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Julian Assange le fondateur de Wikileaks est devenu le serpent de mer de l’Équateur

Le lanceur d’alerte Julian Assange a trouvé refuge auprès des autorités politiques de l’Équateur depuis 2012. Cependant, les liens entre le fondateur de Wikileaks et le pays andin semblent s’émietter peu à peu. Entre interdiction d’utiliser Twitter et de critiquer la vie politique équatorienne, l’avocat d’Assange dresse le portrait d’une situation tendue.

Photo : Sputnik France

Le jeudi 18 octobre, l’ancien juge espagnol Baltasar Garzón, avocat de l’entrepreneur Australien exilé à Londres, a reproché la « situation inhumaine » de son client depuis le mois d’août, lorsque l’administration du président équatorien Lenin Moreno a décidé un changement du protocole concernant « les conditions minimales de séjour du demandeur d’asile ». Les autorités du pays andin ont remis à Julian Assange et à ses proches un règlement intérieur, ou « protocole spécial de visite, de communication et d’attention médicale », selon lequel il était « presque entièrement responsable de ses soins personnels, y compris le nettoyage de sa salle de bain et l’alimentation et l’hygiène de son chat, sous peine de confiscation de l’animal. » Ces nouvelles mesures d’«imposition unilatérale » selon Carlos Poveda, l’un des avocats d’Assange en Equateur, visent à affaiblir l’asile accordé à Assange, avec des restrictions « plus sévères que celle d’une prison commune ».

Rappelons que l’affaire remonte à août 2010, lorsque l’Interpol et les autorités suédoises lancèrent des recherches contre le désormais célèbre hôte de l’ambassade de l’Equateur à Londres, accusé d’abus sexuels (viols) commis sur le pays nordique. Après quelques mois, Julian Assage se rend à la police londonienne avec l’intention de coopérer, mais un juge britannique confirme son extradition en février 2011. Assange avait rejeté son extradition vers la Suède, en arguant que ce pays le livrerait aux Etats-Unis, où il risque la réclusion à perpétuité, voire la peine de mort, pour avoir publié de nombreux documents diplomatiques et des secrets militaires détaillant les actions de la Maison Blanche dans différents pays du Moyen-Orient. C’est alors qu’intervient Rafael Correa, et l’un des poids lourds de la gauche sud-américaine, connu par sa position « anti-américaine ». Correa, à l’époque président de l’Equateur, offre l’asile au fondateur de Wikileaks le 19 juin 2012,  et, depuis ce temps, Assage a fait de l’ambassade d’Equateur à Londres une sorte de cage dorée.

Cependant, bien que l’affaire de crimes sexuels soit désormais classée sans suite, depuis mars 2018 l’horizon de l’ex-Wikileaks n’a cessé de s’assombrir, notamment après l’interdiction d’accès à son compte Twitter, lequel ne pouvait être utilisé qu’en cas d’«extrême urgence » pour contacter ses avocats. Cette restriction trouve son origine dans une déclaration publique de Mr Assange. Contrevenant aux ordres des autorités équatoriennes, il a publié sur le réseau social certains commentaires politiques, que Quito considère préjudiciables pour ses relations extérieures.

Cette affaire, digne d’un film d’espionnage, a lieu au moment où l’entreprise Wikileaks est accusée, dans un procès contre le comité démocratique National des États-Unis, d’avoir facilité à la Russie, en 2016, le vol d’informations quant aux dernières élections présidentielles remportées par Donald Trump. Selon l’enquête judiciaire, « 12 espions russes avaient volé des informations de 500 000 votants » ; et ce n’est pas tout : « des articles ont été envoyés dans l’objectif d’influencer le résultat des élections. » Ainsi, pour la justice américaine, la publication de 20 000 e-mails par le site Wikileaks, considéré jadis comme un lanceur d’alerte très sérieux, aurait joué un rôle décisif dans la dynamique électorale en défaveur de la candidate démocrate Hilary Clinton.

A présent, le cas « Assange », est devenu l’enjeu politique du combat déclaré entre l’ex-chef d’Etat Rafael Correa (2007-2017) et l’actuel président Lenin Moreno, tous deux membres du parti Alianza Pais (AP). La relation entre les anciens alliés s’est dégradée lorsque Moreno, qui a été vice-président entre 2007 et 2013, a proposé un référendum constitutionnel pour limiter le nombre de mandats présidentiels, empêchant ainsi Rafael Correa de se représenter aux élections de son pays en 2021. Ce changement de la constitution proposé par le référendum du 4 février, a été approuvé par  la majorité des Équatoriens désireux de tourner la page de l’ère Correa. Or ce dernier, qualifiant Lenin Moreno de « traître » et de « loup aux allures de mouton », a accusé son successeur de se soumettre face aux États-Unis en voulant utiliser ce scrutin pour le marginaliser définitivement.

En attendant la suite, Rafael Correa réside actuellement en Belgique et a été convoqué par la justice, soupçonné d’avoir commandité une tentative d’enlèvement d’un opposant politique en 2012, tandis que la complexité de la situation de Julian Assange cache la véritable intention de l’actuel gouvernement équatorien : se débarrasser de lui, comme le montrent les dernières déclarations de Moreno, qui a qualifié l’exilé australien de « hacker » et de « problème hérité » qui constitue « plus qu’un tracas ».

Eduardo UGOLINI

Un juge péruvien condamne Keiko Fujimori à 36 mois de prison préventive

Une enquête est ouverte sur la leader de l’opposition pour blanchiment d’argent. Le juge péruvien Richard Concepción Carhuancho a condamné le 1ernovembre 2018 la leader de l’opposition Keiko Fujimori à 36 mois de prison préventive, dans le cadre de l’enquête qui se poursuit pour blanchiment d’argent présumé lors de sa campagne électorale de 2011.

Photo : andina-pe

«La cour considère qu’il existe de graves soupçons sur la participation de la coupable présumée Keiko Sofia Fujimori au délit de blanchiment d’argent en sa condition de leader d’organisation créé de facto à l’intérieur du parti Fuerza 2011»a indiqué le juge en soutenant sa décision. Fuerza 2011 est devenu aujourd’hui Fuerza Popular, parti présidé par Keiko Fujimori. Le juge considère qu’il y a suffisamment d’éléments pour suspecter que celle-ci a ordonné aux dirigeants de cette organisation politique le blanchiment de grandes quantités d’argent.

