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La police argentine abat dans le dos un jeune Mapuche en Patagonie

Après la disparition pendant 78 jours de Santiago Maldonado, retrouvé noyé dans le río Chubut, la police argentine est de nouveau accusée de la mort de Rafael Nahuel, un manifestant mapuche. Les policiers seraient-ils à présent autorisés à se soustraire aux ordres des juges ? À cela le gouvernement répond par des déclarations surprenantes… Retour sur l’invention d’un ennemi intérieur.

Photo : La Tinta

Récupérer des terres ancestrales

Depuis plusieurs dizaines d’années, les Mapuches de la Patagonie argentine, tout comme leurs cousins chiliens, luttent pour récupérer des terres ancestrales qu’ils accusent l’État et les grands propriétaires terriens d’avoir usurpées. Leurs moyens de lutte se traduisent par l’occupation des terres revendiquées. La loi [1] est en partie de leur côté : depuis 2015, les forces de l’ordre ont l’interdiction de pénétrer dans les zones revendiquées jusqu’à ce que les titres de propriété soient bien établis par relevés cadastraux. Fin octobre dernier, la communauté mapuche Lof Lafken Winkul Mapu occupe un flanc de montagne près du Lago Mascardi, qu’elle estime sienne de par son droit ancestral, garanti par la Constitution. Le 25 novembre, le juge Gustavo Villanueva ordonne l’évacuation des Mapuches pour « usurpation de terres » et envoie la police fédérale pour les déloger. L’opération est effectuée par le groupe d’élite Albatros. À 5 h du matin, ce groupe de près de 200 policiers attaque la communauté et arrête plusieurs personnes : des hommes, des femmes et des enfants en très bas âge sont détenus durant des heures.

La police fédérale attaque

En fin d’après-midi, le groupe Albatros commence à rechercher les Mapuches qui s’étaient réfugiés dans la montagne. Pablo Curlo, un opérateur touristique qui passait sur la route nationale N40, bloquée par la police, raconte : « Les policiers, genoux à terre sur la route, tiraient vers le haut avec des fusils. J’entendais des cris sur la colline. Des gens criaient : « Ne tirez plus, il y a des femmes et des enfants ici »… J’ai ensuite vu des hommes descendre en portant un blessé. Ils ont été violemment arrêtés et menottés par les policiers. Je suppose que le blessé était Rafael Nahuel… »

La mort de Rafita

Les policiers affirment qu’ils n’ont fait que riposter à des tirs de gros calibre provenant des Mapuches. Néanmoins, la véracité de leurs propos est remise en cause par les faits : Rafael Nahuel, dit Rafita, a été atteint par une balle de 9 mm qui est entrée par la fesse gauche, a traversé les intestins et le foie pour terminer dans les poumons. Il est mort d’une hémorragie interne. Il attaquait sans doute les policiers à reculons ! Deux autres personnes sont également blessées : Johana Colhuan, au coude, et Gonzalo Coña, à l’épaule. Les deux hommes qui ont transporté Rafael Nahuel jusqu’à la route sont Fausto Jones Huala et Lautaro González. Les policiers les ont laissés menottés au sol aux côtés du corps de Nahuel, décédé lors de la descente de la colline. Après des heures de détention injustifiée, le juge a bien dû les relâcher, n’ayant trouvé de dépôt de poudre sur leurs mains, ni d’ailleurs aucune forme d’arme sur la colline qu’ils occupaient. Témoins d’un homicide, les deux hommes sont pourtant accusés d’« occupation illégale de terre » !

Joe Lewis, l’ami du président Macri, n’a pas tous ces ennuis !

Des associations de la région de Bariloche dénoncent depuis plusieurs années « l’annexion » de 12 000 ha de terres, incluant le Lago Escondido à l’intérieur d’un Parc National, par l’homme d’affaires britannique Joseph « Joe » Lewis. Il a bloqué la route d’accès au public et considère le lac comme sa propriété. Il n’a jamais été inquiété par les policiers. Normal, c’est le copain du président Mauricio Macri, qui s’offre régulièrement quelques jours de repos dans sa demeure de 3 600 m2. Que sont quelques Indiens mapuches devant le 300e homme le plus riche du monde (selon la revue Forbes) ?

Les sinistres déclarations officielles

Lorsqu’un journaliste demande à la ministre de la Sécurité, Patricia Bullrich, s’il y a des preuves que les Mapuches possédaient des armes lourdes, elle répond : « Ces preuves ne sont pas nécessaires. Nous n’avons pas à prouver ce que font les forces de sécurité. Nous donnons à la version des policiers le caractère de seule vérité. » La vice-présidente de la République, Gabriela Michetti, instaure une nouvelle doctrine : « Tout bénéfice du doute sera toujours en faveur des forces de sécurité ». Et de faire pression sur le juge Villanueva pour lui indiquer par où il devait mener son enquête. Patricia Bullrich : « Nous avons confiance que l’enquête du juge démontrera que les protocoles en cas d’affrontement armé ont été respectés ». Qu’il n’y ait pas eu d’affrontement armé n’est pas un problème, on en inventera un…

Création d’un ennemi interne

Pour le gouvernement, les Mapuches se sont tous joints à la RAM, Resistencia Ancestral Mapuche, « une organisation terroriste qui cherche l’indépendance de la nation mapuche et sa séparation de l’Argentine, ce qui est un crime ». Le problème, c’est que personne n’a jamais vu ni entendu cette RAM, pas même Juan José Chaparro, l’évêque de Bariloche, qui nie toute appartenance des Mapuches de son diocèse à cette organisation. Plusieurs observateurs estiment que la RAM est une invention du gouvernement pour réprimer les communautés mapuches, une longue pratique des autorités argentines.

Pas de dialogue, la confrontation

Telle semble être la position du gouvernement. Alors que le juge Villanueva veut entamer un dialogue avec les Mapuches pour qu’ils puissent retourner sur le lieu de l’affrontement afin de trouver des indices ou des preuves de ce qu’il s’y est passé, le gouvernement le désavoue ! Le chef de cabinet du président Macri, Marcos Peña, déclare « qu’il n’est pas d’accord (disconforme) avec le juge » concernant sa volonté de négocier son entrée sur les terres mapuches qui, par la loi, sont considérées comme propriété privée. De son côté, le Secrétariat aux Droits humains refuse de participer à une table de discussion. Finalement, le ministère de la Sécurité vient d’émettre une résolution « qui permet aux forces fédérales d’ignorer les ordres d’un juge si elles considèrent ces ordres illégaux » ! Des policiers vont pouvoir décider que l’ordre d’un juge est illégal… Du jamais vu en droit ! À quand les prochains morts ?

Jac FORTON

[1] La Loi 26 160 « suspend les opérations d’expulsion de terres habitées par des communautés indigènes jusqu’à ce que l’Institut national des Affaires indigènes termine le relevé cadastral », l’article 33 de la Constitution, la Déclaration américaine des droits des peuples indigènes et Convention 169 de l’Organisation internationale du Travail.

