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27 septembre 2018

Cycle de conférences «2018. Année électorale en Amérique latine» organisé par l’IHEAL

En 2018, six élections présidentielles rythment la vie politique latino-américaine. Du Brésil au Mexique, en passant par le Costa Rica, la Colombie, le Paraguay, et éventuellement, le Venezuela, ces élections annoncent une recomposition du paysage politique à l’échelle régionale. Dans le but d’analyser cette dynamique électorale, l’Institut des hautes études de l’Amérique latine (IHEAL) invite spécialistes et chercheurs à débattre avec le public autour de trois tables rondes les 27 septembre, 4 et 11 octobre prochains.

Photo : La Prensa Francesa

L’affaiblissement des gouvernements progressistes, issus de la vague rose (Dabène, 2012), se conjugue à de nombreuses alternances à droite et à la montée des candidats indépendants lors des dernières élections présidentielles : Juan Orlando Hernández au Honduras (janvier 2014), Mauricio Macri en Argentine (décembre 2015), Pedro Pablo Kuczynski au Pérou (juillet 2016), et Sebastián Piñera au Chili (mars). La première conférence s’est tenue le 27 septembre sur le thème «Campagnes électorales et systèmes électoraux» avec la participation de Maya Collombon (Sciences Po Lyon), Camille Floderer (Sciences Po Aix-en-Provence) et Claire Duboscq (IHEAL). Il s’agissait de traiter du printemps nicaraguayen et des élections au Costa Rica et au Mexique en particulier.

La seconde conférence du cycle «2018 : Année électorale en Amérique latine» se tiendra le 4 octobre de 17h à 20h et étudiera quant à elle le traitement médiatique et la communication politique pendant les élections latino-américaines de 2018 en général, et en particulier au Honduras, au Nicaragua, en Colombie et au Mexique, en présence d’Hélène Roux (Université Paris 1, IEDES/UMR Développement et Sociétés et journaliste), de Yeny Serrano (Université de Strasbourg), d’Erica Guevara (Paris 8, CEMTI et Sciences Po, CERI-OPALC) et de Romain Le Cour Grandmaison (Université Paris 1, CRPS-CNRS).

Enfin, le cycle se clôturera le 11 octobre de 17h à 20h également, sur le thème de la montée des nouvelles droites et des recompositions partisanes, en présence d’Olivier Dabène (Sciences Po, CERI-OPALC), de Franck Gaudichaud (Université Grenoble Alpes, CERHIUS-ILCEA4), de Franck Poupeau (CREDA-CNRS) et de Darío Rodríguez (Sciences Po, CERI-OPALC).

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de l’IHEAL.

Un concert franco-colombien par Alain Pacquier à l’Arsenal de Metz le 21 octobre 2018

Alain Pacquier travaille depuis une trentaine d’années sur des projets artistiques avec des pays d’Amérique latine. A l’occasion du concert qu’il prépare dans le cadre de son nouveau projet France-Colombie, voici son portrait ainsi qu’un descriptif de ses actions. Un des premiers grands moments de cette collaboration musicale internationale sera le concert du 21 octobre 2018 à 16h à l’Arsenal de Metz, les «Couleurs symphoniques de l’Amérique latine».

Photo : Cité Musicale

Créer des ponts culturels entre l’Amérique latine et l’Europe, voilà la mission que s’est donné Alain Pacquier. Ce Lorrain passionné de musique, créateur et directeur artistique du festival de Saintes et du festival international de musique de Sarrebourg, œuvre depuis le couvent de Saint-Ulrich en Lorraine. Il y développe des activités autour de la découverte de musiques du monde parfois oubliées et incite les jeunes mosellans à la pratique instrumentale. Le lauréat en 1997 du Prix Monseigneur Marcel de l’Académie française pour son livre Les Chemins du baroque dans le Nouveau Monde monte depuis 2005 des projets de rencontres internationales entre musiciens latino-américains et mosellans.

Au cours de ses voyages en Amérique latine, il se rend compte que les populations locales entretiennent un rapport spécial au monde musical : dans la précarité et la pauvreté les plus extrêmes, la musique est une bouffée d’oxygène que l’on aime et que l’on pratique sans rien attendre en retour. La musique rend digne, en somme.

Dans des pays latino-américains comme le Mexique, la Colombie et le Venezuela où musique et action sociale vont de pair, comment ne pas imaginer un projet international ? C’est ce constat qui le pousse à former de jeunes musiciens à la pratique instrumentale symphonique et à promouvoir des collaborations outre-Atlantique, en organisant des rencontres et des concerts.

Nous le retrouvons dans le cadre de son nouveau projet d’échange musical avec la Colombie. Le but ? Réunir de jeunes colombiens et mosellans autour de musiques colombiennes, d’œuvres symphoniques et des figures du compositeur français emblématique Hector Berlioz et du maître du romantisme musical colombien José María Ponce de León, malheureusement moins connu que son contemporain.

