Archives quotidiennes :

10 mai 2018

«Aucune pierre ne brise la nuit», regards croisés sur l’Argentine post-dictatoriale

Ce nouveau roman de Frédéric Couderc (écrivain invité à Bellas Francesas au printemps 2017, puis à Belles Latinas à l’automne de la même année), par le biais d’une fiction très originale et parfaitement maîtrisée, nous transporte en France et en Argentine dans les années 1998, soit une vingtaine d’années après les horreurs de la dictature. Le tableau exposé au Havre d’un Français vivant en Argentine, un Argentin exilé et une Française femme de diplomate le contemplant en même temps, rencontre improbable et décisive, voilà le point de départ d’une formidable quête autour des disparus et d’une plongée dans les eaux sombres de cette terrible dictature des années soixante-dix.

Photo : Heloise D’Ormesson

Tout commence donc avec un tableau assez médiocre, représentant le port de Buenos Aires, ses grues et six dockers, assorti d’un mystérieux commentaire. Le peintre est un Français, Ferdinand Constant, qui vit depuis les années soixante en Argentine. Nous découvrirons peu à peu le passé de cet homme et des six dockers qui ne sont pas anodins, ses liens avec Gabriel, l’exilé qui regarde la peinture, la reconnaît et replonge dans son douloureux passé : l’arrestation et la perte, en 1977, de sa compagne, la fille de ce Constant complice des militaires depuis l’Algérie et l’OAS.

Face à Gabriel, Ariane qui a vécu également en Argentine en 1977, expatriée, femme de diplomate, dans sa bulle de privilégiée. Tous deux se revoient à Paris : coup de foudre et coup de théâtre pour chacun. Ariane découvre que sa fille, Clara, adoptée à Buenos Aires est en fait une enfant volée par les militaires auxquels son mari l’a achetée. Gabriel de son côté apprend que sa compagne Véro a été exécutée dans un vol de la mort après son accouchement en prison et que le bébé a, bien sûr, disparu. Gabriel ignorait tout de cette grossesse.

À partir de là, l’intrigue se resserre, se complexifie, chacun doit assumer des choix, prendre des décisions douloureuses. Et nous, lecteurs, sommes emportés dans un tourbillon étourdissant de péripéties, d’informations, de suspense angoissant. Certaines scènes sont dignes d’un thriller palpitant, car il faut ajouter à la double enquête d’Ariane et de Gabriel, la vengeance de Constant, père de Véro, qui se sent trahi par ses anciens camarades d’une bien sale période. Il est resté un tueur sans scrupule et ira jusqu’au bout de sa vendetta haineuse.

Sur un ton très juste, l’auteur analyse également les états d’âme de ses héros : tous les scrupules d’Ariane, sa peur de perdre sa fille et de bouleverser son avenir, d’être elle-même accusée de vol d’enfant.  Il met en valeur son courage et sa détermination à aller jusqu’au bout, en faisant voler en morceaux sa vie confortable et en affrontant l’inconnu. Il nous livre aussi la souffrance de Gabriel, ses doutes sur la force du pardon, sur la capacité de la justice à réparer les tragédies. Certains passages sont rendus véritablement poignants par l’écriture sobre, précise et pleine d’émotion de Frédéric Couderc.

Reste la belle histoire d’amour au milieu de ces fantômes, ce formidable coup de foudre qui régénère Ariane et Gabriel malgré leurs différences et leur passé aux antipodes et qui leur donne la force d’affronter la réalité. Et derrière le récit, les péripéties, les coups de théâtre, le lecteur découvre l’Histoire, comment des militaires français ont appris la torture à des militaires argentins envoyés en stage en Algérie, puis comment ils se sont réfugiés là-bas quand, ex-OAS, ils sont devenus des parias, et comment ils ont continué à «aider».

L’auteur nous dévoile aussi les pratiques des militaires, le mode d’emploi inhumain pour voler les bébés des prisonnières et les revendre ; nous suivons dans un chapitre bouleversant tout le martyre de Véro depuis son arrestation jusqu’à sa mort. Le ton est si juste qu’on en a les larmes aux yeux. Mais, lueur d’espoir vingt ans plus tard, il y a aussi la description de l’organisation sans faille des grands-mères de la place de Mai, leur travail de fourmis pour retrouver ces bébés volés. L’auteur pose aussi les problèmes soulevés par la révélation d’une nouvelle identité pour ces jeunes confrontés à un passé qu’ils ne soupçonnaient pas et à l’amour qu’ils portent à leurs parents adoptifs. Il y a enfin la description fabuleuse de la ville de Buenos Aires, les rues, les décors, les ambiances, les traces du passé et les blessures occasionnées par le passage de la dictature qui a fait beaucoup de dégâts. On marche dans les pas d’Ariane et de Gabriel en partageant les sensations exactes qu’ils nous livrent.

