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En Argentine, Cristina Kirchner décline les élections présidentielles

Les élections présidentielles de l’Argentine auront lieu le 27 octobre. Pour l’instant, le président actuel Mauricio Macri se présente de nouveau malgré la crise économique à laquelle le pays doit faire face. Quant à l’ex-présidente Cristina Kirchner, celle-ci renonce aux élections au vu du procès l’incriminant dans une affaire de corruption.  

Photo : El Territorio

Malgré une crise économique et sociale qui bat son plein en Argentine, l’actuel président de centre droite, Mauricio Macri affirme vouloir se représenter aux élections à la présidentielle. Avec une inflation fulminante, le taux de pauvreté a explosé et le pays est plongé dans la récession. Au gouvernement depuis 2015, le président n’a pourtant pas été en capacité jusque-là de répondre à la crise de son pays. Lors des précédentes élections, Macri assurait pourtant que «L’inflation est la démonstration de l’incapacité à gouverner. L’élimination de l’inflation sera la chose la plus simple que j’aurai à faire si je suis président.» Or en 2018, l’inflation a atteint 48%. Mais le candidat continue de garder sa ligne de conduite et a annoncé que vouloir «Revenir au passé serait autodestructeur. Nous sommes sur le bon chemin.» 

L’actuelle sénatrice de l’Argentine Cristina Fernández de Kirchner a annoncé le 18 mai qu’elle se porterait candidate à la vice-présidence de son pays lors des prochaines élections générales. Alors qu’elle était plutôt bien placée dans les sondages, elle abdique donc la campagne présidentielle comme candidate de gauche. Elle ne sera alors pas la principale concurrente de Macri. Durant sa course au poste de vice-présidente, CFK sera aux côtés de son ancien chef de cabinet Alberto Fernández, qui sera donc lui candidat à l’élection présidentielle. CFK a affirmé avoir «demandé à Alberto Fernández de prendre la tête du ticket que nous formerons, lui comme candidat à la présidence et moi comme candidate à la vice-présidence lors des primaires» du 11 août. Suite à ces déclarations, Alberto Fernández a déclaré qu’«ensemble, nous allons travailler pour mettre de l’ordre dans une économie qui, jour après jour, condamne les Argentins à la pauvreté.»  

Alberto Fernandez est un avocat de 60 ans qui fut chef de gouvernement du président Nestor Kirchner de 2003 à 2008, puis de son épouse Cristina. Dans ces nouvelles élections présidentielles, il apparaît comme un politicien plus modéré, susceptible de rassembler au-delà des électeurs traditionnels de CFK. «La présence de Cristina Kirchner dans le ticket lui permet de conserver 100% de ses intentions de vote et d’offrir un candidat qui ne suscite pas autant de rejet que l’ex-présidente, dans la perspective du second tour» souligne Rafael Gentili, président du Laboratoire de politiques publiques d’Argentine. C’est donc une stratégie électorale de la part en direction des péronistes non kirchnéristes. Le mouvement péroniste, fondé par le président Juan Domingo Perón dans les années 1950, est actuellement divisé en deux factions, une de gauche dirigée par Mme Kirchner, et une plus centriste, sans leader défini. 

Le retrait surprenant de Cristina Kirchner comme candidate à la présidentielle a été annoncé seulement trois jours avant le début de son procès pour corruption. CFK a était mise en examen dans plusieurs dossiers de malversations durant ses deux mandats à la tête de l’Argentine de 2007 à 2015. Protégée par son immunité parlementaire, elle avait jusque-là pu échapper à des mandats d’arrêt du juge Claudio Bonadio, qui instruit la plupart des affaires de corruption la visant. C’est au tribunal de Comodoro Py à Buenos Aires que l’accusée s’est rendue mardi 21 mai pour «répondre aux accusations de favoritisme dans l’attribution de marchés publics aux entreprises de l’homme d’affaires Lázaro Báez, qui gagnait pratiquement tous les appels d’offres dans la province de Santa Cruz pendant les gouvernements de Nestor puis de Cristina Kirchner.» Enfin, il faut noter que ce premier procès pour corruption ne sera probablement pas le dernier. 

Eulalie PERNELET 

«Sinceramente», la contre-attaque de Cristina Fernández de Kirchner

L’ancienne présidente de la République d’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015), publia le 26 avril dernier Sinceramente, un discours-fleuve de 600 pages où elle est bien décidée à régler ses comptes. Sa parution était restée secrète jusqu’au dernier moment et avait provoqué une véritable tempête médiatique et politique en Argentine.  

Photo : El Político

En moins de deux semaines, Sinceramente devint un véritable phénomène de librairie (il en est déjà à sa troisième réimpression, pour un total de 215 000 exemplaires). Voilà une bénédiction pour le secteur national de l’édition qui pâtit du marasme économique dans lequel se retrouve englué le pays depuis de nombreux mois. C’est précisément dans ce contexte de crise économique brutale et d’une descente vertigineuse de la cote de popularité de l’actuel président Mauricio Macri dans les sondages que Cristina Fernandez de Kirchner décide de signer son retour. Si certains commentateurs voient dans ce livre un lancement de campagne de l’ex-présidente pour les élections nationales d’octobre prochain, sa parution est surtout l’occasion pour CFK, mise en examen dans de nombreuses affaires de corruption, de régler ses comptes avec ses nombreux détracteurs. C’est aussi le moyen pour elle de revenir sur les douze années de gouvernement Kirchner (si l’on comptabilise les années au pouvoir de son mari Nestor Kirchner, de 2003 à 2007). 

Le fond… 

Le livre prend la forme d’un bilan personnel sur les années du couple Kirchner au pouvoir, d’abord dans la province de Santa Cruz et ensuite à la présidence nationale. Les attaques répétées du gouvernement de Mauricio Macri sur l’héritage laissé par cette décennie de pouvoir K l’ayant visiblement blessé, CFK revient en détail sur les nombreuses politiques mises en place lors de leurs mandats. La vision politique «kirchneriste» pourrait grossièrement se résumer par une réactivation de l’industrie nationale par le protectionnisme. Mais aussi par un déploiement de plans sociaux pour les plus démunis et des investissements nationaux importants (aussi bien financiers que symboliques) dans les secteurs des droits de l’homme, de l’éducation, de la recherche et de l’innovation.  

Par cette publication, l’ex-présidente, dont l’image est entachée par de récents scandales judiciaires, entend bien remettre l’Église au milieu du village en y énumérant les nombreux mérites de sa gouvernance. Elle revient longuement sur les politiques de mémoire historique et en matière de droits de l’homme, notamment celles des minorités, avec par exemple l’approbation du mariage pour tous en 2010. Ses soutiens aux secteurs de l’éducation, de la recherche et de l’innovation sont également passés en revue. CFK a notamment soutenu la création de nouvelles écoles et universités, la création du MinCyT (ministère de la Science et de la Technologie) et la création de Tecnopolis (parc pédagogique sur les sciences et la technologie nationale). L’ex-présidente accompagne aussi les efforts de réduction de la «brecha digital» au sein de la population (un programme qui permettait à tous les écoliers de recevoir un ordinateur portable afin de se familiariser avec les outils informatiques). Enfin, elle a aidé au développement des sciences nucléaires et aérospatiales. 

