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Mexique

Un rapport des Nations unies met en évidence une tentative de dissimulation dans l’affaire des 43 étudiants disparus

Un nouveau rapport accablant rendu public par les Nations unies à propos de l’enquête effectuée par le gouvernement mexicain sur la disparition forcée de 43 étudiants en 2014, qui révèle les détentions arbitraires et les actes de torture infligés à des suspects, ainsi que la falsification et la dissimulation d’éléments de preuve, souligne à quel point il est urgent de réformer la manière dont les enquêtes pénales sont menées au Mexique, a déclaré Amnesty International vendredi 16 mars.

Photo : Amnesty International

« Les constatations des Nations unies confirment ce dont les militants et les organisations en faveur des droits humains accusent les autorités mexicaines depuis des années : un recours généralisé à la torture et la manipulation d’éléments de preuve dans le but d’étouffer de très graves violations des droits humains et de garantir l’impunité des responsables », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice pour la région des Amériques à Amnesty International. « Cette enquête entachée d’irrégularités flagrantes, qui porte sur l’un des crimes les plus graves de l’histoire récente du Mexique, illustre l’utilisation abusive de l’appareil judiciaire par les autorités et leur refus de lutter contre les violations des droits humains. »

Le 26 septembre 2014, des policiers ont agressé des étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa dans une ville voisine, Iguala (État de Guerrero, dans le sud du pays). Quarante-trois de ces étudiants ont été soumis à une disparition forcée, tandis que trois autres et trois passants ont été tués. Personne n’a revu les 43 étudiants depuis lors. Des experts internationaux ont réfuté à plusieurs reprises la théorie avancée par le Parquet général du Mexique, selon laquelle des policiers municipaux ont remis les étudiants aux membres d’un gang local de narcotrafiquants, qui les ont tués, ont incinéré les corps dans une décharge située non loin, à Cocula, et ont jeté les cendres dans la rivière San Juan.

Le rapport rendu public jeudi 15 mars par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) montre que l’enquête effectuée par le parquet a donné lieu à de nombreuses violations des droits humains. Figurent parmi celles-ci 34 cas de détention arbitraire et de torture, et la possible exécution extrajudiciaire d’un suspect, Emmanuel Alejandro Blas Patiño, qui aurait été torturé à mort par des membres de la marine mexicaine le 27 octobre 2014. Le HCDH a également révélé que les autorités mexicaines ont porté atteinte aux droits des victimes à la vérité et à la justice, signalant des irrégularités dans la partie de l’enquête effectuée aux abords de la rivière San Juan et le fait que des représentants du parquet ont entravé une enquête interne sur des détentions illégales.

Amnesty International exhorte le Mexique à mettre en œuvre dans les meilleurs délais et de manière efficace les 15 recommandations émises par le HCDH dans son rapport, en particulier celles qui sont en relation avec l’établissement d’un système d’enquête véritablement indépendant, et avec l’éradication des violations des droits humains attribuées aux enquêteurs gouvernementaux. « Le gouvernement mexicain doit immédiatement ouvrir une enquête indépendante et exhaustive se basant sur les conclusions du rapport. Les fonctionnaires soupçonnés d’avoir pris part à des actes de torture ou d’autres violations des droits humains doivent être suspendus le temps que les résultats de l’enquête soient connus. » Le gouvernement mexicain doit immédiatement ouvrir une enquête indépendante et exhaustive se basant sur les conclusions du rapport. Les fonctionnaires soupçonnés d’avoir pris part à des actes de torture ou d’autres violations des droits humains doivent être suspendus le temps que les résultats de l’enquête soient connus.

Amnesty International

L’Accord de libre échange nord-américain, ALENA : reprise des négociations dans la capitale mexicaine

Le Canada, les États-Unis et le Mexique se sont retrouvés dans la capitale mexicaine pour parler de l’Alena. Les négociateurs vont se rencontrer 52 fois entre les 27 février et 5 mars 2018. L’Alena, Accord de libre-échange nord américain, a été signé le 17 décembre 1992 par George Bush, Carlos Salinas de Gortari et Brian Mulroney. Il est entré en vigueur le 1er janvier 1994. Le même jour une guérilla inconnue, bien armée et informatisée, entrait en dissidence violente dans le Chiapas, au sud du Mexique, l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale).

Photo : Radio Canada

Donald Trump a exigé en 2017 une renégociation. Depuis l’été dernier, les experts des trois pays négocient. Sans grands espoirs. Mais sait-on jamais ? Donald Trump a ciblé dans sa campagne électorale le Mexique comme responsable des maux qui perturbent ses concitoyens. Le Mexique empoisonnerait la jeunesse avec ses drogues, le Mexique laisserait passer des migrants va-nu-pieds vers le Nord, dont beaucoup seraient selon le locataire de la Maison Blanche porteurs de maladies, et même terroristes. Le Mexique, enfin, volerait le travail des classes laborieuses des États-Unis.

L’Alena en résumé serait un accord hautement dommageable aux intérêts nord-américains. Donald Trump l’a rappelé le 25 février 2018 devant un aéropage conservateur. L’accord aurait aspiré des milliers d’emplois et généré un commerce extérieur déséquilibrant la balance des échanges. « Notre déficit est de 100 milliards de dollars. Ce qui veut dire que l’Alena n’est pas bon. Il faut donc le renégocier pour restaurer un équilibre, plus favorable aux intérêts des États-Unis », a-t-il déclaré. Et si cela n’est pas possible, le dénoncer. Comme cela a été fait pour le Traité de libre-échange Trans-Pacifique, l’Unesco et le Traité de Paris sur le climat. Canadiens et Mexicains ont bien reçu et compris le message, ou l’injonction. Et depuis six mois, ils s’efforcent de préserver ce qui peut l’être.

