Archives mensuelles :

décembre 2018

L’art du retable dans Mon père, un film péruvien d’Alvaro Delgado-Aparicio bientôt en salle

Ce film raconte l’histoire de Segundo, un garçon de 14 ans formé par son père à l’art du retable afin qu’il devienne à son tour artisan. Au cours de cet apprentissage, Segundo découvre l’orientation sexuelle de son père et doit apprendre à l’accepter également, au sein de la communauté traditionnelle des Andes du Pérou où ils vivent.

Photo : Allocine

«Mon intention, raconte le réalisateur, était tout d’abord de réfléchir et de comprendre ce qu’il se passe lorsque la figure paternelle que nous admirons s’effondre. Comment cela affecte-t-il la recherche de notre propre identité, quand on a 14 ans et que l’on vit dans une petite communauté isolée ? Car il y a à la fois ce sentiment de vide et de dépendance, qui peut rendre inconciliable les notions de tolérance et d’acceptation. Et au-delà de la relation de parenté, le film se plonge dans l’existence humaine de manière plus large, en termes de lutte comportementale, entre une voie moderne et alternative, et un ordre traditionnel et conventionnel. Beaucoup de ces questions ont commencé à me hanter, c’est pourquoi j’ai décidé de faire ce film.»

Pour ce qui est de l’art du retable, «c’est un art populaire andin sophistiqué fait de plâtre et de pommes de terre, présenté sous forme de boîtes à histoires portables qui illustrent des fêtes religieuses, historiques et culturelles. Ce sont des portails de vie. Plus vous les contemplez, plus vous découvrez de détails qui changent la vision initiale que vous aviez eue. Je n’oublierai jamais la première fois que j’ai parlé à un maître de retables. Il m’a dit que nous avions un métier similaire, qu’il me fallait une caméra pour pratiquer mon activité, tandis que lui avait sa caméra dans sa tête. Aussi, les retables ont une grande importance dans cette histoire car pour fabriquer des retables, il faut hériter de votre père ou de vos ancêtres. Sans cet héritage, vous ne pouvez devenir un maître dans les Andes. Ce métier est transmis uniquement à travers le patrimoine et les générations.»

Nous sommes dans une belle région montagneuse du Pérou où l’on vit de manière traditionnelle et plutôt archaïque, au milieu des moutons, avec encore la justice corporelle et des fêtes importantes, qu’elles soient religieuses ou laïques. Pour aller vendre les petits personnages des retables (qui ressemblent à nos santons), il faut descendre sur la route au milieu de la poussière et faire du stop pour aller jusqu’à la ville.

Alvaro Delgado-Aparicio, après des études en psychologie à la London School of Economics and Political Science, et en Sciences de la conception et de l’innovation au Massachusetts Institute of Technology, participe en tant que psycho-logisticien aux programmes communautaires de transformations sociales dans le secteur minier péruvien. Il se tourne ensuite vers la mise en scène à Londres et réalise deux courts-métrages avant Retablo. Le film a été tourné en quechua, langue que le réalisateur ne parle pas. Les répétitions étaient donc en espagnol avant de filmer en quechua. Sortie le 19 décembre.

Alain LIATARD

Le Brésilien Milton Hatoum parmi les trois lauréats du prix Roger Caillois 2018

La Société des lecteurs et amis de Roger Caillois, en collaboration avec le PEN Club français et la Maison de l’Amérique latine ont récompensé, mercredi 12 novembre, les trois lauréats du prix Roger-Caillois 2018 : Philippe Lançon, Jean-Christophe Bailly et Milton Hatoum ont été récompensés respectivement dans les catégories littérature française, essai et littérature latino-américaine.

Photo : Portal Vermelho-Milton

Né en 1963, Philippe Lançon est journaliste au quotidien Libération, chroniqueur et critique littéraire, avec une passion particulière pour la littérature latino-américaine sur laquelle il a beaucoup écrit. Rescapé des attentats de Charlie Hebdo, grièvement blessé à la mâchoire, il raconte dans son dernier livre Le Lambeau (Gallimard, 2018) sa longue reconstruction, spirituelle et physique, dans un huis clos hospitalier. Il a reçu le prix Femina 2018 et un prix spécial Renaudot 2018.

Né en 1952 à Manaus dans une famille libanaise, Milton Hatoum a enseigné la littérature à Berkeley, en Californie, puis à l’université fédérale de l’Amazonas, et traduit vers le portugais Flaubert, Marcel Schwob et Edward W. Said. Il est l’auteur de quatre romans (dont les trois premiers ont été récompensés au Brésil par le prix Jabuti) : Récit d’un certain Orient (Seuil, 1993), Deux frères (Seuil, 2003), et chez Actes Sud Cendres d’Amazonie (2008), Orphelins de l’Eldorado (2010) et La Ville au milieu des eaux (2018). Son œuvre est publiée dans une douzaine de langues.

Jean-Christophe Bailly est né en 1949 à Paris. Il est un auteur à la croisée de l’histoire, de l’histoire de l’art, de la philosophie et de la poésie. Il a notamment publié Le versant animal (Bayard,2007), L’atelier infini (Hazan, 2007), L’instant et son ombre (Seuil, 2008) ainsi que Le dépaysement (Seuil, 2011) pour lequel il a reçu le prix Décembre. Il a publié au Seuil en 2018 dans la collection Fictions et Cie Un arbre en mai et Saisir. Quatre aventures galloises.

Le prix Roger-Caillois est un prix littéraire annuel, créé en 1991 par la Société des lecteurs et amis de Roger Caillois et la Maison de l’Amérique, en partenariat avec le PEN Club français. Il récompense un auteur latino-américain et un auteur francophone, un auteur d’essais depuis 2007 tandis qu’une mention destinée à distinguer un traducteur, une revue ou une collection de livres a été ajoutée en 2016.

D’après MAL217 et LivresHebdo

Retrouvez notre chronique sur le livre de Milton Hatoum.

Le journal Libération a publié, dans la rubrique Idées, un entretien avec Milton Hatoum où il s’exprime sur l’élection de Jair Bolsonaro, le nouveau président du Brésil à partir du 1erjanvier prochain.

Saison en droits au Musée de l’Homme à Paris avec Sebastião Salgado

Des expositions de photographie, de street art et d’histoire, des performances et événements pour célébrer les soixante-dix ans de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, signée au Palais de Chaillot le 10 décembre 1948. Autant de façons de s’interroger sur les valeurs qu’elle porte et son importance aujourd’hui. L’exposition de photo Déclarations de Sebastião Salgado est programmée du 8 décembre au 30 juin 2019.

