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Mexique

«Apocalipsis Island» version élections : les présidentielles 2018 au Mexique

Les Mexicains vont voter le 1er juillet prochain pour élire leur président, 500 députés et 128 sénateurs. Quatre candidats sont sur la dernière ligne droite. José Antonio Meade pour le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), Ricardo Anaya pour le Parti d’action nationale (PAN), Andrés Manuel López Obrador pour le Morena, Jaime Rodríguez Calderón, «El Bronco», pour lui-même. Les bulletins sont prêts, les urnes également, le tout sous la supervision de l’Institut national électoral.

Photo : Raquel Marín/El País

Les candidats sont en place depuis plusieurs mois, avec, plus ou moins à droite, deux candidats : celui du PRI, qui a été ministre d’un président paniste, et celui du PAN, qui est aussi celui du PRD, de centre gauche. À gauche, le candidat du Morena a passé une alliance avec un parti évangéliste anti-interruption de grossesse et anti-mariage de personnes du même sexe.

Confusion des idées, sélection d’un favori

À défaut d’identités bien définies, les candidats confrontent violemment leurs personnalités respectives. Ce petit jeu mêlant accusations de corruption et phrases assassines, sur fond de confusion idéologique et programmatique, a malgré tout permis la sélection d’un favori. Les derniers sondages convergent. Le favori de plus en plus mis en avant par les différents instituts et enquêtes est AMLO, Andrés Manuel López Obrador, dans une fourchette pas très précise, mais lui assurant une marge confortable sur tous ses concurrents. 49% pour les uns, 41% pour d’autres, Anaya étant relégué à 15 ou 20 points derrière et Meade à 25-30.

Les Mexicains n’ont manifestement pas lu les programmes, écouté les diatribes croisées des uns et des autres. Ils ont préféré donner sa chance au candidat et au parti qui n’ont jamais accédé au pouvoir. Le PRI a dirigé le pays de 1929 à 2000 et de 2012 à 2018. Le PAN a présidé le pays de 2000 à 2012. Avec, au terme de ces mandatures, un pays sur les «rotules» économiquement, socialement, sur un fond de violences en spirale dont personne ne voit la fin.

«Apocalipsis Island»

La fiction parfois dépasse la réalité. L’Amérique latine littéraire puisant dans le «Macondo» du quotidien a fabriqué une image de soi pas si magique que ça. Antonio Malpica, écrivain «aztèque», vient d’ajouter un chapitre mexicain à cette créativité dramatique. Il a décrit dans son dernier roman, Apocalipsis Island, un pays emporté par un «effrayant festin cannibale».

Lorenzo Cordova, conseiller président de l’Institut national électoral, s’en est inquiété à la veille de l’ultime face à face télévisé entre les quatre candidats à la présidentielle, le 12 juin 2018. «La violence —a-t-il déclaré dans un communiqué— est par définition la négation de la démocratie. […] De décembre [2017] à aujourd’hui, plus de 20 candidats ou pré-candidats ont été victimes de la violence. […] L’Institut a beaucoup insisté sur la responsabilité constitutionnelle de veiller à la paix publique et à la sécurité incontournables à tout processus électoral.» Le même jour, Rosely Magana, candidate municipale dans l’État de Quintana Roo, décédait après avoir été la cible de coups de feu. L’INE a estimé un nombre minimum de 20 victimes. Le quotidien El Economista, sur la période janvier-mai 2018, a comptabilisé plus de 90 victimes d’assassinats politiques.

Pourtant, de cela, comme de l’explosion des chiffres d’une criminalité qui affecte la population en général et de plus en plus la vie économique du pays, les candidats ont peu parlé. Comme ils ont d’ailleurs peu évoqué la gestion de la relation avec les États-Unis de Donald Trump qui, depuis le 1er janvier 2017, menace de rompre sa relation bilatérale stratégique avec le Mexique. Cette frivolité électorale partagée renvoie à l’intitulé prophétique du dernier roman de Jorge Volpi, Una novela criminal.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

La France restaurera deux monuments endommagés par les tremblements de terre au Mexique

La ministre de la Culture française Françoise Nyssen et son homologue mexicaine María Cristina García Cepeda ont signé le lundi 16 avril dernier un accord relatif à la coopération bilatérale en matière de patrimoine culturel, lors duquel la France s’est engagée à restaurer deux «monuments emblématiques» endommagés par les séismes qui ont secoué le Mexique en 2017.

Photo : Ministère de la Culture

Plus concrètement, la France apportera son aide à la réparation de l’Église San Bernardino de Siena, à Xochimilco, et de l’Église San Francisco de Asís, à Puebla, deux «bâtiments très significatifs» qui ont souffert des dégâts des deux grands tremblements de terre de septembre 2017, a expliqué García Cepeda.

L’accord co-signé par Françoise Nyssen et María Cristina García Cepeda fait suite à la visite au Mexique, en janvier dernier, d’une équipe de trois experts français spécialistes de la conservation et de la restauration du patrimoine, qui s’était alors rendue sur place afin d’évaluer les dommages. Les travaux de restauration, corroborés par le Plan Directeur de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH), devraient commencer dans les mois à venir.