Le propos « Trumpien » laisse entendre qu’ Ottawa et Mexico auraient tiré les marrons du feu. L’investissement nord-américain, il est vrai, est monté en puissance. Et avec lui les emplois délocalisés. Le Mexique est ainsi devenu en quelques années un des producteurs d’automobiles les plus importants du monde. Les grands fabricants sont tous là, Chrysler, Ford, Nissan, Toyota, Volkswagen. La construction aéronautique a suivi. L’immobilier a accompagné les flux industriels. Une forêt de tours a fleuri sur le paseo de la Reforma au cœur de la capitale mexicaine et en bien d’autres lieux.

Le Mexique a-t-il fait une bonne affaire ? Les débats sont ouverts. Peu compétitive, son agriculture a souffert. Les paysans ont été poussés à l’émigration vers les États-Unis, faute de pouvoir continuer à vivre dans leurs villages. La croissance économique a été médiocre de 1995 à 2017, autour de 2 % par an. Le marché de l’emploi n’a pu, dans ces conditions, répondre à la demande. La délinquance a explosé. Elle offre en effet travail et argent à beaucoup d’oubliés sociaux. Et avec elle les violences de toutes sortes. Elles n’épargnent désormais plus personne. Ni les journalistes, ni les représentants du clergé, ni les candidats aux élections.

Les États-Unis ayant dénoncé ce qu’ils avaient cautionné, les candidats aux présidentielles mexicaines du 1er juillet prochain sont tous aujourd’hui des « Alenistes ». Et chacun fait ses comptes d’apothicaire sur ce qu’il est possible de lâcher pour préserver l’essentiel. Pourcentages des pièces nord-américaines entrant dans la fabrication de véhicules, mécanismes de solution des controverses, clause « Sunset » – de révision automatique du traité tous les cinq ans -, niveau des salaires et droit du travail, propriété intellectuelle, entraves commerciales – dites « techniques énergie »-, télécommunications, textiles… « Les discussions sont difficiles », a publiquement reconnu Ildefonso Guajardo, Secrétaire d’État (ministre) à l’économie mexicaine. De fait, elles ont été interrompues par le départ inopiné des négociateurs nord-américains de la corbeille pièces automobiles.

Le pire étant dans l’ordre du probable, parallèlement à ces négociations, les différents acteurs se préparent à faire face à l’échec. Les industriels nord-américains de l’automobile se disent prêts à rapatrier leurs emplois et leurs chaînes de montage. Sans attendre, Chrysler-Fiat a déjà annoncé qu’il allait désormais fabriquer ses camionnettes Ram aux États-Unis. Les fabricants Polaris (véhicules tous terrains) et Lear (pièces automobiles) ont signalé des intentions identiques. Mais pour d’autres, la perspective de ce rapatriement d’activités est un cauchemar. Les prix de vente à la consommation augmenteraient. Ce qui affecterait la consommation et la croissance des États-Unis. Les Mexicains de leur côté multiplient les sorties de secours. Ils négocient tous azimuts avec les asiatiques, européens, latino-américains afin d’amortir en amont le choc de la dénonciation de l’Alena par Washington.

Les deux chefs d’État, Enrique Peña Nieto et Donald Trump devaient se rencontrer à l’issue de ce septième cycle de négociations. Pour essayer de « recoller les morceaux ». La rencontre bilatérale programmée initialement le 31 janvier 2017 avait en effet été annulée suite aux tonitruantes déclarations du président des États-Unis sur la construction d’un mur à la frontière sud, payé par le Mexique. Hormis un bref tête à tête à Hambourg en marge du G-20, la perpétuation d’une quasi guerre froide a empêché toute entrevue. Le projet de rencontre prévu en février est tombé à l’eau pour les mêmes raisons qu’en janvier 2017. Dans l’attente, deux des signataires de l’ALENA, George Bush et Carlos Salinas de Gortari ont organisé à Houston, le 27 février 2018, une sorte de commémoration, sur un mode anciens combattants.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Les services de l’immigration mexicain renvoient illégalement des milliers de Centraméricains vers une possible mort

Les services mexicains de l’immigration renvoient régulièrement des milliers de citoyens du Honduras, du Salvador et du Guatemala dans leurs pays, sans prendre en compte les risques pour leur vie et leur sécurité qu’ils encourent à leur retour, et dans de nombreux cas en violation du droit mexicain et international, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport.

S’appuyant sur une étude qui a passé en revue 500 cas de Centraméricains traversant le Mexique, Amnesty International a noté que l’Institut national de la migration (INM) viole systématiquement le principe de « non-refoulement », pilier contraignant du droit international et du droit mexicain, qui interdit le renvoi d’une personne vers le territoire d’un autre État où elle risque de subir des persécutions ou d’autres graves violations des droits humains. Bien souvent, ce manquement grave du gouvernement mexicain peut coûter la vie aux personnes renvoyées vers le pays qu’elles avaient fui, ou mettre en péril leur sécurité. « Ce sont des histoires déchirantes de familles, d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant une violence extrême pour rester en vie. Au lieu de fournir à ces personnes dans le besoin la protection à laquelle elles ont droit, le Mexique leur tourne le dos en toute illégalité », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques à Amnesty International.

Les pays du Triangle du Nord – Guatemala, Salvador et Honduras – sont gangrénés par une violence généralisée, les taux d’homicide étant quatre à huit fois plus élevés que ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère comme des niveaux « épidémiques ». Depuis plusieurs années, les habitants fuient ces pays dans l’espoir d’un avenir économique meilleur, mais aussi pour échapper à des situations où leurs vies sont en danger, dans des nations parmi les plus violentes de la planète. Aux termes du droit international, le Mexique est tenu de fournir à la plupart de ces personnes une protection contre les risques auxquels elles sont exposées dans leurs pays d’origine.

