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Mexique

Le Jour des Morts au Mexique et l’identité d’une nation

“Pour l’habitant de Paris, New York ou Londres, la mort est ce mot qu’on ne prononce jamais parce qu’il brûle les lèvres. Le Mexicain, en revanche, la fréquente, la raille, la brave, dort avec, la fête, c’est l’un de ses amusements favoris et son amour le plus fidèle”, écrivait le poète Octavio Paz.

Le passage de la vie à la mort, c’est un moment emblématique qui a causé l’admiration, la peur, l’incertitude à l’être humain au cours de l’histoire. Au cours des années, les différentes cultures autour du monde ont construit leurs propres croyances autour du concept de la mort. Dans le cas du Mexique, l’identité de la nation se reflète à travers la conception qui existe sur l’idée de la mort et toutes les traditions et croyances qui l’entourent. Le jour des morts, c’est une festivité qui s’appuie sur la croyance populaire selon laquelle, pendant les nuits du 31 octobre au 1er novembre, les âmes des défunts reviennent sur terre pour rendre visite à leurs familles.

Les rituels autour de cette célébration, d’origine préhispanique, se mélangent aux coutumes de nature catholique transférées de l’Europe médiévale, selon une récente étude de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire du Mexique. C’est la tradition la plus profonde et dynamique pratiquée au Mexique ; parler du jour des morts, c’est parler de son côté mythique, symbolique, de ses racines préhispaniques, des autels, des offrandes, et de l’histoire. Chaque jour de la festivité est dédiée à une certaine catégorie de morts, c’est-à-dire qu’il y un jour pour honorer les défunts adultes, un autre pour les enfants, un autre pour ceux qui ont souffert d’un accident… Ces jours-là varient selon la région ou selon la manière dont la famille choisit d’interpréter la festivité. Cette fête avait lieu chaque neuvième mois du calendrier mexicain.

À leur arrivée, les Espagnols ont fait coïncider la tradition indienne avec la catholique, ce qui a conduit aux dates officielles des 1er et 2 novembre (respectivement la Toussaint et la Commémoration des fidèles défunts). Cette célébration du retour de la mort a suscité plusieurs débats sur son origine ; de multiples traditions peuvent être considérées issues soit de l’Europe médiévale, soit des traditions pré-hispaniques. Selon la récente réflexion de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire, la fête des morts a des origines catholiques et cela depuis le Xème siècle.

La symbologie des autels et des offrandes

Les offrandes sont l’élément le plus important de la festivité, la manière d’accueillir les morts sur la terre des vivants puis les accompagner dans l’au-delà une fois ces dates passées, tout en construisant des autels à la mémoire du défunt. Ces magnifiques autels sont composés avec tous les objets dont les morts ont profité au cours de leur vie et des objets dont ils auront besoin pour transiter jusqu’à l’autre monde, comme leur nourriture et boisson préférées, des jouets, des cigarettes…

Chaque autel se compose de plusieurs niveaux, soit de 2, 3 ou 7, ayant chacun sa signification propre : ils représentent soit la division de la terre et du ciel, soit les trois niveaux composés par le ciel, la terre et l’enfer, soit les sept niveaux que doit traverser l’âme pour réussir à trouver le repos de son esprit. Il y a une série d’éléments essentiels qui doivent apparaitre dans l’offrande, comme cela est le cas du sel qui représente la purification et la protection des mauvais esprits, du copule et de l’encens qui servent à guider l’âme avec son parfum, des « papeles picados » (des papiers découpés) avec la représentation des squelettes ou la tête de mort, des « cémpasuchil », la fleur de la saison qui, selon le peuple mexicain, sert à renfermer les rayons du soleil qui illumineront le chemin des morts pour faciliter leur retour à la terre, des crânes en sucre ou en chocolat, le « pain des morts », brioche spéciale de la saison, de l’eau qui donne de l’énergie pour le chemin, les plats favoris du défunt et pour finir une photographie du défunt.

Finalement, il faut affirmer que ce n’est pas qu’une tradition proprement mexicaine ; il y a des célébrations semblables dans d’autres pays sud-américains ou européens car, comme nous l’avons précédemment expliqué, s’il y a un certain nombre d’études qui nous montrent que ce n’est pas une tradition directement issue du Mexique pré-hispanique, et qui tendent à prouver qu’elle est d’origine européenne, ces études montrent aussi que les origines préhispaniques seraient une légende créée par des intellectuels mexicains des années 30. Néanmoins, pour le peuple mexicain, cela reste une tradition très profonde qui l’encourage à aller de plus en plus loin pour maintenir ses êtres chers le plus proche d’eux. Festivité reconnue par l’Unesco comme Patrimoine Culturel Immatériel de l’humanité, le jour des morts n’est pas une date pour pleurer, mais pour célébrer la vie après la mort.

Karla RODRIGUEZ

Le président Donald Trump menace le Canada et le Mexique d’annuler le traité ALENA

L’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), signé par ces trois pays, en 1992 et mis en application en 1994, l’Alena liant les États-Unis, le Canada et le Mexique est menacé d’annulation par le président Donald Trump qui veut le « renégocier ou l’annuler ». Le grand perdant sera le Mexique.

Photo : Radio Canada

Signé par ces trois pays en 1992 et mis en application en 1994, l’Alena (1) a surtout profité aux transnationales états-uniennes qui ont massivement délocalisé leurs industries vers le Mexique où la main d’œuvre était peu chère et corvéable à merci, surtout dans le secteur de l’automobile. L’idée de revoir ou de « refonder » le traité est qu’il bénéficie surtout aux intérêts des États-Unis, de réduire leurs déficits commerciaux et reprendre la main sur tout le commerce entre les trois pays. Trump veut tout revoir en tirant la couverture à soi bien entendu. Les deux autres partenaires du traité essaieront de limiter les dégâts.