Voilà donc un formidable récit foisonnant où s’entremêlent une belle passion amoureuse, des personnages très attachants, des dialogues et des introspections tout à fait justes, des scènes de reconstitution du passé très fortes et des renseignements précieux sur la dictature et ses conséquences actuelles. S’y ajoute une réflexion philosophique sur le pardon, la foi en la justice et la compassion qui redonne un peu d’optimisme. N’oublions pas de souligner l’angle d’attaque très original et inédit jusqu’alors pour aborder ce thème douloureux de la dictature.Vraiment, c’est un excellent roman à découvrir au plus vite !

Louise LAURENT

Aucune pierre ne brise la nuit de Frédéric Couderc, éd. Héloise d’Ormesson, 320 p., 19 euros.

«No dormirás», le nouveau thriller haletant de l’Uruguayen Gustavo Hernández

Réalisé par Gustavo Hernández, No dormirás sortira en salle le 16 mai 2018. Avec Belén Rueda dans le rôle principal, No dormirás s’inscrit dans la lignée des thrillers hispaniques et joue avec succès sur le stress et l’angoisse du spectateur, avec un naturel qui défie tout entendement.

Photo : Allocine

1984. Dans un hôpital psychiatrique abandonné, une compagnie théâtrale dirigée d’une main de maître par Alma, expérimente une technique extrême de jeu. En privant ses comédiens de sommeil, Alma prétend les préparer à donner le meilleur d’eux-mêmes. Au fur et à mesure des jours d’insomnie, les acteurs ressentent des choses de plus en plus étranges…

Le réalisateur uruguayen insomniaque s’est mis à penser à cette histoire entre manque de sommeil, hallucinations et délires. Il explique : «Évidemment je n’aime pas les expériences extrêmes qui ont un impact trop violent sur les acteurs et les spectateurs. En revanche, je crois au risque que prend l’artiste pour le bien de sa création. Le public cherche aussi de nouvelles expériences qui le surprennent, qui le touchent et comme le dit Alma Böhm — interprétée par la comédienne espagnole Belén Rueda remarquée dans L’orphelinat et Mar adentro — : c’est comme au cirque. Nous allons au cirque pour voir le funambule. Il ne doit pas mourir, mais s’il a un filet, on voudra se faire rembourser. Il doit tout risquer. Et s’il tombe, on ne détournera pas les yeux.» Le premier film de Gustavo Hernández, La casa muda, film d’épouvante de 78 minutes tourné en un seul plan, avait été présenté à la Quinzaine des réalisateurs de Cannes.

Il y a cependant une chose que ne remarqueront pas ceux qui iront voir le film pour son aspect fantastique, c’est qu’il se situe en 1984, en pleine dictature uruguayenne et que beaucoup de personnes ont été internées dans des hôpitaux psychiatriques pendant cette période. Malheureusement, cet aspect historique n’est pas assez mis en avant dans ce film.

Forte participation des Latinos à la Quinzaine des réalisateurs du festival de Cannes

Le Festival de Cannes commence mardi 8 mai. Everybody Knows (Todos Lo Saben) d’Asghar Farhadi ouvrira la Compétition. Tourné en espagnol et interprété par Penelope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darín, le film sort en salle le même jour. Il a rajouté un film à la sélection Un Certain Regard : il s’agit de Muere, monstruo, muere (meurs, monstre, meurs) de l’Argentin Alejandro Fadel : drame suite à la découverte de trois femmes dans la neige. On lui doit Salvajes, présenté à la Semaine de la critique en 2013. Par ailleurs et j’avais oublié l’hommage au cinéaste brésilien Carlos Diegues avec film  Le grand cirque mystique (d’après un spectacle créé par Chico Buarque et Edu Lobo en 1983). Nous vous tiendrons au courant de la réception des films latinos.

Alain LIATARD

Nous vous invitons à consulter l’article du Monde intitulé «Cannes 2018 : une Quinzaine des réalisateurs très sud-américaine».

«El rectángulo en la mano» de Sergio Larraín vient de paraître aux éditions Xavier Barral

Sergio Larraín (1931-2012) est une figure emblématique de la photographie. À partir des années soixante, il parcourt le monde pour l’agence Magnum, puis s’éloigne de l’agitation pour vivre isolé dans la campagne chilienne où il dessine, écrit et médite. El rectángulo en la mano, son tout premier livre, est aujourd’hui réédité en fac-similé sous la forme d’un objet singulier.

Photo : Sergio Larrain – éd. Xavier Barrel

Paru en 1963, El rectángulo en la mano est la toute première publication de Sergio Larraín, et deviendra rapidement l’ouvrage de référence de la photographie chilienne et sud-américaine. Publié dans la collection Cadernos Brasileiros, grâce au poète et attaché culturel brésilien Thiago de Mello, le photographe expose avec subtilité, en 44 pages, sa vision de la photographie. Pour la première fois, Sergio Larraín réfléchit à son travail d’un point de vue théorique.

