L’expansion rapide des principales organisations criminelles brésiliennes alimente leur collaboration avec des acteurs liés au terrorisme au Moyen-Orient, notamment le Hezbollah au Liban. Extraits du journal Infobae, traduits par nos soins.
Financements provenant de milliards de dollars issus du trafic de drogue et d’autres activités illicites, ces groupes ont de plus en plus recours à des montages internationaux sophistiqués pour transférer et blanchir de l’argent, compromettant la sécurité régionale et constituant une menace pour l’ensemble du continent. L’opération Hawala cible un réseau international qui, selon les investigations, a blanchi cent millions de réales brésiliens en trois ans au profit des trois plus importantes factions criminelles du Brésil : le Primeiro Comando da Capital, le Comando Vermelho et le Terceiro Comando Puro. Bien que l’enquête soit encore à ses débuts, les autorités examinent déjà d’éventuels liens avec Al-Qaïda et le Hezbollah. Des raisons concrètes justifient cette démarche. Le rôle du Hezbollah comme intermédiaire financier pour le crime organisé est largement documenté. Parmi les 22 accusés dans l’opération Hawala figurent sept citoyens libanais.
Selon l’enquête, ces hommes d’affaires libanais seraient responsables de l’expansion des flux financiers illicites, tant au niveau national qu’international, via des intermédiaires basés dans la zone des trois frontières (Argentine, Brésil et Paraguay) – une région historiquement associée à la finance illicite, abritant une importante communauté libanaise et considérée depuis des décennies comme une plaque tournante du financement du Hezbollah. Hassan Gharib, président de la mosquée Brás au Brésil, est connu pour ses sympathies envers le Hezbollah. Il a publiquement exprimé son admiration pour le défunt chef de l’organisation, Hassan Nasrallah. Lors d’une cérémonie à l’Assemblée législative de l’État de São Paulo en novembre 2024, Gharib a rendu hommage à Nasrallah, le qualifiant d’« homme du siècle » et de « symbole de la justice au XXIe siècle ».
La mosquée qu’il dirige commémore régulièrement le 25 mai, date marquant le retrait d’Israël du Sud-Liban en 2000, comme « journée de résistance et de liberté », plutôt que de célébrer l’indépendance du Liban. L’institution rend également hommage chaque année à l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, fondateur de la révolution islamique iranienne. De plus, la mosquée a proposé des voyages organisés pour ceux qui souhaitaient assister aux funérailles d’Ali Khamenei à Téhéran. L’écosystème dirigé par Hassan Gharib dessert une communauté qui entretient des liens familiaux étroits avec le Hezbollah. Des membres éminents de l’organisation ont des proches vivant au Brésil qui fréquentent la mosquée Brás. Récemment, la mosquée Brás a accueilli Thiago Ávila, membre de la Flottille mondiale Sumud, comme orateur invité lors des cérémonies d’Achoura. La mosquée organise régulièrement des événements pour la Journée d’Al-Quds, et l’une de ses branches culturelles, Islam Brasil, gère une page web dédiée à la diffusion de récits liés à cette date.
Le Brésil pourrait s’inspirer de l’exemple argentin. En 2019, qui a créé le Registre public des personnes et entités liées au terrorisme et à son financement. Cette réforme s’inspirait des sanctions imposées par le département du Trésor américain, administrées par l’Office of Foreign Assets Control. De tels instruments, associés à la désignation du Hezbollah comme organisation terroriste, pourraient renforcer la capacité de l’État à démanteler un élément clé de la convergence entre terrorisme et criminalité au Brésil et à réduire la capacité des groupes criminels à blanchir des fonds illicites.
Le Brésil doit affronter la présence du Hezbollah sur son territoire avec une vigueur renouvelée, en utilisant tous les instruments étatiques à sa disposition pour combattre une organisation qui représente à la fois une menace terroriste internationale et une menace liée au crime organisé transnational. S’attaquer à la présence du Hezbollah sur le sol brésilien constituerait un bon point de départ pour affaiblir son réseau régional.
Emanuele OTTOLENGHI
* Chercheur principal au Centre de recherche sur le financement du terrorisme (CENTEF) et consultant senior chez 240 Analytics. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur.


