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Mexique

Le peuple mexicain a perdu ses plus belles couleurs avec le décès de Francisco Toledo

L’artiste mexicain Francisco Toledo, reconnaissable par sa barbe blanche et ses cheveux noirs bouclés, est décédé ce jeudi 5 septembre. Il avait 79 ans. Cet artiste plasticien originaire de la région d’Oaxaca était un des plus grands artistes indigènes au monde. Certains le considéraient même comme l’héritier de Rufino Tamayo. Aussi connu pour son engagement pour les causes environnementale, indigène, sociale et culturelle au niveau local ; Francisco Toledo est une fierté nationale qui laisse son pays endeuillé et sans couleurs.

Photo : Thomas Bravo

« L’art est en deuil. Le maître Francisco Toledo est décédé, grand peintre originaire de (l’Etat de) Oaxaca, gardien extraordinaire de notre culture, nos coutumes, des traditions de notre peuple et défenseur de l’environnement », a écrit jeudi soir le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador sur Twitter.

Francisco Toledo était avant tout un artiste aux multiples facettes. Il était explorateur de l’art. Il a été peintre, il a pratiqué la gravure, le travail de la céramique, la sculpture, la moulure, le collage, la fresque, l’aquarelle… Il était aussi un maître et éditait des livres.

« Toledo a (…) rendu poreuses les frontières entre les arts visuels, la littérature, le design, l’artisanat, l’architecture, le jeu, l’enseignement, l’engagement social et l’écologie », a écrit le ministère de la Culture pour présenter l’exposition Toledo Ve qui a lieu en ce moment à Mexico.

Son art se caractérise par le foisonnement animalier, l’érotisation de la réalité et l’inspiration indigène. Il ne recherchait pas la beauté mais plutôt la représentation d’une réalité quotidienne pas toujours belle et esthétique. D’où le choix des insectes, des iguanes, des poissons, des chèvres, des singes, des lézards, des crapeaux, etc. dans ses œuvres. Amoureux de la nature, des cultures indigènes et de sa région, il exprimait cet amour par son art.

C’était aussi un art figuratif engagé. Tout d’abord engagé parce que Francisco Toledo représentait une réalité quotidienne locale. En témoigne son œuvre intitulée « Barriendo Sapos » réalisée en 1971 qui montre une scène quotidienne de son enfance à Juchitan. Son engagement en art était ensuite social et politique. Il a par exemple élaboré et fait voler quarante-trois comètes avec les visages des étudiants disparus d’Ayotzinapa en 2014 selon la coutume locale des papalotes (terme venant du nahuatl papalotl qui signifie papillon) lors du Jour des Morts. Cette coutume est une manière de communiquer avec les morts car, selon les croyances, leurs âmes descendent sur Terre pour consommer les offrandes puis remontent dans le ciel. Francisco Toledo cherchait ainsi à protester contre le manque d’informations et de recherches pour retrouver ces étudiants et tentait de les chercher dans le ciel.

C’était enfin un artiste mondialement connu, dont les œuvres ont une côte exceptionnelle. Son tableau intitulé Tortuga poniendo huevos (Tortue pondant des œufs) s’est ainsi vendu à plus d’un million de dollars lors de la vente d’automne d’art latino-américain chez Christie’s à New York en 2018. Inspirateur de plusieurs générations d’artistes, Francisco Toledo a vu ses œuvres exposées à New York, Paris, Londres ou Tokyo.

Cependant, le plasticien ne doit pas sa popularité uniquement à son travail artistique. Il est reconnu pour son engagement pour la protection de l’environnement, la préservation des cultures indigènes et du patrimoine culturel local.

Afin de conserver et d’exporter la culture d’Oaxaca, il a fondé le Musée de l’art contemporain d’Oaxaca, l’Institut des Arts Graphiques d’Oaxaca et le Centre des arts de San Agustín. « Il a fait d’Oaxaca une des capitales culturelles non seulement du pays, mais de tout le continent (…). Ça a été le grand promoteur de la culture d’Oaxaca », a expliqué Nicolas Alvarado, médiateur culturel, à la chaîne locale Foro TV.

Son engagement social à l’échelle locale n’a cessé de croître face à la violence croissante au Mexique. « Je ne suis pas devin, mais je crois que la réalité de ce pays ne change pas (…). La réalité de ce pays est de plus en plus dramatique », avait-il déclaré à l’Agence France-Presse en août 2017 à ce sujet. « Il s’était aussi engagé contre les projets des promoteurs qui menaçaient le centre historique de la ville » a déclaré le New York Times. Francisco Toledo était ainsi un acteur majeur de la vie culturelle quotidienne à Juchitan.

Ce jeudi, dès l’annonce de sa mort par le gouvernement mexicain, de nombreux messages en son hommage ont été postés. Francisco Toledo a touché tous les publics, tant les personnalités politiques et artistiques très connues que le peuple mexicain. Étant donné la discrétion habituelle de l’artiste quant à sa vie privée, la famille de Francisco Toledo a demandé à ce qu’il n’y ait aucun hommage officiel. Elle a appelé au respect de l’homme qu’il était.

Toutefois, les hommages informels se sont multipliés. Il y eut une réunion spontanée d’un groupe de personnes à l’Institut des Arts Graphiques en son hommage ainsi qu’un dépôt de fleurs au Palais des beaux-arts à Mexico. Et quoi de mieux, finalement, pour lui rendre hommage, que de se rendre à l’exposition « Toledo Ve » qui a lieu en ce moment à Mexico au Musée National des cultures populaires, et qui est justement dédiée à l’art de Francisco Toledo  ?

Inès JACQUES

CNN en espagnol

Au Mexique, dix journalistes ont déjà été tués depuis le début de l’année

Reporters sans Frontière vient d’émettre un communiqué via son site web pour alerter sur la situation des journalistes au Mexique. Le cadavre de Nevith Condes, 42 ans, a été découvert samedi près de la ville de Tejupilco. Il est le quatrième professionnel de la presse assassiné depuis début août. Le directeur du portail d’information local, Observatorio del Sur, est le dixième journaliste tué en 2019, soit davantage que sur l’ensemble de l’année précédente.

Photo : France 24

Le corps de M. Condes, qui a été trouvé dans une zone montagneuse du sud de l’Etat de Mexico, présentait plusieurs blessures à l’arme blanche selon le parquet de cette région, voisine de la capitale. Le journaliste couvrait l’actualité locale dans cette zone rurale, meurtrie par les cartels de la drogue. Leur guerre sanguinaire contre le gouvernement mais aussi entre eux a fait 33 500 morts en 2018 au niveau national, un record depuis plus de vingt ans. Depuis, l’hécatombe ne cesse de croître avec 20 135 homicides de janvier à juillet.

Les professionnels de la presse sont en première ligne. Trois autres journalistes avaient déjà été assassinés plus tôt en août dans les Etats de Veracruz (est) et de Guerrero (ouest). Ce chiffre portait à neuf le nombre de crimes de presse depuis le début de l’année, soit autant qu’en 2018. Selon Reporters sans frontières (RSF), le Mexique est le pays le plus meurtrier au monde pour les professionnels de la presse, après l’Afghanistan et la Syrie, avec plus d’une centaine de journalistes tués depuis 2000.