Les mandats du couple Kirchner ont également apporté la création de nombreux plans sociaux, pour certains encore d’actualité. Le plus connu reste sûrement l’AUH (asignacion universal por hijo), sorte d’allocations familiales, qui encore aujourd’hui bénéficie à plus de 2 millions de familles dans tout le pays. D’autres plans, tels que Progres.ar (système de bourses pour pouvoir terminer ses études) et Procre.ar (facilitant l’accès à un logement), sont des mesures phares de leur gouvernement qui restent encore en application. Il n’en reste que le livre manque cruellement d’autocritique sur certains points et notamment sur les difficultés du second mandat de l’auteur. En effet, Cristina Fernandez de Kirchner ne mentionne pas le contexte économique mondial de la première décennie des années 2000. Pendant cette période, le prix pour les exportations de matières premières était très élevé, ce qui rendait en partie possible la mise en place de ces politiques. Elle oublie également son incapacité à désigner un successeur au sein de sa famille politique, ainsi que l’exaspération de nombreux Argentins envers sa personne, qui la jugeaient autoritaire et prétentieuse, lors des élections de 2015.  

Sinceramente est également l’ouvrage du «deux poids, deux mesures», la fameuse «double morale» ou «dobles estandares». Au regard de sa politique intérieure en matière de droits de l’homme, on peut se surprendre de sa fascination pour Vladimir Poutine. Elle n’hésite pas pour autant à encenser cette fascination lors de ses rencontres avec le pape Francisco. Dénonçant l’ambivalence de ses détracteurs, CFK peut parfois avoir recours au même mécanisme. Elle dénonce des institutions internationales, parfois hostiles à sa politique, qu’elle n’hésite pourtant pas à solliciter quand celles-ci permettent d’appuyer son argumentation. Elle dénonce aussi des chiffres utilisés par ses détracteurs alors qu’elle se base sur des chiffres largement contestés de l’INDEC (Institut national de statistiques). CFK est aussi maladroite quand elle définit l’accès aux matchs de la Ligue nationale de football comme un droit de tous les citoyens argentins alors qu’elle ne définit pas la liberté de changer ses épargnes de pesos argentins en dollars.  

et la forme 

Ce double barème s’opère également en matière de style. Notamment quand elle se décrit comme une femme proche du peuple, garante du «nacional y popular», mais s’attarde sur des pages entières consacrées à la décoration de ses nombreuses maisons ou bien sur les hôtels de luxe dans lesquels elle logea en tant que présidente. Car tout d’abord, Sinceramente, c’est un ton, une écriture extrêmement parlée, où l’on retrouve la voix caractéristique de CFK. Son style fait, d’entrée de jeu, fit démentir les commentateurs qui remettraient en doute son implication dans l’écriture de l’ouvrage. On y retrouve également son arrogance notamment lorsqu’elle se prévaut de la récupération du prestige international de l’Argentine sur la scène internationale ou lorsqu’elle retranscrit un dialogue avec Mercedes Marco del Pont, présidente de la banque centrale argentine lors de son second mandat, qui lui conseille d’endetter un peu l’État avant de partir, car le laisser en l’état actuel serait un trop beau cadeau pour son successeur.  

Sinceramente signe le retour de Cristina Fernandez de Kirchner, en tant qu’animal politique, bien décidée à en découdre avec ses adversaires. Ses attaques aux membres de Cambiemos sont en effet redoutables. Mauricio Macri ? «Une personne dure et agressive. Le symbole du chaos, une catastrophe économique et une tragédie sociale. Son ascension au pouvoir se doit au financement des fonds vautours et par le soutien de Cambridge Analytica.» CFK se moque de son vocabulaire, qu’elle décrit comme typique de l’oligarchie, des gens sortis du Colegio Cardenal Newman (un collège catholique où se forment les enfants des grandes familles argentines). Elisa Carrio ? «Une courtisane de province qui cherche à copier l’aristocratie.» Maria Eugenia Vidal ? «La gouverneure virginale.» Guillermo Dietrich ? «Un raciste qui s’étonne qu’un péroniste puisse avoir les yeux bleus.» 

Et puis finalement, le livre est une mine d’anecdotes truculentes. On citera notamment la scène où lors d’une réunion avec Hector Magnetto, directeur du groupe médiatique Clarin, le caniche nain de CFK, Cléo, se met à aboyer sans discontinuer lorsque celui-ci prononce le mot «néolibéralisme». Un peu plus loin, l’ancienne présidente explique que lors de son opération à la tête, elle demanda que l’on vérifie l’identité de son chirurgien, persuadée que celui-ci, étant donné qu’il ne lui avait pas souri, devait être le fils d’un ancien militaire actif lors de la dictature argentine. Son mari Nestor Kirchner n’est pas en reste, notamment lorsque celui-ci refuse d’assister à une soirée de gala tenue par la famille royale hollandaise, car celle-ci a lieu au théâtre Colon, symbole selon lui des classes dominantes et de l’oligarchie argentine.  

Depuis sa parution, nombreux commentateurs de la vie politique argentine voient en Sinceramente une rampe de lancement pour la campagne électorale d’octobre prochain. Il en reste néanmoins que l’ouvrage tient plus du bilan et d’une réponse à ses détracteurs que d’un programme politique en soi. Victime de ce qu’elle décrit comme un «terrorisme judiciaire envers sa personne» et d’une «campagne de diabolisation régionale» (après l’emprisonnement de Lula et les déboires de Rafael Correa avec la justice équatorienne), Cristina Fernandez de Kirchner a décidé de reprendre les armes.  

Elle prend le temps de rappeler à ses lecteurs l’ensemble des politiques progressistes mises en place lors de ses mandats successifs. L’héritage des Kirchner est objectivement impressionnant et marqua une époque dorée pour la gauche latino-américaine en s’inscrivant dans un mouvement régional fort. L’introduction de Sinceramente se termine sur cette promesse de «construire une logique différente, loin de la haine, des mensonges et des revendications. C’est le seul chemin pour récupérer une vie meilleure et un pays qui nous protège». S’en suivent de longs chapitres où elle tire des boulets de canon sur la justice et la presse nationale, alimentant une société argentine déjà fortement polarisée. Cette démarche divise plus qu’elle ne rassemble et ne convaincra que les convaincus. Envisager un duel au sommet entre Mauricio Macri y Cristina Fernandez de Kirchner en octobre prochain serait l’aveu d’un cruel échec dans la rénovation de la classe politique argentine. Mais, au-delà de cela, ceci signifierait un affrontement entre deux camps qui, à la lecture de ce livre, paraissent irréconciliables tant ils sont alimentés par des réalités et des motivations différentes. 

Romain DROOG 

L’ombre Kirchner plane sur la scène politique argentine sur fond de crise économique

Avec la chute du peso et une inflation de plus de 50% sur les douze derniers mois, l’Argentine s’enfonce dans la crise. Les mesures entreprises par le président Mauricio Macri n’ont pas permis d’inverser la tendance. Son avenir politique est de plus en plus compromis avec la possibilité d’un retour de Cristina Fernández de Kirchner.

