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Cuba

Décryptage de la situation cubaine organisé par la spécialiste Janette Habel à l’IHEAL

L’Observatoire Cuba organise une rencontre ce vendredi 24 février 2017 à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine (IHEAL) qui sera l’occasion d’aborder les différentes et nombreuses problématiques auxquelles fait face l’île depuis que la transition est à l’œuvre et au lendemain de l’investiture de Donald Trump.

Photo : L’Humanité

 Un thème d’actualité. Vendredi, l’Observatoire Cuba rassemble à l’IHEAL des universitaires cubains et nord-américains afin de décrypter la situation cubaine. Au cours des derniers mois, le contexte international a évolué et a vu apparaître une nouvelle donne : la disparition du dirigeant cubain Fidel Castro et un nouveau président des États-Unis qui a l’intention de revenir sur de nombreuses initiatives de son prédécesseur. De 17 heures à 19 heures 50, la rencontre portera sur les problématiques économiques, migratoires et internationales de l’île au lendemain de l’investiture de Donald Trump. Cela intéresse des enjeux géopolitiques importants pour l’avenir cubain. Il convient alors de s’interroger sérieusement sur les perspectives d’évolution concernant non seulement le rapprochement entre Cuba et les États-Unis mais aussi la transition à l’œuvre dans l’île dans tous les domaines.

Un regard de spécialistes. La politologue, enseignante et spécialiste de Cuba, Janette Habel organise cette séance cubaine et s’exprimera sur le sujet : « Premiers pas de Donald Trump : le test cubain ». Ayant réalisé des travaux de recherche portant essentiellement sur Cuba, la politique extérieure des États-Unis envers l’Amérique latine et sur les zones de libre-échange, elle partagera ses réflexions avant que la discussion ne s’oriente vers les autres sujets programmés tels que la compétition avec la Chine et la politique migratoire. Cette rencontre comptera également sur la présence de l’ancien conseiller culturel à l’Ambassade de France de retour de Cuba, Xavier d’Arthuys, qui pourra intervenir afin d’échanger sur son expérience.

Un établissement renommé. Au 28 rue Saint-Guillaume à Paris et en tant que composante de l’Université Sorbonne Nouvelle, l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine se consacre aux sciences humaines et sociales sur le continent latino-américain tant par l’enseignement que par la recherche. En plus de coopérer avec de nombreuses universités latino-américaines et européennes, il édite différents ouvrages dont la revue pluridisciplinaire les Cahiers des Amériques latines, publication de référence dans le paysage latino-américaniste international depuis plusieurs décennies. La plus grande île des Caraïbes a été au centre de l’attention internationale au cours de l’Histoire et ne manquera pas d’être au cœur des discussions pour encore un certain temps.

Adélaïde HÉLARY

 Observatoire Cuba le vendredi 24 février 2017 à 17h à l’IHEAL, 28 rue Saint-Guillaume à Paris 7e.

Fidel Castro Ruiz, un Cubain universel est mort le 23 novembre dernier

Raúl Castro, président de la République cubaine, a sobrement annoncé à la télévision la mort de son prédécesseur, Fidel Castro Ruz, samedi 23 novembre. Jamais la mort d’un ressortissant cubain n’aura provoqué, autant de passions universelles. Les médias du monde entier ont immédiatement suspendu leurs programmes. Les correspondants à La Havane ont eu antenne ouverte. Le temps d’improviser des émissions spéciales, le temps de dépêcher en urgence journalistes et envoyés spéciaux.

Photo : Euope 1

Les commentaires officiels, les messages de condoléances de la plupart des pays du monde ont défilé en bande sur les petits écrans. Aucun des cinq « grands » membres permanents du Conseil de sécurité n’a manqué à l’appel. Cette mort d’un président retiré depuis dix ans pour raisons de santé a provoqué une vague médiatique d’autant plus surprenante que Cuba est un petit pays, par la population, la superficie, l’économie, la puissance militaire. La résonnance internationale de l’évènement interpelle. Elle interpelle au-delà des médias, au-delà des chefs d’Etat, l’universalité de réactions spontanées exprimées par des millions de gens. Certains à Cuba, comme ailleurs, n’ont pas caché leur tristesse pour celui qu’ils qualifient de chef ou de père de leur destinée. D’autres, à Miami ou ailleurs, ont au contraire fêté la mort de celui qu’ils considèrent comme un dictateur. A Madrid, devant l’ambassade cubaine, la police a dû séparer les uns et les autres venus en nombre, manifester leur peine ou leur allégresse.

