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13 septembre 2018

Leçon d’écriture dans Comment dessiner un roman du Mexicain Martín Solares

Martín Solares, né en 1970, a publié jusqu’à présent trois romans seulement, mais a consacré sa vie à la littérature dans ses activités d’enseignant, de critique et d’éditeur. Connaisseur sensible, il apporte dans ses écrits et ses interventions orales une distance non dépourvue d’humour. Il en fera bientôt profiter ses auditeurs, puisqu’il est l’invité en octobre de notre festival Belles Latinas.

Photo : Forbes México/Christian Bourgois

Dans Comment dessiner un roman, Martín Solares écrit et, comme le dit le titre, dessine, ce qu’est pour lui un roman. On peut prendre ce livre comme une leçon d’écriture, c’en est une, mais surtout comme une leçon de lecture. Le lecteur que nous sommes, assis, le livre entre les mains, a l’impression de sentir sur son épaule une main amicale ou fraternelle et, derrière lui, une ombre bienveillante qui lui glisse des conseils pour l’aider à mieux approcher du cœur de ce vice impuni dont se régalait Valery Larbaud, lire !

Sous les multiples exemples pris dans les œuvres d’auteurs américains ou européens pour la plupart se cachent des questions qui ressembleraient à «Tu as remarqué ceci ou cela ? Que peut-on ressentir si les premiers mots du roman sont : … ?».

Il existe un mot qui m’a personnellement toujours paru épouvantable lorsqu’il est appliqué à la création littéraire : la technique de l’écrivain. Je n’ai pourtant jamais trouvé de mot précis pour évoquer la façon de faire du créateur. Martín Solares ne parle que de cela, en faisant abstraction de tout ce que cela pourrait présenter de barbare. Tout est naturel sous sa plume : certains écrivent vite (et bien), d’autres pourraient ressembler à des tâcherons, peu importe si l’œuvre ainsi créée est bonne.

Autre richesse de cette étude, les multiples pistes données par des Umberto Eco, Gérard Genette ou Maurice Blanchot, qui ne donnent qu’une envie : les lire ou les relire. Pourtant, on ne pourra reprocher à Martín Solares aucune pointe de pédanterie, aucune supériorité qu’il nous imposerait : lui et nous sont ce qu’on pourrait appeler des «gens normaux, ordinaires», vous ou moi. Il reste jusqu’au bout le grand frère qui en sait tout de même un peu plus que nous mais qui ne cherche qu’à partager.

Par l’exemple de la longue et ardue rédaction de Pedro Paramo, le mythique roman de Juan Rulfo, il nous fait pénétrer au cœur des mystères réputés insondables de la création, nous montre comment à partir de presque rien on peut faire naître un chef d’œuvre.

On ne regrette qu’une chose, en lisant Comment dessiner un roman, c’est de ne pas avoir Martín Solares à proximité, on aimerait tant pouvoir réagir face à lui à certaines affirmations, lui poser quelques questions (les inévitables romanciers qui nous semblent indispensables et qui ne sont pas cités !), lui reprocher certaines prises de position, lui signaler nos sourires admiratifs en étudiant ses croquis-définitions de romans connus, lui faire part de notre adhésion globale !

Christian ROINAT

Comment dessiner un roman de Martín Solares, traduit de l’espagnol (Mexique) par Christilla Vasserot, éd. Christian Bourgois, 160 p., 15 €.
Martín Solares en espagnol : Cómo dibujar una novela, Era / Los minutos negros / No manden flores, Random House.
Martín Solares en français : Les minutes noires / N’envoyez pas de fleurs, éd. Christian Bourgois.

Quarante-cinq ans après, la mémoire toujours embarrassante du coup d’État au Chili

11 septembre 1973, les avions des Forces aériennes bombardent le palais présidentiel de la Moneda, au cœur de Santiago. Une fois le pouvoir entre leurs mains, les militaires organisent la répression de tous les opposants politiques. Entre septembre et novembre 1973, le Stade national de Santiago sert de prison politique.