La position mexicaine

Le Mexique avait signé ce traité surtout pour accéder au marché US. Pour cela, il a sacrifié une bonne partie de sa souveraineté, de son économie, de son agriculture (surtout celles de ses petits paysans), la croissance de son marché intérieur, les salaires, les acquis sociaux, les ressources naturelles, et on en passe. Il refuse que la réduction du déficit commercial US se fasse par une diminution des échanges commerciaux. Il faut dire que 80 % des exportations mexicaines se font en direction du nord !

L’analyse tendancieuse de Trump

Pour le président US, « l’ALENA est responsable de la perte de 700 000 emplois aux USA et d’un déficit de plus de 54 milliards d’euros en faveur du Mexique. C’est le pire accord commercial de l’Histoire… » Ce n’est pas tout à fait vrai. Le commerce avec le Mexique est passé de 81 milliards de dollars en 2003 à 540 milliards en 2015. Les entreprises US en ont bien profité… C’est aussi oublier que les deux partenaires du traité représentent plus d’un tiers des exportations US et que 40 % de ces exportations résultent de l’ouverture obligatoire de leurs économies aux produits US ! Si la Chine est le premier partenaire commercial des États-Unis, le Canada est le deuxième et le Mexique son troisième (2). Pas si mauvais que cela pour les USA, ce traité finalement !

Même constat pour le Canada

Son économie a toujours été très liée à celle des États-Unis : 75 % de ses exportations sont dirigées vers eux. Une révision à la baisse du traité ne peut que défavoriser le Canada. Par contre, les échanges Canada-Mexique ont augmenté de 7 à 10 % annuellement et le Canada a massivement investi au Mexique.

Un traité peu favorable aux paysans mexicains

Si les transnationales des trois partenaires ont largement bénéficié du traité, le petit peuple mexicain a toujours été perdant : perte d’emplois massive dans le secteur agricole, diminution des salaires industriels, exploitation des ressources naturelles, etc. Le Mexique est un pays dit émergent face à deux des économies les plus puissantes de la planète. Le secteur agricole mexicain a été systématiquement démantelé. En effet, alors que le Mexique doit « se plier aux règles du libre commerce » imposées par les États-Unis, les paysans états-uniens bénéficient de jusqu’à 30 % de subventions ! Le maïs est un bon exemple : les importations de maïs états-unien vers le Mexique ont beaucoup augmenté non parce que la demande mexicaine aurait augmenté mais parce que le maïs US est meilleur marché car subsidié par son gouvernement. Le maïs US prend peu à peu la place du maïs mexicain au Mexique ! Les échanges sont clairement inégaux… Malgré sa défense impérieuse du « libre commerce », les États-Unis sont un des pays les plus protectionnistes de la planète.

Négociations en cours

La première ronde de (re)négociations a eu lieu le 16 août 2017 à Washington, la seconde ronde à Mexico début septembre. Les pourparlers sont secrets. Et ils seront serrés. Lorsque le président Trump a demandé sur Twitter à ses 34 millions de lecteurs « s’il fallait quitter le TLCAN », le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo, a répondu que « une négociation ne se réalisait pas en 142 caractères ». Pour le Mexique, « les négociations doivent être fondées sur un principe de souveraineté et de dignité nationale ».

Jac FORTON

 (1) ALENA en Français, TLCAN en Espagnol (Tratado de Libre Comercio de América del Norte) et NAFTA en Anglais (North America Free Trade Agreement).    (2) D’après un article de Maria Cristina Rosas, de l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM), publié par ALAI le 14 octobre 2017.

 

Mexico, août 2017, bas les masques… subtils… virtuels et immatériels…

Le Mexique selon la formule consacrée est un pays de masques. Masques physiques comme celui de feu le sous-commandant Marcos ou ceux des lutteurs qui s’affrontent sur la scène de « l’Arena México ». Mais il y a des masques plus subtils, plus difficiles à découvrir, virtuels et immatériels.

La lecture des pages culturelles, quel que soit le support, papier comme téléphonique, est pourtant univoque. L’offre de masse vient du nord. Les films proposés à la télévision et dans les salles sont ceux qui sont projetés ailleurs ou partout. Un spectacle itinérant de rock and roll parcourt le Mexique dans ses profondeurs. La gastronomie accompagnant ces sons et ces images sans surprise s’appelle, Coca-Cola, Macdonald et Starbuck Coffee. Ici et là, comme à Lyon ou Barcelone, le passant ou le chauffeur est invité par la publicité à apprendre l’anglais, ou à mettre son enfant en classe d’immersion bilingue. La Fondation Soumaya, à juste titre, lui est signalée pour ses trésors artistiques. La baguette magique du richissime Carlos Slim a rassemblé ici l’une des plus importantes collections privées de peinture et sculpture européenne. Au cœur de « Nuevo Polanco » quartier branché et chic, écrasé de tours réparties dans des rues aux noms d’auteurs universels.

Ce cylindre monoculturel paraît emporter toute diversité, voire la culpabilise. Au point de faire perdre la notion du réel à l’auteur de ces lignes. Qui a pris un taxi en maraude sur Reforma la grande avenue « globalisée » de la capitale mexicaine, au mépris de toute sécurité bien comprise. Le taxi et son propriétaire ont brutalement illustré un décalage. À droite et à gauche de la chaussée, défilent toujours les Sheraton et autres Marriott. Mais le décor est bien différent dans la petite cabine du taxi rose et blanc. Le conducteur, crâne rasé et tatoué annonce des couleurs dissidentes, en appuyant sur une série de boutons.

La vierge de Guadalupe apparaît en surimpression et à pleines couleurs verte et rouge au-dessus du rétroviseur. Son apparition est rythmée par une musique inattendue, aux paroles rugueuses, une cumbia mexicaine. Le chauffeur couve des yeux pendant la course une petite statuette fixée sur son tableau de bord. Une sorte de Pieta tenant dans ses bras sans surprise un Christ sans vie. Une Pieta drapée comme la vierge de Michel-Ange. Mais ses traits sont bien différents. Ceux d’un crâne sans expression particulière. Cette vierge est la Santa Muerte, La Santa Muerte es « Mi vieja », commente sans autre forme de procès le chauffeur. Qui peut-être, après l’avoir consultée, me débarque sans autre forme de procès. Pour parler à sa « Reina » au bout de son portable.