Fidel Castro de toute évidence ne laissait personne indifférent. Ni les plus hautes autorités gouvernementales, ni ses concitoyens, qu’ils soient résidents à Cuba, ou qu’ils aient émigré. Cuba de toute évidence était un pays ignoré du monde avant son arrivée au pouvoir. Cuba depuis sa prise de fonction révolutionnaire en 1959 a pris une dimension universelle. Beau thème de réflexion pour les politologues sur le rôle des hommes dans l’histoire. Réflexion d’autant plus problématique quand il s’agit d’un homme et d’un pays qui se réclament du marxisme scientifique. « L’histoire m’absoudra » avait-il dit à ses juges le 6 octobre 1953 après l’attaque ratée d’une caserne, dite de Moncada, le 26 juillet de la même année. L’impact évènementiel de son décès lui a donné rétrospectivement raison. Non pas pour ses gesticulations armées d’avril 1948 à Bogota où jeune étudiant il a fait le coup de feu après l’assassinat du leader populiste Jorge Eliecer Gaitan. Non pas pour le fiasco du coup manqué contre la caserne de Moncada. Non pas pour ses choix idéologiques erratiques qui l’ont conduit du nationalisme à un tiers-mondisme teinté assez tardivement de marxisme-léninisme. Ce qui a donné à Cuba une dimension internationale insolite, ce qui a fait entrer Fidel Castro dans l’histoire, c’est son entêtement souverainiste. Contre vents et marées, il a démontré aux peuples d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie qu’il était possible de résister aux États-Unis et aux puissants de ce monde. Le président du Niger, du sommet de la francophonie à Madagascar, le 23 novembre, a souligné et rappelé l’exemplarité du message légué par Fidel Castro aux déshérités de la périphérie du Conseil de sécurité. Le reste, qui n’est pas négligeable, les manquements de la Cuba de Fidel Castro aux canons de la démocratie pluraliste, est relativisé par les exclus de la société internationale. Cuba, Fidel Castro ne pouvait laisser un quelconque espace à l’ennemi de leur indépendance, les États-Unis. Barak Obama, avait tardivement mais fort justement pris acte de l’échec des politiques ingérantes destinées à provoquer la chute du régime cubain. Tout comme il avait pris acte de leur caducité, 26 ans après la disparition de l’Union soviétique et de son bloc. Ce faisant, il avait placé La Havane  devant un défi redoutable, celui de répondre avec la fin de la menace nord-américaine à l’urgence de la démocratie.

Les réactions vengeresses provoquées par la mort de Fidel Castro, à Miami et dans divers milieux conservateurs ailleurs et jusqu’en France, renvoient Cuba et les États-Unis à un passé que l’on pensait dépassé, celui de la guerre froide et de l’intolérance mutuelle. Il est vrai que le 8 novembre dernier, Donald Trump, président élu par les électeurs des États-Unis a réactualisé le monde d’hier et ainsi ouvert la boite de Pandore.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Chercheur à l’IRIS sur les questions ibériques (Amérique latine et Espagne) Un article publié dans le Huffington Post du 27 novembre 2016 avec l’autorisation de l’auteur.

Une jeunesse latino-américaine a beaucoup milité pour la révolution cubaine

Dimanche prochain à Santiago de Cuba se tiendront les funérailles officielles de Fidel Castro, mort à 90 ans et retiré du pouvoir depuis une dizaine d’années. Le triomphe de la révolution cubaine, en janvier 1959, a éveillé un élan massif de la jeunesse latino-américaine et mondiale. Tout particulièrement celle des années soixante qui a milité avec beaucoup de détermination pour une révolution qui servirait de modèle pour une société plus juste et égalitaire.

Nous avons été témoins, en novembre 1971, de la visite au Chili, pendant près d’un mois, du commandant Fidel Castro venu parcourir plusieurs villes et régions chiliennes. Il était accompagné d’une autre icône de la gauche latino-américaine, le leader charismatique Salvador Allende, élu à la présidence en septembre de l’année précédente. Nos souvenirs sont encore très vifs de nos longs débats sur le campus et dans les usines chiliennes pour aider le peuple cubain à atteindre son objectif : dix millions de tonnes de sucre, épuisant le pays avec l’amer constat qu’à la fin, l’objectif ne serait jamais atteint.