L’enquête est en cours pour déterminer si le meurtre de M. Condes est lié à ses activités journalistiques à Tejupilco, municipalité de 70 000 habitants. La piste du crime organisé n’est pas écartée, selon les autorités. Mais la presse locale rappelle aussi que des articles publiés par M. Condes sur la corruption policière avaient provoqué des tensions avec le gouvernement local. Au Mexique, un journaliste est agressé toutes les 16 heures par la délinquance organisée mais aussi par des représentants des autorités, selon Article XIX.

En juin, M. Condes avait été l’un des premiers à couvrir la chute d’un hélicoptère, après des échanges de coups de feu entre des policiers et des délinquants. Dans la foulée, il avait reçu des menaces de mort, selon certains de ses collègues interviewés par la presse locale. Il avait alors sollicité la protection du gouvernement fédéral. D’après RSF, l’intéressé avait finalement refusé les mesures de sécurité proposées par l’organisme public dédié, en raison de la procédure bureaucratique que nécessite leur obtention.

Un programme de protection critiqué

Créé en 2012, le Mécanisme de protection des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme gère les cas de plus de 900 personnes menacées, dont un tiers de journalistes. Ces derniers sont parfois déplacés dans d’autres régions du pays, certains protégés par des gardes du corps ou des «boutons d’urgence» reliés aux services de police. Mais l’efficacité du programme est fortement critiquée. Un rapport publié le 22 août par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) dénonce «son manque de ressources économiques et matérielles pour garantir son fonctionnement adéquat». Le tout alors que le nouveau président de centre gauche, Andres Manuel Lopez Obrador, mène une sévère cure d’austérité au sein des services publics.

Selon le rapport, le mécanisme aura besoin pour fonctionner de 325 millions de pesos (14,5 millions d’euros) en 2019. «Pourtant, son budget n’est que de 207,6 millions de pesos, moins qu’en 2018 et 2017», alerte le HCDH. Le rapport déplore aussi le manque de personnel avec seulement 36 salariés, qui gèrent en moyenne les cas de 155 personnes menacées.

Pour redresser la barre, le ministère de l’intérieur a sollicité, en avril, une rallonge budgétaire de 150 millions de pesos. «Mais les fonds n’ont toujours pas été alloués», dénonce le HCDH. Aucune personne menacée n’a pu sortir du programme en 2018 en raison des risques encourus. Pis, sept journalistes ont été assassinés, depuis 2012, alors qu’ils bénéficiaient de mesures de protection du mécanisme. Samedi, la Commission mexicaine des droits de l’homme a déploré, dans un communiqué, que la violence contre les journalistes soit «l’un des principaux obstacles qui empêchent que notre pays se renforce en tant que démocratie».

D’après le site de RSF

A Guadalajara, au Mexique manifestation contre l’augmentation du prix du bus

Face à une population très indignée, une augmentation de 35 % du prix des transports publics a pris effet ce samedi 27 juillet. Malgré les tentatives du gouverneur de l’état de Jalisco pour justifier cette décision, plusieurs manifestations se sont déclenchées en conséquence, une desquelles aurait vu des affrontements entre la police et les manifestants et faisant état de cinq arrestations.

Photo : Amaranta Zermeño

Bien que l’augmentation des tarifs du transport public ait été annoncée le matin du 24 juillet, plusieurs personnes n’étaient pas au courant que quelques lignes de bus allaient coûter plus cher à partir du samedi de la même semaine. Le prix du transport public dans la zone métropolitaine de Guadalajara est passé de 7 à 9,50 pesos, affectant 135 lignes de bus et les quelques lignes de tramway. 

Le samedi 3 août une manifestation contre cette augmentation s’est déroulée dans les rues de Guadalajara, ayant comme point de départ le Parc de la Révolution, aussi connu comme «Parc Rouge». Une centaine d’individus se sont réunis, portant une grande variété de banderoles sur lesquelles on pouvait lire : «Non à l’augmentation !», «Alfaro démission», «Alfaro répresseur», «Gouvernement qui n’écoute pas son peuple est destiné à l’échec», entre autres. 

En réponse au mécontentement croissant de la part des usagers, une vidéo où le gouverneur de Jalisco, Enrique Alfaro, expliquait le «besoin» de l’augmentation tarifaire, a circulé sur les réseaux sociaux. Il assurait que cet ajustement aurait dû se faire plusieurs années auparavant, mais que l’administration antérieure ne l’a pas fait pour éviter la grogne citoyenne, même si les tarifs n’avaient pas été ajustés depuis 7 ans. Selon Alfaro, l’augmentation de 7 à 9,50 pesos permettrait aux divers moyens de transport public de continuer à fournir le service avec une amélioration progressive. 

«On a dû augmenter le tarif, tout simplement parce que si on ne le fait pas, le SITEUR (Sistema de Tren Eléctrico Urbano) va imploser financièrement […] tout le monde est bien d’accord que, même avec quelques soucis, il fournit un service de qualité qui s’est malheureusement dégradé ces dernières années, et c’est ce qu’on est en train de corriger», dit Alfaro. 

Mais «tout le monde» n’est pas d’accord avec cette déclaration. Ce «service de qualité» est presque inexistant, selon Martha García, une des manifestantes : «Ce service ne dispose pas d’unités propres, c’est incroyable, les places réservées aux personnes âgées sont encombrées par des seaux ou des balais, c’est très très sale». En outre, d’autres soucis importunent les usagers des transports publics : «Un autre problème à considérer ce sont les chauffeurs, qui ne sont pas polis avec nous, parfois ils ne font pas attention à laisser le temps au passager de monter dans le bus, et parfois même ils ne s’arrêtent pas quand on le leur demande !». Martha García et Aurora Martinez soulignent aussi comment cette augmentation affectera directement leurs économies, puisqu’en utilisant les transports publics une dizaine de fois par semaine, elles dépensent une grosse quantité d’argent pour un service qui ne le mériterait pas. 

Cette manifestation a été soigneusement organisée dans le but de rester pacifique et d’éviter les possibles affrontements avec les autorités de Guadalajara. Ceci en conséquence de la manifestation du vendredi 26 juillet, où plusieurs jeunes ont été agressés et éventuellement détenus par la police de l’état, après avoir tenté d’entrer dans les transports sans payer. Dana Gonzalez, intégrante de l’assemblée populaire contre l’augmentation tarifaire explique : «La convocation à cette manifestation a été purement pacifique, on est conscients que vendredi dernier il a eu des actions de répression contre quelques étudiants, et on ne peut pas permettre que cela se reproduise. En tant que citoyens, l’expression est notre droit, c’est notre droit d’exiger un transport public en sécurité, et avec un coût juste».

La manifestation s’est déroulée tout au long de l’avenue Juárez, en effet, de manière pacifique. Le mécontentement citoyen s’est fait entendre dans les rues comme sur les réseaux sociaux, qui restent jusqu’à présent très actifs à dénoncer l’injustice de cette augmentation tarifaire. 