Photo : Stephanie Maze

La situation économique et sociale en Argentine n’est guère florissante. Deux indicateurs clés illustrent les difficultés actuelles du pays : la chute du peso, qui a perdu la moitié de sa valeur en un an, et l’importante inflation de 55% sur les douze derniers mois. Ces données économiques se traduisent surtout par de grandes difficultés sociales vécues au quotidien par les Argentins. Les taux d’intérêts prohibitifs empêchent les classes moyennes d’accéder au crédit et la faim a refait son apparition. Désormais, 32% des Argentins sont pauvres. Ce taux de pauvreté est au plus haut depuis la terrible crise économique de 2001 qui hante encore les mémoires.

Plusieurs mesures prises par le gouvernement de centre droit du président Mauricio Macri devaient permettre de reprendre le contrôle sur la situation mais il n’en est rien. La contestation prend de l’ampleur pour critiquer les politiques d’austérité imposées par le Fonds monétaire international (FMI) à la suite de l’octroi du plus important prêt jamais accordé de 56 milliards de dollars. «L’Argentine n’est pas gouvernée par Macri mais par Christine Lagarde» ironisent les adversaires de M. Macri.

Le chef de l’État avait promis de rompre avec les méthodes dites «populistes» de sa prédécesseure Cristina Fernández de Kirchner (2007-2015). Il vient cependant de remettre au goût du jour la pratique du gel des prix des produits de consommation courante pendant sux mois, en dévoilant ce dispositif dans une mise en scène télévisée savamment orchestrée en s’invitant chez une famille de la classe moyenne. Ces méthodes rappellent davantage les pratiques d’un temps qui se voulait révolu, celui du kirchnerisme. Elles donnent surtout l’impression que le gouvernement panique à l’approche des élections présidentielles en octobre 2019 pendant que la cote de popularité de M. Macri dégringole.

Le retour de Mme Kirchner au pouvoir semble aujourd’hui une hypothèse de plus en plus probable. Alors qu’elle n’a pas encore annoncé sa candidature, les derniers sondages indiquent qu’elle gagnerait sans difficulté avec 46% des suffrages contre 36% pour Macri.

Selon M. Macri, la crise économique est liée directement à la méfiance des marchés, à l’incertitude électorale et à la peur d’un retour au pouvoir de Mme Kirchner, associée au populisme et au fantasme d’un nouveau défaut de paiement de la dette comme en 2001. Le FMI a en effet accordé à l’Argentine le plus gros prêt de son histoire parce qu’il avait foi dans les politiques libérales proposées par le gouvernement.

Finalement, Mme Kirchner jouit d’un avantage paradoxal. En gardant le silence sur sa candidature, elle reste omniprésente sur la scène politique. Plus son retour au pouvoir devient probable et plus les marchés financiers paniquent, rendant la tâche encore plus difficile pour le gouvernement Macri.

Pour l’instant, tout semble aller pour le mieux pour Mme Kirchner. Elle reste malgré tout sous le coup de la menace judiciaire, avec sa mise en examen dans onze affaires de corruption. Elle est pour l’instant protégée par son immunité parlementaire qui la met à l’abri d’une détention préventive alors que certains de ses proches sont d’ores et déjà en prison pour corruption.

Gabriel VALLEJO

L’ex-présidente de l’Argentine convoquée une nouvelle fois dans une affaire de corruption

Le juge Claudio Bonadio en charge d’une affaire de corruption a convoqué Cristina Kirchner, présidente de l’Argentine de 2007 à 2015, ainsi que 101 autres personnes dont l’ancien ministre de la Planification Julio de Vido, plusieurs vice-ministres et l’homme d’affaires Angelo Calcaterra, soupçonnés d’avoir participé à l’entreprise frauduleuse. Ce réseau pourrait remonter aux mandats de son mari, Nestor Kirchner, entre 2003 et 2007. Ils ont été convoqués à partir du 20 février et l’ancienne présidente sera jugée le 21 mai.

Photo : Diario Veloz

Cristina Kirchner est accusée d’être à la tête d’un vaste réseau de corruption de près de 160 millions de dollars de pots-de-vin, révélé par le scandale des «cahiers de la corruption» dans lesquels le chauffeur de Roberto Baratta, vice-ministre de la Planification, notait les remises de sommes d’argent par des chefs d’entreprise du BTP à Cristina Kirchner en échange de l’octroi des marchés soumis à un appel d’offre public. Elle a par ailleurs été mise en examen le 18 mars pour son implication dans une affaire d’importation frauduleuse de gaz liquide.

Cristina Kirchner est pour l’instant protégée par une immunité parlementaire qu’elle possède en sa qualité de sénatrice. Cela signifie qu’elle ne peut être détenue de manière préventive, mais elle peut tout de même être jugée et condamnée. Le juge Claudio Bonadio a par ailleurs demandé sa levée.

Ce n’est pas la première fois que l’ancienne cheffe d’État est accusée de participer à un réseau de corruption. Mais ces affaires en cours ne freinent pas pour autant les ambitions politiques de l’ancienne présidente. Elle souhaiterait se représenter aux élections présidentielles en 2019.

Principale opposante au président actuel, Mauricio Macri, elle tente de trouver des soutiens auprès des différents représentants des factions du péronisme, «mouvement social» argentin crée en 1940 pour les «classes laborieuses» selon son fondateur.

Lisa GAUTHIER

Cristina Kirchner entre l’enclume de la corruption et le marteau de la justice argentine

L’ex-présidente (2007-2015) de l’Argentine sera bien jugée pour un système de corruption institutionnalisé qui fonctionnait depuis la présidence de son époux feu Nestor Kirchner (2003-2007). Los cuadernos de las coimas («les cahiers des pots-de-vin») ont livré des informations compromettant des dizaines d’ex-fonctionnaires et chefs d’entreprises.

Photo : BBC

Le président de la Chambre de la construction de l’époque l’a reconnu : toutes les entreprises bénéficiaires de commandes publiques étaient tenues de reverser 20% du montant du contrat aux Kirchner. Carlos Wagner a évoqué devant la justice argentine «un système de cartellisation» mis en place par l’ex-président Nestor Kirchner (2003-2007 – décédé en 2010), puis repris par son épouse Cristina (2007-2015).

Devant le procureur Stornelle, Carlos Wagner a également précisé que tout était contrôlé par Julio de Vido, l’ex-ministre de la Planification arrêté en novembre 2017 dans le cadre d’autres affaires. De son côté, Leandro Despouy, ex-président de la Cour des comptes a déclaré à l’agence France-Presse : «Le système de corruption Kirchner a déjà été mis en évidence, cette affaire vient confirmer la matrice de la corruption. Et que les hautes sphères du pouvoir avaient établi des mécanismes, un engrenage pour une corruption gigantesque.» Un autre témoignage, révélé par un avocat d’affaires à l’AFP, donne plus de détails : «Du temps de Kirchner, si tu voulais faire du business avec l’État, tu n’avais pas le choix, il fallait verser 15%, puis c’est passé à 30%, de pots-de-vin.»

Ces révélations sont le fruit d’une enquête initiée l’année dernière par le journal La Nación. Elle a abouti à l’arrestation d’une douzaine d’anciens fonctionnaires et d’hommes d’affaires, parmi lesquels Roberto Baratta. Selon le journal, «les cahiers des pots-de-vin» ont livré à la justice «un matériel inestimable pour pénétrer les profondeurs d’un système de corruption qui s’est répandu avec la force destructrice des métastases». Les écrits recensent les pots-de-vin «acheminés directement au domicile de Cristina Kirchner ou aux ministères».

