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Cuba

Cuba sur de bons rails pour une économie plus ouverte dans le secteur ferroviaire

Pour la première fois depuis soixante ans, Cuba ouvre son réseau de chemins de fer aux capitaux privés et étrangers. L’objectif ? Moderniser les infrastructures ferroviaires et renforcer ce secteur stratégique pour le développement du pays. L’État poursuit petit à petit sa transition vers l’ouverture du marché.

Photo : Héctor González/Cuba Debate

Cuba s’apprête à ouvrir son réseau de chemins de fer au secteur privé à partir du mois prochain, quand entreront en vigueur les nouvelles réglementations publiques. Fin août, le gouvernement cubain a en effet rendu public un décret visant à réformer le transport ferroviaire, principal moyen de transport terrestre sur l’île. Ce texte «propose que le chemin de fer puisse être exploité totalement ou en partie par un ou plusieurs opérateurs ferroviaires […] et il peut s’agir d’une personne ou d’une entité juridique, nationale ou étrangère», a expliqué le conseiller juridique du ministère des Transports, Edmundo Ronquillo, au journal officiel Granma.

L’objectif du gouvernement est de rénover des infrastructures vieillissantes afin d’augmenter les capacités de transport de voyageurs et surtout de marchandises. Ce nouvel axe stratégique fait partie d’une série de réformes déterminantes pour le développement économique et social du pays. Le secteur ferroviaire est en effet aujourd’hui à la peine. Alors qu’il avait fait la gloire de l’île au XIXe siècle lorsque les premières lignes ont été installées en 1837, neuf ans avant l’Espagne, le réseau de chemin de fer a décliné dans les années 1990 à la suite de l’effondrement de l’URSS qui soutenait financièrement l’État communiste. L’état des voies s’est ensuite progressivement dégradé avec l’obsolescence des équipements.

Aujourd’hui, le réseau compte 4500 kilomètres de voies, gérées par la Compagnie nationale des chemins de fer de Cuba (FCC), et près de 7000 autres kilomètres appartenant à des complexes agricoles et industriels de l’État pour le transport du sucre. Une partie de ce réseau n’est d’ailleurs plus utilisée, à la suite de la fermeture d’un grand nombre d’usines ces dix dernières années.

Ce nouveau décret a déjà été précédé par plusieurs projets de modernisation du réseau ferroviaire, prévus jusqu’en 2030 et qui doivent permettre de relancer ce secteur où travaillent 21 000 personnes. L’État a ainsi d’ores et déjà signé plusieurs contrats avec la Russie pour acheter des locomotives. En juillet, un accord de 40 millions d’euros a été signé avec la SNCF pour moderniser les ateliers de maintenance et remettre en état des locomotives et des wagons.

L’ouverture progressive du système ferroviaire au secteur privé témoigne en tout cas d’un changement d’époque. Depuis avril, le nouveau président Miguel Díaz-Canel est à la tête de l’État cubain, dirigé pendant plus de cinquante ans par la famille Castro, d’abord par Fidel (1959–2008) puis par son frère Raúl (2008–2018). Même si le Parti communiste de Cuba (PCC) reste l’unique parti politique, il s’agit d’un changement important puisque l’actuel président de 57 ans est né après la révolution cubaine de 1959 et ne fait donc pas partie des révolutionnaires «historiques».

«L’actualisation du modèle socialiste cubain» voulue par Raúl Castro pendant les dix ans de sa présidence a déjà introduit de nombreux changements, comme le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis en 2015, la création d’habilitations à la propriété privée et des autorisations par licences pour travailler à son compte. Le dernier décret sur les infrastructures ferroviaires prolonge ainsi les réformes économiques déjà menées. Un nouveau projet de Constitution devrait par ailleurs être voté par référendum le 24 février 2019 pour reconnaître le rôle du marché et de l’activité privée dans l’économie. Cuba avance donc à petit pas vers l’économie de marché, à défaut d’y aller bon train.

Gabriel VALLEJO

La compagnie aérienne Cubana supprime ses vols nationaux pour l’été

Après le crash du Boeing 737 survenu le 18 mai dernier dans les environs de l’aéroport de La Havane, la compagnie aérienne Cubana a annoncé la suppression de tous ses vols nationaux et ce jusqu’à la fin de l’été. Des membres de la compagnie se sont confiés le 1er juin dernier au journal numérique indépendant 14ymedio qui propose de faire un point sur la situation.

Photo : Cubana de Aviación

Les vols nationaux de la compagnie aérienne Cubana, suspendus après l’accident qui a coûté la vie à 112 personnes à La Havane le 18 mai dernier, ne seront pas remis en place «avant le mois de septembre, au minimum» a déclaré ce vendredi au journal 14ymedio une employée de la compagnie aérienne nationale qui recevait les clients à l’agence située rue Infanta. «Nous n’avons pas encore fixé de date pour le rétablissement des vols nationaux», a-t-elle ajouté.

On entre dans une nouvelle phase en ce qui concerne l’annulation des vols, explique une salariée du terminal 1 de l’aéroport José Martí de La Havane. «Jusqu’à maintenant, on transférait les passagers en bus mais à partir d’aujourd’hui, les vols ont été totalement annulés et on ne s’occupera même plus de leur prise en charge» a-t-elle précisé. Les personnes ayant acheté un billet auprès de Cubana doivent passer dans les prochains jours au bureau de la compagnie aérienne pour «se faire rembourser».