Photo : Musée de l’Homme

Sebastião Ribeiro Salgado, né à Aimorés, État du Minas Gerais, le 8 février 1944, est un photographe franco-brésilien humaniste travaillant principalement en argentique noir et blanc. Il est basé à Paris. En 1973, il commence à s’intéresser à la photographie, en autodidacte. Il intègre successivement les agences photographiques Sygma (1974-1975), Gamma (1975-1979) et Magnum (1979-1994). En 1994, il crée à Paris l’agence de presse photos Amazonas Images avec sa femme Lélia Wanick SalgadoDéclarations présente une trentaine d’images en grand format de Sebastião Salgado, invité exceptionnel, dans le foyer de l’auditorium du Musée de l’Homme. Ces photographies illustrent des articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme tels que le droit à l’asile, à la liberté de pensée, de conscience et de religion, le droit au travail et d’autres encore. Des articles qui font particulièrement écho aux valeurs humanistes portées par le Musée depuis son inauguration en 1938. 

Sebastião Salgado a porté un regard rétrospectif sur son œuvre et a choisi des photographies prises au cours des 40 ans de sa carrière, dans une vingtaine de pays soulignant la portée universelle de la Déclaration. Des images comme autant de témoignages émouvants qui incarnent la nécessité́ de défendre au quotidien les droits énoncés en 1948, quelle que soit la région du monde concernée. 

Un de ses reportages les plus renommés, intitulé La Mine d’or de Serra Pelada, porte sur le quotidien dans une mine d’or au Brésil, reportage dans lequel il parvient à décrire les conditions de travail auxquelles les mineurs sont soumis. Il est nommé représentant spécial de l’Unicef en 2001. Dans l’introduction d’Exodes, il écrit : «Plus que jamais, je sens que la race humaine est une. Au-delà des différences de couleur, de langue, de culture et de possibilités, les sentiments et les réactions de chacun sont identiques. Les gens fuient les guerres pour échapper à la mort ; ils émigrent pour améliorer leur sort ; ils se forgent de nouvelles existences dans des pays étrangers : ils s’adaptent aux pires situations…»

En 2014, Wim Wenders et le fils du photographe, Juliano Ribeiro Salgado, ont réalisé un documentaire sur le travail de Sebastião Salgado, Le Sel de la Terre (The Salt of the Earth) qui a reçu le prix spécial Un Certain Regard au festival de Cannes 2014. En 2016, Sebastião Salgado se met au service de la liberté de la presse en offrant à Reporters sans frontières une anthologie de ses 100 plus belles photos en noir et blanc. Encore en 2016, il réalise en noir et blanc une série de portraits de membres de la tribu indigène Ashaninka, dont il tire un calendrier. Il photographie notamment la famille du leader indigène Benki Piyako.

D’après le Musée de l’Homme

Femmes Farc, adieu à la guerre : le premier documentaire réalisé par des ex-guérilleras

La file d’attente a envahi tout le pâté de maison du Musée national. C’était le lundi 26 novembre à 19h. Les premières personnes à pénétrer dans le lieu avaient attendu plus de deux heures pour obtenir de bonnes places dans la petite salle Teresa Cuervo, où allait être projeté le documentaire Nunca invisibles : mujeres Farianas, adiós a la guerra, le premier long-métrage imaginé et créé par des anciennes Farc. Ces ex-combattantes Farc concrétisent un projet : raconter leurs vies à travers le cinéma. C’est, pour elles, un premier pas pour la réinsertion dans la vie civile. Nous reproduisons ici un article extrait de Pacifista.

Photo : Tanja Jungle

Toutes les protagonistes de l’histoire, les femmes de l’Espacio Territorial de Capacitación y Reincorporación (ETCR), organisme travaillant à la réinsertion des Farc dans la ville d’Icononzo, département de Tolima, sont entrées par la porte arrière du musée. Une véritable entrée VIP. Le vigile les a appelées par leurs prénoms et elles ont passé la porte d’acier avec fierté.

Il y a un an, fin 2017, elles travaillaient à Icononzo sur le thème de la mémoire et des perspectives de genre. C’est dans cet espace que leur est venu à l’esprit de reconstituer leurs histoires à travers un héritage nouveau, né avec l’Accord de paix : l’art audiovisuel. Elles étaient habituées aux visites de la presse et aux interviews, mais elles n’avaient jamais pris le contrôle de leur propre histoire, pensé à des caméras, et de la forme qu’elles souhaitaient donner à leurs récits de vie. C’est ainsi qu’est née cette histoire.

L’idée s’est concrétisée quand le groupe d’initiatives de mémoire du Centre national de mémoire historique, le PNUD et le gouvernement canadien, ont pris connaissance du projet des femmes d’Icononzo. Ils ont accepté de financer le documentaire. «Ce fut l’un des plus grands paris pour 2018 et la plus polémique des 25 initiatives annuelles que l’on ait eu» explique Daniel Valencia, l’un des membres du groupe des initiatives.

«Femmes Farc» : ce sont les mots que l’on pouvait lire sur les chemises blanches des ex-combattantes. Sur le devant, une rose rouge imprimée à côté du cœur. Entourées de journalistes, de photographes, d’acteurs et de personnes qui s’approchaient avec curiosité : jamais elles n’avaient connu cela.

«Que signifie être une femme révolutionnaire ?» a demandé une femme du M-19 en réinsertion à cinq femmes Farc qui attendaient à l’entrée : «Continuer à être révolutionnaires, même avec des cicatrices, c’est travailler sur l’empouvoirement, dans les régions, les espaces territoriaux et, pourquoi pas, dans la ville et ses salles de cinéma. Nous savons ce qu’est l’idéologie et l’identité des Farc» lui a répondu l’une d’entre elles.

Après quelques interventions et remerciements, dans une salle complètement pleine, le film a commencé. Les jeunes enfants des actrices leur criaient «maman !» en les voyant à l’écran, pendant qu’elles rougissaient de se voir ainsi projetées. Dans le long-métrage, chacune des cinq protagonistes répond aux questions suivantes : Pourquoi êtes-vous entrée dans la guérilla ? ; Comment était la vie dans le monte ? ; Qu’est-ce qui a changé avec le processus de paix ? Les récits touchent à des thèmes sensibles comme la grossesse et l’équité des genres dans les rangs guérilleros.