La représentante mexicaine s’est réjouie de l’accord signé le 16 avril, qui renforce les relations avec la France ; elle a également rappelé la visite de Françoise Nyssen à México en octobre dernier, au cours de laquelle la France avait exprimé son soutien et sa solidarité au peuple mexicain. Le ministère français a quant à lui affirmé dans un communiqué que la signature de ce pacte est «une première étape dans la restructuration de la coopération culturelle avec le Mexique».

L’accord promeut aussi «l’échange et la promotion de contacts entre professionnels et spécialistes dans le domaine de la restauration des monuments historiques, et plus particulièrement en faveur de la protection de patrimoine culturel en cas de catastrophes naturelles». Il survient plus de 7 mois après que, en septembre 2017, deux puissants tremblements de terre aient touché plus de 12 millions de personnes au Mexique, laissant plus de 400 victimes mortelles et endommageant plus de 2000 monuments, parmi lesquels 13 sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

D’après Obras web
Traduction de Léa JAILLARD

Violence et corruption au Mexique : des élections pour un changement ?

Alors que la violence et la corruption font des ravages au Mexique, 88 millions d’électeurs seront appelés aux urnes le 1er juillet prochain. 3 400 mandats seront en jeu pour élire les députés, sénateurs, gouverneurs, mandats locaux et le Président. Ce scrutin hors norme pourrait rebattre les cartes politiques dans le pays.

Photo : Andrés Manuel López Obrador/Alto nivel

Les élections mexicaines en juillet 2018 pourraient bien marquer la fin du pouvoir du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI, centre droit). L’actuel Président Enrique Peña Nieto souffre en effet d’une impopularité notoire, avec un bilan catastrophique sur la lutte contre la corruption et contre la violence du narcotrafic, les deux thèmes principaux de cette campagne.

Le « boom » de la violence…

Le macabre record des 25 339 homicides sur l’année 2017 est devenu le sujet de préoccupation principal des Mexicains. Tous les voyants sont au rouge : d’après des études de l’Instituto para la Economía y la Paz, les coûts humains et financiers de la violence sont particulièrement alarmants. Ainsi, d’après l’étude, le coût économique de la violence s’élèverait à 21% du PIB du pays, auquel il faut ajouter le climat de peur qui règne pour les habitants : 74% des Mexicains déclarent avoir peur de sortir dans la rue, d’après cette même étude. L’impunité quasi généralisée laisse aux Mexicains un sentiment de fatalisme et une confiance très limitée dans les institutions publiques en matière de lutte contre la violence.

Et les ravages de la corruption

Parallèlement à ce triste tableau, les scandales de corruption ont éclaboussé le pouvoir en place. Plusieurs proches du président Nieto ont ainsi été inquiétés ou inculpés par la justice, à tel point qu’aujourd’hui le Parti révolutionnaire institutionnel a dû faire appel à une figure extérieure au parti pour redorer son blason par l’intermédiaire du haut fonctionnaire et plusieurs fois ministre José Antonio Meade. C’est une première dans l’histoire du PRI, pourtant parti hégémonique pendant 71 ans jusqu’en 2000 et qui a repris le pouvoir en 2012 après une période d’alternance dirigée par le Parti action nationale (PAN, droite). José Antonio Meade, avec son alliance avec les Verts (PVEM) et la Nouvelle alliance (NA, centre), peine encore à se dégager de l’image désastreuse du parti au pouvoir et ne fait donc pas figure de favori.                                                           

Rejet des partis traditionnels

L’autre parti historique, le PAN, est également à la peine dans les sondages. Son jeune candidat conservateur de 39 ans, Ricardo Anaya, a tenté une alliance surprenante avec deux formations progressistes de gauche. Son objectif est de jouer la carte du ni gauche ni droite. Mais lui aussi est empêtré dans des scandales qui ternissent son image, accusé d’enrichissements illicites. Alors que Meade (PRI) et Anaya (PAN) sont au coude-à-coude dans les sondages pour la deuxième place avec environ 20% des intentions de votes, c’est le candidat de gauche Andrés Manuel López Obrador (AMLO de ses initiales) qui semble être le favori de cette élection avec entre 35 et 40% des intentions de vote en sa faveur. AMLO, candidat antisystème, qualifié de populiste par les partis de droite, veut s’attaquer à la «mafia du pouvoir». Il souhaite renverser les partis en place sur fond de rejet des partis traditionnels et «laver le gouvernement de la corruption de haut en bas». Après avoir mis en cause les milieux d’affaires et le secteur pétrolier, il commence à adoucir son discours pour être moins clivant et élargir son électorat. Cela semble fonctionner car il est bien parti pour remporter les élections présidentielles pour sa troisième et dernière tentative après ses échecs de 2006 et 2012.

Qui succèdera à Peña Nieto ?

Avec un scrutin particulier à un tour seulement, rien n’est encore joué pour le candidat de gauche dans cette longue campagne où les rebondissements sont encore possibles. Dans un climat économique incertain, gangréné par la violence et la corruption, avec les incertitudes vis-à-vis du voisin étasunien et de l’imprévisible Trump, il apparait malgré tout une volonté de changement de la part des Mexicains, qui rejettent les partis traditionnels. Cependant, la volonté de changement est souvent perçue comme une menace pour certains. De quel côté penchera la balance ? Rendez-vous le 1er juillet prochain.