Les cahiers d’écoliers appartenaient au chauffeur de Roberto Baratta, le bras droit de l’ex-ministre de la Planification Julio de Vido. Ce chauffeur, nommé Oscar Centeno, a noté avec luxe de détails les livraisons d’argent réalisées pendant dix ans à «une trentaine de domiciles». «Quand, combien, où se passait le retrait, qui payait et à qui l’argent dans les sacs était destiné, sachant que ces sacs finissaient parfois au domicile particulier du couple Kirchner ou au palais présidentiel.» Selon les estimations, au moins 160 millions de dollars de dessous-de-table ont été détournés entre 2005 et 2015.

Les soupçons des juges, qui cherchent à prouver le rôle joué par Nestor Kirchner et sa veuve en tant que chefs d’une «association de malfaiteurs», se trouvent confortés par les nombreux témoignages qui accusent directement l’ancien pouvoir. Le scandale éclabousse pratiquement tout le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), dont des dizaines de dirigeants de grandes entreprises du secteur qui ont déjà été inculpés. La plupart ont échappé à la prison en échange d’une collaboration avec la justice argentine. C’est le cas de Paolo Rocca, le PDG de la multinationale Techint, la première société privée du pays, mais l’affaire concerne même l’entourage de l’actuel président argentin Mauricio Macri : Franco et Gianfranco Macri, le père et le frère du président, ont été convoqués à cause de l’entreprise Socma, société du groupe Macri, soupçonnée par la justice d’avoir versée des pots-de-vin au gouvernement de l’ex-président Nestor Kirchner (2003-2007) pour obtenir la concession de deux autoroutes.

Angelo Calcaterra, cousin de Mauricio Macri, propriétaire de l’entreprise de construction IECSA, n’a pas été arrêté mais, en tant que «imputé collaborateur» (son nom figure dans les cahiers de Centeno et parmi les 38 accusés de l’affaire) il a déclaré avoir reçu des pressions de la part de fonctionnaires kirchneristes lors des campagnes présidentielles, en 2013 et 2015, pour qu’il apporte de l’argent. Angelo Calcaterra a également admis avoir payé des pots-de-vin aux fonctionnaires des deux gouvernements de Cristina Kirchner (2007-2015).

Parmi les repentis, Claudio Uberti a apporté un témoignage accablant pour le clan «K». Ex-responsable de l’organisme chargé des œuvres publiques et des concessions des autoroutes pendant le gouvernement de Nestor Kirchner, Uberti a déclaré devant la justice : «Le jour où Nestor Kirchner est décédé, il y avait 60 millions de dollars dans son appartement.» La déclaration d’Uberti est tout à fait cohérente avec les notes retrouvées dans les Cahiers de la corruption.

Ainsi, pendant les semaines précédant à la mort de l’ex-président, le chauffeur de Baratta avait apporté 13 900 000 de dollars au domicile situé rue Juncal à Buenos Aires. Par exemple, le jeudi 30 septembre 2010 : 1,8 millions de dollars ; le jeudi 7 octobre : 5,6 millions de dollars ; le jeudi 14 octobre : 3 millions de dollars ; le jeudi octobre : 3,5 millions de dollars. Pourquoi tous les jeudis ? Selon les explications de Centeno (le chauffeur de Baratta), ce jour-là était assigné à Baratta pour qu’il apporte le fruit de son propre circuit de récolte des pots-de-vin, tandis que le reste des jours de la semaine d’autres «récolteurs» se rendaient au domicile des Kirchner, avec des sacs remplis de dollars depuis les ministères ou organismes de l’État.

Rappelons que le Sénat argentin avait approuvé à l’unanimité la réalisation de perquisitions aux domiciles de Cristina Kirchner, le 22 août dernier, à la suite du levé partiel de l’immunité parlementaire dont elle bénéficie en tant que sénatrice. Deux des propriétés de l’ancienne présidente avaient été perquisitionnées, notamment son appartement de 250 m2 situé à Recoleta, quartier huppé de Buenos Aires. L’enquête s’est poursuivie le 27 décembre, avec la saisie de plus d’une trentaine d’œuvres d’art dont la valeur pourrait atteindre les 4 millions de dollars. Deux semaines auparavant, le 11 décembre, la Cour d’appel avait confirmé le procès contre l’ancienne dirigeante, et ordonné la mise sous séquestre de ses biens à hauteur de 38 millions de dollars !

Cristina Fernández de Kirchner a déjà été impliquée dans neuf autres affaires, dont sept pour corruption, et pour lesquelles elle devrait être prochainement jugée. Par ailleurs, le même jour de l’annonce de son procès, la Cour d’appel a également confirmé l’organisation d’un procès contre son ancien ministre de la Planification, Julio De Vido, accusé d’avoir été l’organisateur du réseau des «Cahiers de la corruption».

Eduardo UGOLINI

G20 en Argentine : un sommet axé sur le climat et le commerce mondial

Les vingt poids lourds de la politique internationale se sont réunis à Buenos Aires, vendredi 30 novembre et samedi 1er décembre, au moment où l’économie globale s’essouffle, la récession frappe le moral des Argentins, et une guerre commerciale risque d’envenimer les relations sino-étasuniennes déjà tendues.

Photo : Major-Prepa

Plusieurs problèmes étaient en jeu à Buenos Aires, allant des tensions politiques à la concurrence économique, en passant par le conflit entre l’Ukraine et la Russie, l’accord de Paris sur le climat, et la présence encombrante du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Donald Trump devait rencontrer Vladimir Poutine pour une réunion aux enjeux essentiels. Mais «l’imprévisible» président américain a finalement annulé la rencontre une heure après avoir confirmé qu’elle aurait lieu, et pour cause : l’incident au large de la Crimée, cinq jours auparavant, entre trois navires militaires ukrainiens et les forces de l’ordre russes. Le Kremlin a «regretté» la décision de Trump, estimant que «les discussions sur des questions internationales et bilatérales graves sont reportées indéfiniment».

La solution pacifique de ce conflit frontalier reste donc un préalable à la reprise des discussions pour un nouveau partenariat Russie-USA. Sauf que pour Vladimir Poutine la guerre va continuer. En effet, d’après le chef du Kremlin, les autorités ukrainiennes font tout pour que le conflit perdure afin de rester au pouvoir.

Ce 13e sommet a été marqué par la franche camaraderie entre le président russe et Mohammed ben Salmane. Les deux dirigeants se sont mis d’accord pour prolonger la baisse de la production du pétrole, alors que les enquêtes menées par la CIA soupçonnent le prince saoudien d’avoir été le commanditaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à l’ambassade de l’Arabie saoudite à Istanbul. Pour sa part, Donald Trump a déclaré une nouvelle fois que, quel que soit le résultat des enquêtes, «l’Arabie saoudite restera un partenaire inébranlable des États-Unis».