«C’est en moi-même que je cherche les photographies quand, l’appareil à la main, je jette un œil au dehors. Je peux matérialiser ce monde de fantômes lorsque je rencontre quelque chose qui résonne en moi. La réalité visible est le fondement du processus photographique, et le jeu consistant à organiser un rectangle : la géométrie. Le rectangle dans la main – l’appareil photo –, c’est ce que je cherche. La photographie : ce qui est donné par la géométrie, le sujet.» Cette définition, conçue comme un syllogisme et à laquelle se mêle un avant-goût de haïku, traduit l’esprit qui l’animait alors, et qu’il reprendra plus tard dans ses livres de réflexion philosophique. Rééditée en un fac-similé fidèle à l’édition originale, cette version d’El rectángulo en la mano, proposée sous coffret accompagné d’un texte critique d’Agnès Sire, est un hommage à l’ouvrage emblématique du photographe chilien.

En savoir plus sur Sergio Larraín

Né en 1931, le jeune Sergio Larraín grandit au Chili dans une famille de notables éclairés. Très vite, il cherche à s’éloigner de son milieu familial et part étudier à Berkeley, aux États-Unis. D’abord intéressé par les questions écologiques, il va très vite s’orienter vers la photographie. Dès ses débuts, il photographie librement dans les rues avec son Leica qu’il n’hésite pas à poser au sol, offrant des points de vue inédits et des compositions audacieuses. Très impressionné par Henri Cartier-Bresson, son œuvre et sa liberté, il lui présente son travail sur «los abandonados» (les enfants abandonnés des rues de Santiago) lors d’un voyage en Europe. C’est ainsi qu’il se voit proposer de rejoindre l’agence Magnum en 1960. Sergio Larraín commence alors une carrière de photographe international, réalisant des reportages pour de nombreux journaux, et connaît un succès foudroyant. Son travail rentre également dans les collections du MoMA à New York. Méfiant à l’égard du monde de la presse, il cesse peu à peu de collaborer avec elle pour s’intéresser davantage aux pratiques de la méditation tout en restant actif au Chili. Dans les années quatre-vingt, il décide finalement de vivre retiré à la campagne pour pratiquer yoga, méditation et dessin jusqu’à la fin de ses jours, sa pratique photographique se limitant à quelques poèmes en image appelés satoris. El rectángulo en la mano est le troisième livre de Sergio Larrain publié par les Éditions Xavier Barral, après Sergio Larrain (2013) et Valparaiso (2016). Ses archives sont représentées par Magnum Photos.

D’après les Éditions Xavier Barral

Coopération États-Unis – Amérique latine : la Chine de plus en plus proche

Le 2 mai dernier, Pékin et Saint-Domingue ont annoncé la mise en place d’un accord exclusif de coopération et de reconnaissance mutuelle. Exit Taipeh, qui perd petit à petit le dernier carré de pays avec lesquels elle entretenait des relations diplomatiques privilégiées. Restent fidèles à la Chine nationaliste, le Guatemala, le Honduras, Haïti, le Nicaragua, le Paraguay, et le Salvador. En 2017 en effet, Panama avait franchi le pas après le Costa-Rica qui avait signé en 2011 un accord de libre échange avec la Chine communiste, prolongeant la reconnaissance officielle de 2007.

Photo : Chine Magazine

Mais derrière Taiwan relégué au rang de région économique de la Chine continentale au même titre que Macao ou Hong Kong, ce sont les États-Unis qui perdent influence et rayonnement commercial. Certes, Taipeh n’est plus le partenaire chinois privilégié par Washington, mais reste malgré tout un point d’appui protégé. Intervenant après bien d’autres, le choix diplomatique de la République dominicaine est révélateur d’un changement d’époque.

Deuxième puissance économique du monde, la Chine a développé sa présence internationale y compris en Amérique latine. Ses présidents successifs ont «ouvert le bal» au tournant du millénaire. Ils ont été suivis assez vite par les ministres du gouvernement central, puis par diverses autorités locales, et enfin par des acteurs économiques, privés comme publics. Dès 2010, un accord de libre échange avait été négocié et signé avec le Pérou.

La Chine a très vite cherché à donner une pérennité à ces échanges humains. Un livre blanc a été publié en 2008. La Chine a consolidé ses rapports avec le Brésil via une appartenance commune au groupe BRIC. La destitution douteuse de la présidente Dilma Rousseff n’a rien changé, du point de vue de la Chine, aux rapports bilatéraux. Michel Temer, chef d’État intérimaire du Brésil a été invité au Sommet BRIC de Shanghaï. Un réseau de consultance et de recherche en espagnol, REDCAEM, a été mis en place en 2015[1]. La CEPAL, Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, a organisé à Santiago du Chili une première conférence internationale Chine/Amérique latine en 2015. À peine constituée, la CELAC, Communauté d’États latino-américains et caraïbes, a été invitée à Pékin en 2015. Un Forum Chine-Amérique latine (FCC) a été créé. Il s’est réuni au Chili pour la deuxième fois le 23 janvier 2018. Ces différentes rencontres ont été l’occasion de doter le FCC de structures permanentes.

Le repli national effectué par les États-Unis avec Donald Trump a été saisi par Pékin pour bonifier le rapport mutuel. Initiative bien reçue par des dirigeants politiques et des responsables économiques latino-américains déconcertés par le retrait des États-Unis du TPP, (accord de partenariat transpacifique), et la dénonciation de l’ALENA. Rex Tillerson, secrétaire d’État démis par Donald Trump avait lancé l’alerte le 2 février dernier. «Chine et Russie», avait-il déclaré à l’occasion de son unique déplacement en Amérique latine, «constituent une menace commune aux intérêts des pays de l’hémisphère occidental».

