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Le jeu d’échecs des ambassades vénézuéliennes dans le monde diplomatique

Jeudi 16 mai, les derniers activistes pro-Maduro du groupe Code Pink ont été mis en état d’arrestation suite au blocage de l’ambassade du Venezuela aux États-Unis depuis 37 jours. 

Photo : La Vanguardia

Le blocage de l’ambassade a commencé le 10 avril avec un appel à un «collectif de protection de l’ambassade vénézuélienne». La directrice nationale de Code Pink, Ariel Gold, a expliqué depuis son compte tweeter que l’arrestation des quatre activistes était une violation à la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. En revanche, on tient à souligner que le gouvernement américain a clairement montré son soutien au président intérim du Venezuela Juan Guaidó et qu’il reconnaît comme unique ambassadeur légitime à Carlos Vecchio qui a été désigné par Guaidó. En toute logique, le blocage de l’ambassade vénézuélienne est une action qui est hors-la-loi.

Peu de temps après les arrestations, l’équipe de Carlos Vecchio a finalement pu accéder au bâtiment ; «après 20 ans d’oppression, on a réussi à convertir cette ambassade en un symbole de liberté» a avancé l’ambassadeur. De la part du régime, Nicolás Maduro Moros s’est opposé catégoriquement aux arrestations des activistes qui «défendaient» l’ambassade vénézuélienne et que ce blocage respectait les conventions internationales. De plus, Maduro a aussi souligné qu’il va renforcer la sécurité de l’ancienne ambassade américaine des États-Unis à Caracas puisque d’après lui «Le Venezuela respecte les conventions internationales».

Les tensions diplomatiques vénézuéliennes semblent atteindre leur paroxysme. Cela semble être confirmé lorsque le lundi 20 mai l’Unité de délinquance économique et fiscale d’Espagne a procédé à des arrestations pour des blanchiments d’argent de l’entreprise pétrolière vénézuélienne PDVSA en Espagne. Entre les délinquants se trouve Alejo Morodo, un des fils de l’ancien ambassadeur d’Espagne au Venezuela Raúl Morodo durant le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero entre 2004 et 2007.

Les registres policiers montrent que Alejo Morodo et d’autres partenaires ont donné des services consultatifs fictifs en échange d’environ quatre millions d’euros qu’ils ont par la suite blanchis en Espagne. Raúl Morodo n’a pas encore été mis en état d’arrestation à cause de son âge avancé de 84 ans, mais les documents montrent que des nombreux bureaux et maisons de l’ancien ambassadeur étaient utilisés pour blanchir l’argent ; tout semble indiquer qu’il a orchestré l’affaire. Pendant la période où les consultations fictives ont eu lieu, le président de PSVSA était Rafael Ramirez, l’ancien ambassadeur du Venezuela aux Nations Unies qui fait actuellement l’objet d’une enquête pour corruption et détournement de fonds de l’entreprise pétrolière. 

Nicolás OLIVARES PEREDA

Raoni, représentant des indigènes brésiliens, voyage en Europe pour défendre l’Amazonie

Raoni, chef indigène brésilien, visite l’Europe pour trois semaines afin d’alerter sur l’augmentation de la déforestation en Amazonie depuis l’arrivée du président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro.

Photo : Reuters Philippe Wojazer

Le célèbre chef indien brésilien, Raoni Metuktire, reconnu pour le plateau rond qu’il porte à la bouche, passe trois semaines en Europe afin de rencontrer les chefs d’État et le Pape, pour les mettre en garde contre la déforestation. Il vise la collecte d’un million d’euros pour la protection de la réserve de Xingu ainsi que l’achat de drones et d’autres équipements techniques pour en assurer la surveillance. Sa visite a commencé à Paris où il a rencontré le ministre de l’Environnement, François de Rugy, à qui il a offert un bâton pour « assommer ses ennemis ». Il se rendra ensuite après en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, à Monaco pour finalement s’entretenir avec le Pape au Vatican.