Photo : HispanTV

11 septembre 2018, le ciel est clair en sortant de la ligne de métro flambant neuve qui mène au Stade national. Il est 20 h, et une «diablada», danse des diables, nous montre la direction du rassemblement. Devant le stade, une foule immense, bien plus qu’attendue. Une scène sur laquelle se succèdent des artistes pour un concert gratuit. Lorsqu’Inti Illimani chante, la foule reprend en cœur El pueblo unido avec beaucoup d’émotion. Un peu plus loin, des sculptures éphémères de pieds se mêlent aux affiches demandant «Où sont-ils ?». Où sont les disparus ? Les sculptures de pieds font référence aux pieds que les Chiliens retrouvent parfois dans le désert, dernières traces des disparus dans les fosses communes du régime.

En s’approchant du stade, on croise également, sur une sorte de petite place, des gens se prenant dans les bras. Sur une musique un peu hypnotique et quelques mots de consolation, on peut étreindre son voisin et se laisser aller à l’émotion. Nous continuons notre chemin jusqu’à l’entrée du Stade. Énormément de monde veut entrer. Il nous faut patienter un peu, puis nous pénétrons dans le stade. Au cœur du bâtiment, avant d’atteindre la pelouse, plusieurs expositions raconte l’histoire de ce lieu devenu camp de prisonniers politiques, en plein cœur de Santiago. Durant deux mois, 40 000 personnes vont passer par ces lieux sinistres.

Dans les gradins, un petit carré de sièges concentre toute l’attention. Ce sont les sièges datant de cette époque-là, les mêmes que l’on voit sur les photos en noir et blanc. En sortant du stade, on a un peu le moral en berne. Et l’on suit alors une fanfare qui joue, elle aussi, El pueblo unido. On la suit jusqu’à un petit bâtiment dans lequel un mur est recouvert de plaques de cuivre gravées des noms des 504 femmes identifiées qui ont été tuées ici. Elles ont sans doute été beaucoup plus, mais beaucoup n’ont pas été identifiées. Parmi ces 504-là, trois sont françaises. On ressort, le moral au plus bas.

Étonnement, la foule ne semble pas si triste. Il y a bien sûr quelques effusion de larmes, mais finalement les concerts, les activités, rendent la commémoration moins triste. Même si cela reste toutefois émouvant.

Le sinistre anniversaire de la chute de la démocratie a beaucoup occupé les médias ces derniers temps. De nombreuses personnalités ont été invités à partager leurs souvenirs et nous avons vu fleurir des éditoriaux un peu partout. Des nauséabonds, des frais, des beaux, des intelligents et des stupides. Des menteurs aussi. La Tercera, un des principaux journaux du pays, a publié cette semaine une série d’entretiens.

Une partie des personnalités interrogées, comme Ricardo Lagos, président de la République chilienne de 2000 à 2006 qui a assisté au coup d’État et au bombardement de la Moneda avant de s’exiler, mettent en avant les profondes divisions qui existaient à l’époque dans la société chilienne et la polarisation à l’extrême du monde politique. L’actuel président, M. Piñera présente les choses d’une façon similaire, parlant d’une «démocratie profondément malade» dans les années 1970. Il tient à ajouter tout de même qu’en aucun cas cela pourrait justifier les violations aux droits de l’homme dont s’est rendue coupable la dictature.

Guillermo Teillier, actuel dirigeant du Parti communiste, se souvient surtout de la clandestinité, des dossiers du Parti brûlés à la hâte, de la torture… Et d’Eduardo Frei Montalva, leader en 1973 de la Démocratie Chrétienne, démocrate et ancien président qui appuie le gouvernement militaire. Il se souvient surtout de ce sentiment de trahison et de lâcheté de la Démocratie Chrétienne qui s’est ralliée aux militaires.