Remercié de façon cavalière, il n’a pas été vraiment remplacé, pas plus que la stratégie commune aux Amériques qu’il avait tenté de proposer à son chef. Donald Trump  dénonce la montée en puissance économique et commerciale de la Chine, tout comme celle de l’Europe et de l’Amérique latine. Cette offensive commerciale tous azimuts, sans mode d’emploi réaliste, ouvre la voie à toutes sortes de rapprochements entre la Chine, toujours signalée par les États-Unis comme adversaire principal, et une Amérique latine en quête de nouveaux équilibres.

Le choix de Pékin, assumé sans complexe par la République dominicaine, pourrait en annoncer d’autres. Le Chili a adhéré en 2017 à la banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), créée par Pékin en 2015. L’Uruguay est en négociations depuis plusieurs semaines avec la Chine. La Chine a actualisé le livre blanc de ses relations avec l’Amérique latine, le 25 novembre 2016.  Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a signalé publiquement qu’il négociait un accord de libre échange avec Montevideo le 26 janvier 2018. 2018 devrait voir se multiplier les occasions de rencontres entre décideurs, consultants et universitaires.

Révélateur d’une montée en puissance bilatérale, les liaisons aériennes ont été densifiées. Le 7 avril 2018, Air China a inauguré une liaison directe Panama/Pékin. Celle-ci complète les vols Pékin/São Paulo, via Madrid ; Pékin/La Havane via Montréal ; et les offres concernant le Mexique proposées par les compagnies China Southern Airlines et Hainan Airlines.

De fait, en 2017, la Chine aura été le troisième partenaire commercial de l’Amérique latine. Déjà le premier de l’Argentine, du Brésil, du Chili et de l’Uruguay, le deuxième du Costa-Rica, du Mexique et du Pérou. Les investissements chinois dans la région, toujours en 2017, selon la CEPAL, ont représenté 15% du total. Les trois pays accueillant le plus d’investissements chinois sont, dans l’ordre, le Brésil, le Pérou et l’Argentine. Ces investissements privilégient les secteurs minier, de l’énergie, des télécommunications, des travaux publics. Ces investissements cumulés ont généré la création entre 2001 et 2016 de 254 000 emplois, essentiellement au Brésil, en Équateur et au Mexique. La Chine, enfin, est devenue le banquier de l’Amérique latine. Elle est aujourd’hui son premier créancier, loin devant la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement.

Ce n’est sans doute qu’un début. Les latino-américains sont intéressés par le grand projet de route de la soie, certes euro-asiatique, mais qui pourrait dépoussiérer les souvenirs du galion des Philippines. D’autant plus qu’ils n’attendent rien de particulièrement positif de la part des États-Unis. Situation insolite et même paradoxale qui est celle de voir la coagulation d’une alliance entre une Chine communiste-libérale et celle de pouvoirs latino-américains libéraux-anti bolivariens …

[1] Red China America Latina

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Agenda du 14 au 20 mai : entre projections à Cannes et manifestations autour de Mai 68

Chaque semaine, nous réservons un espace dédié aux événements et invitations. Il suffit de nous envoyer un courrier électronique avec des informations susceptibles d’intéresser nos internautes en indiquant simplement le titre de votre manifestation, le lieu, la date et l’heure, un visuel et un contact. Voici la sélection de la semaine du 14 au 20 mai.

Déposez votre annonce

SAMEDI 12 MAI – 17 H 20 – SUR ARTE

Brésil, le nouveau visage de Pomerode étonante localité de l’État de Santa Catarina sur Arte

À Pomerode, au Brésil, la polka et la Currywurst sont à l’honneur. Cette étonnante localité de l’État de Santa Catarina compte en effet plus de 70 % de descendants des colons allemands, venus de Poméranie au XIXe siècle. Tous les ans, au cours d’une fête locale qui attire près de 80 000 visiteurs, Pomerode prend des airs d’Oktoberfest : on sort les costumes traditionnels, et la bière, brassée selon la tradition allemande, coule à flots. Visite de Pomerode, dans le sillage d’un guide touristique passionné par l’histoire de sa ville, du fondateur de la chocolaterie la plus réputée du pays ou de la reine du Streusel aux pommes. Plus d’infos

MERCREDI 16 MAI – 19 H– PARIS

Invité spécial à la Tribune des fictions à la Maison de l’Amérique latine de Paris : l’écrivain mexicain David Toscana

Une rencontre bimestrielle consacrée à l’actualité éditoriale et aux nouvelles voix de la littérature de fiction d’Amérique latine, animée par Patrick Straumann. Rodrigo Blanco Calderón pour le livre Les derniers jours du Commandant (Patria o Muerte) de Alberto Barrera Tyszka ; traduit de l’espagnol (Venezuela) par Roberto Amutio, Gallimard.  David Toscana pour son livre Evangelia traduit de l’espagnol (Mexique) par Inés Introcaso. Egalement au programme : L’Ange du Patriarche de Kettly Mars, Mercure de France Ni partir ni rester de Julián Fuks traduit du brésilien par Marine Duval, Grasset…. Plus d’infos