Une génération entière a aimé la révolution cubaine. Les présidents des États-Unis n’ont jamais accepté qu’une minuscule île, à quelques kilomètres de Miami , devienne une terre socialiste et ont tout fait pour arrêter le processus révolutionnaire. Un blocus économique, encore en place aujourd’hui, n’a pas réussi à émousser le régime en place mais a obligé les autorités cubaines à se rapprocher du grand frère de la patrie socialiste, l’URSS. La suite est connue par tous : la jeunesse des années soixante se divisait entre ceux qui accusaient les États-Unis d’être la cause de la crise financière cubaine et d’autres, qui mettaient en cause un régime qui devenait autoritaire, collé aux modèles de régimes dirigés par un parti unique et un contrôle strict des libertés et de toute opposition politique.

Nous avons tant aimé la révolution. Elle nous a fait rêver, nous a donné l’émotion d’une jeunesse transformant le monde pour construire un homme nouveau et une société pour un monde meilleur, plus humain, juste et fraternel. Nous avons tant aimé les révolutions qui pouvaient changer tant de misère et d’injustice. À la mort de Fidel Castro, nous ne parlons plus de révolution. Ni de modèles alternatifs à un monde globalisé où les disparités abyssales creusent les désespoirs d’une planète entière. À la recherche d’une nouvelle et véritable révolution ?

Januario ESPINOSA

Le site d’information indépendant de Cuba créé par Yoanni Sánchez

14 y Medio tente peu à peu de s’imposer comme le site de référence en matière de journalisme indépendant sur l’île de Cuba. Grâce à son format digital, 14 y Medio est accessible à tous partout dans le monde. Mais les enjeux auxquels ses journalistes font face sont intérieurs : se faire une place au milieu des médias officiels cubains pour informer librement sans devoir affronter la censure.

Photo : Site 14 y medio

Créé il y a sept ans, ce site d’information cubain a fort à faire : les journaux officiels forment un monopole sur l’ensemble de l’île, et 14 y Medio souhaite faire émerger et promouvoir un journalisme indépendant, accessible à tous. Il incarne ainsi des valeurs de liberté d’information et d’expression, et de défense des droits de l’homme. Persuadés que la presse et l’information des populations sont des outils nécessaires à la transition démocratique, les journalistes de 14 y Medio espèrent qu’une version papier de leurs articles pourra prochainement voir le jour.

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Un site Internet pour l’association Cuba Coopération France

Cuba Coopération France, créée en 1995 par une poignée de passionnés au plus dur de la « période spéciale » (la fin de l’Union soviétique donc la fin du soutien de la Russie), s’assigne comme objectifs majeurs de développer les liens de solidarité et d’amitié et contribuer à inscrire la coopération entre les peuples et les nations comme un facteur de paix, concrétiser des actions de coopération culturelle, scientifique, économique et technique entre la France et Cuba, renforcer les liens culturels et d’amitié avec la France…

Pour renforcer ces liens, le président François Hollande a décidé qu’un mois de la culture française sera organisé à Cuba en 2016. L’association y tiendra sa place. Cette année, elle souhaite créer de nouveaux comités locaux. Pour le moment, ils sont situés en Ardèche, Armor, Saône, Gard-Nîmes, Gâtinais, Hérault, Lille Métropole, Loir-et-Cher, Nièvre, Oise, Puy-de-Dôme, Val-de-Marne Sud-Est, Vitry-sur-Seine. L’association souhaite également faire du 4e Forum de la coopération un rendez-vous annuel incontournable de la coopération culturelle, économique, politique entre la France et Cuba. Sur le site, des articles tels que Le Hip Hop de Vitry à Cuba, Cuba parmi les îles à la plus grande diversité végétale, Pourquoi les Français sont toujours bienvenus à Cuba, Les empreintes françaises à Cuba, et bien d’autres sur la santé, la culture, les lettres…

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Six compagnies états-uniennes autorisées à voler vers Cuba

Le site web du journal cubain Granma du dimanche 19 juin publie à la Une l’accord historique de rétablir, après cinquante ans, le service aérien régulier entre Cuba et les États-Unis.