À propos de la transition énergétique et le climat, des tensions se sont fait sentir au centre des débats. Dans un texte communiqué à la fin du sommet, les membres du G20 signataires de l’accord de Paris ont souligné que celui-ci était «irréversible», et ils «s’engagent à sa pleine mise en œuvre» en l’adaptant toutefois aux «capacités respectives, au vu des diverses situations nationales». Un bilan plutôt mitigé, si l’on tient compte que certains pays hésitaient à confirmer leur engagement, tandis que l’administration Trump, comme déjà l’an dernier au G20 de Hambourg, n’a pas cédé aux exigences climatiques. «Cette coalition s’effiloche. Des pays comme la Turquie, l’Arabie saoudite, la Russie, pourraient commencer à s’interroger» sur cet engagement, a déclaré une source de la Maison-Blanche.

Mais ce sommet s’annonçait surtout crucial pour l’avenir des relations entre Washington et Pékin et leurs répercussions sur le commerce mondial. «Le risque est celui d’un tête-à-tête entre la Chine et les États-Unis et d’une guerre commerciale destructrice pour tous», avait averti Emmanuel Macron dans une interview publiée dans un quotidien argentin. Le président français a aussi évoqué le risque certain d’un «délitement» de l’OMC (Organisation mondiale du commerce).

Pourtant, depuis des mois de guerre commerciale, Donald Trump et le président Xi Jimping ont trouvé un accord in extremis, mais certes temporaire : la Chine et les États-Unis se sont engagés à ne pas imposer de nouveaux droits de douane sur les importations, et sur des négociations portant par exemple sur la levée par la Chine des obstacles à l’implantation sur son territoire de firmes étrangères, mais aussi sur la protection de la propriété intellectuelle, en particulier des firmes étasuniennes. Cet accord commercial va s’étendre pendant les trois prochains mois, de quoi laisser un peu de temps pour en discuter.

Par ailleurs, la confrontation États-Unis/Chine n’était qu’une manifestation parmi tant d’autres du gouffre économico-social qui sépare les grandes puissances des pays en développement qui font partie du G20, dont certains estiment avoir besoin de plus de soutien de la part des pays qui dominent le marché mondial. Depuis un certain temps, ce gouffre suscite l’intérêt des autorités de Pékin, dont les investissements commencent à s’imposer en Amérique latine, notamment face à Washington. Le continent sud-américain pourrait ainsi devenir le principal partenaire commercial du géant asiatique d’ici à la fin de la prochaine décennie.

Un exemple est révélateur à cet égard : après la clôture du sommet, dimanche dernier, le président chinois Xi Jimping a rencontré pour la cinquième fois, en moins de trois ans, son homologue argentin Mauricio Macri (un record dans l’histoire des relations sino-argentines). Les deux dirigeants se sont mis d’accord pour «ouvrir conjointement une nouvelle ère du partenariat stratégique entre les deux pays». M. Xi, qui a réitéré sa confiance dans les perspectives de croissance dans la région, a également déclaré : «dans l’actuelle conjoncture internationale complexe et à l’évolution rapide, les deux pays doivent tracer la voie des relations bilatérales avec une vision plus large […], et continuer à contribuer à la paix, à la stabilité et à la prospérité des deux pays et dans le monde entier.»

Justement, «stabilité et prospérité», sont les mots magiques que l’administration Macri tentera de matérialiser avant les élections présidentielles de 2019, dans une ambiance de crise économique due à une politique mise en échec par deux crises monétaires, foudroyée par ce qu’on appelle «un manque de plan B» : «Le gouvernement n’a pas sécurisé l’économie pour faire face à un scénario qui était très probable : celui d’une contraction de la politique monétaire dans les pays développés. C’est le genre de chose [la dévaluation du peso argentin] qui arrive quand il n’y a pas de plan B et que l’on compte seulement sur des investissements étrangers», analyse Juan Martín Rinaldi, trader chez Balanz Capital.

Eduardo UGOLINI

Mario Sandoval, l’ex-policier franco-argentin de la dictature, sera extradé

Le gouvernement français a autorisé l’extradition vers l’Argentine de l’ex-policier franco-argentin Mario Sandoval. Ce dernier est mis en cause dans la disparition de l’étudiant Hernan Abriata, pendant la dictature, a appris mercredi l’AFP auprès d’avocats au dossier. Après un long bras de fer judiciaire, le premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, ont signé le décret autorisant l’extradition de cet homme de 65 ans exilé en France après la chute de la junte. Nous reproduisons ici un article de la Tribune de Genève.

Photo : ACAT France

Cet ancien fonctionnaire, dont la justice argentine réclame l’extradition depuis 2012 pour son implication présumée dans l’enlèvement et la disparition d’un étudiant en octobre 1976, a formé un recours devant le Conseil d’État, selon les avocats. «Ce recours n’est pas suspensif, mais il est d’usage républicain que l’État ne procède pas à une extradition avant l’examen du Conseil», qui doit se prononcer dans les prochains mois, a expliqué Me Jérôme Rousseau, avocat de M. Sandoval.

Français, mais

Mario Sandoval a obtenu la nationalité française en 1997, ce qui n’empêche pas son extradition, car il n’était pas français à l’époque des faits. L’Argentine le soupçonne d’être mêlé à l’enlèvement et la disparition le 30 octobre 1976 d’Hernán Abriata, étudiant en architecture qui fut détenu à l’École de mécanique de la marine (ESMA). Quelque 5000 personnes passées par ce centre de torture de la dictature argentine (1976-1983) ont disparu, souvent jetées depuis des avions dans le Rio de la Plata.

Tortures et séquestrations

Si l’Argentine soupçonne M. Sandoval d’avoir participé durant cette période à plus de 500 faits de meurtres, tortures et séquestrations, le dossier Abriata est le seul sur lequel elle s’appuie pour demander son extradition car elle dispose d’une dizaine de dépositions l’impliquant. En mai 2014, la Cour d’appel de Paris avait émis un premier avis favorable à l’extradition, cassé en février 2015 par la Cour de cassation. À son tour, la Cour d’appel de Versailles avait donné un avis positif en octobre 2017.

Un dernier pourvoi avait ensuite été rejeté le 24 mai. La plus haute juridiction française a estimé que l’étudiant n’étant pas réapparu depuis 1976, la prescription de la séquestration n’a pas commencé à courir car l’infraction n’avait pas pris fin de manière certaine. «Après 45 ans de lutte, la famille d’Hernán Abriata, et en particulier la mère de la victime, Beatriz, âgée de 92 ans, espèrent que cette dernière épreuve permette que Mario Sandoval réponde enfin des crimes contre l’humanité que la justice de son pays lui reproche», a réagi dans un communiqué l’avocate de l’État argentin, Me Sophie Thonon-Wesfreid.

D’après La Tribune de Genève

Cette irresponsabilité budgétaire qui plombe l’Argentine depuis vingt-cinq ans

Depuis janvier dernier, le peso argentin a perdu 50% de sa valeur face au dollar. D’ici la fin de l’année, l’inflation devrait dépasser la barre des 30%. La pauvreté touche désormais 33% de la population contre 20% il y a un peu plus de dix ans. L’Argentine vient par ailleurs de négocier le plus grand emprunt jamais octroyé par le Fonds monétaire international (FMI) : 57 milliards de dollars. C’est à se demander où sont passés les taux de croissance de presque 10% annuels des années 2000… Nous reproduisons ici un article de Gabriel A. Giménez Roche, membre de l’Eastern Economic Association et chercheur associé à l’Institut Économique Molinari, publié dans The Conversation.