Ces expulsions illégales affectent la vie de simples citoyens, par exemple celle d’un chauffeur de bus interviewé par Amnesty International, qui s’est vu refuser cette protection. Renvoyé du Mexique vers le Honduras, il a été tué quelques jours plus tard. Un autre demandeur d’asile hondurien a déclaré à Amnesty International que lorsqu’il avait indiqué à l’INM qu’il fuyait pour sa vie, l’agent lui avait répondu : « Maintenant que vous avez été arrêté, vous êtes foutu et vous allez être renvoyé dans votre pays. » D’autres personnes ont déclaré avoir été contraintes de signer leur expulsion contre leur gré.

Amnesty International a constaté que sur les 297 personnes qui avaient été détenues par l’INM, 40 % des réponses à l’enquête pointaient du doigt un possible « refoulement ». Ces témoignages concernaient des personnes qui avaient demandé explicitement l’asile ou exprimé avoir peur pour leur vie dans leur pays d’origine. L’INM a néanmoins ignoré leurs témoignages et les a renvoyées dans leurs pays. En outre, l’étude a montré que 75 % de ces personnes détenues par l’INM n’étaient pas informées de leur droit de demander l’asile au Mexique. Or, le droit mexicain l’exige de manière explicite, et des représentants de l’État ont assuré à Amnesty International que cette disposition était appliquée. Les autorités mexicaines ont indiqué que l’INM procédait rarement à des « refoulements ». Les 500 témoignages recueillis par Amnesty International racontent une autre histoire.

Amnesty International France

Créée en 1961, Amnesty International est un mouvement mondial et indépendant de plus de 7 millions de membres et sympathisants qui œuvrent pour le respect, la défense et la promotion de tous les droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Amnesty International a reçu le prix Nobel de la paix en 1977. Amnesty International France (AIF) a été créée en 1971. Son financement repose sur la générosité du public (200 000 donateurs), sur les ventes de produits de soutien et les cotisations de ses 75 000 membres. AIF est agréée par le Comité de la charte du don en confiance. www.amnesty.fr 

Marichuy, la voix des peuples indigènes, possible candidate aux prochaines présidentielles

María de Jesús Patricio, surnommée Marichuy, est la femme indigène d’origine nahual désignée par le Conseil national indigène (CNI) du Mexique comme porte-parole de la cause indigène. Soutenue par l’Armée zapatiste et les peuples zapatistes, elle est la voix des 52 ethnies indigènes qui composent le CNI. Marichuy mène aujourd’hui une campagne dans tout le pays dans le but de collecter des signatures pour figurer comme candidate indépendante aux prochaines élections présidentielles ; mais le véritable objectif de cette campagne est de diffuser le projet indigène qui aspire à transformer l’actuel paysage politique du pays.

Photo : Francisco Sandoval/Animal Político

Le 1er juillet prochain auront lieu au Mexique les élections fédérales qui entraîneront le changement de président, ainsi que des 128 sénateurs et des 500 députés. C’est à cette occasion que sera appliquée pour la première fois la réforme électorale votée en 2014 ; celle-ci représente une rupture avec le système de partis qui a perduré pendant 70 ans dans le pays. Cette réforme électorale permet désormais à tout citoyen mexicain n’appartenant à aucun parti politique de se présenter aux élections en tant que candidat indépendant si celui-ci recueille les signatures requises, c’est à dire les 1 % des citoyens inscrits sur les listes électorales, ce qui équivaut au moins à 866 593 signatures, qui doivent elles-mêmes provenir au minimum de dix-sept États. D’autre part, les candidats indépendants devront financer eux-mêmes leur campagne.

Parmi les quatre-vingt-six citoyens qui cherchent à récolter les signatures demandées figure María de Jesús Patricio alias Marichuy qui se positionne à la cinquième place avec 14 % des signatures requises recueillies. Marichuy, 57 ans, d’origine nahual, pratiquante de la médecine traditionnelle, incarne le discours indigène sans être membre d’aucun parti politique et est en fait bien plus une porte-parole indigène qu’une candidate indépendante qui aspire à la présidence. Elle affirme qu’obtenir toutes les signatures n’est pas son objectif principal. Même si celui-ci reste important, le défi majeur de Marichuy et du CNI est de propager son projet à travers le pays et de rendre visible ce qui se passe parmi ces peuples. « On veut que ce soit le peuple qui commande et le gouvernement qui obéisse », affirme Marichuy.

Parce que, comme elle le déclare, « le changement ne viendra pas de ceux qui se trouvent en haut », le projet politique de Marichuy propose une forme de gouvernance qui organiserait le pouvoir d’en bas, c’est-à-dire avec le peuple, de tous les secteurs de la société. Indépendamment du succès ou de l’échec de sa candidature, son projet s’organise de façon thématique et collective, les points les plus importants à relever de son discours étant l’accès à la terre, le territoire, l’autonomie, la justice, les conditions migratoires et les déplacements forcés, le travail et l’exploitation, la place de la femme dans la société, la diversité sexuelle, les projets capitalistes au détriment de la terre, la corruption… La lutte menée par Marichuy ne concerne pas seulement les indigènes ; elle s’adresse aussi à tous ceux qui se sentent marginalisés ou exploités et qui considèrent qu’il est temps de reconstruire le pays avec le peuple.

C’est la première fois qu’une telle force indigène apparaît sur la scène politique mexicaine. La voix de Marichuy concrétise la présence et les revendications des collectivités indigènes en en faisant un projet électoral. Ce projet qui vise à unifier les peuples est encore loin d’atteindre son objectif, avec seulement 14 % des signatures requises. Néanmoins, chaque signature obtenue est un pas en avant pour rendre la problématique indigène, déjà présente au Mexique depuis des siècles, enfin visible.

Karla RODRÍGUEZ

Adoption d’une loi controversée sur la sécurité intérieure au Mexique

Le parlement mexicain vient d’adopter une loi sur la Sécurité Intérieure ce 15 décembre, malgré l’opinion de la société civile mexicaine et des organismes internationaux qui se sont prononcés contre. Cette loi polémique offre un cadre légal à la présence de l’armée dans les rues du pays avec l’autorisation légitime d’utiliser la force dans les tâches de sécurité publique.