Pour délit de blanchiment d’argent aggravé, la fille de l’ancien président Alberto Fujimori  se trouve face à une éventuelle condamnation d’au moins dix ans de prison. Après avoir lu sa décision pendant plus de sept heures, le magistrat Concepción Carhuancho, titulaire du Premier Tribunal d’Investigation Préparatoire de la Cour Pénale Nationale du Pérou, a justifié la nécessité de placer Keiko Fujimori en détention préventive pour danger de falsification de preuves et intimidation de témoins. Le juge a mentionné dans sa décision les déclarations de témoins qui affirment que Keiko Fujimori a tenu des réunions avec l’ancien juge César Hinostroza, actuellement en détention provisoire en Espagne, afin d’obtenir de celui-ci un traitement de faveur dans les procédures judiciaires auxquelles elle est confrontée.

Hinostroza, accusé d’être à la tête d’un grand réseau de corruption dans la magistrature, présidait la Seconde Cour Pénale Transitoire de la Cour Suprême de Justice du Pérou et pour celle-ci, devait résoudre deux recours présentés par Fujimori afin de classer l’enquête contre le blanchiment d’argent menée par le procureur José Domingo Pérez.

Risque de fuite

Le magistrat a décrété qu’il existe aussi un «grand et intense» risque de fuiteBien que Fujimori fasse l’objet d’une assignation à résidence et d’une interdiction de mener à bien ses activités, il n’a pas prononcé d’interdiction professionnelle mettant en doute que présider le parti Fuerza Popular génère un lien professionnel. De la même manière, il considère qu’une partie de l’argent blanchi par Fuerza 2011 (un million de dollars) provient de l’entreprise de construction brésilienne Odebrecht, qui a payé des pots-de-vin à une douzaine de pays d’Amérique latine afin d’obtenir en échange des chantiers de construction valant des millions.

Giuliana Loza, l’avocate de Keiko Fujimori, a immédiatement fait appel à la décision du juge. Décision qui incluait les 36 mois de détention préventive, durée maximum possible, que le procureur Pérez avait demandés. La décision fut émise alors que, dans une cour supérieure, la récusation présentée par l’avocate de Fujimori contre le juge était encore en suspens. Giuliana Loza considère celui-ci partial pour avoir ordonné trois semaines plus tôt une détention préliminaire de dix jours contre Fujimori et d’autres accusés.

El Periodico (Lima)
traduit par Géraldine GIRAUD

Asile à un ex-guérillero chilien : décision d’un organe indépendant, selon l’ambassade de France

L’Office français de protection des réfugiés et apatrides a agi en «toute indépendance» dans l’octroi de l’asile politique à Ricardo Palma Salamanca, ancien guérillero chilien, a déclaré samedi l’ambassade de France au Chili après les protestations du gouvernement chilien, qui souhaite son extradition.

Photo : Mediapart

Après plus de vingt ans de cavale, l’Ofpra a accordé le 4 novembre dernier le statut de réfugié politique à l’ancien guérillero Ricardo Palma Salamanca dont le gouvernement chilien demande l’extradition afin qu’il soit jugé au Chili pour l’assassinat du principal idéologue de la dictature de Pinochet

Ricardo Palma Salamanca, agée de 49 ans, est un ancien membre du Front patriotique Manuel Rodríguez (FPMR), groupe armée opposant au régime militaire qui avait commencé ses actions en 1983. Il fut condamné au Chili en 1992 pour l’assassinat de Jaime Guzmán, sénateur de l’UDI (parti pinochetiste dont il fut le fondateur) et de deux militaires ainsi que pour la participation dans l’enlèvement du riche entrepreneur Cristian Edwards, fils du propriétaire du journal de droite El Mercurio, en septiembre de 1991. Ricardo Palma Salamanca, en cavale depuis 1996, avait participé aussi à l’attentat frustré du FPMR contre le général Pinochet en 1986.

Qui était l’ex sénateur Jaime Guzmán ?

Le sénateur assassiné Jaime Guzmán fut élu au retour à la démocratie grâce au système binominal contre l’ancien président Ricardo Lagos bien que ce dernier eût obtenu plus de voix. Il fut aussi l’idéologue de la dictature et l’un des principaux conseillers d’Augusto Pinochet entre 1973 et 1990 ainsi que le principal concepteur de la Constitution de Pinochet de 1980. Guzmán faisait partie du groupe paramilitaire d’extrême droite Patrie et Liberté, sans pour autant participer à des actions armées.  Il fut aussi le président entre 1983 y 1987 de l’UDI, parti pinochetiste, là il a battu les bases de son conservatisme sociétal, de la défense de la dictature de Pinochet, de l’ultralibéralisme. Il s’inspirait de thèses de Carl Schmitt pour instaurer un État autoritaire et une économie néolibérale. Il fut la figure de prou de l’opposition à la Concertation pour la démocratie arrivée au pouvoir à la fin de la dictature (mouvement politique regroupant les partis libéraux, démocrates chrétiens, socialistes) jusqu’à sa mort

L’histoire d’une fuite

Le 30 décembre 1996, Palma Salamanca prit la fuite avec d’autres complices de la prison d’haute sécurité de Santiago lors d’une opération spectaculaire organisé par le FPMR depuis un hélicoptère. Dès ce jour, il était recherché par la police chilienne et internationale. Il a vécu sa clandestinité au Mexique avec d’autres compagnons de cavale. Trois mois après sa fuite il a écrit une lettre à sa mère opposant la suivante signature “Richard Kimbal”, le protagoniste de la série Le fugitif. Dans la clandestinité il a écrit deux libres : El gran rescate, où il raconte sa fuite en 1996, et Una larga cola de acero, son histoire au sein du FPMR. Palma vécut au Mexique jusqu’en 2017 comme photographe sous le nom d’Esteban Solís Tamayo , il était en couple avec Silvia Brzovic Pérez.

Le 16 février 2018, l’ancien guérillero fut arrêté en France lors d’une opération d’Interpol. Le juge chargé du dossier l’a laissé en liberté surveillée. Le 10 octobre passé, la Cour d’appel de Paris a reçu et examiné la demande d’extradition du gouvernement chilien. La décision du tribunal ne sera pas connue avant le 12 décembre. Mais, entretemps, le 4 novembre dernier l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a décidé en « toute indépendance » d’octroyer l’asile politique à Ricardo Palma Salamanca et à sa famille. Sur quoi, le gouvernement chilien a protesté auprès de l’ambassade de France à Santiago. La réponse du gouvernement français à travers d’un très bref communiqué a été que dans cette affaire « l’Ofpra est un organisme public qui statue en toute indépendance, dans le cadre de la loi française, concernant les demandes d’asile qui lui sont soumises ».

