La mémoire de Simón Bolívar (1783-1830), le Libertador, occupe une place ancienne et singulière dans l’imaginaire et la vie politique de l’Amérique latine et du Venezuela en particulier. À son arrivée au pouvoir, lors des élections de décembre 1998, Hugo Chávez en a intensifié le culte, utilisant le mythe au profit de sa « révolution bolivarienne » et socialiste. Rien de surprenant à cela. Les hommes politiques se sont toujours référés à des figures, à des symboles d’un passé glorifié, qu’ils détournent et « manipulent » à leurs fins.
Ces usages et manipulations du mythe Bolívar, central dans le discours politique, sont d’extraordinaires révélateurs des stratégies du mage populiste de Caracas. Culte de la personnalité, discours de haine, créations cinématographiques, tendance au militarisme, le mythe a permis de promouvoir une révolution civile et militaire. Chávez disparu, la guerre des mémoires s’est amplifiée, accentuant la polarisation en place, générant censure, haine, vengeance et ressentiment.
L’historienne et hispaniste de formation Frédérique Langue devient chercheuse au CNRS après un début de carrière universitaire au Venezuela. Directrice de recherche à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP), elle est spécialiste d’histoire culturelle des mondes ibériques, d’histoire du temps présent et d’histoire des émotions, membre correspondante de l’Académie Nationale d’Histoire du Venezuela. Elle publié plusieurs ouvrages sur l’histoire du Venezuela. Elle entreprend ici une analyse inédite de l’évolution du mythe bolivarien au Venezuela jusqu’au temps présent. Une réflexion précieuse sur l’instrumentalisation de l’histoire et le rôle des émotions en politique. Enfin elle a édité réemment Itinerarios y desafios de la historia del tiempo présente. Un dialogo transatlántico (2024).
CNRS Éditions
En librairie le 12 novembre : 176 p., 25 euros.