Photo : Cuarto Oscuro/El Proceso

Le pouvoir exécutif peut ordonner le déploiement de forces armées de façon unilatérale, sans aucun contrepoids. Pourtant, il a été démontré au cours des dix dernières années que cette stratégie ne permet pas d’améliorer la sécurité publique. Au contraire, cela a généré de graves cas de torture, de féminicides, d’assassinats, de déplacements forcés, de disparitions et de multiples exécutions extrajudiciaires. Il faut comprendre la gravité de cette initiative impulsée par le PRI, il faut comprendre le contenu de cette loi et les conséquences qu’elle pourrait engendrer une fois qu’elle sera mise à exécution.

La présence active de l’armée sur la voie publique, ce n’est pas quelque chose de nouveau au Mexique. Pour illustrer la problématique de cette loi, on peut revenir quelques années en arrière avec l’exemple de l’utilisation des forces armées dans la lutte contre le trafic de drogue. En 2006, le président Felipe Calderón a mobilisé l’armée dans sa guerre contre le trafic de stupéfiants, dans le but d’affronter les cartels au nord du pays. Cette offensive militaire a donc engendré une énorme vague de violence jamais vue dans le pays, avec plus de 196 000 homicides et 30 000 disparitions, selon les chiffres officiels qui ne prennent pas en compte les cas non résolus, reflet de l’impunité existante à tous les niveaux de la société.

Toutes les fois où le gouvernement a eu recours à l’armée, celle-ci n’a pas permis une diminution de la violence. Au contraire, nombreuses violations des droits de l’homme et des actes violents ont été commis par les militaires. L’ initiative est considérée comme une somme de vire-langues remplis de concepts juridiques peu claires et vagues. Et ils n’indiquent aucun cadre régulateur pour le déploiement des forces armées, c’est-à-dire que la loi ne précise pas comment les actions de la police, de l’armée ou de la marine vont être orientées dans leurs tâches quotidiennes. La loi ne régule pas l’intervention de l’armée mais elle lui attribue le droit d’exercer les tâches de la police fédérale. Les forces armées seront assujetties au pouvoir exécutif, c’est-à-dire que le président pourra ordonner l’intervention des forces armées à n’importe quel moment ou dans n’importe quel endroit du pays, lorsque des « menaces à la sécurité intérieure » sont identifiées, et que les capacités des forces fédérales et locales sont considérées insuffisantes pour y faire face.

D’autre part, il n’y aura pas de contrôles pour vérifier le respect des droits humains ; le texte indique que ceux-ci seront « respectés » mais il n’y a aucune précision sur la manière dont ils le seront. Les forces fédérales comme les forces militaires pourront intervenir contre des protestations sociales si celles-ci ne sont pas considérées comme pacifiques. Cela ouvre la voie à l’usage de la force publique, incluant la force létale. C’est aussi une attaque contre la transparence : toute l’information sur les mesures de sécurité sera confidentielle. Et les forces militaires comme fédérales auront accès au développement des activités d’intelligence en matière de sécurité.

L’ imprécision et l’amplitude dans la rédaction de la Loi de Sécurité Intérieure ouvre la porte pour que les Forces Armées, la Marine, la Force Aérienne et toute force de sécurité publique fédérale puissent mener des enquêtes et réaliser des actions de surveillance de la population par « toute méthode de collecte d’informations », sans aucune restriction ou limitation que ce soit. La société civile mexicaine s’est prononcée rapidement face à cette menace gouvernementale via la création de la campagne Seguridad Sin Guerra, un collectif d’organisations sociales qui exigent aux députés et aux sénateurs du pays de voter contre cette initiative qui cherche à « consolider la militarisation du pays ». Les activistes demandent un retrait progressif des forces armées et un renforcement de la police fédérale, par la mise en place des conditions de paix et non de guerre.

Des organismes internationaux, des journalistes, des intellectuels, des artistes, et des millions de voix de la société civile sont fermement opposés à cette loi. Une dizaine d’organisations internationales ont même constitué une coalition pour documenter et suivre l’approbation de cette loi qui, selon un de leurs communiqués, implique un grave recul pour la nation et un risque de connaître des niveaux de violence contre les droits humains sans précédents, en ouvrant la voie à la répression sous prétexte de maintenir l’ordre et la sécurité.

Ce n’est pas une solution, alertent l’ONU, la CIDH et la CNDH. Ces organismes internationaux affirment que l’approbation de cette loi est inquiétante et ne répond pas aux problèmes actuels du pays. « L’ intervention des forces armées en matière de sécurité n’a pas contribué à améliorer la situation du pays. Bien au contraire, elle a aggravé des problèmes déjà existants tels que la disparition de personnes, la torture, les mauvais traitements et les exécutions extrajudiciaires », a communiqué l’ONU.

Cette décision historique montre la profonde crise institutionnelle existante dans le pays. « Tout ce qui est voulu, c’est la permission de tuer », reprochent les citoyens qui ont manifesté dans les rues. Il est de la plus grande importance que l’État mexicain opte pour la mise en place de conditions de paix, et pas de guerre, pour résoudre l’actuelle crise. Le collectif Seguridad Sin Guerra exige du président Peña Nieto d’exercer son droit de veto sur la loi pour qu’elle soit suspendue et mise à discussion dans des espaces de dialogue.

Karla RODRIGUEZ

Le Jour des Morts au Mexique et l’identité d’une nation

“Pour l’habitant de Paris, New York ou Londres, la mort est ce mot qu’on ne prononce jamais parce qu’il brûle les lèvres. Le Mexicain, en revanche, la fréquente, la raille, la brave, dort avec, la fête, c’est l’un de ses amusements favoris et son amour le plus fidèle”, écrivait le poète Octavio Paz.