Les spectateurs ont applaudi lorsque les femmes ont prononcé des paroles fortes à propos de la fierté féminine chez les guérilleros. «Quand j’ai intégré les Farc j’ai vu que les hommes, par exemple, faisaient également à manger. Tout était fait de façon égalitaire, et ça c’était quelque chose que j’avais envie de voir.» Après avoir écouté ce témoignage, l’auditoire a explosé en brouhahas. «Il est nécessaire de pouvoir avoir enfin une paix fondée sur une justice sociale et que les femmes puissent y contribuer.» L’audience a redoublé d’applaudissements.

Le documentaire répond à une question clef : qu’est-ce qui a poussé tant de femmes à rejoindre les rangs des Farc et comment cela se passait-il quand elles y étaient ? Des interviews de cinq femmes appartenant à la guérilla et de l’une de leurs filles, née durant ces années de combat, ont été montrées pendant 40 minutes. Les questions de genre, de pardon, de réconciliation ont été abordées ainsi que la vie quotidienne dans le monte. Chacune d’elles, avec sa propre expérience, a contribué à l’éclaircissement de la vérité sur ce conflit. Et bien que chaque histoire soit unique, ces femmes ont tenté de raconter la vie quotidienne d’une femme guérillera et de les transposer sur le grand écran.

Le documentaire prend fin et les lumières se rallument : la salle est plus remplie qu’à son lancement, le film a été mieux reçu que ce que l’on pensait. Ce premier essai -recueillir la mémoire au travers d’une production audiovisuelle- pourrait ouvrir la voie à des ex-combattantes, afin qu’elles croient en l’art comme forme d’expression, pour raconter des vies. Et le plus important : le faire comme elles le veulent, comme elles le sentent. Il s’agit en fait de se réinsérer dans la vie civile par le biais de leurs propres récits.

Finalement, toutes ont déclaré que l’une des raisons pour lesquelles elle se montrent devant les caméras est l’héritage de paix qu’elles souhaitent laisser à leurs enfants. «Nous voulons qu’ils aient plus d’opportunités que ce que nous avons eu, et qu’ils ne soient pas condamnés à répéter notre histoire», cria une mère en sortant de la salle.

D’après PACIFISTA !
Traduit par Cécile PILGRAM

Bolsonaro, la rencontre entre l’extrême droite et les milieux évangéliques

Ce texte de Mylène Gaulard est extrait du livre qui vient de paraître, sous la direction d’Olivier Da Lage, aux éditions Démopolis : L’Essor des nationalismes religieux. Il a été écrit avant la victoire de Bolsonaro mais en livre des éléments importants de compréhension.

Photo : MSN

Contrairement aux promesses de fin de l’histoire et des idéologies, nous observons une montée spectaculaire des nationalismes religieux. Le but du livre est d’expliquer ce phénomène dangereux pour la démocratie et la paix. Nés après la Première Guerre mondiale, en réaction à la révolution russe de 1917, ils réécrivent volontiers l’histoire et redessinent la géographie. Ils mobilisent les émotions, les sentiments, d’appartenance, d’amour d’un côté et d’exclusion de l’autre, de rejet ou de haine. 

Liés à la bourgeoisie commerçante (le Bazar de Téhéran en Iran), ils cherchent à enrôler les classes populaires et la bourgeoisie dans la collaboration de classe au sein de Communautés imaginées. La pauvreté, le chômage, l’absence de services publics et la corruption seraient la faute des étrangers, des infidèles, et des ennemis de l’extérieur. Ils imposent un protectionnisme à poigne vis-à-vis des voisins menaçants, du libre-échange, de la mondialisation et de la décadence des mœurs. Ils prescrivent une relecture des textes religieux et de nouvelles pratiques du culte autour de personnalités charismatiques.

La place des femmes et des minorités sexuelles est souvent dramatique, les droits sociaux et la démocratie sont souvent bafoués. Le rôle important des organisations paramilitaires et militaires débouche sur des guerres civiles, d’extermination et de conquêtes. Le contrôle des médias et de l’enseignement est décisif pour cristalliser des Communautés imaginées, conquérir puis conserver le pouvoir politique, religieux et militaire…

Mylène GAULARD

Mylène Gaulard est maître de conférences en sciences économiques à l’université Grenoble Alpes. Se réclamant d’un marxisme non dogmatique elle est spécialisée en économie du développement, et ses recherches portent plus spécifiquement sur le Brésil et la Chine. Elle est l’auteur de L’Économie du Brésil aux éditions Breal. Olivier Da Lage (1957 à Saint-Cloud, Hauts-de-Seine) est un journaliste français.

L’essor des nationalismes religieux aux éditions Demopolis sous la direction d’Olivier Da Lage. En savoir plus

Michelle Bachelet déplore que le Chili refuse le Pacte mondial des Nations unies sur les migrations

L’ex-présidente du Chili et Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a déploré ce mardi que le gouvernement de Sebastián Piñera refuse le Pacte mondial sur les migrations, car celui-ci «peut être très positif» a-t-elle assuré. Elle souhaitait donc que l’on puisse, rapidement, approuver cette initiative.

Photo : ONU

«Je le déplore, mais c’est une décision du Gouvernement actuel, et je peux seulement signaler que j’espère qu’un jour le Chili approuve ce pacte mondial, qui pourrait je crois, être très positif», a déclaré Bachelet lors d’une conférence à Madrid. Le Gouvernement a décidé de ne pas souscrire le document de l’ONU que 160 pays ont signé ce lundi au Maroc, puisque selon lui ce pacte compromet les normes migratoires adoptées face à l’arrivée massive de migrants au Chili durant les dernières années.

Bachelet, qui a rappelé qu’elle-même est arrière-petite-fille d’une famille française, a affirmé que le Chili est un pays qui a toujours accueilli des immigrants : «L’ancienne immigration était européenne, elle venait ensuite des pays frontaliers, La Bolivie et le Pérou, et durant les dernières années des Haïtiens, des Vénézuéliens, des Dominicains et des réfugiés colombiens».

«Cela continuera ainsi, parce que c’est l’histoire de l’humanité», a souligné l’ex-dirigeante (2006-2010 et 2014-2018), ajoutant que l’objectif du pacte est d’organiser la migration, que «ce n’est pas un problème, mais un fait historique».

La Haute commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a estimé importante l’approbation du Pacte Mondial pour une Migration Sûre, Ordonnée et Régulière de l’ONU. L’accord a été adopté ce lundi par plus de 150 pays qui ont assisté à la conférence intergouvernementale de l’organisme international, organisée dans la ville marocaine de Marrakech.