Gabriel VALLEJO

Élections présidentielles au Mexique : José Antonio Meade, la relève du PRI

Économiste, technocrate et fonctionnaire depuis une vingtaine d’années, José Antonio Meade, le candidat du parti actuellement au pouvoir, le PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel), se présente aux prochaines élections présidentielles du Mexique. Au milieu d’une campagne fragile, il se doit de nettoyer l’image de son parti. Meade est l’un des candidat les plus forts de ces élections, il doit se distancer du gouvernement de Peña Nieto pour gagner de nouveaux électeurs.

Photo : Octavio Gómez/Proceso

Pendant le mandat de Peña, des fonctionnaires et des gouverneurs proches du président ont été impliqués dans plusieurs cas de corruption, des épisodes particulièrement marquants pour les Mexicains. Cette corruption ne date pas d’hier : le PRI a maintenu son pouvoir politique hégémonique dans le pays pendant soixante-dix ans (1929-1989). Durant cette longue période, le parti était considéré comme une sorte de machine de cooptation. Cette hégémonie a pris fin dans les années 2000, avec l’arrivée du parti conservateur et traditionnel PAN (Parti d’Action National) et son candidat : Felipe Calderón.

La victoire de Peña Nieto et du PRI en 2012 était synonyme de promesse de rénovation pour le peuple mexicain, sa campagne tournait autour de cette idée de nouvel espoir pour le pays. Néanmoins, ce fût l’un des mandats les plus corrompus de l’histoire, qui, en plus, a engendré les plus hauts taux de violence dans le pays. Pour cette même raison, Meade, candidat du parti pour les élections de 2018, doit se présenter avec assurance devant les citoyens mexicains, avec suffisamment de charisme pour conquérir le vote des différentes classes sociales.

Meade présente donc son parcours académique et son expérience dans la sphère politique comme ses plus grandes vertus. Il a obtenu une licence d’Économie et une licence de Droit dans deux universités mexicaines prestigieuses, ainsi qu’un doctorat en Économie, à l’Université de Yale. Il a déjà été secrétaire d’État à cinq reprises, durant deux mandats, au service de différents partis politique. Il a été secrétaire des Relations Extérieures sous le gouvernement Peña, puis secrétaire du Développement Social et, de nouveau, secrétaire des Finances et du Crédit Public.

Meade, en tant que candidat voulant occuper le poste public le plus important du pays, doit faire face à de nombreux obstacles pour redorer son blason. Il devra ainsi se distinguer de son parti, le PRI, pointé du doigt depuis des années en raison de la corruption croissante et de l’augmentation de la violence au Mexique. La route vers les élections est encore longue pour le candidat, et les Mexicains l’attendent au tournant… 

Karla RODRIGUEZ

Andrés Manuel López Obrador, une nouvelle politique pour le Mexique ?

Le dimanche 1ᵉʳ juillet, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) va se présenter pour la troisième fois aux élections présidentielles du Mexique. Ce dernier insiste sur le fait que cette tentative sera la dernière : face à une nouvelle défaite, il partirait à la retraite. Pour l’instant, les sondages le placent en tête des intentions de vote, il devrait donc attendre au moins six ans avant de cesser son activité d’homme politique.

Photo : Economia Hoy

Andrés Manuel López Obrador, de père et de mère émigrants espagnols, est né le 13 novembre 1953 à Macuspana (État de Tabasco). Outre son dévouement à la politique, il a travaillé à l’institut des peuples indigènes de l’État de Tabasco dans les années 70 et, à partir de 1984, à l’Institut National des Consommateurs (agence gouvernementale). Quant à son parcours politique, cet ex-membre du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel) se joint d’abord à la tendance dissidente du Courant Démocratique. Il participe ensuite à la fondation du PRD (Parti de la Révolution démocratique) qu’il préside de 1996 à 2000. Cependant, c’est de 2000 à 2005 qu’il intègre le poste le plus important de sa vie politique en tant que chef du gouvernement de la ville de Mexico. C’est suite aux poursuites judiciaires menées à son encontre par le PRI et le PAN que sa popularité explose. À tel point que Vicente Fox, la personne à l’origine de ces démarches, ordonne de les faire suspendre.

Atteignant deux fois la seconde position, en 2006 et 2012, il a pourtant frôlé la victoire. En 2012, le vainqueur, Felipe Calderón, gagne avec une avance minime : les résultats (35,89 % contre 35,31 %, selon les résultats définitifs publiés par l’Institut Fédéral Électoral) furent largement contestés par López Obrador, qui a toujours montré son mécontentement face au scrutin qui, pour lui, témoigne de la fragilité de la démocratie au Mexique. Loin de se laisser décourager, López Obrador s’est (re)présenté aux élections de 2018, dans l’espoir que, cette fois-ci, elles soient plus démocratiques, libres et crédibles.

