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Mexique

La ville mexicaine de Guadalajara recouverte de glace après de fortes chutes de grêle

La ville mexicaine de Guadalajara s’est réveillée avec quelques quartiers recouverts de 2 mètres de glace le dimanche 30 juin après une nuit d’orage avec de fortes chutes de grêle. C’est la première fois que la ville est atteinte d’un dégât naturel de ce type, avec cette tempête qui a endommagé les habitations, commerces et véhicules des habitants de la zone.

Photo : @DeMochilazo (Twitter)

Pour l’État de Jalisco, la grêle n’est pas un événement rare à cette époque de l’année. Habitué à des brusques changements de temps dans une même journée, l’été à Jalisco se compose de journées très ensoleillées, accompagnées de fortes pluies presque tous les soirs. Tout de même, les jours précédents la tempête, les températures avaient atteint les 31°C. C’est à partir de deux heures du matin que la grêle s’est déclenchée avec une grande intensité dans quelques quartiers de la zone métropolitaine de Guadalajara, et en quelques heures le sol s’est retrouvé couvert d’une épaisse couche de grêlons.

En effet, Guadalajara n’était pas la seule à se voir affectée, puisque la municipalité de Tlaquepaque a été également endommagée par la tempête. La liste est longue, avec des rues, des parcs et des maisons inondées et même effondrées. 200 maisons et commerces touchés, et près de 50 véhicules emportés par le torrent formé par la glace. Quelques maisons ont même été affectées en interne, puisque le système d’égouts compte plusieurs connexions à des tuyaux privés. La Protection civile, qui s’est vite mobilisée pour dégager les rues pour la circulation a communiqué que deux personnes ont été victimes d’un «début d’hypothermie». L’opération pour dégager les rues a nécessité la mobilisation de 750 personnes et 190 véhicules.

Dans un contexte où le débat sur le réchauffement climatique est devenu un sujet à prendre au sérieux, ce phénomène a reçu une attention internationale sans précédents. Dans un pays qui n’est pas habitué à voir la neige tomber pendant l’hiver, une couche de glace formé de la nuit au lendemain soulève plusieurs questions.

Cette tombée de grêle se doit à «l’inusuelle propagation d’une goutte froide dans des hauts niveaux de l’atmosphère», déclare le météorologue Alberto Hernández Unzón, ancien coordinateur du Service Météorologique National (SMN). Il explique que cette «goutte froide» se produit quand il existe un ramassage d’air très froid dans l’atmosphère, qui se décroche de la circulation générale des vents, en générant des fortes tempêtes accompagnées de vent et de basses températures.

«Des scènes que je n’avais jamais vues, tout du moins à Guadalajara. Regardez cette grêle qui ressemble à une chute de neige […] On dirait qu’il a neigé. C’est incroyable», a déclaré Enrique Alfaro, le gouverneur de l’État de Jalisco.

Ce phénomène climatique est le premier à se reproduire à cette échelle, et pourtant les experts météorologues nous confirment qu’il est probable qu’il ne soit pas le dernier, puisque la période des pluies continue jusqu’à novembre. Dans tous les cas, la Protection civile devra penser à de nouvelles stratégies pour éviter de tels dommages dans le futur, et que la ville mexicaine soit mieux préparée dans le cas d’une autre tempête de ce type.

Amaranta ZERMEÑO
Depuis Guadalajara

La «nouvelle frontière» de Donald Trump pour dissuader les migrants admis au Mexique

«Nous sommes devant une nouvelle frontière, avait déclaré le 15 juillet 1960 le président John Fitzgerald Kennedy, celle de la science, de l’espace, et de la paix.» Les 29 mars et 5 avril 2019, son lointain successeur Donald Trump a évoqué un horizon frontalier plus terre à terre : «Le Mexique doit arrêter les illégaux (les migrants centraméricains), sinon on fermera la frontière. Notre pays a fait le PLEIN !» «Sinon» a-t-il encore ajouté, «j’appliquerai des sanctions financières et les voitures importées seront taxées à hauteur de 25%

Photo : Reuters – Kevin Lamarque

Le creuset américain serait-il débordé ? Un flux continu et croissant de Guatémaltèques, Honduriens et Salvadoriens, au nombre de 300 000, aurait traversé le Mexique de part en part entre janvier et mars 2019, selon le ministère de l’Intérieur (Secretaria de Gobernación) du pays aztèque. De la frontière sud, celle du Chiapas, aux limes du nord, avec les États-Unis. Sous pression, la police des frontières mexicaines a, le 22 avril 2019, détenu sans ménagement, au lieu-dit Echegaray, commune de Pijijapan, 371 migrants. Tandis qu’au nord, à Tijuana, l’accumulation de déplacés économiques le long d’un mur militarisé génère des tensions avec les populations locales. Le tout sous fond de diatribes anti-mexicaines et centraméricaines du Président des États-Unis. Plus que par l’immigration spontanée, qui n’a rien de nouveau, Donald Trump, en campagne présidentielle 2020, paraît bien davantage dépassé par ses promesses de la campagne antérieure de 2016 (396 579 interpellations en 2018 par la police nord-américaine ; 1 692 544 en 2000).

La frontière fait 3100 kilomètres. Dont seul un tiers est «muré». Un mur qui n’a jamais empêché personne de passer. Par-dessus, par-dessous, ou en le contournant paradoxalement de façon légale, comme le signale la statistique officielle. Ou même parfois en le perforant en plein jour, comme l’a constaté un journaliste de Mexicali. Restent les coups de menton, à usage électoral. De nature à conforter les convictions des convertis. Qui applaudit drapeaux «trumpiste» aux vents ou passe aux travaux pratiques, en traquant les migrants en panoplies paramilitaires. Comme le groupe «United Constitutional Patriot» qui sévit du côté d’El Paso, au Nouveau-Mexique.

Donald Trump, «Uranus» (Uranus, nom du cafetier Léopold Lajeunesse, et titre d’un roman de Marcel Aymé (1948) et d’un film de Claude Berri (1990) limonadier), irascible et fort en gueule, pressé par les échéances électorales, se fait de plus en plus insistant : «Retournez chez vous», a-t-il dit aux migrants. Accompagnant ces propos de menaces à l’attention des gouvernements mexicains, et centraméricains. Pour bien faire comprendre son message, le chef d’État nord-américain a fait appel à l’armée. Plusieurs milliers d’hommes avaient été déployés en 2018 pour imperméabiliser la frontière.

Le 24 avril 2019, Donald Trump annonçait que «des soldats armés» allaient de nouveau être envoyés sur la frontière. Le 29 avril 2019, le Département de la défense des États-Unis a signalé que 320 hommes allaient renforcer les 2900 militaires et 2000 gardes nationaux déjà sur place. S’adressant au Mexique, le Président Trump a par ailleurs renouvelé la forte éventualité de sanctions commerciales. Tandis qu’en 2017 et 2018, les permis de séjour temporaire aux États-Unis des Honduriens, Nicaraguayens et Salvadoriens n’ont pas été renouvelés. Le 16 octobre 2018, Donald Trump a fait savoir à son homologue hondurien, Juan Orlando Hernández, la probable suspension des aides au développement accordées. Le 29 mars 2019, le Département d’État a enclenché le processus visant à suspendre les subventions affectées aux États du Triangle du Nord. Gros yeux et gros bâton donc, pour défendre l’intérêt national des États-Unis tel qu’il est entendu par le locataire actuel de la Maison-Blanche.

Le gouvernement mexicain d’Andrés Manuel López Obrador, aux commandes depuis le 1er décembre 2018, a une autre approche. Celle de s’attaquer aux causes de ces migrations. 49% à 82% des populations rurales centraméricaines vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Sans pour autant négliger les nécessités humanitaires et sécuritaires du moment. Les deux plaques, l’humanitaire et la sécuritaire, peinent à coïncider. Les visas humanitaires accordés depuis décembre 2018 aux migrants centraméricains ont été suspendus le 28 janvier 2019. La police des frontières mexicaine agit de façon moins amène, comme on l’a constaté à Echegaray-Pijijapan le 22 avril 2019. D’ajustement en ajustement, les migrants «frontaliers» vont finalement être dotés d’une carte de séjour et de circulation à validité locale. Afin de gérer au plus près le présent et ses urgences, un mécanisme de coordination a été mis en place par le Mexique et le Triangle du Nord le 30 avril 2019.

