Referendum pour la paix en Colombie

Le 'NON' l'emporte !


La douche froide : victoire du ‘non’ à l’Accord de paix avec les FARC

Lors du referendum du 2 octobre, le ‘NON’ à l’Accord de paix l’emporte avec 50,21 % des voix pour 49,78 % au ‘OUI’ ! Le président Juan Manuel Santos et les FARC réitèrent leur volonté de paix et l’arrêt des hostilités. L’opposition propose un Pacte national.

Avec à peine 55.000 voix de différence sur 13 millions de votants, le ‘NO’ à l’Accord de paix est la grande surprise du jour. Les deux points à remarquer sont le fait qu’à peine un électeur sur trois est allé voter et que la majorité des électeurs favorable au ‘OUI’ provient des zones de guerre. Depuis le Palais présidentiel de Nariño, le président Juan Manuel Santos ravale sa déception et annonce : « Tous ont dit qu’ils veulent la paix. Chercher des points de rencontre et d’unité est maintenant plus important que jamais. Le cessez-le-feu bilatéral et définitif reste et restera en vigueur… Je convoquerai toutes les forces politiques afin de les écouter, d’ouvrir des espaces de dialogue et de décider du chemin à suivre… »  Lors d’une entrevue à Radio Caracol, Rodrigo ‘Timochenko’ Londoño, le chef des FARC déclare : « Nous regrettons profondément que le pouvoir destructif de ceux qui sèment la haine et la rancœur, ait influencé l’opinion de la population… Que le peuple colombien sache qu’il peut compter sur nous… pour maintenir notre volonté de paix et notre disposition à lutter seulement avec les mots comme arme de construction du futur ».

Pourquoi un referendum ?

En 2014, le président Santos se représente aux élections présidentielles sur un programme de travail essentiellement consacré à la recherche de la fin de la guerre civile dans son pays. Élu sur cette base, la Cour constitutionnelle précise qu’il n’a pas besoin d’organiser un referendum populaire pour ratifier d’éventuels accords de paix puisque le peuple l’a élu pour cela. Voulant donner « la plus grande légitimité possible » aux accords, il organise un referendum que personne d’autre que lui ne souhaitait.

Pourquoi ce ‘NON’ ?

Les analyses en profondeur seront nombreuses à venir. Il y a déjà quelques tentatives d’explications ; certains pensent que le gouvernement n’a pas fait suffisamment d’efforts pour expliquer les accords et le bénéfice que tirerait le pays avec la fin de la guerre, et d’avoir par exemple négligé le financement de ressources importantes telles que le transport, essentiel en zones rurales. D’autres évoquent le rôle de la droite liée aux paramilitaires et aux médias qui ont systématiquement diffusé des mensonges visant à terroriser le peuple, par exemple cette annonce comme quoi Timochenko s’imposera comme prochain président et que la Colombie sera soumise aux FARC ! Ou encore en dénonçant des accords … qui n’ont jamais été discutés par les parties. Une autre thèse avancée est que de nombreux électeurs croient qu’il n’y aura pas de justice pour les crimes commis par les FARC, ce qui est faux car des peines de 8 à 20 ans de prison sont prévues dans les accords pour qui, militaire ou guérillero, reconnait avoir commis des crimes. La tardive demande de pardon des FARC serait également une des raisons du résultat. La fausse « information » affirmant que les accords imposeront une « idéologie du genre et le mariage égalitaire » aurait dissuadé de nombreux catholiques. D’autres encore avancent que les Colombiens ne croient plus en les urnes pour résoudre les problèmes… Toutes ces raisons font sans doute partie de l’explication globale mais toujours est-il qu’une majorité des votants a fait savoir qu’ils ne voulaient pas des accords de paix…

Une contradiction surprenante

Ce sont les régions les plus touchées par la guerre (Bogotá, le Cauca, Nariño, San Vicente del Caguán) qui ont le plus voté ‘OUI’ au referendum. Par contre, en Antioquia et Medellín, bastions de l’ancien président Alvaro Uribe, farouche ennemi des FARC et féroce opposant au président Santos, la majorité a voté ‘NON’. Uribe, président du parti Centro Democrático (droite),  très opposé aux accords de paix, savoure sa victoire. Tout en annonçant « qu’il voulait contribuer à un accord national », il exige de réaliser des modifications aux accords de paix qu’il trouve « trop favorables » aux FARC. Pour d’autres analystes encore, le Centro Democrático représentant les oligarchies et les médias contrôlés par elles « ont rempli les Colombiens de peur et de haine car les accords menacent leurs intérêts, les terres qu’ils ont volées aux paysans, leurs entreprises et même leur futur politique » car les enquêtes de la future Commission de la Vérité montreront leur participation  à la guerre en soutenant et finançant des groupes paramilitaires et le narcotrafic (1).