Le décret a été signé par Anthony Foxx, secrétaire des Transports des États-Unis, et Adel Yzquierdo Rodríguez, ministre des Transports de Cuba. Les autorités cubaines ont signalé que, très rapidement, il y aura plus de vingt vols quotidiens réguliers entre les deux pays.  L’ouverture du ciel entre les USA et Cuba avait créé un fort engouement parmi les compagnies aériennes états-uniennes. Le ministère des Transports des États-Unis a finalement donné son feu vert à six transporteurs pour des liaisons vers l’île caribéenne mais aucune vers La Havane!

American Airlines, Frontier Airlines, Jetblue Airways, Silver Airways, Southwest Airlines et Sun Country Airlines vont pouvoir mettre le cap sur Cuba. Ces liaisons permettront de relier cinq villes états-uniennes (Miami, Fort Lauderdale, Chicago, Philadelphie et Minneapolis/St Paul) à neuf destinations cubaines (Camaguey, Cayo Coco, Cayo Largo, Cienfuegos, Holguin, Manzanillo, Matanzas, Santa Clara et Santiago de Cuba). En revanche, ce programme ne prévoit aucune desserte sur la capitale La Havane. Par exemple, American Airlines va pourvoir relier Miami à Santa Clara, Holguin et Matanzas deux fois par jour. En outre, elle pourra voler quotidiennement entre Miami et Camaguey et Cienfuegos. Les vols devraient être lancés en septembre.

Granma et Transport.com

Chanel : luxe et volupté sur l’île cubaine

Après la venue du président Barack Obama puis le concert des Rolling Stones en mars dernier, c’est maintenant à Chanel de s’inviter sur l’île cubaine. Le 3 mai dernier, l’emblématique maison de couture française a fait défiler sa nouvelle collection Croisière à Cuba, devant un parterre d’invités prestigieux.

Avec son ouverture progressive, Cuba est devenu la destination phare de ce début d’année. Tout le monde veut en être… Y compris le microcosme de la mode. C’est donc sur le Paseo del Prado, grande artère de la Havane, que Chanel a décidé de présenter sa collection Croisière 2016-2017, sobrement baptisée Coco Cuba. Pour cette saison, le couturier Karl Lagerfeld a imaginé des vêtements et des accessoires qui explorent les origines de la collection Croisière, une collection entre hiver et été. Cette dernière, inventée dans les années 20, était destinée aux Américaines aisées qui quittaient le pays pour passer l’hiver au soleil. Elles se rendaient notamment à Cuba, haut lieu de villégiature, connu à l’époque pour ses casinos et ses nuits endiablées.

Le défilé présentait donc des costumes et des robes estivales, colorés, dans un esprit résolument cubain : des claquettes de plages aux pieds, des panamas ou des bérets pailletés (en référence au Che) ornaient les têtes, des taxis étaient imprimés sur les tissus, le kaki militaire s’invitait sur les vestes ou les sacs, qui ressemblaient parfois étrangement à des étuis à cigares.

L’inspiration de ce défilé est bien à aller chercher du côté de Cuba et notamment du Cuba pré-révolutionnaire. “La richesse culturelle et l’ouverture de Cuba sur le monde en font une source d’inspiration pour Karl Lagerfeld et pour Chanel” comme le souligne le communiqué de presse de la maison au double C. C’est une apparition du couturier et un concert de tambours qui sont ensuite venus clore le défilé, avant que les invités ne rejoignent une soirée privée Plaza de la Catedral, où ils ont pu danser le mambo jusqu’au petit matin.

La collection Croisière ou
l’enjeu économique des maisons de couture

Loin de n’être qu’une démonstration de luxe gratuite, la collection Croisière représente un enjeu économique colossal pour les maisons de couture. “C’est la collection qui reste le plus longtemps en boutique”, comme l’explique Michael Burke, PDG de Louis Vuitton (1), puisque les vêtements y sont vendus de novembre à mai. C’est la collection avec laquelle les clientes sont le plus contact. Tout est donc mis en œuvre pour qu’elles l’apprécient et l’achètent ensuite. Une nécessité esthétique qui implique que les couturiers se plient à toutes leurs exigences, d’où une nouvelle collection à l’identité résolument cubaine pour toucher les acheteuses de l’île caribéenne.