Côté réduction des causes poussant à émigrer, un accord a été signé dès la prise de fonction d’AMLO, le 1er décembre 2018, entre le Mexique, le Triangle du Nord et la Commission des Nations unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (ou CEPAL). Cet accord affiche la couleur. Il s’agit d’un Plan pour le développement intégral (PDI) destiné à stimuler la création d’emplois en Amérique centrale. Il est doublé d’un second projet d’investissements centré celui-là sur le sud du Mexique. Marcelo Ebrard, Secrétaire aux relations extérieures, considère «que les flux migratoires dérivent de la pauvreté, et parfois des violences […] Ce qui rend nécessaire des stratégies de développement». Plusieurs programmes ont été validés le 5 avril 2019 par le Mexique et le Triangle du Nord.

Comprenne qui pourra, les États-Unis ont le 18 décembre 2018 fait un chèque sur le compte du PDI. Ils considèrent, en dépit des propos présidentiels, le Mexique comme un pays tiers, démocratique et donc apte à recevoir et intégrer les migrants centraméricains. États-Unis et Mexique ont réuni à Mérida (Yucatán) le 10 avril 2019 un Forum d’investisseurs potentiels. Susceptibles de participer financièrement et matériellement à la mise en chantier d’un train rapide, dit «train Maya», au sud du Mexique, et d’une raffinerie dans l’État de Tabasco. Les sauts d’humeur d’un Donald Trump embourbé dans ses promesses électorales de 2016 se font de plus en plus fréquentes et pressantes, malgré sa précampagne des prochaines présidentielles.

La police des frontières fait du zèle, provoquant des bouchons de plusieurs heures. AMLO a beau faire le dos rond, inviter au silence radio à l’égard de Donald Trump, bénéficier du soutien des entreprises nord-américaines présentes au Mexique, il est contraint de prendre des mesures d’urgence, policières. 15 000 migrants ont été expulsés en mars 2019. Le Mexique a accepté que l’examen des dossiers d’asile aux États-Unis soit externalisé sur son sol. La carte de séjour (tarjeta de visitante regional), accordée aux Centraméricains, a une validité limitée au sud mexicain, riche pour l’instant de lignes budgétaires. Mais qui permet au Mexique de considérer qu’il n’y a aucune raison de lier dossiers migratoires et commerciaux, comme le fait Donald Trump.

Fermer, ou paralyser, la frontière provoquerait de graves désordres économiques au Mexique. 80% du commerce extérieur mexicain est dirigé vers le Nord, les États-Unis. Mais l’argument est réversible. Le Mexique est le troisième partenaire économique des États-Unis. Reste à savoir quelle est la «Nouvelle frontière» de Donald Trump, un président qui, pour gagner la consultation de 2020, semble prêt à tout. «La sécurité, a-t-il déclaré, début avril, est plus importante pour moi que le commerce.»

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Une découverte archéologique au Mexique relève le caractère sacré du chiffre 7

Le site maya de Chichén Itzá, au Yucatán, n’a pas livré tous ses mystères. Des prospections récentes ont fourni de précieuses informations sur les rites liés aux divinités de la fertilité en relation avec le septénaire. L’analyse d’un sanctuaire souterrain pourrait apporter ainsi un nouvel éclairage sur l’élaboration des systèmes culturels et idéologiques archaïques, et ouvrir des perspectives nouvelles à la question de savoir pourquoi, à tout âge et dans des régions très éloignées les unes des autres, différentes cultures ont attribué au chiffre 7 une place privilégiée dans leurs relations –réelles ou symboliques– avec le monde.

Photo : Unsplash/Filip Gielda

Le 19 février dernier, Guillermo de Anda, directeur du GAM (Gran Acuífero Maya, de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire INAH), avait annoncé la découverte d’un «trésor scientifique» enfoui dans une grotte-sanctuaire située dans le dernier bastion de la culture maya. Depuis plus de mille ans, les habitants de Chichén Itzá pratiquaient dans ce lieu consacré leurs prescriptions liturgiques. Une importante quantité d’objets ont été retrouvés, lesquels «contiennent des informations inestimables sur la formation et la chute de l’antique cité et sur les fondateurs de ce site iconique», selon le directeur du GAM. Parmi ces objets figurent plusieurs brûleurs d’encens représentant Tlaloc, le dieu de la pluie et l’une des plus anciennes divinités du panthéon précolombien.

Différents éléments se combinent dans cette découverte. Elle met en lumière la puissance du symbolique dans le rapport entre la vie quotidienne et les forces qui gouvernent la nature. La notion de fertilité, le nom de la grotte lié au plus grand félin américain, la présence du serpent «gardien de la grotte» et surtout sa configuration septénaire se révèlent particulièrement intéressants à analyser. En effet, déroutant au premier regard, l’arrangement de la grotte avec ses sept offrandes –ou «sept chambres-sanctuaires»– laisse néanmoins transparaître le même souci qui caractérise l’architecture sacrée à travers le monde.

Ceci est encore plus remarquable quand on sait que la symbolique du septénaire est souvent liée au concept de «Fertilité» et par extension à celui de «Prospérité». C’est là un fait qui mérite d’être remarqué. Car dans la région où se situe la grotte Balamku, le système de précipitations se serait modifié à partir du IXe siècle après J.-C., provocant une dramatique réduction de la production agricole. L’activité maya s’estompe à cette époque-là, avec la modification du régime de pluies, marquant l’effondrement de la civilisation.

Cette hypothèse, acceptée par la plupart des spécialistes, suggère implicitement que le changement climatique fut d’une telle ampleur qu’il pourrait justifier les offrandes retrouvées dans la grotte, comme l’indique un communiqué de l’INAH : cette «sécheresse inhabituelle» aurait «obligé les habitants à implorer la pluie en allant dans les entrailles de la terre, dans l’inframonde où règnent les divinités de la fertilité».

Or la configuration septénaire de la grotte peut poser maintes questions. Cette particularité numérique résulte-t-elle d’une heureuse coïncidence, ou bien s’agit-il d’un choix délibéré ? Pour y répondre, la symbolique des nombres se conjugue ici avec la mythologie. En effet, le chiffre 7 se retrouve au cœur même de la culture agraire sous la lumière de la symbolique du renouveau et de tout ce qui se rattache à la notion de fertilité. C’est ainsi que, dans le panthéon maya, l’archétype de l’homme Parfait est Hunahpu, connu aussi sous le nom de «Dieu-Sept» : il est représenté entouré de ses six avatars, constituant le groupe des sept dieux agraires.

Ces sept divinités associées à la nourriture pourraient expliquer l’existence des sept chambres-sanctuaires de la grotte Balamku. Plus intéressant encore, Balamku signifie en langue maya «Temple du Jaguar». Dans l’imaginaire maya, la relation du jaguar avec le septénaire est révélatrice à plus d’un titre. Ce grand carnassier joue un rôle essentiel dans la mythologie d’’Amérique centrale et du Sud. L’iconographie permet de l’associer à l’autorité, comme en témoignent les trônes en forme de jaguar ou recouverts de sa peau. Plusieurs rois portent le nom «jaguar» comme patronyme (Bouclier-Jaguar, Oiseau-Jaguar, Serpent-Jaguar, Lune-Jaguar…).