Sur ce thème, Mme Bachelet a signalé via Twitter qu’elle «remercie les États membres de l’ONU pour l’adoption du Pacte Mondial pour la Migration durant la Journée des Droits de l’Homme». Elle ajouta également que l’accord soutenu est «un accord puissant pour protéger les droits de l’homme de tous les migrants, dans n’importe quel endroit du monde. Ils (les migrants) détiennent les mêmes droits de l’homme que n’importe quelle autre personne.»

Il est important de souligner que l’approbation de ce lundi a eu lieu durant l’assemblée plénière présidée par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, la présidente de l’Assemblée Générale de l’ONU, María Fernanda Espinosa, et Naser Burita, le ministre des Affaires Etrangères du Maroc, pays qui accueille la conférence.

Le Gouvernement chilien s’est soustrait à ce pacte ce dimanche, expliquant que «la migration n’est pas un droit de l’homme. En revanche, les pays ont le droit de définir leurs conditions d’entrée à l’égard des citoyens étrangers».

D’après Megavision Chile,
Traduit par Cécile PILGRAM

L’or vert et l’or bleu empoisonnent le Paraguay, troisième exportateur de soja au monde

Le troisième exportateur de soja au monde, le Paraguay, se félicite de ses bonnes performances économiques. Mais celles-ci coûtent très cher au pays, tant du point de vue environnemental que social. Retour sur les problématiques autour de la culture du soja.

Photo : Oxfam

Le soja. On en trouve désormais dans de nombreuses assiettes européennes. Sous forme de tofu, de boisson, en graines, en farine, en soupe… On nous vante sur internet sa teneur en protéines et en vitamines, sa faiblesse en calorie et en graisse. Idéal pour remplacer la viande et/ou pour faire un régime, le soja sert également à nourrir les animaux d’élevage et à fabriquer du biocarburant. D’après les ONG Mighty Earth, France Nature Environnement et Sherpa, la France a importé 3,9 millions de tonnes de produits à base de soja en 2016.

L’Europe dans sa globalité est un grand consommateur de soja et n’en produit que très peu. À l’inverse, d’autres pays cultivent le soja comme produit d’exportation et les entreprises participantes à ce commerce dégagent de très fortes marges. En tête du classement des États exportateurs, nous trouvons les deux géants agricoles des Amériques, les États-Unis et le Brésil. Ce podium est complété par le Paraguay[1].

Pays enclavé d’Amérique du Sud, entre l’Argentine et le Brésil, le Paraguay est ainsi un grand exportateur de soja, atteignant 6,5 millions de tonnes exportées cette année, selon le président de la Capeco (Chambre paraguayenne des exportateurs et commerçants de céréales et d’oléagineux). Pour atteindre de telles performances économiques, il faut énormément de terres et d’eau. Ainsi 3,5 millions d’hectares sont utilisés pour la culture du soja, ce qui représente 80 % des terres cultivables, et les réserves aquifères du pays sont fortement mises à contribution.

Ces deux éléments (la terre et l’eau) sont donc au cœur des problématiques du monde du soja au Paraguay. Mais ces questions ne sont pas simplement vitales pour les entreprises d’exportations, ce sont également des problématiques qui cristallisent les conflits sociaux et politiques du pays.

Déforestation et accaparement de la terre

Ce pays d’un peu plus de 400 000 km² pour près de 7 millions d’habitants a vécu la même histoire que la plupart des pays d’Amérique latine : couvert de forêts primaires, la terre a été divisée par les Espagnols au fil de la colonisation et d’immenses parcelles de terrain appartiennent alors à un même propriétaire. Avec le temps, la forêt est détruite pour laisser la place à de grandes exploitations agricoles. En 2013, selon l’ancien ministre de l’Environnement José Luis Casaccia, seul 13 % de la forêt originelle subsistait et il craignait une disparition totale de cette forêt d’ici 30 ans[2], menaçant la survie de 8 000 espèces présentes au Paraguay, dont 15 % de plantes médicinales toujours utilisées par la population. Aujourd’hui, le Bosque Atlántico, à la frontière brésilienne, a totalement disparu et, alors que la forêt de l’ouest du pays recouvrait 9 millions d’hectares en 1950, elle n’en représentait que 1,3 million en 2014.

Mais, au-delà de la disparition de la forêt, l’histoire de la répartition de la terre entraîne d’autres problèmes. Tout d’abord, en l’absence de cadastre durant de nombreuses années et de la faiblesse de l’administration, il est aujourd’hui très complexe, voire impossible, de savoir à qui appartient la terre. En effet, il est fréquent que plusieurs titres de propriété existent pour un même terrain et soient détenus par des personnes différentes. Cela s’explique par la corruption de l’administration et de la justice durant la dictature d’Alfredo Stroessner entre 1954 et 1989. Le magazine Cath avance le chiffre de 8 millions d’hectares distribués aux proches du régime, généraux et entrepreneurs. Les distributions de terres se sont poursuivies jusqu’en 2003 et aujourd’hui encore l’État ne semble pas pressé de s’intéresser aux bénéficiaires de cette corruption[3].

Les méthodes pour s’approprier la terre au Paraguay sont nombreuses. La plus simple, comme l’explique l’économiste Luis Rojas, est d’acheter la terre aux petits producteurs. «On offre au paysan une somme qu’il n’a jamais vue de sa vie. Il s’imagine que c’est une fortune, part pour la ville, dépense tout en trois ou quatre mois et fait grossir les ceintures de misère, car il n’y a pas de boulot[4].» La chercheuse Marielle Palau évoque également d’autres moyens. «La dernière méthode utilisée pour expulser ces paysans est de les inciter à se lancer dans une culture vouée à l’échec pour qu’ils se résignent à hypothéquer leurs terres et à en être finalement dépossédés[5]

Cette foule de paysans sans terre grossie ainsi les ceintures de pauvreté autour de la capitale, Asunción. Oxfam estime que 900 000 personnes ont été expulsées des campagnes dans les dix dernières années[6], ce qui représente près d’un septième de la population. Cela mène à une concentration de la propriété de la terre parmi les plus élevées du monde. À l’heure actuelle, 85,5 % de la terre appartient à 2 % de la population. Se forme alors le latifundium, très vastes exploitations agricoles, aujourd’hui tournées vers la production agro-industrielle d’exportation.

Grandes entreprises et pollution

La culture du soja bénéficie bien sûr aux 46 entreprises enregistrées comme productrices de soja. Toutefois, le marché de l’exportation est très largement dominé par des multinationales telles que Cargill, ADM, Dreyfus, Noble et Bunge. Le soja ne profite donc que peu à la population paraguayenne. D’une part, car une partie des terrains (environ 20 % des terres cultivables) appartient à des étrangers, surtout brésiliens, et que les entreprises d’exportations du soja sont très majoritairement étrangères elles aussi. D’autre part, comme l’explique la sociologue Marielle Palau, les entreprises d’exportation et les propriétaires terriens payent peu d’impôts[7].