Les apparences seraient-elles trompeuses ? Oui et non. Non parce que le décor est bel et bien planté. Macdonald, Sheraton et Starbuck sont physiquement palpables. Tout comme la caravane ambulante du rock and roll. Et aussi le musée Soumaya, haut bouchon de champagne argenté qui abrite la collection de Carlos Slim. Oui parce que derrière ce rideau étincelant existe une autre réalité. On peut la croiser sans la voir, ni l’entendre. À l’exception de la folklorisation touristique des Mariachis dans les grands hôtels internationaux. Et ouvrant l’œil bien grand, l’effet de choc est au RV.

Dans l’une des rues piétonnes proche du Zócalo, la Grand-Place de la ville, plusieurs dizaines de passants font la queue devant une pâtisserie vouée à la diffusion du cholestérol. Tous, Mexicains, travailleurs du quartier, s’offrent avant de plonger dans les méandres d’un métro redouté, une douceur crémeuse.  Sur le trottoir les joueurs d’orgue de barbarie, vêtus de kaki, aujourd’hui comme hier et avant-hier, tournent leurs rengaines en quémandant l’aumône. Sautant les accros du gâteau, les curieux peuvent après accord du vigile, grimper au premier étage, la « salle d’exposition ». Le spectacle est à couper la digestion des estomacs les plus solides. D’énormes blocs de pâtes blanche, bleue, rose, composent des châteaux de sucre dépassant pour certains deux mètres et cent kilos. Il y a en a pour toutes les circonstances de la vie, baptêmes, communions, fête des 15 ans, mariages, noces d’argent, d’or, événements sociaux les plus divers.

À quelques centaines de pas, la place Santo Domingo. Là selon les langues informées, sous les arceaux gondolés d’un bâtiment colonial, des artisans imprimeurs travaillant à l’ancienne peuvent vous refaire une identité et un curriculum flatteur. Au risque si vous êtes découvert, de subir l’opprobre des « diplômés de Santo Domingo ». Au tournant de la place ou quasiment, un théâtre municipal affiche un festival international de boléro, ignoré des médias. La salle est pLeine, enthousiaste et participative. La quasi-totalité des morceaux sont repris par des aficionados qui en connaissent les paroles par cœur. Tout comme ceux du Lunario, autre salle publique, plus éloignée qui programmait un spectacle en souvenir de José Alfredo Jiménez, surnommé « El Rey ». Garçon de café, ignorant tout du solfège, mais musicien de tripes, il a des années 1950 à 1970 trouvé l’oreille de ses compatriotes. 44 ans après sa mort, tequila en mains, solidement assise, une assistance complice a fait un triomphe sonore à sa mémoire et à celle de ses compositions.

Un haut fonctionnaire mexicain, pris d’un haut le cœur à l’évocation du muralisme révolutionnaire, m’a dirigé vers des créations plus en accord avec l’époque. Des peintres de l’Alliance du Pacifique privilégiant une abstraction déterritorialisée. Soit. Il y a de l’esthétique partout. Et donc aussi dans le muralisme qui attire toujours autant de curieux. Bellas Artes, musée public est couvert d’œuvres monumentales de Rivera, Siqueiros, Orozco. On doit patienter pour entrer, pour cause d’affluence. L’exposition temporaire consacrée au dialogue entre Picasso et Rivera qui a dépassé les capacités d’accueil du musée, n’a rien arrangé (1). Tout comme à San Ildefonso, couvent colonial couvert de fresques révolutionnaires d’Orozco, qui héberge une magnifique exposition du photographe colombien Leo Matiz (2), inspirateur du muraliste Siqueiros.

La culture, l’officielle comme celle qui se cache, est révélatrice de l’esprit du temps et d’un pays. Ce bref parcours culturel mexicain du mois d’août, quelque part vérifie la lumineuse hypothèse de Serge Gruzinski, sur le Mexique qui depuis cinq siècles, est terre d’une guerre des images.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

(1) Picasso y Rivera, Conversaciones a través del tiempo.  (2) Leo Matiz, el muralista de la lente, Siqueiros en perspectiva.

« Oye Trump », le livre campagne d’Andrés Manuel Lopez Obrador, président du parti Régénération nationale

Andrés Manuel Lopez Obrador va publier dans le courant de la semaine son seizième livre, Oye Trump. Le prologue de ce livre, intitulé Génesis de un Estado Pollero, a été écrit par Pedro Miguel. L’épilogue lui a été rédigé par l’écrivaine Elena Poniatowska. Ce livre anti-Trump s’inscrit dans la campagne électorale mexicaine.

Photo: compte Twitter d’Andrés Manuel Lopez Obrador

Un livre anti-Trump | Andrés Manuel Lopez Obrador (ALMO), président du parti de gauche et Mouvement de régénération nationale, Morena, publiera dans un mois un livre sur Donald Trump. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, il explique que l’ouvrage Oye Trump ou Hear Trump « est une retranscription de notre visite des villes américaines pour défendre nos compatriotes et les migrants du monde face à l’attitude autoritaire du président [Donald Trump] ».

Un livre critique contre Enrique Peña Nieto | « Enrique Peña Nieto restant silencieux devant Donald Trump, nous autres avons décidé de faire face à la xénophobie et de prendre la défense des migrants. Je recommande ce livre de propositions et d’actions pour la défense des migrants aux États-Unis » explique Obrador. Il dénonce également le non engagement du président mexicain lorsque Trump a appelé à la construction d’un mur aux frontières sud des Etats-Unis pour lutter contre l’immigration mexicaine. Peña Nieto, président du Mexique depuis son élection en 2012, n’a pour le moment pas répondu à ceci.