Les « Couleurs Symphoniques de l’Amérique latine » en concert

La délégation colombienne qui se rendra en Lorraine en octobre 2018.

Photo : Alain Pacquier

«Mettre en commun ce que nous avons et qu’ils n’ont pas avec ce qu’ils ont et que nous n’avons pas.» Le projet France-Colombie repose sur ce principe et prend la forme d’un programme éducatif et musical original et historique : des rencontres musicales entre jeunes lorrains et colombiens.

Depuis 2013, grâce aux Rencontres Musicales de Saint-Ulrich, Alain Pacquier a mis en place ce projet pour favoriser la pratique instrumentale symphonique et promouvoir la mixité sociale, l’autonomie et la responsabilisation auprès des jeunes. L’objectif est d’organiser un échange et une coopération internationale avec les «Jeunes Symphonistes mosellans».

Ce projet se déroulera sur deux ans. Dans un premier temps, du 5 au 21 octobre 2018 en Lorraine. Les musiciens colombiens de Neira et Manizales seront d’abord reçus au couvent de Saint-Ulrich et prépareront un concert qui aura lieu le jeudi 11 octobre 2018 à l’Espace Lorrain de Sarrebourg. Puis ils rencontreront leurs camarades francophones de Sarrebourg et de Woippy, une ville près de Metz. Ensemble, ils répèteront pour deux concerts de clôture de la première phase du projet : d’abord à l’Espace René Cassin de Bitche, ensuite à l’Arsenal de Metz. L’année prochaine, ils se retrouveront de l’autre côté de l’Atlantique pour la deuxième phase du projet.

Ce sont plus de cent jeunes musiciens, stagiaires du programme et membres de la délégation colombienne qui se retrouveront sur scène pour offrir au public des «Couleurs symphoniques de l’Amérique latine», le 21 octobre 2018 à 16h à l’Arsenal de Metz. Ils interprèteront des œuvres de compositeurs colombiens (Felix Mendoza, Arturo Márquez, José Pablo Moncayo) ainsi que deux créations symphoniques de jeunes compositeurs, un français et un colombien (Simon Clausse et Cristhian Galindres).

Nina MORELLI

Moronga d’Horacio Castellanos Moya, prix Transfuge du meilleur roman d’Amérique latine 2018

Dans ses romans précédents, le Salvadorien Horacio Castellanos Moya a fait découvrir à ses lecteurs les périodes noires qui ont plongé le Honduras, le Salvador et le Guatemala dans des guerres civiles, des génocides et d’interminables périodes de violences. Les deux personnages principaux de Moronga sont bien originaires eux aussi d’Amérique centrale, mais ils vivent aux États-Unis. Leur passé ne semble pas avoir été de tout repos. Pourront-ils s’en détacher ?

Photo : Literal/Métailié

José, nouvel arrivant à Merlow City, tranquille petite ville universitaire du Nord-Est des États-Unis, mène la vie ordinaire du marginal déjà mûr : petits boulots, modeste colocation. Mais quelque chose est troublant dans cette existence banale, des détails créent un certain doute : pourquoi a-t-il toujours l’air aussi méfiant ? Pourquoi ne se déplace-t-il jamais sans un revolver caché dans sa chaussette ? On ne sait plus si ce qui nous est montré est ordinaire ou anormal, si les gens croisés ne sont pas des observateurs camouflés, dans un pays où chacun est observé par la police ou par des institutions officielles mais très discrètes. C’est d’ailleurs dans un de ces services que José trouve un petit emploi, payé quelques heures par jour pour détecter d’éventuelles bizarreries, politiques ou «morales», dans les messages envoyés et reçus par étudiants et professeurs. L’un d’eux, un Salvadorien, attire son attention. Il prépare un essai sur l’assassinat, en 1975, du poète Roque Dalton.

Les phrases courtes, détachées les unes des autres, d’une froideur polaire, distillent l’angoisse (ou la paranoïa). Les idées politiques du temps de la guerre civile se sont estompées et les rapprochements avec différentes mafias (armes et drogues) qui ont remplacé les échanges entre les groupes d’autrefois leur ressemblent étrangement, ce qui n’empêche pas José, parfois, d’éprouver de la nostalgie pour les luttes passées, plus propres à ses yeux.

Le ton change avec l’apparition du deuxième narrateur, le professeur salvadorien, au nom peut-être codé (les lecteurs français pourront penser à Bobby Lapointe et à son Aragon et Castille…), un personnage savoureux et complètement détraqué, dont l’expression est «pleine de circonvolutions», comme il le dit lui-même. Savoureux et pour le moins tortueux, pourvu d’une moralité toute personnelle. On l’avait déjà croisé dans Effondrement. Il est vraiment aussi tordu que ses idées. Et aussi parano que José, même si, dans cet environnement, courant dans ce grand pays, on peut en permanence se demander s’il n’y a pas de quoi l’être. C’est un des charmes de Moronga : le doute perpétuel qu’éprouvent les personnages est communiqué, subtilement, au lecteur.