Enfin, des partisans du gouvernement militaire ont également pu raconter leurs souvenirs. Andrés Allaman, à l’époque porte-parole des étudiants du Parti national, voit le coup d’État comme l’évènement qui a permis d’échapper à «la dictature communiste». Carlos Cacéres, ancien ministre de Pinochet, met en avant sa «joie» lors de l’annonce du coup d’État, présente le bombardement de la Moneda comme «nécessaire» et minimise les responsabilités dans les violations des droits de l’homme, expliquant que jamais ce ne fut une politique de l’État… L’ancien militant Francisco Vidal quant à lui reconnaît que son soutien au coup d’État fut une erreur. Il a ensuite rejoint le Parti socialiste et fut ministre sous la présidence de R. Lagos et M. Bachelet.

Toutes ces histoires individuelles mettent parfaitement en lumière la problématique sous-jacente dès lors que l’on s’intéresse aux questions de mémoire : la mémoire n’existe pas, il existe une multitude de mémoires individuelles qui forment des mémoires collectives qui s’opposent.

Chacune des mémoires porte en elle, au minimum, la «vérité» d’un ressenti, de sentiments vis-à-vis des événements vécus. Dans les sphères progressistes, politiquement plutôt à gauche, la violence de la répression, en plus des séquelles physiques, a bien sûr laissé des cicatrices psychologiques personnelles et collectives. Cette mémoire est donc aussi composée de la colère, du dégoût, de la souffrance des tortures, de l’exil traumatisant. Toute cette mémoire se fonde sur des faits vécus, et les nier serait absolument malhonnête. La torture, les disparitions forcées, l’assassinat méthodique des opposants politiques ont bel et bien existé.

Chez les conservateurs, la mémoire des expropriations et nationalisations, la peur des milieux aisés devant la politique d’Allende ont pu également créer des traumatismes et donc une mémoire complètement différente. Cette partie de la population a donc vu, dans l’avènement de la dictature et dans la violence exercée par celle-ci, une guerre défensive, non seulement pour une classe de privilégiés, mais également pour un modèle social, politique et culturel. Deux mémoires antagonistes sont donc bâties sur des expériences de vie tout à fait réelles.

Mais ces deux mémoires antagonistes, puisque empreintes de subjectivité, ne sont que mémoire et laissent de côté des faits que l’histoire doit prendre en compte. Par exemple, lors de l’élection de 1970, Salvador Allende est élu, conformément à la Constitution en obtenant 36,6 % des votes. L’idée donc que l’armée serait intervenue contre l’avis de la majorité de la population est fausse. En revanche, l’idée que l’armée est intervenue en position légitime est fausse également, pas plus que l’idée qu’Allende n’était pas légitime : l’opposition, qui avait la majorité à la Chambre des députés, n’avait pas une majorité suffisante pour destituer le Président. C’est précisément ce cul-de-sac constitutionnel qui a précipité les événements. Et cela démontre clairement que les mémoires ne font pas l’histoire, car elles laissent de côté une partie des faits.

Dans le cadre de l’actuel questionnement du Chili vis-à-vis de son passé, David Rieff (essayiste qui a consacré plusieurs ouvrages aux questions de mémoire) était l’invité la semaine dernière de l’université Diego Portales et a participé à une discussion au musée de la mémoire. Ce n’est pas un hasard si ce musée a accueilli l’essayiste nord-américain. La structure a en effet été au cœur d’une tempête médiatique il y a quelques semaines : M. Piñera a nommé au ministère de la Culture Mauricio Rojas. Aussitôt, des interviews de 2015 et 2016 ressortent. Dans celles-ci, M. Rojas qualifie le musée de la mémoire de «montage», et ajoute qu’il s’agit «d’un usage éhonté et mensonger d’une tragédie nationale». Levée de boucliers, tentatives de justifications de l’intéressé, soutien des nostalgiques de Pinochet… Afin de calmer la tempête, la démission en moins de 90 heures.