En tant que prédateur nocturne, le redoutable félin était considéré comme le médiateur entre les humains et les forces occultes. Il évoque le royaume de l’obscurité et de la terre, l’inframonde, à cause de sa façon très particulière de se glisser dans la jungle sans être jamais vu, comme l’ombre d’un esprit qui attend patiemment le moment de sauter sur sa victime. Sur le plan mythologique, le jaguar était le patron du septième jour de l’histoire de la création. Dans le temple qui domine le site de Tikal, grand centre cérémonial maya du Guatemala, on a retrouvé, sur le linteau d’une porte, l’image sculptée d’une divinité protectrice. Ornée d’une torsade passant au-dessus du nez, indiquant son caractère solaire, elle se transforme chaque nuit en jaguar de l’inframonde : sur sa joue figure le chiffre 7. D’après certains documents iconographiques, ce chiffre rappelle le dieu du monde souterrain et ses six avatars.

Depuis la plus haute Antiquité, le chiffre 7 fut considéré comme un élément capable d’harmoniser les activités humaines en relation directe à une réalité supérieure. La présence de sept divinités dans le panthéon de l’aire méso-américaine en est le témoin. Une escouade septénaire se retrouve notamment représentée sur le «Vase des Sept divinités» datant de la période classique (VIIIe siècle) : le dieu «chef» de l’au-delà est assis sur un trône en forme de jaguar et tapissé de sa peau et, à ses pieds, ses six acolytes dieux de l’inframonde mettent leur main gauche sur l’épaule droite en signe de soumission. Cette iconographie indique que la résidence du dieu était située sous terre ou dans une grotte, et qu’il était non seulement le dieu souverain de l’au-delà, mais aussi le propriétaire de toutes ses richesses. On peut voir là le signe de prospérité évoqué plus haut.

Sur l’origine mythique des Mayas

Selon la version la plus répandue, leurs premiers ancêtres traversèrent une période trouble d’incertitudes et des épreuves qu’ils devaient surmonter jusqu’à trouver le chemin de la délivrance menant aux «Sept cavernes». C’est là, dans cette topographie cohérente avec la mystique du septénaire, qu’ils donnèrent naissance aux descendantes des Mayas Quiché.

Dans le langage symbolique, une des applications du chiffre 7 est celle qui marque la fin d’un cycle. En général, il s’agit d’une période trouble d’incertitudes et de ténèbres, comme l’attestent les croyances, mythes et légendes élaborées dans des civilisations sur tous les continents. De ce fait, dans le récit des sept cavernes mythiques, «sept» détermina un changement de situation : en pénétrant dans l’obscurité de la caverne, tel un parcours initiatique ou un rite de passage, un chemin s’ouvre vers la Connaissance du monde, c’est-à-dire vers la Lumière. Un symbolisme analogue s’exprime par le biais du cycle solaire : le mois du «Soleil vert», particulièrement apprécié par les Mayas, était une période faste de plénitude et de confiance dans l’avenir car il marquait l’équinoxe du printemps ; c’était le septième mois de l’année.

L’idée selon laquelle les ancêtres mythiques sont sortis de sept cavernes apparaît un peu partout en Méso-amérique. Et le fait que ce nombre soit présent dès la genèse, permet de croire qu’on lui a attribué le statut de chiffre sacré. Selon la tradition, les ancêtres des Aztèques, qui étaient l’une des sept tribus chichimèques descendues du nord du Mexique, auraient surgi de la montagne Chicomoztoc, c’est-à-dire «Sept Cavernes» (chico : «sept»). Cette configuration aussi particulière semble être le lieu de la genèse commune aux peuples précolombiens. Une gravure de l’Historia tolteca-chichimeca du XVIe siècle témoigne dans ce sens. On peut voir la grotte primordiale aux sept cavités occupées par les tribus chichimèques qui fondèrent les principales villes du Mexique central.

Si à présent on sait que la tradition des sept grottes est profondément ancrée dans l’histoire précolombienne, c’est notamment grâce à une source de référence incontestée sur les premiers temps de la conquête : l’Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne, dont l’auteur, le Père Bernardino de Sahagún (1500-1590), fut chargé par l’Église d’enquêter auprès des indiens et de recueillir des témoignages sur leur origine :

«[…] Ce fut alors que leur dieu parla aux Mexicains qui partirent les derniers et leur dit qu’ils ne devaient point continuer à habiter ce vallon, mais poursuivre leur route pour découvrir plus de pays […] Chacune de ces tribus, du reste, célébra ses sacrifices dans les sept cavernes avant de partir. C’est pour cela que tous les peuples du Mexique se vantent d’avoir pris leur origine dans les dites cavernes d’où sont sortis leurs aïeux.»

Plus proche de nous, l’écrivain français et prix Nobel J. M. G. Le Clézio s’est intéressé, lui aussi, au sujet des sept cavernes. Il confirme, dans Le Rêve mexicain, que le thème de l’émergence souterraine «est répandu dans toute l’Amérique moyenne». Le site de Chichén Itzá, où se trouve la grotte du présent article, est une des plus anciennes fondations urbaines des Mayas (VIe siècle), et son nom était Uuc Yabnil, «Sept Eaux».

Cette appellation pourrait se rattacher à un culte qui apparaît fréquemment dans différentes régions du globe. Dans tous les cas, le chiffre sept est mis en relation avec le divin, sous différentes formes, constituant un groupe de sept individus, comme les sept dieux de l’inframonde mentionnés pus haut, ou sous l’apparence de statuettes votives féminines (fertilité). Ces dernières ont été retrouvées sur la même péninsule du Yucatán, à Dzibichaltún, l’un des principaux sites archéologiques dont les constructions datent de 700 après J.-C. : dans le temple dit des Sept Poupées, devant l’autel décoré de peintures et d’inscriptions, une cavité abritait sept statuettes votives auxquelles le temple doit son nom. Or, au regard de ces éléments –les Sept Poupées, les Sept Eaux, les Sept cavernes Chicomoztoc– on peut conclure que le rapport entre le septénaire et la notion de «Fertilité» reste bel et bien établi. Mais il y a plus fort encore. 

Dans la même optique, l’image de la caverne primitive renvoie à l’idée de la gestation, voire la matrice, autrement dit «l’utérus». Un texte cité par Le Clézio fournit une précieuse information dans ce sens :

«L’origine des peuples chichimèques est un mythe d’émergence qui évoque, lui, aussi, sept sources, ou sept grottes. Le Traité de Jacinto de la Serna [Tratado de las idolatrias… in El Alma Encantada, Mexico, 1987] apporte une illustration chamanique de ce thème de la naissance des hommes : parmi les termes utilisés par les anciens nahualli (sorciers) aztèques pour désigner l’utérus féminin figure l’expression « les sept grottes « , ce qui rappelle la légende de Chicomostoc.»

Cette conception septénaire de la nature s’est perpétuée dans deux figures centrales de la mythologie méso-américaine, dans lesquelles se conjuguent les trois éléments principaux de cet exposé : le chiffre Sept, la fertilité et l’élément de base de l’alimentation.

Chicomexochitl et Chicomecoatl

Les divinités associées à la végétation, pour des raisons évidentes, jouent un rôle prépondérant dans l’imaginaire de toutes les cultures américaines. Au Mexique, la déesse de l’eau Chicomexochitl, «Sept fleurs», rejoint dans le même domaine la déesse de la fertilité et de la Terre Chicomecoatl, «Sept serpents» (le sens symbolique du serpent renvoie à la terre).

L’iconographie de Chicomecoatl, appelée aussi Chicomolotzin : «vénérée (tzin), déesse des sept (chicome), épis (olotl)», la représente adorée par son peuple, parfois la tête couronnée de sept épis de maïs. En général, elle est représentée avec sept serpents sortant de sa jupe. Les offrandes et la position des personnages montrent très clairement la dévotion du peuple envers cette déesse de l’agriculture.

Le culte d’une déesse de la fertilité associé au chiffre 7 semble être très ancien. On trouve par exemple, dans le codex Teozacoalco, la mention d’une princesse «Sept-Fleurs» à une époque qui correspond à l’année 692, soit presque un millénaire avant l’arrivée des Espagnols. Et un document archéologique atteste que la déesse Chicomecoatl avait déjà son homologue entre les IIIe et VIIIe siècles. Il s’agit d’une plaquette d’onyx où une déesse, dont la tête s’orne d’un cormier (gueule d’un serpent fantastique), porte sur la poitrine une inscription hiéroglyphique composée d’une barre et de points à la manière des Mayas et des Zapotèques : c’est le chiffre 7.