Photo : La Tercera (Chili)

Qu’arrive-t-il à la troisième économie de l’Amérique latine ?

L’explication est très simple : depuis les années 1990, aucune réforme structurelle n’a été menée, le déficit budgétaire reste conséquent et les autorités usent et abusent toujours du recours à la planche à billets. Lorsque le premier gouvernement de Carlos Menem était aux affaires (1989-1995), l’Argentine était parvenue à sortir d’une situation d’hyperinflation qui perdurait depuis les années 1970-80. Le président avait lancé des réformes courageuses. D’abord, un arrêt net de la planche à billets associé à un changement de monnaie. En 1992, l’Argentine abandonnait ainsi l’austral pour adopter le peso dont la convertibilité garantissait qu’un peso soit égal à un dollar. Cette convertibilité rassurait les Argentins comme les investisseurs étrangers : l’Argentine avait, semble-t-il, retrouvé le sens de la responsabilité monétaire. Le gouvernement avait par ailleurs adopté un programme de privatisations (télécommunications, pétrole, électricité, aviation civile) pour renflouer les caisses de l’État. Ce programme avait été soutenu par des avances des principaux créanciers de l’Argentine, dont le FMI. En conséquence, l’inflation était passée de plus de 3 000 % en 1989 à 25 % en 1992, année d’introduction du peso, pour ensuite redescendre aux alentours de 5 % en 1999, à la fin du deuxième mandat de Menem.

La principale raison du succès du peso fut le redressement budgétaire, car le niveau de déficit, qui pouvait atteindre jusqu’à 14 % du PIB, encourageait les politiques inflationnistes. Or, la lutte contre le déficit était la condition sine qua non pour que les créanciers de l’Argentine acceptent de renégocier la dette et de renforcer les réserves de devises de la banque centrale. C’est pourquoi le redressement fut tangible dès la première année de l’introduction du peso. Mais à peine l’équilibre budgétaire retrouvé, les déficits repartaient à la hausse. C’est en fait le même Menem qui abandonna subrepticement la responsabilité monétaire et budgétaire pour s’assurer un deuxième mandat, de 1995 à 1999. Le gouvernement ne reviendra plus en arrière et les réserves de dollars, si nécessaires au maintien de la convertibilité, ont été consommées en quelques années.

Pendant cette période, l’Argentine n’a pas hésité à s’endetter pour financer ces déficits, d’abord auprès des banques et fonds de pension étrangers, puis auprès du FMI et finalement auprès de personne… jusqu’à l’éclatement de la crise en 2001, alors que le gouvernement de Fernando de la Rúa gouvernait le pays. Le corralito, ou plafonnement du retrait d’espèces (comme ce qu’a connu la Grèce en 2015), a duré jusqu’à la fin 2002, année qui a vu le PIB s’effondrer de 11 %. Pour la petite histoire, corralito désigne en Argentine l’enclos dans lequel on enferme le bétail avant de l’emmener à l’abattoir… Il a été suivi du corralón, la conversion forcée des dépôts en dollars des particuliers en pesos à un taux dérisoire, pour ne pas dire une confiscation de l’argent des citoyens. Ceci n’a pas empêché l’Argentine de faire défaut sur sa dette externe et de déclarer un moratoire qui ne sera levé qu’en 2016.

Une abondance inutile

En 2003, Nestor et Cristina Kirchner prennent les rênes du pays. Dans les années 2000, l’embellie des prix des matières premières (abondantes en Argentine), bénéficiaient largement aux secteurs exportateurs. Les hausses dépassaient facilement les 100 % par rapport aux périodes précédentes. Le terme de l’échange (la mesure de valeur des exportations par rapport aux importations d’un pays) a bondi de 68 % entre 2000 et 2011. Autrement dit, non seulement l’Argentine exportait beaucoup, mais ses exportations valaient énormément par rapport à ce qu’elle importait.

La fiscalité des exportations a permis de dégager les surplus budgétaires assez conséquents de l’ère Kirchner (voir le deuxième graphique). Ces excédents sont rapidement devenus la principale source de financement de plusieurs mesures populistes. Le gel des loyers, la réduction et le contrôle des tarifs de l’énergie, des carburants, ou encore des transports donnaient alors l’impression à la population que tout allait vraiment mieux qu’avant. Mais aucune réforme structurelle pour soutenir l’économie à long terme n’a été mise en place pendant cette période d’abondance. L’Argentine restait exclue des marchés internationaux, car les Kirchner refusaient de reprendre le paiement de la dette en bonne et due forme.

Dépendance aux matières premières

À cette époque, la fiscalité s’est alourdie pour les exportateurs, qui représentaient la principale source de devises pour l’État. N’oublions pas non plus qu’il y a en Argentine deux fois plus de personnes dépendantes de l’État que de travailleurs dans le secteur privé. En conséquence, quand le boom des matières premières a touché à sa fin, le pays s’est retrouvé en eaux troubles. Les infrastructures publiques dans le secteur de l’énergie et du transport accusaient le coup après des années de contrôle des prix, entre manque d’investissement et dégradation des services. Pour éviter une nouvelle saignée en dollars, le gouvernement a alors instauré le contrôle des capitaux. La présidente Cristina Kirchner s’est parallèlement rapprochée du gouvernement chaviste du Venezuela et a tenté d’émuler un virage autoritaire. Mais la manœuvre a échoué et c’est Mauricio Macri, le président actuel, qui est arrivé au pouvoir en 2015.

Le nouveau gouvernement Macri s’est retrouvé face à une dette de 240 milliards de dollars – les Kirchner avaient récupéré le pays avec moins de la moitié de ce montant – et un déficit budgétaire annuel de presque 10 %. Pour redresser la situation, il a alors opté pour une politique « gradualiste ». Il a commencé par réajusté la valeur du peso à la baisse, ramené les tarifs des services publics à la réalité avec des hausses atteignant presque 100 %, abandonné le contrôle des capitaux, et coupé dans le budget pour ramener le déficit à 4 % du PIB en trois ans. Néanmoins, Macri n’a pas osé s’attaquer au surnuméraire des contrats publics et encore moins aux budgets des provinces argentines.

L’échec des réformes « gradualistes »

Son pari ? Un regain de confiance des investisseurs étrangers que se traduirait par plus d’investissements et donc d’emploi. Il envisageait de s’attaquer, dans un second temps, à des réformes structurelles profondes des dépenses de l’État. Malheureusement pour lui, les investisseurs ont continué à bouder l’Argentine. La période Kirchner marquée par des contrôles de prix ont laissé les entreprises sans marge de manœuvre. Et la corruption reste omniprésente. Pour ne rien arranger, son gouvernement n’est pas majoritaire au Parlement et la prochaine élection présidentielle doit se dérouler dans un an. Par conséquent, les investisseurs craignent encore aujourd’hui que l’Argentine ne soit pas capable de maîtriser son déficit budgétaire à moyen terme. La planche à billets – et donc l’inflation – fait son grand retour. Pour l’endiguer, le gouvernement a procédé à une émission de titres promettant jusqu’à 50 % d’intérêts en un an. Pour le moment, la réussite de cette émission a permis au gouvernement de stabiliser la situation. Pour ce qui est de l’avenir, tout dépendra de la capacité du gouvernement à ramener le budget à l’équilibre tout en assouplissant la charge fiscale qui pèse sur les entreprises et la population. L’Argentine est l’exemple même de la manière dont l’irresponsabilité budgétaire peut gâcher un très beau potentiel. Que cela nous serve d’avertissement.

