhaite vraiment que votre Présidence puisse poursuivre et accroître encore cette mobilisation collective.

Parlant de cette vision commune du monde et du rôle que nous pouvons jouer ensemble pour sa régulation, la meilleure inscription de l’Argentine dans l’ensemble de ces forums, il est évident que nous avons aussi parlé de la relation commerciale qui est aujourd’hui en discussion entre l’Union européenne et le Mercosur. Sur ce point, il ne nous appartient pas, à nous, aujourd’hui, de décider ou de trancher des débats qui sont négociés par d’autres. Mais nous avons échangé des vues, je crois, claires et franches sur ce sujet. D’abord, pour partager une vision commune, c’est que le cadre de cet accord et la volonté porté par cet accord, qui depuis des décennies maintenant est sur la table, est pertinent et doit être soutenu parce qu’il peut nous permettre d’aller vers une approche mutuellement bénéfique.

Parce qu’il y a aujourd’hui une opportunité dans le contexte international, en rapprochant nos deux espaces géographiques, culturels et de valeurs, que sont le Mercosur et l’Union européenne. C’est dans ce cadre que nous souhaitons travailler. J’ai exprimé très clairement – mais le Président MACRI connaît parfaitement le sujet – les préoccupations de la France et les points sur lesquels nous avons évidemment beaucoup pesé dans l’accord, en particulier sur les sujets agricoles et plus particulièrement celui de la viande, parce qu’il y a des intérêts français à défendre sur ce sujet, une vraie sensibilité que j’ai toujours entendue et sur laquelle j’ai expliqué les choses.

Je suis persuadé, compte tenu d’ailleurs des malentendus que nous avons pu lever dans la discussion, que nos négociateurs auront à coeur de prendre en compte nos contraintes réciproques et trouver la voie technique qui permettra une bonne conclusion. Je crois que les choses sont en tout cas claires entre nous. Il y a une volonté stratégique de faire. Il y a des points importants, d’ailleurs, nous les avons de part et d’autre, et il y en a un pour la France qui est la défense de sa filière en particulier bovine. Je suis sûr que nos négociateurs sauront oeuvrer dans ce cadre. En tout cas, c’est mon souhait. Nous avons plus largement parlé de la nécessaire intensification de nos relations commerciales sur le plan bilatéral. Elles sont déjà denses, elles créent de l’emploi. Mais nous devons et nous pouvons encore mieux faire.

Le Président s’est rendu à Station F aujourd’hui. Il a vu ce qui est le plus grand incubateur de start-up d’Europe. Dans ce domaine, comme dans celui des transports, de l’énergie, de l’agroalimentaire et de beaucoup d’autres, il y a des opportunités réelles de développer de nouvelles relations d’affaires, d’accroître nos échanges. C’est, je crois vraiment, ce qui est notre souhait mutuel. Nous avons à cet égard discuté de plusieurs avancées. En matière commerciale également, nous nous sommes félicité de l’accord signé par nos deux ministres de la Défense pour la vente de cinq Super Etendard modernisés et de leurs équipements aux forces armées argentines. Un grand nombre de priorités internationales que nous partageons, qu’il s’agisse de l’adaptation aux changements climatiques, du développement des villes durables, sont au coeur du travail de l’Agence française de développement. Celle-ci a ouvert un bureau en Argentine en septembre 2017 et ses activités sont appelées à se développer dans les prochaines années. C’est le souhait du Président et nous en avons, là aussi, longuement parlé.

Qu’il s’agisse de l’agenda mondial, des discussions régionales ou de cet agenda économique bilatéral, notre souhait est véritablement d’avancer ensemble. Mais la relation particulière bilatérale ne s’arrête pas là. Il y a aussi les liens scientifiques, éducatifs, techniques, culturels et linguistiques que nous souhaitons développer. Beaucoup d’entre eux lient déjà la France et l’Argentine et représentent une dimension majeure de la relation entre nos deux pays. Compte tenu de leur importance, nous avons ensemble décidé de créer un Dialogue France Argentine 2018-2019, afin de développer davantage de projets innovants qui sont portés par nos deux pays et, sur tous ces sujets, d’aller encore plus loin.