Amaranta ZERMEÑO
Depuis Mexique

La ville mexicaine de Guadalajara recouverte de glace après de fortes chutes de grêle

La ville mexicaine de Guadalajara s’est réveillée avec quelques quartiers recouverts de 2 mètres de glace le dimanche 30 juin après une nuit d’orage avec de fortes chutes de grêle. C’est la première fois que la ville est atteinte d’un dégât naturel de ce type, avec cette tempête qui a endommagé les habitations, commerces et véhicules des habitants de la zone.

Photo : @DeMochilazo (Twitter)

Pour l’État de Jalisco, la grêle n’est pas un événement rare à cette époque de l’année. Habitué à des brusques changements de temps dans une même journée, l’été à Jalisco se compose de journées très ensoleillées, accompagnées de fortes pluies presque tous les soirs. Tout de même, les jours précédents la tempête, les températures avaient atteint les 31°C. C’est à partir de deux heures du matin que la grêle s’est déclenchée avec une grande intensité dans quelques quartiers de la zone métropolitaine de Guadalajara, et en quelques heures le sol s’est retrouvé couvert d’une épaisse couche de grêlons.

En effet, Guadalajara n’était pas la seule à se voir affectée, puisque la municipalité de Tlaquepaque a été également endommagée par la tempête. La liste est longue, avec des rues, des parcs et des maisons inondées et même effondrées. 200 maisons et commerces touchés, et près de 50 véhicules emportés par le torrent formé par la glace. Quelques maisons ont même été affectées en interne, puisque le système d’égouts compte plusieurs connexions à des tuyaux privés. La Protection civile, qui s’est vite mobilisée pour dégager les rues pour la circulation a communiqué que deux personnes ont été victimes d’un «début d’hypothermie». L’opération pour dégager les rues a nécessité la mobilisation de 750 personnes et 190 véhicules.

Dans un contexte où le débat sur le réchauffement climatique est devenu un sujet à prendre au sérieux, ce phénomène a reçu une attention internationale sans précédents. Dans un pays qui n’est pas habitué à voir la neige tomber pendant l’hiver, une couche de glace formé de la nuit au lendemain soulève plusieurs questions.

Cette tombée de grêle se doit à «l’inusuelle propagation d’une goutte froide dans des hauts niveaux de l’atmosphère», déclare le météorologue Alberto Hernández Unzón, ancien coordinateur du Service Météorologique National (SMN). Il explique que cette «goutte froide» se produit quand il existe un ramassage d’air très froid dans l’atmosphère, qui se décroche de la circulation générale des vents, en générant des fortes tempêtes accompagnées de vent et de basses températures.

«Des scènes que je n’avais jamais vues, tout du moins à Guadalajara. Regardez cette grêle qui ressemble à une chute de neige […] On dirait qu’il a neigé. C’est incroyable», a déclaré Enrique Alfaro, le gouverneur de l’État de Jalisco.

Ce phénomène climatique est le premier à se reproduire à cette échelle, et pourtant les experts météorologues nous confirment qu’il est probable qu’il ne soit pas le dernier, puisque la période des pluies continue jusqu’à novembre. Dans tous les cas, la Protection civile devra penser à de nouvelles stratégies pour éviter de tels dommages dans le futur, et que la ville mexicaine soit mieux préparée dans le cas d’une autre tempête de ce type.

Amaranta ZERMEÑO
Depuis Guadalajara

La «nouvelle frontière» de Donald Trump pour dissuader les migrants admis au Mexique

«Nous sommes devant une nouvelle frontière, avait déclaré le 15 juillet 1960 le président John Fitzgerald Kennedy, celle de la science, de l’espace, et de la paix.» Les 29 mars et 5 avril 2019, son lointain successeur Donald Trump a évoqué un horizon frontalier plus terre à terre : «Le Mexique doit arrêter les illégaux (les migrants centraméricains), sinon on fermera la frontière. Notre pays a fait le PLEIN !» «Sinon» a-t-il encore ajouté, «j’appliquerai des sanctions financières et les voitures importées seront taxées à hauteur de 25%

Photo : Reuters – Kevin Lamarque

Le creuset américain serait-il débordé ? Un flux continu et croissant de Guatémaltèques, Honduriens et Salvadoriens, au nombre de 300 000, aurait traversé le Mexique de part en part entre janvier et mars 2019, selon le ministère de l’Intérieur (Secretaria de Gobernación) du pays aztèque. De la frontière sud, celle du Chiapas, aux limes du nord, avec les États-Unis. Sous pression, la police des frontières mexicaines a, le 22 avril 2019, détenu sans ménagement, au lieu-dit Echegaray, commune de Pijijapan, 371 migrants. Tandis qu’au nord, à Tijuana, l’accumulation de déplacés économiques le long d’un mur militarisé génère des tensions avec les populations locales. Le tout sous fond de diatribes anti-mexicaines et centraméricaines du Président des États-Unis. Plus que par l’immigration spontanée, qui n’a rien de nouveau, Donald Trump, en campagne présidentielle 2020, paraît bien davantage dépassé par ses promesses de la campagne antérieure de 2016 (396 579 interpellations en 2018 par la police nord-américaine ; 1 692 544 en 2000).

La frontière fait 3100 kilomètres. Dont seul un tiers est «muré». Un mur qui n’a jamais empêché personne de passer. Par-dessus, par-dessous, ou en le contournant paradoxalement de façon légale, comme le signale la statistique officielle. Ou même parfois en le perforant en plein jour, comme l’a constaté un journaliste de Mexicali. Restent les coups de menton, à usage électoral. De nature à conforter les convictions des convertis. Qui applaudit drapeaux «trumpiste» aux vents ou passe aux travaux pratiques, en traquant les migrants en panoplies paramilitaires. Comme le groupe «United Constitutional Patriot» qui sévit du côté d’El Paso, au Nouveau-Mexique.

Donald Trump, «Uranus» (Uranus, nom du cafetier Léopold Lajeunesse, et titre d’un roman de Marcel Aymé (1948) et d’un film de Claude Berri (1990) limonadier), irascible et fort en gueule, pressé par les échéances électorales, se fait de plus en plus insistant : «Retournez chez vous», a-t-il dit aux migrants. Accompagnant ces propos de menaces à l’attention des gouvernements mexicains, et centraméricains. Pour bien faire comprendre son message, le chef d’État nord-américain a fait appel à l’armée. Plusieurs milliers d’hommes avaient été déployés en 2018 pour imperméabiliser la frontière.

Le 24 avril 2019, Donald Trump annonçait que «des soldats armés» allaient de nouveau être envoyés sur la frontière. Le 29 avril 2019, le Département de la défense des États-Unis a signalé que 320 hommes allaient renforcer les 2900 militaires et 2000 gardes nationaux déjà sur place. S’adressant au Mexique, le Président Trump a par ailleurs renouvelé la forte éventualité de sanctions commerciales. Tandis qu’en 2017 et 2018, les permis de séjour temporaire aux États-Unis des Honduriens, Nicaraguayens et Salvadoriens n’ont pas été renouvelés. Le 16 octobre 2018, Donald Trump a fait savoir à son homologue hondurien, Juan Orlando Hernández, la probable suspension des aides au développement accordées. Le 29 mars 2019, le Département d’État a enclenché le processus visant à suspendre les subventions affectées aux États du Triangle du Nord. Gros yeux et gros bâton donc, pour défendre l’intérêt national des États-Unis tel qu’il est entendu par le locataire actuel de la Maison-Blanche.