Juntos Haremos Historia, c’est ainsi que se nomme la coalition dont López Obrador est le leader et qui, selon la majorité des sondages, va remporter les prochaines élections. Dimanche dernier, à Ciudad Juárez (État de Chihuahua), cette coalition a marqué le début de la campagne électorale. Le choix de cette ville, non loin de la frontière avec les États-Unis, ne semble pas anodin. D’une part, cette ville n’est autre que l’une des plus dangereuses du monde, la ville d’origine de Benito Juárez, ancien président mexicain, qui a forgé sa réputation en résistant à l’intervention colonialiste. Cela n’est pas sans rappeler la position de López Obrador face aux menaces du président Donald Trump. Contrairement à son homologue américain, López Obrador s’est engagé à réduire la violence de Ciudad Juárez en instaurant différentes mesures telles que l’augmentation des salaires, la réduction des impôts et la mise en place de politiques sociales. Aussi López Obrador propose de dialoguer avec Trump afin de le persuader de changer sa ligne politique : «ce n’est pas avec des murs qu’on résout les problèmes», a-t-il souvent déclaré.

Et ce n’est pas seulement par rapport à son point de vue sur la politique extérieure que sa remise en question du modèle néolibéral a été fortement contestée. Pour beaucoup de citoyens au Mexique, sa position sur certains points (comme il a récemment exprimé dans le débat de la Milenio Digital) semble controversée : la violence, l’éducation, l’insécurité, etc. Des problèmes pour lesquels les solutions qu’il propose sont très souvent disqualifiées. Par exemple, par rapports aux «ni-ni» (des jeunes qui ne travaillent et n’étudient pas), des jeunes qui font partie de groupes armés de délinquants. Pour lui, il faut leur proposer un travail ou les inciter à reprendre des études afin de leur permettre de se réintégrer à la société. «Plus de boursiers et moins de sicaires.» Nombreux sont ceux parmi les groupes et la presse de droite qui ne croient absolument pas à ces idées. Selon eux, ces mesures demandent un budget dont le Mexique ne dispose pas. De son coté, López Obrador envisage de récolter la somme nécessaire de manière très «logique» : la lutte contre la corruption.

La corruption, c’est le problème le plus grave du pays pour López Obrador. Selon lui, l’un des points faibles de la politique mexicaine se trouve dans l’absence de volonté politique de lutter contre cette corruption. Certains lui répondent qu’il existe déjà des institutions qui œuvrent dans ce sens, comme l’INAI. Selon López Obrador, cela n’a pas du tout fonctionné pour diverses raisons. L’un de ses arguments : cette institution coûte très cher, près d’un milliard de pesos par mois et, en plus, les conseillers qui y travaillent sont trop payés. Pour lui, il est inadmissible qu’ils ne se soient pas prononcés par rapport à Odebrecht. C’est ainsi que pour lui cette institution ne fait que dissimuler la corruption au lieu de lutter contre elle.

Depuis l’Europe, López Obrador peut être perçu comme un anti establishment. «Je veux construire une démocratie», «il n’y a pas de démocratie», ces déclarations soulignent son point de vue, loin d’être approuvé par les élites économiques et financières de son pays. Il a promis de réduire son salaire de moitié, de ne pas recourir aux services qui lui sont octroyé en tant que président, d’habiter chez lui, au lieu de déménager à la résidence du président du pays, qui sera transformée en un endroit destiné à l’art et la culture. «Je vais gouverner avec l’exemple et l’austérité» a-t-il publié sur les réseaux sociaux.

Par exemple, sur Twitter, il a récemment critiqué l’ITAM – une université prestigieuse du Mexique où de nombreux hommes politique du pays ont fait leurs études. En effet, certains travaillent au Trésor Public, la SHCP, provenant de l’ITAM, comme Cordero, Meade et Videgaray. Pour lui, ils sont responsables de ce qu’il qualifie de «tragédie nationale». «Ce sont de mauvais spécialistes, corrompus, qui sont devenus des riches» comme Calderón et Peña. Des déclarations qui témoignent d’un système entièrement corrompu. Il a également remis en question la démocratie telle qu’elle est mise en œuvre au Mexique. Pour lui, une démocratie qui se plie aux décisions parlementaires n’est pas une vraie démocratie. Il est pour une démocratie participative dans laquelle les citoyens pourraient s’exprimer régulièrement et librement, y compris sur des questions très polémiques, en dehors du débat parlementaire. Cependant, certains pensent qu’il est inadmissible de faire passer par référendum des sujets où la loi devrait s’imposer sur l’avis des citoyens, par exemple des questions liées aux droits civils des personnes homosexuelles.

Trop narcissique pour certains, il déclare que, s’ il remportait les élections, il deviendrait l’un des plus importants présidents du Mexique : «je veux marquer l’histoire comme Benito Juárez, Benito Madero ou le général Lázaro Cárdenas.» Pour de nombreux citoyens, López Obrador est celui qui va redonner sa fierté au pays. Fierté dont le pays a besoin pour que l’on puisse le transformer.

Mario PÉREZ MORALES

Énième assassinat d’un journaliste et impunité pour les coupables : où est la liberté de la presse au Mexique ?