Je souhaite en particulier que la francophonie puisse prendre un nouveau dynamisme et l’Argentine en est un partenaire important. Je remercie le Président, y compris pour ses choix les plus intimes en la matière, pour ce qui concerne certains de ses enfants. Cet engagement pour la Francophonie est une preuve vivante de la force de la relation. Je sais que d’ailleurs une partie du Gouvernement argentin a fait les mêmes choix et je souhaite que nous puissions, de manière très concrète, continuer à développer ce lien qui est fait de femmes et d’hommes et qui est extrêmement important ! Nous avons également longuement évoqué, avec le Président, la situation des droits de l’Homme dans le monde et bien évidemment la situation au Venezuela. Actant, l’un et l’autre, de la dégradation de cette situation et de la dérive autoritaire et inacceptable qui se poursuit par le régime actuel. Évidemment, au niveau européen, nous coordonnerons pour apporter la réponse adéquate.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je souhaitais, en quelques mots, récapituler des échanges que nous venons d’avoir, avant les échanges amicaux que nous allons avoir. Nos deux pays ont une histoire qui est faite de beaucoup d’échanges, alimentée par nos littératures, nos enthousiasmes culturels, parfois sportifs, puisque vous irez aussi demain assister à un match de football, sport qui vous est cher, qui nous est cher également. La vitalité de ces liens, je crois que nous pouvons aujourd’hui lui donner un tour nouveau. Si nous savons ensemble apporter un regard commun, fondé sur ces valeurs sur à la fois la mondialisation et la relation entre nos deux régions, si nous savons intensifier ce que l’histoire nous a donnés, je sais que le coeur du travail que vous menez aujourd’hui dans votre pays est bien celui-là, de rouvrir un pays plein de potentialités, de le réformer en profondeur pour lui donner toutes ses chances et d’en faire un pays qui tient tout son rôle dans le concert des Nations. Pour toutes ces raisons, je veux ici vous redire l’engagement de la France à vos côtés dans cet agenda international. En tout cas, cher Président, merci d’être en France et soyez à nouveau le bienvenu. »

D’après le pôle presse de l’Élysée

Tournée internationale du président argentin Mauricio Macri initiée à Moscou et achevée à Paris

Selon l’Indicateur du Climat Économique (ICE), élaboré par la Fondation Getulio Vargas et l’Institut d’Études Économiques de l’Université de Munich, l’Argentine se trouve en tête des pays latino-américains avec le meilleur « climat » pour les investissements commerciaux. Le président Mauricio Macri profite de ce contexte économique favorable pour faire une tournée internationale, initiée le 23 janvier en Russie et suivie à Davos et Paris.

Photo : Maksim Blinov/Sputnik

Dans cette conjoncture favorable à son projet politique, le président argentin Mauricio Macri a reçu, en novembre dernier, la médaille d’or de la Société des Amériques au siège du Conseil des Amériques de New York. Cette distinction lui a été conférée par son « leadership transformateur dans la République Argentine et dans toute la région ». Dans ce sens, Bill Rohdes, le président du Council of the Americas, a déclaré que « depuis son élection, [Macri] a stabilisé l’économie, ce qui entraîne des effets bénéfiques pour la croissance du pays et sa réinsertion dans l’économie globale ». Or, si les perspectives sont bonnes, les prémices d’une relance de l’économie argentine se confirmeront-elles ? Il est trop tôt pour le dire. Cependant, bien que les inégalités sociales soient encore sévères, deux ans après son élection, le président Mauricio Macri semble avoir réussi à consolider les bases de son programme.

C’est dans ce contexte marqué par la restructuration de l’économie et l’effondrement du populisme kirchneriste, balayé par les scandales de corruption et de « trahison à la patrie » de la part de l’ex-présidente Cristina Kirchner, que s’inscrit la tournée internationale initiée le 23 janvier par le chef d’état Argentin. La première étape du voyage s’est déroulée à Moscou, où Macri a assisté à la cérémonie d’inauguration de la « Place de la République Argentine », située au centre de la capitale, à proximité de l’ambassade du pays sud-américain. Cet acte officiel répond à celui qui a eu lieu en septembre dernier à Buenos Aires, où une place a été baptisée « Fédération Russe ».

Dans la même journée, le président Vladimir Poutine et le président Argentin, qui par ailleurs est le premier chef d’État de son pays à se rendre en Russie, ont mené des négociations sur des accords bilatéraux et des problèmes internationaux. Le service de presse du leader russe a souligné que les parties se sont mises d’accord pour « discuter des questions de développement de la coopération russo-argentine globale, d’un partenariat stratégique dans les domaines politique, économique, culturel et humanitaire, ainsi que l’échange de points de vue sur des questions d’actualité de l’agenda international ».

Pour Poutine et Macri, ce n’est pas un premier contact. Les dirigeants des deux pays se sont rencontrés pour la première fois en septembre 2016 en Chine sur les champs du sommet du G20. À cette occasion, le président Argentin s’était prononcé en faveur d’un renforcement de la coopération avec la Russie, en particulier dans le domaine de l’énergie. Et en effet, les possibilités offertes par l’Argentine suscitent l’intérêt des russes notamment en matière d’énergie nucléaire, d’hydroélectricité et d’industrie minière, en particulier du gaz naturel et du lithium. Macri s’est montré rassurant devant les PDG des plus importantes entreprises et potentiels investisseurs : « l’Argentine a opéré depuis deux ans un changement politique profond. Nous nous sommes éloignés d’un régime populiste qui allait nous mener au bord d’une nouvelle crise économique très importante, et maintenant nous pouvons dire que l’économie est en ordre ».

Sur le plan diplomatique, l’ambassadeur de l’Argentine à Moscou, Ricardo Lagorio, a remarqué que cette réunion ouvrira un grand programme d’échange de visites réciproques en 2018 : Macri prévoit de se rendre en Russie lors du championnat du monde de football en juin et, de son côté, Vladimir Poutine visitera l’Argentine fin novembre pour participer au sommet du G20 à Buenos Aires. La Russie a été le premier arrêt international de la tournée du président argentin, qui a ensuite poursuivi son voyage en Suisse, où il participe actuellement au forum économique Mondial de Davos. La prochaine étape donnera un nouvel élan à la coopération franco-argentine avec la réunion prévue à Paris avec Emmanuel Macron  le vendredi 26 janvier.