Le passage de la vie à la mort, c’est un moment emblématique qui a causé l’admiration, la peur, l’incertitude à l’être humain au cours de l’histoire. Au cours des années, les différentes cultures autour du monde ont construit leurs propres croyances autour du concept de la mort. Dans le cas du Mexique, l’identité de la nation se reflète à travers la conception qui existe sur l’idée de la mort et toutes les traditions et croyances qui l’entourent. Le jour des morts, c’est une festivité qui s’appuie sur la croyance populaire selon laquelle, pendant les nuits du 31 octobre au 1er novembre, les âmes des défunts reviennent sur terre pour rendre visite à leurs familles.

Les rituels autour de cette célébration, d’origine préhispanique, se mélangent aux coutumes de nature catholique transférées de l’Europe médiévale, selon une récente étude de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire du Mexique. C’est la tradition la plus profonde et dynamique pratiquée au Mexique ; parler du jour des morts, c’est parler de son côté mythique, symbolique, de ses racines préhispaniques, des autels, des offrandes, et de l’histoire. Chaque jour de la festivité est dédiée à une certaine catégorie de morts, c’est-à-dire qu’il y un jour pour honorer les défunts adultes, un autre pour les enfants, un autre pour ceux qui ont souffert d’un accident… Ces jours-là varient selon la région ou selon la manière dont la famille choisit d’interpréter la festivité. Cette fête avait lieu chaque neuvième mois du calendrier mexicain.

À leur arrivée, les Espagnols ont fait coïncider la tradition indienne avec la catholique, ce qui a conduit aux dates officielles des 1er et 2 novembre (respectivement la Toussaint et la Commémoration des fidèles défunts). Cette célébration du retour de la mort a suscité plusieurs débats sur son origine ; de multiples traditions peuvent être considérées issues soit de l’Europe médiévale, soit des traditions pré-hispaniques. Selon la récente réflexion de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire, la fête des morts a des origines catholiques et cela depuis le Xème siècle.

La symbologie des autels et des offrandes

Les offrandes sont l’élément le plus important de la festivité, la manière d’accueillir les morts sur la terre des vivants puis les accompagner dans l’au-delà une fois ces dates passées, tout en construisant des autels à la mémoire du défunt. Ces magnifiques autels sont composés avec tous les objets dont les morts ont profité au cours de leur vie et des objets dont ils auront besoin pour transiter jusqu’à l’autre monde, comme leur nourriture et boisson préférées, des jouets, des cigarettes…

Chaque autel se compose de plusieurs niveaux, soit de 2, 3 ou 7, ayant chacun sa signification propre : ils représentent soit la division de la terre et du ciel, soit les trois niveaux composés par le ciel, la terre et l’enfer, soit les sept niveaux que doit traverser l’âme pour réussir à trouver le repos de son esprit. Il y a une série d’éléments essentiels qui doivent apparaitre dans l’offrande, comme cela est le cas du sel qui représente la purification et la protection des mauvais esprits, du copule et de l’encens qui servent à guider l’âme avec son parfum, des « papeles picados » (des papiers découpés) avec la représentation des squelettes ou la tête de mort, des « cémpasuchil », la fleur de la saison qui, selon le peuple mexicain, sert à renfermer les rayons du soleil qui illumineront le chemin des morts pour faciliter leur retour à la terre, des crânes en sucre ou en chocolat, le « pain des morts », brioche spéciale de la saison, de l’eau qui donne de l’énergie pour le chemin, les plats favoris du défunt et pour finir une photographie du défunt.

Finalement, il faut affirmer que ce n’est pas qu’une tradition proprement mexicaine ; il y a des célébrations semblables dans d’autres pays sud-américains ou européens car, comme nous l’avons précédemment expliqué, s’il y a un certain nombre d’études qui nous montrent que ce n’est pas une tradition directement issue du Mexique pré-hispanique, et qui tendent à prouver qu’elle est d’origine européenne, ces études montrent aussi que les origines préhispaniques seraient une légende créée par des intellectuels mexicains des années 30. Néanmoins, pour le peuple mexicain, cela reste une tradition très profonde qui l’encourage à aller de plus en plus loin pour maintenir ses êtres chers le plus proche d’eux. Festivité reconnue par l’Unesco comme Patrimoine Culturel Immatériel de l’humanité, le jour des morts n’est pas une date pour pleurer, mais pour célébrer la vie après la mort.

Karla RODRIGUEZ

Le président Donald Trump menace le Canada et le Mexique d’annuler le traité ALENA

L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), signé par ces trois pays, en 1992 et mis en application en 1994, l’Alena liant les États-Unis, le Canada et le Mexique est menacé d’annulation par le président Donald Trump qui veut le « renégocier ou l’annuler ». Le grand perdant sera le Mexique.

Photo : Radio Canada

Signé par ces trois pays en 1992 et mis en application en 1994, l’Alena (1) a surtout profité aux transnationales états-uniennes qui ont massivement délocalisé leurs industries vers le Mexique où la main d’œuvre était peu chère et corvéable à merci, surtout dans le secteur de l’automobile. L’idée de revoir ou de « refonder » le traité est qu’il bénéficie surtout aux intérêts des États-Unis, de réduire leurs déficits commerciaux et reprendre la main sur tout le commerce entre les trois pays. Trump veut tout revoir en tirant la couverture à soi bien entendu. Les deux autres partenaires du traité essaieront de limiter les dégâts.

La position mexicaine

Le Mexique avait signé ce traité surtout pour accéder au marché US. Pour cela, il a sacrifié une bonne partie de sa souveraineté, de son économie, de son agriculture (surtout celles de ses petits paysans), la croissance de son marché intérieur, les salaires, les acquis sociaux, les ressources naturelles, et on en passe. Il refuse que la réduction du déficit commercial US se fasse par une diminution des échanges commerciaux. Il faut dire que 80 % des exportations mexicaines se font en direction du nord !