Depuis quelques semaines, des braconniers sont arrivés dans la forêt amazonienne au Brésil avec de faux papiers en s’écriant qu’ils venaient de vendre des bouts de terre qui ne leur appartenaient pas. Malgré la réduction importante de la déforestation pendant le mandat de Lula da Silva, les derniers mois ont augmenté de plus de 54%, d’après l’ONG Imazon. Les représentants de plus de 300 tribus se sont rendus fin avril à Brasilia pour protester contre la politique de Bolsonaro, laquelleest une véritable menace pour leurs réserves.

Selon le dirigeant brésilien, les peuples autochtones possèdent beaucoup de terres pour une faible population. Il a d’ailleurs publié un décret dans lequel il désigne le Ministère de l’Agriculture, plus exactement Tereza Cristina da Costa, ministre de l’Agriculture, pour s’occuper des territoires des peuples autochtones, autrefois gérés par un organisme spécial pour la protection des Indiens. Ce décret a pour but de remplacer les arbres par des cultures de soja et du bétail. Cette politique extrême du président a profondément affecté les communautés autochtones leur retirant des attributions en fonction de la démarcation des terres et des licences environnementales à la Funai, organisme public chargé des sujets indigènes.

Raoni rappelle que l’Amazonie est le poumon de la terre, qu’elle capte le carbone et nous donne de l’oxygène. Le cacique du peuple Kayapo a acquis une reconnaissance internationale et il est prêt à défendre les siens, même si cela doit entraîner sa morte. Au Brésil, il y a environ un million d’indigènes qui habitent dans la forêt amazonienne, dont 305 ethnies et depuis la Constitution de 1988, ils bénéficient d’un usage exclusif de la terre. Néanmoins, ils sont de plus en plus menacés par l’expansion de l’agriculture, les extractions minières et la déforestation. Après tout, ce ne sont pas seulement les indigènes qui vont subir les conséquences de la déforestation, mais l’ensemble de la planète.

Andrea RICO

Site Raoni

La crise continue au Nicaragua, le danger pour les opposants reste omniprésent

La crise du Nicaragua continue et le gouvernement d’Ortega est toujours aussi répressif. Depuis avril 2018, la répression a fait 325 morts, et environ 62.000 Nicaraguayens se sont exilés. Jeudi 16 mai, l’un des opposants détenus, Eddy Montes, est décédé suite à un accident.  

Photo : Reuters Oswaldo Rivas

Suite à cette crise qui perdure, le gouvernement s’est engagé à libérer les prisonniers politiques, à restaurer les libertés publiques et à permettre aux exilés de revenir dans leur pays. Mais malgré ces engagements, aucun accord n’est respecté, la crise continue de s’accentuer, ce qui laisse le pays dans une impasse sociopolitique. Socialement, la précarité de la vie quotidienne devient inévitable et insupportable pour les habitants. La malnutrition et la pauvreté continuent de s’étendre. Économiquement, l’effondrement du commerce continue de manière  sidérante. Pratiquement tous les économistes prévoient que le ralentissement ne va que s’approfondir. Au premier trimestre de 2019, la production industrielle a chuté. Le prix de l’essence et le chômage ont augmenté. La stratégie de Daniel Ortega-Murillo est celle de négocier directement avec les représentants des grandes entreprises afin d’éviter une dépression économique majeure. 

En ce qui concerne l’opposition, celle-ci cherche à trouver des alliés pour acquérir la confiance et l’appui de la société nicaraguayenne et ainsi mettre fin à la dictature. Or, lors de manifestations en 2018, des centaines d’opposants au pouvoir de Daniel Ortega ont été arrêtés par les forces de l’ordre puis mis en détention à la prison Modelo. Ce centre pénitencier de haute sécurité, situé à vingt kilomètres au nord de la capitale Managua, a récemment vu l’un de ses détenus mourir lors d’un accident.  