Un livre qui s’inscrit dans la campagne politique | ALMO, ancien maire de Mexico, est le principal candidat à la présidence. L’élection aura lieu l’année prochaine. Il s’est déjà présenté en 2006 et 2012, essuyant à chaque fois un échec. Cette fois les experts mexicains croient que le populiste progressiste remportera les élections, en utilisant sa croisade anti-Trump pour vaincre l’opposition. La forte position du président américain contre l’immigration clandestine est devenue un débat majeur des prochaines élections présidentielles mexicaines. Sortir un livre dénonçant la « xénophobie » de Donald Trump est donc une stratégie politique dans la course à la présidence pour le politicien mexicain.

La volonté d’une victoire du mouvement Morena pour une meilleure société mexicaine | Le 30 janvier dernier, Lopez Obrador présentait son livre 2018 La Salida, une sorte de vision du futur. Un futur dans lequel son parti Morena aurait triomphé lors des élections de 2018 pour ensuite appliquer le Proyecto Alternativo de Nación (le projet de Nation Alternative). Ce projet est décrit par Obrador comme une renaissance pour le Mexique. « En 2024, il y aura dans la société mexicaine un tout autre niveau de bien-être et une ambiance complètement différents d’aujourd’hui. Cette nouvelle situation, avec moins de chômage et de pauvreté, sera le résultat obtenu par la mise en oeuvre d’une nouvelle politique de développement économique, de la sécurité, du renforcement des valeurs culturelles, morales et spirituelles » a déclaré Obrador.

Une course à la présidence inéquitable selon le PRI | Le PRI a réprimandé cette façon « rusée » d’Obrador de faire usage des ressources allouées à son parti pour promouvoir son image en vue de l’élection présidentielle de 2018. Yulma Rocha Aguilar, membre du Partido Revolucionario Institucional et porte-parole du Comité exécutif national (CEN), a déclaré qu’il était regrettable qu’Obrador concentre la promotion sur sa personne, ce qui affecte l’équité de la course à la présidence. Elle se réfère à la loi électorale sur la communication politique dont le but était de faire en sorte que tous les partis diffusent leurs plates-formes d’une manière égale. « De toute évidence, Lopez Obrador cherche à influencer l’électorat depuis qu’il a déclaré à plusieurs reprises son intention de participer à nouveau à la présidence de la République » a-t-elle déclaré.

Les attaques de Fox contre ALMO | L’ancien président du Mexique Vicente Fox a déclaré qu’il fera en sorte qu’ALMO ne parvienne pas à la présidence en 2018. « Je vais faire en sorte, moi personnellement, que cela n’arrive pas, nous ne voulons pas un autre Venezuela ici « , a dit Fox. Fox fait référence au chef de Morena lors d’une conférence de presse avec les anciens présidents latino-américains où il a appelé les dirigeants actuels de la région à défendre la démocratie au Venezuela. Il affirme qu’il suivra la voie démocratique, avec stratégie et communication, afin d’exposer le « faux prophète ». Il a aussi expliqué aux médias qu’à un moment opportun dans la campagne, il décrédibilisera ALMO : « Je vais profiter de leur ignorance, dénoncer son ignorance, son incapacité à formuler des idées, leur manque de propositions ».

Maud REA

« Amérindiens d’aujourd’hui, la fierté retrouvée », par Martine Pédron

Après de nombreux voyages au Mexique chez les Indiens Tarahumaras, Martine Pédron élargit son regard vers d’autres populations amérindiennes. Dans cet ouvrage, elle nous livre le fruit de ses rencontres avec des représentants de différentes nations indiennes issues des quatre coins du vaste continent américain.

Passionnée dès l’adolescence par les populations indiennes d’Amérique, Martine Pédron voit ses études supérieures couronnées par un doctorat de 3e cycle d’ethnologie, sa thèse portant sur « La vie cérémonielle des Indiens Tarahumaras ». À partir de 1975, pendant vingt ans, elle passe de trois à six mois par an dans la sierra tarahumara mexicaine, à plus de 2 000 m d’altitude, dans une communauté isolée située à deux jours de marche du premier village, authentique retour aux sources d’une vie proche de la nature. Elle s’initie alors aux rites curatifs des chamans et acquiert une parfaite connaissance des plantes médicinales et des plantes alimentaires sacrées dont les vertus se sont transmises traditionnellement depuis la civilisation aztèque. À partir de 1995, ayant développé son intérêt pour le chamanisme, elle étudie les traditions des curanderos, guérisseurs de la selva de Los Tuxtlas, dans la province de Veracruz. Dans une démarche écologiste exemplaire, elle contribue à la défense des rares parcelles de forêt primaire mexicaine subsistant. Partageant l’intimité de ces guérisseurs, elle s’initie à leurs techniques de guérison et à leurs rituels magiques honorant les divinités protectrices de leur communauté.

Ethnologue unanimement reconnue pour ses connaissances approfondies des médecines traditionnelles mexicaines, elle a publié nombre d’articles faisant référence sur ce sujet, elle a animé de multiples conférences sur le Mexique, et sur ses traditions, elle a aussi organisé des rencontres avec des chamans et des danseurs aztèques. Parmi d’autres donc, la parole est ainsi donnée à un Apache Lipan, un Innu, une femme Païute, un Algonquin, un Navajo, un Tarahumara, une femme Mapuche… Malgré leur grande diversité, les Amérindiens s’expriment d’une voix commune. Ils sont aujourd’hui sur le chemin d’une véritable réappropriation de leurs traditions, de leurs terres, de leurs valeurs, de leurs langues autochtones et de leurs droits. En dépit de leurs vies marquées par les tourments de l’histoire, c’est toujours avec fierté qu’ils parlent de leur culture et de leurs passions. Ce recueil est agrémenté de nombreuses notes synthétiques de l’auteur sur l’actualité, la culture ou les traditions en lien avec chaque témoignage. Pour ces tribus, l’expression artistique est bien souvent le meilleur moyen de communiquer, de revendiquer, et de se faire l’écho de leurs messages de partage et de fraternité. Nous croisons aussi des hommes médecine, dépositaires des savoirs ancestraux de guérison, et des militants écologistes, qui voyagent pour nous avertir qu’il est grand temps de prendre soin de la Terre-Mère avant qu’il ne soit trop tard. Si la transmission aux générations futures est au cœur de leurs propos, les Amérindiens d’aujourd’hui offrent également une vision empreinte de sagesse sur le monde moderne et ses travers.