La demande d’extradition en cause

Le ministre chilien de l’Intérieur Andrés Chadwick (membre de l’UDI) avait rencontré l’ambassadeur français au Chili pour lui faire part du désaccord du gouvernement chilien à propos de la décision de l’Ofpra, tout en enjoignant son homologue français Christophe Castaner à «annuler cette décision», contrevenant selon lui aux normes de la Convention de Genève sur l’asile et la protection. Lors de sa courte visite en France le président de droite Sebastián Piñera a fait savoir au président français Emmanuel Macron que le Chili « souhaitait que Palma Salamanca revienne au Chili pour être jugé pour des délits de terrorisme ».

En effet, la Justice chilienne avait condamné le guérillero à perpétuité sous un procès très contesté. Des intellectuels en France avaient demandé en juillet passé l’asile politique pour Ricardo Palma Salamanca. Dénonçant une sentence dictée dans des conditions inacceptables (sous la torture) et sur la base d’une loi antiterroriste adopté en 1984 sous le régime militaire. La lettre publiée dans le portal ‘Mediapart’ était signée entre autres par la cinéaste chilienne Carmen Castillo, par le socialiste Olivier Duhamel, le juriste Louis Joinet, le sociologue Alain Touraine ainsi que le réalisateur Costa-Gavras. D’autres organisation telles France Amérique Latine ou l’Association d’Ex détenus politiques chiliens en France, avaient signé la demande.

Désormais, l’issue de cette histoire est dans les mains de la Cours d’appel de Paris sur laquelle le gouvernement chilien ainsi que des représentants de l’opposition de centre gauche dont l’ancien président socialiste Ricardo Lagos font pression pour que l’ancien guérillero soit extradé. Cette affaire nous rappelle gardant toute la distance nécessaire, le cas de l’arrestation de Pinochet à Londres où la classe politique chilienne toutes tendances confondues s’est acharnée pour faire en sorte que le dictateur soit renvoyé au pays. Pour les politiques chiliens, donner l’asile politique à Ricardo Palma Salamanca équivaudrait à ne pas reconnaître que le Chili est un État de droit. Mais l’était-il au moment du procès de Palma Salamanca alors que Pinochet était encore commandant en chef de l’Armée chilienne et le retour à la démocratie n’était qu’à ses débuts ? La droite chilienne veut même obliger l’ancienne présidente Michelle Bachelet, aujourd’hui en poste aux Nations Unies à Genève, à se prononcer sur cette affaire.

Le 12 décembre devant la Cour d’appel de Paris : Macron peut difficilement demander au pouvoir judiciaire de décider dans un sens ou un autre, et il ne semble pas possible que la justice française accepte de renvoyer dans son pays ce Chilien qui vient d’obtenir l’asile politique en France. Ricardo Palma Salamanca, et ses soutiens en France et au Chili sont soulagés par la décision de l’Ofpra. Tous rappellent l’actuel réfugié s’était battu contre la dictature quand Augusto Pinochet concentrait encore tous les pouvoirs et régnait sous la terreur même s’il faut le redire l’assassinat de Guzmán a eu lieu au retour de la démocratie.

Olga BARRY

 

 

La difficile situation des Haïtiens arrivés au Chili questionne le modèle d’intégration du pays

Le Chili est depuis le retour à la démocratie une destination d’immigration importante au sein de l’Amérique latine. Mais, alors que la quasi-totalité des nouveaux arrivants était originaire des pays limitrophes (Pérou, Argentine et Bolivie), la situation a fortement changé ces dernières années. Le pays accueille désormais un grand nombre de citoyens haïtiens sur son territoire, ce qui pose de nouvelles problématiques.

Photo : Loop

Une longue file d’attente se forme lentement, aux premières heures du jour, devant un bâtiment du centre de Valparaíso. Seules ou par petits groupes, plusieurs dizaines de personnes attendent dans l’air frais du matin. À sept heures, les portes s’ouvrent enfin et les premiers tickets sont distribués. La salle d’attente du Departamento de Extranjería y Migraciones se remplit extrêmement vite. Une fois tous les fauteuils occupés, on s’assoit par terre. Et on attend à nouveau. La majorité sont de jeunes hommes, des femmes avec enfants, parfois des bébés. Beaucoup d’entre eux sont latino-américains, les autres sont haïtiens.

Cette scène se répète tous les jours et dans toutes les villes du Chili. Ce pays se trouve aujourd’hui confronté à d’importantes difficultés suite à une augmentation rapide du nombre de migrants souhaitant s’établir au Chili. D’après les chiffres du Ministère de l’Intérieur, les Péruviens sont la communauté étrangère la plus nombreuse au Chili, suivi des Colombiens, des Boliviens, des Vénézuéliens et des Argentins. Cette immigration venue d’autres pays du continent sud-américain n’est pas nouvelle et la société chilienne semble aujourd’hui s’être accoutumée à la présence d’autres nationalités latino-américaines sur son territoire. En revanche, les Haïtiens, qui représentent la sixième nationalité d’immigrés au Chili rencontrent d’importantes difficultés lors de leur arrivée. Alors qu’il y a quelques années l’immigration haïtienne était négligeable en nombre d’arrivants, la situation a brusquement changé. Entre 2014 et 2017, le nombre d’Haïtiens arrivant au Chili a augmenté de manière très importante. Aujourd’hui, environ 165 000 Haïtiens vivent au Chili.

La triple discrimination de la langue, de la couleur de peau et de la pauvreté

Tout d’abord, les autres immigrants parlent pour la plupart espagnol, qu’ils viennent de Colombie, du Pérou ou du Vénézuela. À contrario, la plupart des Haïtiens ne parlent pas l’espagnol lors de leur arrivée. Il est pour eux difficile de s’intégrer rapidement dans la société chilienne, que ce soit en termes de logement, de travail ou de relations sociales. Par ailleurs, au Chili comme en France, une partie de la population ne parle que sa langue maternelle. Ainsi, bien que la jeunesse chilienne maîtrise l’anglais, peu de personnes parlent créole ou français, rendant la communication avec les Haïtiens difficile. Pour Line François, de l’Organisation Socio-culturelle des Haïtiens du Chili (OSCHEC), les pouvoirs publics n’étaient absolument pas préparés à l’arrivée d’une population ne parlant pas l’espagnol. Il a fallu beaucoup de temps pour que les pouvoirs publics trouvent des solutions pour pouvoir communiquer avec les Haïtiens. De plus, il y a toujours un manque dans plusieurs régions de personnes formées et pouvant accompagner les Haïtiens dans leurs démarches administratives.