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Januario ESPINOSA (Fondateur)

Suite de l’épopée Rafael Correa-Lenin Moreno. L’ex-président veut faire expulser le nouveau du parti au pouvoir

L’ex-président équatorien, Rafael Correa, vient de passer dix jours en Équateur pour affronter sur le terrain son pire ennemi politique, le nouveau président Lenín Moreno. La rupture est à un tel niveau que la réunion annuelle du parti du 3 décembre, a été ignorée par les dirigeants pro-gouvernementaux.  Retour sur la guerre politique en Équateur.

Photo : Lenín Moreno et Rafael Correa/Santiago Armas, Presidencia de la República

Rappel de la situation 

Lenín Moreno a pris ses fonctions de président le 24 mai 2017, succédant ainsi à Rafael Correa qui a été à la tête du pays pendant 10 ans, et dont il a été le vice-président de 2007 à 2013. Ils sont tous deux membres du parti au pouvoir, Allianza País (AP). Mais le nouveau président a rapidement critiqué et discrédité la gestion de son prédécesseur, en révélant en particulier une dette du pays s’élevant à environ 50 milliards de dollars. Dès lors a débuté une crise politique, qui s’est inscrite aussi dans le contexte des graves accusations de corruption lancées contre le vice-président Jorge Glas, allié de Correa, actuellement en détention préventive pour le dossier des pots-de-vin de la société de construction brésilienne Odebrecht. Son procès a d’ailleurs débuté le 24 novembre à Quito.

On pourrait définir comme « le nerf de la guerre » le projet de consultation populaire annoncé par Lenín Moreno, qui a pour objectif, entre autres, de supprimer le droit à la réélection indéfinie, résultat d’un amendement inconstitutionnel approuvé par la majorité de Correa dans la législature précédente, et qui empêcherait donc le retour de Correa au pouvoir en 2021. Une autre des sept questions de la consultation qui échauffe les esprits des « corréistes » est celle qui propose  la suppression définitive du CPCCS, le Conseil de la participation citoyenne et du contrôle social ou cinquième pouvoir, fondé par Correa. D’autres questions concernent les taxes sur la spéculation immobilière, la réduction de la zone d’exploitation pétrolière dans la réserve amazonienne protégée de Yasuní ou la restriction de l’exploitation minière dans les zones protégées, la non-prescription des crimes sexuels contre les mineurs et l’annulation de législations approuvées par l’exécutif précédent, certaines également par plébiscite et qui étaient emblématiques du gouvernement de Rafael Correa, (au total sept questions, dont celle de la perpétuité au pouvoir, seront posées).

Depuis, les relations entre les deux hommes ne sont qu’échanges d’insultes et de critiques via la presse et les réseaux sociaux, et le parti AP est déchiré entre les partisans de Moreno et ceux de Correa ; les « corréistes » accusant le président de gouverner avec le programme de l’opposition. Les dissensions entre les deux groupes ont atteint leur paroxysme lorsque, le 31 octobre, l’aile de l’AP fidèle à Correa a rejeté Moreno comme son chef et a nommé l’ex-ministre des affaires étrangères Ricardo Patiño ; une décision qui n’a pas été reconnue par les tribunaux ou le Conseil National Électoral, mais qui illustre la situation du parti au pouvoir.

Arrivée de Correa à Quito

Mettant sa « menace » à exécution, l’ancien président Rafael Correa a quitté la Belgique où il réside depuis juillet dernier avec sa famille, pour revenir en Équateur et intervenir sur place dans cette bataille politique. Avec la « grandiloquence » qui est la sienne, et quelques jours après avoir exprimé, lors d’une interview de l’AFP, qu’il voulait participer au congrès d’Alianza País (qui devait se tenir se tenir le 3 décembre à Esmeraldas dans le Nord-Ouest) pour tenter d’obtenir l’expulsion du président actuel, il a souligné le « très grand dilemme » de quitter sa famille, mais aussi qu’il se sentirait « comme un  traître s’il n’était pas au côté de ses camarades pour mener le combat dans cette importante bataille ». Il a, à de nombreuses reprises, accusé Lenín Moreno d’avoir « trahi le programme gouvernemental d’Alianza País, en gouvernant avec la droite et les banquiers ».

Son arrivée à Quito en avion privé en provenance de Bogotá, dans la nuit du 25 novembre, a attisé les passions. Certains étaient là pour célébrer son retour, d’autres pour le huer. Les affrontements entre les deux partis ont été tels que Correa a dû quitter l’aéroport par une porte dérobée. Il a twitté par la suite : « Je suis arrivé, chère Patrie, fatigué mais heureux ».

Les projets de Correa

Rappelons qu’avec son idéologie bannière de la « révolution citoyenne », l’ancien leader a réalisé la construction d’infrastructures nationales, en ces années de prospérité pétrolière, qui ont permis de donner une place internationale à l’Équateur – notamment par les investissements chinois -, de réduire l’écart social qui sévissait auparavant, et de permettre un meilleur accès à l’éducation et à la santé. Mais, et surtout dans ses dernières années de présidence, un certain nombre de secteurs sociaux, en plus de l’opposition, des hommes d’affaires, des autochtones et des journalistes, ont commencé à exprimer une animosité amère, souvent réduite au silence par l’armure de l’absolutisme politique que la figure charismatique Correa exerçait par les lois et les décrets qui le favorisaient.

Correa devait donc durant son séjour, outre sa participation au congrès d’AP, rencontrer la presse étrangère le 30 novembre, et reprendre contact avec les bases du mouvement en sillonnant le pays. Dans ses meetings, il a constamment fustigé la politique et les décisions de Moreno, qui sont pour lui « une opération minutieuse de destruction de 10 ans de révolution citoyenne ». Il a aussi ardemment pris la défense de Jorge Glas, en proclamant « qu’il y avait un détenu innocent et que l’Équateur avait déjà des prisonniers politiques ». Il n’avait pas l’intention de rencontrer Moreno, sauf si éventuellement l’objectif était de « réactiver l’économie ».

Interrogé sur son intention de se représenter à la présidence de l’Équateur, Correa a affirmé que son intention première était de se retirer de la politique, mais qu’il laissait désormais la porte ouverte à un retour (la prochaine élection présidentielle est prévue en 2021). « Avec tout ce qui s’est passé, je devrai vraisemblablement revenir en 2021 s’ils ne me disqualifient pas », a-t-il déclaré.

Les réponses de Lenín Moreno  

La rupture est à un tel niveau que la réunion annuelle du parti du 3 décembre, a été ignorée par les dirigeants pro-gouvernementaux. Selon les partisans de Moreno, la véritable réunion annuelle sera organisée, à une date encore indéterminée, après le référendum populaire avec lequel le président pourrait donc briser toute intention de Correa de revenir au sommet du pouvoir. Le Conseil national électoral (CNE) n’a pas non plus reconnu la validité de cette réunion, tout en confirmant Moreno comme chef du parti.

Avant l’arrivée imminente de Correa au pays, Moreno a convoqué le 23 novembre une réunion du conseil d’administration à Guayaquil, au cours de laquelle il a procédé à une purge des membres déloyaux. Et le 29 novembre il a envoyé un décret exécutif au Conseil national électoral (CNE) dans lequel il demandait à l’agence de convoquer la consultation populaire, en soutenant que l’absence d’avis de la Cour constitutionnelle (CC) sur la légalité de la consultation, était à interpréter comme une autorisation de facto en référence à des précédents similaires. Le CNE a répondu favorablement, et la consultation populaire aura lieu le 4 février 2018,  la campagne électorale débutant le 3 janvier. Sur son compte Twitter, le président a salué l’annonce : « aujourd’hui commence la construction de l’avenir que nous rêvons pour nos enfants, nous allons vers un OUI retentissant », a-t-il déclaré.