Comme on peut le constater, le culte de ces dieux était très important car la prospérité du peuple dépendait essentiellement des activités agraires. À titre d’exemple, Tlaloc, le dieu de la pluie et des moissons retrouvé dans la grotte Balamku. En tant que dieu de la fertilité, il est associé au chiffre sept sur une stèle votive où sept rayons jaillissent du glyphe «7 Pluie» ; sa tête porte une coiffe en forme de signe de l’année : il était le régent du 7e mois du calendrier Aztèque.

Ce qui est en haut est en bas 

Au regard des thèmes exposés jusqu’ici, il apparaît que le chiffre 7 se révèle comme un élément important dans la pensée préhispanique, une sorte de pattern susceptible d’expliquer la configuration septénaire de la grotte Balamku, et d’apporter en même temps une plus juste compréhension des mœurs et des valeurs d’un monde qui aujourd’hui nous est complètement étranger, à la frontière même du réel et de l’invisible. D’autres sujets auraient pu être présentés pour étayer nos propos, mais une étude plus approfondie serait impossible dans le cadre de cet article.

Toutefois, pour conclure sur le thème de la fertilité, il est intéressant de mentionner que les Mayas étaient d’excellents astronomes et mathématiciens, et que la constellation des Pléiades et ses sept étoiles visibles à l’œil nu ont joué un rôle déterminant dans la maîtrise de l’agriculture. Par conséquent, la présence du septénaire ne relève en aucun cas du hasard, mais de la volonté de se conformer à la nature de la création, selon ses principes et méthodes. Sans oublier que le corps humain, lui aussi, a contribué à consolider l’association 7-Fertilité avec ses sept orifices naturels, plus facilement repérables dans le corps de la femme : deux narines, deux orifices de l’audition, la bouche, l’anus et le vagin. Et la concordance entre les 28 jours du cycle lunaire et le cycle biologique féminin a sans doute attiré l’attention sur le rapport numérique entre les choses. Ce rapport, qui s’articule autour du chiffre 7, aurait inspiré l’idée selon laquelle le renouvellement perpétuel du cycle cosmique est inhérent au cycle de la vie et à la fertilité : 28 est le produit de l’addition des sept premiers nombres entiers… 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 = 28. À méditer.

Eduardo UGOLINI

Le Sénat mexicain approuve une réforme qui accorde des droits aux employées de maison

Ce mardi 23 avril, le Sénat mexicain a approuvé, à l’unanimité, l’avis des commissions législatives qui réforment les lois fédérales du travail et de la Sécurité sociale, avec l’objectif de réguler le travail domestique rémunéré, ainsi que de reconnaître et de garantir les droits des personnes qui se consacrent à ce travail.

Photo : Cuartoscuro Isaac Esquivel

Entre autres choses, la réforme, approuvée à 112 votes, établit que les personnes employées de maison ont droit aux vacances, à des primes de vacances, à des jours de congés payés, un accès obligatoire à la Sécurité sociale, une prime de Noël, et toute autre prestation qui pourrait être conclue entre les parties ; la Commission nationale des salaires minimum fixera les salaires qui devront être payés à ces employées et employés, qui ne pourront en aucun cas être inférieurs à deux salaires minimums actuels.

Pendant la discussion sur le projet de loi, des sénatrices de différents groupes parlementaires ont mis l’accent sur plusieurs aspects de la réforme. «Pour elles, de longues journées de travail, avec tous types de tâches, dont quelques-unes très ingrates et abusives […] et, en retour, elles reçoivent les salaires les plus bas», a déclaré la sénatrice Bertha Xóchitl Gálvez Ruiz. Martha Lucía Micher Camarena, du parti présidentiel Morena, a exposé les inégalités dont souffrent les femmes dans le domaine du travail domestique par rapport aux hommes.

La sénatrice a expliqué que trois hommes employés de maison sur dix gagnent deux salaires minimum ou moins, alors que la proportion augmente à quatre sur dix dans le cas des femmes. De plus, 83,2% des hommes dédiés au travail domestique rémunéré ne disposent pas d’accès aux services de soin, alors que le pourcentage des femmes dans cette situation augmente à 98%.

«Un des grands problèmes auquel nous sommes confrontés dans la valorisation sociale du travail, est les stéréotypes et les préjugés existant liés à ces activités, qui sont considérées comme presque naturelles. Non, chèr·e·s collègues, nous les femmes, nous ne sommes pas nées avec le plaisir de laver et repasser, ou de changer la couche d’un bébé à trois heures du matin quand nous n’avons pas du tout dormi. Rien n’est naturel, ce n’est pas inhérent aux femmes, c’est un sujet qui a à voir avec le patriarcat, avec cette culture machiste et avec une culture qui a donné un privilège aux hommes et les a caractérisés comme des gens qui ne peuvent ni laver ni repasser», a-t-elle affirmé.

Elvia Marcela Mora Arellano, du parti Encuentro Social, a rappelé le texte écrit par Rosario Castellanos en 1970 pour le journal Excélsior dans un article intitulé «Casandra de sandales : la libération de la femme, ici» : «quand la dernière bonne disparaîtra sur le petit matelas où repose maintenant notre conformité, la première rebelle furieuse apparaîtra. »

Elle a ajouté que «le Mexique commence à peine à payer la dette qu’il a envers des générations et des générations de femmes, dont beaucoup sont pauvres et qui, sans disposer d’autres alternatives, ont opté pour ce travail, à ce qu’on en a romancé en l’investissant comme une relation quasi filiale et familiale pour nier les droits du travail». «L’infantilisation que les patrons encouragent pour ne pas reconnaître que nous sommes en train de parler de personnes employées, cela arrive à sa fin, ou nous espérons que cela finira, avec cet avis», a-t-elle conclu.

La sénatrice du Movimiento Ciudadano Patricia Mercado a reconnu les différents faits qui se sont conjugués pour une approbation unanime de la proposition. Elle a reconnu la décision de la Cour suprême de justice de la nation qui a déclaré inconstitutionnel le fait que les employées de maison ne soient pas inscrites à l’Institut mexicain de la Sécurité sociale, comme la majorité parlementaire du parti Morena, qui a une vision syndicaliste et cherche la reconnaissance de la dignité des travailleuses et travailleurs.

Pendant son exposé, Patricia Mercado s’est émue en rappelant que le jour précédent, la sénatrice du parti PAN Xóchitl Gálvez lui a dit avoir travaillé avec force pour cette initiative parce que sa mère s’était dédiée à laver des vêtements. «J’ai été très touchée que tu me le dises et j’ai compris ton engagement», a-t-elle déclaré, s’adressant à Gálvez.

La sénatrice du PAN, de son côté, a dédié l’approbation de l’initiative aux employées de maison : «Pour elles, parce qu’elles sont principalement des femmes, de longues journées de travail, avec tous types de tâches, dont certaines très ingrates et abusives ; des responsabilités dans l’éducation et le soin des enfants et des personnes malades ; parfois mangeant les restes du repas principal. En retour, elles ont reçu des salaires plus bas que le minimum, elles ne disposaient pas de prestations sociales, et leur situation d’exploitation silencieuse prend une nuance encore plus grave car elle se passe dans l’intimité du domicile de ses employeurs. Cette tyrannie devait arriver et va arriver à sa fin.»

D’après Aristegui Noticias
Traduit par Cécile Spanu

Qui trop embrase mal éteint ? : le Mexique demande des excuses à l’Espagne colonisatrice

Andrés Manuel López Obrador, surnommé AMLO, président du Mexique depuis le 1er décembre 2018, a demandé à l’Espagne des excuses publiques concernant la période de la colonisation espagnole au Mexique. De 1521 jusqu’à l’indépendance de Tenochtitlan en 1821, des torts ont été commis par le peuple espagnol. AMLO a écrit le 1er mars au Roi Philippe VI pour lui demander un geste de réconciliation, permettant de solder l’invasion et la colonisation. Demande «rejetée avec fermeté» par Josep Borrell, ministre espagnol des Relations extérieures.