«Nous ne faciliterons pas vos déplacements terrestres, mais nous vous rendrons votre argent» répond-elle aux inquiétudes des clients qui s’interrogent fortement sur le rétablissement possible du service pendant les mois de vacances scolaires durant lesquels on constate une augmentation du nombre de voyageurs entre les provinces.

Les passagers seront remboursés à 100%, mais ne pourront plus bénéficier d’un transfert en bus, auparavant assumé par la compagnie aérienne. Avant même que la compagnie n’annonce la suppression de ses vols pendant l’été, plusieurs clients de Cubana avaient déjà exprimé leur mécontentement du fait que le train ne fonctionne pas non plus en raison des dommages laissés par la tempête subtropicale Alberto dans la partie centrale de l’île.

L’accident du vieux Boeing 737, que Cubana louait à la compagnie mexicaine Global Air pour assurer la ligne La Havane-Holguín, a aggravé la crise de crédibilité qu’a vécu la compagnie aérienne nationale en raison des problèmes techniques de ses avions et de la mauvaise qualité de ses services. Selon les médias officiels, en 2016, plus de 50% des vols à destination d’Holguín ont été retardés, une situation qui s’est empirée au premier trimestre 2017.

En 2012, Cuba a acheté six avions Antonov-158 de fabrication russo-ukrainienne pour moderniser la flotte nationale, mais ces appareils ont souffert «de difficultés et des problèmes sont apparus au moment d’acheter des pièces de rechange», nous a expliqué en mars dernier l’un des directeurs de l’entreprise. «Les An-158 ont été achetés en Ukraine et l’accord concernant les pièces de rechange a été signé avec la Russie mais, peu de temps après, le conflit entre les deux pays a éclaté et voilà dans quoi nous nous sommes embarqués» ajoute la source.

D’après 14ymedio,
traduit de l’espagnol par Sarah LIXI

Le journal numérique 14ymedio à été fondé par la célèbre journaliste et blogueuse cubaine Yoani Sánchez en mai 2014. Considéré comme journal «d’opposition», 14ymedio est né dans l’idée de créer un équilibre face au monopole des médias «officiels» institués par le régime. À travers ses reportages sur la vie quotidienne de l’île, ses chroniques politiques et de nombreuses rubriques culturelles et sociales, 14ymedio revendique son «engagement pour la vérité, la liberté et la défense des droits humains sans postures idéologiques ou partisanes».

La fille de Raúl Castro milite en faveur du mariage homosexuel à Cuba

Mariela Castro, députée et fille de l’ancien président cubain Raúl Castro, profitera de la réforme de la Constitution prévue pour le mois de juillet pour légaliser le mariage homosexuel à Cuba et modifier le Code de la famille et le Code pénal.

Photo : Mariela Castro’s March/HBO 

«Lors de la réforme de la Constitution, nous évoquerons toutes ces propositions… L’idée est avant tout de ne pas perdre notre temps à créer de nouvelles lois mais de les incorporer aux lois déjà en vigueur pour que tout rentre dans l’ordre plus rapidement», a expliqué la législatrice et directrice du Centre national d’éducation sexuelle (Cenesex) lors d’une conférence de presse donnée le vendredi 4 mai dernier. «Mariela Castro et les activistes en faveur des droits pour la communauté LGBT à Cuba profiteront de la capacité d’initiative de la députée», a ajouté le sous-directeur du Cenesex, Manuel Vázquez.

Dans le modèle politique cubain où le président du pays est élu par l’Assemblée nationale du pouvoir populaire (qui ne se réunit que deux fois par an), il n’est pas courant que des législateurs présentent leurs propres initiatives.

En décembre 2013, Mariela Castro a été la seule parlementaire à voter contre un projet concernant le Code du travail, —que les autorités considéraient pourtant comme essentiel— car celui-ci ne s’opposait pas suffisamment à la discrimination envers les membres de la communauté LGBT.

Les activistes espèrent retirer de la Constitution la loi selon laquelle le mariage unit un homme et une femme –loi qui empêche les unions entre des personnes du même sexe– et apporter les modifications nécessaires au Code de la famille et au Code pénal pour que des sanctions appropriées soit appliquées aux délits de violence de genre et d’homophobie, entre autres.

Une réforme de la Constitution cubaine a été envisagée à de nombreuses reprises ces dernières années. Lors de son dernier discours en tant que chef du gouvernement, le 19 avril dernier, Raúl Castro a précisé que la prochaine session de l’Assemblée aurait lieu au mois de juillet. Ce dernier, qui a choisi de ne pas se représenter, reste cependant le premier secrétaire du Parti communiste cubain, parti qui, selon la Constitution, gouverne le pays. Malgré les nombreuses spéculations sur le rôle joué par l’ancien président de 86 ans, sa fille a émit une réserve : «Il continue de travailler, le temps libre que tout le monde croyait qu’il allait s’octroyer n’est pas encore d’actualité», a-t-elle ajouté.

Parallèlement, elle explique que le nouveau président, Miguel Díaz-Canel, ingénieur de 57 ans, est sensible aux droits de la communauté LGBT à l’image de son père qui a milité en faveur du respect de la diversité sexuelle. «Ce que [Raúl Castro] a fait en tant que secrétaire du Parti et président du Conseil d’État à ce moment-là, consistait à mettre en place tous ces processus avec précaution dans le but de parvenir à des accords», affirme Mariela Castro.

