« La Fille Condor » : un film qui capte la beauté et les silences d’une communauté quechua bolivienne. En salle de cette semaine

Il s’agit du second long métrage d’Alvaro Olmos Torrico, le premier réalisateur bolivien à avoir vu son film, Winay (2018), distribué à l’international sur une plateforme de streaming, Amazon Prime. La Fille Condor est une plongée magnétique au sein d’une communauté quechua et ses femmes, sur les hauteurs des montagnes boliviennes. Clara est une jeune femme qui vit au sein de la communauté quechua de Cochabamba, au cœur des hautes montagnes boliviennes, isolées. Sa mère, Ana, est la sage-femme de la communauté et des environs, très écoutée et attendue par les futurs parents.

Plan fixe, parfaitement symétrique. En son centre, une femme accouche, entourée d’une vieille sage-femme, une doula, et d’une jeune fille qui la tient. La jeune fille joint sa voix aux cris de douleur qui remplissent la pièce aux murs de terre. Le spectateur observe de l’autre côté d’un fin rideau. Ce n’est pas du voyeurisme, plutôt de la délicatesse. C’est la lumière du soleil qui seule dessine les corps présents dans la pièce. À sa première image, La Fille Condor, en salle dès ce mercredi 19 aoûtannonce sa beauté, dessine ses thèmes et distille son ambiance.

À ses côtés, Clara chante des mélodies ancestrales pour apaiser les douleurs de l’accouchement. Ana forme sa fille à devenir sage-femme à son tour un jour, quand elle ne sera plus là. Mais Clara regarde de plus en plus le fond de la vallée et se demande ce qu’il y a au-delà des montagnes, en ville. Sa meilleure amie, elle, a décidé de partir. Un plan large de La fille condor de Alvaro Olmos Torrico. La grande force du réalisateur Olmos Torrico est l’implantation de son décor. Par le seul biais de plans fixes millimétrés – l’un parfaitement symétrique, l’autre à la profondeur de champ infinie sur les massifs montagneux –, la photographie de La Fille Condor transporte instantanément. Un plan des montagnes immenses, suffit à situer cette petite communauté agricole dans son isolement le plus complet. Le village n’est pas très grand : Ana et Clara marchent longtemps à travers prés, d’une habitation à l’autre. Les maisons sont simples, construites en terre et en bois. C’est une communauté qui repose sur l’élevage, de moutons notamment. Il garantit leur autonomie et leur équilibre.

Dans une grande économie de dialogue, Alvaro Olmos Torrico expose simplement le fonctionnement de la communauté de Cochabamba, et les règles, parfois très strictes, qui la composent. Des règles qui semblent de plus en plus archaïques pour les jeunes filles du village. Lorsqu’une d’entre elles est soupçonnée d’avoir flirté avec un garçon de la ville, le village, rassemblé lors d’un tribunal populaire, l’observe se faire couper la tresse – marqueur social du statut matrimonial chez les Quechuas. Clara observe la jeune femme qui pleure, ses yeux bouillonnent de colère. Au premier plan de La Fille Condor, il n’y a quasi exclusivement que des femmes. Elles accouchent, gèrent les troupeaux et les finances des foyers. Cela n’empêche pas les hommes de contrôler leurs mœurs.

Ainsi, La Fille Condor parvient graduellement à faire monter cette dissonance chez Clara entre l’appel de la ville, d’une vie différente et mystérieuse, et ses prédispositions presque magiques à l’accompagnement des femmes enceintes. A travers le portrait de cette jeune fille, Alvaro Olmos Torrico explore les microscopiques fractures de cette communauté qui bientôt, se transformeront en brèche si celle-ci ne résiste pas. Né d’échanges avec les Quechuas et tourné au sein d’un de leur village avec ses habitants, La Fille Condor a parfois des airs de documentaire. La scène d’ouverture de « La fille condor » est une scène d’accouchement à l’allure d’une peinture de la Renaissance. La sage-femme Ana incarne la transmission des savoirs des anciennes générations aux nouvelles. Une transmission qui tend à s’étioler dans la Bolivie moderne. Le pouvoir central s’immisce même dans les affaires du village, lorsque l’État souhaite réguler les activités médicales de la région, les pratiques ancestrales d’Ana tout particulièrement.

Si les récits de rupture entre deux mondes et de confrontation entre tradition et modernité sont très courants, La Fille Condor mérite le détour. Le récit se perd parfois et ne parvient pas à aboutir pleinement ses thématiques. Il en demeure, malgré toute sa lenteur contemplative, un second long métrage tout aussi fascinant par sa forme que par son fond, ne serait-ce que pour la découverte de cette communauté dont on ne sait que peu de choses.