Toutefois, María Emilia Tijoux, sociologue et professeure à l’Université du Chili, considère que «la première barrière que rencontrent les Haïtiens au Chili n’est pas la langue mais la couleur de peau. A partir de la couleur de peau, la langue devient une barrière, mais ce n’est pas la première. […] Mettre en avant la barrière de la langue est un mensonge». Les afro-descendants sont en effet très peu nombreux dans ce pays, l’esclavage n’ayant pas été très important de ce côté-ci des Andes. Pour de nombreux Chiliens, les Haïtiens récemment arrivés sont les premières personnes noires qu’ils rencontrent. Ainsi, les discours racistes, d’ordinaire stigmatisant les personnes aux origines indigènes visibles, s’étendent aux nouveaux arrivants. Comme l’explique Mme Tijoux, «le racisme les met au plus bas de l’échelle sociale. Il y a effectivement un composant raciste classique, qui a pour résultat la traite des Haïtiens comme des esclaves». 

Par ailleurs, la communauté haïtienne connait une discrimination due à sa pauvreté. Pour Carl Abilhomme, installé en Araucanie depuis plusieurs années, les Haïtiens sont confrontés au même rejet que la fraction la plus pauvre de la population chilienne. Faisant écho aux travaux d’Adela Cortina sur l’aporophobie (le rejet des personnes identifiées comme «pauvres»), la situation chilienne est clairement marquée par une discrimination visant les plus modestes, le pays étant par ailleurs un des pays les plus inégalitaires de l’OCDE. Ainsi, les Haïtiens, arrivant sans ressources d’un des pays les plus pauvres du continent, se retrouvent une nouvelle fois marginalisés.

Les immigrés haïtiens ainsi marginalisés sont alors victimes de toutes sortes d’abus, en particulier lorsqu’ils résident irrégulièrement sur le territoire. Plusieurs cas précis ont reçu un écho médiatique ces derniers mois. En juillet, ce sont 300 ouvriers agricoles haïtiens qui ont occupé un terrain à Monte Patria pour obtenir le paiement de leur salaire en retard. Plusieurs autres cas font également état d’Haïtiens exploités par leurs employeurs (nombre d’heures de travail ahurissant, salaire deux fois inférieur au salaire minimum, condition de logement indignes…).

Une nouvelle loi sur  la migration et un « plan de retour » critiqués

Fin octobre, le parlement chilien a voté la loi de migration présentée par M. Piñera. Déjà présenté en 2013, le texte n’inclut aucune des observations faites par la Cour Suprême lors de sa première présentation devant le Parlement. La Cour Suprême mettait pourtant en garde contre des éléments allant à l’encontre des droits fondamentaux. Ainsi, trois points sont particulièrement décriés. Tout d’abord, une fois qu’une personne en situation irrégulière reçoit l’injonction de quitter le pays, il ne dispose que de 48 heures pour faire appel de cette décision devant la Corte de Apelaciones (Cour d’Appel) qui a cinq jours pour statuer. La nouvelle législation supprime la possibilité de se porter ensuite devant la Cour Suprême.

De plus, la nouvelle loi oblige la justice à informer le gouvernement dès qu’une enquête préliminaire est ouverte. Lorsque quelqu’un fait l’objet d’une enquête, la «formalización» permet à la justice de l’en informer. Désormais, le gouvernement en sera informé, que l’enquête disculpe la personne inquiétée ou non. En 2013, la Cour Suprême jugeait que cette modification de la loi «pourrait représenter une violation des garanties constitutionnelles d’égalité devant la loi et de protection de l’honneur et de la vie privée».

Enfin, le cas des mineurs en situation irrégulière pose également problème. Ainsi, les mineurs «peuvent faire l’objet d’une procédure de retour» réalisée par le Sename, (Servicio Nacional de Menores), dont le prestige a été terni par un nombre important de cas de maltraitance et d’abus. De plus, la procédure ne spécifie pas comment le «retour organisé» sera organisé, les conditions dans lesquelles seront détenus les mineurs en attente de leur expulsion et comment seront pris en charge les mineurs victimes de traite humaine ou pouvant obtenir le statut de réfugié.

Le gouvernement de M. Sebastian Piñera a également mis en place le «Plan humanitaire du Retour Organisé». Ce plan consiste à organiser le retour en Haïti, sur la base du volontariat, en échange de la promesse de ne pas revenir au Chili dans les neuf prochaines années. Pour Rodrigo Ubilla, sous-secrétaire de l’Intérieur chargé de ce plan, il s’agit de fournir aux Haïtiens souhaitant retourner à Haïti un voyage «digne». Selon les partisans de ce plan, plusieurs milliers d’Haïtiens sont volontaires et entre 15 et 18 vols, effectués par des avions de l’armée, sont prévus.

Toutefois, ce plan semble profiter d’un flou autour des personnes à qui il est destiné. En effet, selon l’OSCHEC, il s’agit «d’une forme de déportation», argumentant que la pression de la PDI (Policia De Investigación), qui a augmenté le nombre de contrôle d’identité et les procédures d’expulsion, ne laisse pas de choix aux Haïtiens. D’après le maire de la commune de Estación Central, un premier avion de 150 places est déjà plein et le gouvernement devrait bientôt annoncer la date de départ. Les personnes volontaires, selon un sondage du journal El Mercurio portant sur cent personnes, se sont inscrites principalement parce qu’elles ne trouvent pas de travail (66 cas). Le journal avance également comme raison du départ la difficulté d’adaptation, notamment au climat. Il faut néanmoins prendre ce sondage avec prudence, puisqu’il porte sur un très petit nombre de personnes et que le journal revendique une ligne éditoriale clairement conservatrice.

Le Chili est ainsi soumis à une pression migratoire qui va croissante, et il est à craindre que les troubles sociaux, politiques et économiques du continent aggravent la crise migratoire. Par ailleurs, cette crise risque également d’aggraver les divisions déjà existantes au sein de la société chilienne. Enfin, les solutions apportées pour le moment à cette crise soulèvent au moins deux problématiques. En effet, il s’agit d’une part de bâtir un nouveau cadre législatif remplaçant la loi obsolète, avec tous les débats que cela comporte sur la politique d’immigration. D’autre part, le pays ayant été un pays d’émigration (en particulier sous la dictature), la société chilienne va devoir trouver un modèle d’intégration possible qui jusqu’à présent n’avait pas été réellement nécessaire.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

WWF publie son rapport annuel : « Planète vivante », règne animal agonisant, terre épuisée

La terre se dirige vers un *burn-out*. La nature se meurt. L’indice planétaire des eaux douces montre une diminution de 83% par rapport à 1970. Le déclin vertigineux des populations d’espèces sauvages – une baisse de 60% en à peine plus de quarante ans – est une illustration sinistre, voire peut-être même l’indicateur ultime, des pressions que nous exerçons sur notre planète. Ce rapport a été repris du site de l’Agence latino-américaine d’information (ALAI).