Photo : TV azteca noticias

Personne ne sait ce que dit la lettre de tentative de réconciliation d’AMLO. Or celui-ci en a donné l’essence dans un message vidéo filmé sur les ruines préhispaniques de Comalcalco, sur ses terres de Tabasco. «J’ai envoyé cette lettre pour qu’un pardon soit transmis aux peuples originaires, pour les violations de ce qu’on appelle aujourd’hui les droits de l’homme, les tueries de la prétendue conquête […] l’excommunication des pères de la patrie.»

Pourquoi cette initiative que rien ne laissait soupçonner ? Pourquoi seule l’Espagne est-elle visée ? Y aurait-il un contentieux entre les deux pays qui permettrait de comprendre cette initiative inamicale ? Pourquoi Paris et Washington n’ont-ils pas reçu une missive identique ? Les États-Unis et la France ont-ils eux aussi gravement bousculé l’intégrité territoriale du Mexique ?

Les rapports entre anciens colonisés et colonisateurs restent marqués par ce péché originel. Le colonisateur est condamné à la mauvaise conscience. Le colonisé, à l’exaltation de son geste indépendantiste. La mémoire collective des uns, les Mexicains, et des autres, les Espagnols, reflète une vision croisée. L’histoire officielle, véhiculée par les manuels scolaires en porte la trace. Le Mexique se veut indien, et même aztèque. Il a relégué les restes du «conquistador» Hernán Cortés, dans le quasi-anonymat d’une petite église de sa capitale. Les Espagnols souvent contestent, comme le romancier Arturo Pérez-Reverte, la réalité d’une légende noire. Mieux ou pire, Pablo Casado, responsable du Parti populaire, a revendiqué ce moment comme «le plus brillant de l’histoire de l’humanité».

L’Espagne et le Mexique avaient déjà fait l’expérience de cette incompréhension mutuelle pour commémorer 1992. Cette date était-elle l’année du cinquième centenaire de la découverte de l’Amérique comme le proposaient les Espagnols ? Ou était-elle l’an I d’une légende noire comme cela était avancé au Mexique ? Au terme de négociations ardues, 1992 aura été finalement le cinquième centenaire de la rencontre entre deux mondes. Juste après la tenue du premier sommet ibéro-américain en 1991, dans la ville mexicaine de Guadalajara. Alors que les Espagnols auraient préféré à Séville, en 1992.

Cependant, ce courrier a surpris. Philippe VI, présent pour sa prise de fonction, avait salué AMLO le 1er décembre 2018. Le Président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a effectué une visite officielle à Mexico le 29 janvier 2019. Ces deux contacts bilatéraux s’étaient déroulés sans incident. 2021 sera une année de manifestations destinées à contribuer au rappel d’un passé, et à partager amitié et coopérations.

Les incompréhensions récentes pourront sans doute être surmontées dans les prochains mois. Comme cela avait été le cas en 1992. Cette lettre présidentielle mexicaine adressée au monarque ibérique n’était sans doute pas nécessaire. Plusieurs voix ont signalé en Espagne, mais aussi au Mexique, que les Indiens n’ont pas été bien traités par les gouvernants du Mexique indépendant, plus «espagnols» qu’indigènes. Certains historiens mexicains, comme José Maria Murria, Antonio García de León et Carlos Martínez Assad, mais aussi leur collègue espagnol, José Álvarez Junco, ont rappelé que les générations espagnoles actuelles ne pouvaient être considérées coupables et comptables de crimes commis il y a plusieurs siècles. Les opposants mexicains au président AMLO ont dénoncé une initiative électoraliste, dommageable aux rapports bilatéraux avec l’Espagne. Ceux de Pedro Sánchez ont critiqué son «ami gauchiste» AMLO.

Finalement, le Pape François interpellé par une missive parallèle a répondu en jésuite par la voix de son porte-parole : «Le Saint-Père aurait été enchanté de se rendre au Mexique pour commémorer en 2021 500 ans d’évangélisation des Amériques. Mais il a déjà visité le Mexique. D’autres pays espèrent sa venue.»

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Cent vingt dénonciations de violences sexistes publiées contre des journalistes mexicains

Entre le 23 et le 26 mars, le compte Twitter @periodistasPUM, de l’organisation Periodistas Unidas Mexicanas (Journalistes mexicaines unies), a publié 120 dénonciations de violences sexistes qui impliquent des journalistes, rédacteurs en chef, photographes, chroniqueurs et dirigeants de divers médias de communication mexicains. Onze hommes ont été signalés par plus d’une femme, a révélé l’organisation. SUITE

Photo : Twitter/@periodistasPUM

Après la diffusion le samedi 23 mars de dénonciations de violences sexistes dans le milieu littéraire sous le hashtag #MeTooEscritoresMexicanos (Me Too Écrivains Mexicains), les Periodistas Unidas Mexicanas ont décidé de promouvoir le hashtag #MeTooPeriodistasMexicanos (Me Too Journalistes Mexicains), pour recevoir des témoignages d’agressions machistes dans les médias. Le compte Twitter a publié 120 dénonciations, parmi lesquelles 119 dont l’agresseur fut un homme et seulement un cas où elle fut une femme. De plus, 11 hommes ont été signalés par plus d’une personne pour avoir exercé des violences sexistes.

Des 37 médias signalés comme lieux de travail des agresseurs dans les accusations, quatre se sont prononcés sur le sujet. L’agence CIMAC a annoncé une enquête interne pour éviter que se répètent ces conduites, telle celle attribuée à un ex-rédacteur en chef ; le réseau Red de Periodistas de a Pie s’est engagé à concevoir un protocole de conduite en cas de harcèlement sexuel après que trois de ses collaborateurs ont été dénoncés ; alors que Chilango y Más por Más ont informé de la suspension des postes de deux de ses trois collaborateurs signalés, pendant le déroulement des enquêtes et avant une prise de décision définitive.

«Dans le collectif PUM, nous avons donné la parole aux femmes victimes de violences, en leur apportant une protection, en cohérence avec les raisons à l’origine de la formation de notre groupe. Notre travail a consisté à mettre en évidence un problème qui se produit fréquemment dans l’exercice de nos fonctions depuis très longtemps, dans une totale impunité», rappelle le groupe.

«Le changement viendra des entreprises de presse qui assument leurs responsabilités pour garantir des espaces sans violence pour les femmes, en appliquant une politique de zéro tolérance face au harcèlement sexuel, en créant et faisant respecter les protocoles adéquats pour traiter les plaintes de ces conduites illégales et inappropriées qui entravent le développement professionnel et affectent la vie personnelle, en développant des mécanismes de dénonciation sûrs et fiables, et en mettant en place des mesures préventives pour lutter contre ce type de violence», a conclu PUM.

D’après Aristegui Noticias
Traduit par Cécile Spanu

Un «trésor scientifique» découvert sur le site maya de Chichén Itzá au Mexique

Balamkú, «le temple du dieu jaguar», un sanctuaire souterrain fréquenté il y a plus de mille ans par les Mayas, dans l’antique cité maya de Chichén Itzá (péninsule du Yucátan, Mexique) a été redécouverte par les archéologues mexicains plus de cinquante ans après sa première découverte en 1966. Les scientifiques du projet GAM (Gran Acuífero Maya) de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (INAH) ont annoncé le 19 février dernier avoir jusqu’à présent parcouru environ 460 mètres à travers la grotte pour trouver ce trésor scientifique qui compte sept offrandes, d’innombrables objets en céramique, et plus de 200 brûleurs d’encens, dont beaucoup d’entre eux représentent Tlaloc, le Dieu de l’eau.