Une fois de plus Horacio Castellanos Moya nous fait profiter de son humour dévastateur, ce qui ne l’empêche pas de réussir des descriptions profondes sur la lutte révolutionnaire, sur le difficile passage de l’adolescence à la maturité, sur la décadence des deux Amériques. Son humour est bien dévastateur, mais très pessimiste aussi.

Que l’on ne s’inquiète pas de l’apparent désordre de ce qui nous est conté : d’abord c’est bien la confusion qui existe dans la relation entre les ex-guérilleros. Le meurtrier échange de coups de feu final est lui aussi plus que confus, qui tire sur qui, qui est vraiment visé et qui est «victime collatérale» ? Même la brillante police des États-Unis ne s’y retrouve pas. Ils ne sauront jamais la vérité sur cette affaire, les flics yankees ! Nous oui, et nous serons les seuls. Génial épilogue d’un riche roman qui, autre plus, nous révèlera le (les) sens du mot Moronga !

Christian ROINAT

Moronga de Horacio Castellanos Moya, traduit de l’espagnol (Salvador) par René Solis, éd. Métailié, 352 p., 22 €. Horacio Castellanos Moya en espagnol : Moronga, éd. Random House. L’essentiel de sa production est disponible chez Tusquets. Horacio Castellanos Moya en français : La servante et le catcheur / Le rêve du retour / Effondrement / Le dégoût. Thomas Bernhard à San Salvador, éd. Métailié.

María Sonia Cristoff et l’écriture de l’isolement en Patagonie dans Faux calme

María Sonia Cristoff est une auteure argentine qui a grandi en Patagonie avec sa famille d’origine bulgare. Adolescente, elle se rend compte que l’isolement est le trait le plus caractéristique de cette contrée lointaine et retirée, ce territoire qui compte parmi les moins peuplés au monde. Elle dresse dans Faux Calme, un livre de non-fiction récemment traduit en français, une série de portraits patagoniens qui illustrent différents aspects de cet isolement.

Photo : Revista Vísperas/Éditions du sous-sol

María Sonia Cristoff nous livre dans Faux calme des témoignages d’habitants de quatre villages-fantômes et d’une ville-fantôme. Les portraits proposent toujours un point de vue original, une unicité propre et sont parfois à la limite du champ de la science-fiction. Faux calme est en effet un livre de sciences sociales pétri de différentes influences qui relèvent du légendaire, du mystique, mais pas seulement. Les récits de voyage constituent la première source d’innutrition littéraire dans ces scènes descriptives. L’originalité du livre repose également sur l’alternance des récits avec les propres souvenirs de l’auteure, avec des coupures de presse qui appuient la chronologie des événements racontés, des extraits de romans…

María Sonia Cristoff illustre l’isolement en retraçant les histoires individuelles de personnes qui ne s’intègrent que peu dans l’histoire collective de la Patagonie. Les locaux qu’elle a fréquentés sont tous très différents les uns des autres, tous liés car ils sont à la marge du monde, même si leurs isolements respectifs ne prennent pas la même forme la plupart du temps. On retrouvera par exemple sur le même plan le récit de la vie d’un homme qui est passionné d’avion mais qui ne voyage pas et reste les pieds ancrés dans sa terre patagonienne, et le récit de la vie d’une femme dont l’histoire familiale et émotionnelle est chaotique depuis toujours, mais qui explique comment être heureuse.

Ces paroles innocemment énoncées et brillamment retranscrites interrogent sur l’état des grandes questions sociales dans les territoires patagoniens. Quid de l’éducation et de la survie des cultures amérindiennes ? À l’instar de l’œuvre magnifique La Place d’Annie Ernaux, María Sonia Cristoff pose la question de la culture intellectuelle face à la culture du sol, en prenant l’exemple des Mapuches dont la langue disparaît et pour qui la pratique d’activités traditionnelles telles que le tissage est un moyen de défendre leurs origines pour les descendants.

Quid du vernis social superficiel, de ces liens que l’on conserve en société et dont on se détache une fois isolé ? Sous couvert d’un travail d’enquêtrice, l’auteure montre l’abandon des discussions inutiles et du futile dans la Patagonie. Quid de la place de la femme au sein de son foyer et de sa famille ? Ce ne sont là que quelques-unes des thématiques abordées dans Faux calme. María Sonia Cristoff n’apporte aucun jugement ou aucune sentence définitive dans son récit. Il s’agit uniquement d’écouter ces voix lointaines enfin mises sur le devant de la scène et de recueillir leurs paroles.

Nina MORELLI

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