D’après les Editions Trajectoire

«La glace et le sel», une variation réussie sur le mythe de Dracula

Si l’on pense littérature fantastique en Amérique latine, les premiers noms qui viennent à l’esprit sont argentins, Julio Cortázar, Adolfo Bioy Casares et Jorge Luis Borges en tête bien sûr, puis le Mexicain Juan  Rulfo et les rapports avec l’au-delà. Les liens avec la littérature fantastique plus « classique », Mary Shelley ou Bram Stocker ne sautent pas aux yeux. Et c’est justement ce lien que veut établir un autre Mexicain, José Luis Zárate.

José Luis Zárate est auteur de romans, mais aussi de « minifictions » et de toute une série de créations originales. La glace et le sel, qui vient d’être publié dans sa version française par Actes Sud, date de 1998. Il y a du Jean Genet dans ce roman. Un équipage de neuf hommes, le capitaine qui observe leur peau salée, leurs corps en mouvement, qui imagine beaucoup, qui rêve aussi, qui fantasme. Le navire est chargé de caisses remplies de terre, sa route va, sans escales, de la Bulgarie à l’Angleterre. Il a un nom, le Demeter, qui dira sûrement quelque chose aux lecteurs de Bram Stocker, justement. Un érotisme confus, sourd, règne entre ces hommes enfermés, c’est au moins ce que ressent le capitaine.Des phénomènes étranges commencent à se manifester quand ils passent près du détroit des Dardanelles, des rats fuient le navire pour tenter de se réfugier sur celui des douaniers… Les rats, personnages à part entière sur un bateau, pendant le XIXème siècle.

Éros et Thanatos se côtoient pendant cette traversée et, peu à peu, c’est bien Thanatos qui prend le pas sur Éros, s’insinuant en silence. Le navire avance bien, la mer est calme, pourtant une vague inquiétude croît parmi les hommes. Soudain tout s’obscurcit : un passager clandestin serait-il caché quelque part ? Certains croient l’avoir vu sur le pont, puis disparaître. Existe-t-il ou est-ce le fruit du délire des marins livrés à eux-mêmes ?  Qui est le monstre ? L’inconnu sans identité ? Le capitaine, qui se le demande à lui-même ? Le récit s’achève comme un opéra funèbre, de mort et de désir, dans une beauté ultime, la splendeur désespérée, qui finit au moment précis où commence la deuxième partie de l’histoire, déjà racontée et que chacun connaît.

Le style est empreint d’une poésie rude (très proche de celle de Jean Genet), il évolue lui aussi vers une noirceur curieusement pleine de nuances. José Luis Zárate a pleinement réussi son défi : il réalise une variation sur le mythe de Dracula en renouvelant dans la profondeur non seulement le roman bien connu, mais tout un genre. Un brillantissime jeu de miroirs.

Christian ROINAT

La glace et le sel de José Luis Zárate, traduit de l’espagnol (Mexique) par Sébastien Rutés, éd. Actes Sud, 176 p., 15,80 €.

 

 

Union européenne et Mexique : accélération des négociations commerciales face au protectionnisme de Donald Trump

Photo : Communauté européenne

Jeudi 4 mai – BRÉSIL – L’ONU s’est déclarée « inquiète » après la « grave » attaque menée par des propriétaires terriens contre des autochtones de la tribu Gamela, qui occupait des terres dans l’État de Maranhao (nord-est). L’attaque, menée par un groupe de 200 hommes liés à des fermiers locaux, munis de machettes et d’armes à feu, a fait treize blessés. Les terres censées être réservées aux autochtones sont de plus en plus grignotées par l’expansion agricole, donnant lieu parfois à des affrontements sanglants.

Vendredi 5 mai – PORTO RICO – Le pays a annoncé la fermeture de 179 écoles publiques dans l’espoir d’économiser plus de sept millions de dollars. Le territoire des USA est plongé dans une profonde crise économique qui pousse un nombre croissant de ses habitants à quitter pour les États-Unis. L’île compte 1292 écoles publiques qui accueillent 365 000 étudiants.

Samedi 6 mai – BRÉSIL – Un ex-directeur de Petrobras accuse l’ex-président Luiz Inácio Lula da Silva d’avoir « pleinement connaissance » de l’existence du réseau de pots-de-vin chez Petrobras et qu’il le dirigeait, une accusation rejetée par la défense de l’ex-président qui doit être entendu le 10 mai par le juge Sergio Moro, à la tête de l’enquête « Lavage Express ».

Dimanche 7 mai – COLOMBIE – Huit personnes ont été enlevées dimanche par l’ELN à Sesego, zone rurale de la municipalité de Novita, dans le Choco, département pauvre du nord-ouest, confronté à la lutte entre groupes armés notamment pour le contrôle du trafic de drogue. Le gouvernement colombien a attribué à l’ELN, dernière guérilla active du pays, l’enlèvement de huit personnes, estimant que de tels faits « compliquent énormément » les négociations de paix entamées le 7 février en Équateur. Ces sept hommes et une femme sont maintenant libres.

Lundi 8 mai – MEXIQUE – L’Union européenne et le Mexique ont décidé d’accélérer leurs négociations commerciales pour moderniser leurs accords commerciaux face aux menaces protectionnistes de l’Administration Trump. Le commerce entre le Mexique et l’Union européenne a déjà triplé entre 1999 et 2016. Les négociations pour moderniser cet accord commercial signé en 2000 ont débuté en mai 2016 mais vont s’accélérer d’ici à la fin de l’année, selon un communiqué de la commissaire européenne au commerce, Cecilia Malmström, publié ce lundi après sa réunion ce dimanche avec le ministre des Affaires étrangères mexicain, Luis Videgaray Caso.