Le gouvernement mexicain d’Andrés Manuel López Obrador, aux commandes depuis le 1er décembre 2018, a une autre approche. Celle de s’attaquer aux causes de ces migrations. 49% à 82% des populations rurales centraméricaines vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Sans pour autant négliger les nécessités humanitaires et sécuritaires du moment. Les deux plaques, l’humanitaire et la sécuritaire, peinent à coïncider. Les visas humanitaires accordés depuis décembre 2018 aux migrants centraméricains ont été suspendus le 28 janvier 2019. La police des frontières mexicaine agit de façon moins amène, comme on l’a constaté à Echegaray-Pijijapan le 22 avril 2019. D’ajustement en ajustement, les migrants «frontaliers» vont finalement être dotés d’une carte de séjour et de circulation à validité locale. Afin de gérer au plus près le présent et ses urgences, un mécanisme de coordination a été mis en place par le Mexique et le Triangle du Nord le 30 avril 2019.

Côté réduction des causes poussant à émigrer, un accord a été signé dès la prise de fonction d’AMLO, le 1er décembre 2018, entre le Mexique, le Triangle du Nord et la Commission des Nations unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (ou CEPAL). Cet accord affiche la couleur. Il s’agit d’un Plan pour le développement intégral (PDI) destiné à stimuler la création d’emplois en Amérique centrale. Il est doublé d’un second projet d’investissements centré celui-là sur le sud du Mexique. Marcelo Ebrard, Secrétaire aux relations extérieures, considère «que les flux migratoires dérivent de la pauvreté, et parfois des violences […] Ce qui rend nécessaire des stratégies de développement». Plusieurs programmes ont été validés le 5 avril 2019 par le Mexique et le Triangle du Nord.

Comprenne qui pourra, les États-Unis ont le 18 décembre 2018 fait un chèque sur le compte du PDI. Ils considèrent, en dépit des propos présidentiels, le Mexique comme un pays tiers, démocratique et donc apte à recevoir et intégrer les migrants centraméricains. États-Unis et Mexique ont réuni à Mérida (Yucatán) le 10 avril 2019 un Forum d’investisseurs potentiels. Susceptibles de participer financièrement et matériellement à la mise en chantier d’un train rapide, dit «train Maya», au sud du Mexique, et d’une raffinerie dans l’État de Tabasco. Les sauts d’humeur d’un Donald Trump embourbé dans ses promesses électorales de 2016 se font de plus en plus fréquentes et pressantes, malgré sa précampagne des prochaines présidentielles.

La police des frontières fait du zèle, provoquant des bouchons de plusieurs heures. AMLO a beau faire le dos rond, inviter au silence radio à l’égard de Donald Trump, bénéficier du soutien des entreprises nord-américaines présentes au Mexique, il est contraint de prendre des mesures d’urgence, policières. 15 000 migrants ont été expulsés en mars 2019. Le Mexique a accepté que l’examen des dossiers d’asile aux États-Unis soit externalisé sur son sol. La carte de séjour (tarjeta de visitante regional), accordée aux Centraméricains, a une validité limitée au sud mexicain, riche pour l’instant de lignes budgétaires. Mais qui permet au Mexique de considérer qu’il n’y a aucune raison de lier dossiers migratoires et commerciaux, comme le fait Donald Trump.

Fermer, ou paralyser, la frontière provoquerait de graves désordres économiques au Mexique. 80% du commerce extérieur mexicain est dirigé vers le Nord, les États-Unis. Mais l’argument est réversible. Le Mexique est le troisième partenaire économique des États-Unis. Reste à savoir quelle est la «Nouvelle frontière» de Donald Trump, un président qui, pour gagner la consultation de 2020, semble prêt à tout. «La sécurité, a-t-il déclaré, début avril, est plus importante pour moi que le commerce.»

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Une découverte archéologique au Mexique relève le caractère sacré du chiffre 7

Le site maya de Chichén Itzá, au Yucatán, n’a pas livré tous ses mystères. Des prospections récentes ont fourni de précieuses informations sur les rites liés aux divinités de la fertilité en relation avec le septénaire. L’analyse d’un sanctuaire souterrain pourrait apporter ainsi un nouvel éclairage sur l’élaboration des systèmes culturels et idéologiques archaïques, et ouvrir des perspectives nouvelles à la question de savoir pourquoi, à tout âge et dans des régions très éloignées les unes des autres, différentes cultures ont attribué au chiffre 7 une place privilégiée dans leurs relations –réelles ou symboliques– avec le monde.

Photo : Unsplash/Filip Gielda

Le 19 février dernier, Guillermo de Anda, directeur du GAM (Gran Acuífero Maya, de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire INAH), avait annoncé la découverte d’un «trésor scientifique» enfoui dans une grotte-sanctuaire située dans le dernier bastion de la culture maya. Depuis plus de mille ans, les habitants de Chichén Itzá pratiquaient dans ce lieu consacré leurs prescriptions liturgiques. Une importante quantité d’objets ont été retrouvés, lesquels «contiennent des informations inestimables sur la formation et la chute de l’antique cité et sur les fondateurs de ce site iconique», selon le directeur du GAM. Parmi ces objets figurent plusieurs brûleurs d’encens représentant Tlaloc, le dieu de la pluie et l’une des plus anciennes divinités du panthéon précolombien.

Différents éléments se combinent dans cette découverte. Elle met en lumière la puissance du symbolique dans le rapport entre la vie quotidienne et les forces qui gouvernent la nature. La notion de fertilité, le nom de la grotte lié au plus grand félin américain, la présence du serpent «gardien de la grotte» et surtout sa configuration septénaire se révèlent particulièrement intéressants à analyser. En effet, déroutant au premier regard, l’arrangement de la grotte avec ses sept offrandes –ou «sept chambres-sanctuaires»– laisse néanmoins transparaître le même souci qui caractérise l’architecture sacrée à travers le monde.

Ceci est encore plus remarquable quand on sait que la symbolique du septénaire est souvent liée au concept de «Fertilité» et par extension à celui de «Prospérité». C’est là un fait qui mérite d’être remarqué. Car dans la région où se situe la grotte Balamku, le système de précipitations se serait modifié à partir du IXe siècle après J.-C., provocant une dramatique réduction de la production agricole. L’activité maya s’estompe à cette époque-là, avec la modification du régime de pluies, marquant l’effondrement de la civilisation.

Cette hypothèse, acceptée par la plupart des spécialistes, suggère implicitement que le changement climatique fut d’une telle ampleur qu’il pourrait justifier les offrandes retrouvées dans la grotte, comme l’indique un communiqué de l’INAH : cette «sécheresse inhabituelle» aurait «obligé les habitants à implorer la pluie en allant dans les entrailles de la terre, dans l’inframonde où règnent les divinités de la fertilité».

Or la configuration septénaire de la grotte peut poser maintes questions. Cette particularité numérique résulte-t-elle d’une heureuse coïncidence, ou bien s’agit-il d’un choix délibéré ? Pour y répondre, la symbolique des nombres se conjugue ici avec la mythologie. En effet, le chiffre 7 se retrouve au cœur même de la culture agraire sous la lumière de la symbolique du renouveau et de tout ce qui se rattache à la notion de fertilité. C’est ainsi que, dans le panthéon maya, l’archétype de l’homme Parfait est Hunahpu, connu aussi sous le nom de «Dieu-Sept» : il est représenté entouré de ses six avatars, constituant le groupe des sept dieux agraires.