De manière générale, les collections Croisières sont maintenant destinées aux hommes et femmes des pays du Sud, où il fait toujours bon vivre en tenue légère. Ces régions représentent souvent des pays émergents, dont les grandes maisons partent à la conquête dans l’optique accroître toujours plus leur chiffre d’affaire : “En termes de business, ce défilé nous permet de donner des signes forts à des gens qui deviennent des clients incontournables” reconnait Bruno Pavlovsky, président des activités mode de Chanel (2). Ce défilé Croisière représente donc un investissement capital pour Chanel. La maison, en faisant renaître la grandeur du Cuba d’antan, espère toucher une cible marketing jusqu’ici inenvisageable, la cliente Cubaine.

Un peuple cubain bien loin
des paillettes de Chanel

Et c’est là tout le paradoxe de ce défilé. Qui, à Cuba, va pouvoir porter les vêtements qui ont défilé sur le Paseo del Prado ? Peut-être les artistes, comme Omara Portuondo, ou les officiels cubains invités au défilé… Et encore.

Pour les “autres”, les habitants de Cuba, à l’image du défilé autour duquel un dispositif important de sécurité avait été mis en place afin d’éloigner les badauds du centre névralgique de cette manifestation de luxe, ne peuvent pas acheter du Chanel. Aucune boutique n’existant à La Havane, il faut donc pouvoir partir à l’étranger pour acheter l’un des vêtements présentés mardi dernier.

Or, quand on sait que le salaire moyen à Cuba était de seulement 19 $ par mois en 2012 (3), il paraît difficile d’imaginer que les Cubains ne puissent jamais devenir les heureux propriétaires d’un vêtements signé Chanel, tel le fameux tailleur qui peut facilement avoisiner les 10 000 euros. D’autant plus que la population locale n’est que peu sensible à la mode et à la couture, malgré un soutien de l’État depuis 1990. “Je crois que ce défilé va être plus [utile] pour Chanel que pour Cuba… Je ne sais pas si les gens ici à Cuba sont prêts pour ce genre de produits, ce genre de propositions”, confie Idania del Rio, créatrice de mode de 33 ans (4).

Il faut rappeler que pendant de nombreuses années, les Cubains ont plus été habitués à tous porter les mêmes vêtements et les mêmes chaussures que des grandes marques de mode, la manière de s’habiller devenant un vecteur de l’égalitarisme du communisme. Même après la chute du bloc communiste en 1990, les vêtements étaient d’occasion, importés et vendus dans des boutiques d’État, les prix des autres habits disponibles étant beaucoup trop élevé et d’une qualité douteuse.

Le défilé Croisière 2016-2017 de Chanel continue donc d’illustrer l’ouverture de l’île cubaine. Il symbolise aussi les difficultés qu’une si rapide ouverture semble engendrer : une ouverture qui ne correspond pas aux réalités de Cuba, à l’image de ses Cubains qui regardent depuis leurs balcons délabrés l’arrivée de stars internationales en voiture vintage louées pour l’occasion du défilé.

Victoria PASCUAL

(1) et (2) Le vent d’été des collections Croisière, Le Monde, 27 mai 2014 par Carine Bizet. Article.
(3) Six chiffres qui racontent Cuba, Le Monde, 18 décembre 2014 par Les Décodeurs. Article.
(4) Le luxe de Chanel défile à Cuba, Le Parisien, 3 mai 2016. Article.
Photo : The Guilty Code

Visite historique de Barack Obama à Cuba fin mars

Le président des États-Unis, Barack Obama, a annoncé jeudi dernier qu’il se rendrait à Cuba les 20, 21 et 22 mars prochains afin de rencontrer des membres de la société civile et d’aborder avec les autorités cubaines la question des droits de l’Homme. Une rencontre avec le chef d’État cubain, Raúl Castro, est prévue.

Le voyage de Barack Obama en mars prochain à Cuba est historique. En effet, la dernière visite sur l’île d’un président des États-Unis en exercice remonte à 1928, avec celle de Calvin Coolidge. Depuis la révolution castriste de 1959, aucun chef d’État américain n’avait souhaité fouler le sol cubain. Et pour cause, s’opposant fermement aux violations des droits de l’Homme perpétrées sur l’île, le président américain John F. Kennedy lui avait imposé un embargo en 1962, renforcé plus tard par des lois restrictives (loi Torricelli, 1992 et loi Helms Burton, 1996), ce qui avait totalement durci les relations diplomatiques et commerciales entre les deux pays.