Eduardo UGOLINI

Trahison à la patrie et corruption en Argentine : mise en détention de Cristina Kirchner

L’Argentine vient de vivre un moment historique. La Chambre fédérale de Buenos Aires a confirmé la détention provisoire de l’ex-présidente Cristina Kirchner et d’une dizaine de ses collaborateurs, parmi lesquels son ex-chancelier Hector Timerman. Ils ont été inculpés pour avoir signé un accord avec l’Iran en relation avec l’attentat commis à Buenos Aires, en 1994, contre l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA).

Photo : Diario Jornada

Quel sort attend le clan kirchneriste ? Certainement le même qu’Amado Boudou, le vice-président de Cristina, ou que Julio De Vido, son ministre de la Planification fédérale, parmi d’autres qui se trouvent derrière les barreaux depuis plus d’un mois, accusés de corruption et d’association illicite. Cependant, dans cette opération de purge sans précédent, l’incarcération de madame Kirchner ne pourrait se faire dans l’immédiat, car elle a été élue sénatrice lors des législatives d’octobre dernier, ce qui lui confère automatiquement l’immunité parlementaire. Par conséquent, il faudrait attendre la fin du procès de retrait d’immunité initié par le Sénat. Ce procès n’a pas été fait, par exemple, à l’ex-président Carlos Menem, qui siège au Parlement en tant que sénateur, même après avoir été condamné pour contrebande d’armes avec l’Équateur.

Selon la justice argentine, Cristina Kirchner et ses fonctionnaires ont orchestré un « plan criminel », afin de conférer l’impunité aux terroristes iraniens imputés dans l’attentat contre l’AMIA ; lequel avait laissé un bilan de 85 morts et 300 blessés. L’accusation est lourde et restera dans l’histoire comme un cas inédit dans le domaine de la justice argentine, car l’ex-présidente a été accusée de complicité et de « trahison à la patrie ».

Nous assistons donc à une réécriture du contrat tacite entre la justice et le peuple argentin, déjà annoncé dans les précédentes newsletters (la situation actuelle de Cristina Kirchner et le présumé suicide du procureur Nisman [1]). Ce qui semblait immuable est en train de changer, les intouchables ont été touchés.

Mais ce n’est pas tout dans cet énorme coup de filet fait au nom de la lutte contre la corruption. Quel sera le prochain choc pour les Kirchner ? En parallèle au procès de l’AMIA, Cristina et ses deux fils sont poursuivis pour « blanchissement d’actifs ». L’investigation date d’avril 2016, lorsque le juge Claudio Bonadio avait considéré l’ex-présidente « pénalement responsable en tant que chef d’une association illicite ». Ils sont accusés de « falsification de documents publics », « subornation », et « blanchissement d’argent » à travers des transactions en connivence avec des entrepreneurs de travaux publics. Toujours dans le même procès, la Chambre fédérale de Buenos Aires a dicté la mise en examen de Romina Mercado, nièce de Cristina, et de son époux et ex-président (2003-2005), feu Néstor Kirchner. La justice a également ordonné la saisie de biens de Cristina Kirchner d’un montant de 7,38 millions de dollars (soit environ 6 millions d’euros).

Ce grand dérangement ne date pas d’hier. Dans les années 1990, Hugo Barrionuevo, le dirigeant péroniste et ex-ministre de Raúl Alfonsín avait dit : « Si l’on arrêtait de voler pendant deux ans, l’Argentine serait le pays le plus riche du monde. » Or, voici ce qui est inscrit sur la couverture de la revue Noticias (Nouvelles) : « Les preuves de l’argent sale de Cristina. » La publication date du 6 septembre 2008 !

« Un repenti donne des détails sur la véritable structure économique mise en place pour que madame Kirchner consolide son pouvoir. Le côté obscur de sa campagne : financiers du triple crime, valises chavistes [allusion à Hugo Chavez], prête-noms, et des pots-de-vin…»

Tout le monde savait qu’il y avait de la corruption autour des grands noms. En novembre 2015, vers la fin de l’ère kirchneriste, le pape argentin François avait declaré : « Un jour j’ai demandé à un ministre de mon pays, un homme honnête qui venait de démissionner car il n’était pas d’accord avec certaines choses un peu obscures : quand vous envoyez de l’aide, soit de la nourriture, des vêtements, soit de l’argent pour les pauvres, combien ils reçoivent ? L’ex-ministre m’a répondu que 35 % seulement, ce qui signifie une perte de 65 %. Ça c’est la corruption. »

En effet, même dans un domaine qui touche au cœur de l’idiosyncrasie argentine : le football, dont la corruption au sein de la AFA (l’Association du football argentin) fait actuellement l’objet d’une investigation menée aux États-Unis en relation à l’affaire FIFAgate. En septembre 2012, Daniel Vila, le propriétaire du Grupo UNO Medios (une des holdings les plus importantes du pays) avait parlé de relation « intime » entre football et politique, car il s’agit d’un « moyen privilégié de communication ». Par rapport à l’administration des ressources, « il vaut mieux ne pas en parler… c’est une honte. Le statut de l’AFA est un pêché, son président dirige la commission exécutive, l’Assemblée, les tribunaux de discipline, la cour d’appel, le Collège des Arbitres et le Conseil fédéral… C’est une autocratie qui a généré une situation de crise. En plus, les soupçons de corruption. » Daniel Vila fait référence à feu Julio Grondona, qui a présidé le football argentin pendant quatre décennies.