Le bilan du séjour de Correa en Équateur

Rafael Correa est reparti le 4 décembre pour la Belgique, après 10 jours passés en Équateur. L’ancien président de l’Équateur a perdu de son soutien au sein du mouvement Alianza País (AP). Environ 70 comités de la révolution citoyenne (CRC) ont en effet exprimé leur soutien à la gestion de Lenín Moreno. Le document signé par les comités déclare qu’ils rejettent « tout acte illégal qui a pour but de provoquer des ruptures internes » dans le parti politique officiel. En outre, le texte souligne le soutien « de manière ferme et décisive » à la gestion menée par Lenín Moreno, le reconnaissant comme « vrai président » de l’AP. Bien que les comités disent reconnaître les « réalisations des dix dernières années, dirigées par Rafael Correa », ils ont affirmé leur soutien au référendum appelé « directement et démocratiquement », qui pour l’ancien président est « un coup d’État » de Moreno, et  ne reconnaissent pas la légitimité  du  « leader » d’Alianza País, imposé par les corréistes, Ricardo Patiño.

Rafael Correa a annoncé  le 3 décembre qu’il abandonnait l’idée de créer un nouveau parti politique, mais que « le plan B serait d’intégrer un autre mouvement et de le transformer en un parti qui serait dans la mouvance de la révolution citoyenne », en insistant sur le fait qu’il n’entendait pas être candidat aux élections présidentielles de 2021. Le « choc des Titans » semblerait donc pour l’instant favorable au président Lenín Moreno ?

Catherine TRAULLÉ

Admiration et respect pour Pedro Miras, un Chilien entre exil, arts et philosophie

Pedro Miras est survenu le jeudi 30 novembre 2017 au Chili. Né à Santiago du Chili, le 4 janvier 1927, Pedro Miras Contreras, fut doyen de la Faculté de Beaux Arts, ancien académicien et directeur du Département de Théorie des Arts à l’Université du Chili. Patrice Vermeren, professeur émérite au département de philosophie de l’Université Paris 8 et professeur honoraire à l’Université du Chili, a souhaité lui rendre hommage, et exprimer son respect et son admiration.

Photo : Peinture de Krisha Fuentes – Pedro Miras/Isis Díaz L

« J’apprends par Claudia Guttierez que mon ami Pedro Miras a rendu l’âme. Et je suis infiniment triste. Lui n’était jamais triste. Il avait la philosophie joyeuse. Son corps l’avait depuis un certain temps comme abandonné, mais l’esprit était intact. Il avait gardé son intelligence lumineuse, sa lucidité féroce, son humour toujours aussi corrosif, fût-il souvent bienveillant. J’ai toujours éprouvé pour lui depuis le premier jour de notre rencontre de l’admiration et du respect. Il incarnait pour moi tout à la fois l’Humanité et les humanités.

À Paris, où il était en exil, exclu de l’université de son pays par la dictature militaire et accueilli par le CNRS français, il aura été, avec Patricia Bonzi et Cristina Hurtado, l’acteur central de notre réseau philosophique franco-chilien qui avait pour base le Collège international de philosophie, le Centre de recherches politiques de la Sorbonne et le département de philosophie de l’Université Paris 8. De retour avec la transition démocratique à l’Université du Chili, où il aura mis sa dignité à reprendre sa carrière interrompue, il a été de tous les évènements qui ont marqué ce dernier quart de siècle la scène philosophique franco-chilienne, de l’opération « Un avion de livres pour le Chili » au colloque « Spinoza et la politique de Santiago », et de la création de la première chaire UNESCO de philosophie en hommage à Humberto Giannini.

Je me souviens d’une soirée d’hiver parmi bien d’autres chez Humberto et Luisa, avec Pedro et Patricia et José Echeverría, où il avait chanté des airs de tango et d’opéra, et où il n’était question, entre deux piscos, que de l’aperception immédiate chez Maine De Biran et des Essais de Michel de Montaigne : j’avais été une fois de plus saisi par l’immense connaissance qu’avaient Pedro et ses amis de la culture française et universelle, littérature, beaux-arts et philosophie mêlés, bien supérieure à la mienne. Admiration de Pedro Miras, parce qu’il était, à l’image des érudits de la Renaissance, pénétré par les humanités. Mais aussi respect pour un homme qui avait le souci, en toutes circonstances, de l’humanité. Il ne parlait jamais de sa résistance à la dictature, comme tous ceux qui, comme Georges Canguilhem, se refusent à faire étalage de ce qu’ils considèrent comme des actions et des paroles nécessaires pour la préservation d’une dignité partagée. Sauf dans le dernier entretien qu’il nous avait accordé, à Gustavo Celedon et à moi-même, et qui a été filmé.

Dans « Memoria e historia », le très beau texte qu’il nous avait donné pour un livre publié l’année dernière aux éditons Lom avec Fedra Cuestas, il a écrit : « Digamos que buena parte de nuestros recuerdos aspira a la comunicación, y que de esta forma el acervo cultural del grupo se acrecienta, su propia historia, su identidad. Es entonces un deber nuestro, de aquellos que hemos sobrevivido estos últimos cuarenta años, el sacar de la luz, desde las remembranzas a los quebrantos, todo aquello que pueda intentarse, con su verdad, en nuestra historia contemporánea. Pues al no querer nombrar una situación como lo que verdaderamente fue – dictadura en vez de gobierno militar, o señalar la conveniencia de no mirar al pasado sino a futuro – lo que se pretende es borrar de esa totalidad de recuerdo, acto y proyecto, que conforman tanto nuestra identidad personal como colectiva, parte importante de su base fundamental, que es la memoria ». Admiration et respect pour Pedro Miras : tel est le message que je voudrais transmettre à sa femme et à son fils en ce jour de tristesse, pour l’enterrement de mon ami Pedro, qui n’était, quant à lui, jamais triste. »

Patrice VERMEREN
Professeur émérite au département de philosophie de l’Université Paris 8
Professeur honoraire à l’Université du Chili

Un juge argentin veut arrêter l’ancienne présidente Cristina Kirchner sous l’accusation de « trahison à la patrie »

Le juge Claudio Bonadio a demandé la levée de l’immunité parlementaire de la sénatrice et ancienne présidente Cristina Kirchner sous l’accusation de « trahison à la Patrie » pour avoir signé un Mémorandum d’entente avec l’Iran qui aurait permis à des juges argentins d’interroger en Iran cinq personnes accusées d’avoir organisé l’attentat contre la mutuelle juive de Buenos Aires.