Leobardo Vázquez Atzin est le troisième journaliste assassiné au Mexique depuis le début de l’année, ils étaient douze l’an dernier. L’État de Veracruz, où vivait et travaillait Leobardo, est réputé comme étant le plus dangereux pour les journalistes au Mexique. Selon Reporters Sans Frontières (RSF), le niveau de violence envers les journalistes au Mexique est comparable à celui des pays en guerre civile, comme l’Afghanistan ou la Syrie. 

Photo : Sin Filtro Noticias

Leobardo Vázquez Atzin, journaliste mexicain, a perdu la vie la semaine dernière dans l’État de Veracruz. Il a été attaqué par un groupe d’individus armés alors qu’il s’occupait de l’un de ses restaurants, puis assassiné à son domicile dans la nuit du 21 mars. Leobardo travaillait pour les médias locaux et gérait un site d’informations sur Facebook. Visiblement, c’est l’une des informations publiées sur ce site, concernant Juan Ángel Espejo, maire du village de Tecolutla, qui serait la cause de sa mort. 

Leobardo utilisait sa page Facebook pour publier des informations concernant la délinquance régionale, la corruption et autres informations à caractère plus général. Selon le CPJ (Comité pour la protection des journalistes), ses publications étaient extrêmement critiques envers Juan Ángel Espejo, raison pour laquelle il avait reçu des menaces et pots-de-vin pour y mettre fin. L’origine de ces menaces n’est pas confirmée, mais apparemment un élu les auraient envoyées. Ses collègues ont déclaré que Leobardo avait l’intention de demander de l’aide et une protection, mais qu’il ne l’avait jamais fait officiellement.

Il est fort probable que ce crime contre la liberté d’expression reste impuni, comme c’est le cas pour 99,6 % des assassinats de journalistes au Mexique. Naviguant au milieu d’une guerre entre gouvernement et cartels, les journalistes s’exposent et deviennent des cibles faciles dès qu’ils évoquent de tels sujets (crime organisé, trafic de drogue, corruption). Menaces, agressions et risques d’exécution sont alors le quotidien des défenseurs de la presse.

La liberté d’expression au Mexique s’apparente plus à une utopie ; et triste est de constater qu’une information objective sur le côté obscur et violent de la Nation n’est pas prête de voir le jour. La corruption reste un acte quotidien et partagé, et la loi de l’omerta se veut maîtresse. La situation est très alarmante, surtout que, selon les statistiques, 48 % des agressions sont perpétrées par des fonctionnaires et des élus corrompus, projetant le gouvernement sur le devant de la scène de ces assassinats à la chaîne.

Depuis 2010, 73 assassinats ont été commis contre les journalistes et l’année 2017 totalise le plus haut taux d’homicides. Durant le premier semestre, un journaliste était agressé toutes les 15,7 heures. Situation dramatique s’il en est, RSF fait son possible pour endiguer ce fléau, exhortant les autorités à identifier les responsables.

Karla RODRIGUEZ

Un rapport des Nations unies met en évidence une tentative de dissimulation dans l’affaire des 43 étudiants disparus

Un nouveau rapport accablant rendu public par les Nations unies à propos de l’enquête effectuée par le gouvernement mexicain sur la disparition forcée de 43 étudiants en 2014, qui révèle les détentions arbitraires et les actes de torture infligés à des suspects, ainsi que la falsification et la dissimulation d’éléments de preuve, souligne à quel point il est urgent de réformer la manière dont les enquêtes pénales sont menées au Mexique, a déclaré Amnesty International vendredi 16 mars.

Photo : Amnesty International

« Les constatations des Nations unies confirment ce dont les militants et les organisations en faveur des droits humains accusent les autorités mexicaines depuis des années : un recours généralisé à la torture et la manipulation d’éléments de preuve dans le but d’étouffer de très graves violations des droits humains et de garantir l’impunité des responsables », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice pour la région des Amériques à Amnesty International. « Cette enquête entachée d’irrégularités flagrantes, qui porte sur l’un des crimes les plus graves de l’histoire récente du Mexique, illustre l’utilisation abusive de l’appareil judiciaire par les autorités et leur refus de lutter contre les violations des droits humains. »

Le 26 septembre 2014, des policiers ont agressé des étudiants de l’école normale d’Ayotzinapa dans une ville voisine, Iguala (État de Guerrero, dans le sud du pays). Quarante-trois de ces étudiants ont été soumis à une disparition forcée, tandis que trois autres et trois passants ont été tués. Personne n’a revu les 43 étudiants depuis lors. Des experts internationaux ont réfuté à plusieurs reprises la théorie avancée par le Parquet général du Mexique, selon laquelle des policiers municipaux ont remis les étudiants aux membres d’un gang local de narcotrafiquants, qui les ont tués, ont incinéré les corps dans une décharge située non loin, à Cocula, et ont jeté les cendres dans la rivière San Juan.