Sur ce point, Alejandro Burzaco, l’ex-PDG de Torneos y Competencias (l’entreprise toute-puissante chargée de la diffusion des matchs de football), a déclaré aux États-Unis, où il a été mis en examen après l’investigation menée par la justice de ce pays, selon laquelle des pots-de-vin ont circulé dans le monde du football pendant les deux dernières décennies pour un montant de 150 millions de dollars : « Julio Grondona savait tout et touchait de l’argent cash. » Alejandro Burzaco a affirmé avoir donné 4 millions de dollars à deux fonctionnaires du gouvernement kirchneriste : Pablo Paladino, coordinateur du programme Football pour Tous, et l’avocat Jorge Dehlon. Ce dernier, représentant légal de Football pour Tous, s’est suicidé le 14 novembre 2017 après la publication des déclarations de Burzaco. Par ailleurs, l’entrepreneur repenti, qui s’est déclaré coupable de crime organisé, est le principal témoin contre l’ancien président de la Conmebol, Juan Ángel Napout ; l’ancien numéro deux de la Confédération brésilienne, José Maria Marin ; et l’ex-président de la Fédération du Pérou, Manuel Burga. D’après ses informations, si les enquêtes se poursuivent, l’organisation du football à l’échelle planétaire risque d’éclater, surtout après les soupçons qui pèsent sur l’attribution de l’organisation de la Coupe du monde à certains pays, comme le Brésil et le Qatar.

Cette vague de condamnations et d’arrestations tranche avec les habitudes de l’Argentine, et heurte certainement un secteur de la population jadis favorable au kirchnerisme populiste. Mais le mensonge et la tromperie ont des pattes courtes, et la lutte contre la corruption peut toutefois les rassurer et nourrir les attentes du changement annoncé par le parti Cambiemos (Changeons) de Mauricio Macri. Cela malgré le fait qu’une grande partie de l’électorat n’est toujours pas d’accord avec les réformes entamées par l’actuel président, bien que depuis ce grand ménage dans le domaine de la justice, beaucoup sont en train de changer d’avis. À voir.

Eduardo UGOLINI

[1] Le procureur Alberto Nisman fut retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête, quelques jours avant de rendre publiques des informations très embarrassantes pour le clan kirchneriste : il avait dit que l’ex- présidente avait fait signer un accord avec l’Iran afin de bloquer les demandes d’Interpol concernant les arrestations des terroristes iraniens impliqués dans l’explosion de l’AMIA. C’est justement ce que la justice vient de confirmer.

Malgré la mobilisation de la rue, les députés approuvent la réforme des retraites en Argentine

Le Parlement argentin a adopté le très controversé projet de loi sur les retraites. La réforme, qui prévoit de réduire l’augmentation des pensions et de repousser l’âge de départ à la retraite, est destinée à faire 5 milliards d’euros d’économie. France 24 dresse un bilan de cette mobilisation et revient sur le contenu de cette réforme.

Photo : Americaeconomia.com

La forte mobilisation dans la rue n’y aura rien fait. Le gouvernement argentin de centre-droit est parvenu, mardi 19 décembre, à faire adopter au Parlement la très controversée réforme du système de retraite. Les députés de Cambiemos, la coalition au pouvoir, ont obtenu 128 voix en faveur du projet de loi, 116 ont voté contre et deux se sont abstenus. Destinée à réduire le déficit budgétaire de 5 milliards d’euros par an, la réforme prévoit de réduire l’augmentation des pensions, en l’indexant sur l’indice officiel mesurant l’inflation, et de repousser l’âge de départ à la retraite de 65 à 70 ans pour les hommes et de 60 à 63 ans pour les femmes. Le chef du gouvernement, Marcos Peña défend cette réforme, assurant que les retraités n’y perdront pas en pouvoir d’achat.

Au pouvoir depuis fin 2015 et net vainqueur des législatives partielles d’octobre, le président de centre-droit, Mauricio Macri, tenait à cette réforme pour assainir la situation budgétaire de la troisième économie d’Amérique latine. Il envisage deux autres réformes polémiques : une réforme du Code du travail et une autre fiscale. « Le vote, ce n’est pas la fin de l’histoire. Ce qui s’est passé aujourd’hui, c’est le point de départ, le début d’une résistance pacifique », a déclaré Agustin Rossi, le président du groupe parlementaire Front pour la victoire (FPV, gauche), de l’ex-présidente Cristina Kirchner. « C’est une arnaque aux retraites et à ceux qui touchent des allocations », a réagi Axel Kicillof, ancien ministre de l’Économie.