Photo : Claudio Bonadio/infobae.com

L’attentat

Le 18 juillet 1994, une voiture-suicide explosait devant l’AMIA (Asociación Mutual Israelita Argentina), une mutuelle juive, faisant 85 morts et 300 blessés. En 2001, l’enquête s’est d’abord dirigée vers une « connexion locale » : des policiers auraient livré camionnette et explosifs à un groupe syrien. Accusés et condamnés, plusieurs policiers firent huit ans de prison puis libérés car innocents. On découvre alors que les autorités de l’époque avaient payé un homme 400 000 dollars pour faire de fausses déclarations. Ces autorités étaient l’ancien président Carlos Menem, le juge Juan Galeano en charge du dossier dès 1994, et l’ancien ministre de l’Intérieur Carlos Corach. Un procès s’est ouvert contre eux accusés de « dissimulation de preuves en tant que représentants de l’État argentin ». Le 13 septembre 2004, un procureur spécial pour le dossier est nommé par le président Néstor Kirchner, Alberto Nisman. Le magistrat Claudio Bonadio est chargé de l’instruction mais vite déchargé de l’affaire « pour manque d’impartialité ».

L’Argentine accuse l’Iran

En 2006, le gouvernement de Cristina Kirchner, sur la foi d’informations provenant des services secrets des États-Unis et d’Israël, accuse l’Iran d’avoir conçu l’attentat et de l’avoir fait réaliser par le Hezbollah. L’Argentine demande à Interpol de mettre une alerte rouge sur six hauts fonctionnaires iraniens et d’émettre contre eux un mandat d’arrêt international. L’Iran (comme l’Argentine, le Brésil, l’Allemagne ou la France) n’extradant pas ses citoyens, la demande d’extradition envoyée à Téhéran aboutit à une fin de non-recevoir.

Un Mémorandum pour débloquer l’enquête

En 2013, la présidente Cristina Kirchner signe un Mémorandum d’Entente avec l’Iran, qui permettrait à deux juges argentins (Alberto Nisman et le juge Canicoba Corral) de se rendre en Iran pour interroger les accusés sur place. Le 21 février 2013, le sénat ratifie le Mémorandum, suivi par la Chambre des députés 15 jours plus tard. Cet accord était supposé faciliter l’enquête et permettre d’avoir accès aux accusés iraniens. De son côté, l’Iran pensait que le Mémorandum allait permettre de lever les alertes rouges contre ses fonctionnaires. Devant le refus du gouvernement argentin de les lever, il déclare le Mémorandum nul et non avenu.

L’accusation du procureur Nisman

En 2014, 20 ans après les faits, le procureur Alberto Nisman n’a toujours pas trouvé de preuves contre les Iraniens et refuse d’envisager d’autres pistes. Plusieurs associations de familles des victimes dénoncent son inaction. Alors qu’il est en vacances en Espagne avec sa fille en janvier 2015, le procureur revient en catastrophe en Argentine pour accuser la présidente Cristina Kirchner et son ministre des Affaires Étrangères, Héctor Timerman, d’avoir signé le Mémorandum pour protéger les responsables iraniens. Il affirme qu’il apportera des preuves lors d’une réunion avec une commission parlementaire, mais il est découvert mort à son domicile la veille de la session.

Meurtre ou suicide ?

Les résultats d’une enquête menée par plusieurs légistes de la Cour suprême et de criminalistes de renom indiquent qu’il « n’y a pas eu interventions de tierces personnes » dans la mort du procureur, autrement dit qu’il s’est suicidé. Mais depuis l’arrivée du président Macri au gouvernement, le pouvoir judiciaire a changé de position : selon la Gendarmerie qui a repris le dossier, « le procureur a été assassiné par deux hommes ». Pour le moment, elle n’apporte aucune preuve ni indication du comment et par qui. On attend donc les preuves.

Cristina Kirchner, « traître à la Patrie » ?

L’accusation est forte. En droit, la trahison est un terme utilisé en période de guerre pour « collusion avec l’ennemi ». Le juge Bonadio accuse les fonctionnaires qu’il a fait arrêter de « collaboration avec l’ennemi ». Lorsqu’on lui fait remarquer que l’ancien secrétaire-général d’Interpol, Ronald Noble, a déclaré devant la justice que le gouvernement Kirchner n’a jamais demandé la levée des alertes rouges, Bonadio répond que « Noble a collaboré aux actes de dissimulation » du gouvernement Kirchner… Du côté de l’ancien gouvernement, on maintient le cap : le Mémorandum, voté et soutenu par le Congrès, était destiné à faire avancer un dossier immobile depuis au moins 10 ans. Pour le gouvernement actuel, il s’agissait de protéger les assassins… Plusieurs autres personnalités du gouvernement Kirchner viennent d’être arrêtées sur les mêmes accusations. Députés et sénateurs s’étaient donc si profondément trompés lorsqu’ils avaient voté l’accord ? Sont-ils tous coupables de trahison également ?

Le juge Rafecas accusé de « fraude »

Après le décès du procureur Nisman, le dossier de ses accusations est remis au juge fédéral Daniel Rafecas. Celui-ci décrète « qu’il n’y a, dans les écrits du procureur Nisman, rien qui entre dans le cadre d’une action pénale », et classe le dossier. Sa décision est validée par la Chambre Fédérale de justice puis par un procureur de la Chambre de Cassation. Aujourd’hui, Rafecas est convoqué par la Commission de discipline et d’accusation du Conseil de la magistrature, accusé par la députée Elisa Carrió, proche du président Macri, et par le parti officiel Cambiemos de « sentence frauduleuse, de contenu politique » ! Le juge réplique qu’il a « jugé en tant que magistrat et qu’il ferait de même si c’était à refaire car une décision politique n’est pas un délit ».

Et maintenant ?

La demande de levée de l’immunité parlementaire effectuée par le juge Claudio Bonadio doit d’abord être analysée par la Commission des Affaires Constitutionnelles du Congrès. Le sénat doit ensuite se réunir avant 60 jours pour prendre une décision. Pour que l’immunité soit levée, il faut que les deux tiers du sénat l’approuvent. Or le sénat n’étant pas encore constitué, les élections législatives n’ayant eu lieu qu’en octobre dernier, et les congés du pouvoir judiciaire commençant début janvier, l’étude du dossier ne commencera vraisemblablement pas avant mars 2018. Les accusés resteront-ils en prison jusqu’à cette date alors qu’ils n’ont même pas encore été entendus ?

Les réactions

Pour les opposants au gouvernement Macri, « derrière les mesures judiciaires du juge Bonadio se cachent des questions politiques » : il s’agit de détourner l’attention de la population des augmentations gigantesques des tarifs d’eau, de gaz et d’électricité, de la réduction de la pension des retraités, des fermetures d’entreprises, de la mauvaise gestion officielle de l’affaire du sous-marin disparu, etc. Plusieurs analystes dans les journaux argentins dénoncent « la judicialisation de la politique ». Pourra-t-on un jour s’opposer politiquement au gouvernement sans risquer la prison ? se demande le journaliste Washington Uranga.

La vraie question

La question que posent plusieurs analystes, juristes, politiques et militants est la suivante : le pouvoir judiciaire peut-il transformer des décisions de politique gouvernementale approuvées par le Congrès national en délit de « trahison à la Patrie » menant à des peines de prison ? C’est tout le fondement de la démocratie qui est en jeu…

Jac FORTON

« Le Chili veut des changements. Écrivez-le en majuscules » : Beatriz Sánchez révolutionne la politique du pays

Sept mois lui ont suffi. Après avoir fait l’une des carrières politiques les plus brillantes des dernières décennies au Chili, Beatriz Sánchez est passée du journalisme à la politique et a remporté 20 % des voix en tant que candidate à la présidence du Frente Amplio, la nouvelle coalition politique de gauche qui, après les résultats du premier tour, est passée de 2 à 20 députés et a élu son premier sénateur.

