Littérature brésilienne

Sur fond historique


Entre l’Allemagne nazie et le Brésil actuel : Les Deux Vies de Sofia de Ronaldo Wrobel

Allemagne, années 1930. Brésil, 2013. Entre les deux, Sofia, juive née à Hambourg, installée au Brésil peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale. Roberto W. est son petit-fils et aussi le narrateur. Grâce à un vieux carnet qui a appartenu à Sofia, il reconstitue une partie de la jeunesse de sa grand-mère, son amitié avec Klara Hansen en pleine montée du nazisme. Un coup de téléphone les pousse à traverser l’Atlantique avec, en prime, peut-être, un trésor… Sept millions d’euros, tout de même !

Photo : Métailié / Alexandre Sant’ Anna

Sofia, en 2013, est une vieille dame atteinte de la maladie d’Alzheimer, mais dans une forme sans violence : elle a toujours été fantasque et, si elle s’échappe désormais de la maison de Copacabana, c’est, vêtue de sa plus belle robe noire, pour se retrouver dans un cabaret en train de chanter au micro devant un public amusé autant qu’admiratif. La promesse de toucher sept millions d’euros vient de loin : entre 1933 et 1938, Sofia, fille d’un accordeur de pianos juif, est l’amie de Klara, une jeune villageoise récemment installée à Hambourg avec sa mère et son frère Hugo.

Klara est pure aryenne, Sofia juive. Leur amitié ne résiste pas à la montée du nazisme. Pourtant, avant de mourir en 1938, Klara déclare par écrit laisser tout ce qu’elle possède à son ancienne amie. Des décennies plus tard, la juge Julia Kaufmann retrouve par hasard Ronaldo qui donc se rend à Hambourg avec son insaisissable grand-mère.

Il se lance alors dans une aventure débridée qui mêle passé trouble et présent hasardeux : un peu de romance sur fond de nazisme, un peu de mélo, un peu de polar, des rebondissements rocambolesques. On s’aime et on se trahit, on chante dans des cabarets, à l’occasion on se prostitue, on disparaît pour (peut-être réapparaître), on tue ou on blesse pour se sauver, on change de pays, de continent et une des protagonistes est douée d’une mémoire absolue, elle n’oublie rien…

Ronaldo Wrobel a voulu jouer avec son lecteur, il a réussi une histoire qui émeut, qui amuse, qui tient en haleine dans un contexte historique lui-même passionnant. Que demander de plus ?

Christian ROINAT

Les deux vies de Sofia de Ronaldo Wrobel, traduit du brésilien par Hubert Tézenas, éd. Métailié, 260 p., 20 €. Ronaldo Wrobel en portugais : O romance inacabado de Sofia Stern / Traduzindo Hannah, ed. Record, Rio de Janeiro / São Paulo. Ronaldo Wrobel en français : Traduire Hannah, éd. Métailié.

Ronaldo Wrobel est né en 1968, il est avocat et vit à Rio de Janeiro. Il est l’auteur de plusieurs romans, Traduire Hannah a été son premier roman traduit en français.

 
 

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