Lundi, alors que les députés examinaient le texte, des manifestants incontrôlés ont déclenché de violents incidents entre la police et des participants à la manifestation. Des dizaines de manifestants et policiers ont été blessés. Les forces de l’ordre ont interpellé des dizaines de casseurs. La plupart des contestataires, rassemblés à l’appel de syndicats et de partis politiques d’opposition, ont manifesté pacifiquement, mais plusieurs centaines de casseurs ont défié les forces de l’ordre en leur jetant des pierres avant le début de la marche devant le parlement.

Les échauffourées ont duré quatre heures. La police antiémeutes a tiré des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène, après avoir éprouvé des difficultés à éloigner les manifestants les plus déterminés. Les protestataires dispersés ont laissé derrière eux de nombreux dégâts. La place du Congrès et les rues environnantes étaient jonchées de pierres, de débris, de cartouches tirées par la police, ainsi que de parois de protection de chantiers qui avaient été arrachées et incendiées.

D’après France 24

Présumé plan criminel contre le procureur Alberto Nisman en Argentine

L’actualité argentine passe par les récentes déclarations du président Mauricio Macri qui a déclaré à la presse disposer de nouvelles informations sur le cas du procureur Alberto Nisman, trouvé mort d’une balle dans la tête à son domicile le 18 janvier 2015.

Photo : Alberto Nisman/Diario 26

Lorsque le procureur Alberto Nisman fut trouvé mort d’une balle dans la tête à son domicile, le 18 janvier 2015, soit un jour avant de présenter au Parlement un rapport sur l’attentat de 1994 au siège de l’association juive AMIA, un sentiment de « déjà vu » s’est emparé de la société argentine. Habitué aux méthodes maffieuses, tout le monde avait dit que la disparition brutale du procureur ne serait jamais élucidée ; une disparition de plus, un autre « suicidé » comme autant de cas similaires qui depuis des décennies ont jalonné l’histoire de l’Amérique latine.

Cependant, à partir de l’élection de Mauricio Macri à la présidence le 10 décembre 2015, la vieille Argentine soumise à une classe politique occupée à « travailler » pour protéger les intérêts de ses concitoyens (mais qui, en réalité, s’entretue pour conserver le pouvoir afin d’augmenter ses prérogatives) semble se retourner sur elle-même en se mordant la queue, faisant penser au ruban sans fin de Möbius. C’est dans ce contexte, un cercle vicieux où ne cessent de circuler de nombreux cas de corruption, que la mort de Nisman marque en quelque sorte – on le verra avec le recul du temps – un nouveau départ dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.

Récemment, au début du mois de novembre, le président Macri fut interrogé lors de sa visite aux États-Unis sur la vérité du suicide du procureur : « Nous allons mener les investigations jusqu’au bout, surtout sur l’hypothèse d’assassinat avancée par les contre-expertises effectuées par la Gendarmerie et confirmées par le Parquet fédéral. » Pour mettre cette déclaration en perspective, rappelons que la nouvelle de la mort de Nisman fut reçue avec stupeur et indignation, car le procureur avait manifesté publiquement son intention de révéler des informations incriminant le clan kirchneriste, dont une grande partie se trouve aujourd’hui sous les verrous. D’après Nisman, qui était prêt à fournir des preuves à la justice, l’ex-présidente Cristina Kirchner avait fait signer un accord avec l’Iran afin de bloquer les demandes d’Interpol concernant les arrestations des terroristes iraniens impliqués dans l’explosion de l’Association Mutuelle Israelite Argentine (AMIA), qui avait fait 85 morts le 18 juillet 1994.

La réouverture du cas Nisman, et la promesse du président Macri d’aller jusqu’au bout de la vérité, suscitent donc dans l’ensemble de la société plus qu’une vague d’espoir : une attente silencieuse, une prudente expectative chargée d’une électricité presque palpable. En effet, bien que beaucoup d’Argentins restent sceptiques vis-à-vis du programme politique et économique de Cambiemos, le cas Nisman a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase d’un pays façonné par l’oubli, l’impunité, la violence meurtrière qui frappe ceux qui croient encore construire un pays « dans le but de former l’union nationale, d’affermir la justice, de consolider la paix intérieure, de pourvoir à la défense commune, de promouvoir le bien-être général et d’assurer les bénéfices de la liberté », conformément au préambule de la Constitution argentine.

Or, deux ans et dix mois après la mort de Nisman, l’affaire vient d’être classée en tant qu’« homicide », et l’informaticien Diego Lagomarsino a été inculpé en tant que participant d’un présumé plan criminel contre le procureur. Selon les enquêteurs, l’ex-conseiller en informatique, qui entretenait une relation de « maître-esclave » avec le procureur, a fourni l’arme meurtrière Bersa calibre 22, laquelle n’avait pas d’autorisation légale depuis avril 2007. « Les circonstances entourant la mort de Nisman ne laissent aucun soupçon sur la possibilité d’un suicide », a déclaré Eduardo Taiano, le procureur chargé de l’enquête qui a affirmé également que « Natalio Alberto Nisman a été victime d’un homicide perpétué par des tierces personnes ». En attendant la suite du procès contre Lagomarsindo, et les révélations sur des nouveaux cas de corruption cette fois au sein de l’AFIP (Administration Fédérale des Recettes Publiques), un autre scandale a éclaté ces derniers jours au sujet de l’Association du Football Argentin, dans le cadre des enquêtes menées aux États-Unis liées au méga procès FIFAgate. À suivre.