Photo : WWF

Telles sont quelques-unes des conclusions du Rapport Planète Vivante 2018, publié la dernière semaine d’octobre par le WWF (World Wildlife Fund), une ONG environnementale comptant plus de 5 millions de membres et un réseau mondial actif, présent dans une centaine de pays.

Situation critique, changements drastiques

Ce document, préparé avec le soutien de l’Institut de zoologie de la Société zoologique de Londres, révèle non seulement une radiographie planétaire mais présente également des propositions.Il appelle à définir un nouvel «accord mondial pour la nature et les peuples»… qui aborde les questions cruciales de l’alimentation de la population mondiale croissante, de la limitation du réchauffement à 1,5° et de la restauration de la nature. Il prend comme cadre les Objectifs de Développement Durable, l’Accord de Paris et la Convention sur la diversité biologique, qui devront être évalués et révisés dans les années à venir.

De plus, WWF – de concert avec un consortium de près de 40 universités et organisations de conservation et intergouvernementales – prévoit de lancer un projet de recherche intitulé «Inverser la courbe de la perte de biodiversité». Cette analyse critique, explique WWF, inclura la biodiversité dans l’élaboration de systèmes futurs, nous aidant à déterminer les meilleures solutions globales et collectives et à comprendre les répercussions que nous devrons accepter afin de trouver la meilleure voie à suivre.

Pour WWF, peu de gens ont l’occasion de participer à de véritables transformations historiques. Cette opportunité est la nôtre. Nous avons devant nous une fenêtre d’action qui se referme rapidement et une occasion sans précédent d’entrer dans l’année 2020. Il souligne le grand dilemme encore non résolu : «nous pouvons être les fondateurs d’un mouvement mondial qui change notre relation avec la planète», garantissant un avenir à toute vie sur Terre, ou «nous pouvons être la génération qui a eu sa chance et qui est restée sans rien faire, laissant la Terre disparaître».

Le document, publié le 30 octobre dernier, introduit une importante clarification conceptuelle : l’agenda de la conservation de la nature ne concerne pas seulement l’avenir des tigres, pandas, baleines et toute l’extraordinaire diversité de la vie. C’est beaucoup plus que cela : les auteurs expliquent que «il n’y aura pas d’avenir sain, heureux et prospère pour les habitants de la planète si le climat est déstabilisé, si les océans et les rivières sont épuisés, si les sols sont dégradés et si les forêts ont disparu, le tout dépouillé de biodiversité, ce tissu vital qui nous soutient tous». Un nouveau pacte entre l’homme et la nature signifie assurer une transition vers une société qui neutralise les émissions de carbone, arrête et supprime la perte de la nature, souligne le rapport.

Production mondialisée, consommation effrénée

La critique du système productif mondialisé actuel n’est pas un élément secondaire du Rapport Planète Vivante. Toute activité économique dépend en fin de compte des services fournis par la nature, dont la valeur est estimée à près de 125 000 milliards de dollars par an.

«La consommation humaine effrénée est le moteur des changements planétaires sans précédent dont nous sommes témoins, en raison de la demande accrue d’énergie, de terres et d’eau. Le rapport attire l’attention sur le fait que « seulement un quart de la surface de la terre est vraiment libre de l’impact des activités humaines ». D’ici à 2050, si la tendance productiviste et consumériste actuelle se poursuit, ce pourcentage ne sera plus qu’un dixième de la planète sans impact de l’être humain.»

La réalité des écosystèmes marins et d’eau douce en est un exemple. Depuis 1950, selon le WWF, près de 6 milliards de tonnes de poissons et d’invertébrés ont été extraits des océans. Dans le même temps, des pollutions plastiques ont été détectées dans tous les principaux milieux marins du monde.

Le WWF souligne encore que nous vivons actuellement «la Grande Accélération» – un événement unique durant les 4,5 milliards d’années de l’histoire de notre planète – avec l’explosion démographique et la croissance économique qui ont entraîné des changements mondiaux sans précédent en termes de demande accrue en énergie, en terres et en eau.

Le phénomène est si fort, souligne le document, que de nombreux scientifiques pensent que nous entrons dans une nouvelle ère géologique, l’Anthropocène. Les bienfaits de la Grande Accélération pour l’humanité ont été rendus possibles grâce à la nature. En l’absence de systèmes naturels sains, «nous devons nous demander si le développement humain sera possible dans le futur».

World Wildlife Fund

https://www.alainet.org/fr/articulo/196297

Décès d’Ana González de Recabarren, infatigable militante chilienne pour la justice et la vérité

Ana González de Recabarren s’est éteinte le vendredi 26 octobre à l’âge de 93 ans. En avril 1976, sa vie bascule lorsque disparaissent son mari, Manuel, ses deux fils, Luis Emilio et Manuel Guillermo, et sa belle-fille, Nalvia, alors qu’elle était enceinte. Arrêtés et torturés par la DINA (Direction nationale du renseignement), ils n’ont jamais été retrouvés. Leurs noms ont rejoint la liste macabre des 1210 detenidos-desaparecidos du Chili.

Photo : El Desconcierto

Dimanche après-midi, ils étaient des milliers dans le cimetière de Ricoleta pour rendre un dernier hommage à «Anita». Brandissant son portrait, des gamins sur les épaules ou un œillet à la main, la foule est émue aux larmes en scandant «Compañera Anita : Presente !». Militante du combat pour la justice, Ana González de Recabarren est devenue l’une des principales dirigeantes de l’association des familles de disparus, a participé à une grève de la faim et à de multiples actions pour exiger la vérité afin que «les générations à venir sachent ce qui s’est passé au Chili».

Mariano Puga, prêtre ouvrier de Santiago, salue une sœur qui était aussi pour beaucoup «une mère, une grand-mère, une amie», avant d’entamer Venceremos, l’hymne de l’Unité populaire, à l’accordéon. «Elle incarnait la femme qui ne renonce jamais. Elle a cherché toute sa vie ses proches les plus chers, sans jamais se fatiguer. Ni la douleur ni les peines n’ont eu raison de son sourire éternel» confie Tatiana Cordova, une habitante de Puente Alto.