Ces sept divinités associées à la nourriture pourraient expliquer l’existence des sept chambres-sanctuaires de la grotte Balamku. Plus intéressant encore, Balamku signifie en langue maya «Temple du Jaguar». Dans l’imaginaire maya, la relation du jaguar avec le septénaire est révélatrice à plus d’un titre. Ce grand carnassier joue un rôle essentiel dans la mythologie d’’Amérique centrale et du Sud. L’iconographie permet de l’associer à l’autorité, comme en témoignent les trônes en forme de jaguar ou recouverts de sa peau. Plusieurs rois portent le nom «jaguar» comme patronyme (Bouclier-Jaguar, Oiseau-Jaguar, Serpent-Jaguar, Lune-Jaguar…).

En tant que prédateur nocturne, le redoutable félin était considéré comme le médiateur entre les humains et les forces occultes. Il évoque le royaume de l’obscurité et de la terre, l’inframonde, à cause de sa façon très particulière de se glisser dans la jungle sans être jamais vu, comme l’ombre d’un esprit qui attend patiemment le moment de sauter sur sa victime. Sur le plan mythologique, le jaguar était le patron du septième jour de l’histoire de la création. Dans le temple qui domine le site de Tikal, grand centre cérémonial maya du Guatemala, on a retrouvé, sur le linteau d’une porte, l’image sculptée d’une divinité protectrice. Ornée d’une torsade passant au-dessus du nez, indiquant son caractère solaire, elle se transforme chaque nuit en jaguar de l’inframonde : sur sa joue figure le chiffre 7. D’après certains documents iconographiques, ce chiffre rappelle le dieu du monde souterrain et ses six avatars.

Depuis la plus haute Antiquité, le chiffre 7 fut considéré comme un élément capable d’harmoniser les activités humaines en relation directe à une réalité supérieure. La présence de sept divinités dans le panthéon de l’aire méso-américaine en est le témoin. Une escouade septénaire se retrouve notamment représentée sur le «Vase des Sept divinités» datant de la période classique (VIIIe siècle) : le dieu «chef» de l’au-delà est assis sur un trône en forme de jaguar et tapissé de sa peau et, à ses pieds, ses six acolytes dieux de l’inframonde mettent leur main gauche sur l’épaule droite en signe de soumission. Cette iconographie indique que la résidence du dieu était située sous terre ou dans une grotte, et qu’il était non seulement le dieu souverain de l’au-delà, mais aussi le propriétaire de toutes ses richesses. On peut voir là le signe de prospérité évoqué plus haut.

Sur l’origine mythique des Mayas

Selon la version la plus répandue, leurs premiers ancêtres traversèrent une période trouble d’incertitudes et des épreuves qu’ils devaient surmonter jusqu’à trouver le chemin de la délivrance menant aux «Sept cavernes». C’est là, dans cette topographie cohérente avec la mystique du septénaire, qu’ils donnèrent naissance aux descendantes des Mayas Quiché.

Dans le langage symbolique, une des applications du chiffre 7 est celle qui marque la fin d’un cycle. En général, il s’agit d’une période trouble d’incertitudes et de ténèbres, comme l’attestent les croyances, mythes et légendes élaborées dans des civilisations sur tous les continents. De ce fait, dans le récit des sept cavernes mythiques, «sept» détermina un changement de situation : en pénétrant dans l’obscurité de la caverne, tel un parcours initiatique ou un rite de passage, un chemin s’ouvre vers la Connaissance du monde, c’est-à-dire vers la Lumière. Un symbolisme analogue s’exprime par le biais du cycle solaire : le mois du «Soleil vert», particulièrement apprécié par les Mayas, était une période faste de plénitude et de confiance dans l’avenir car il marquait l’équinoxe du printemps ; c’était le septième mois de l’année.

L’idée selon laquelle les ancêtres mythiques sont sortis de sept cavernes apparaît un peu partout en Méso-amérique. Et le fait que ce nombre soit présent dès la genèse, permet de croire qu’on lui a attribué le statut de chiffre sacré. Selon la tradition, les ancêtres des Aztèques, qui étaient l’une des sept tribus chichimèques descendues du nord du Mexique, auraient surgi de la montagne Chicomoztoc, c’est-à-dire «Sept Cavernes» (chico : «sept»). Cette configuration aussi particulière semble être le lieu de la genèse commune aux peuples précolombiens. Une gravure de l’Historia tolteca-chichimeca du XVIe siècle témoigne dans ce sens. On peut voir la grotte primordiale aux sept cavités occupées par les tribus chichimèques qui fondèrent les principales villes du Mexique central.

Si à présent on sait que la tradition des sept grottes est profondément ancrée dans l’histoire précolombienne, c’est notamment grâce à une source de référence incontestée sur les premiers temps de la conquête : l’Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne, dont l’auteur, le Père Bernardino de Sahagún (1500-1590), fut chargé par l’Église d’enquêter auprès des indiens et de recueillir des témoignages sur leur origine :

«[…] Ce fut alors que leur dieu parla aux Mexicains qui partirent les derniers et leur dit qu’ils ne devaient point continuer à habiter ce vallon, mais poursuivre leur route pour découvrir plus de pays […] Chacune de ces tribus, du reste, célébra ses sacrifices dans les sept cavernes avant de partir. C’est pour cela que tous les peuples du Mexique se vantent d’avoir pris leur origine dans les dites cavernes d’où sont sortis leurs aïeux.»

Plus proche de nous, l’écrivain français et prix Nobel J. M. G. Le Clézio s’est intéressé, lui aussi, au sujet des sept cavernes. Il confirme, dans Le Rêve mexicain, que le thème de l’émergence souterraine «est répandu dans toute l’Amérique moyenne». Le site de Chichén Itzá, où se trouve la grotte du présent article, est une des plus anciennes fondations urbaines des Mayas (VIe siècle), et son nom était Uuc Yabnil, «Sept Eaux».

Cette appellation pourrait se rattacher à un culte qui apparaît fréquemment dans différentes régions du globe. Dans tous les cas, le chiffre sept est mis en relation avec le divin, sous différentes formes, constituant un groupe de sept individus, comme les sept dieux de l’inframonde mentionnés pus haut, ou sous l’apparence de statuettes votives féminines (fertilité). Ces dernières ont été retrouvées sur la même péninsule du Yucatán, à Dzibichaltún, l’un des principaux sites archéologiques dont les constructions datent de 700 après J.-C. : dans le temple dit des Sept Poupées, devant l’autel décoré de peintures et d’inscriptions, une cavité abritait sept statuettes votives auxquelles le temple doit son nom. Or, au regard de ces éléments –les Sept Poupées, les Sept Eaux, les Sept cavernes Chicomoztoc– on peut conclure que le rapport entre le septénaire et la notion de «Fertilité» reste bel et bien établi. Mais il y a plus fort encore. 