 Eduardo UGOLINI

11e Conférence ministérielle de l’OMC : l’Argentine défend le libre-échange mais interdit l’entrée de soixante responsables d’ONG et de journalistes

Fait exceptionnel dans l’histoire des réunions internationales, le gouvernement argentin a refusé l’entrée et a même expulsé des responsables d’ONG de développement et des journalistes pourtant accrédités par l’OMC. « Oui » aux multinationales mais « non » à la société civile ? Le Sommet des Peuples, un forum alternatif.

Photo : Página 12

Qu’est-ce que l’OMC ?

Selon son site, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’occupe des règles régissant le commerce entre les pays. Le but est de « favoriser autant que possible la liberté des échanges ». Pour les organisations de développement, l’OMC défend les intérêts des grandes entreprises transnationales au détriment des intérêts des peuples. Raisons pour lesquelles, à chaque sommet, s’organise un sommet parallèle où militants et organisations anti-mondialistes proposent des politiques alternatives. En octobre dernier, l’OMC a reçu une lettre signée par 300 organisations de développement pour établir leur position : « Ce qui devrait être à l’agenda [du sommet de Buenos Aires en décembre 2017] est de réparer les mauvaises règles et non les étendre, se concentrer sur la transformation des règles internationales qui limitent la capacité des pays en développement à assurer la sécurité alimentaire de leurs populations alors qu’elles permettent aux grands de l’agro-business de recevoir des subventions publiques… ».

Première Conférence OMC en Amérique latine

La session d’accueil des 3 000 délégués de 164 pays s’est réalisée sous la présidence de Susana Malcorra, ancienne ministre des Affaires Étrangères d’Argentine, en présence du directeur général de l’OMC, le Brésilien Roberto Azevêdo. Pour Mauricio Macri, le président argentin, « cette conférence nous permet de renouveler notre engagement ferme envers le renforcement du système multilatéral du commerce. Les problèmes de l’OMC se résolvent avec plus d’OMC et non avec moins d’OMC ». Le sommet aura lieu du 11 au 14 décembre.

Les nouvelles règles selon le président Donald Trump

L’arrivée de Donald Trump à la présidence US a changé la donne car il a lancé son pays sur la piste du protectionnisme tout en voulant forcer le reste du monde à respecter les règles de l’OMC en faveur des États-Unis. Le journal Les Échos du 3 mars dernier rappelle que « le Congrès US avait précisé que les Américains ne sont pas directement soumis aux décisions de l’OMC… ».  Les USA seraient prêts à utiliser « tous les moyens de pression » pour forcer les pays à ouvrir leurs marchés sur la base d’une loi de 1974 qui permet au président des États-Unis d’imposer des sanctions douanières à quelque pays que ce soit. L’agriculture européenne est également lourdement subventionnée par la PAC (Politique Agricole Commune) au détriment de l’agriculture des pays en développement.

Création d’une coalition « L’OMC dehors ! »

Comme à chaque sommet de l’OMC, des organisations sociales, syndicales, droits humains, étudiants, femmes, mouvements politiques, paysans, etc., a organisé une coalition « L’OMC dehors » et une Semaine d’action globale contre le libre commerce. Pour l’organisation Notre Monde n’est Pas à Vendre (OWINFS en anglais)(1), « l’opinion publique est préoccupée par les effets des traités bilatéraux dans les procédures démocratiques de formulation des lois, car les accords commerciaux mènent à une érosion des mesures sociales. En Amérique latine, la préoccupation pour les privatisations et la dérégulation a déjà provoqué des critiques à l’agenda de globalisation néolibérale… ».

L’Argentine interdit l’entrée de dizaines d’associations de la société civile

Ouvrir le pays aux multinationales, mais le fermer à ses opposants ? Première historique, le gouvernement Macri a interdit l’entrée au pays d‘au moins 60 responsables d’associations de développement et de journalistes malgré leur accréditation par l’OMC. Le prétexte ? Ces associations « ont appelé sur les réseaux sociaux à des manifestations de violence afin de générer intimidation et chaos ». Explications très étranges car la plupart de ces associations se rendent aux rencontres de l’OMC depuis plusieurs années sans jamais avoir eu de problème ni avec celle-ci ni avec les pays organisateurs, et n’ont jamais appelé à la violence. La ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, affirme que ce n’est pas son ministère qui a pris cette décision mais les Affaires Étrangères, qui répondent que c’est Sécurité et Services secrets qui ont donné les ordres… Sans explication autre que « le danger sécuritaire », deux personnes furent déportées.

