À quelques jours du premier tour des élections brésiliennes, prévu le dimanche 4 octobre, le paysage politique est à nouveau profondément polarisé, comme lors de chaque scrutin depuis 1989. Cette fois, le visage de Lula, d’un côté, et celui d’un autre Bolsonaro, de l’autre, s’affrontent dans une arène politique où les extrêmes occupent une place prépondérante.
D’un côté, la candidature de Luiz Inácio Lula da Silva, soutenue par une large coalition menée par le Parti des travailleurs (PT) et comprenant le Parti communiste du Brésil (PCdoB), le Parti vert (PV), le Parti socialiste brésilien (PSB), le Parti socialisme et liberté (PSOL) et le Réseau de la durabilité (REDE), ainsi que des factions du Mouvement démocratique brésilien (MDB) et des Républicains. De l’autre côté, Flávio Bolsonaro se présente quasiment seul, soutenu uniquement par le Parti libéral (PL). En octobre, Luiz Inácio Lula da Silva briguera un quatrième mandat, ce qui ferait de lui le candidat ayant remporté le plus d’élections présidentielles dans l’histoire de la République fédérative du Brésil (il a réalisé cet exploit en 2002, 2006 et 2022). Inéligible en 2018 pour donner suite à une fausse accusation de corruption, il aurait reçu un duplex en guise de pot-de-vin – un bien qu’il n’a jamais possédé ni utilisé – et a passé 580 jours en détention. Cette détention l’a empêché de se présenter et a ouvert la voie à la victoire de Jair Bolsonaro ; cependant, l’histoire n’a fait que retarder ce moment, où il disputera sa dernière élection présidentielle.
Son héritage restera gravé dans l’histoire du Brésil pour ses réalisations, toujours fidèles à son idéal développementaliste : une croissance accompagnée d’une redistribution des revenus. Sous ses mandats, le Brésil a connu une phase d’expansion économique, avec une forte croissance du marché intérieur et une expansion des exportations, générant des créations d’emplois et des hausses de salaires. Contrairement à ce qu’affirme la théorie néoclassique, ces hausses n’ont pas engendré de chômage. Au contraire, ils l’ont ramené au niveau du plein emploi. Grâce à ses politiques sociales, axées sur le programme « Faim Zéro » annoncé dès sa prise de fonctions, et à la mise en œuvre de Bolsa Família – un vaste programme d’aide économique qui a sorti 30 millions de personnes de la pauvreté et favorisé la mobilité sociale – le Brésil est passé de 2,5 millions à plus de 8 millions d’étudiants universitaires. Ces résultats placent le pays parmi les dix premières économies mondiales.
Cette dynamique renforce sa politique étrangère, qui a élargi la perspective historiquement souveraine et multilatérale du ministère brésilien des Affaires étrangères en y intégrant une approche latino-américaine et mondialiste. Axée sur l’inclusion sociale, les droits humains et la paix dans le monde, cette position a fait du Brésil un acteur clé de la géopolitique mondiale. De même, Lula a affirmé son autonomie souveraine face à l’ingérence américaine, en luttant contre les sanctions tarifaires imposées par Trump et en promouvant des mesures d’indépendance économique, telles que le développement du réseau national de paiement instantané PIX, qui libère les Brésiliens des frais exorbitants pratiqués par les banques américaines.
Par ailleurs, afin de contrebalancer cette influence, il a forgé des alliances stratégiques d’égal à égal avec les puissances émergentes, dans la poursuite d’un développement pacifique, conformément aux principes prônés par la Chine. À cette fin, les infrastructures nécessaires sont développées grâce à des mégaprojets tels que le chemin de fer transamazonien – qui reliera le nord-est du Brésil au Pérou pour atteindre l’océan Pacifique – et le corridor bio-océanique, qui relie le sud du Brésil au Paraguay, à l’Argentine et au Chili, jusqu’en Asie. Il convient de noter que la victoire de Lula implique également la consolidation d’une vision du développement pour la région, qui contrebalance l’influence des États-Unis et des gouvernements d’extrême droite qu’ils soutiennent de diverses manières.
Cependant, le défi de Lula ne s’arrête pas à sa victoire aux élections d’octobre, mais consiste plutôt à jeter les bases d’une continuité structurelle pour son successeur. Compte tenu de son âge et de la possibilité d’une éventualité, son vice-président, Geraldo Alckmin, a joué un rôle clé dans le rétablissement du soutien de la bourgeoisie brésilienne au gouvernement. Avec Simone Tebet, autre figure du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) de l’ancien président Fernando Henrique Cardoso – en cours de dissolution –, ils ont formé une coalition d’intérêt national visant à soutenir un projet de développement pour le Brésil, en opposition aux politiques néo-fascistes et dévoyées de la famille Bolsonaro, aujourd’hui représentée par Flávio, le fils de l’ancien président.
À long terme, la réussite de ce projet repose sur le soutien apporté à Fernando Haddad qui, même s’il ne remporte pas le poste de gouverneur de São Paulo, bénéficie d’une solide légitimité politique grâce à sa gestion du gouvernement actuel, ce qui lui permet de poursuivre ce projet, qu’il entend réaffirmer en octobre prochain.
L’isolement de Bolsonaro a facilité l’entrée en lice de Javier Milei. Son soutien inconditionnel a fini par aliéné le centre politique brésilien, créant un contexte favorable à Lula pour le premier tour. Le président sortant est en tête des sondages avec une avance de 7 à 9 points ; cependant, n’ayant pas dépassé 45 % des intentions de vote, l’issue du second tour est incertaine. Un nouveau scrutin se déroulera donc du 5 au 25 octobre. Les deux candidats se disputeront les voix des figures montantes telles que Ronaldo Caiado (gouverneur de Goiás pour le PSD), Romeu Zema(gouverneur de Minas Gerais pour Novo), Augusto Cury (Avante) et Renan Santos (Missão), qui représentent ensemble entre 10 et 15 % de l’électorat. Ce soutien sera déterminant lors de ce second tour, dont la dynamique sera différente. À ce stade, les acteurs politiques locaux – qui, au premier tour, ont influencé les votes des candidats nationaux et inversement – n’agissent plus de la même manière, car leur propre sort électoral est déjà scellé.
De Frente
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Traduit par Espaces Latinos