L’analyse tendancieuse de Trump

Pour le président US, « l’ALENA est responsable de la perte de 700 000 emplois aux USA et d’un déficit de plus de 54 milliards d’euros en faveur du Mexique. C’est le pire accord commercial de l’Histoire… » Ce n’est pas tout à fait vrai. Le commerce avec le Mexique est passé de 81 milliards de dollars en 2003 à 540 milliards en 2015. Les entreprises US en ont bien profité… C’est aussi oublier que les deux partenaires du traité représentent plus d’un tiers des exportations US et que 40 % de ces exportations résultent de l’ouverture obligatoire de leurs économies aux produits US ! Si la Chine est le premier partenaire commercial des États-Unis, le Canada est le deuxième et le Mexique son troisième (2). Pas si mauvais que cela pour les USA, ce traité finalement !

Même constat pour le Canada

Son économie a toujours été très liée à celle des États-Unis : 75 % de ses exportations sont dirigées vers eux. Une révision à la baisse du traité ne peut que défavoriser le Canada. Par contre, les échanges Canada-Mexique ont augmenté de 7 à 10 % annuellement et le Canada a massivement investi au Mexique.

Un traité peu favorable aux paysans mexicains

Si les transnationales des trois partenaires ont largement bénéficié du traité, le petit peuple mexicain a toujours été perdant : perte d’emplois massive dans le secteur agricole, diminution des salaires industriels, exploitation des ressources naturelles, etc. Le Mexique est un pays dit émergent face à deux des économies les plus puissantes de la planète. Le secteur agricole mexicain a été systématiquement démantelé. En effet, alors que le Mexique doit « se plier aux règles du libre commerce » imposées par les États-Unis, les paysans états-uniens bénéficient de jusqu’à 30 % de subventions ! Le maïs est un bon exemple : les importations de maïs états-unien vers le Mexique ont beaucoup augmenté non parce que la demande mexicaine aurait augmenté mais parce que le maïs US est meilleur marché car subsidié par son gouvernement. Le maïs US prend peu à peu la place du maïs mexicain au Mexique ! Les échanges sont clairement inégaux… Malgré sa défense impérieuse du « libre commerce », les États-Unis sont un des pays les plus protectionnistes de la planète.

Négociations en cours

La première ronde de (re)négociations a eu lieu le 16 août 2017 à Washington, la seconde ronde à Mexico début septembre. Les pourparlers sont secrets. Et ils seront serrés. Lorsque le président Trump a demandé sur Twitter à ses 34 millions de lecteurs « s’il fallait quitter le TLCAN », le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo, a répondu que « une négociation ne se réalisait pas en 142 caractères ». Pour le Mexique, « les négociations doivent être fondées sur un principe de souveraineté et de dignité nationale ».

Jac FORTON

 (1) ALENA en Français, TLCAN en Espagnol (Tratado de Libre Comercio de América del Norte) et NAFTA en Anglais (North America Free Trade Agreement).    (2) D’après un article de Maria Cristina Rosas, de l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM), publié par ALAI le 14 octobre 2017.

 

Mexico, août 2017, bas les masques… subtils… virtuels et immatériels…

Le Mexique selon la formule consacrée est un pays de masques. Masques physiques comme celui de feu le sous-commandant Marcos ou ceux des lutteurs qui s’affrontent sur la scène de « l’Arena México ». Mais il y a des masques plus subtils, plus difficiles à découvrir, virtuels et immatériels.

La lecture des pages culturelles, quel que soit le support, papier comme téléphonique, est pourtant univoque. L’offre de masse vient du nord. Les films proposés à la télévision et dans les salles sont ceux qui sont projetés ailleurs ou partout. Un spectacle itinérant de rock and roll parcourt le Mexique dans ses profondeurs. La gastronomie accompagnant ces sons et ces images sans surprise s’appelle, Coca-Cola, Macdonald et Starbuck Coffee. Ici et là, comme à Lyon ou Barcelone, le passant ou le chauffeur est invité par la publicité à apprendre l’anglais, ou à mettre son enfant en classe d’immersion bilingue. La Fondation Soumaya, à juste titre, lui est signalée pour ses trésors artistiques. La baguette magique du richissime Carlos Slim a rassemblé ici l’une des plus importantes collections privées de peinture et sculpture européenne. Au cœur de « Nuevo Polanco » quartier branché et chic, écrasé de tours réparties dans des rues aux noms d’auteurs universels.

Ce cylindre monoculturel paraît emporter toute diversité, voire la culpabilise. Au point de faire perdre la notion du réel à l’auteur de ces lignes. Qui a pris un taxi en maraude sur Reforma la grande avenue « globalisée » de la capitale mexicaine, au mépris de toute sécurité bien comprise. Le taxi et son propriétaire ont brutalement illustré un décalage. À droite et à gauche de la chaussée, défilent toujours les Sheraton et autres Marriott. Mais le décor est bien différent dans la petite cabine du taxi rose et blanc. Le conducteur, crâne rasé et tatoué annonce des couleurs dissidentes, en appuyant sur une série de boutons.

La vierge de Guadalupe apparaît en surimpression et à pleines couleurs verte et rouge au-dessus du rétroviseur. Son apparition est rythmée par une musique inattendue, aux paroles rugueuses, une cumbia mexicaine. Le chauffeur couve des yeux pendant la course une petite statuette fixée sur son tableau de bord. Une sorte de Pieta tenant dans ses bras sans surprise un Christ sans vie. Une Pieta drapée comme la vierge de Michel-Ange. Mais ses traits sont bien différents. Ceux d’un crâne sans expression particulière. Cette vierge est la Santa Muerte, La Santa Muerte es « Mi vieja », commente sans autre forme de procès le chauffeur. Qui peut-être, après l’avoir consultée, me débarque sans autre forme de procès. Pour parler à sa « Reina » au bout de son portable.