Ainsi une étude de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (un organisme de l’ONU) montre, en 2018, que le Paraguay est un des pays où les entreprises participent le moins au budget de l’État. En effet, l’impôt sur les entreprises ne représente que 2,6 % du PIB. À titre de comparaison, l’Argentine, le Brésil et la Bolivie imposent les entreprises entre 3,4 et 3,7 %. Seuls Haïti, le Guatemala, le Salvador et la République dominicaine ont une politique fiscale plus favorable[8]. Le sociologue José Carlos Rodríguez avance quant à lui les chiffres suivants : le système agro-exportateur représente 25 % du PIB, mais ne participe aux revenus fiscaux qu’à hauteur de 2 %[9].

Par ailleurs, le rapport souligne que l’évasion fiscale au Paraguay est parmi les plus élevées du continent. Ce sont près de 30 % des impôts qui ne rentrent pas et, comme le note le document, au Paraguay «l’évasion fiscale montre une culture du privilège. Dans ce cadre, on peut souligner l’évasion des entreprises transnationales dans leurs opérations internationales –à travers des arbitrages fiscaux à échelle globale– et des personnes au patrimoine élevé[10]».

Ces grandes entreprises cultivent sur les terres paraguayennes quasi exclusivement une variété de soja transgénique, le RoundupReady de Monsanto, qui est résistante aux pesticides et autres produits chimiques. Aujourd’hui, 97 % du soja produit au Paraguay est génétiquement modifié[11].

Les pesticides et autres produits chimiques sont alors utilisés massivement dans les immenses champs de soja. Le Paraguay utilise 20,5 millions de litres de pesticides chaque année[12]. Plusieurs témoignages font état de graves problèmes de santé due à cette pollution. La journaliste Sandra Weiss rapporte plusieurs exemples comme des éruptions cutanées et des infections respiratoires[13]. Par ailleurs, les malformations congénitales sont devenues la seconde cause de mortalité infantile.

Des problèmes d’eau dans un pays qui en est gorgé

Une autre conséquence de l’utilisation excessive des produits chimiques est l’impact qu’ils ont sur les ressources hydriques du pays. En février 2017, l’université nationale d’Asunción a réalisé une étude sur la pollution de l’eau dans la région de la capitale. L’eau analysée présentait une concentration 2,5 fois plus importante en nitrates que la moyenne, des résidus de produits industriels et des coliformes en grands nombres ; ces derniers indiquant une pollution importante d’origine fécale. De plus, dans 44 % des cas, des résidus de MTBE, un additif à l’essence, ont été détectés[14].

La pollution de l’eau renforce la méfiance de la population pour le réseau public de distribution et favorise la vente d’eau en bouteille. Ce marché est particulièrement juteux et offre de belles perspectives. En effet, entre 2016 et 2017, la Chambre paraguayenne de l’eau minérale a observé une augmentation de 20 % du volume des échanges. Ce secteur recense plus de 150 marques différentes, mais les poids lourds du marché sont Coca-Cola à travers sa filiale Dasani (plus de 40 % du marché) et le groupe Cartes (propriété de l’ancien président Horacio Cartes) allié au géant chilien CCU (Compañias Cerveceras Unidas, présent dans plusieurs pays[15]).

Si la population consomme massivement de l’eau en bouteille, c’est aussi parce que le réseau public de distribution ne dessert qu’une faible partie de la population. Ainsi 70 % de la population du département de la capitale dépend de réseaux privés ou de bidons de cinq, dix ou vingt litres, 180 fois plus chers que le réseau public. Cinq cents sociétés du département, la plupart familiales ou de très petites tailles, distribuent de l’eau pas ou peu analysée, mais les vendeurs trouvent dans ce marché un complément de revenu. Comme le souligne Guillermo Ortega, du centre de recherche Baseis, «il y a tellement d’acteurs dans ce secteur que la chaîne de responsabilité est rompue. En cas de problème ou de réclamation, tous se renvoient la balle[16]». Enfin, près d’un quart de la population n’a pas accès à l’eau potable et survit en consommant de l’eau contaminée.

Pourtant, l’eau est abondante au Paraguay. Le fleuve du même nom traverse le pays, irriguant la capitale avant de se jeter dans le fleuve Paraná qui délimite la frontière avec le Brésil. Le fleuve Pilcomayo délimite la frontière sud-est avec l’Argentine. La qualité de l’eau de ces fleuves a toutefois de quoi inquiéter. En effet, des résidus de mercure sont présents dans le Pilcomayo, et l’on retrouve du glyphosate dans le fleuve Paraguay. Par ailleurs, le pays a l’avantage de posséder deux aquifères de grandes tailles : le Patiño et le Guaraní.

Le Patiño est une réserve d’eau souterraine de 1773 km², sous le département d’Asunción. Ce département concentre 2,5 millions d’habitants, soit un tiers de la population, et 70 % des industries. Cet aquifère est dit «renouvelable», c’est-à-dire qu’il se «recharge» naturellement. Toutefois, il présente une balance hydrique très déséquilibrée : 74 000 millions de litres ne sont pas renouvelés par an. Cela met ainsi en danger l’approvisionnement en eau de la capitale à court terme.

La seconde réserve d’eau souterraine est elle aussi en danger, mais elle se trouve dans une configuration tout à fait différente. L’aquifère Guaraní fait en effet 1,2 millions de km² (l’équivalent de la France, l’Espagne et le Portugal réunis), mais seuls 71 700 km² se situent en territoire paraguayen. Le pays partage cette réserve avec le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay.

En 2010, un accord a été signé par les quatre pays. Celui-ci confirme la souveraineté de chaque pays sur la partie de l’aquifère se trouvant sous son territoire et l’article six oblige chaque pays «à prendre les mesures nécessaires pour ne pas porter préjudice aux autres pays et à l’environnement». À l’époque, les quatre pays sont gouvernés par des partis de centre-gauche ou de gauche. Depuis, seul l’Uruguay est toujours dirigé par la gauche, et l’accord est combattu par les partis de droite brésiliens, argentins et paraguayens.