Photo : Frente Amplio

Avec un style direct, reconnaissant qu’elle « ferait toujours attention à ne pas être à proprement dit politique », Sánchez a fait face à une campagne difficile qui a été menée dans l’ombre des sondages et de la plupart des analystes chiliens, qui avaient de manière générale affirmé qu’elle ne réaliserait pas plus de 10 %. Dans les urnes, ce nombre a été multiplié par deux et a presque atteint le score d’Alejandro Guillier, le candidat qui représente plusieurs partis du gouvernement de Michelle Bachelet. Lors du second tour le 17 décembre, il fera face à l’ex-président Sebastián Piñera qui a quant à lui remporté 36 % des voix et que beaucoup de sondages donnent gagnant. Bien qu’elle ne soit pas arrivée au second tour, Sánchez incarne les espoirs d’un électorat qui a tourné le dos aux partis traditionnels chiliens. Son poids politique pèse désormais sur le choix du prochain président du Chili.

Quels sont les objectifs de Beatriz Sánchez et du Frente Amplio ?

« Vivre plus heureux », répond l’ancienne candidate à la BBC dans l’une des salles de réunion utilisée pendant sa campagne ; un lieu sans fioritures, où les jeunes circulent en shorts et en sandales. Sur l’un des murs on peut lire son nom écrit en papier avec des lettres de couleur. « Je connais la société dans laquelle je vis, je ne me fais pas d’illusions et je ne veux pas non plus transformer la société. Ce que je dis, ce que nous cherchons, c’est que cette société agite nos drapeaux par bon sens. Nous voulons que les gens comprennent qu’un système de retraite individuel ne donnera jamais de bonnes pensions et que ce qu’il faut faire, c’est que chacun apporte ce qu’il a ou ce qu’il peut et qu’il reçoive ce dont il a besoin. Nous voulons que la liberté de choix des individus soit respectée. Parce que cette liberté de prendre des décisions aujourd’hui n’existe pas. Si nous avons une inégalité structurelle, si dans une ville comme Santiago, je peux voir quelle vie va avoir une personne, selon la commune (la municipalité) où elle est née, de quelle liberté parle-t-on ? Nous voulons que les opportunités soient les mêmes pour tous afin que chacun ait réellement la liberté de tracer son propre chemin. »

Vous avez canalisé un mécontentement qui existe au Chili et dans d’autres parties du monde. Qu’est-ce qu’il y a de commun dans ce mécontentement ?

« Je pense qu’il y a un mécontentement selon la réalité de chaque pays, mais il se passe quelque chose au niveau mondial. Ce n’est pas un hasard si les différents mouvements se sont élevés contre l’écart qui existe entre ceux qui prennent les décisions et ceux qui les vivent. Je pense qu’il y a une forte déconnexion entre les gens qui sont au pouvoir et ce que les gens vivent. Cela s’observe dans le monde entier et au Chili. »

Avant le 29 novembre prochain, Beatriz Sánchez annoncera si Guillier pourra compter ou non sur le soutien du Frente Amplio, la coalition qui l’a portée comme candidate, et qui est composée d’anciens leaders étudiants et des secteurs de la gauche opposés aux gouvernements formés depuis 1989 par les socialistes, les radicaux, les démocrates-chrétiens et, ces dernières années, les communistes.

« Je ne sens pas maître des votes, je n’y crois pas, je n’y ai jamais cru. Ce que nous allons faire, c’est abandonner une position. Si les membres du « Frente Amplio » ont bien démontré quelque chose au cours de ces mois de campagne, c’est que nous, nous prenons des engagements et nous les tenons. S’il y a eu une organisation politique dans ce pays qui a été responsable, c’est bien nous », dit-elle au sujet de la Nueva Mayoría du gouvernement, qui est apparue divisée lors des élections.

Indépendamment de la décision de sa candidate, le Frente Amplio a déjà annoncé qu’il serait « l’opposition » contre toute nouvelle administration et qu’il n’assumerait aucune charge au sein du gouvernement. Mais il est déjà présent au Congrès et Sánchez elle-même continuera en politique, bien qu’elle n’ait pas encore décidé de quelle manière.

Comment ferez-vous lors de votre arrivée au pouvoir pour ne pas tomber dans les travers de l’élite que vous critiquez ?

« Nous devons prendre conscience qu’il ne faut pas y tomber. Les politiques publiques doivent être faites comme si un individu était l’objet de cette politique publique. Il faut faire les choses avec amour et, aujourd’hui, c’est quelque chose qu’on a perdu. Nous avons fait un travail de campagne très intense dans la rue, pas sur scène ; nous avons décidé de nous regarder dans les yeux. J’ai distribué les flyers car j’aurais aimé qu’ils me soient distribués ainsi. C’est la façon de s’adresser aux gens qui compte : pas depuis un podium en disant je sais ce que vous voulez et je vais vous l’apporter ; ils veulent qu’on écoute ce qu’ils ont à dire. »

« La Béa », comme disent ses partisans, a dépassé de loin les autres candidats indépendants pour la présidentielle et a fait une performance similaire à celle de Marco Enríquez-Ominami en 2009 ; bien que, contrairement à Sánchez, MEO était déjà député et venait d’une famille politique. Enríquez-Ominami s’est représenté cette année mais n’a cette fois obtenu que 5,7 % des voix.

Avez-vous peur de répéter ce processus, d’être un phénomène ?

« Ce n’est pas simple de transformer des mouvements sociaux pour les représenter dans un espace de pouvoir qui a des règles différentes… Il y a des risques, mais je crois que nous pouvons surmonter ce risque, nous allons signaler la limite. Et nous n’allons pas perdre la rue, parce que c’est notre engagement. J’étais très heureuse quand j’ai demandé aux candidats élus s’ils allaient prendre des vacances et qu’ils m’ont répondu que non. Ils sont déjà de nouveau dans la rue, parce qu’ils veulent remercier, rendre visite à tous ceux qui leur ont ouvert leurs portes. Maintenant, bien sûr, il y a toujours le risque que cela se perde. »

Qu’allez-vous faire des différences qui peuvent naître au sein de votre propre coalition ?

« L’une des choses que j’ai apprise, c’est que la politique est profondément humaine, et qu’elle traverse différents états. Je pense donc qu’il va y avoir des tensions entre nous, des visions différentes. Nous avons élaboré un programme participatif et c’était très difficile, mais ce n’est pas une raison pour nous arrêter là. »

Que diriez-vous à ceux qui ne comprennent pas cette volonté de changement dans l’un des pays qui a le plus progressé en Amérique latine, notamment dans le domaine de l’éducation, qui a l’un des taux d’homicides les plus bas… ?