Mais la boîte de Pandore est ouverte. La droite exulte : elle peut enfin, presque légitimement, critiquer ouvertement ce musée et proposer sa propre mémoire des années 1970. Au risque de dire des âneries. Quelle que soit la mémoire, les faits ne peuvent être éludés, et ce musée fait très attention à ne pas glisser dans la propagande.

On peut certes y voir de nombreux documents sur la répression politique sous le régime de Pinochet. On peut y voir les images du bombardement de la Moneda, les déclarations instituant la junte militaire, puis lire, voir, entendre, les témoignages des personnes victimes de la dictature. L’exposition d’un lit de torture, les pages issues du manuel de l’officier chilien donnant des méthodes pour faire souffrir sans tuer, les objets fabriqués par les prisonniers politiques, les photographies et lettres des exilés, des personnes assassinées à l’étranger, tous ces documents côtoient des affiches des quatre coins du monde appelant à la fin des violences.

Mais comme le soulignent plusieurs personnalités, il n’est jamais question de politique, d’être pour ou contre Allende. À l’accusation de «montage», nous pourrons opposer que ce musée ne nie en aucun cas la violence d’autres groupes politiques, ne justifie pas les attentats ou ne fait pas la promotion du MIR (Movimiento de la izquierda revolucionaria, d’extrême-gauche). Retracer les faits qui ont permis la torture et la répression, expliquer les méthodes de tortures, les conséquences physiques et psychologiques n’est pas mettre en avant une politique, encore moins manipuler les faits et l’opinion.

Nous pouvons, tout au plus, déplorer le nom de cette structure. La mémoire, cela n’existe pas. Mais ce musée ne parle pas des mémoires. Ce musée documente la torture et les crimes contre les droits de l’homme dont se sont rendus coupables les militaires durant cette période. Le nom complet est d’ailleurs «Musée de la Mémoire et des Droits Humains». Peut-être les droits humains seraient-ils suffisants.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

À Quintero et Puchuncavi, la pollution industrielle tue depuis cinquante ans au Chili

Fin août, la situation devenait intenable. Les manifestations se multipliaient, les écoles étaient fermées. La cause de toute cette agitation : la pollution record de l’air dans ces petites communes au nord de Valparaíso qui a intoxiqué plus de trois cents personnes. Le méthylchloroforme (solvant interdit dans l’Union européenne), le nitrobenzène (classé comme «très toxique»), le toluène (irritant pour l’œil, la peau et les voies respiratoires), l’arsenic et le dioxyde de soufre (irritant lui aussi pour les yeux et les voies respiratoires) sont les principaux responsables de ces intoxications.

Photo : Quintero/La Otra Voz

En une seule journée, de nombreuses personnes ont été recensées comme intoxiquées, présentant nausées, vomissements et douleurs, et plusieurs d’entre elles ont été hospitalisées. C’est le résultat d’une seule journée d’ouverture de l’école. Dès le lendemain, celles-ci étaient de nouveau fermées. La situation est si grave que l’on n’hésite plus ici à parler de «zone sacrifiée».

Les enfants et les personnes aux voies respiratoires fragiles sont les premières victimes de ces produits toxiques. Depuis une cinquantaine d’années, les cas d’intoxications se multiplient, entraînant maladies et décès.

Ces violents épisodes de pollution qui mettent en péril la santé de nombreux habitants sont directement liés aux nombreuses usines de la zone. Au mépris de la santé publique et avec la bénédiction des autorités, de grandes entreprises ont installé de nombreuses usines de traitement des minéraux et des raffineries, qui rejettent sur les communes de Quintero et Puchuncavi des gaz nocifs.