Comme le rejeu d’une faille mémorielle qui traverse en profondeur la société chilienne, la mort d’Ana González met en évidence la revendication d’un droit à la justice et à la vérité face aux crimes commis pendant la dictature militaire du général Pinochet. À la suite d’Ana González, les familles réunies au sein de l’Agrupación de Familiares de Detenidos Desaparecidos (AFDD) poursuivront ce combat. Comme un ultime message de cette infatigable militante des droits de l’homme, une banderole placée à l’entrée du cimetière rappelle que «La seule mort, c’est l’oubli».

Thomas LALIRE

La démocratie prophétique de Jair Bolsonaro élu nouveau président du Brésil

Toutes sortes de qualificatifs ont été donnés à Jair Bolsonaro, président brésilien élu le 28 octobre 2018. «Extrémiste de droite» est le plus commun. Mais «fasciste» est l’attribut le plus souvent utilisé par ses adversaires les plus résolus. Les autres préfèrent recourir à des noms d’oiseau moins rudes, «démagogue», «populiste» et parfois «illusionniste».

Photo : TV Globo

Chacun de ces termes révèle une part d’inquiétude et de préoccupations démocratiques s’appuyant sur les déclarations faites par le candidat du PSL (Parti social libéral). Démagogue, extrémiste de droite, illusionniste, populiste, sans doute l’est-il, et sans doute tout à la fois. Mais ces mots abstraits se recoupent et se recouvrent mal. Même si tous renvoient à un potentiel liberticide. Jair Bolsonaro est partiellement tout cela. Mais il est aussi autre chose. Ses propos tiennent le cordon qui permet d’enfiler les différentes menaces politiques qui taraudent démocrates brésiliens et du monde. La question posée est de trouver le fil de ce récit à fort potentiel liberticide.

Quel est le lien entre ses propositions sécuritaires, sa critique des quotas en faveur des personnes noires, sa dénonciation de la pensée marxiste et gramscienne, l’annonce d’une révision à la baisse des politiques sociales, ses propos homophobes et misogynes, sa défense des valeurs familiales et de l’enfance, qui serait menacée de sexualisation précoce ? Sans doute n’a–t-on pas prêté une attention suffisante au référent conducteur de son programme de gouvernement et à son style de campagne électorale.

Le référent fondateur est explicitement biblique. «Dieu», est-il écrit en haut de la première page de son programme, «est au dessus de tout». Et en bas, il y a une citation tirée de l’évangile de Jean (Jean 8:32) : «Et vous connaitrez la vérité et la vérité vous libèrera.» Ce sont aussi les premiers mots qu’il a prononcés à l’annonce de sa victoire, dimanche 28 octobre au soir : «Vous connaitrez la vérité et la vérité vous libèrera. Je n’ai jamais été seul, j’ai toujours senti la présence de Dieu

Ce Dieu est celui de la variante pentecôtiste de l’évangélisme. Né catholique, Jair Bolsonaro s’est ressourcé, au propre comme au figuré, dans les eaux du Jourdain le 12 mai 2016. Ce jour-là, un pasteur de l’Assemblée de Dieu, Everaldo Pereira, président du parti social-chrétien, l’a baptisé une nouvelle fois, puisqu’il était déjà catholique depuis sa naissance. L’ex-capitaine a intégré dans ses équipes de campagne une batterie de pasteurs porteurs de valeurs et de méthodes simplistes et redoutablement efficaces. Détenteurs d’une vérité présentée comme unique et absolue, ils refusent toute forme de dialogue interreligieux. Ils prônent la recherche individuelle du salut passant par la voie terrestre de la richesse et de la santé. Ils diffusent cette théologie dite de la prospérité sur un mode prosélytiste envahissant, fait de mots simples sollicitant la participation chantante des fidèles. Mais aussi leur présence dans les groupes d’amis de Whatsapp et autres Facebook.

«Inspiré» par Dieu et ses disciples pentecôtistes, Jair Bosonoro a fait une campagne prophétique. Il a diffusé le Verbe, son programme, Bible en main, «sacralisant», ses propositions relatives à la «famille» et «la propriété privée». Prophète, il n’avait pas à débattre avec des adversaires, vecteurs de fausses vérités. Il avait à les dénoncer. Via Twitter et Whatsapp, suivant la voie des évangélistes qui diabolisent les autres confessions, il a voué aux gémonies le parti des travailleurs, la gauche, taxés de «communistes», «socialistes», «idéologies perverses».

Bible d’une main et Constitution de l’autre, Jair Bolsonaro, fort de l’onction de bulletins de vote, assimilés à des prières «illuminant le chemin» du Brésil, a prêté «serment devant Dieu» le 28 octobre au soir. Ce qui laisse augurer une pratique démocratique arbitrée in fine par Jair Bolsonaro au nom de Dieu. Il a vaincu dans les urnes, «grâce à Dieu». Dieu, garant suprême de la Constitution, est ainsi institué en quatrième pouvoir de la république brésilienne, et Jair Bolsonoro en serait le Pasteur représentant le Sauveur «éclairant» la communauté. Dure réalité pour les opposants, hérétiques potentiels, susceptibles de passer par la case Inquisition.

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Mario Sandoval, l’ex-policier franco-argentin de la dictature, sera extradé

Le gouvernement français a autorisé l’extradition vers l’Argentine de l’ex-policier franco-argentin Mario Sandoval. Ce dernier est mis en cause dans la disparition de l’étudiant Hernan Abriata, pendant la dictature, a appris mercredi l’AFP auprès d’avocats au dossier. Après un long bras de fer judiciaire, le premier ministre, Édouard Philippe, et la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, ont signé le décret autorisant l’extradition de cet homme de 65 ans exilé en France après la chute de la junte. Nous reproduisons ici un article de la Tribune de Genève.

Photo : ACAT France

Cet ancien fonctionnaire, dont la justice argentine réclame l’extradition depuis 2012 pour son implication présumée dans l’enlèvement et la disparition d’un étudiant en octobre 1976, a formé un recours devant le Conseil d’État, selon les avocats. «Ce recours n’est pas suspensif, mais il est d’usage républicain que l’État ne procède pas à une extradition avant l’examen du Conseil», qui doit se prononcer dans les prochains mois, a expliqué Me Jérôme Rousseau, avocat de M. Sandoval.

Français, mais

Mario Sandoval a obtenu la nationalité française en 1997, ce qui n’empêche pas son extradition, car il n’était pas français à l’époque des faits. L’Argentine le soupçonne d’être mêlé à l’enlèvement et la disparition le 30 octobre 1976 d’Hernán Abriata, étudiant en architecture qui fut détenu à l’École de mécanique de la marine (ESMA). Quelque 5000 personnes passées par ce centre de torture de la dictature argentine (1976-1983) ont disparu, souvent jetées depuis des avions dans le Rio de la Plata.