« Que je tiens à souligner tout ce qui a été fait. Je ne méprise pas ce qui a été accompli depuis que nous avons retrouvé la démocratie ; au contraire, je pense que de grandes choses ont été faites, mais nous sommes arrivés à une forme d’ordre social, de pacte social qui sont au point mort, qui ont déjà donné les résultats qu’on attendait. Si maintenant nous voulons continuer à réduire réellement la pauvreté, si nous voulons nous retrouver sur les places publiques et ne pas avoir des places pour les riches et des places pour les pauvres, une santé pour les riches et une santé pour les pauvres, nous devons modifier le pacte. Ce n’est pas pour mépriser ce qui a été fait, ni pour le jeter à la poubelle. Tout ce fantasme de repartir à zéro est faux, on ne part jamais de zéro, personne ne peut tout détruire pour tout reconstruire ; ce que nous voulons, c’est transformer ce qui existe déjà. »

Le candidat Piñera a dit que le Chili « n’est pas le Venezuela, mais… attention »

« J’ai vu que les gens riaient de cette appellation de « Chilizuela » et j’ai pensé que c’était bien qu’il ne prenne pas cela au sérieux. Je pense que cela relève d’une stratégie de la peur. Ils ont dit que le projet de la Nueva Mayoría de Bachelet était d’aller vers le Venezuela, et rien n’est plus éloigné de la vérité. »

Pensez-vous que les sondages ont mal interprété le soutien à Bachelet et à ses réformes, qui ont généralement été très rejetées au Chili, tout comme ils se sont trompés dans les prévisions de votre score ?

« Je crois que les sondages ont parfaitement minimisé l’adhésion des Chiliens à l’actuelle présidente. Mais ce n’est pas cela le plus inquiétant : le plus inquiétant, et cela s’applique également à notre mouvement, c’est la lecture qui a été faite de cette minimisation. Ces enquêtes ont fait dire que les gens n’adhéraient pas à nos idées et que, au Chili, on ne désirait pas de changements. Après les élections, j’ai une vision totalement différente : le Chili veut des changements et cela peut être écrit en majuscules, en gras et avec un point d’exclamation. »

Traduit par Marlène LANDON
D’après un article de la BBC

L’impunité n’est pas éternelle : des pilotes des vols de la mort enfin condamnés en Argentine

Le procès ESMA III, peut-être l’un des plus importants concernant la dictature, se termine sur 48 condamnations. Pour la première fois, des pilotes des vols de la mort étaient aussi jugés. Retour sur les cas Julio Poch et Alfredo Astiz et sur le témoignage de trois survivantes.

Photo : Acosta et Astiz/Leandro Teysseire, Página 12

Le troisième procès pour crimes contre l’humanité commis dans la ESMA, l’École de mécanique de la Marine de guerre, situé à Buenos Aires, a commencé le 28 novembre 2012. La ESMA était un centre de détention, de tortures et d’extermination par lequel sont passés plus de 5 000 opposants à la dictature qui ont ensuite disparu. Cinq ans plus tard, 54 militaires sont jugés pour tortures ou disparition de 789 personnes.  Le premier procès a eu lieu en 2007, le deuxième en 2011. Le troisième procès vient de se terminer sur 48 condamnations.

Les vols de la mort, le récit de trois survivantes

Aéroport de Buenos Aires, portés à bord et jetés vivants à la mer dans le río de la Plata ou l’océan Atlantique. En 1979, Sara Solarz, Alicia Milia et Ana María Martí, trois survivantes de l’ESMA écrivent leur témoignage sur les « transferts » (traslados), un euphémisme pour nommer les vols de la mort : « Les transferts se faisaient les mercredi. On leur disait qu’ils étaient transférés vers le sud du pays. Personne ne savait à qui serait le tour. Les gens devaient rester immobiles, une cagoule sur la tête, une chaîne aux pieds. Les gardes commencent alors à appeler des numéros. Nous n’avions plus de noms, nous étions des numéros. À l’infirmerie, un infirmier leur injectait un produit qui les rendaient somnolents puis ils étaient emmenés en camion. On n’en revoyait jamais aucun… » On sait maintenant que les prisonniers étaient menés à un aéroport militaire, chargés à bord et jetés dans le río de la Plata ou dans l’océan Atlantique.

L’histoire du pilote Julio Poch

Restaurant Gado Gado, île de Bali, Indonésie, décembre 2003. Les pilotes de la compagnie aérienne néerlandaise à bas coût Transavia jouissent d’un congé exceptionnel offert par la compagnie, cette année à Bali. Parmi eux, Julio Poch, un pilote argentin naturalisé hollandais. Lors d’un repas, les pilotes observent à la télévision les préparatifs du mariage de l’Argentine Maxima Zorreguieta avec le prince Guillaume des Pays-Bas. Un des pilotes remarque : « Elle est sympa, dommage qu’elle a le père qu’elle a… ». Le père de Maxima, Jorge Zorreguieta, a été Secrétaire à l’Agriculture durant la dictature. Un autre pilote dit alors : « Parait qu’ils ont jeté des milliers de prisonniers vivants à la mer. Quelle horreur ». Julio Poch s’énerve et raconte que lui, a fait partie de ces vols qui ont jeté des gens à la mer. Geert Geroen, alors chef de Poch ainsi que son collègue Tim Weert racontent :

Tim Weert : Comment as-tu pu faire ça ?
Poch : Vous n’avez rien compris, vous ne savez rien. Comprenez qu’il s’agissait d’une guerre où meurent des gens des deux côtés. C’étaient des terroristes de gauche, ils ne méritaient rien d’autre.
TW : Pourquoi ne pas avoir rendu les corps à leur famille ou à ces Mères qui portent ces pancartes ?
P : Elles auraient dû savoir que leurs enfants étaient des terroristes. On aurait dû tous les tuer.
TW : C’est une façon inhumaine de tuer des gens.
P : Ils étaient drogués.

Extradé vers l’Argentine

Horrifiés, Geert et Geroen dénoncent Poch auprès de la direction qui transmet au Ministère public. Celui-ci écoute les témoignages des présents à Bali et envoie des magistrats en Argentine pour enquêter sur l’existence de ces vols. En 2008, le juge argentin Sergio Torres, en charge du dossier ESMA, demande aux Pays-Bas l’arrestation de Poch en vue d’une extradition pour « détention illégale, torture, disparitions et meurtres » commis pendant la dictature militaire. La justice hollandaise refuse, se prévalant de la double nationalité de Poch. Il faut attendre qu’il quitte les Pays-Bas et soit sur le territoire d’un pays plus « réceptif » ; ce qui arrive lorsque Poch fait escale, en 2009, à Valence en Espagne lors de son dernier vol avant de prendre sa retraite. À son arrivée, il est attendu par des agents du Groupe de Localisation des Fugitifs de la police espagnole qui l’arrêtent. Il est bientôt extradé vers l’Argentine.

Un accusé bien connu en France

Parmi les accusés à la perpétuité, le « Tigre » Jorge Acosta, Ricardo Cavallo et surtout le lieutenant de vaisseau Alfredo Astiz. Connu comme l’ange blond de la mort, Astiz est le militaire qui a arrêté 12 personnes travaillant pour les Mères de la Place de Mai en décembre 1977 dont les religieuses françaises Alice Domon et Léonie Duquet. Toutes disparaissent. Le corps de trois d’entre ces victimes réapparaît plusieurs semaines plus tard sur une plage et sont enterrés dans un cimetière côtier. Ce n’est qu’en 2005 que l’on découvre qu’un de ces corps est celui de Léonie Duquet, probablement victime d’un de ces vols de la mort. En 1990, Alfredo Astiz avait été condamné à la perpétuité par un tribunal français pour ces disparitions.