Mardi 9 mai – EL SALVADOR – Un groupe d’experts de l’ONU a lancé un appel au Congrès salvadorien afin que le pays saisisse une « opportunité exceptionnelle » en faveur des droits des femmes et des filles dans ce pays d’Amérique centrale en permettant la dépénalisation de l’avortement dans des cas spécifiques. « Nous soutenons avec force la proposition de réforme actuellement à l’étude par le Congrès salvadorien pour permettre l’avortement quand il implique un risque pour la vie des femmes, quand il est le résultat d’un viol ou lorsque le fœtus n’est pas viable (…). Nous exhortons les législateurs pour qu’ils saisissent cette occasion unique afin d’aborder un tournant dans l’histoire des droits des femmes dans le pays », propos retenus d’un communiqué publié ce jour. L’interdiction totale de l’interruption de la grossesse est en vigueur au Salvador, une législation contraire aux normes internationales des droits humains qui viole les obligations internationales, ce qui a été source de préoccupation pour les mécanismes des droits de l’homme.

Mercredi 10 mai – VENEZUELA – « La Marcha de la Mierda », ou littéralement la « Marche de la Merde », est la réponse apportée par les manifestants de l’opposition aux attaques de gaz des forces de l’ordre. Le quotidien espagnol El País explique que les manifestants ont commencé à utiliser des « cocktails cacatov », des bombes faites d’un mélange entre matière fécale et eau, contre des officiers de la garde nationale. La marche a débuté dans la ville de Los Teques, à quelques kilomètres de Caracas, pour ensuite continuer dans la capitale. Selon El País, les officiers touchés par ces bombes devaient se mettre à couvert afin de vomir tellement l’odeur était infâme.

Guy MANSUY et Maud REA

 

Voyage sur cinq siècles d’histoire à l’Institut culturel du Mexique

L’exposition inédite de la collection de livres rares, cartes et estampes du bibliophile Serge Rizk débute en mai à l’Institut culturel du Mexique

L’Institut culturel du Mexique accueillera l’exposition inédite Immersion en terre mexicaine – Collection Serge Rizk, du 5 mai au 10 juin à Paris. Le vernissage et la présentation de la collection auront lieu le jeudi 4 mai de 18 h à 20 h, avec la présence du bibliophile et collectionneur Serge Rizk et de l’expert en livres anciens Jacques Benelli.

L’exposition raconte cinq siècles de l’histoire mexicaine à travers livres rares, cartes et estampes anciennes. Un voyage des prémices de l’imprimerie sur le continent américain à l’avant-garde surréaliste. Cette ample collection offre une mine d’informations sur le pays par sa riche sélection bibliographique.

En font partie le répertoire lexicographique bilingue nahuatl-espagnol Aqui comiença un vocabulario en lengua castellana y mexicana, l’un des tous premiers livres publiés sur le continent américain, imprimé en 1555 à Mexico ; les manuscrits, tapuscrits et originaux du poète Antonin Artaud du milieu du XXe siècle ; des volumes de l’explorateur Alexandre de Humboldt de 1811 ; des essais de l’abbé Brasseur de Bourbourg de 1864, l’un des pionniers de l’archéologie et de l’histoire précolombiennes ; un remarquable album de lithographies de Victor Debray traçant l’histoire du chemin de fer au Mexique. Des raretés qui raviront historiens et bibliophiles.

Barbara D’OSUALDO

Plus d’information sur le site de l’Institut culturel du Mexique.

Le cimentier franco-suisse LafargeHolcim construira-t-il le mur de Donald Trump ? Grande polémique !

« Personne ne construit de mur mieux que moi » se vantait le président Donald Trump. Le 6 mars dernier, le Département de Sécurité nationale US a lancé l’appel d’offres aux entreprises intéressées à construire le mur entre les États-Unis et le Mexique. Les candidats se bousculent au portillon : on parle de plusieurs dizaines d’entreprises. Parmi elles, une allemande et une franco-suisse. Les autorités françaises appellent à la prudence.

Photo : J.Moore – Getty Images

Le mur aujourd’hui. Sa construction remonte à l’administration de Bill Clinton en 1994. Il s’agissait à l’époque de hauts grillages qui partaient des plages californiennes vers l’intérieur du pays. En 2001, le président George W. Bush le prolonge et le consolide au moyen de murs en béton. Le président Barack Obama équipe le mur de senseurs, de détecteurs de mouvements, de tours de vigilance et favorise la création de milices privées qui patrouillent la zone à la chasse aux migrants. Les équipes gouvernementales de détection comptent environ vingt mille gardes. Le président Donald Trump veut les augmenter à vingt-cinq mille.

Le mur de demain. Le cahier des charges stipule que le mur devra avoir un minimum de quatre mètres de haut et que, sur toute sa longueur, il sera équipé de miradors et de tout le matériel nécessaire à la détection de jour ou de nuit du moindre mouvement… Il existe déjà plus de mille cent kilomètres de maillages, murs et barrières diverses. Le président Trump veut en construire le double, jusqu’à couper le continent en deux. L’estimation inférieure du coût de cet ouvrage serait de dix milliards de dollars, la supérieure de près de vingt-cinq milliards !

Quelles conséquences ? Dans une enquête publiée en janvier dernier, la BBC Mundo souligne plusieurs effets néfastes, dont par exemple : 1- La mort de nombreuses personnes. Le mur obligera les candidats à la migration à traverser de vastes zones désertiques où les températures varient de 0°C à 50°C. Les gardes-frontières ont déjà récupéré six mille cinq-cents corps et enterrés mille cinq-cents autres sans les identifier.  2- Le mur est inefficace contre le narcotrafic. En effet, celui-ci utilise des méthodes qui n’obligent pas à passer la frontière : canons, catapultes et drones sont les plus connues. Et s’il faut la passer, la construction de tunnels sophistiqués est courante.  3-  Des difficultés économiques de passages frontaliers plus restrictifs. Le président Trump veut annuler des milliers de visas, augmenter les tarifs, rendre le passage plus difficile. Actuellement, le passage d’un pays à l’autre se fait sur quarante points de frontière par où passent dans un sens ou l’autre trois cent mille véhicules et un million de personnes par an, et plus de  quinze mille camions par jour. Il faut parfois patienter trente heures pour passer… Plusieurs villes des États-Unis (El Paso, Nogales, Laredo) dépendent de l’économie mexicaine. Restreindre encore plus les conditions provoquera un énorme chaos.