Les tentatives d’un rapprochement

Cette visite de deux jours de Barack Obama à Cuba en mars illustre bien la volonté d’un rapprochement entre les deux pays, ternis par des décennies de tensions. L’amélioration des relations entre Cuba et les États-Unis a constitué un objectif majeur pour les présidents précédant Obama. En 1998, Bill Clinton avait affirmé que Cuba ne constituait plus une menace pour le géant américain et avait assouplit l’embargo, permettant ainsi aux exportations américaines de reprendre de manière considérable vers l’île (2000). En 2002 et 2006, George W. Bush avait quant à lui fait plusieurs propositions pour arrêter l’embargo, et même si, à ces dates, les États-Unis étaient devenus les premiers fournisseurs de produits alimentaires de Cuba, la coopération entre les deux pays, notamment dans les domaines scientifique et universitaire, avait été nettement freinée.

En 2009, Barack Obama a incité une nouvelle fois le Congrès à assouplir l’embargo imposé sur l’île. Il fait voter l’autorisation pour les citoyens américains d’origine cubaine à se rendre à Cuba et annonce la fin des restrictions sur les voyages et les transferts d’argent des Américano-Cubains vers l’île, même s’il maintient l’interdiction d’envoyer de l’argent à des membres de la fonction publique ou de l’armée cubaine. Enfin, en 2011, il autorise par ordre exécutif les résidents américains à voyager à Cuba et augmente le plafond d’investissement dans le pays.

“Todos somos americanos”

Bien que les liens commerciaux entre les deux pays aient repris depuis un certain temps déjà, les relations diplomatiques entre Cuba et les États-Unis sont un peu plus en reste. En effet, cela fait seulement deux ans que les deux pays se reconnaissent mutuellement. En décembre 2014, Washington et La Havane ont annoncé vouloir rétablir leurs relations diplomatiques et Barack Obama, après s’être entretenu avec Raúl Castro, s’est exclamé depuis la Maison Blanche : “todos somos americanos” (“nous sommes tous américains”), annonçant le commencement d’ “un nouveau chapitre” avec Cuba. Quelques mois plus tard, en juillet 2015, le secrétaire d’État américain John Kerry s’est rendu à la Havane pour la réouverture de l’ambassade des États-Unis à Cuba.

L’évocation des droits de l’homme

En se rendant à La Havane, Barack Obama espère normaliser les relations entre les deux pays et renforcer les liens qui unissent les deux peuples. Il ajoute que les États-Unis continue leur engagement dans la défense des valeurs universelles et affirme que c’est sous cet angle qu’une amélioration des conditions de vie des Cubains pourra être envisagée. Le Président américain entend donc aborder avec les autorités cubaines et la société civile la question fondamentale des droits de l’Homme et la démocratie, qui font encore aujourd’hui sérieusement défaut sur l’île.

Les Américano-Cubains sceptiques ?

À l’annonce de cette visite, de nombreuses réactions ont éclaté dans le camp républicain à l’approche de l’élection présidentielle de novembre prochain. Candidat à la Maison Blanche, Marco Rubio, né à Miami de parents cubains, a d’ailleurs annoncé qu’il ne se rendrait pas sur l’île tant qu’elle ne serait pas “libre”, qualifiant le régime de La Havane de “dictature communiste anti-américaine”. Notons par ailleurs que parmi les Cubains installés aux États-Unis, les premiers émigrés politiques de la révolution castriste ont tendance à se montrer sceptiques, alors que les générations plus récentes d’émigrés cubains ont conservé de solides liens avec leur pays d’origine et se montrent plutôt favorables à un dégel des relations entre les deux pays.

Mara KOLB

Photo : (CC) DC blog

Le chef d’État cubain Raúl Castro en visite d’État à Paris

Le chef d’État cubain Raúl Castro a répondu favorablement à l’invitation de son homologue français François Hollande et se rendra à Paris le 1er février prochain à l’occasion d’une visite d’État.