Le rapport rendu public jeudi 15 mars par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) montre que l’enquête effectuée par le parquet a donné lieu à de nombreuses violations des droits humains. Figurent parmi celles-ci 34 cas de détention arbitraire et de torture, et la possible exécution extrajudiciaire d’un suspect, Emmanuel Alejandro Blas Patiño, qui aurait été torturé à mort par des membres de la marine mexicaine le 27 octobre 2014. Le HCDH a également révélé que les autorités mexicaines ont porté atteinte aux droits des victimes à la vérité et à la justice, signalant des irrégularités dans la partie de l’enquête effectuée aux abords de la rivière San Juan et le fait que des représentants du parquet ont entravé une enquête interne sur des détentions illégales.

Amnesty International exhorte le Mexique à mettre en œuvre dans les meilleurs délais et de manière efficace les 15 recommandations émises par le HCDH dans son rapport, en particulier celles qui sont en relation avec l’établissement d’un système d’enquête véritablement indépendant, et avec l’éradication des violations des droits humains attribuées aux enquêteurs gouvernementaux. « Le gouvernement mexicain doit immédiatement ouvrir une enquête indépendante et exhaustive se basant sur les conclusions du rapport. Les fonctionnaires soupçonnés d’avoir pris part à des actes de torture ou d’autres violations des droits humains doivent être suspendus le temps que les résultats de l’enquête soient connus. » Le gouvernement mexicain doit immédiatement ouvrir une enquête indépendante et exhaustive se basant sur les conclusions du rapport. Les fonctionnaires soupçonnés d’avoir pris part à des actes de torture ou d’autres violations des droits humains doivent être suspendus le temps que les résultats de l’enquête soient connus.

Amnesty International

L’Accord de libre échange nord-américain, ALENA : reprise des négociations dans la capitale mexicaine

Le Canada, les États-Unis et le Mexique se sont retrouvés dans la capitale mexicaine pour parler de l’Alena. Les négociateurs vont se rencontrer 52 fois entre les 27 février et 5 mars 2018. L’Alena, Accord de libre-échange nord américain, a été signé le 17 décembre 1992 par George Bush, Carlos Salinas de Gortari et Brian Mulroney. Il est entré en vigueur le 1er janvier 1994. Le même jour une guérilla inconnue, bien armée et informatisée, entrait en dissidence violente dans le Chiapas, au sud du Mexique, l’EZLN (Armée zapatiste de libération nationale).

Photo : Radio Canada

Donald Trump a exigé en 2017 une renégociation. Depuis l’été dernier, les experts des trois pays négocient. Sans grands espoirs. Mais sait-on jamais ? Donald Trump a ciblé dans sa campagne électorale le Mexique comme responsable des maux qui perturbent ses concitoyens. Le Mexique empoisonnerait la jeunesse avec ses drogues, le Mexique laisserait passer des migrants va-nu-pieds vers le Nord, dont beaucoup seraient selon le locataire de la Maison Blanche porteurs de maladies, et même terroristes. Le Mexique, enfin, volerait le travail des classes laborieuses des États-Unis.

L’Alena en résumé serait un accord hautement dommageable aux intérêts nord-américains. Donald Trump l’a rappelé le 25 février 2018 devant un aéropage conservateur. L’accord aurait aspiré des milliers d’emplois et généré un commerce extérieur déséquilibrant la balance des échanges. « Notre déficit est de 100 milliards de dollars. Ce qui veut dire que l’Alena n’est pas bon. Il faut donc le renégocier pour restaurer un équilibre, plus favorable aux intérêts des États-Unis », a-t-il déclaré. Et si cela n’est pas possible, le dénoncer. Comme cela a été fait pour le Traité de libre-échange Trans-Pacifique, l’Unesco et le Traité de Paris sur le climat. Canadiens et Mexicains ont bien reçu et compris le message, ou l’injonction. Et depuis six mois, ils s’efforcent de préserver ce qui peut l’être.

Le propos « Trumpien » laisse entendre qu’ Ottawa et Mexico auraient tiré les marrons du feu. L’investissement nord-américain, il est vrai, est monté en puissance. Et avec lui les emplois délocalisés. Le Mexique est ainsi devenu en quelques années un des producteurs d’automobiles les plus importants du monde. Les grands fabricants sont tous là, Chrysler, Ford, Nissan, Toyota, Volkswagen. La construction aéronautique a suivi. L’immobilier a accompagné les flux industriels. Une forêt de tours a fleuri sur le paseo de la Reforma au cœur de la capitale mexicaine et en bien d’autres lieux.

Le Mexique a-t-il fait une bonne affaire ? Les débats sont ouverts. Peu compétitive, son agriculture a souffert. Les paysans ont été poussés à l’émigration vers les États-Unis, faute de pouvoir continuer à vivre dans leurs villages. La croissance économique a été médiocre de 1995 à 2017, autour de 2 % par an. Le marché de l’emploi n’a pu, dans ces conditions, répondre à la demande. La délinquance a explosé. Elle offre en effet travail et argent à beaucoup d’oubliés sociaux. Et avec elle les violences de toutes sortes. Elles n’épargnent désormais plus personne. Ni les journalistes, ni les représentants du clergé, ni les candidats aux élections.