Photo : Veme

Dans ce lieu de vestiges extraordinairement conservés, cette découverte contribuera à comprendre l’histoire de Chichén Itzá. La grotte, scellée pendant des siècles, offre une conservation optimale des objets qui «contiennent des informations inestimables sur la formation et la chute de l’antique cité et sur les fondateurs de ce site iconique» a exprimé Guillermo de Anda, directeur du GAM. En effet, les scientifiques espèrent que la datation de ces vestiges permettra d’avoir plus de détails sur l’origine et le mode de vie des Itzá, le peuple maya qui vivait dans la péninsule du Yucátan. 

Un demi-siècle plus tard, la redécouverte du site

Il y a cinquante ans, la grotte avait été découverte par la population locale, qui avait alors informé l’INAH. Un chercheur envoyé par l’Institut, Víctor Segovia Pinto, avait remis un rapport technique qui, pour une raison inconnue, ne précisait pas l’entrée de la grotte.

C’est alors que l’an dernier, Guillermo de Anda, qui avait commencé un projet dans la région trois ans auparavant, a découvert la grotte Balamkú en étudiant un gouffre situé à deux kilomètres du temple de Kukulcán. «Ce que nous avons alors découvert était incroyable, rien n’était altéré et un des brûleurs d’encens est même devenu une stalagmite», a raconté Guillermo de Anda, directeur du projet.

Balamkú se situe à 2,7 kilomètres à l’est du temple de Kukulcán. Les scientifiques se questionnent sur la possible relation entre les deux édifices, étant donné la distance qui les sépare. La cartographie 3D et la paléobotanique seront mis en œuvre par les chercheurs du GAM pour réaliser une étude approfondie du site qui permettra de comprendre l’effondrement de la civilisation maya et le déclin de la grande cité de Chichén Itzá au 13e siècle, toujours inexpliqué à l’heure actuelle.

Pourquoi les Mayas ont-ils déposé leurs offrandes dans une galerie si secrète ?

L’hypothèse avancée par les scientifiques du GAM est qu’«au cours de la période de l’époque post-classique (700-1000 après J.C.), le nord de la péninsule du Yucátan a connu un épisode de sécheresse inhabituel qui a obligé les habitants à implorer la pluie en allant dans les entrailles de la terre, dans l’inframonde où règnent les divinités de la fertilité», signale le communiqué de l’INAH.

Les archéologues ont dû ramper pour pouvoir découvrir les sept chambres-sanctuaires identifiées jusqu’à présent. La morphologie tortueuse de la grotte qui ressemble à un «ver», comme la décrit Guillermo de Anda, aurait pu inciter les Mayas à faire les offrandes au plus profond de la galerie afin d’être plus proches des dieux. En langue maya, «Balam» signifie «jaguar» et «Kú» «temple». La grotte Balamkú fait donc référence à cet animal mythique qui conserve un lien étroit avec les divinités associées à l’inframonde, et avec les portes d’accès à ce monde souterrain.

Un serpent corail, gardien de la grotte

Les Mayas habitant toujours au Yucátan ont raconté que le serpent corail était le gardien de la grotte. Et en effet, Guillermo de Anda expliqua qu’un reptile de cette espèce, qui est parmi les plus venimeux du monde, avait bloqué pendant quatre jours l’accès de la grotte aux scientifiques. Respectant la demande des Mayas vivant près du site de Chichén Itzá, les archéologues ont procédé pendant six heures à une cérémonie spirituelle d’expiation afin d’éviter qu’un drame ne se produise en pénétrant dans la grotte.

Alexandra JAUMOUILLÉ

Cent jours pour l’homme du peuple mexicain, Andrés Manuel López Obrador

En juillet dernier, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) arrivait largement en tête du scrutin présidentiel au Mexique. Avec 53% des voix, AMLO surplombait tous ses adversaires et devint le président le plus largement soutenu par la population de toute l’histoire mexicaine. Il brisait de la même façon l’hégémonie du Partido Revolucionario Institucional (PRI) sur les institutions du pays et obtint une majorité écrasante au Parlement mexicain.

Photo : Televisa

Andrés Manuel López Obrador se fit élire porté par son projet de quatrième transformation et le mouvement MORENA, (Movimiento de Regeneracion Nacional). En décembre dernier, après cinq mois de transition, il succéda à Enrique Peña Nieto, qui laissa son poste avec 18% d’opinions favorables et un mandat entaché par la montée de l’insécurité et de la violence dans tout le pays, ainsi que de nombreux scandales de corruption au sein de ses troupes. Après plus de cent jours au pouvoir, la cote de popularité d’AMLO au sein de la société mexicaine reste extrêmement élevé (près de 80% d’opinions favorables). Attardons-nous sur les principales mesures mises en place par le nouveau gouvernement.

Programmes sociaux

Il avait été élu sous le slogan «Los pobres, primero», dans un pays où 50% de la population vit en situation de pauvreté. Parmi les mesures phares de son budget pour 2019, AMLO annonçait le déblocage de 6 milliards de dollars pour soutenir les jeunes, via un système de bourses, à poursuivre leur éducation ainsi que se former en entreprise. De l’autre côté de l’échelle générationnelle, le budget prévoit également une aide financière universelle aux personnes âgées et handicapées. Pour les travailleurs les plus pauvres, une revalorisation du salaire minimum à hauteur de 16% fut également mise en route (bien que celui-ci reste un des plus faibles d’Amérique latine).

Infrastructure et grands projets

Une des promesses de campagne d’AMLO fut de lancer une grande consultation populaire sur la construction pharaonique du nouvel aéroport de México. En octobre dernier se tint cette consultation qui s’opposa en grande majorité à cette construction (70%) et AMLO se rangea derrière l’opinion des électeurs. Avançant des raisons de corruption dans l’attribution des contrats et des motifs écologistes, le chantier de l’aéroport -construit déjà à 30%- s’arrêta du jour au lendemain.

Dans la foulée, le nouveau président annonça le lancement du projet du Train Maya, une ligne de chemin de fer devant relier les différents sites touristiques et poumons économiques de la Riviera Maya, dans le sud-est du pays. Un investissement colossal de plusieurs milliards d’euros, approuvé par un référendum citoyen dans la région à 89%.

Politique énergétique

Dès sa prise de pouvoir, AMLO prit à bras le corps un des problèmes endémiques de la politique énergétique du Mexique : le huachicoleo ou le vol de combustible. Ce trafic de pétrole à grande échelle était organisé au sein même de Pemex, la compagnie pétrolière publique, depuis de nombreuses années. Chaque jour, c’étaient 80 000 barils de pétrole qui disparaissaient du réseau énergétique mexicain pour un manque à gagner de plusieurs milliards de dollars. À l’heure actuelle, malgré de graves problèmes de planification et de pénurie dans les stations-services de plusieurs États mexicains et notamment dans la capitale, la lutte entamée par AMLO semble porter ses fruits, avec des chiffres de huachicoleo en chute libre.

Néanmoins, sa politique énergétique s’est principalement focalisée sur une récupération de l’industrie pétrolière nationale dans le but d’atteindre l’autonomie énergétique. L’ONG Greenpeace souligne le manque d’ambition du nouveau président en matière d’énergie renouvelable après la diminution draconienne des assignations budgétaires liées à ces questions et l’annulation de plusieurs marchés publics visant à développer ces secteurs.

Droits de l’homme et lutte contre l’insécurité

C’était un des gestes forts des premiers jours de gouvernement d’AMLO. Dans son premier décret officiel en tant que président, il créa la «Commission pour la Vérité» afin de relancer l’enquête sur la disparition en 2014 des 43 étudiants d’Ayotzinapa, visage sur la scène internationale de la violence organisée qui ravage le pays depuis de nombreuses années. L’établissement de cette Commission est un symbole fort de réunification du pays, approuvé par la CIDH (Comisión Interamericana de Derechos Humanos). Les prochains mois nous diront la portée de ce nouvel outil pour ce défi majeur, dans un pays qui compte plus de 37 000 personnes disparues.