Position des cimentiers : les ‘pour’ et les ‘contre’. Jusqu’à présent, seules les compagnies allemande Hochtief et irlandaise CRH semblent avoir ouvertement refusé de participer à la construction du mur. Par contre, la mexicaine CEMEX et d’autres cimentiers latino-américains reconnaissent « avoir un intérêt » dans ce projet : « Si on nous demande un devis, nous le ferons » a déclaré Rogelio Zembrano, président du Conseil d’administration de CEMEX au journal mexicain Reforma. Parmi les ‘pour’, deux entreprises européennes : l’allemande Heidelberg et la franco-suisse LafargeHolcim.

L’allemand Heidelberg Cement. Selon le journal allemand Deutsche Welle (DW), Bernd Scheifele, dirigeant du cimentier, a déclaré : « Nous possédons des cimenteries au Texas et en Arizona, donc bien placées pour la construction du mur ». Scheifele prétend que ses propos ont été sortis de leur contexte et botte en touche en déclarant que la décision finale « devra être prise par la direction de la filiale états-unienne »

Le Franco-Suisse LafargeHolcim. LH est né en 2015 de deux grands cimentiers européens : le Français Lafarge et le Suisse Holcim. Le siège de l’entreprise est en Suisse. Elle possède de nombreuses cimenteries aux États-Unis. Pour son PDG, Eric Olsen : « Nous sommes le premier cimentier aux États-Unis… Nous soutenons la construction et le développement du pays… Nous ne sommes pas une organisation politique ». Suite à une question écrite envoyée par Deutsche Welle, LafargeHolcim ont répondu par courrier électronique que, en effet, « Le gouvernement des États-Unis est l’un des clients de la compagnie » (1).

Les autorités françaises plutôt ‘contre’ ! « Le groupe devrait se montrer prudent avant de se porter candidat » pour fournir le ciment du mur, a déclaré depuis Bruxelles le président François Hollande le jeudi 9 mars. L’entreprise « devrait bien réfléchir », renchérit le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault. Et le candidat présidentiel Emmanuel Macron d’avertir lors de son déplacement à Bordeaux que « Être une entreprise privée n’affranchit pas d’avoir une conscience  éthique… Nos entreprises ont une responsabilité sociale et environnementale et participent à l’ordre du monde ». On n’avait pas entendu de tels appels « à l’éthique » de la part des dirigeants français pour vendre Rafales et Mistral à des dictatures ! Mais pour tous, « business is business » !

Jac FORTON

(1) Journal Deutsche Welle en ligne du 6 mars 2017 – la BBC Mundo souligne.

« Pauvre Mexique » – Donald Trump, la déraison du plus fort

C’était il y a un peu plus d’un siècle. « Pauvre Mexique », aurait dit le président mexicain d’alors, Porfirio Diaz, « si loin de Dieu, si près des États-Unis ». Ces temps que les Mexicains pensaient oubliés seraient-ils de retour après l’élection de Donald Trump ? Bon an, mal an, Mexico avait trouvé, à la fin de la guerre froide, un modus vivendi diplomatiquement correct.

Photo : Radio Canada

Accord de libre-échange avec Washington incluant le Canada, sommets tripartites, visites croisées de plus en plus amicales, du républicain George Bush au démocrate Barack Obama. Il y avait bien des difficultés, les approches étant différentes sur la question des migrants et la lutte contre le trafic de stupéfiants. Mais les responsables en parlaient assez ouvertement et franchement. Jusqu’au 20 janvier 2017. L’entrée en fonction d’un républicain non identifiable, Donald Trump menace en effet l’acquis bilatéral de plusieurs dizaines d’années. Les souvenirs amers d’un passé traumatisant y trouvent une réactualisation inattendue. Dès l’indépendance, la nation aztèque avait été sous pression du voisin nord-américain. Invasion militaire, occupation de la capitale, annexion de la moitié du pays, – Texas, Californie, Nouveau-Mexique, Colorado.

Le traité de paix signé à Guadalupe-Hidalgo en 1848 proclamait une paix universelle (1). Mais en 1853, les États-Unis exigeaient et obtenaient une révision. Et annexaient un autre bout du Mexique. Les États-Unis ont débarqué leur infanterie de marine à Veracruz en 1916. Puis, sans besoin de taper sur la table, ont obtenu une sorte de protectorat. Le Mexique a compensé le manque de bras pendant la Seconde Guerre mondiale en exportant des milliers de travailleurs. Plus tard, il a consenti des avantages fiscaux et sociaux aux entreprises nord-américaines de montage (ou maquiladoras) installées sur sa frontière nord.

Les circonstances internationales avaient donné au Mexique quelques poussées de fièvre nationaliste. Avec l’Allemagne à la veille des deux conflits mondiaux, avec la France pendant la guerre froide. Vite contenu par les États-Unis, l’échec de ces initiatives avait convaincu le Mexique que la meilleure manière de préserver sa souveraineté était de rester à l’écart du monde. Seule entorse à cette règle, il a refusé de reconnaître la légitimité de l’Espagne franquiste et de suspendre ses relations avec le régime cubain de Fidel Castro. La chute du mur et de la Maison soviétique avaient bouleversé la donne. Le Mexique avait signé avec les États-Unis et le Canada un accord de libre-échange d’Amérique du nord. Le Mexique progressivement intégrait plusieurs organisations internationales. OCDE (Organisation de cooopération et de développement économiques), OMC (Organisation mondiale du commerce), la CELAC (Communauté d’États latino-américains et caribéens), puis consécration suprême, le G20, le groupe des 20 plus grandes puissances du monde. Mis en confiance, le gouvernement d’Enrique Peña Nieto prenait la décision de mettre son pays en capacité de participer aux opérations de paix des Nations unies.