L’air devient bien sûr irrespirable dans ces communes, mais ce n’est pas tout : la terre et l’eau sont également contaminées. La productivité de la terre dans la région s’est effondrée, l’eau courante et l’alimentation sont également contaminées et les populations en veulent aux pouvoirs publics qu’elles accusent de ne pas se soucier de la qualité de vie des habitants et de ne rien avoir fait pour prévenir une telle situation.

Un exemple de cette insouciance et de cette inaction est l’absence de systèmes de mesure permettant de contrôler ce type de pollution. Le seul système capable de repérer certains produits nocifs est basé à Santiago. Il a fallu attendre le 28 août pour que le président de la République annonce un plan comprenant plusieurs volets : envoi de renforts médicaux, mises en place de contrôle de qualité de l’eau, des sols et de l’air (jusqu’alors seules les entreprises présentes sur la zone étaient équipées pour mesurer la pollution), améliorer l’infrastructure de l’hôpital de Quintero (réparer le toit et les réseaux électriques par exemple).

Le 4 septembre, le député de la circonscription touchée, Luis Pardo, a clairement évoqué la possibilité que ces épisodes de pollution soient dus aux entreprises installées dans la zone. La pollution est, en effet, causée par «des éléments chimiques, tous de la famille des hydrocarbures» selon Jorge Martínez, l’intendant régional.

Les entreprises telles que GNL Quintero (usine de raffinage de gaz), ENAP (Entreprise nationale du pétrole), Oxiquim (production de produits chimiques) et la Codelco (Corporation nationale du cuivre) entres autres réfutent toutes responsabilités dans ces épisodes de pollution. Ces négations ont été abondamment commentées, en particulier celle d’Oxiquim. Il faut dire que le président de cette entreprise n’est autre que l’avocat personnel du président de la République, Sebastián Piñera.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

L’Allemagne rend au Pérou un masque en or de l’époque précolombienne

L’Allemagne a rendu au Pérou un masque funéraire en or datant du VIIIe siècle issu de la culture précolombienne Sicán, après un processus judiciaire de près de vingt ans, a rapporté jeudi le ministère de la Culture du Pérou. Nous reproduisons ici un article de France 24.

Photo : France 24

La livraison, effectuée à l’ambassade du Pérou à Berlin, met fin à une longue lutte juridique et diplomatique des autorités péruviennes pour récupérer des pièces faisant partie du patrimoine culturel de leur pays.

«Je suis heureuse de recevoir l’un des biens les plus emblématiques des cultures du nord du Pérou, un masque Sicán», a déclaré la ministre de la Culture, Patricia Balbuena, dans un communiqué.

La ministre péruvienne a reçu le document archéologique de la main du plénipotentiaire de l’État libre de Bavière devant l’État fédéral, Rolf-Dieter Jungk, a indiqué le ministère.

Le masque était entre les mains de la justice allemande et avait été saisi par Interpol en 1999, dans la ville allemande de Wiesbaden. Ensuite, un processus judiciaire a commencé.

«En [décembre] 2016, le tribunal régional de Munich ordonne la libération du masque Sicán, confisqué par le bureau du procureur de Munich et autorise sa remise à notre pays», a indiqué le ministère de la Culture sur son compte Twitter.

Le Pérou avait signalé la disparition de la pièce en 1999. Le trésor retrouvera son pays d’origine dans les prochaines semaines. La culture Sicán s’est développée sur la côte nord du Pérou entre les VIIIe et le XVe siècles.

D’après France24
Traduit par Marlène LANDON

Le peso argentin dégringole : quel avenir pour la troisième économie d’Amérique latine ?

Confronté à une crise de confiance, le peso argentin a perdu en deux jours près de 20 % de sa valeur face au dollar, contraignant la banque centrale à relever jeudi à 60 % son taux directeur, l’un des plus élevés du monde. En proie à une récession et connaissant un risque élevé, la troisième économie d’Amérique latine peine à rebondir, malgré le recours au Fonds monétaire international (FMI), qui lui a accordé en juin un prêt de 50 milliards de dollars. Nous reproduisons ici un article de Radio Canada.