MERCREDI 16 MAI – 19 H– PARIS

Résister, hier et aujourd’hui… et les événements de Mai 68 par le Collectif pour la Mémoire

Les événements de mai 68 ont profondément influencé notre société. Que reste-t-il des idéaux des jeunes qui, sur les barricades improvisées de la rue Gay-Lussac et près de la Sorbonne, scandaient : L’imagination au pouvoir !, Prenez vos désirs pour des réalités !, Soyons réalistes, demandons l’impossible ! Mais, qu’en est-il advenu de cet idéal tant promu par cette jeunesse ? Quel héritage a-elle- transmis aux jeunes générations ? Quels progrès pour la société cette révolution sociale a-t-elle accouché ? Alicia Bonet-Krueger, Collectif Argentin pour la Mémoire Stéphane Gaulier, directeur du Patronage laïque Jules Vallès. Plus d’infos

À SOULIGNER

Interview de l’écrivain colombien Juan Gabriel Vásquez dans le journal La Croix, les mots et les maux

Depuis ses premiers pas en littérature il y a plus de quinze ans, le grand auteur colombien Juan Gabriel Vásquez ne cesse de se pencher sur les fantômes d’un passé omniprésent. Ne pas croire aux fantômes, en Colombie, exige une certaine maîtrise de soi. Les défunts ne se font en effet pas prier pour se manifester : au coin d’une rue, où une plaque commémore le sang versé par un martyr, victime des passions politiques… Plus d’infos

SUR LE NICARAGUA

Le journal Libération publie une tribune sur le Nicaragua, par Maya Collombon de Sciences Po Lyon

La répression du mouvement social se durcit toujours plus depuis le 19 avril, avec des dizaines de morts, des disparitions et des cas de torture. Aujourd’hui, c’est le régime autoritaire de Daniel Ortega qui est contesté. Maya Collombon, maître de conférences à Sciences Po à Lyon, publie une tribune dans le journal Libération du 6 mai dernier, en ligne depuis. Plus d’infos

APPEL INTERNATIONAL

Amnesty International demande à Mauricio Macri de relever des défis dans le domaine des droits humains

L’Argentine étant placée sur le devant de la scène internationale puisqu’elle assume la présidence du G20 cette année, son gouvernement doit s’engager à apporter des réponses aux défis en matière de droits humains et jouer un rôle de premier plan afin de résoudre d’autres questions régionales et internationales majeures, a déclaré Amnesty International lors de la visite de son secrétaire général dans le pays. Plus d’infos

«Raconte-moi la fin», péril jeune aux frontières, un essai à couper le souffle de Valeria Luiselli

Dans un essai coup-de-poing, Valeria Luiselli retrace le parcours de migrants mineurs venus d’Amérique centrale et du Mexique pour entrer aux États-Unis. À travers cette crise migratoire, elle évoque le quotidien de ces jeunes latinos-américains, qui sont nombreux à vouloir se rendre aux États-Unis, dans des conditions misérables et qui, bien souvent, sont renvoyés très vite dans leur pays ou contraints de vivre en situation d’irrégularité.

Photo : Diego Berruecos pour les éd. de l’Olivier

En juillet 2014, les États-Unis connaissent un afflux de migrants mineurs. Ils viennent du Mexique ou, via le Mexique, d’un pays d’Amérique centrale (Honduras, Salvador, Guatemala) dont ils fuient la violence des gangs. Sans leurs parents, ils tentent de rejoindre quelqu’un de leur famille ou des amis de celle-ci. Pour répondre à la «crise migratoire» de ces jeunes demandeurs d’asile, Barack Obama instaure le traitement prioritaire de leurs dossiers. Cadeau empoisonné ! Car au lieu de disposer de plusieurs mois pour trouver un avocat, les associations qui aident ces enfants doivent le faire en vingt et un jours. C’est trop peu, si bien que les expulsions s’accélèrent.

Au même moment, l’écrivaine Valeria Luiselli, née en 1983 au Mexique et habitant New York, commence avec mari et enfants un road-trip estival à l’ouest des États-Unis. Ils attendent une carte verte : la loi exige de ne pas quitter le pays tant que la réponse et le sésame ne sont pas arrivés. En voiture, le couple raconte des histoires aux enfants, admire le paysage et entend à la radio les reportages sur les migrants mineurs.

Dans ces circonstances, qui mettent en évidence autant de décalages que de parallèles, Valeria Luiselli décide de servir d’interprète aux mineurs auprès du tribunal de l’immigration, situé dans le sud de Manhattan. Raconte-moi la fin cumule les effets de miroir : l’auteure se promène librement près de la frontière où les enfants sont arrêtés, dans l’Arizona – elle connaît très bien l’un des pays qu’ils fuient. Publiée, traduite, elle est reconnue pour son travail. Enfin, alors que ces enfants risquent l’expulsion, elle doit au contraire rester dans ce pays pour obtenir la green card.