Dans la même optique, l’image de la caverne primitive renvoie à l’idée de la gestation, voire la matrice, autrement dit «l’utérus». Un texte cité par Le Clézio fournit une précieuse information dans ce sens :

«L’origine des peuples chichimèques est un mythe d’émergence qui évoque, lui, aussi, sept sources, ou sept grottes. Le Traité de Jacinto de la Serna [Tratado de las idolatrias… in El Alma Encantada, Mexico, 1987] apporte une illustration chamanique de ce thème de la naissance des hommes : parmi les termes utilisés par les anciens nahualli (sorciers) aztèques pour désigner l’utérus féminin figure l’expression « les sept grottes « , ce qui rappelle la légende de Chicomostoc.»

Cette conception septénaire de la nature s’est perpétuée dans deux figures centrales de la mythologie méso-américaine, dans lesquelles se conjuguent les trois éléments principaux de cet exposé : le chiffre Sept, la fertilité et l’élément de base de l’alimentation.

Chicomexochitl et Chicomecoatl

Les divinités associées à la végétation, pour des raisons évidentes, jouent un rôle prépondérant dans l’imaginaire de toutes les cultures américaines. Au Mexique, la déesse de l’eau Chicomexochitl, «Sept fleurs», rejoint dans le même domaine la déesse de la fertilité et de la Terre Chicomecoatl, «Sept serpents» (le sens symbolique du serpent renvoie à la terre).

L’iconographie de Chicomecoatl, appelée aussi Chicomolotzin : «vénérée (tzin), déesse des sept (chicome), épis (olotl)», la représente adorée par son peuple, parfois la tête couronnée de sept épis de maïs. En général, elle est représentée avec sept serpents sortant de sa jupe. Les offrandes et la position des personnages montrent très clairement la dévotion du peuple envers cette déesse de l’agriculture.

Le culte d’une déesse de la fertilité associé au chiffre 7 semble être très ancien. On trouve par exemple, dans le codex Teozacoalco, la mention d’une princesse «Sept-Fleurs» à une époque qui correspond à l’année 692, soit presque un millénaire avant l’arrivée des Espagnols. Et un document archéologique atteste que la déesse Chicomecoatl avait déjà son homologue entre les IIIe et VIIIe siècles. Il s’agit d’une plaquette d’onyx où une déesse, dont la tête s’orne d’un cormier (gueule d’un serpent fantastique), porte sur la poitrine une inscription hiéroglyphique composée d’une barre et de points à la manière des Mayas et des Zapotèques : c’est le chiffre 7.

Comme on peut le constater, le culte de ces dieux était très important car la prospérité du peuple dépendait essentiellement des activités agraires. À titre d’exemple, Tlaloc, le dieu de la pluie et des moissons retrouvé dans la grotte Balamku. En tant que dieu de la fertilité, il est associé au chiffre sept sur une stèle votive où sept rayons jaillissent du glyphe «7 Pluie» ; sa tête porte une coiffe en forme de signe de l’année : il était le régent du 7e mois du calendrier Aztèque.

Ce qui est en haut est en bas 

Au regard des thèmes exposés jusqu’ici, il apparaît que le chiffre 7 se révèle comme un élément important dans la pensée préhispanique, une sorte de pattern susceptible d’expliquer la configuration septénaire de la grotte Balamku, et d’apporter en même temps une plus juste compréhension des mœurs et des valeurs d’un monde qui aujourd’hui nous est complètement étranger, à la frontière même du réel et de l’invisible. D’autres sujets auraient pu être présentés pour étayer nos propos, mais une étude plus approfondie serait impossible dans le cadre de cet article.

Toutefois, pour conclure sur le thème de la fertilité, il est intéressant de mentionner que les Mayas étaient d’excellents astronomes et mathématiciens, et que la constellation des Pléiades et ses sept étoiles visibles à l’œil nu ont joué un rôle déterminant dans la maîtrise de l’agriculture. Par conséquent, la présence du septénaire ne relève en aucun cas du hasard, mais de la volonté de se conformer à la nature de la création, selon ses principes et méthodes. Sans oublier que le corps humain, lui aussi, a contribué à consolider l’association 7-Fertilité avec ses sept orifices naturels, plus facilement repérables dans le corps de la femme : deux narines, deux orifices de l’audition, la bouche, l’anus et le vagin. Et la concordance entre les 28 jours du cycle lunaire et le cycle biologique féminin a sans doute attiré l’attention sur le rapport numérique entre les choses. Ce rapport, qui s’articule autour du chiffre 7, aurait inspiré l’idée selon laquelle le renouvellement perpétuel du cycle cosmique est inhérent au cycle de la vie et à la fertilité : 28 est le produit de l’addition des sept premiers nombres entiers… 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 = 28. À méditer.

Eduardo UGOLINI

Le Sénat mexicain approuve une réforme qui accorde des droits aux employées de maison

Ce mardi 23 avril, le Sénat mexicain a approuvé, à l’unanimité, l’avis des commissions législatives qui réforment les lois fédérales du travail et de la Sécurité sociale, avec l’objectif de réguler le travail domestique rémunéré, ainsi que de reconnaître et de garantir les droits des personnes qui se consacrent à ce travail.

Photo : Cuartoscuro Isaac Esquivel

Entre autres choses, la réforme, approuvée à 112 votes, établit que les personnes employées de maison ont droit aux vacances, à des primes de vacances, à des jours de congés payés, un accès obligatoire à la Sécurité sociale, une prime de Noël, et toute autre prestation qui pourrait être conclue entre les parties ; la Commission nationale des salaires minimum fixera les salaires qui devront être payés à ces employées et employés, qui ne pourront en aucun cas être inférieurs à deux salaires minimums actuels.

Pendant la discussion sur le projet de loi, des sénatrices de différents groupes parlementaires ont mis l’accent sur plusieurs aspects de la réforme. «Pour elles, de longues journées de travail, avec tous types de tâches, dont quelques-unes très ingrates et abusives […] et, en retour, elles reçoivent les salaires les plus bas», a déclaré la sénatrice Bertha Xóchitl Gálvez Ruiz. Martha Lucía Micher Camarena, du parti présidentiel Morena, a exposé les inégalités dont souffrent les femmes dans le domaine du travail domestique par rapport aux hommes.

La sénatrice a expliqué que trois hommes employés de maison sur dix gagnent deux salaires minimum ou moins, alors que la proportion augmente à quatre sur dix dans le cas des femmes. De plus, 83,2% des hommes dédiés au travail domestique rémunéré ne disposent pas d’accès aux services de soin, alors que le pourcentage des femmes dans cette situation augmente à 98%.

«Un des grands problèmes auquel nous sommes confrontés dans la valorisation sociale du travail, est les stéréotypes et les préjugés existant liés à ces activités, qui sont considérées comme presque naturelles. Non, chèr·e·s collègues, nous les femmes, nous ne sommes pas nées avec le plaisir de laver et repasser, ou de changer la couche d’un bébé à trois heures du matin quand nous n’avons pas du tout dormi. Rien n’est naturel, ce n’est pas inhérent aux femmes, c’est un sujet qui a à voir avec le patriarcat, avec cette culture machiste et avec une culture qui a donné un privilège aux hommes et les a caractérisés comme des gens qui ne peuvent ni laver ni repasser», a-t-elle affirmé.