Gabriel A. GIMÉNEZ ROCHE
D’après The Conversation

L’Argentine secouée par l’incertitude économique de l’administration Macri

Depuis le début de l’année, le peso a perdu 50 % de sa valeur face au dollar, et la Banque centrale argentine a dû remonter son taux directeur à 60 %. Les mesures d’austérité budgétaire et le prêt de 50 000 milliards de dollars accordé par le FMI sont censés remettre l’Argentine sur les rails, tandis qu’au cœur de cette nouvelle crise, la justice poursuit les investigations et met en lumière le système de corruption Kirchner.

Photo : A las siete

«J’ai eu un très bon rendez-vous avec le président Macri», a annoncé la semaine dernière depuis New York la directrice du Fond monétaire international (FMI), Christine Lagarde. «Nous sommes proches de la ligne d’arrivée», a-t-elle ajouté à propos de l’accord conclu en juin, qui porte sur un prêt de 50 milliards de dollars sur trois ans. De son côté, dans son allocution en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Mauricio Macri a estimé que l’accord avec le Fond doit permettre de dissiper «les doutes sur la capacité de financement» de son pays. «Ce que nous allons annoncer, c’est davantage de soutien, ce qui veut dire davantage de confiance», a déclaré le président argentin.

Pendant ce temps, des milliers de personnes de plus en plus angoissées par l’aggravation de la situation économique et du chômage, exaspérées par l’augmentation du prix de l’essence, des transports publics et la féroce hausse des tarifs de gaz et d’électricité, ont suivi l’appel des syndicats à descendre dans la rue, le 25 septembre, pour protester contre la politique du gouvernement et ses accords avec le FMI.

Pourquoi s’en inquiéter, alors que les déclarations de Mme Lagarde sont très rassurantes et que Mauricio Macri développe des perspectives «grandioses» pour l’avenir ? Parce que le Fond monétaire international est très mal perçu en Argentine. Il faut dire que le souvenir des «aides» antérieures du FMI hante encore les mémoires : il avait déjà accordé des prêts d’argent dans les années 1990 et la population le tient pour responsable de la crise de 2001.

Le FMI est donc synonyme de nouveaux sacrifices en perspective, des sacrifices dont l’Argentine a besoin pour poser, enfin !, les bases d’un pays crédible pour les investisseurs. C’est justement ce qui n’a pas été réalisé pendant le gouvernement populiste de l’ère Kirchner : trop concentré à détourner l’attention du peuple avec des subventions et des discours vides, tandis que les pots-de-vin circulaient dans tous les sens. Et aujourd’hui, on ne peut pas manquer d’expliquer en partie la crise actuelle par un rapprochement entre la corruption et la politique démagogique menée pendant la période 2003-2015.

Sur ce point, rappelons que dans une tentative pour freiner la baisse du pouvoir d’achat et afin de masquer les chiffres lorsque le taux d’inflation approchait le 30% annuel, les Kirchner commencèrent à distribuer des subventions au transport public, à la consommation du gaz et de l’électricité, et aux producteurs d’aliments de base, sans oublier l’émission monétaire. Par conséquent, la crise économique qu’endure actuellement l’Argentine découle, d’une part, de l’irresponsable gestion kirchneriste, mais aussi du nouveau contexte international qui a conduit le pays au bord du gouffre.

En effet, «les premières années du Kirchnerisme ont contribué, malgré ses méthodes malveillantes, à une croissance, en partie due aux nouvelles productions de soja et au prix international disponible pour le produit», selon l’analyste Daniel Muchnik. Cependant, «après que tout se soit effondré, un populisme de néo-gauche a été mis en place entre les mains d’un couple qui s’estimait péroniste mais qui cherchait des appuis de toutes sortes, avec une gestion fallacieuse des budgets nationaux», ajoute-t-il. C’est la raison pour laquelle Marcos Peña, l’actuel chef du gouvernement argentin, a déclaré récemment que «cela fait des décennies que nous avons un problème de déficit budgétaire et que rien n’avait été fait pour le résoudre».

À présent, dans une économie de plus en plus globalisée, l’Argentine est l’un des pays le plus affectés par la fuite des capitaux. L’envolée du dollar et les spéculations boursières sont dues à la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis. Sur ce point, le journaliste Jérôme Duval apporte un éclairage : «la hausse des taux d’intérêt aux USA a entraîné une ruée sur le dollar devenu plus que jamais valeur refuge pour les Argentins. Les capitaux en dollars ont été rapatriés aux USA pour profiter de la dite hausse des taux, les liquidités s’assèchent soudainement, les monnaies des pays dits “émergents” chutent brutalement», à l’instar de la crise qui frappe actuellement la Turquie.

À l’égard de ce qui vient d’être exposé, trois faits saillants méritent d’être rappelés pour expliquer la situation actuelle de l’Argentine. D’abord, en échange des 50 000 milliards de dollars promis, le FMI demande une plus grande rigueur budgétaire et, pour cela, d’ici 2020, l’Argentine devra purger les dépenses publiques. Et le FMI, qui est devenu le patron de l’économie argentine, suit désormais avec les yeux d’Argus la mise en place des nouvelles mesures. Dans ce sens, le président Macri a annoncé début septembre la suppression d’une dizaine de ministères, l’augmentation des taxes à l’exportation, alors qu’il a déjà réussi à réduire le déficit budgétaire de 6% en 2015 à 3,9% en 2017, comme il l’avait annoncé lors de son élection il y a trois ans. Le gouvernement s’est engagé également à le réduire à 2,7% du PIB cette année, puis à 1,3% en 2019, et de parvenir à l’équilibre en 2020, ce que beaucoup d’analystes redoutent.

Deuxièmement, la demande effectuée par le gouvernement d’avancer les versements du prêt de 50 milliards de dollars aurait jeté le doute sur l’état de l’économie, d’où les manifestations et la crainte de ceux qui font grève avec le sentiment qu’il s’agit du même scénario de 2001 qui se reproduit. D’après l’analyse du Financial Times, «bien que pensée pour rassurer les Argentins, cette annonce surprise a effrayé les marchés, car l’équipe économique de Macri ne l’a pas accompagnée d’explications techniques». Pour le quotidien financier, il n’y a aucun doute : le président Macri a «mal communiqué». Dans les colonnes du journal The Guardian, l’éditorialiste économique Larry Elliot est du même avis : «Le timing est essentiel sur les marchés financiers» et, dans ce domaine, le président argentin «s’est planté magistralement».