Tortures et séquestrations

Si l’Argentine soupçonne M. Sandoval d’avoir participé durant cette période à plus de 500 faits de meurtres, tortures et séquestrations, le dossier Abriata est le seul sur lequel elle s’appuie pour demander son extradition car elle dispose d’une dizaine de dépositions l’impliquant. En mai 2014, la Cour d’appel de Paris avait émis un premier avis favorable à l’extradition, cassé en février 2015 par la Cour de cassation. À son tour, la Cour d’appel de Versailles avait donné un avis positif en octobre 2017.

Un dernier pourvoi avait ensuite été rejeté le 24 mai. La plus haute juridiction française a estimé que l’étudiant n’étant pas réapparu depuis 1976, la prescription de la séquestration n’a pas commencé à courir car l’infraction n’avait pas pris fin de manière certaine. «Après 45 ans de lutte, la famille d’Hernán Abriata, et en particulier la mère de la victime, Beatriz, âgée de 92 ans, espèrent que cette dernière épreuve permette que Mario Sandoval réponde enfin des crimes contre l’humanité que la justice de son pays lui reproche», a réagi dans un communiqué l’avocate de l’État argentin, Me Sophie Thonon-Wesfreid.

D’après La Tribune de Genève

Rencontre avec des Mapuches du Chili en tournée à Lyon du 2 au 4 novembre 2018, puis à Paris

Les rencontres avec les Mapuches du Chili ont lieu dans différents endroits en France. Ils seront à Lyon du 1er au 4 novembre, puis à Paris du 5 au 10 novembre. Le samedi 3 novembre à 18 h, les Nouveaux Espaces Latinos, en partenariat avec l’association Départs, sont heureux de recevoir quatre Mapuches du Chili venus partager, le temps d’une conférence, leur culture, leur démarche pédagogique auprès des jeunes générations, leur revendication territoriale et leur situation face à l’attitude répressive du gouvernement chilien.

Photo : Association Départs

Créée en 2003, l’association Départs organise des voyages, prône un tourisme responsable tourné vers l’échange, favorise l’élaboration de projets solidaires en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Ces séjours sont conçus en partenariat avec des structures locales, les accompagnant dans la réalisation de leurs projets éducatifs, de protection de l’enfance, de développement de l’agriculture, etc.  Départs est mue par l’envie de mettre son expérience du voyage solidaire au service des populations locales afin qu’elles deviennent actrices de leur développement.

Les Mapuches (en Mapudungun, langue Mapuche, «mapu» signifie terre et «che» peuple) sont l’un des peuples autochtones d’Araucanie, région centrale du Chili. Ils sont 600 000 sur le territoire chilien, et la plupart vivent à Santiago, la capitale. «Le peuple de la terre» communie avec la nature depuis des millénaires et entend préserver son agriculture traditionnelle, son identité, sa spiritualité mises à mal de longue date. Il lutte avec acharnement pour la restitution de «Nag Mapu», sa terre-mère, dont il ne lui reste qu’une infime partie, la plus importante ayant été cédée au XIXe siècle par le gouvernement aux grands propriétaires terriens et aux colons européens.

Quatre d’entre eux sont conviés à nous entraîner dans leur culture, partager leur quotidien, nous expliquer les dangers qu’encourent leur peuple et leur agriculture ainsi que les enjeux écologiques, économiques et culturels de leur combat. Claudia Alejandra Conuequir Panguilef, enseignante en maternelle, transmet aux enfants la culture et la langue mapuches. Elle est d’autre part engagée dans la préservation des forêts primaires et dans la lutte contre les centrales électriques.

Tisserande, Isabel del Transito Currivil Nahuel a appris cet art avec sa mère et sa grand-mère. Créés à partir de fibres et teinture naturelles, ses tissages symbolisent le lien des Mapuches avec la nature et le cosmos. Parce que la jeune génération oublie parfois ses origines, Hector Kurikeo Melivilu, musicien et sculpteur, a entrepris de lui raconter son histoire, de lui expliquer ses coutumes, ses cérémonies et ses rituels. C’est aussi avec les voyageurs qu’il partage son savoir. Camilo Enrique Mariano Cayupil est machi, homme médecin qui soigne à l’aide de plantes médicinales et d’incantations afin de rétablir l’équilibre du patient, car pour les Mapuches, l’esprit, le corps et l’âme ne font qu’un.

Le vendredi 2 novembre à 12 h 30, les quatre Mapuches seront au Domaine des Grottes, Grange Masson, à Saint-Étienne-des-Ouillères, pour une visite du domaine de Romain des Grottes, vigneron, et des échanges avec les Mapuches, autour d’un pique-nique (chacun apporte nourriture et boisson à partager). Le samedi 3 novembre à 14 h se tiendra une visite du jardin partagé et familial des Fontanières avec son créateur, Frédéric Reynaud, et les quatre Mapuches. Et le dimanche 4 novembre à 16 h se tiendra une conférence-débat à la Ferme des Clarines, Thurigneux, à Saint-Maurice-sur-Dargoire, sur la culture des Mapuches, leur démarche pédagogique auprès des jeunes générations, leur revendication territoriale et leur situation face à l’attitude répressive du gouvernement chilien. Retrouvez tout le programme de la suite de la tournée des Mapuches à Lyon et à Paris sur le site de l’association Départs.

Géraldine GIRAUD

Association Départs : BP 20008, 13350 Charleval – 06 20 74 13 05  – Mail
Nouveaux Espaces Latinos : 4 rue Diderot 69001 Lyon
Renseignements : Frédérique Basset – 06 03 51 94 28

Appel de la Fondation Jean-Jaurès à la solidarité avec le Brésil : la démocratie en danger

Le second tour des élections présidentielles brésiliennes aura lieu ce dimanche 28 octobre, entre Jair Bolsonaro, candidat d’extrême-droite, et Fernando Haddad, du Parti des travailleurs (PT). La Fondation Jean-Jaurès, membre du Comité international pour la libération de Lula et la démocratie au Brésil, parraine l’appel ci-joint appelant à défendre les libertés et les droits humains menacés par un candidat d’extrême droite à l’élection présidentielle.

Photo : Jornal da USP

Jair Bolsonaro, candidat d’extrême droite, part favori pour le deuxième tour des présidentielles brésiliennes le 28 octobre. Avec 46% des suffrages exprimés, il a relégué loin derrière, lors du premier tour le 7 octobre dernier, Fernando Haddad, qui défendait les couleurs du Parti des travailleurs, et encore plus tous les autres, de droite comme de gauche. Le résultat a provoqué un choc émotionnel au Brésil comme partout.