D’après El Economista,
traduit de l’espagnol par Laura CHANAL

NdT : En 2016, Jon Alpert, journaliste américain passionné de Cuba, a réalisé le documentaire Mariela Castro’s March : Cuba’s LBGT Revolution, qui plonge le spectateur en immersion au cœur de la communauté LGBT cubaine. 

Janette Habel en faveur de l’ouverture économique et des changements sociaux

Le samedi 2 juin dernier, le gouvernement cubain s’est lancé dans un processus de réforme constitutionnelle dirigé par l’ex-chef de l’État cubain, Raúl Castro ; réforme qui vise à intégrer à la Constitution actuelle les changements sociaux et l’ouverture économique récente de l’île socialiste.

Photo : Janette Habel/Archives Espaces Latinos

Cette réforme a pour but de légaliser et d’adapter l’actuelle Constitution cubaine ― qui date de 1976 ― aux changements économiques et sociaux vécus par le pays au cours des dix dernières années. La commission, composée de 33 représentants de divers secteurs sociaux, sera chargée de rédiger la nouvelle version de la Carta Magna, une version censée prendre en compte «l’évolution progressive des conditions économiques et sociales», comme l’a expliqué Miguel Díaz-Canel, l’actuel chef de l’État cubain, qui a succédé à Raúl Castro au mois d’avril dernier.

Janette Habel, politologue spécialiste de Cuba, analyse les changements pris en compte par la réforme constitutionnelle, en insistant notamment sur la nécessité pour Cuba de modifier sa définition de propriété, et les enjeux que suppose une telle mesure : «On reconnaît la propriété de l’État. Mais là, maintenant, il faut reconnaître des formes de propriété privée coopérative, et surtout les PME. Ce qu’on appelle à Cuba les « cuenta propia » des travailleurs indépendants, qui sont parfois de véritables PME. Ces formes de propriétés doivent être reconnues dans la Constitution.» Mais la question de la propriété privée et la reconnaissance de celle-ci suscite le débat au sein de la société cubaine ; aux détenteurs de petites et moyennes propriétés, qui se prononcent bien évidemment en faveur de ce projet, s’opposent les travailleurs du secteur public, secteur de l’État, dont le niveau de vie est en général bien plus modeste. Janette Habel estime que «la société cubaine est actuellement très divisée entre les secteurs qui prospèrent, et les autres». Elle rappelle qu’il y a notamment «une série de cadres, de dirigeants, qui, pour des raisons plus idéologiques sont également contre».

D’autre part, il est temps pour le pays de s’ouvrir au reste du monde et d’instaurer, dans un système jusque-là largement étatisé, une part d’économie de marché, en attirant davantage d’investissements étrangers : «La Constitution ne correspond plus tout à fait aux modifications, aux changements qui sont intervenus dans la société», analyse la spécialiste de Cuba, Janette Habel. «D’une part, les changements économiques, puis les réformes sociétales, que ce soit la citoyenneté, le mariage homosexuel et quelques réformes qui concernent la limitation à deux mandats de cinq ans des dirigeants, et d’autre part la limite d’âge maintenant pour l’exercice de ces mandats qui en principe devraient être de 60 ans, peut-être 65, et qui devrait être aussi inscrite dans l’actualisation du texte. […] Des questions sensibles, intéressantes», insiste la politologue, qui pense que «Miguel Díaz-Canel a pour objectif de consolider sa propre légitimité grâce à un tel débat politique et social à Cuba».

Cependant, si l’évolution économique et sociale semble lancée, le système politique établi par les protagonistes de la Révolution de 1959 restera quant à lui, stable, comme l’a expliqué Miguel Díaz-Canel, qui a souligné que la future Constitution aura «comme piliers inébranlables l’irrévocabilité du système socialiste adopté souverainement par [le] peuple [cubain]». La nouvelle Constitution prévoira cependant la limitation des mandats du président et du vice-président à deux quinquennats, une limite d’âge pour exercer certaines charges ou encore la professionnalisation du travail du Parlement cubain.

Léa JAILLARD
D’après RFI Les voies du monde

Miguel Díaz-Canel, le premier président post-castro. Vers la fin d’une époque ?

Le 19 avril 2018 marquera-t-il le début d’une nouvelle ère politique à Cuba ? C’est du moins ce que l’on pourrait imaginer si l’on prend en compte l’absence de la famille Castro, après soixante ans, du pouvoir présidentiel sur l’île caribéenne. Le nouveau président, Miguel Dٕíaz-Canel, le seul candidat ayant été proposé par la Commission Nationale des candidatures, vient d’être élu par l’Assemblée nationale du pouvoir populaire avec 603 voix sur 604, comme l’a annoncé le journal officiel du gouvernement cubain Granma.

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C’est Alina Balseiro, présidente de la Commission électorale nationale, qui a communiqué le résultat, après les voix exprimés la veille par les députés, devant la récemment créée Assemblée nationale du pouvoir populaire. Tout s’est passé comme prévu. Rien ne laissait penser au vote contre la candidature de Miguel Díaz-Canel. Tel était le sentiment général depuis l’annonce à l’Assemblée nationale de la candidature de Díaz-Canel, accueillie par une longue ovation par tous les députés.