Photo : Cuba Debate

Jeudi, le peso argentin a enregistré sa plus forte dépréciation en une seule journée depuis que, fin 2015, Mauricio Macri (centre droit) a pris ses fonctions de président, cédant 13,53 %. Cette devise a ainsi reculé de plus de 53 % depuis le début de l’année par rapport au billet vert et s’échange désormais à 36,50 pour un dollar.

Pour endiguer la dépréciation de la monnaie argentine, la Banque centrale de la République argentine (BCRA) a pris une mesure forte jeudi, en augmentant de 15 points son principal taux d’intérêt, de 45 à 60 %.

Confiant malgré tout

Malgré le marasme économique, le gouvernement se montre confiant quant à l’avenir économique du pays. Le chef du gouvernement argentin, Marcos Peña, a ainsi assuré que l’Argentine allait «sortir renforcée du processus de transformation» engagé fin 2015 par le président Macri. «Il n’y a pas d’échec économique, a-t-il affirmé. C’est un changement profond, nous sommes dans la bonne direction.»

Il a attribué les turbulences sur le marché des changes à la «vulnérabilité structurelle» de l’Argentine : «cela fait des décennies que nous avons un problème de déficit budgétaire et rien n’avait été fait pour le résoudre.»

Avec le remboursement des «fonds vautours», l’Argentine a pu faire son retour sur les marchés financiers dont elle était exclue depuis 2001. Ces fonds spéculatifs avaient racheté à très bas prix (20 % de sa valeur) la dette argentine, puis avaient refusé de participer à la renégociation de cette dette.

Finalement, l’Argentine avait accepté, en 2016, de régler les 4,6 milliards de dollars, mais avait contracté dans la foulée plus de 142 milliards de dollars de dette en deux ans.

Durant les 18 premiers mois de sa présidence, les taux d’intérêt élevés des obligations argentines ont ranimé l’économie. Le problème, d’après l’économiste Delfina Rossi citée par Libération, c’est que ces capitaux purement spéculatifs «sans contrôle, sont repartis aussi rapidement qu’ils étaient venus une fois leur rente touchée, encourageant la fuite de capitaux et mettant une très forte pression sur le peso».

Austérité imposée

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2015, le gouvernement Macri a réduit de 6 à 3,9 % du PIB le déficit budgétaire. Car l’argent prêté par le FMI est assorti de mesures d’austérité. Le gouvernement s’est ainsi engagé à encore réduire le déficit, avec un objectif de 2,7 % en 2018 et 1,3 % en 2019.

La semaine dernière, une augmentation d’au moins 30 % du prix des transports publics, la hausse des tarifs de gaz et d’électricité et celle du prix de l’essence ont été un nouveau coup dur pour les citoyens qui survivent parfois grâce au troc.

Les restrictions budgétaires se font sentir également dans l’administration publique et dans le secteur privé. Des entreprises ferment, les financements publics diminuent dans tous les domaines et nombre de grands travaux prévus par les autorités sont reportés.

Jeudi, à Wall Street, les actions argentines ont chuté de 10 % en moyenne et le géant américain de la grande distribution Walmart a annoncé la vente d’une dizaine d’hypermarchés en Argentine.

Mercredi, Mauricio Macri avait essuyé un camouflet à Buenos Aires. Il était intervenu publiquement pour annoncer que l’Argentine demandait au FMI d’accélérer le versement de la deuxième tranche du prêt. Mais les marchés ont réagi négativement.

«Le dollar est la monnaie de réserve par excellence, utilisée par les Argentins pour préserver à long terme la valeur de leur épargne. La demande croît en période d’incertitudes et elle diminue par temps calme. C’est dû à la mauvaise expérience de ceux qui ont vu fondre leur épargne en pesos», notamment au cours de la crise économique de 2001, explique en outre Victor Beker, le directeur du Centre d’études de la nouvelle économie (CENE).