La Fondation Jean-Jaurès est une fondation politique française proche du Parti socialiste qui a pour but de «favoriser l’étude du mouvement ouvrier et du socialisme international, de promouvoir les idéaux démocratiques et humanistes par le débat d’idées et la recherche, de contribuer à la connaissance de l’homme et de son environnement, de mener des actions de coopération économique, culturelle et politique concourant à l’essor du pluralisme et de la démocratie dans le monde».

La Fondation Jean-Jaurès, au nom de ses engagements démocratiques et républicains, vous invite à participer à cette campagne de solidarité «Appel à la solidarité avec le Brésil. La démocratie en danger». Les puissants de l’économie, des finances, de l’agro-industrie, de l’établissement social et médiatique, soutiennent au Brésil un candidat présidentiel, Jair Bolsonaro, qui propose un grand retour en arrière. Un retour vers un Brésil de violences, un Brésil raciste, xénophobe, misogyne, intolérant, inégalitaire, des privilégiés, hier maîtres des habitations et reléguant les esclaves dans leurs cases. 

Le Brésil a reconquis dans la douleur ses libertés après 21 ans de dictature militaire. De 1964 à 1985, les Brésiliens ont vécu tortures, assassinats, disparition, incarcérations, exil, suspension de la liberté d’expression, du droit de manifester, du droit de s’organiser. Jair Bolsonaro fait l’apologie publique de la dictature, de la torture, du viol, du meurtre, de l’intolérance. Plaçant son Dieu vengeur et cruel au-dessus de la démocratie et des hommes, il refuse le débat avec son adversaire du deuxième tour.

L’enjeu du deuxième tour, le 28 octobre, va bien au-delà des étiquettes partisanes. Ce qui est en jeu, ce n’est ni le PT de Haddad et Lula, ni le PSL de Bolsonaro. C’est la liberté, la vie, la sécurité, la dignité, la démocratie. Nous, démocrates français, affirmons : sauver la démocratie brésilienne aujourd’hui, c’est voter sans état d’âme, Fernando Haddad.

D’après Jean-Jacques KOURLIANDSKY
 Fondation Jean-Jaurès 

Liste des signataires :

Maria Laura Arrascada, politologue, Université de Buenos Aires (Argentine) / Manuel Barrientos, coordinateur de la communication, ESMA (Espace mémoire de la dictature) (Argentine) / Gilles Bataillon, directeur d’études, EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales) (France) / Martin Becerra, professeur, Université nationale de Quilmes (Argentine) / Patrick Boursin / Maurice Braud, ancien secrétaire international du Parti socialiste (France) / Pablo José Ciccolella, docteur en géographie, Université de Buenos Aires (Argentine) / Catherine Conconne, sénatrice de Martinique (France) / Agustin Cosovschi, historien, CNRS-EHESS, Collège de France (France) / Nicolas Dallorso, diplômé en science politique de l’Université de Buenos Aires (Argentine) / Suzete de Paiva Lima, présidente de l’association ALMAA (France) / Marc Delepouve, secrétaire général adjoint de la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques (FMTS) / René Dosière, ancien député et membre honoraire du Parlement (France) / Augustine Nelly Dumont, étudiante en master de sécurité internationale et défense (France) / Claire Edey Gamassou, maîtresse de conférences, Université Paris-Est Créteil (France) / Gaspard Estrada, directeur exécutif de l’OPALC – Sciences Po Paris (France) / Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste (France) / Gérard Fuchs, ancien député (France) / Carlos Gabetta, journaliste et essayiste politique (Argentine) / Jean-Marc Germain, secrétaire national à l’International du Parti socialiste (France) / Bernard Graciannette, Ligue des droits de l’Homme (France) / Jean-Pierre Guis, psychologue, ancien maire adjoint du 12e arrondissement de Paris (France) / Jeannette Habel, maître de conférences, IHEAL (Institut des hautes études de l’Amérique latine) / France) / Leonor Harispe, présidente de l’ASPAS (Association Solidarité Provence Amérique du Sud) (France) / Sandra Hernandez, professeure en études hispanophones, Université de Lyon 2 (France) / Jean-Paul Jouanelle, délégué général de Contact-Entreprises / Jean-Jacques Kourliandsky, directeur de l’Observatoire de l’Amérique latine, Fondation Jean-Jaurès (France) / Rouslan Koustiouk, professeur, Université d’Etat de Saint-Pétersbourg (Russie) / Delphine Lacombe, sociologue, chargée de recherche au CNRS (France) / Dinah Kristin Leschzyk, professeur, Institut für Romanistik, Université de Giessen (Allemagne) / Frédéric Louault, professeur de science politique, Université libre de Bruxelles (Belgique) / Maria-José Malheiros, membre du bureau de la FMTS / Jean Mallot, ancien député (France) / Alexandre Minet, coordinateur du secteur International, Fondation Jean-Jaurès / (France) / Ana Natalucci, sociologue, CONICET-UBA (Argentine) / Lamia Oualalou, journaliste et essayiste (Mexique) / Juan-Pablo Pallamar, doctorant en sociologie (Chili) / George Pau-Langevin, députée de Paris (France) / Christine Pirès-Beaune, députée du Puy-de-Dôme (France) / Gabriel Puricelli, vice-président du Laboratoire de politiques publiques (Argentine) / Alejandro Rascovan, doctorant CONICET-Université de Buenos Aires (Argentine) / Luis Rodriguez Aizpeolea, journaliste et essayiste politique (Espagne) / Jean-Michel Rosenfeld, président du Cercle Bernard Lazare (France) / Laurence Rossignol, sénatrice de l’Oise (France) / Oliva Maria Rubio, curatrice d’expositions (Espagne) / Carlos Schwartz, chirurgien (Argentine) / Benjamin Stora, historien (France) / Sophie Thonon, avocate, présidente de France Amérique latine (France) / Eduardo Valenzuela, sociologue, directeur de l’Association Dialogues citoyens (France) / Silvia Vigano, représentante du Parti démocrate italien en Argentine (Italie) / Bernard Wallon, consultant en stratégie de communication (France) / José Eduardo Wesfreid, physicien, directeur de recherches émérite au CNRS (France) / Januario Espinosa, directeur des Nouveaux Espaces Latinos (France) / Marlène Landon, rédactrice en chef des Nouveaux Espaces Latinos (France).

 

 

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