Bref et sec, Raconte-moi la fin se lit d’une traite. Il nous emmène dans les salles d’entretien du tribunal de l’immigration où les tables sont en acajou ; il cite quelques-unes des quarante questions posées à ces enfants, notamment «Êtes-vous heureux ici ?» Valeria Luiselli raconte au lecteur et à sa fille de 5 ans les itinéraires des candidats à l’asile. Ce sont déjà des destins. L’écrivaine ne partage sûrement pas tout avec sa fille. Ceci, par exemple, elle doit le taire : «Ce qui arrive aux enfants durant leur traversée au Mexique est toujours pire que ce qui arrive n’importe où ailleurs.» Pour cause : 80 % des femmes et des filles qui s’y aventurent sont violées, si bien que «la plupart d’entre elles prennent des préservatifs à titre préventif au départ de leur périple vers le nord».

Quelques migrants n’ont que 5 ans. C’est à l’interprète qu’il revient de rendre fluide le résultat de l’interrogatoire, et l’exercice est ardu quand la récolte est la suivante : «Où as-tu passé la frontière ? – Je sais pas. – Texas ? Arizona ? – Oui ! Texas Arizona.» Il s’agit d’une petite fille de 5 ans et de sa sœur qui en a 7, élevées par leur grand-mère. Elles arrivent du Guatemala pour rejoindre leur mère qui a suffisamment économisé pour les accueillir. Un «coyote» les a guidées jusqu’à la frontière et le numéro de téléphone de leur mère est cousu dans le col de leurs robes.

Virginie BLOCH-LAINÉ
D’après Libération

Valeria Luiselli, Raconte-moi la fin, traduit de l’anglais par Nicolas Richard, L’Olivier, 128 p., 14,50 €.

Ivan Duque, candidat du «Centro democrático» en tête des sondages pour les présidentielles

Le 27 mai prochain auront lieu les élections présidentielles en Colombie. Il semble que la droite ait pour l’instant un avantage assez large pour remporter ces élections. C’est ce que montre le dernier sondage publié le 3 mai dernier par la société colombienne Centro Nacional de Consultoría (CNC).

Photo : France24 TV

C’est le candidat Ivan Duque, leader du Centro Democrático, qui arrive en tête du sondage avec 38% des voix. En deuxième position, Gustavo Petro, de Colombia Humana (25%), suivi par Sergio Fajardo, de la Coalición Colombia (17%). Très loin derrière les trois premières positions arrive Germán Vargas Lleras de Mejor Vargas Llera (7%) et Humberto de la Calle, du Partido Liberal (4%).

Il faudra normalement procéder à un deuxième tour : c’est ainsi que fonctionne le système électoral colombien où il faut au moins 50% de voix pour être élu président. Certains ne sont pas contents de ces sondages ; c’est le cas du leader de gauche Gustavo Petro. Pour lui, il s’agit d’un essai de manipulation ayant pour but de favoriser celui qui arrive en tête de ce sondage. D’après El Espectador, cette affirmation serait fondée. En effet, selon ce journal, les gens qui n’ont pas encore décidé pour qui voter soutiendraient celui qui arrive en tête des sondages.

Ce sondage a recueilli par ailleurs la tendance des voix pour Viviane Morales, de Somos. Mais la veille de la publication du sondage, la candidate a renoncé à se présenter aux élections présidentielles du 27 mai. Il semblerait que Viviane Morales se soit rapprochée d’Ivan Duque pour lui proposer son soutien. Voici un exemple de l’un des enjeux les plus importants chez les candidats aux élections, étant donné qu’il n’y a que deux candidats qui peuvent passer au second tour. En toute logique, les candidats doivent donc réfléchir en terme d’accords et de soutiens politiques et ce dès le lendemain du premier tour des élections présidentielles.

Comment se passe la campagne électorale en Colombie ? Rien n’est facile en Colombie. L’ambiance est loin d’être tranquille. Même si les différents candidats s’étaient mis d’accord pour maintenir le calme, différents incidents se sont produits. Par exemple, ce qui s’est passé dans le débat prévu dans la salle de théâtre Los Fundadores à Manizales. L’acte a du être annulé pour des raisons de sécurité à cause des tumultes à l’extérieur de la salle. Humberto de la Calle a accusé Gustavo Petro de rendre l’ambiance hostile avec ses déclarations sur les candidats de droite.

Un autre enjeu assez important en Colombie, et qui joue un rôle essentiel au moment des élections, est celui de la violence. Outre les FARC, il y a toujours d’autres groupes guérilleros qui continuent à mener leurs opérations. De plus, il existe toujours parmi les FARC des dissidents menant des actions criminelles, comme l’a montré l’assassinat récent de journalistes à  la frontière entre l’Équateur et la Colombie (cf l’article de cette semaine à ce sujet). Les auteurs, des ex-FARC, ont agi dans un territoire où opéraient traditionnellement les FARC.