Au Paraguay, le parti Colorado (droite) n’a jamais fait mystère de son opposition à l’accord. Un ancien ministre de l’Environnement, Juan Francisco Facetti, a ainsi accusé le président Fernando Lugo, au pouvoir à l’époque, de «trahir la patrie». «Nous allons perdre des investisseurs, l’accès à des technologies de pointe et des postes de travail[17]» a-t-il déclaré.

Un monde politique sous la coupe des possédants

Toutes ces problématiques ne sont pas nouvelles et préoccupent la société paraguayenne. C’est pourquoi l’élection, en 2008, de l’ancien évêque Fernando Lugo souleva autant d’espérances. Novice en politique à l’époque, très marqué par la théologie de la libération, Fernando Lugo était le candidat d’une large coalition (du centre-droit au Parti communiste) qui a mis fin à 61 ans de gouvernance du Parti colorado, conservateur socialement et libéral.

Toutefois, Fernando Lugo fut destitué avant le terme de son mandat. Le prétexte d’une tuerie lors d’une opération d’expulsion servie aux partis de centre-droite, qui quittèrent la coalition et rejoignirent le Parti colorado lors du vote de la destitution, le 21 juin 2012. Cette destitution fut considérée illégale par bon nombre de gouvernements étrangers et d’observateurs internationaux, notamment parce que le Parlement paraguayen ne laissa pas à Lugo le temps de préparer sa défense comme l’y oblige pourtant la Constitution. Le pays fût également exclu du Mercosur à cette occasion[18].

À la suite de M. Lugo, Horacio Cartes, une des plus grandes fortunes du pays, accède à la fonction suprême. Cet homme mène alors une politique néo-libérale galopante, particulièrement favorable aux investisseurs étrangers. Ainsi il incite en février 2014 les investisseurs brésiliens «à user et abuser du Paraguay», vantant les opportunités économiques de son pays[19]. Le 15 août dernier, soupçonné de contrebande, de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et de corruption, Horacio Cartes laissa sa place au président élu quelques semaines plus tôt.

De la même couleur politique que son prédécesseur, Mario Abdo Benítez est le fils du secrétaire personnel du dictateur Stroessner, ce qui lui vaut le surnom de «fils de la dictature». Issu des cercles les plus puissants du pays, revendiquant une partie de l’héritage de la dictature, le nouveau président poursuit pour le moment la politique menée depuis un siècle en faveur des latifundios.

Rai BENNO & NAMAI
Depuis Santiago du Chili


[1] «Paraguay, tercer mayor exportador mundial de soja», La Nación, 8 mai 2018.

[2] «Plantes médicinales menacées au Paraguay», Le Temps, 1er juillet 2013.

[3] Jacques Berset, «Paraguay : L’EPP, une « guérillafantôme » qui contribue à détruire la paysannerie familiale», Cath, 6 janvier 2017.

[4] Maurice Lemoine, «Le Paraguay dévoré par le soja», Le Monde diplomatique», janvier 2014.

[5] Marie Normand, «Paraguay : « La culture du soja ne profite pas aux paysans locaux »», RFI, 26 mars 2018.

[6] «Paraguay: El país donde la sojamata», OXFAM.

[7] Marie Normand, «Paraguay : « La culture du soja ne profite pas aux paysans locaux »», RFI, 26 mars 2018.

[8] Comisión Económica para América Latina y el Caribe (CEPAL), La ineficiencia de la desigualdad, 2018.

[9] José Carlos Rodríguez, «Que pasa en Paraguay», OXFAM.

[10] Ibid.

[11] Tomás López Arias, «Evaluación ecotoxicológica en aguas y sedimentos de la reserva de San Rafael», FUNIBER, 2016.

[12] Valeria Saccone, «América Latina, un continente infestado por los pesticidas», esglobal, 3 janvier 2018.

[13] Sandra Weiss, «Paraguay – La fiebre de la soja enferma. Historia de un despojo», ALAI, avril 2018.

[14] Guillaume Beaulande, «Paraguay, pays de l’ »or bleu »», Le Monde diplomatique, octobre 2018.

[15] Ibid.

[16] Ibid.

[17] Ibid.

[18] F. Peregil, «La matanza fue provocada por francotiradores», El País, 23 juin 2012.

[19] «Cartes a empresarios brasileños: « useny abusen de Paraguay »»,
Última Hora, 18 février 2014.

Cinq phrases d’AMLO lors de son premier discours en tant que président du Mexique

Le nouveau président du Mexique Andrés Manuel López Obrador (AMLO), élu en juillet 2018 avec 53 % des votes, a tenu son premier discours comme président, samedi 1er décembre. Nous transcrivons une synthèse de l’article publié sur le site en espagnol de la BBC, traduit par nos soins.

Photo : BBC

Lors de son investiture devant le Congrès, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a annoncé samedi dernier sa volonté de combattre la corruption et de réformer le gouvernement national. AMLO a surtout fait la promesse devant les Mexicains de «ne pas échouer» dans sa volonté de réformer le pays. Le politicien de 65 ans a souligné qu’il veut aujourd’hui impulser une quatrième transformation à la hauteur des mouvements d’indépendance de la Réforme libérale et de la Révolution mexicaine. «Il n’y a rien de prétentieux ou exagéré, mais aujourd’hui, ce n’est pas seulement le début d’un nouveau gouvernement, mais d’un changement de régime politique» a prononcé AMLO.

Il va soumettre son gouvernement à un référendum à mi-parcours de son mandat de six ans, soit en 2021. «Je précise qu’en aucun cas je ne devrai me réélire. Au contraire, je me soumettrai à la révocation du mandat», a déclaré le nouveau président du Mexique. BBC Mundo a noté cinq phrases clés prononcées par le président lors de son premier discours aux Mexicains.

1) «Je m’engage à ne pas voler»

Le président a consacré une grande partie de son discours de plus d’une heure à expliquer ce qu’il considère comme les causes de la «grande corruption» du pays et comment les gouvernements passés l’ont tolérée. «Je m’engage à ne pas voler, à ne permettre à personne d’user de sa position pour soustraire des biens ou faire des affaires sous le couvert des pouvoirs publics» a-t-il affirmé. 

Il a également annoncé que son gouvernement encouragera les réformes législatives comme la suppression de l’immunité présidentielle ou la qualification de la corruption comme «délit grave» afin que tous les fonctionnaires de son gouvernement soient soumis à la justice. Il inclut également les «amis, compagnons et familles» pour éviter toute forme de malhonnêteté. 