Un procès historique

Il s’agissait en ce mois de novembre 2017 de juger 54 militaires pour enlèvements, tortures, mort et disparitions de 789 personnes. Les juges ont écouté les témoignages de plus de 800 personnes. Le tribunal a condamné 29 militaires à la perpétuité et 19 autres à des peines allant de 8 à 25 ans de prison. Incroyablement, Julio Poch a été absous… Plus curieux mais si important de nos jours, la sentence ordonne que les journaux Clarín, La Nación, La Razón, Crónica, Para Tí, Gente et La Prensa rectifient les fausses informations que ces médias avaient publié durant la dictature. L’impunité n’est pas éternelle…

Jac FORTON

Pour plus d’information sur les procès en Argentine, voir le site de HIJOS, Hijos e Hijas por la Identidad y la Justicia contra el Olvido y el Silencio (Enfants pour l’Identité et la justice et contre l’oubli et le silence).

Antonio Ledezma, maire de Caracas et opposant de Maduro, fuit le Venezuela

Antonio Ledezma a fui le Venezuela et s’est réfugié à Madrid depuis samedi dernier. Il se trouvait sous résidence surveillée depuis 2015. Le maire de Caracas, en tant qu’opposant majeur au régime de Maduro, a été accusé de conspiration contre le régime et d’association de malfaiteurs. Le fondateur et leader du parti politique Alianza Bravo Pueblo venait d’accomplir un peu plus de mille jours de détention.

Photo : Noticiero 52

Après avoir échappé à la surveillance des services secrets postés devant son domicile, Ledezma, au prix d’un voyage d’environ quinze heures, est arrivé en territoire colombien. Lors de sa course vers la Colombie, il a traversé le pont Simón Bolivar, qui connecte le Venezuela à la Colombie. Ce pont est célèbre pour être traversé chaque jour par des milliers de Vénézuéliens qui cherchent à se procurer des produits de première nécessité et parfois de meilleures conditions de vie.

Arrivé sur le pont, Ledezma est s’est dissimulé dans la foule de personnes qui s’y trouvaient ; il serait passé ainsi sans qu’on ne le remarque en face d’une trentaine de postes de la garde nationale et de la police. En Colombie, il s’est acquitté de toutes les procédures migratoires de manière légale, étant donnée l’absence d’ordre de capture à l’international et de sollicitude formelle de détention. À Bogotá, il a pu embarquer pour un vol à destination de Madrid et a été reçu à l’aéroport par son épouse et ses deux filles. Ce même jour, il a annoncé à la presse qu’il allait s’entretenir avec le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy.

Le Service Bolivarien d’Intelligence National (SEBIN) s’est présenté au domicile de Ledezma ce même jour, ayant eu vent de rumeurs sur sa possible fuite. Cependant, il était déjà trop tard : Ledezma avait pris la fuite cinq heures plus tôt. Les agents du SEBIN ont fouillé son domicile pour comprendre comment ce dernier avait pu s’échapper.

Mariano Rajoy s’est prononcé en faveur de l’opposition au gouvernement vénézuelien et il a souligné la nécessité d’aboutir à une solution démocratique à la crise qui affecte le pays. De son côté, l’ancien maire de Caracas a affirmé son intention de poursuivre la lutte contre Maduro en dénonçant les dérives du gouvernement socialiste à travers le monde. Selon ses propres mots, Ledezma veut incarner « l’espoir de tous les vénézuéliens de sortir de ce régime, de cette dictature ». Il accuse notamment le régime de Maduro d’avoir établi des liens avec des trafiquants de drogue.

Le 1er et le 2 décembre, des discussions entre les membres de l’opposition et le gouvernement dominicain auront lieu en République Dominicaine, dans le but de négocier un accord améliorant les conditions électorales avant les prochaines élections présidentielles de 2018. L’opposition est représentée par une coalition de partis politiques anti-chavistes : la MUD (Table de l’Unité Démocratique), qui comprend le parti de Ledezma. Cependant, les récentes fractures et divisions au sein de la coalition retardent l’aboutissement à un accord majoritaire sur ces questions.

Ledezma est un des opposants incarcérés les plus emblématiques de son pays, aux côtés de Leopoldo López, se trouvant également sous résidence surveillée. L’ancien maire a affirmé à ce titre qu’il avait reçu l’aide de militaires vénézuéliens pour assurer sa fuite.

Karla Rodríguez González

Élections présidentielles au Honduras : les deux principaux candidats au coude à coude et des suspicions de fraude

Alors qu’en 2009, la Cour suprême demandait à l’armée d’arrêter le Président Manuel Zelaya qui prétendait changer la Constitution pour permettre sa réélection, celle-ci autorise aujourd’hui le Président actuel, Juan Orlando Hernández (Parti national de droite), à se représenter ! La lenteur du dépouillement des résultats fait soupçonner des pratiques frauduleuses.

Photo : Salvador Nasralla/Página 12

Le coup d’État de 2009

À l’époque, le Président Manuel Zelaya propose que, à l’occasion des futures élections de novembre, une « quatrième urne » soit mise en place. Cette consultation populaire portait sur la question suivante : « Êtes-vous d’accord pour qu’une assemblée constituante discute de modifications à la Constitution ? ». Il s’agissait de modifier un des articles qui interdit la réélection d’un président ou d’un ancien président. Le Parlement et le pouvoir judiciaire, entièrement contrôlés par la droite, y virent l’occasion de se débarrasser d’un président accusé de « gauchisme », parce qu’il envisageait un rapprochement avec le Venezuela d’Hugo Chavez. Accusé de « traître à la patrie, d’abus d’autorité et d’usurpation de fonctions », Zelaya est arrêté par l’armée au petit matin, mis en pyjama dans un avion militaire et expulsé au Costa Rica ! Pour que les choses soient claires, l’armée arrête également les ambassadeurs du Nicaragua, de Bolivie et du Venezuela. Ceci est vécu en Amérique latine comme un coup d’État.

Un deuxième coup d’État en 2017 ?

Le président actuel, Juan Orlando Hernández (connu sous le sigle JOH), issu du Partido Nacional qui a soutenu le coup d’État de 2009, n’a donc pas pu, selon le même article de la Constitution, se représenter aux élections présidentielles du 26 novembre dernier. La montée de la coalition Alliance de l’Opposition contre la Dictature de Salvador Nasralla (gauche) inquiète la droite. Le président Hernández souhaitant conserver son statut, il lui a suffit de convaincre la Cour suprême de passer outre la loi en vigueur. Tous les rouages de l’État étant contrôlés par sa personne, cette dernière s’est empressée de déclarer que l’article 239 était « inapplicable » concernant les élections présidentielles de 2017 ! Ce tour de passe-passe autorise ainsi la nouvelle candidature du Président sortant. Manifestement, ce qui est un crime pour un président de centre gauche n’en est plus un quand il s’agit d’un président de droite…

Mauvaise surprise pour le président sortant

Il y avait neuf candidats, dont trois seulement avaient une chance de gagner au premier tour : le président sortant Juan Orlando Hernández du Partido Nacional, grand favori de l’élection, Salvador Nasralla du Parti de gauche Alianza de Oposición contra la Dictadura et Luis Zelaya (aucun rapport familial avec l’ancien président Manuel Zelaya victime du coup d’État de 2009) du Partido Liberal très à droite. Le premier bulletin du Tribunal électoral n’était pas encore publié que le Président sortant clamait déjà sa victoire, suivi aussitôt par son opposant Nasralla. Tout le monde crie victoire sauf Luis Zelaya, reconnaissant sa défaite et félicitant Nasralla qu’il déclare vainqueur des élections.