D’autre part, certaines actions menées par le gouvernement ne favorisent pas une bonne évolution du conflit. Par exemple, comme nous l’avions évoqué dans notre Newsletter du 30 mars dernier, avec l’incarcération d’un des négociateurs des FARC, Jesús Santrech, qui serait compromis dans le trafic de stupéfiants. L’un des enjeux de ces élections sera donc, pour le futur président, de définir une position claire en ce qui concerne les termes du processus de paix avec les FARC.

Nombre de sujets controversés sont placés au coeur du débat entre les candidats à la présidence colombienne. Par exemple, la corruption politique et les politiques d’agriculture. Ces deux sujets semblent très liés au trafic de drogue, dans un pays avec des niveaux élevés de production de cocaïne. Il semble que les paysans ne disposent pas de beaucoup d’alternatives à la culture de cette drogue. Dans El Espectador, Petro déclare son intention de mener à bien une réforme de l’agriculture qui consisterait en l’achat de terrains aux propriétaires et leur distribution aux paysans. Ainsi, l’on pourrait lutter contre le modèle économique lié à la culture de la drogue. Pourtant, nombreux sont ceux qui se méfient de Petro, souvent considéré comme un populiste et dangereux pour le pays.

Mario PÉREZ MORALES

Frontière Colombie – Équateur : un chemin vers la paix semé d’embûches

La situation très tendue des derniers mois dans la zone frontalière entre l’Équateur et la Colombie met à mal les efforts de paix dans la région. Les enlèvements, les assassinats et la violence sur fond de trafic de drogue préoccupent au plus haut point les deux États.

Photo : El Comercio Equateur

Walter Artizala, alias «El Guacho» refuse encore de rendre aux familles les corps des trois otages équatoriens tués en avril dernier, 20 jours après les avoir lâchement exécutés. El Guacho, leader du Front Oliver Sinisterra (FOS), groupe dissident de la guérilla des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), avait revendiqué l’enlèvement et le meurtre du reporter Javier Ortega, 32 ans, du photographe Paul Rivas, 45 ans, et leur chauffeur Efrain Segarra, 60 ans. Les deux journalistes et le chauffeur réalisaient un reportage à la frontière pour le quotidien équatorien El Comercio. Cette tragédie horrifie l’Équateur depuis un mois, d’autant plus que le sinistre El Guacho retient encore deux autres ressortissants équatoriens qu’il menace d’exécuter si la Colombie et l’Équateur ne cessent pas les offensives militaires à son encontre. Il réclame également la libération de ses hommes emprisonnés en Équateur.

Cette recrudescence de la violence à la frontière avec l’Équateur vient ternir les espoirs de paix en Colombie et dans la région. Le président colombien Juan Manuel Santos, prix Nobel de la paix en 2016, avait conclu il y a deux ans les premiers accords de paix visant à mettre fin à un demi-siècle de conflit armé entre le gouvernement et la guérilla armée des FARC. Ce conflit qui a opposé guérillas, paramilitaires et agents de l’État, a provoqué au total huit millions de victimes, morts, disparus et déplacés. Malgré le dépôt d’armes des FARC, certains groupes ont refusé les accords de paix et ont basculé dans la criminalité. C’est le cas du FOS qui contrôle la région frontalière près du fleuve Mira, fleuve frontalier qui traverse la région andine puis la forêt au milieu de 7 000 hectares de plantations de coca et où serait caché actuellement El Guacho. Ces «Bacrim» (bandes criminelles) ont ainsi abandonné leurs revendications politiques pour se lancer dans les affaires avec les cartels mexicains de la cocaïne.

Le gouvernement colombien semblait pourtant sur la bonne voie ces derniers mois avec les pourparlers de paix négociés avec la guérilla de l’ELN (Armée de Libération Nationale), dernière guérilla en activité en Colombie avec 1 500 combattants. Une trêve avait pour la première fois été observée entre octobre et janvier dernier. Mais la recrudescence des affrontements depuis le début de l’année a détérioré la situation, avec des attentats visant l’armée et la police, des enlèvements et les récents assassinats des journalistes équatoriens qui éloignent la perspective d’une paix durable dans la région.

L’embrasement de la situation a des répercussions politiques directes sur le voisin équatorien, victime collatérale du conflit colombien. Le président Lenin Moreno a annoncé le 18 avril que son pays renonçait à être le siège des pourparlers avec l’ELN, qu’il organisait depuis 2017. La mort tragique des journalistes équatoriens et la menace sur les deux otages encore prisonniers ont contraint les ministres de la Défense et de l’Intérieur à démissionner fin avril, vivement critiqués pour leur gestion de la crise et pour leur incapacité à capturer El Guacho. La crise actuelle a pointé du doigt un manque criant de coordination avec la Colombie, laissant un sentiment d’improvisation de la part des politiques. L’abandon de la zone frontalière devenue zone de non-droit depuis 20 ans apparaît comme la défaite des deux États. La crainte de voir le conflit colombien et les guerres entre cartels de drogue s’étendre vers l’Équateur suscite l’inquiétude de la population, qui redoute que le pays sombre dans un cycle de violence comme en Colombie.