Enfin, l’Argentine est victime des charognards qui tirent d’énormes profits des pays émergents dont les structures financières sont encore mal ficelées, et qui les poussent à l’abîme comme Wall Street a fait plonger l’Argentine en 2001. Ainsi le politologue argentin Natalio Botana notait à l’époque : «Lors de toute crise, on voit apparaître des spéculateurs : il y a dans notre pays des gens disposant de sommes d’argent considérables et qui misent à long terme sur une dévaluation du peso ; d’autres jouent à plus court terme sur les bons du Trésor. Les uns et les autres sont des vautours.» À ces vautours s’ajoute un élément perturbateur qu’il ne faut pas négliger, car les gens qui partagent ce point de vue son très nombreux en Argentine : l’ambition et les manœuvres politiques qui encadrent certains groupuscules d’agitateurs, qui sèment le chaos dans la rue, manipulés et subventionnés par l’opposition et les très puissants syndicats, dont certains dirigeants se trouvent sous l’œil de la justice. Ses émissaires auprès des «durs» étaient déjà derrière les émeutiers de décembre 2001 qui ont mis fin à la présidence de Fernando de la Rúa.

Or, dans ce moment charnière pour le président de la République, à un an de l’élection présidentielle prévue en octobre 2019, saura-t-il se maintenir au pouvoir en faisant accepter un plan de sauvetage économique forcément douloureux pour la population ? Selon le gouvernement, le prêt qui a été accordé par le FMI laisse espérer une sortie de crise. Reste à savoir si cette bouffée d’oxygène sera effectivement suffisante.

Au cœur de ce paysage incertain, les dernières nouvelles concernant l’ex-présidente Cristina Kirchner confirment les informations avancées dans nos articles depuis l’année dernière. L’ex-présidente a été attrapée encore une fois dans sa propre toile d’araignée**, déjà inculpée dans quatre autres affaires, dont certaines pour corruption : «le procureur Carlos Stornelli estime qu’au moins 160 millions de dollars de dessous-de-table ont été détournés entre 2005 et 2015.*» Nous aurons l’occasion d’y revenir, mais pour donner une idée d’où se trouvent les racines de ladite «association de malfaiteurs», citons le journaliste Michel Faure, qui a écrit dans L’Express du 26 janvier 2004 à propos de Néstor Kirchner après qu’il a été élu président : «un obscur gouverneur patagon qui gouvernait depuis douze ans sa lointaine province de Santa Cruz, dans le sud du pays, après y avoir nommé ses juges et vassalisé la presse locale et non sans avoir fait modifier la Constitution régionale afin de pouvoir être réélu ad vitam aeternam.» La province de Santa Cruz est aujourd’hui en banqueroute, gouvernée par la sœur de l’ex-président feu Néstor Kirchner.

Eduardo UGOLINI

* Lire notamment l’article publié le 7 septembre sur les «les cahiers des pots-de-vin»
** «attrapés dans leur toile d’araignée» : expression du journaliste et analyste politique James Neilson (ex-directeur de The Buenos Aires Herald), en référence à la situation de Nestor et Cristina Kirchner en septembre 2008.

Le peso argentin dégringole : quel avenir pour la troisième économie d’Amérique latine ?

Confronté à une crise de confiance, le peso argentin a perdu en deux jours près de 20 % de sa valeur face au dollar, contraignant la banque centrale à relever jeudi à 60 % son taux directeur, l’un des plus élevés du monde. En proie à une récession et connaissant un risque élevé, la troisième économie d’Amérique latine peine à rebondir, malgré le recours au Fonds monétaire international (FMI), qui lui a accordé en juin un prêt de 50 milliards de dollars. Nous reproduisons ici un article de Radio Canada.

Photo : Cuba Debate

Jeudi, le peso argentin a enregistré sa plus forte dépréciation en une seule journée depuis que, fin 2015, Mauricio Macri (centre droit) a pris ses fonctions de président, cédant 13,53 %. Cette devise a ainsi reculé de plus de 53 % depuis le début de l’année par rapport au billet vert et s’échange désormais à 36,50 pour un dollar.

Pour endiguer la dépréciation de la monnaie argentine, la Banque centrale de la République argentine (BCRA) a pris une mesure forte jeudi, en augmentant de 15 points son principal taux d’intérêt, de 45 à 60 %.

Confiant malgré tout

Malgré le marasme économique, le gouvernement se montre confiant quant à l’avenir économique du pays. Le chef du gouvernement argentin, Marcos Peña, a ainsi assuré que l’Argentine allait «sortir renforcée du processus de transformation» engagé fin 2015 par le président Macri. «Il n’y a pas d’échec économique, a-t-il affirmé. C’est un changement profond, nous sommes dans la bonne direction.»

Il a attribué les turbulences sur le marché des changes à la «vulnérabilité structurelle» de l’Argentine : «cela fait des décennies que nous avons un problème de déficit budgétaire et rien n’avait été fait pour le résoudre.»

Avec le remboursement des «fonds vautours», l’Argentine a pu faire son retour sur les marchés financiers dont elle était exclue depuis 2001. Ces fonds spéculatifs avaient racheté à très bas prix (20 % de sa valeur) la dette argentine, puis avaient refusé de participer à la renégociation de cette dette.

Finalement, l’Argentine avait accepté, en 2016, de régler les 4,6 milliards de dollars, mais avait contracté dans la foulée plus de 142 milliards de dollars de dette en deux ans.

Durant les 18 premiers mois de sa présidence, les taux d’intérêt élevés des obligations argentines ont ranimé l’économie. Le problème, d’après l’économiste Delfina Rossi citée par Libération, c’est que ces capitaux purement spéculatifs «sans contrôle, sont repartis aussi rapidement qu’ils étaient venus une fois leur rente touchée, encourageant la fuite de capitaux et mettant une très forte pression sur le peso».

Austérité imposée

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2015, le gouvernement Macri a réduit de 6 à 3,9 % du PIB le déficit budgétaire. Car l’argent prêté par le FMI est assorti de mesures d’austérité. Le gouvernement s’est ainsi engagé à encore réduire le déficit, avec un objectif de 2,7 % en 2018 et 1,3 % en 2019.

La semaine dernière, une augmentation d’au moins 30 % du prix des transports publics, la hausse des tarifs de gaz et d’électricité et celle du prix de l’essence ont été un nouveau coup dur pour les citoyens qui survivent parfois grâce au troc.

Les restrictions budgétaires se font sentir également dans l’administration publique et dans le secteur privé. Des entreprises ferment, les financements publics diminuent dans tous les domaines et nombre de grands travaux prévus par les autorités sont reportés.

Jeudi, à Wall Street, les actions argentines ont chuté de 10 % en moyenne et le géant américain de la grande distribution Walmart a annoncé la vente d’une dizaine d’hypermarchés en Argentine.

Mercredi, Mauricio Macri avait essuyé un camouflet à Buenos Aires. Il était intervenu publiquement pour annoncer que l’Argentine demandait au FMI d’accélérer le versement de la deuxième tranche du prêt. Mais les marchés ont réagi négativement.

«Le dollar est la monnaie de réserve par excellence, utilisée par les Argentins pour préserver à long terme la valeur de leur épargne. La demande croît en période d’incertitudes et elle diminue par temps calme. C’est dû à la mauvaise expérience de ceux qui ont vu fondre leur épargne en pesos», notamment au cours de la crise économique de 2001, explique en outre Victor Beker, le directeur du Centre d’études de la nouvelle économie (CENE).

La Confederación General del Trabajo de la República Argentina (CGT), la principale centrale syndicale du pays, a appelé à une grève nationale de 24 heures le 25 septembre.

D’après Radio Canada

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