Après les premiers résultats, le silence…

Les premiers résultats donnent Salvador Nasralla devançant Juan Orlando Hernández d’environ cinq points, « une tendance difficilement réversible » selon des observateurs. Les votes dépouillés jusqu’à présent sont ceux émis électroniquement dans les grandes villes comme la capitale Tegucigalpa, ou San Pedro Sula. Restent à dépouiller plusieurs centaines de milliers de votes venant des zones les plus reculées du pays et dont les urnes arrivent lentement par camions à la capitale – ce qui les exposent à toutes les manipulations possibles, dénonce l’opposition.

Une lenteur suspecte

La lenteur du dépouillement éveille les soupçons. La sociologue Mirna Flores, de l’Université Nationale, a confié au journal argentin Página12 que « les citoyens ne croient plus dans les institutions : une Cour suprême qui approuve un candidat contre la Constitution et un Tribunal Électoral qui accepte une inscription illégale… Et maintenant, tant de temps pour compter les votes. Les citoyens croient que se prépare une fraude électorale » pour que gagne le président Hernández. Le fait que les ordinateurs du Tribunal électoral (TSE) soient tombés plusieurs fois en panne, dont une fois pendant plus de cinq heures, inquiètent avec raison les électeurs de Nasralla. Vendredi 1er décembre au matin, le TSE annonçait que le gagnant était le président Hernández par une très étroite marge de 1 %. Les électeurs de l’Alliance sont immédiatement descendus dans la rue pour crier à la fraude. Salvador Nasralla a annoncé qu’il ne reconnaîtra pas les résultats et exige que les actes de votes soient recomptés devant des observateurs internationaux indépendants « et surtout pas par le TSE ». Le Honduras entre en grave crise institutionnelle…

Jac FORTON

Présidentielles de toutes les surprises au Chili : la droite recule, la gauche avance

La Coalition Chile Vamos du candidat Sebastian Piñera (droite) a gagné le premier tour avec un résultat beaucoup plus bas que prévu, devant Alejandro Guillier de la coalition Nueva Mayoría (centre gauche, au pouvoir) qui devance de deux petits points Beatriz Sánchez du Frente Amplio (gauche). Quasi disparition de la Démocratie chrétienne (DC). Tous les sondages sont faux.

Photo : Tele 13

Sebastián Piñera, Chile Vamos            36,62 %
Alejandro Guillier, Nueva Mayoría         22,70 %
Beatriz Sánchez, Frente Amplio           20,27 %
José Antonio Kast, Indépendant             7,93 %
Carolina Goic, Démocratie chrétienne     5,88 %
Marco Enriquez-Ominami, PRO             5,71 %
Eduardo Artés, Unión Patriótica              0,51 %
Alejandro Navarro, PAIS                        0,36 %

La première surprise est le raté majuscule des six principales agences de sondages qui ont tous leurs chiffres faux. À tel point que certains analystes se demandent s’il n’y a pas eu une campagne organisée : systématiquement donner un candidat largement vainqueur dans les sondages et un autre toujours perdant, a-t-il pu influencer les indécis et ceux et celles qui votent finalement « dans le sens du vent ». Piñera était ainsi systématiquement entre 40 et 45 % et Sánchez ne dépassait jamais les 10 %.

La deuxième surprise est le bas score des candidats des grands partis et les bons scores des extrêmes. À droite, Sebastián Piñera, qui se voyait élu au premier tour, atteint difficilement 37 % au lieu des 45 % prévus, et la coalition au pouvoir de Alejandro Guilier n’obtient que 22,70 %. Par contre, la gauche de Beatriz Sánchez (20,27 % au lieu de 8 % dans les sondages) talonne Guillier et José Antonio Kast (extrême droite), obtient presque 8 % au lieu des 3 % des sondages.

Troisième surprise, l’émergence du Frente Amplio (FA) comme troisième parti national. Béatriz Sánchez devançait même Alejandro Guillier dans plusieurs grandes villes dont Santiago et Valparaiso. Ses 20 % rendent le FA incontournable dans les négociations qui vont se développer. L’indifférence envers les grands partis s’observe aussi dans le nombre d’électeurs qui sont restés chez eux. À peine 47 % d’entre eux sont allés voter…

Autre surprise, la quasi disparition de la Démocratie chrétienne. Faisant normalement partie de la coalition Nueva Mayoría au pouvoir [1], la présidente de la DC, Carolina Goic avait refusé de participer à la primaire de la coalition en dénonçant en juin dernier sa « gauchisation » suite à la nomination par Guillier de Karol Cariola, « esta chica communista » (cette gamine communiste, comme l’appelle Goic) comme son porte-parole. Goic avait alors décidé de se présenter séparément, affaiblissant ainsi la coalition. Avec ses 5,88 % de voix, la DC est balayée de la scène politique. Goic vient d’annoncer qu’elle démissionnait et appelait à voter Guillier.

Le vote en France

C’est la première fois que les 40 000 Chiliens résidant à l’étranger avaient le droit de voter ; une réforme proposée par la présidente Michelle Bachelet en 2016. Les 847 votes émis à Paris donnent le Frente Amplio vainqueur (Sánchez, 355 voix), suivi de la Nueva Mayoría (Guillier, 308 voix) et de Chile Vamos (Piñera, 93 voix).

Issue incertaine au second tour

À droite, Piñera fait la cour à José Antonio Kast, un candidat qui, selon ses propres mots, « aurait volontiers pris le thé avec le général Pinochet ». Il va aussi courtiser un secteur de la DC dont l’aile droite pourrait très bien voter pour lui. Bref, Piñera va devoir se droitiser pour gagner des voix.

De son côté, Guillier aussi a besoin de chercher des alliances. Il a déjà reçu le soutien officiel de la DC et celui d’un autre candidat, Marco Enriquez-Ominami mais il lui faut maintenant convaincre le Frente Amplio. Celui-ci pourrait appeler à voter Guillier si la Nueva Mayoría incorpore d’importantes parties de son programme dans le sien. Anti-néolibéral, il n’envisage cependant pas d’entrer dans un gouvernement Guillier. Bref, celui-ci devra pencher vers la gauche s’il veut gagner. En chiffres, toute la droite réunie pourrait obtenir 45 % des voix, le centre gauche et la gauche réunie approchent les 50 %. Vu le grand nombre d’abstentions et d’indécis, l’incertitude règne dans les deux camps. Sebastián Piñera n’est pas encore président, mais Alejandro Guillier non plus. La clé du résultat final est dans les mains du Frente Amplio et les négociations seront serrées… Second tour le 17 décembre.

Jac FORTON

[1] La Nueva Mayoría est en fait l’ancienne coalition Concertation des Partis pour la Démocratie, issue de la lutte politique contre Pinochet, plus le PC.

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