Gabriel VALLEJO

«L’invention des corps», le grand roman du XXIe siècle imaginé par Pierre Ducrozet

«Il est vivant. Il a survécu à l’attaque. Il part. Il ne reviendra pas.» Pour échapper à l’horreur d’Iguala où furent massacrés quarante-trois étudiants par la police mexicaine le 26 novembre 2014, Álvaro Beltrán, jeune professeur en informatique, fuit le Mexique pour rejoindre les États-Unis. «Aller n’importe où mais y aller.» Alors Álvaro marche… Pierre Ducrozet, écrivain et traducteur, est l’auteur de trois romans parus chez Grasset : Requiem pour Lola rouge (2010), La vie qu’on voulait (2013) et Eroica (2015). Son dernier roman, L’Invention des corps, publié aux éditions Actes Sud, a reçu le Prix de Flore 2017.

Photo : JF Paga/Grasset

Et si le cerveau de l’Homme était directement connecté à Internet afin d’avoir accès à une quantité phénoménale d’informations ? Et si l’on pouvait éradiquer la mort et atteindre l’immortalité en préservant le cerveau que l’on téléchargerait sur un disque dur ou que l’on mettrait sur le cloud ? Courant de pensée né dans la Silicon Valley à la fin des années quatre-vingt, le transhumanisme vise à utiliser les progrès de la science et de la technologie pour transformer l’être humain et lui permettre de dépasser ses limites biologiques.

C’est dans cette quête du XXIe siècle, formulée avec l’apparition d’Internet, qu’Álvaro Beltrán se retrouve embarqué à son arrivée sur le territoire américain. En Californie, Álvaro rencontre Parker Hayes, un milliardaire de la Silicon Valley qui a fait fortune en investissant dans l’entreprise Facebook ; une fortune qui lui permet d’expérimenter de nouvelles idées. Parker Hayes a créé le «Cube» à San Francisco, un lieu dédié à la lutte contre le vieillissement. Il propose alors à Álvaro, à la recherche d’un poste de programmeur, de devenir le cobaye d’une expérience transhumaniste.

Parker Hayes a un autre «grand» projet : «Il veut construire un nouveau pays. On manque de pays. On s’emmerde dans le nôtre. Il prendrait la forme d’une île artificielle flottant au large de San Francisco, bâtie par ses soins, où l’on pourrait vivre loin de l’État, des lois, des obligations sociales.» Mais ce qu’il redoute le plus, c’est de mourir. Alors il a décidé de s’entourer des plus brillants cerveaux pour travailler sur les cellules souches, qui ont la capacité de régénérer indéfiniment le corps humain, à la recherche de l’immortalité.

Puis Álvaro rencontre Adèle. Adèle Cara, elle, est française et travaille depuis quelques années dans un laboratoire de biologie moléculaire et cellulaire à Strasbourg. Alors qu’elle est de passage à Mexico pour une conférence sur «L’apostose, ou les problématiques de la lutte contre le vieillissement cellulaire», Parker Hayes convoite ses services et parvient à la recruter pour ses compétences en manipulations génétiques. Son cobaye, c’est Álvaro.

Avec L’invention des corps, Pierre Ducrozet propose une réflexion profonde sur le corps humain : celui d’Álvaro, meurtri au Mexique. Un corps en mouvement qui traverse la frontière américaine. Puis un corps cobaye, jeune et robuste, parfait pour mener à bien une expérience transhumaniste. Adèle mène aussi sa propre réflexion sur le corps à travers la question de son désir. Alors que Parker Hayes recherche l’immortalité pour le sien. Il revient également sur la naissance et l’histoire d’Internet dans des chapitres flash-back qui alternent avec différents mouvements autour de la cavale d’Álvaro depuis le Mexique ; des récits qui s’entremêlent pour tisser la toile du monde contemporain.

Car Pierre Ducrozet s’est demandé à quoi pourrait bien ressembler un roman du XXIe siècle. «J’ai imaginé […] un roman sans centre, fait de plis et de passages, de liens, d’hypertextes, qui dédoublerait le mouvement du monde contemporain, en adoptant Internet comme sujet et comme forme.» L’invention des corps en est un exemple frappant dans l’écriture même, semblable à la navigation, notre façon contemporaine de relier les choses entre elles.

Marlène LANDON

L’invention des corps, par Pierre Ducrozet, prix de Flore 2017, aux éditions Actes-Sud, 302 p., 20 €.

Écrivain, romancier, chroniqueur littéraire et traducteur français, Pierre Ducrozet est née à Lyon en 1982. Après sept années passées à Barcelone, il vit actuellement entre Paris et Berlin. En 2010, il publie son premier roman Requiem pour Lola rouge, retenu pour la sélection du Prix de Flore et récompensé par le Prix de la Vocation. S’en suivent deux autres romans La vie qu’on voulait (2013) et Eroica (2015), fiction biographique autour du peintre Jean-Michel Basquiat et finaliste du Prix de Flore, tous trois publiés aux éditions Grasset.

Inscription newsletter

Inscription newsletter

Articles par mois

Articles par catégorie