Le voyage à Paris du président cubain fait suite à la visite d’État historique que François Hollande a lui-même réalisée à La Havane, le 10 mai 2015. Visite historique en effet, car il s’agissait de la première fois qu’un président français se rendait sur l’île après la fin de la guerre des États-Unis contre l’Espagne — après que les Espagnols avaient coulé le cuirassé Le Maine ancré en baie de La Havane en 1898 — et la première visite d’un chef d’État occidental depuis l’annonce du dégel dans les relations entre Cuba et les États-Unis, annoncé fin 2014. Lors de cette visite, François Hollande avait plaidé en faveur de la levée de l’embargo économique des États-Unis contre Cuba, qui avait “tant nui” au développement de l’île depuis 1962. Par ailleurs, c’est la deuxième fois qu’un chef d’État cubain réalise une visite d’État en France, après les célèbres voyages de Fidel Castro, le premier en 1995, où il a été reçu par l’alors président socialiste François Mitterrand, et le deuxième, un an plus tard, lorsqu’il est venu assister à ses funérailles. Cette visite du 1er février — la plus haute forme de contact diplomatique entre deux pays — sera sans doute marquée, comme il est coutume, par des cérémonies et par un “diner d’État”, où le chef de l’État cubain sera l’invité d’honneur.

La valeur stratégique de l’engagement français à Cuba

Selon le communiqué de presse de l’Élysée, cette nouvelle rencontre entre les deux chefs d’État marquera une étape supplémentaire sur la voie du renforcement de la coopération entre les deux pays et confirmera leur volonté d’élargir et de diversifier leurs relations dans de multiples domaines : politique, économique et commercial, ainsi que dans les domaines des finances, des investissements, de la coopération et de la culture. De son côté, Rogelio Sierra, vice-ministre cubain des Affaires étrangères a précisé que la visite du président cubain confirme l’excellent état des relations bilatérales et du dialogue politique. “La France est un partenaire important de Cuba, avec lequel nous entretenons des liens avantageux de coopération et d’entente mutuelle” a souligné le porte-parole de la diplomatie cubaine.

La plus grande île des Caraïbes jouit d’un prestige immense en Amérique latine et fait partie de deux institutions d’intégration régionale : la Communauté d’États latino-américains et caraïbes, Celac (qui rassemble 33 pays) et l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, Alba (qui rassemble 13 membres). Lors de sa visite d’État, François Hollande avait reconnu que Cuba “a représenté pour l’Amérique latine une forme d’expression, de revendications de la dignité et de l’indépendance. Ce qui explique que le pays joue un rôle important dans de très nombreuses médiations”. Depuis l’arrivée de François Hollande à la tête du pays, l’Amérique latine et Cuba en particulier, bénéficient d’une attention accrue. Jean-Pierre Bel, conseiller spécial de la présidence de la République pour l’Amérique latine a joué un rôle essentiel dans le renforcement des liens avec Cuba, considérant qu’il s’agit de la porte d’entrée vers le continent latino-américain dans un contexte de rapprochement entre Cuba et les États-Unis.

Dans ce contexte, la France a tout intérêt à renforcer la coopération avec les pays de la région Amérique latine et Caraïbes. En effet, la région abrite une population de 525 millions de personnes et constitue un terrain d’investissement favorable aux entreprises françaises. En décembre 2015, le Club de Paris, groupe de créanciers publics français, a conclu un accord historique avec Cuba au sujet de la restructuration de la dette que l’île n’honorait plus depuis 1986. Celle-ci atteignait 11 milliards de dollars en 2015 et cet accord est venu annuler les intérêts de retard cumulés qui s’élevaient à 8,5 milliards de dollars. Quant aux impayés, qui représentent un montant de 2,6 milliards de dollars, ils ont été reportés et rééchelonnés au cours des 18 prochaines années. Le président Hollande s’était personnellement impliqué pour obtenir la signature de cet accord, qui normalise les relations économiques et financières avec les pays occidentaux, et qui est censé encourager les investissements étrangers à Cuba et l’installation d’opérateurs économiques privés.

Ainsi, les pays d’Europe — et la France en tête — tentent d’augmenter leur présence économico-commerciale à Cuba. Bien que le marché cubain soit pour l’instant de taille limitée, l’île comporte des potentialités économiques solides et un intérêt géostratégique marqué par sa situation géographique. Aujourd’hui, près de 60 entreprises françaises investissent à Cuba, par le biais de partenariats avec le gouvernement, dans plusieurs secteurs de l’économique cubaine, parmi lesquels le tourisme, la construction, les télécommunications, l’énergie et les transports. À l’instar de l’entreprise de vins et spiritueux Pernod-Ricard, qui vient tout juste de remporter une bataille judiciaire l’opposant à l’entreprise du rhum Bacardi qui lui dispute l’exploitation de la marque Havana Club sur le marché des États-Unis. Le Bureau des marques et des brevets aux États-Unis a rétabli la propriété de la marque de rhum à Cuba, qui en retour a délégué la commercialisation internationale à l’entreprise française Pernod-Ricard. Autre exemple, le groupe hôtelier français Accor a renforcé sa présence à Cuba en ouvrant l’hôtel Pullman Cayo Coco, près de l’aéroport de La Havane, qui comporte plus de 500 chambres, et qui est le premier à équiper toutes ses chambres en Wifi.