En ce qui concerne la sécurité, malgré sa promesse de campagne de retirer les militaires des rues, la Défense fut la principale privilégiée du budget d’AMLO avec une augmentation de son budget de 11%. D’autre part, y a quelques jours, la totalité des 32 parlements locaux votait en faveur de la création d’une Guardia Nacional, une police à caractère militaire, qui devrait compter 150 000 hommes dans cinq ans.

Politique internationale

AMLO avait annoncé que sa politique étrangère se limiterait à défendre les intérêts mexicains là où sa présence serait nécessaire. Depuis le début de son mandat, il n’a encore effectué aucun déplacement à l’étranger, privilégiant un passage de tous les États du pays.

Pour autant, sa voix est dissonante par rapport à la majorité des pays latino-américains sur la question vénézuélienne. La présence de l’actuel président du Venezuela à sa cérémonie d’investiture fut largement questionnée et il se distancia du Groupe de Lima qui jugeait illégitime la prise de pouvoir de Nicolás Maduro en janvier dernier. Se retranchant derrière l’historique politique de non-intervention du Mexique sur la scène internationale, il rata pourtant le coche de pouvoir se définir comme une force régionale de médiation quand Juan Guaidó refusa sa proposition d’intermédiaire.

Le style de présidence

La popularité d’un homme politique dépend largement de sa communication, et cela AMLO l’a bien compris. Se faisant élire comme représentant des classes oubliées du pays, il se définit comme un président simple et proche des gens. Il refusa de s’installer aux Pinos, la maison présidentielle et il baissa son salaire de 27%. Depuis sa prise de pouvoir, tous les jours, à 7 heures du matin, ses conférences de presse sont devenues un rituel pour les journalistes. Ces prises de parole quotidiennes au lever du jour sont une manière de reprendre en main l’agenda médiatique de la journée.

Conclusions

«Bien que ce soit seulement le début du chemin vers le progrès et la justice, nous avons commencé à écrire le prologue du grand chantier de la transformation national», concluait AMLO lors de son discours-bilan après cent jours au pouvoir. En effet, de nombreux enjeux ont déjà été mis sur la table en quelques mois. Néanmoins la lutte contre la corruption, les inégalités et l’insécurité au Mexique est un travail de longue haleine, demandant des mesures à court et long-terme.

L’une des principales caractéristiques des premiers mois d’AMLO au pouvoir fut l’austérité imposée aux institutions et aux gouvernants politiques. Il s’est opéré un vrai changement d’esthétique des institutions publiques, une promesse d’austérité qu’il avait défendue lors de sa campagne. Ces mesures ne sont pas seulement symboliques car elles permettent de renouer la confiance de la société mexicaine avec la fonction publique, confiance largement rompue ces dernières années. Dans la narrative présidentielle, le peuple est remis au centre des stratégies politiques et depuis l’ascension d’AMLO au pouvoir, le débat public n’a jamais autant été si vif au sein de la société mexicaine.

La mise en place de mesures sociales de grande envergure est l’autre caractéristique qui peut expliquer l’énorme popularité du nouveau président mexicain. Ces programmes sont un signal encourageant car ils ont comme objectif de revaloriser les classes les plus démunies grâce à la formation professionnelle, l’éducation et une amélioration de leur pouvoir d’achat, afin de trouver d’autres chemins que ceux de la violence et la drogue. Il n’empêche que, dans les mois qui viennent, AMLO va devoir définir clairement le modèle économique qu’il souhaite pour pouvoir financer ces mesures.

Dans de nombreux domaines, il va devoir également affronter ses propres contradictions. Si un système de consultations citoyennes est mis en place, il doit être réglementé, transparent et représentatif pour atteindre une certaine légitimité.

Un double discours est également visible sur la question des droits de l’homme et de la lutte contre l’insécurité où, d’un côté, López Obrador entame le processus indispensable de réconciliation nationale entre les victimes de violence et l’État et, d’un autre, utilise les vieilles recettes des anciens présidents en privilégiant la mise en place d’un nouveau corps armé pour lutter contre la violence alors que les forces de l’ordre sont impliqués dans de nombreux cas de violences, de tortures et de disparitions forcées.

La même constatation peut être faite en matière de politiques énergétiques où, sous couvert de retrouver l’autonomie énergétique du pays, il parie sur une vision privilégiant l’utilisation du pétrole et rabaisse le budget des politiques d’énergie renouvelable et de protection de l’environnement. Protection de l’environnement qui était pourtant au cœur de son argumentaire pour l’annulation de la construction du nouvel aéroport de Mexico. Ce double discours opère également dans la promotion d’un pays plus prospère tout en coupant abondamment dans les budgets destinés aux universités, à la recherche et à la culture, trois piliers indispensables au développement social et économique.

Finalement, en matière de politique internationale, AMLO, qui a comme modèle l’ancien président brésilien Lula, se refuse pourtant à assumer la force historique potentielle que pourrait avoir son mandat en Amérique latine. Sur un continent largement passé à droite de l’échiquier politique, sa voix dissonante aurait pu marquer une nouvelle impulsion, mais elle peine hélas à se faire entendre.

Cent jours sont passés et AMLO peut toujours compter sur un soutien social (presque) sans faille. Cette popularité inédite est à la fois une chance et une malédiction, tant les espoirs de la population mexicaine sont grands pour que son gouvernement transforme le pays de fond en comble. AMLO compare souvent son modèle de quatrième transformation du Mexique aux mouvements historiques de l’Indépendance, la Réforme ou la Révolution mexicaine, et en mettant la barre si haut, la société mexicaine espère de lui qu’il soit à la hauteur de ces enjeux.

Romain DROOG

Les enjeux du train Maya pour relancer l’économie et le tourisme au sud-est du Mexique

Le président du Mexique, Andrés Manuel López Obrador (AMLO), a proposé de construire une ligne de chemin de fer de 1500 kilomètres traversant cinq États pour relier les centres archéologiques de la culture maya et relancer l’économie dans le sud-est du pays. Ce projet devrait voir le jour au cours des quatre prochaines années, couvrant ainsi les principales destinations touristiques du pays : Cancún, Tulum, Calakmul, Palenque et Chichén Itzá.

Photo : SavonsForets

Le budget alloué à ce projet sera de 120000 à 150000 millions de pesos (de 5,470 à 6,840 millions d’euros), dont 75% proviendra de ressources privées et des fonds qui émanent des impôts sur le tourisme. Ce plan n’était pas nouveau puisqu’en 2012, le Secrétaire aux communications et aux transports du Mexique, Gerardo Ruiz Esparza, l’avait déjà proposé, mais faute de budget, il n’avait pas été mis en place.

600 kilomètres d’anciennes infrastructures de la voie ferrée du sud-est serviraient à le construire et le reste serait modernisé et assaini. Ce train Maya permettra non seulement de relier les villes du sud-est (l’une des zones les plus marginalisées) au reste du Mexique, mais aussi d’ouvrir sur la biodiversité des paysages et les richesses archéologiques. La nuit, le train se chargerait de transporter des marchandises sous les procédures de la Commission fédérale de l’électricité (CFE), grâce au travail continu du train. En outre, il amènerait de nombreux touristes de Cancún à Palenque en neuf heures avec une vitesse maximum de 160 km/h.

La construction de ce train doit prendre en compte divers obstacles tels que l’ajustement des vitesses, les pentes du terrain et le délai d’élaboration puisque, selon les estimations, elle prendrait cinq ou six ans pour un travail d’une telle ampleur. De même, il faut tenir compte d’autres complexités pour mener à bien ce type de travaux, dans la mesure où les projets d’infrastructures sont à ce jour interrompus faute de négociations, et face à des controverses environnementales. D’ailleurs, des organismes environnementaux ont réagi en pointant du doigt le grand impact que le train aurait sur l’écosystème, où vit un grand nombre de jaguars. Les responsables du projet ont travaillé sur cet aspect avec cinquante chercheurs et experts pour la préservation animale.