L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche a brutalement bouleversé la place du Mexique en Amérique et dans le monde. Donald Trump en effet, a réactivé un nationalisme nord-américain, oublié. Celui d’une époque où les États-Unis jouant de leur asymétrie de puissance économique et militaire imposaient leur loi. Serions-nous revenus, a opportunément commenté un intellectuel mexicain, Gustavo Vega, aux années sombres de la présidence de James K. Polk ? (2) Ce président qui a annexé 50 % du territoire mexicain au nom de la raison du plus fort. Et au mieux ou au pire en justifiant cet acte invasif par des arguments spécieux et racistes. La Destinée manifeste que la Providence aurait accordée aux États-Unis sur le continent américain a été « inventée » en 1845 (3), au moment de l’annexion du Texas. Tout comme les lieux communs xénophobes attribuant aux Mexicains paresse, indolence et donc inaptitude au développement ? (4)

Les discours anti-mexicains de Donald Trump puisent dans ce vivier nauséabond, hérité du passé. Tout ce qui vient du sud est porteur, a-t-il répété, de maladies et de crime. Les migrants qui viennent chez nous, tout comme les Mexicains qui restant chez eux ont volé des milliers d’emplois aux travailleurs nord-américains. Moralité : il a d’un trait de plume effacé l’espagnol de la communication de la présidence. Validant ainsi la thèse identitaire de Samuel P. Huntington.  Puis il a décrété la construction d’un mur frontalier de plusieurs centaines de kilomètres. Un mur payé en punition pour les fautes et défauts qu’il leur attribue par les Mexicains.

Enfin l’ALENA, a-t-il annoncé, est désormais caduque. Menaçant de rétablir des taxes commerciales dissuasives, il a d’ores et déjà contraint de grandes entreprises à revoir les investissements programmés au Mexique. Bien sûr ces mesures qui ciblent sans ménagement un partenaire qui n’a pas de moyens de rétorsion ont valeur d’exemple. Chinois, Européens, Japonais, dont les entreprises investissent au Mexique sont visés. Tout comme les entreprises nord-américaines ayant créé des emplois en Chine. Le Traité transpacifique négocié par Obama ne sera pas ratifié. Le Brexit est applaudi. Le traité transatlantique est de fait enterré. Soit. Mais il n’en reste pas moins que le message transmis au monde par la voie mexicaine est d’une brutalité diplomatique insolite. Le président mexicain a multiplié les gestes d’apaisement. Il a nommé un secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Luis Videgaray, très critiqué pour ses relations anciennes avec Donald Trump. Il a accepté l’extradition aux États-Unis du Chapo Guzmán, ressortissant mexicain responsable d’un groupe de trafiquants de drogue. Il a envoyé deux de ses ministres engager un dialogue en janvier 2017. Mais rien n’y a fait. Fidèle à son expression sommaire, à base de « touits », Donald Trump a confirmé le jeudi 26 janvier 2017 qu’il était prêt à recevoir un Enrique Peña Nieto, disposé à payer le mur frontalier que vont construire les États-Unis. Sinon, « qu’il annule sa visite ». « Parce que »  a-t-il « touité » vendredi 27 janvier 2017, « le Mexique a depuis trop longtemps tiré profit unilatéralement des États-Unis ».

Ces décisions prises en quelques jours, celles qui peuvent suivre si l’on se reporte au livre publié sous la signature de Donald Trump (5), peuvent avoir des conséquences internationales déstabilisatrices qui vont bien au-delà de la décomposition de la relation Mexique-États-Unis. Le Mexique et ses entreprises dans l’urgence sont contraints de mettre en place des plans « B ». Le Mexique pourrait importer les denrées alimentaires dont il a besoin d’Argentine et du Brésil. Le Mexique a signé ces dernières années des traités de libre-échange avec l’Union européenne, plusieurs pays asiatiques, le Chili, la Colombie, et le Pérou. Tous ces accords peuvent être dynamisés. La Chine a d’ores et déjà, à Lima comme à Davos, proposé de prendre la place abandonnée par les États-Unis. L’ambassadeur chinois à Mexico, Qiu Xiaoqi, l’a confirmé le 29 janvier dernier. Ce qui, signale l’historien, Lorenzo Meyer, pourrait permettre paradoxalement de conquérir sa deuxième indépendance (6).

La guerre commerciale qui s’annonce a fait une autre victime, indirecte. L’idéologie, les affinités politiques ne sont plus déterminantes pour les États-Unis. Déjà on avait pu le constater avec le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba, décidé par Barack Obama. Cette mesure avait eu pour conséquence la suspension de l’asile automatique accordé aux Cubains arrivant aux États-Unis sans papiers par voie de terre. Les élites au pouvoir à Mexico, formées aux États-Unis, d’idéologie libérale, sont désarçonnées. Peña Nieto a annulé sa visite à Washington. Le PRI est contraint de retrouver ses valeurs historiques, la nation et le drapeau. Comme 83 % des Mexicains selon un sondage (7). Les échos des diatribes vénézuéliennes sont de moins en moins entendus à Washington. Qu’elles viennent des autorités qui dénoncent l’impérialisme, ou de l’opposition qui appelle au secours le camp des libertés. Tant que le robinet à pétrole coule vers Washington, en effet, il est peu probable que l’on assiste à un débarquement pour rétablir l’ordre démocratique.  « America First ».

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

(1) Article 1 du traité, México, SRE, Tratados de México, Josefina Zoraida Vázquez ; María del Refugio González, 2000.
(2) Du Centre d’études internationales du Collège de Mexico (Colmex).
(3) Par John O’Sullivan.
(4) Voir Williams De Forest, « Overland », New York, Sheldon, 18741 in Marcienne Rocard, Isabelle Vagnoux, « Les États-Unis et l’Amérique latine », Nancy, Presses universitaires, 1994.
(5) « Great again » ou dans la première édition « Crippled America », Simon, Schuster, 2015.
(6) Lorenzo Meyer, « Distopia mexicana. Perspectivas para una nueva transición », México, Debate, 2017.
(7) In El Financiero, 26 janvier 2017.
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