Elvia Marcela Mora Arellano, du parti Encuentro Social, a rappelé le texte écrit par Rosario Castellanos en 1970 pour le journal Excélsior dans un article intitulé «Casandra de sandales : la libération de la femme, ici» : «quand la dernière bonne disparaîtra sur le petit matelas où repose maintenant notre conformité, la première rebelle furieuse apparaîtra. »

Elle a ajouté que «le Mexique commence à peine à payer la dette qu’il a envers des générations et des générations de femmes, dont beaucoup sont pauvres et qui, sans disposer d’autres alternatives, ont opté pour ce travail, à ce qu’on en a romancé en l’investissant comme une relation quasi filiale et familiale pour nier les droits du travail». «L’infantilisation que les patrons encouragent pour ne pas reconnaître que nous sommes en train de parler de personnes employées, cela arrive à sa fin, ou nous espérons que cela finira, avec cet avis», a-t-elle conclu.

La sénatrice du Movimiento Ciudadano Patricia Mercado a reconnu les différents faits qui se sont conjugués pour une approbation unanime de la proposition. Elle a reconnu la décision de la Cour suprême de justice de la nation qui a déclaré inconstitutionnel le fait que les employées de maison ne soient pas inscrites à l’Institut mexicain de la Sécurité sociale, comme la majorité parlementaire du parti Morena, qui a une vision syndicaliste et cherche la reconnaissance de la dignité des travailleuses et travailleurs.

Pendant son exposé, Patricia Mercado s’est émue en rappelant que le jour précédent, la sénatrice du parti PAN Xóchitl Gálvez lui a dit avoir travaillé avec force pour cette initiative parce que sa mère s’était dédiée à laver des vêtements. «J’ai été très touchée que tu me le dises et j’ai compris ton engagement», a-t-elle déclaré, s’adressant à Gálvez.

La sénatrice du PAN, de son côté, a dédié l’approbation de l’initiative aux employées de maison : «Pour elles, parce qu’elles sont principalement des femmes, de longues journées de travail, avec tous types de tâches, dont certaines très ingrates et abusives ; des responsabilités dans l’éducation et le soin des enfants et des personnes malades ; parfois mangeant les restes du repas principal. En retour, elles ont reçu des salaires plus bas que le minimum, elles ne disposaient pas de prestations sociales, et leur situation d’exploitation silencieuse prend une nuance encore plus grave car elle se passe dans l’intimité du domicile de ses employeurs. Cette tyrannie devait arriver et va arriver à sa fin.»

D’après Aristegui Noticias
Traduit par Cécile Spanu

Qui trop embrase mal éteint ? : le Mexique demande des excuses à l’Espagne colonisatrice

Andrés Manuel López Obrador, surnommé AMLO, président du Mexique depuis le 1er décembre 2018, a demandé à l’Espagne des excuses publiques concernant la période de la colonisation espagnole au Mexique. De 1521 jusqu’à l’indépendance de Tenochtitlan en 1821, des torts ont été commis par le peuple espagnol. AMLO a écrit le 1er mars au Roi Philippe VI pour lui demander un geste de réconciliation, permettant de solder l’invasion et la colonisation. Demande «rejetée avec fermeté» par Josep Borrell, ministre espagnol des Relations extérieures.

Photo : TV azteca noticias

Personne ne sait ce que dit la lettre de tentative de réconciliation d’AMLO. Or celui-ci en a donné l’essence dans un message vidéo filmé sur les ruines préhispaniques de Comalcalco, sur ses terres de Tabasco. «J’ai envoyé cette lettre pour qu’un pardon soit transmis aux peuples originaires, pour les violations de ce qu’on appelle aujourd’hui les droits de l’homme, les tueries de la prétendue conquête […] l’excommunication des pères de la patrie.»

Pourquoi cette initiative que rien ne laissait soupçonner ? Pourquoi seule l’Espagne est-elle visée ? Y aurait-il un contentieux entre les deux pays qui permettrait de comprendre cette initiative inamicale ? Pourquoi Paris et Washington n’ont-ils pas reçu une missive identique ? Les États-Unis et la France ont-ils eux aussi gravement bousculé l’intégrité territoriale du Mexique ?

Les rapports entre anciens colonisés et colonisateurs restent marqués par ce péché originel. Le colonisateur est condamné à la mauvaise conscience. Le colonisé, à l’exaltation de son geste indépendantiste. La mémoire collective des uns, les Mexicains, et des autres, les Espagnols, reflète une vision croisée. L’histoire officielle, véhiculée par les manuels scolaires en porte la trace. Le Mexique se veut indien, et même aztèque. Il a relégué les restes du «conquistador» Hernán Cortés, dans le quasi-anonymat d’une petite église de sa capitale. Les Espagnols souvent contestent, comme le romancier Arturo Pérez-Reverte, la réalité d’une légende noire. Mieux ou pire, Pablo Casado, responsable du Parti populaire, a revendiqué ce moment comme «le plus brillant de l’histoire de l’humanité».

L’Espagne et le Mexique avaient déjà fait l’expérience de cette incompréhension mutuelle pour commémorer 1992. Cette date était-elle l’année du cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique comme le proposaient les Espagnols ? Ou était-elle l’an I d’une légende noire comme cela était avancé au Mexique ? Au terme de négociations ardues, 1992 aura été finalement le cinquième centenaire de la rencontre entre deux mondes. Juste après la tenue du premier sommet ibéro-américain en 1991, dans la ville mexicaine de Guadalajara. Alors que les Espagnols auraient préféré à Séville, en 1992.

Cependant, ce courrier a surpris. Philippe VI, présent pour sa prise de fonction, avait salué AMLO le 1er décembre 2018. Le Président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a effectué une visite officielle à Mexico le 29 janvier 2019. Ces deux contacts bilatéraux s’étaient déroulés sans incident. 2021 sera une année de manifestations destinées à contribuer au rappel d’un passé, et à partager amitié et coopérations.

Les incompréhensions récentes pourront sans doute être surmontées dans les prochains mois. Comme cela avait été le cas en 1992. Cette lettre présidentielle mexicaine adressée au monarque ibérique n’était sans doute pas nécessaire. Plusieurs voix ont signalé en Espagne, mais aussi au Mexique, que les Indiens n’ont pas été bien traités par les gouvernants du Mexique indépendant, plus «espagnols» qu’indigènes. Certains historiens mexicains, comme José Maria Murria, Antonio García de León et Carlos Martínez Assad, mais aussi leur collègue espagnol, José Álvarez Junco, ont rappelé que les générations espagnoles actuelles ne pouvaient être considérées coupables et comptables de crimes commis il y a plusieurs siècles. Les opposants mexicains au président AMLO ont dénoncé une initiative électoraliste, dommageable aux rapports bilatéraux avec l’Espagne. Ceux de Pedro Sánchez ont critiqué son «ami gauchiste» AMLO.

Finalement, le Pape François interpellé par une missive parallèle a répondu en jésuite par la voix de son porte-parole : «Le Saint-Père aurait été enchanté de se rendre au Mexique pour commémorer en 2021 500 ans d’évangélisation des Amériques. Mais il a déjà visité le Mexique. D’autres pays espèrent sa venue.»