Ingénieur, âgé de 57 ans, Miguel Díaz-Canel est né après la Révolution de 1959 et devient ainsi le premier président n’appartenant pas à la «génération historique». En tant qu’homme politique, il a occupé différents postes dans l’administration cubaine, dont celui de vice-président depuis 2013. Dans son premier discours devant l’Assemblée, le nouveau président semble guère s’éloigner de l’orthodoxie du discours officiel : «Je prends ma responsabilité avec la conviction que, nous tous, les révolutionnaires, resteront fidèles à Fidel et Raúl.» ; des mots choisis comme le gros titre par le journal gouvernemental Granma. Il a également signalé, suivant la dialectique castriste, aux «ennemis de la révolution», à ceux qui cherchent toujours à «nous détruire» et que «le monde s’est trompé s’il croit que la révolution va finir avec les guérilleros». Des paroles qui semblent assurer la continuité de la ligne politique la plus dure du «castrisme».

Dans le discours d’aujourd’hui, le nouveau président cubain a laissé paraître son visage le plus orthodoxe. Cependant, il était autrefois considéré par certains comme celui capable d’apporter le changement à Cuba. Il faut donc d’abord se demander, en fonction de sa trajectoire, mais qui est Díaz-Canel ? Il semble y avoir divers moments clés dans sa trajectoire politique qui le définissent. Selon des personnes proches de lui, lors de ses premiers pas en politique, c’était quelqu’un d’extraverti et ouvert. Une personne dont on pouvait s’approcher facilement et qui a même librement montré son intérêt pour des groupes de rock comme les Beatles — en dépit de l’opposition à la tête du Parti communiste contre les icônes de la culture «capitaliste». Cette proximité semble avoir progressivement disparue au fur et à mesure de l’évolution de sa carrière vers des postes plus importants à l’intérieur du Parti ; évolution mise en scène aujourd’hui à l’Assemblée avec l’image forte d’un homme attaché aux idées les plus conservatrices du Parti.

Cependant, il s’est permis autrefois d’agir différemment de ce qui est attendu de la part de quelqu’un dans sa position (selon les codes du castrisme). Par exemple, le jour des élections en mars, contrairement aux habitudes de ses «camarades» les plus âgés et traditionnels, il est allé voter de la main de sa femme. Un autre exemple : Guillermo Fariñas, membre actif de l’opposition au «castrisme», lors de l’entretien pour le journal américain El Nuevo Herald, a parlé de sa rencontre avec le nouveau président. Cette figure de la dissidence avait été hospitalisée en raison d’une grève de la faim. Durant son séjour à l’hôpital se sont produites des coupures d’électricité. Il a expliqué au quotidien comment Díaz-Canel s’est intéressé à santé e sa santé, s’excusant en plus pour les coupures.

Par rapport à son parcours, il est intéressant d’évoquer quelques moments remarquables lors de son passage par Santa Clara, la ville où sa carrière politique a démarré. C’est dans cette ville qu’il a passé neuf ans en tant que premier secrétaire du Parti communiste (PCC) — c’est-à-dire la position la plus importante de la ville. Il a toléré par exemple certaines émissions diffusées par la station de radio Alta Tensión, au cours desquelles les auditeurs pouvaient téléphoner en direct, avec une certaine liberté, aux invités — comme des responsables politiques — afin de leur poser leurs questions, leur faire des remarques, etc. Il a également permis à la salle de spectacles «El Menjunje» de programmer des galas d’artistes transgenres ainsi que des concerts de rock à un moment où les droits civils des personnes transsexuelles et homosexuelles n’étaient guère respectés. Concernant la liberté de presse, selon le blog Cuaderno de Cuba, on peut aussi mentionner ce qui s’est passé avec le blog La joven Cuba. Ayant critiqués certains aspects de la politique cubaine et, malgré le fait d’être clairement socialistes, les auteurs de ce blog se sont vus accusés de complicité avec l’ennemi étranger et leur blog a été bloqué. À la suite de la médiation de Díaz-Canel, le blog a repris son activité avec une certaine liberté.

Est-ce que tout cela veut dire quelque chose aujourd’hui après son discours ? D’abord, il faut savoir que le pouvoir du président de Cuba est assez limité face au pouvoir du leader du Parti comuniste et de l’armée, c’est-à-dire Raúl Castro, 86 ans, qui reste à la tête des deux institutions les plus puissantes de l’île avec ses camarades de la Révolution. Il semble que cette situation va continuer jusqu’à l’ouverture du prochain congrès du Parti communiste en 2021. Face au changement, il est logique d’imaginer les pressions de ces groupes pour que la situation ne change pas. Il est vrai que, ces dernières années, beaucoup d’évènements importants sont survenus sur l’île, impossibles à concevoir par le passé : la visite du Pape François, la visite du Comité international de la Croix-Rouge en 2015, l’autorisation de la visite des observatrices expertes de l’ONU en 2017, et même le concert des Rolling Stones…

Cependant, les actions de répression, telles que des détentions arbitraires et provisoires, sont à l’ordre du jour à Cuba. C’est ainsi que le dénoncent les différentes organisations faisant partie de l’opposition ou même Amnestie International (organisation qui n’a pas été autorisée à entrer sur l’île depuis 1990) dans son rapport d’octobre 2017 : «Cuba, mécanismes de contrôle de la liberté d’expression et leurs effets dans la vie quotidienne». Dans ce rapport, l’ONG dénonce une longue liste de stratégies du gouvernement cubain contre la liberté d’expression et de répression.