Les gagnants

Les grands gagnants sont incontestablement le sénateur Alvaro Uribe et son Centro Democrático qui rassemble la droite et les oligarchies. Leur victoire obligera sans doute le gouvernement à renégocier certaines parties des accords alors que cette possibilité avait été déclarée  « impensable » il y a peu. Pour le moment, Uribe garde un profil modéré ; il a demandé « qu’il n’y ait pas de violence, que les FARC soient protégées et que cessent tous les délits, y compris le narcotrafic et l’extorsion ». Il appelle à « un grand Pacte national , fondamental pour qu’au nom de la paix, il ne se crée pas de risques pour les valeurs qui la rendent possible : la liberté, la justice institutionnelle et le pluralisme ». Mais, selon l’analyste Oto Higuita, son véritable objectif serait d’envoyer les FARC en prison et la mort politique de la guérilla en l’empêchant de former un parti politique (2).

Les perdants

Ce sont le président Santos qui perd une partie de sa légitimité, le peuple colombien qui, par une abstention  massive (près de 65 à 70 %), a permis que le ‘NON’ l’emporte, et les FARC qui craignent que pour sauver la paix, il faudra renégocier avec la droite certains aspects des accords. Timochenko a annoncé ce lundi que la guérilla pourrait « accepter la possibilité de  les ‘rectifier’ car la bataille pour la paix n’est pas perdue ». Les  autres perdantes sont les entreprises de sondage qui, toutes sans exception, ont prédit que le ‘oui’ au referendum serait gagné avec une marge allant de 55 à 70 % ! 

Et maintenant ?

Le président Santos a immédiatement réuni les chefs des partis politiques qui soutiennent sa coalition et invité le Centro Democrático à venir discuter la route à suivre pour sauver la paix. L’équipe gouvernementale est composée du négociateur en chef Humberto de la Calle et des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Maria Ángela Holguín et Luis Carlos Villegas. Le Centro Democrático a nommé l’ancien candidat présidentiel pour ce parti, Iván Zuluaga, son compagnon de billet Carlos Holmes et le sénateur Iván Duque pour se « réunir avec les délégués désignés par le gouvernement ». Dans les forêts colombiennes, les colonnes des FARC ont reçu l’ordre de « se rendre dans des endroits sûrs pour éviter des provocations des opposants aux accords », et attendent, l’arme au pied, que le panorama s’éclaircisse avant de rendre ou reprendre les armes.

Les analystes voient deux issues au dilemme du président : renégocier avec les FARC ou organiser une Assemblée constituante.  Renégocier ne veut pas dire tout annuler, mais certaines exigences de la droite ne seront peut-être pas acceptables pour les FARC. Sera-ce un retour à la guerre ? Et que fera l’ELN, l’autre guérilla ? L’alternative d’une Assemblée constituante, paradoxalement demandée il y a longtemps tant par la guérilla que par le Centro Democrático, annulerait une partie importante des accords, par exemple la réforme agraire ou  le désarmement des FARC. Pour le moment, le gouvernent et les FARC sont d’accord sur un point : le cessez-le-feu est toujours en vigueur, bien que le président Santos vient de poser une date limite au 31 octobre. Reste à voir ce qui peut ou ne peut pas se négocier sous la poussée des partisans du ‘non’ et quelles seront les exigences du sénateur Uribe que tout le monde croyait tombé aux oubliettes et qui redevient un protagoniste inattendu. Le Centro Democrático assure qu’il « tendra la main au président pour reconduire la procédure avec les FARC ».

Réactions internationales

L’Argentine, le Brésil, le Chili, le Mexique, le Paraguay et l’Uruguay « félicitent le gouvernement colombien et les FARC pour leur engagement à maintenir le cessez-le-feu car la paix est une valeur qui se construit avec effort et persévérance ».  L’UE, les Nations unies, les États-Unis et l’OEA ont fait savoir au président Santos qu’ils soutenaient les négociations pour une paix durable. Heraldo Muñoz, ministre des Affaires étrangères du Chili, pays officiellement accompagnateur des négociations de paix, a déjà fait savoir à son homologue colombienne Maria Ángela Holguín,  que son pays « restait disponible pour accompagner la Colombie dans la nouvelle étape qui s’ouvre ».

Jac FORTON

 (1) Une interview du sénateur Armando Benedetti parue dans le journal Página12 du 3 octobre 2016.  (2) Dans un article publié par ALAI le 4 octobre 2016.

 
 

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