Le Norvégien Peter Titland expulsé

Peter Titland, président de l’ONG Attac-Norvège, un ennemi juré des paradis fiscaux, est expulsé vers le Brésil. Pour Titland, les services secrets argentins ont confondus Attac avec « Attaque » ! « Attac » signifie « Association pour la taxation des transactions financières et pour l’Action citoyenne » (anciennement connue comme taxe Tobin), une organisation internationale créée en France par Bernard Cassen et Ignacio Ramonet, anciens directeurs du Monde Diplomatique (2). Pour Titland, « Le gouvernement argentin prétend que notre page web publie des contenus violents, c’est un mensonge. Mon séjour en Argentine était tout simplement inconvénient pour le gouvernement argentin du point de vue politique ». On se rappelle que le président Macri est cité dans les Panama Papers comme étant le propriétaire de plusieurs comptes secrets dans des paradis fiscaux. Les pressions du gouvernement norvégien ont fait plier l’Argentine qui a autorisé Titland à revenir.

La journaliste Sally Burch expulsée

La britannique Sally Burch est co-directrice de l’agence de presse ALAI (Informations sur l’Amérique latine), dont le siège est à Quito en Équateur (3). Expulsée dès son arrivée à Buenos Aires, elle estime que « la raison pour laquelle ils m’expulsent n’est pas pour ce que j’aurais dit mais parce qu’ils veulent restreindre la participation de voix critiques au mondialisme, une attitude peu démocratique ». Le gouvernement équatorien a déposé une plainte officielle auprès de l’Argentine.

Sur quels critères ?

C’est la question que posent les ONG argentines : sur quels critères se sont basés les services secrets et le ministère de la Sécurité pour prendre leur décision ? Où les services secrets ont-ils été cherché leurs informations ? L’organisation Notre Monde n’est Pas à Vendre rappelle que « nos organisations travaillent pour le développement avec des décennies d’expérience dans le dialogue civil pacifique… Puisqu’il est clair que nos associations ne sont pas un danger pour la sécurité de l’Argentine, leur liste a été construite sur d’autres bases, par exemple nos opinions… ».  Le Comité directeur d’ALAI confirme : « Qu’un gouvernement nie l’entrée dans son pays à des personnes sur base de leurs opinions est grave. Ces faits ne sont pas isolés mais font partie d’une campagne croissante de violence et de répression contre les représentants de la société civile et mouvements populaires dans l’exercice de leur droit légitime à la manifestation publique en Amérique latine ».

La France et la Belgique touchées

Les Français Geneviève Azam, Isabelle Bourboulon et Christophe Aguitton, membres d’Attac France, furent également retenus à l’aéroport. L’intervention de l’ambassade de France a permis de les libérer… L’association Amis de la Terre est également visée (4) ainsi que l’organisation belge CNCD (Centre national de coopération au développement) intégrée par des associations telles que Oxfam, Caritas, Médecins du monde Belgique, etc. Plusieurs organisations de la société civile d’une vingtaine de pays sont aussi visées, toutes qualifiées de terroristes aux yeux des services secrets argentins qui n’ont présenté aucune preuve, aucun texte de violence qu’auraient publié ces associations. L’OMC s’est montrée surprise par les mesures prises par le gouvernement argentin et souhaite gardé ses distances en signalant clairement qu’elle n’y était pour rien et que les ambassades concernées devaient s’adresser au gouvernement.

Jac FORTON

(1)  OWINFS  (2) Attac  (3) ALAI : pour la défense des droits humains et de la démocratie en Amérique latine. (4) Amis de la Terre

La police argentine abat dans le dos un jeune Mapuche en Patagonie

Après la disparition pendant 78 jours de Santiago Maldonado, retrouvé noyé dans le río Chubut, la police argentine est de nouveau accusée de la mort de Rafael Nahuel, un manifestant mapuche. Les policiers seraient-ils à présent autorisés à se soustraire aux ordres des juges ? À cela le gouvernement répond par des déclarations surprenantes… Retour sur l’invention d’un ennemi intérieur.

Photo : La Tinta

Récupérer des terres ancestrales

Depuis plusieurs dizaines d’années, les Mapuches de la Patagonie argentine, tout comme leurs cousins chiliens, luttent pour récupérer des terres ancestrales qu’ils accusent l’État et les grands propriétaires terriens d’avoir usurpées. Leurs moyens de lutte se traduisent par l’occupation des terres revendiquées. La loi [1] est en partie de leur côté : depuis 2015, les forces de l’ordre ont l’interdiction de pénétrer dans les zones revendiquées jusqu’à ce que les titres de propriété soient bien établis par relevés cadastraux. Fin octobre dernier, la communauté mapuche Lof Lafken Winkul Mapu occupe un flanc de montagne près du Lago Mascardi, qu’elle estime sienne de par son droit ancestral, garanti par la Constitution. Le 25 novembre, le juge Gustavo Villanueva ordonne l’évacuation des Mapuches pour « usurpation de terres » et envoie la police fédérale pour les déloger. L’opération est effectuée par le groupe d’élite Albatros. À 5 h du matin, ce groupe de près de 200 policiers attaque la communauté et arrête plusieurs personnes : des hommes, des femmes et des enfants en très bas âge sont détenus durant des heures.