Par exemple, depuis les années 90, les autorités cubaines emprisonnent les gens assez régulièrement pendant des périodes courtes pour ne pas risquer de susciter des critiques de la part de l’internationale si la durée était beaucoup plus longue. Marti noticias évoque un rapport de l’Observatoire cubain des droits humains. Selon ce rapport, au cours du mois de mars, 340 détentions arbitraires se sont produites pour des raisons politiques à Cuba (202 femmes et 138 hommes). Les victimes font toujours partie des différents groupes de l’opposition comme Movimiento Cristiano de Liberación, l’Unión patriótica de Cuba ou Damas de blanco. Ces femmes se mobilisent toutes les semaines, victimes de la répression, et ont récemment reçu le prix Milton Friedman pour la liberté selon le site Cubanet.org.

Malgré tout, Amnestie International voit dans la situation présente une nouvelle opportunité pour les droits humains. Dans son rapport de 2018 «Transformation de l’affrontement au dialogue», elle réfléchit aux possibilités de transformation de la situation actuelle à Cuba, et propose au gouvernement cubain des mesures à suivre pour des améliorations dans différents domaines, comme la pression idéologique sur les individus dans le milieu du travail pour contrôler leur liberté d’expression ou la protection du journalisme indépendant pour encourager la pluralité d’avis sur l’avenir de Cuba.

Le nouveau président pourrait-il donc représenter un minimum d’espoir pour le changement à Cuba ? Il semble que le discours actuel envisage difficilement cette possibilité et décourage ceux qui s’attendaient à quelque chose de nouveau et différent. Il est vrai que, partout, les membres de l’opposition ne gardaient aucun espoir avec l’arrivée de Díaz-Canel. C’est ce qu’évoquait Antonio Rodiles récemment à la suite du discours de Díaz-Canel en 2017 devant le Parti communiste, dans lequel il dévoilait son vrai visage, selon le dissident. Yoani Sánchez, journaliste cubaine résidant en Allemagne, s’est exprimée dans le même sens. Pourtant, il semblait difficile que, dans un contexte aussi compliqué que celui à Cuba, le nouveau président puisse s’exprimer autrement, étant donné la pression des secteurs les plus durs du Parti. En mars 1985, à l’occasion des funérailles de Chernenko, le futur président de l’URSS s’exprimait de cette façon devant les membres du Politburo : «Je vais lutter contre tout ce qui va contre l’URSS et le mode de vie socialiste», «il est important de renforcer l’armée de l’URSS pour que les agresseurs potentiels sachent quelle réponse leur seront apportées en cas d’attaque contre l’URSS». Ce jour-là, les politicologues n’imaginaient pas encore quelles seraient les lignes politiques suivies par celui qui deviendrait, en 1990, prix Nobel de la Paix : Mikhaïl Gorbatchev. À la différence de l’ancien président de l’URSS, Díaz-Canel avait le cadavre devant lui. Pourquoi ne pas imaginer une lecture différente du discours du nouveau président ?

Mario PEREZ MORALES

L’édition du 19 avril de Libération propose deux pages sur Cuba, Castro part, un fidèle reste avec un article de Françoise-Xavier Gomez et une intéressante interview du chercheur américain Ted Henken. Lire l’article

Fin du règne des Castro à Cuba, et après ? Réponse lors des prochaines élections le 11 mars

Dimanche dernier, Raúl Castro a présidé à La Havane la cérémonie d’hommage à José Martí, héros de la révolution cubaine, lors de laquelle a été dévoilée la réplique de la statue de José Martí érigée dans Central Park. Cette cérémonie, symbole d’unité, s’est pourtant déroulée sans la présence de représentant de l’État américain, à un moment où les relations entre Cuba et les États-Unis sont plus que jamais tendues. Si la mort de Fidel Castro en 2016 avait laissé espérer un retour possible à la démocratie, Cuba ne jouit toujours pas aujourd’hui d’une grande popularité mondiale et son système politique laisse à désirer.

Photo : Noticias Marti

Cette cérémonie a eu lieu à seulement quelques semaines des élections, le 11 mars prochain, des députés de l’Assemblée, lesquels décideront et éliront le successeur de Raúl Castro, qui cédera sa place le 19 avril 2018, tout en continuant à siéger, jusqu’en 2021, à la tête du Parti communiste cubain. Si ces élections mettront définitivement fin à six décennies de castrismo sur l’île caribéenne, elles ne laissent cependant pas beaucoup de place au hasard ; en effet, le système politique cubain n’autorise qu’un seul parti et les élections sont menées sans campagne ni pluralisme. Il reste à voir si le nouveau président sera élu parmi les députés qui proviennent encore de la Révolution castriste – José Ramón Machado Ventura ou Ramiro Valdés -, ou parmi les quelques cadres qui appartiennent à des générations plus jeunes, parmi lesquels se démarque l’actuel vice-président Miguel Díaz-Canel. Bien qu’il semble que la tendance soit plutôt à un renouveau générationnel du pouvoir, les paris restent ouverts.