Dans le domaine culturel, les ministères français et cubain de l’Éducation ont conclu, en octobre 2015, un plan d’action facilitant la coopération et les échanges entre les établissements d’enseignement supérieur. Un nouveau siège de l’Alliance Française à La Havane a notamment été inauguré, ce qui permet de renforcer la présence de la langue et de la culture française à Cuba. L’Alliance Française de La Havane, qui accueille près de 12 000 élèves, est l’une des plus importantes au monde.

La stratégie cubaine de diversification de ses partenaires

Le renforcement des relations entre l’Europe et Cuba génère une pression supplémentaire en faveur de la levée totale de l’embargo et témoigne du démarcage progressif de la politique extérieure des États-Unis. L’île devient alors source de rivalités et objet de convoitises, ce qui lui permet d’accroître ses capacités de négociation face aux États-Unis. Par ailleurs, certains économistes prévoient qu’en 2016, Cuba subira les effets de la chute des prix des matières premières à travers le pétrole. En effet, la principale source de devises cubaines, les services médicaux employés au Venezuela, sera négativement affectée car le Venezuela, exportateur de pétrole, traverse une crise budgétaire et politique. De cette manière, Cuba adopte une stratégie de diversification de ses partenaires. Au cours de cette visite, le président cubain aura également intérêt à chercher de nouveaux contrats dans la construction et les télécom — pour développer Internet à Cuba — ainsi que de l’aide économique.

Le début d’une nouvelle ère ?

Le rythme de ces rencontres au sommet témoignent-elles d’une nouvelle ère diplomatique entre les deux États ? Certains analystes estiment qu’elles ouvrent effectivement la voie à des relations cordiales et fructueuses, basées sur l’égalité souveraine, la réciprocité et la non-ingérence dans les affaires internes. Certains, en revanche, appellent au boycott de cette visite, qualifiant le frère cadet de Fidel Castro de “tyran de la pire espèce qui exerce le pouvoir depuis 57 ans, bien plus d’un demi-siècle”. Selon ces détracteurs, Cuba serait un régime politique dictatorial que des milliers de Cubains continuent à fuir en traversant le détroit de la Floride ou bien en s’aventurant vers les autres pays d’Amérique latine, avant d’être bloqués en Amérique centrale dans leur route vers les États-Unis. Selon eux, le séjour de Raúl Castro représente une “insulte à l’idée même des droits de l’homme à Cuba” et constitue une “lourde faute morale du gouvernement et du Président de la République, insensibles aux souffrances du peuple cubain et à ses aspirations à la liberté”.

Vaiana GOIN

Communiqué de presse de l’Élysée
Programme officiel de la visite d’État de Raúl Castro

 

Raúl Castro sera en visite officielle en France début février

Le président cubain Raúl Castro, au pouvoir depuis 2006 après avoir succédé à son frère Fidel, effectuera une visite d’État officielle en France le 1er et 2 février prochains.

Lors de son séjour, il rencontrera son homologue français à l’occasion d’une visite officielle à l’Élysée dans le but “[d’] élargir et [de] diversifier davantage ses relations avec la France dans tous les domaines possibles : sur les terrains politique, économique, commercial, financier, des investissements, culturel et de coopération” souligne la présidence. Cette visite fait suite à la rencontre entre François Hollande et Raúl Castro à Cuba en mai dernier, au cours de laquelle le président français avait plaidé en faveur de la levée de l’embargo américain. Barack Obama a également évoqué la possibilité d’une visite sur l’île en 2016, afin de poursuivre le processus de normalisation entre les deux pays.

Les relations diplomatiques entre Cuba et la France perdurent depuis 1902. Rappelons également que la France vote en faveur de la levée de l’embargo aux Nations Unies depuis 1992. La dernière visite d’un chef d’État cubain en France remonte à 1996, époque à laquelle Fidel Castro était venu assister aux funérailles de François Mitterrand, un an seulement après une rencontre officielle avec le chef d’État socialiste.

Lucie DUBOEUF

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