Les apparences seraient-elles trompeuses ? Oui et non. Non parce que le décor est bel et bien planté. Macdonald, Sheraton et Starbuck sont physiquement palpables. Tout comme la caravane ambulante du rock and roll. Et aussi le musée Soumaya, haut bouchon de champagne argenté qui abrite la collection de Carlos Slim. Oui parce que derrière ce rideau étincelant existe une autre réalité. On peut la croiser sans la voir, ni l’entendre. À l’exception de la folklorisation touristique des Mariachis dans les grands hôtels internationaux. Et ouvrant l’œil bien grand, l’effet de choc est au RV.

Dans l’une des rues piétonnes proche du Zócalo, la Grand-Place de la ville, plusieurs dizaines de passants font la queue devant une pâtisserie vouée à la diffusion du cholestérol. Tous, Mexicains, travailleurs du quartier, s’offrent avant de plonger dans les méandres d’un métro redouté, une douceur crémeuse.  Sur le trottoir les joueurs d’orgue de barbarie, vêtus de kaki, aujourd’hui comme hier et avant-hier, tournent leurs rengaines en quémandant l’aumône. Sautant les accros du gâteau, les curieux peuvent après accord du vigile, grimper au premier étage, la « salle d’exposition ». Le spectacle est à couper la digestion des estomacs les plus solides. D’énormes blocs de pâtes blanche, bleue, rose, composent des châteaux de sucre dépassant pour certains deux mètres et cent kilos. Il y a en a pour toutes les circonstances de la vie, baptêmes, communions, fête des 15 ans, mariages, noces d’argent, d’or, événements sociaux les plus divers.

À quelques centaines de pas, la place Santo Domingo. Là selon les langues informées, sous les arceaux gondolés d’un bâtiment colonial, des artisans imprimeurs travaillant à l’ancienne peuvent vous refaire une identité et un curriculum flatteur. Au risque si vous êtes découvert, de subir l’opprobre des « diplômés de Santo Domingo ». Au tournant de la place ou quasiment, un théâtre municipal affiche un festival international de boléro, ignoré des médias. La salle est pLeine, enthousiaste et participative. La quasi-totalité des morceaux sont repris par des aficionados qui en connaissent les paroles par cœur. Tout comme ceux du Lunario, autre salle publique, plus éloignée qui programmait un spectacle en souvenir de José Alfredo Jiménez, surnommé « El Rey ». Garçon de café, ignorant tout du solfège, mais musicien de tripes, il a des années 1950 à 1970 trouvé l’oreille de ses compatriotes. 44 ans après sa mort, tequila en mains, solidement assise, une assistance complice a fait un triomphe sonore à sa mémoire et à celle de ses compositions.

Un haut fonctionnaire mexicain, pris d’un haut le cœur à l’évocation du muralisme révolutionnaire, m’a dirigé vers des créations plus en accord avec l’époque. Des peintres de l’Alliance du Pacifique privilégiant une abstraction déterritorialisée. Soit. Il y a de l’esthétique partout. Et donc aussi dans le muralisme qui attire toujours autant de curieux. Bellas Artes, musée public est couvert d’œuvres monumentales de Rivera, Siqueiros, Orozco. On doit patienter pour entrer, pour cause d’affluence. L’exposition temporaire consacrée au dialogue entre Picasso et Rivera qui a dépassé les capacités d’accueil du musée, n’a rien arrangé (1). Tout comme à San Ildefonso, couvent colonial couvert de fresques révolutionnaires d’Orozco, qui héberge une magnifique exposition du photographe colombien Leo Matiz (2), inspirateur du muraliste Siqueiros.

La culture, l’officielle comme celle qui se cache, est révélatrice de l’esprit du temps et d’un pays. Ce bref parcours culturel mexicain du mois d’août, quelque part vérifie la lumineuse hypothèse de Serge Gruzinski, sur le Mexique qui depuis cinq siècles, est terre d’une guerre des images.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

(1) Picasso y Rivera, Conversaciones a través del tiempo.  (2) Leo Matiz, el muralista de la lente, Siqueiros en perspectiva.

« Oye Trump », le livre campagne d’Andrés Manuel Lopez Obrador, président du parti Régénération nationale

Andrés Manuel Lopez Obrador va publier dans le courant de la semaine son seizième livre, Oye Trump. Le prologue de ce livre, intitulé Génesis de un Estado Pollero, a été écrit par Pedro Miguel. L’épilogue lui a été rédigé par l’écrivaine Elena Poniatowska. Ce livre anti-Trump s’inscrit dans la campagne électorale mexicaine.

Photo: compte Twitter d’Andrés Manuel Lopez Obrador

Un livre anti-Trump | Andrés Manuel Lopez Obrador (ALMO), président du parti de gauche et Mouvement de régénération nationale, Morena, publiera dans un mois un livre sur Donald Trump. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il explique que l’ouvrage Oye Trump ou Hear Trump « est une retranscription de notre visite des villes américaines pour défendre nos compatriotes et les migrants du monde face à l’attitude autoritaire du président [Donald Trump] ».

Un livre critique contre Enrique Peña Nieto | « Enrique Peña Nieto restant silencieux devant Donald Trump, nous autres avons décidé de faire face à la xénophobie et de prendre la défense des migrants. Je recommande ce livre de propositions et d’actions pour la défense des migrants aux États-Unis » explique Obrador. Il dénonce également le non engagement du président mexicain lorsque Trump a appelé à la construction d’un mur aux frontières sud des Etats-Unis pour lutter contre l’immigration mexicaine. Peña Nieto, président du Mexique depuis son élection en 2012, n’a pour le moment pas répondu à ceci.

Un livre qui s’inscrit dans la campagne politique | ALMO, ancien maire de Mexico, est le principal candidat à la présidence. L’élection aura lieu l’année prochaine. Il s’est déjà présenté en 2006 et 2012, essuyant à chaque fois un échec. Cette fois les experts mexicains croient que le populiste progressiste remportera les élections, en utilisant sa croisade anti-Trump pour vaincre l’opposition. La forte position du président américain contre l’immigration clandestine est devenue un débat majeur des prochaines élections présidentielles mexicaines. Sortir un livre dénonçant la « xénophobie » de Donald Trump est donc une stratégie politique dans la course à la présidence pour le politicien mexicain.