C’est le nom de Miguel Díaz-Canel Bermúdez, 57 ans, actuel vice-président du Conseil d’État, numéro deux du pouvoir cubain et bras droit de Raúl Castro, très fidèle au parti et à ses dirigeants, qui circule dans les journaux avec insistance. Ancien universitaire, ancien ministre, membre du bureau politique du Parti communiste, il occupe depuis 2013 des fonctions de plus en plus importantes dans la hiérarchie cubaine : s’il a longtemps été présenté comme un homme capable de faire évoluer le régime cubain, Miguel Díaz-Canel s’inscrit, malgré son âge, dans la lignée du pouvoir castriste.

À ce nom s’ajoutent, comme évoqué plus haut, ceux de José Ramón Machado Ventura, d’Alejandro Castro Espin, et de Ramiro Valdés Menéndez. José Ramón Machado Ventura, 87 ans, a d’abord été vice-président des Conseils d’État et des Ministres, puis second secrétaire du Parti communiste, et s’est montré fidèle au régime depuis ses débuts. Alejandro Castro Espín, 52 ans, fils unique de Raúl Castro, colonel du ministère de l’Intérieur, s’est fait quant à lui connaître ces dernières années en prenant la charge du puissant Conseil de défense et de sécurité nationale ; il a mené les conversations secrètes qui ont précédé les négociations pour rétablir des liens diplomatiques avec Washington. Ramiro Valdés Menéndez, 85 ans, se place également sur la liste des potentiels futurs présidents : vice-président du Conseil d’État et du Conseil des ministres, il est l’un des « commandants de la Révolution ». Ministre de l’Intérieur dans les années 1960 et 1980, il préside à la création des Unités militaires d’aide à la production (UMAP), camps de travaux forcés où 30 000 détenus ont été « rééduqués » entre 1965 et 1968. Il a été également ministre de l’Informatique et des Communications.

On peut aussi citer les noms de Salvador Valdés Mesa, Gladys Bejerano, Bruno Rodríguez, Esteban Lazo, Julio César Gandarilla Bermejo, Lázara Mercedes López Acea, Leopoldo Cintra Frías, Marino Murillo, tous membres du gouvernement actuel et proches de la famille Castro. Il y a de grandes chances pour que le changement de présidence attendu à Cuba, s’il mettra probablement officiellement fin au règne des Castro, n’en soit en réalité que la continuité.

Léa JAILLARD

Cuba est devenu un paradis pour les abeilles… grâce à la chute de l’Union soviétique

Cuba a pratiqué l’agriculture intensive quand l’URSS lui fournissait tracteurs, engrais, pesticides et ingénieurs agronomes. Après la chute du mur de Berlin, l’île a manqué de tout, et notamment de produits phytosanitaires. Alors, elle s’est mise au bio, ce qui fait aujourd’hui le bonheur de ses abeilles… Extrait de l’émission présentée sur France 2 le 14 janvier, en ligne durant trente jours.

Photo : Positivr

Selon une vidéo présentée par France Télévision, Cuba est devenue un des paradis pour l’abeille et c’est principalement dû à l’absence de chimie, explique Roch Domerego, un apithérapeute qui parcourt le monde à la recherche de produits de la ruche pouvant être utiles pour la santé. « Ici, il n’y a pas un hectare d’agriculture qui a reçu des produits chimiques. C’est extraordinaire de retrouver des terres qui sont vivantes : il y a des vers de terre, il y a une vie, on le sent. » L’île de Cuba est devenue bio un peu sans le vouloir au départ, car un temps, elle a également connu l’agriculture intensive. Pendant la guerre froide, l’Union soviétique la fournissait en tracteurs, engrais et pesticides. Elle envoyait aussi ses ingénieurs agronomes former les paysans cubains afin de « transmettre leurs connaissances, fraternellement, entre hommes qui préparent la société du futur ».

Déjà vingt-cinq ans sans pesticides

À partir de la chute de l’Union soviétique, en 1989, Cuba s’est retrouvée rapidement à court de tout… et notamment des produits phytosanitaires déversés sur ses champs. L’île n’a alors eu d’autre choix que de se tourner vers une agriculture biologique. Et vingt-cinq ans sans pesticides plus tard, les apiculteurs cubains sont comblés. Ce jour-là, Roch, également apiculteur et naturopathe, rend visite à Reynold, qui a construit sa belle maison grâce au travail des abeilles en pleine santé. Aujourd’hui, Cuba n’utilise les pesticides que sur les grandes plantations de tabac. Et dans le reste de l’île, les abeilles cubaines sont parmi les plus heureuses du monde…

D’après France Télévision
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Federica Mogherini, porte-parole de la diplomatie européenne, en visite à Cuba

Le site français de Zonebourse vient de publier une dépêche concernant la visite deFederica Mogherini, porte-parole de la diplomatie européenne, est arrivée mercredi 3 janvier dernier à Cuba pour une visite axée sur le renforcement de la coopération politique et économique avec l’île.

Photo : CEE-Presse

La haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères va « reconfirmer la forte relation entre l’UE et Cuba » et défendre une « mise en œuvre rapide et ambitieuse de l’Accord de dialogue politique et de coopération » (ADPC), a annoncé le service européen pour l’action extérieure dans un communiqué. Dans la foulée de la détente entre Cuba et les États-Unis en 2015-2016, l’Union européenne a levé toutes sanctions pesant sur l’île communiste et négocié cet accord de coopération sans précédent entre Bruxelles et La Havane.