2) «Le président du Mexique ne donnera jamais l’ordre de réprimer le peuple»

S’agissant de la situation d’insécurité au Mexique, un pays où 2017 a été reconnue comme la pire année en nombre d’homicides depuis plusieurs décennies, López Obrador a réaffirmé sa proposition de créer une Garde nationale militaire. Il assure qu’en tant que chef de l’Armée, il ne permettra aucun usage répressif ni actes de violences de la part des forces de sécurité publique. 

Bien que pendant des années il se soit opposé à l’implication de l’Armée dans les tâches de sécurité publique, AMLO a finalement défendu l’idée de la Garde nationale, en déclarant que «les forces armées ne sont pas concernées par la corruption des corporations policières». Cette mesure «sera mise en place seulement si elle est approuvée dans une consultation citoyenne» a-t-il promis.

3. «Ils vont baisser les salaires de ceux qui sont en haut parce qu’ils vont augmenter ceux de ceux qui se trouvent en bas»

AMLO a consacré une autre partie de son discours à expliquer comment il utilisera le budget disponible pour financer les programmes de son gouvernement. Il a assuré que son programme «d’austérité républicaine» qui vise à réduire les dépenses du gouvernement contribuera également à augmenter les salaires de la base des travailleurs du secteur public. 

De plus, le nouveau président a expliqué que l’objectif sera d’augmenter les revenus des Mexicains en général pour faire en sorte que la migration soit «facultative, et non pas obligatoire». «Nous allons mettre de côté l’hypocrisie néolibérale. L’État s’occupera de diminuer les inégalités sociales. La justice sociale ne sera plus écartée du programme gouvernemental» a déclaré AMLO. 

4. «La vengeance, ce n’est pas mon fort.»

Bien que AMLO a souligné à plusieurs reprises la complicité des gouvernements précédents dans la «grande corruption» du pays, il a également assuré qu’il ne demanderait pas la poursuite des autorités précédentes. «La vengeance n’est pas mon fort, même si je n’oublie pas, je suis un partisan du pardon et de l’indulgence» a dit le politicien. 

«La crise du Mexique a été causée non seulement par l’échec du modèle économique néolibéral appliqué les 36 dernières années de gouvernement, mais aussi par la prédominance immonde de la corruption publique et privée» a-t-il signalé. 

«J’ai proposé au peuple du Mexique que nous mettions fin à cette horrible histoire et que nous recommencions sur de meilleurs bases.»

5) «Je n’ai pas le droit d’échouer»

AMLO a terminé son discours sur une anecdote : alors qu’il se dirigeait vers le Congrès, un cycliste s’est approché de sa voiture et lui a dit : «tu n’as pas le droit de nous décevoir». Il a promis de faire de cette expression l’un de ses objectifs : «c’est la promesse que j’ai faite avec mon village : je n’ai pas le droit d’échouer.» 

AMLO, qui a été trois fois candidat aux présidentielles (2006, 2012, 2018), a expliqué se sentir prêt à affronter les problèmes du pays. Il arrive à la présidence comme président le plus voté depuis des décennies, en plus d’avoir une majorité quasi absolue dans les deux chambres du Congrès. 

«Rien de matériel ne m’intéresse et je ne me soucie pas du tout de l’attirail du pouvoir, j’ai toujours pensé que le pouvoir devait être exercé avec sagesse et humilité» a déclaré le politicien. Il a conclu: « je suis optimiste : nous sommes sur la voie de la renaissance du Mexique.»

D’après BBC Mundo
Traduit de l’espagnol
par Chloé GARCÍA DORREY

G20 en Argentine : un sommet axé sur le climat et le commerce mondial

Les vingt poids lourds de la politique internationale se sont réunis à Buenos Aires, vendredi 30 novembre et samedi 1er décembre, au moment où l’économie globale s’essouffle, la récession frappe le moral des Argentins, et une guerre commerciale risque d’envenimer les relations sino-étasuniennes déjà tendues.

Photo : Major-Prepa

Plusieurs problèmes étaient en jeu à Buenos Aires, allant des tensions politiques à la concurrence économique, en passant par le conflit entre l’Ukraine et la Russie, l’accord de Paris sur le climat, et la présence encombrante du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane.

Donald Trump devait rencontrer Vladimir Poutine pour une réunion aux enjeux essentiels. Mais «l’imprévisible» président américain a finalement annulé la rencontre une heure après avoir confirmé qu’elle aurait lieu, et pour cause : l’incident au large de la Crimée, cinq jours auparavant, entre trois navires militaires ukrainiens et les forces de l’ordre russes. Le Kremlin a «regretté» la décision de Trump, estimant que «les discussions sur des questions internationales et bilatérales graves sont reportées indéfiniment».

La solution pacifique de ce conflit frontalier reste donc un préalable à la reprise des discussions pour un nouveau partenariat Russie-USA. Sauf que pour Vladimir Poutine la guerre va continuer. En effet, d’après le chef du Kremlin, les autorités ukrainiennes font tout pour que le conflit perdure afin de rester au pouvoir.

Ce 13e sommet a été marqué par la franche camaraderie entre le président russe et Mohammed ben Salmane. Les deux dirigeants se sont mis d’accord pour prolonger la baisse de la production du pétrole, alors que les enquêtes menées par la CIA soupçonnent le prince saoudien d’avoir été le commanditaire de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à l’ambassade de l’Arabie saoudite à Istanbul. Pour sa part, Donald Trump a déclaré une nouvelle fois que, quel que soit le résultat des enquêtes, «l’Arabie saoudite restera un partenaire inébranlable des États-Unis».

À propos de la transition énergétique et le climat, des tensions se sont fait sentir au centre des débats. Dans un texte communiqué à la fin du sommet, les membres du G20 signataires de l’accord de Paris ont souligné que celui-ci était «irréversible», et ils «s’engagent à sa pleine mise en œuvre» en l’adaptant toutefois aux «capacités respectives, au vu des diverses situations nationales». Un bilan plutôt mitigé, si l’on tient compte que certains pays hésitaient à confirmer leur engagement, tandis que l’administration Trump, comme déjà l’an dernier au G20 de Hambourg, n’a pas cédé aux exigences climatiques. «Cette coalition s’effiloche. Des pays comme la Turquie, l’Arabie saoudite, la Russie, pourraient commencer à s’interroger» sur cet engagement, a déclaré une source de la Maison-Blanche.

Mais ce sommet s’annonçait surtout crucial pour l’avenir des relations entre Washington et Pékin et leurs répercussions sur le commerce mondial. «Le risque est celui d’un tête-à-tête entre la Chine et les États-Unis et d’une guerre commerciale destructrice pour tous», avait averti Emmanuel Macron dans une interview publiée dans un quotidien argentin. Le président français a aussi évoqué le risque certain d’un «délitement» de l’OMC (Organisation mondiale du commerce).