La volonté d’une victoire du mouvement Morena pour une meilleure société mexicaine | Le 30 janvier dernier, Lopez Obrador présentait son livre 2018 La Salida, une sorte de vision du futur. Un futur dans lequel son parti Morena aurait triomphé lors des élections de 2018 pour ensuite appliquer le Proyecto Alternativo de Nación (le projet de Nation Alternative). Ce projet est décrit par Obrador comme une renaissance pour le Mexique. « En 2024, il y aura dans la société mexicaine un tout autre niveau de bien-être et une ambiance complètement différents d’aujourd’hui. Cette nouvelle situation, avec moins de chômage et de pauvreté, sera le résultat obtenu par la mise en oeuvre d’une nouvelle politique de développement économique, de la sécurité, du renforcement des valeurs culturelles, morales et spirituelles » a déclaré Obrador.

Une course à la présidence inéquitable selon le PRI | Le PRI a réprimandé cette façon « rusée » d’Obrador de faire usage des ressources allouées à son parti pour promouvoir son image en vue de l’élection présidentielle de 2018. Yulma Rocha Aguilar, membre du Partido Revolucionario Institucional et porte-parole du Comité exécutif national (CEN), a déclaré qu’il était regrettable qu’Obrador concentre la promotion sur sa personne, ce qui affecte l’équité de la course à la présidence. Elle se réfère à la loi électorale sur la communication politique dont le but était de faire en sorte que tous les partis diffusent leurs plates-formes d’une manière égale. « De toute évidence, Lopez Obrador cherche à influencer l’électorat depuis qu’il a déclaré à plusieurs reprises son intention de participer à nouveau à la présidence de la République » a-t-elle déclaré.

Les attaques de Fox contre ALMO | L’ancien président du Mexique Vicente Fox a déclaré qu’il fera en sorte qu’ALMO ne parvienne pas à la présidence en 2018. « Je vais faire en sorte, moi personnellement, que cela n’arrive pas, nous ne voulons pas un autre Venezuela ici « , a dit Fox. Fox fait référence au chef de Morena lors d’une conférence de presse avec les anciens présidents latino-américains où il a appelé les dirigeants actuels de la région à défendre la démocratie au Venezuela. Il affirme qu’il suivra la voie démocratique, avec stratégie et communication, afin d’exposer le « faux prophète ». Il a aussi expliqué aux médias qu’à un moment opportun dans la campagne, il décrédibilisera ALMO : « Je vais profiter de leur ignorance, dénoncer son ignorance, son incapacité à formuler des idées, leur manque de propositions ».

Maud REA

« Amérindiens d’aujourd’hui, la fierté retrouvée », par Martine Pédron

Après de nombreux voyages au Mexique chez les Indiens Tarahumaras, Martine Pédron élargit son regard vers d’autres populations amérindiennes. Dans cet ouvrage, elle nous livre le fruit de ses rencontres avec des représentants de différentes nations indiennes issues des quatre coins du vaste continent américain.

Passionnée dès l’adolescence par les populations indiennes d’Amérique, Martine Pédron voit ses études supérieures couronnées par un doctorat de 3e cycle d’ethnologie, sa thèse portant sur « La vie cérémonielle des Indiens Tarahumaras ». À partir de 1975, pendant vingt ans, elle passe de trois à six mois par an dans la sierra tarahumara mexicaine, à plus de 2 000 m d’altitude, dans une communauté isolée située à deux jours de marche du premier village, authentique retour aux sources d’une vie proche de la nature. Elle s’initie alors aux rites curatifs des chamans et acquiert une parfaite connaissance des plantes médicinales et des plantes alimentaires sacrées dont les vertus se sont transmises traditionnellement depuis la civilisation aztèque. À partir de 1995, ayant développé son intérêt pour le chamanisme, elle étudie les traditions des curanderos, guérisseurs de la selva de Los Tuxtlas, dans la province de Veracruz. Dans une démarche écologiste exemplaire, elle contribue à la défense des rares parcelles de forêt primaire mexicaine subsistant. Partageant l’intimité de ces guérisseurs, elle s’initie à leurs techniques de guérison et à leurs rituels magiques honorant les divinités protectrices de leur communauté.

Ethnologue unanimement reconnue pour ses connaissances approfondies des médecines traditionnelles mexicaines, elle a publié nombre d’articles faisant référence sur ce sujet, elle a animé de multiples conférences sur le Mexique, et sur ses traditions, elle a aussi organisé des rencontres avec des chamans et des danseurs aztèques. Parmi d’autres donc, la parole est ainsi donnée à un Apache Lipan, un Innu, une femme Païute, un Algonquin, un Navajo, un Tarahumara, une femme Mapuche… Malgré leur grande diversité, les Amérindiens s’expriment d’une voix commune. Ils sont aujourd’hui sur le chemin d’une véritable réappropriation de leurs traditions, de leurs terres, de leurs valeurs, de leurs langues autochtones et de leurs droits. En dépit de leurs vies marquées par les tourments de l’histoire, c’est toujours avec fierté qu’ils parlent de leur culture et de leurs passions. Ce recueil est agrémenté de nombreuses notes synthétiques de l’auteur sur l’actualité, la culture ou les traditions en lien avec chaque témoignage. Pour ces tribus, l’expression artistique est bien souvent le meilleur moyen de communiquer, de revendiquer, et de se faire l’écho de leurs messages de partage et de fraternité. Nous croisons aussi des hommes médecine, dépositaires des savoirs ancestraux de guérison, et des militants écologistes, qui voyagent pour nous avertir qu’il est grand temps de prendre soin de la Terre-Mère avant qu’il ne soit trop tard. Si la transmission aux générations futures est au cœur de leurs propos, les Amérindiens d’aujourd’hui offrent également une vision empreinte de sagesse sur le monde moderne et ses travers.

D’après les Editions Trajectoire

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