L’UE espère par ce texte signé en décembre 2016 et ratifié en novembre permettra à des entreprises européennes de s’implanter sur l’île, à mesure de l’ouverture progressive de l’économie, et de promouvoir les libertés politiques auprès du régime dirigé par Raul Castro. Lors de sa visite de deux jours, Federica Mogherini rencontrera le ministre du Commerce extérieur, Rodrigo Malmierca (mercredi), ainsi que le primat catholique de l’île, l’archevêque Giorgio Lingua, et le ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodriguez, jeudi. L’Union européenne est l’un des premiers partenaires commerciaux de La Havane et le premier donateur en termes de coopération au développement et d’investissement étranger.

D’après Marc FRANK et Julie CARRAIT
pour le service français

Les étranges maladies auditives des diplomates US à Cuba : une manœuvre pour empêcher le rapprochement entre les deux pays ?

Depuis 2016, une vingtaine de diplomates US en place à Cuba, victimes de mystérieux problèmes acoustiques, ont dû être rapatriés. Les enquêteurs n’ont rien trouvé qui puisse être à l’origine de ces « attaques ». Soupçons de manoeuvres destinées à bloquer le rapprochement entre les deux pays.

Photo : Ambassade des USA à La Havane

Le 29 septembre 2017, le secrétaire d’État Rex Tillerson annonce que les États-Unis (EU) retirent plus de la moitié du personnel de leur ambassade à Cuba parce qu’il aurait « subi des attaques acoustiques qui ont affecté leur santé ». Quelques jours plus tard, le gouvernement US expulse quinze fonctionnaires cubains en fonction aux États-Unis « parce que, bien que Cuba ne soit pas accusée d’être à l’origine de ces attaques, Cuba n’a pas pu protéger les diplomates US contre ces attaques acoustiques ».

Même le FBI n’a rien trouvé

Pourtant, les enquêtes menées par le gouvernement cubain n’ont rien trouvé qui puisse ainsi affecter les diplomates US. Cuba a même invité le FBI à enquêter sur place à trois reprises, il n’a rien trouvé non plus. Le gouvernement cubain accuse les EU « de lui interdire de parler aux personnes affectées, de discuter avec les enquêteurs et les médecins US » et de bloquer l’enquête.

Étranges réactions des États-Unis

Le site de l’ambassade des États-Unis à Cuba annonce que bien que « nous ne puissions pas identifier la source de ces attaques, nous croyons que les citoyens US sont aussi en danger et leur recommandons de ne pas voyager à Cuba ». Cette « maladie » des diplomates est d’autant plus étrange qu’elle n’a en rien affecté les 500 000 touristes US ni les deux millions de visiteurs de toutes origines. Encore plus étrange est que l’expulsion des quinze diplomates cubains a été décidée pour « assurer l’équité de nos opérations diplomatiques respectives » (« This order will ensure equity in our respective diplomatic operations ») ! (1) Ainsi, les EU décident unilatéralement de retirer 24 de leurs diplomates puis imposent une soi-disant « équité » dans le nombre des diplomates de l’autre partie ! Étranges mœurs diplomatiques en vérité…

Réaction indignée de Cuba

Cuba avait protesté et rétorqué que « le président Donald Trump était mal conseillé », puis déclaré « inacceptable » l’expulsion de ses 15 diplomates car « non fondée, précipitée, inappropriée et insensée … C’est une décision absolument politique qui ne bénéficie qu’à ceux qui veulent voir dérailler la possibilité que les relations entre les deux pays continuent à avancer… ». De fait, la délivrance de visa pour les Cubains qui souhaitent visiter les États-Unis est complètement paralysée et le gouvernement Trump recommande aux ressortissants US de ne plus se rendre sur l’île. Plusieurs analystes estiment que le lobby anti-Cuba travaille au sabotage de l’ouverture des relations entre Cuba et les États-Unis, un retour à la guerre froide ?

Trump influencé par le lobby anti-Cuba

Le vote des anti-Cuba de Miami est très important pour le Parti Républicain en général et pour le président Donald Trump en particulier. Aussi lorsque les congressistes cubano-américains Marco Rubio et Mario Diaz-Balart parlent, Trump les écoute. Ces deux parlementaires proposent de couper toute relation avec Cuba et d’interdire le tourisme US vers l’île. Les compagnies aériennes et de navigation étasuniennes qui font déjà de juteux profits suite à l’autorisation du Secrétariat au Trésor du président Barack Obama d’inclure des destinations cubaines à leurs offres touristiques, refusent de tarir ce commerce, « d’autant plus qu’aucun touriste n’a jamais été affecté ».

Et si le coupable était un équipement de l’ambassade ?

Le 15 septembre, l’agence de presse Associated Presse (AP) révèle qu’un fonctionnaire du National Security Subcommittee (NSSC) lui a déclaré que le NSSC préparait une plainte contre l’American Technology Corporation (ATC), fabricant des équipements LRAD-RX qu’utilise le NSSC pour communiquer avec ses agents à Cuba. Bien qu’inscrite aux États-Unis, la ATC serait une entité créée par les forces de sécurité d’Israël (2) comme une arme devant rendre l’ennemi sourd. Un défaut de conception serait-il à l’origine de la « maladie » ? Les techniciens ont envoyé les appareils pour révision mais on ne connait pas les résultats…

Une manœuvre pour anéantir le rapprochement Cuba – États-Unis ?