Les États-Unis ayant dénoncé ce qu’ils avaient cautionné, les candidats aux présidentielles mexicaines du 1er juillet prochain sont tous aujourd’hui des « Alenistes ». Et chacun fait ses comptes d’apothicaire sur ce qu’il est possible de lâcher pour préserver l’essentiel. Pourcentages des pièces nord-américaines entrant dans la fabrication de véhicules, mécanismes de solution des controverses, clause « Sunset » – de révision automatique du traité tous les cinq ans -, niveau des salaires et droit du travail, propriété intellectuelle, entraves commerciales – dites « techniques énergie »-, télécommunications, textiles… « Les discussions sont difficiles », a publiquement reconnu Ildefonso Guajardo, Secrétaire d’État (ministre) à l’économie mexicaine. De fait, elles ont été interrompues par le départ inopiné des négociateurs nord-américains de la corbeille pièces automobiles.

Le pire étant dans l’ordre du probable, parallèlement à ces négociations, les différents acteurs se préparent à faire face à l’échec. Les industriels nord-américains de l’automobile se disent prêts à rapatrier leurs emplois et leurs chaînes de montage. Sans attendre, Chrysler-Fiat a déjà annoncé qu’il allait désormais fabriquer ses camionnettes Ram aux États-Unis. Les fabricants Polaris (véhicules tous terrains) et Lear (pièces automobiles) ont signalé des intentions identiques. Mais pour d’autres, la perspective de ce rapatriement d’activités est un cauchemar. Les prix de vente à la consommation augmenteraient. Ce qui affecterait la consommation et la croissance des États-Unis. Les Mexicains de leur côté multiplient les sorties de secours. Ils négocient tous azimuts avec les asiatiques, européens, latino-américains afin d’amortir en amont le choc de la dénonciation de l’Alena par Washington.

Les deux chefs d’État, Enrique Peña Nieto et Donald Trump devaient se rencontrer à l’issue de ce septième cycle de négociations. Pour essayer de « recoller les morceaux ». La rencontre bilatérale programmée initialement le 31 janvier 2017 avait en effet été annulée suite aux tonitruantes déclarations du président des États-Unis sur la construction d’un mur à la frontière sud, payé par le Mexique. Hormis un bref tête à tête à Hambourg en marge du G-20, la perpétuation d’une quasi guerre froide a empêché toute entrevue. Le projet de rencontre prévu en février est tombé à l’eau pour les mêmes raisons qu’en janvier 2017. Dans l’attente, deux des signataires de l’ALENA, George Bush et Carlos Salinas de Gortari ont organisé à Houston, le 27 février 2018, une sorte de commémoration, sur un mode anciens combattants.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Les services de l’immigration mexicain renvoient illégalement des milliers de Centraméricains vers une possible mort

Les services mexicains de l’immigration renvoient régulièrement des milliers de citoyens du Honduras, du Salvador et du Guatemala dans leurs pays, sans prendre en compte les risques pour leur vie et leur sécurité qu’ils encourent à leur retour, et dans de nombreux cas en violation du droit mexicain et international, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport.

S’appuyant sur une étude qui a passé en revue 500 cas de Centraméricains traversant le Mexique, Amnesty International a noté que l’Institut national de la migration (INM) viole systématiquement le principe de « non-refoulement », pilier contraignant du droit international et du droit mexicain, qui interdit le renvoi d’une personne vers le territoire d’un autre État où elle risque de subir des persécutions ou d’autres graves violations des droits humains. Bien souvent, ce manquement grave du gouvernement mexicain peut coûter la vie aux personnes renvoyées vers le pays qu’elles avaient fui, ou mettre en péril leur sécurité. « Ce sont des histoires déchirantes de familles, d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant une violence extrême pour rester en vie. Au lieu de fournir à ces personnes dans le besoin la protection à laquelle elles ont droit, le Mexique leur tourne le dos en toute illégalité », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques à Amnesty International.

Les pays du Triangle du Nord – Guatemala, Salvador et Honduras – sont gangrénés par une violence généralisée, les taux d’homicide étant quatre à huit fois plus élevés que ce que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère comme des niveaux « épidémiques ». Depuis plusieurs années, les habitants fuient ces pays dans l’espoir d’un avenir économique meilleur, mais aussi pour échapper à des situations où leurs vies sont en danger, dans des nations parmi les plus violentes de la planète. Aux termes du droit international, le Mexique est tenu de fournir à la plupart de ces personnes une protection contre les risques auxquels elles sont exposées dans leurs pays d’origine.

Ces expulsions illégales affectent la vie de simples citoyens, par exemple celle d’un chauffeur de bus interviewé par Amnesty International, qui s’est vu refuser cette protection. Renvoyé du Mexique vers le Honduras, il a été tué quelques jours plus tard. Un autre demandeur d’asile hondurien a déclaré à Amnesty International que lorsqu’il avait indiqué à l’INM qu’il fuyait pour sa vie, l’agent lui avait répondu : « Maintenant que vous avez été arrêté, vous êtes foutu et vous allez être renvoyé dans votre pays. » D’autres personnes ont déclaré avoir été contraintes de signer leur expulsion contre leur gré.