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Cent vingt dénonciations de violences sexistes publiées contre des journalistes mexicains

Entre le 23 et le 26 mars, le compte Twitter @periodistasPUM, de l’organisation Periodistas Unidas Mexicanas (Journalistes mexicaines unies), a publié 120 dénonciations de violences sexistes qui impliquent des journalistes, rédacteurs en chef, photographes, chroniqueurs et dirigeants de divers médias de communication mexicains. Onze hommes ont été signalés par plus d’une femme, a révélé l’organisation. SUITE

Photo : Twitter/@periodistasPUM

Après la diffusion le samedi 23 mars de dénonciations de violences sexistes dans le milieu littéraire sous le hashtag #MeTooEscritoresMexicanos (Me Too Écrivains Mexicains), les Periodistas Unidas Mexicanas ont décidé de promouvoir le hashtag #MeTooPeriodistasMexicanos (Me Too Journalistes Mexicains), pour recevoir des témoignages d’agressions machistes dans les médias. Le compte Twitter a publié 120 dénonciations, parmi lesquelles 119 dont l’agresseur fut un homme et seulement un cas où elle fut une femme. De plus, 11 hommes ont été signalés par plus d’une personne pour avoir exercé des violences sexistes.

Des 37 médias signalés comme lieux de travail des agresseurs dans les accusations, quatre se sont prononcés sur le sujet. L’agence CIMAC a annoncé une enquête interne pour éviter que se répètent ces conduites, telle celle attribuée à un ex-rédacteur en chef ; le réseau Red de Periodistas de a Pie s’est engagé à concevoir un protocole de conduite en cas de harcèlement sexuel après que trois de ses collaborateurs ont été dénoncés ; alors que Chilango y Más por Más ont informé de la suspension des postes de deux de ses trois collaborateurs signalés, pendant le déroulement des enquêtes et avant une prise de décision définitive.

«Dans le collectif PUM, nous avons donné la parole aux femmes victimes de violences, en leur apportant une protection, en cohérence avec les raisons à l’origine de la formation de notre groupe. Notre travail a consisté à mettre en évidence un problème qui se produit fréquemment dans l’exercice de nos fonctions depuis très longtemps, dans une totale impunité», rappelle le groupe.

«Le changement viendra des entreprises de presse qui assument leurs responsabilités pour garantir des espaces sans violence pour les femmes, en appliquant une politique de zéro tolérance face au harcèlement sexuel, en créant et faisant respecter les protocoles adéquats pour traiter les plaintes de ces conduites illégales et inappropriées qui entravent le développement professionnel et affectent la vie personnelle, en développant des mécanismes de dénonciation sûrs et fiables, et en mettant en place des mesures préventives pour lutter contre ce type de violence», a conclu PUM.

D’après Aristegui Noticias
Traduit par Cécile Spanu

Un «trésor scientifique» découvert sur le site maya de Chichén Itzá au Mexique

Balamkú, «le temple du dieu jaguar», un sanctuaire souterrain fréquenté il y a plus de mille ans par les Mayas, dans l’antique cité maya de Chichén Itzá (péninsule du Yucátan, Mexique) a été redécouverte par les archéologues mexicains plus de cinquante ans après sa première découverte en 1966. Les scientifiques du projet GAM (Gran Acuífero Maya) de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (INAH) ont annoncé le 19 février dernier avoir jusqu’à présent parcouru environ 460 mètres à travers la grotte pour trouver ce trésor scientifique qui compte sept offrandes, d’innombrables objets en céramique, et plus de 200 brûleurs d’encens, dont beaucoup d’entre eux représentent Tlaloc, le Dieu de l’eau.

Photo : Veme

Dans ce lieu de vestiges extraordinairement conservés, cette découverte contribuera à comprendre l’histoire de Chichén Itzá. La grotte, scellée pendant des siècles, offre une conservation optimale des objets qui «contiennent des informations inestimables sur la formation et la chute de l’antique cité et sur les fondateurs de ce site iconique» a exprimé Guillermo de Anda, directeur du GAM. En effet, les scientifiques espèrent que la datation de ces vestiges permettra d’avoir plus de détails sur l’origine et le mode de vie des Itzá, le peuple maya qui vivait dans la péninsule du Yucátan. 

Un demi-siècle plus tard, la redécouverte du site

Il y a cinquante ans, la grotte avait été découverte par la population locale, qui avait alors informé l’INAH. Un chercheur envoyé par l’Institut, Víctor Segovia Pinto, avait remis un rapport technique qui, pour une raison inconnue, ne précisait pas l’entrée de la grotte.

C’est alors que l’an dernier, Guillermo de Anda, qui avait commencé un projet dans la région trois ans auparavant, a découvert la grotte Balamkú en étudiant un gouffre situé à deux kilomètres du temple de Kukulcán. «Ce que nous avons alors découvert était incroyable, rien n’était altéré et un des brûleurs d’encens est même devenu une stalagmite», a raconté Guillermo de Anda, directeur du projet.

Balamkú se situe à 2,7 kilomètres à l’est du temple de Kukulcán. Les scientifiques se questionnent sur la possible relation entre les deux édifices, étant donné la distance qui les sépare. La cartographie 3D et la paléobotanique seront mis en œuvre par les chercheurs du GAM pour réaliser une étude approfondie du site qui permettra de comprendre l’effondrement de la civilisation maya et le déclin de la grande cité de Chichén Itzá au 13e siècle, toujours inexpliqué à l’heure actuelle.

Pourquoi les Mayas ont-ils déposé leurs offrandes dans une galerie si secrète ?

L’hypothèse avancée par les scientifiques du GAM est qu’«au cours de la période de l’époque post-classique (700-1000 après J.C.), le nord de la péninsule du Yucátan a connu un épisode de sécheresse inhabituel qui a obligé les habitants à implorer la pluie en allant dans les entrailles de la terre, dans l’inframonde où règnent les divinités de la fertilité», signale le communiqué de l’INAH.

Les archéologues ont dû ramper pour pouvoir découvrir les sept chambres-sanctuaires identifiées jusqu’à présent. La morphologie tortueuse de la grotte qui ressemble à un «ver», comme la décrit Guillermo de Anda, aurait pu inciter les Mayas à faire les offrandes au plus profond de la galerie afin d’être plus proches des dieux. En langue maya, «Balam» signifie «jaguar» et «Kú» «temple». La grotte Balamkú fait donc référence à cet animal mythique qui conserve un lien étroit avec les divinités associées à l’inframonde, et avec les portes d’accès à ce monde souterrain.

Un serpent corail, gardien de la grotte

Les Mayas habitant toujours au Yucátan ont raconté que le serpent corail était le gardien de la grotte. Et en effet, Guillermo de Anda expliqua qu’un reptile de cette espèce, qui est parmi les plus venimeux du monde, avait bloqué pendant quatre jours l’accès de la grotte aux scientifiques. Respectant la demande des Mayas vivant près du site de Chichén Itzá, les archéologues ont procédé pendant six heures à une cérémonie spirituelle d’expiation afin d’éviter qu’un drame ne se produise en pénétrant dans la grotte.

Alexandra JAUMOUILLÉ

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