Pourtant, depuis des mois de guerre commerciale, Donald Trump et le président Xi Jimping ont trouvé un accord in extremis, mais certes temporaire : la Chine et les États-Unis se sont engagés à ne pas imposer de nouveaux droits de douane sur les importations, et sur des négociations portant par exemple sur la levée par la Chine des obstacles à l’implantation sur son territoire de firmes étrangères, mais aussi sur la protection de la propriété intellectuelle, en particulier des firmes étasuniennes. Cet accord commercial va s’étendre pendant les trois prochains mois, de quoi laisser un peu de temps pour en discuter.

Par ailleurs, la confrontation États-Unis/Chine n’était qu’une manifestation parmi tant d’autres du gouffre économico-social qui sépare les grandes puissances des pays en développement qui font partie du G20, dont certains estiment avoir besoin de plus de soutien de la part des pays qui dominent le marché mondial. Depuis un certain temps, ce gouffre suscite l’intérêt des autorités de Pékin, dont les investissements commencent à s’imposer en Amérique latine, notamment face à Washington. Le continent sud-américain pourrait ainsi devenir le principal partenaire commercial du géant asiatique d’ici à la fin de la prochaine décennie.

Un exemple est révélateur à cet égard : après la clôture du sommet, dimanche dernier, le président chinois Xi Jimping a rencontré pour la cinquième fois, en moins de trois ans, son homologue argentin Mauricio Macri (un record dans l’histoire des relations sino-argentines). Les deux dirigeants se sont mis d’accord pour «ouvrir conjointement une nouvelle ère du partenariat stratégique entre les deux pays». M. Xi, qui a réitéré sa confiance dans les perspectives de croissance dans la région, a également déclaré : «dans l’actuelle conjoncture internationale complexe et à l’évolution rapide, les deux pays doivent tracer la voie des relations bilatérales avec une vision plus large […], et continuer à contribuer à la paix, à la stabilité et à la prospérité des deux pays et dans le monde entier.»

Justement, «stabilité et prospérité», sont les mots magiques que l’administration Macri tentera de matérialiser avant les élections présidentielles de 2019, dans une ambiance de crise économique due à une politique mise en échec par deux crises monétaires, foudroyée par ce qu’on appelle «un manque de plan B» : «Le gouvernement n’a pas sécurisé l’économie pour faire face à un scénario qui était très probable : celui d’une contraction de la politique monétaire dans les pays développés. C’est le genre de chose [la dévaluation du peso argentin] qui arrive quand il n’y a pas de plan B et que l’on compte seulement sur des investissements étrangers», analyse Juan Martín Rinaldi, trader chez Balanz Capital.

Eduardo UGOLINI

Au Honduras, les assassins de l’activiste Berta Cáceres condamnés

Après un procès de six semaines dans la capitale hondurienne, Tegucigalpa, sept hommes ont été jeudi 29 novembre reconnus coupables du meurtre de Berta Cáceres, leader environnementaliste Lenca, un des peuples autochtones du pays. Elle a été abattue chez elle, le 2 mars 2016 à minuit, par deux hommes armés, pour s’être opposée au projet d’un barrage sur la rivière Gualcarque, dans l’ouest du Honduras par l’entreprise Desa. Les Lencas considèrent le fleuve comme sacré et son eau est indispensable à leur survie.

Photo : Claudia Korol

Le tribunal a jugé que le meurtre avait été ordonné par les dirigeants de la société du barrage, Desa, en raison des retards et des pertes financières liés aux manifestations dirigées par Berta Cáceres. Les assassins payés pour tirer sur Cáceres et ceux qui ont organisé le crime ont été condamnés, mais les commanditaires du meurtre restent pour l’instant dans l’impunité.

Deux des condamnés sont liés à Desa : Sergio Rodríguez Orellana, directeur du développement social et environnemental de l’entreprise, et Douglas Bustillo, lieutenant à la retraite de l’armée hondurienne qui avait occupé le poste de chef de la sécurité de la société mais en était parti avant la mort de Berta. Cinq autres personnes, dont Mariano Diaz, un commandant de l’armée hondurienne, ont également été condamnées. Un autre accusé, le frère de l’un des accusés, a été acquitté.

Le directeur général de Desa, David Castillo, arrêté en mars 2018, sera jugé séparément. L’entreprise continue de nier toute implication et a déclaré que MM. Castillo et Rodríguez, les deux dirigeants travaillant pour Desa au moment du meurtre, avaient été accusés et condamnés à tort.

Le sang coule toujours au Honduras 

Le procès, qui avait commencé le 17 septembre, s’est déroulé sans représentation légale pour les victimes, car le tribunal avait exclu les avocats de la famille de Berta et de Gustavo Castro, blessé lors de l’attaque. Ils accusaient les trois juges de partialité et d’abus de pouvoir et avaient demandé qu’ils soient récusés et remplacés, parce qu’une série de décisions et d’omissions au cours des audiences préliminaires rendaient la procédure irrégulière et démontraient une partialité à l’égard des victimes. En août dernier, le procureur général avait été obligé d’admettre que les enquêteurs n’avaient pas analysé de nombreux téléphones portables, tablettes, ordinateurs, disques durs, documents et même une arme à feu et des balles confisquées lors des arrestations et des perquisitions plus de deux ans auparavant.

Le tribunal a aussi refusé d’appeler à la barre, à titre de témoins, les dirigeants de Desa, dont certains membres de la famille Atala Zablah, l’un des clans les plus puissants du Honduras. Les juges avaient aussi interdit la retransmission vidéo du procès, mais une équipe d’observateurs juridiques internationaux a été autorisée à suivre les débats.

Malgré l’indignation internationale suscitée par le meurtre de Berta Cáceres, le sang coule toujours au Honduras. Le 29 novembre, un activiste environnemental, Reynaldo Reyes Moreno, a été tué par deux assassins à moto. Il dirigeait la lutte d’une petite communauté contre un vaste projet solaire financé au niveau international dans le sud du Honduras et imposé par l’État hondurien sans la consultation obligatoire des communautés locales.

Laura Zúñiga, la plus jeune fille de Berta Cáceres, a déclaré, à la fin de l’audience : «Pour en finir avec ces meurtres, il faut en finir avec l’impunité des auteurs de ces crimes. Notre combat pour la dignité, la vérité et la justice ne s’arrête pas là. Nous continuerons à nous battre.»

Élisabeth SCHNEITER
D’après Reporterre

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