Le discours de Donald Trump à Miami en juin dernier laissait déjà présager un renversement de la politique US envers Cuba. Dans ce discours dirigé à l’exil cubain, il « saluait les héros de la Brigade 2506 » (3), approuvait la continuité de l’embargo total et proposait d’interdire le tourisme US vers Cuba. La porte-parole du Département d’État, Heather Nauert, a eu beau reconnaître que son gouvernement n’a pu déterminer l’origine de ces « attaques », le président Trump a quand même déclaré : « Je crois que Cuba est responsable », sans apporter la moindre preuve. On ne connait même pas le nom des diplomates « attaqués ».

Le blocus illégal continue

Depuis 1962, les États-Unis imposent un blocus économique et financier à Cuba qui a chiffré à 800 milliards de dollars le manque à gagner et les pertes économiques dues à cet embargo. Chaque année, les Nations Unies votent massivement pour l’arrêt de ce blocus que même le président Obama avait jugé « inutile et inefficace », sans y mettre fin. L’ambassadeur cubain en Bolivie, Benigno Pérez, rappelle que cet embargo a été illégalement imposé au reste du monde et prend comme exemple l’amende très lourde imposée à la banque française BNP-Paribas pour avoir « violé » les sanctions envers Cuba en 2014. En 2015, la Deutsche Bank et la Royal Bank of Scotland avaient dû payer  une forte amende pour avoir commercé avec Cuba.

Trump amplifie le blocus

Cela fait 26 ans que les Nations Unies votent en faveur de l’arrêt de l’embargo. Depuis 1998, seuls les États-Unis et Israël votent pour la prolongation du blocus. Ce 1er novembre 2017, 191 pays ont voté pour la levée de l’embargo, 2 pays ont voté contre : les États-Unis et Israël…

Jac FORTON

(1) Site de l’ambassade US à Cuba   (2) Selon un article de Manuel Yepe publié par l’ALAI (Agencia Latino-Americana de Información) du 28 octobre 2017.   (3) Les 1 500 mercenaires cubains entraînés par la CIA défaits en 3 jours lors de leur tentative de débarquement à la Baie des Cochons en avril 1961 pour renverser la Révolution castriste.

Décryptage de la situation cubaine organisé par la spécialiste Janette Habel à l’IHEAL

L’Observatoire Cuba organise une rencontre ce vendredi 24 février 2017 à l’Institut des Hautes Études de l’Amérique Latine (IHEAL) qui sera l’occasion d’aborder les différentes et nombreuses problématiques auxquelles fait face l’île depuis que la transition est à l’œuvre et au lendemain de l’investiture de Donald Trump.

Photo : L’Humanité

 Un thème d’actualité. Vendredi, l’Observatoire Cuba rassemble à l’IHEAL des universitaires cubains et nord-américains afin de décrypter la situation cubaine. Au cours des derniers mois, le contexte international a évolué et a vu apparaître une nouvelle donne : la disparition du dirigeant cubain Fidel Castro et un nouveau président des États-Unis qui a l’intention de revenir sur de nombreuses initiatives de son prédécesseur. De 17 heures à 19 heures 50, la rencontre portera sur les problématiques économiques, migratoires et internationales de l’île au lendemain de l’investiture de Donald Trump. Cela intéresse des enjeux géopolitiques importants pour l’avenir cubain. Il convient alors de s’interroger sérieusement sur les perspectives d’évolution concernant non seulement le rapprochement entre Cuba et les États-Unis mais aussi la transition à l’œuvre dans l’île dans tous les domaines.

Un regard de spécialistes. La politologue, enseignante et spécialiste de Cuba, Janette Habel organise cette séance cubaine et s’exprimera sur le sujet : « Premiers pas de Donald Trump : le test cubain ». Ayant réalisé des travaux de recherche portant essentiellement sur Cuba, la politique extérieure des États-Unis envers l’Amérique latine et sur les zones de libre-échange, elle partagera ses réflexions avant que la discussion ne s’oriente vers les autres sujets programmés tels que la compétition avec la Chine et la politique migratoire. Cette rencontre comptera également sur la présence de l’ancien conseiller culturel à l’Ambassade de France de retour de Cuba, Xavier d’Arthuys, qui pourra intervenir afin d’échanger sur son expérience.

Un établissement renommé. Au 28 rue Saint-Guillaume à Paris et en tant que composante de l’Université Sorbonne Nouvelle, l’Institut des Hautes Études de l’Amérique latine se consacre aux sciences humaines et sociales sur le continent latino-américain tant par l’enseignement que par la recherche. En plus de coopérer avec de nombreuses universités latino-américaines et européennes, il édite différents ouvrages dont la revue pluridisciplinaire les Cahiers des Amériques latines, publication de référence dans le paysage latino-américaniste international depuis plusieurs décennies. La plus grande île des Caraïbes a été au centre de l’attention internationale au cours de l’Histoire et ne manquera pas d’être au cœur des discussions pour encore un certain temps.

Adélaïde HÉLARY

 Observatoire Cuba le vendredi 24 février 2017 à 17h à l’IHEAL, 28 rue Saint-Guillaume à Paris 7e.
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