Rogelio Jiménez Pons, directeur du Fonds national pour le développement du tourisme (Fonatur), souligne que ce projet amènera des bénéfices et apportera des valeurs ajoutées dans différentes municipalités de la route en termes d’immobilier et de commerce, ce qui aiderait parallèlement à l’entretien de la voie ferrée. De cette façon, cette proposition d’AMLO représente un enjeu de taille : se risquer à ce que ce soit un échec absolu. Le gouvernement doit ainsi se prémunir face aux velléités du secteur privé quant au financement, sans pour autant affecter le tourisme.

Andrea M. RICO PARRA

Andrés Manuel López Obrador et le Mexique à contre-courant face à la crise au Venezuela

Le Mexique serait-il entré en dissidence en privilégiant envers et contre tout et tous une sortie de crise vénézuélienne s’appuyant sur les vertus de la non-ingérence ? Andrés Manuel López Obrador (AMLO) serait-il au mieux un Ponce Pilate ? Refusant d’assister une population en détresse ? Et de condamner les responsables de ce drame, Nicolás Maduro et ses amis ? Aurait-il une complicité idéologique avec le «dictateur» comme l’insinuent ses opposants mexicains et le Secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA) ?

Photo : Francisco Mendoza

Dés sa prise de fonction, le 1er décembre 2018, AMLO a posé ses marques diplomatiques. Le Mexique a invité tous les chefs d’État en exercice à la cérémonie. Et donc le président vénézuélien, Nicolás Maduro. Il était à Mexico le 1er décembre 2018. Le 4 janvier 2019, le Mexique participait au Pérou à une réunion du Groupe de Lima, composé de pays américains hostiles au Venezuela de Nicolás Maduro.

Au nom de son pays, le Secrétaire mexicain en charge de l’Amérique latine et de la Caraïbe, Maximiliano Reyes, a refusé de signer la déclaration finale de cette rencontre déclarant illégitime le président Maduro. Le 10 janvier suivant, à la différence de la majorité des pays des Amériques et de l’Union européenne, le Mexique était représenté à la prise de fonction de Nicolás Maduro par son chargé d’affaires à Caracas, Juan Manuel Nungaray. Le 23 janvier 2019, le Mexique réagissait à l’auto-proclamation de Juan Guaidó comme président du Venezuela. Le secrétariat d’État mexicain aux Affaires étrangères signalait dans un communiqué «qu’après avoir analysé la situation […] le Mexique n’envisageait pas de changer quoi que ce soit dans sa relation avec le Venezuela et son gouvernement», se démarquant ainsi de la position prise par le Canada, les États-Unis et douze pays latino-américains qui, dès le 23 janvier, ont reconnu Juan Guaidó comme président du Venezuela.

Depuis sa prise de fonction, AMLO a défendu la nécessité de ne pas s’immiscer «dans les affaires internes du Venezuela». «Le dialogue et la recherche d’une solution diplomatique», a-t-il répété à plusieurs reprises, doivent être privilégiés. «Le Mexique», a précisé Maximiliano Reyes, encourage tout ce qui est «initiative de médiation, de dialogue et non d’isolement». À cet effet, il a défini une ligne de conduite diplomatique avec l’Uruguay privilégiant la recherche d’un compromis démocratique entre parties opposées. Il défend cette thèse au sein de tous les forums hostiles à Nicolás Maduro, dont il reste membre. Qu’il s’agisse du Groupe de Lima, ou du Groupe de Contact International constitué à Montevideo. Il en a rappelé le bien-fondé au président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez qui, le 30 janvier 2019, à Mexico, plaidait la nécessité d’un dialogue passant par la reconnaissance préalable de Juan Gaidó comme chef de l’État.

La position du Mexique a fait l’objet de réserves et critiques. Mike Pence, vice-président des États-Unis, a signalé le 25 février 2019 «qu’il ne pouvait y avoir de spectateurs en ce qui concerne la défense des libertés au Venezuela. Les États-Unis, a-t-il poursuivi, attendent du Mexique, de l’Uruguay et des Caraïbes […] la reconnaissance du président intérimaire». Le Mexique d’AMLO, selon Luis Almagro, Secrétaire général de l’OEA, «ne devrait pas faire le pari de la neutralité, qui est permissivité et peut affecter toute la région». Au Mexique, le Parti d’action nationale (PAN) a regretté la présence «lamentable» du «dictateur» Nicolás Maduro à la prise de fonction d’AMLO le 1er décembre 2018. Il a, en ce qui le concerne, reconnu Juan Guaidó comme président légitime. Le PRD, Parti de la Révolution Démocratique, a également demandé au gouvernement de «rectifier» la reconnaissance accordée au «régime dictatorial» de Nicolás Maduro.

La non-ingérence active pratiquée par AMLO est une évidence confirmée par les faits signalés. Mais relève-t-elle d’une sympathie idéologique à l’égard du Venezuela bolivarien ? D’une neutralité irresponsable comme le disent les critiques de sa diplomatie ? Les émetteurs de réserves, volontairement ou par ignorance, ne se sont pas donnés les moyens de chercher les bonnes clefs permettant de comprendre le fil conducteur des positions et initiatives de la diplomatie d’AMLO. Cette diplomatie n’a pas d’atomes crochus avec le «chavisme» et le «madurisme». Et pour autant elle n’est pas indifférente. Pendant sa campagne électorale, AMLO avait été très clair à ce sujet. Le 3 mars 2018, par exemple, il avait fait la déclaration suivante : «Je ne suis ni « chaviste », ni « trumpiste ». Je suis « juariste » [référence au président Benito Juárez], je suis « maderiste » [référence au président Francisco Madero], « cardeniste » [référence au président Lázaro Cárdenas], mexicaniste en un mot.»

En clair, AMLO a réactualisé une tradition diplomatique mexicaine, écornée par ses prédécesseurs, la «doctrine Estrada». Genaro Estrada Félix, secrétaire aux Affaires extérieures en 1930, avait théorisé la non-ingérence, et son corolaire le respect de la souveraineté des États. «Le Mexique, avait-il écrit le 27 février 1930, n’a pas à accorder une reconnaissance quelconque […] attitude dénigrante, blessante pour les souverainetés, autorisant des autorités étrangères à décider de la légalité ou non de régimes d’autres pays.» Cette doctrine tirait la leçon des interventions étrangères, françaises et nord-américaines qui, au nom de principes universels, ont affecté dans le passé la souveraineté mexicaine. Et lui ont coûté occupation militaire, spoliations économiques, perte de territoires.

Un musée de Mexico est consacré aux malheurs provoqués par les interventions étrangères. Et aux présidents patriotes qui ont résisté : Benito Juárez qui a reconquis la République occupée par les troupes du IIe Empire français. Lázaro Cárdenas qui a nationalisé la richesse pétrolière accaparée par des sociétés nord-américaines. Francisco Madero qui a sacrifié sa vie à la consolidation d’un État mexicain fort et démocratique.

Au lendemain de la réunion du Groupe de Lima qui avait déclaré l’illégitimité de Nicolás Maduro, AMLO, le 5 janvier 2019, avait fondé sans le dire son refus de cette décision, sur la doctrine Estrada. «Nous allons [en cette affaire, agir] dans le respect des principes constitutionnels de non-intervention et d’autodétermination des peuples en matière de politique extérieure. Nous ne nous immisçons pas dans les affaires intérieures des autres pays parce que nous ne voulons pas que les autres mettent leur nez dans ce qui concerne les seuls Mexicains

Défendre les droits humains et les libertés, a-t-il dit en une autre occasion, c’est d’abord être exemplaire chez soi. Ce préalable acquis, un État peut ensuite, en concertation avec d’autres, proposer ses bons offices pour faciliter les sorties négociées de crises intérieures. C’est tout le sens de l’initiative prise avec l’Uruguay. Comme de l’appel lancé aux Nations unies. Si l’humanitaire est une priorité, si la population vénézuélienne a besoin d’un secours d’urgence, il faut, a-t-il dit le 26 février 2019, «dépolitiser l’aide. Lui ôter toute dimension violente, […] passer par le droit […] confier ce travail à l’ONU et à la Croix-Rouge».

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

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