Amnesty International a constaté que sur les 297 personnes qui avaient été détenues par l’INM, 40 % des réponses à l’enquête pointaient du doigt un possible « refoulement ». Ces témoignages concernaient des personnes qui avaient demandé explicitement l’asile ou exprimé avoir peur pour leur vie dans leur pays d’origine. L’INM a néanmoins ignoré leurs témoignages et les a renvoyées dans leurs pays. En outre, l’étude a montré que 75 % de ces personnes détenues par l’INM n’étaient pas informées de leur droit de demander l’asile au Mexique. Or, le droit mexicain l’exige de manière explicite, et des représentants de l’État ont assuré à Amnesty International que cette disposition était appliquée. Les autorités mexicaines ont indiqué que l’INM procédait rarement à des « refoulements ». Les 500 témoignages recueillis par Amnesty International racontent une autre histoire.

Amnesty International France

Créée en 1961, Amnesty International est un mouvement mondial et indépendant de plus de 7 millions de membres et sympathisants qui œuvrent pour le respect, la défense et la promotion de tous les droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Amnesty International a reçu le prix Nobel de la paix en 1977. Amnesty International France (AIF) a été créée en 1971. Son financement repose sur la générosité du public (200 000 donateurs), sur les ventes de produits de soutien et les cotisations de ses 75 000 membres. AIF est agréée par le Comité de la charte du don en confiance. www.amnesty.fr 

Marichuy, la voix des peuples indigènes, possible candidate aux prochaines présidentielles

María de Jesús Patricio, surnommée Marichuy, est la femme indigène d’origine nahual désignée par le Conseil national indigène (CNI) du Mexique comme porte-parole de la cause indigène. Soutenue par l’Armée zapatiste et les peuples zapatistes, elle est la voix des 52 ethnies indigènes qui composent le CNI. Marichuy mène aujourd’hui une campagne dans tout le pays dans le but de collecter des signatures pour figurer comme candidate indépendante aux prochaines élections présidentielles ; mais le véritable objectif de cette campagne est de diffuser le projet indigène qui aspire à transformer l’actuel paysage politique du pays.

Photo : Francisco Sandoval/Animal Político

Le 1er juillet prochain auront lieu au Mexique les élections fédérales qui entraîneront le changement de président, ainsi que des 128 sénateurs et des 500 députés. C’est à cette occasion que sera appliquée pour la première fois la réforme électorale votée en 2014 ; celle-ci représente une rupture avec le système de partis qui a perduré pendant 70 ans dans le pays. Cette réforme électorale permet désormais à tout citoyen mexicain n’appartenant à aucun parti politique de se présenter aux élections en tant que candidat indépendant si celui-ci recueille les signatures requises, c’est à dire les 1 % des citoyens inscrits sur les listes électorales, ce qui équivaut au moins à 866 593 signatures, qui doivent elles-mêmes provenir au minimum de dix-sept États. D’autre part, les candidats indépendants devront financer eux-mêmes leur campagne.

Parmi les quatre-vingt-six citoyens qui cherchent à récolter les signatures demandées figure María de Jesús Patricio alias Marichuy qui se positionne à la cinquième place avec 14 % des signatures requises recueillies. Marichuy, 57 ans, d’origine nahual, pratiquante de la médecine traditionnelle, incarne le discours indigène sans être membre d’aucun parti politique et est en fait bien plus une porte-parole indigène qu’une candidate indépendante qui aspire à la présidence. Elle affirme qu’obtenir toutes les signatures n’est pas son objectif principal. Même si celui-ci reste important, le défi majeur de Marichuy et du CNI est de propager son projet à travers le pays et de rendre visible ce qui se passe parmi ces peuples. « On veut que ce soit le peuple qui commande et le gouvernement qui obéisse », affirme Marichuy.

Parce que, comme elle le déclare, « le changement ne viendra pas de ceux qui se trouvent en haut », le projet politique de Marichuy propose une forme de gouvernance qui organiserait le pouvoir d’en bas, c’est-à-dire avec le peuple, de tous les secteurs de la société. Indépendamment du succès ou de l’échec de sa candidature, son projet s’organise de façon thématique et collective, les points les plus importants à relever de son discours étant l’accès à la terre, le territoire, l’autonomie, la justice, les conditions migratoires et les déplacements forcés, le travail et l’exploitation, la place de la femme dans la société, la diversité sexuelle, les projets capitalistes au détriment de la terre, la corruption… La lutte menée par Marichuy ne concerne pas seulement les indigènes ; elle s’adresse aussi à tous ceux qui se sentent marginalisés ou exploités et qui considèrent qu’il est temps de reconstruire le pays avec le peuple.

C’est la première fois qu’une telle force indigène apparaît sur la scène politique mexicaine. La voix de Marichuy concrétise la présence et les revendications des collectivités indigènes en en faisant un projet électoral. Ce projet qui vise à unifier les peuples est encore loin d’atteindre son objectif, avec seulement 14 % des signatures requises. Néanmoins, chaque signature obtenue est un pas en avant pour rendre la problématique indigène, déjà présente au Mexique depuis des siècles, enfin visible.

Karla RODRÍGUEZ

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