La police fédérale attaque

En fin d’après-midi, le groupe Albatros commence à rechercher les Mapuches qui s’étaient réfugiés dans la montagne. Pablo Curlo, un opérateur touristique qui passait sur la route nationale N40, bloquée par la police, raconte : « Les policiers, genoux à terre sur la route, tiraient vers le haut avec des fusils. J’entendais des cris sur la colline. Des gens criaient : « Ne tirez plus, il y a des femmes et des enfants ici »… J’ai ensuite vu des hommes descendre en portant un blessé. Ils ont été violemment arrêtés et menottés par les policiers. Je suppose que le blessé était Rafael Nahuel… »

La mort de Rafita

Les policiers affirment qu’ils n’ont fait que riposter à des tirs de gros calibre provenant des Mapuches. Néanmoins, la véracité de leurs propos est remise en cause par les faits : Rafael Nahuel, dit Rafita, a été atteint par une balle de 9 mm qui est entrée par la fesse gauche, a traversé les intestins et le foie pour terminer dans les poumons. Il est mort d’une hémorragie interne. Il attaquait sans doute les policiers à reculons ! Deux autres personnes sont également blessées : Johana Colhuan, au coude, et Gonzalo Coña, à l’épaule. Les deux hommes qui ont transporté Rafael Nahuel jusqu’à la route sont Fausto Jones Huala et Lautaro González. Les policiers les ont laissés menottés au sol aux côtés du corps de Nahuel, décédé lors de la descente de la colline. Après des heures de détention injustifiée, le juge a bien dû les relâcher, n’ayant trouvé de dépôt de poudre sur leurs mains, ni d’ailleurs aucune forme d’arme sur la colline qu’ils occupaient. Témoins d’un homicide, les deux hommes sont pourtant accusés d’« occupation illégale de terre » !

Joe Lewis, l’ami du président Macri, n’a pas tous ces ennuis !

Des associations de la région de Bariloche dénoncent depuis plusieurs années « l’annexion » de 12 000 ha de terres, incluant le Lago Escondido à l’intérieur d’un Parc National, par l’homme d’affaires britannique Joseph « Joe » Lewis. Il a bloqué la route d’accès au public et considère le lac comme sa propriété. Il n’a jamais été inquiété par les policiers. Normal, c’est le copain du président Mauricio Macri, qui s’offre régulièrement quelques jours de repos dans sa demeure de 3 600 m2. Que sont quelques Indiens mapuches devant le 300e homme le plus riche du monde (selon la revue Forbes) ?

Les sinistres déclarations officielles

Lorsqu’un journaliste demande à la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, s’il y a des preuves que les Mapuches possédaient des armes lourdes, elle répond : « Ces preuves ne sont pas nécessaires. Nous n’avons pas à prouver ce que font les forces de sécurité. Nous donnons à la version des policiers le caractère de seule vérité. » La vice-présidente de la République, Gabriela Michetti, instaure une nouvelle doctrine : « Tout bénéfice du doute sera toujours en faveur des forces de sécurité ». Et de faire pression sur le juge Villanueva pour lui indiquer par où il devait mener son enquête. Patricia Bullrich : « Nous avons confiance que l’enquête du juge démontrera que les protocoles en cas d’affrontement armé ont été respectés ». Qu’il n’y ait pas eu d’affrontement armé n’est pas un problème, on en inventera un…

Création d’un ennemi interne

Pour le gouvernement, les Mapuches se sont tous joints à la RAM, Resistencia Ancestral Mapuche, « une organisation terroriste qui cherche l’indépendance de la nation mapuche et sa séparation de l’Argentine, ce qui est un crime ». Le problème, c’est que personne n’a jamais vu ni entendu cette RAM, pas même Juan José Chaparro, l’évêque de Bariloche, qui nie toute appartenance des Mapuches de son diocèse à cette organisation. Plusieurs observateurs estiment que la RAM est une invention du gouvernement pour réprimer les communautés mapuches, une longue pratique des autorités argentines.

Pas de dialogue, la confrontation

Telle semble être la position du gouvernement. Alors que le juge Villanueva veut entamer un dialogue avec les Mapuches pour qu’ils puissent retourner sur le lieu de l’affrontement afin de trouver des indices ou des preuves de ce qu’il s’y est passé, le gouvernement le désavoue ! Le chef de cabinet du président Macri, Marcos Peña, déclare « qu’il n’est pas d’accord (disconforme) avec le juge » concernant sa volonté de négocier son entrée sur les terres mapuches qui, par la loi, sont considérées comme propriété privée. De son côté, le Secrétariat aux Droits humains refuse de participer à une table de discussion. Finalement, le ministère de la Sécurité vient d’émettre une résolution « qui permet aux forces fédérales d’ignorer les ordres d’un juge si elles considèrent ces ordres illégaux » ! Des policiers vont pouvoir décider que l’ordre d’un juge est illégal… Du jamais vu en droit ! À quand les prochains morts ?

Jac FORTON

[1] La Loi 26 160 « suspend les opérations d’expulsion de terres habitées par des communautés indigènes jusqu’à ce que l’Institut national des Affaires indigènes termine le relevé cadastral », l’article 33 de la Constitution, la Déclaration américaine des droits des peuples indigènes et Convention 169 de l’Organisation internationale du Travail.

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