La Confederación General del Trabajo de la República Argentina (CGT), la principale centrale syndicale du pays, a appelé à une grève nationale de 24 heures le 25 septembre.

D’après Radio Canada

«Je suis prêt à voir Trump à l’ONU» : entretien exclusif avec Daniel Ortega signé France 24

Daniel Ortega, président du Nicaragua, a accordé un entretien exclusif à France 24, alors que son pays traverse une crise profonde depuis cinq mois. Le chef de l’État nicaraguayen nie avoir orchestré une répression meurtrière des manifestations et refuse les appels à des élections anticipées. Il dénonce à nouveau le rôle des États-Unis, mais se dit toutefois prêt à rencontrer prochainement le président américain, Donald Trump.

Photo : France 24

Dans un entretien exclusif accordé à France 24 à Managua, le président du Nicaragua, Daniel Ortega, nie avoir orchestré une répression meurtrière du mouvement de protestation qui secoue son pays depuis le 18 avril. En cinq mois, plus de 320 personnes ont été tuées dans les violences, selon les organisations de défense des droits de l’Homme. Le gouvernement nicaraguayen fait, lui, état de 198 morts.

Interrogé par Marc Perelman sur le récent rapport, accablant, du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU sur les violations des droits humains survenues au cours des manifestations entre le 18 avril et le 18 août, le président Ortega déplore «une infamie». Le rapport de l’ONU fait notamment état d’«exécutions extrajudiciaires», de «disparitions forcées» ou encore de «torture et mauvais traitements». Le président Ortega dénonce un «rapport politique» et affirme que l’organisme onusien est aux ordres de Washington. Il nie farouchement que la police ou des paramilitaires pro-gouvernementaux aient commis des crimes, ajoutant qu’aucun policier ne fait l’objet d’une enquête.

Le président du Nicaragua accuse par ailleurs les États-Unis d’avoir fomenté un «coup d’État» contre lui. Il affirme que la CIA a entraîné et financé des «groupes militaires» pour tenter de le renverser et ajoute qu’il n’exclut pas une intervention militaire américaine pour y parvenir. «Venant des États-Unis, on peut s’attendre à tout !», affirme-t-il.

«Respect des institutions»

Alors que des milliers de personnes ont à nouveau manifesté dimanche 9 septembre à Managua, la capitale, pour exiger la libération des «prisonniers politiques» et le départ du président Ortega, au pouvoir depuis 2007, le chef de l’État assure que la situation est normalisée. Il précise être en discussion avec l’ONU et des pays européens, comme l’Allemagne et l’Espagne, pour relancer un dialogue, qui est au point mort. L’ancien guérillero attaque au passage l’Église catholique nicaraguayenne, qui s’était posée en médiatrice, d’avoir pris le parti de l’opposition, l’accusant vivement d’être, elle aussi, aux ordres de Washington.

Le président Ortega, qui a déjà dirigé le Nicaragua entre 1979 et 1990, refuse les appels à organiser des élections anticipées avant la fin de son mandat en 2021 – principale demande des opposants – et n’exclut pas de briguer un nouveau mandat. «Des élections anticipées seraient graves pour le Nicaragua», affirme le chef de l’État, qui appelle à «défendre le respect des institutions».

Enfin, l’ancien guérillero annonce que pour la première fois depuis des années, il a l’intention de se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, qui s’ouvre le 25 septembre, et se déclare prêt à y rencontrer le président américain Donald Trump. «Je pense que le principe de l’échange, du dialogue, entre une puissance comme les États-Unis et le Nicaragua, et plus généralement, toute l’Amérique latine, est nécessaire et incontournable», affirme Daniel Ortega. L’Assemblée générale de l’ONU «pourrait être une occasion», conclut-il.

D’après France 24
Par Marc PERELMAN

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