Eddy Montes, un opposant américano-nicaraguayen était détenu dans cette prison depuis des manifestations auxquelles il avait participé en 2018. Jeudi 16 mai 2019, après avoir été blessé au cours d’un «affrontement» avec un membre du personnel de la sécurité, cet opposant de 57 ans est décédé. Selon le ministère de l’Intérieur, l’incident aurait commencé lorsqu’ «un groupe de prisonniers s’est jeté sur le personnel de sécurité et a lutté avec l’une des sentinelles avec la claire intention de lui prendre son arme réglementaire. Au cours de cette lutte, un coup est parti et a atteint le détenu». Le ministre de l’Intérieur, Luis Cañas a annoncé qu’après l’accident, le blessé avait été transféré vers un hôpital où les médecins ont tenté de le réanimer.   

Suite à cette disparition, à Matagalpa, la ville d’ Eddy Montes, des dizaines de personnes se sont rassemblées avec des photos du défunt pour réclamer que justice soit faite. Selon les médias locaux, des forces antiémeutes ont alors été déployées. Concernant la réaction du  gouvernement face à cette tragédie, Luis Almagro, secrétaire général de l’Organisation des États américains, a condamné les événements survenus dans la prison. Il en a profité pour rappeler que le gouvernement nicaraguayen s’est engagé le 29 mars à libérer les opposants détenus dans un délai de 90 jours. 

Eulalie PERNELET 

L’éducation, la clé de la crise du Brésil selon l’ancien président Lula da Silva

L’ancien président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, emprisonné depuis déjà plus d’un an à la prison de Curitiba, offre un deuxième entretien au journaliste Kennedy Alencar de la BBC sous l’autorisation de la justice. 

Photo : France Amérique latine

La thématique invoquée est l’orientation politique actuelle du président Jair Bolsonaro, partisan et défenseur des armes, qu’il devrait davantage centrer sur l’éducation. «Bolsonaro est un dément qui croit que les armes sont la solution au problème du Brésil, alors que la solution se trouve dans les livres et les écoles» déclare Lula dans sa seconde interview. Il continue en exclamant que «Bolsonaro soutient l’État policier, un état armé. Il est malade et croit que le problème du Brésil se règle avec les armes. La solution est dans les livres et les écoles» s’exclame-t-il en révisant les chiffres des gouvernements des Partis des Travailleurs (PT) relatifs à ces questions : 18 nouvelles universités fédérales, 173 campus et presque le double d’étudiants inscrits en licence (entre 2003 et 2014, le nombre d’étudiants est passé de 505 000 à 932 000).

«Si le Brésil veut être respecté, il doit prendre soin de lui-même. Pas par le discours, mais avec la pratique. Au lieu de raconter des âneries, il devrait finir son mandat en créant plus d’universités, en amenant plus d’enfants à l’école et en construisant plus de maisons» ajoute Lula en dénonçant la guerre que le nouveau gouvernement mène contre l’éducation publique pour tenter d’effacer l’héritage des gouvernements du PT. «J’ai l’impression que Bolsonaro n’a aucune idée de ce dont il parle, il ne connaît rien de la politique étrangère ni de l’économie» s’exclame Lula, soulignant que son gouvernement n’a pas de méthode ni de stratégie. 

Il réaffirme son innocence et défie au juge qui l’a condamné en première instance, Sergio Moro, actuel ministre de la Justice de Bolsonaro, à fournir des preuves contre lui. «Montrez une seule preuve contre moi ! Moro est né pour se cacher derrière une toge, il doit faire face au débat maintenant. J’aimerais sortir d’ici et débattre avec Moro en l’invitant à fournir de véritables preuves au sujet des crimes que l’on m’a imputés.»

La défense de l’ex-dirigeant a demandé un recours au Tribunal supérieur de Justice pour l’octroi du bénéfice du régime ouvert après réduction de sa peine de douze à huit ans et dix mois. Lui restant moins de huit ans de peine à purger, la loi brésilienne lui permet l’accès au régime ouvert. «Le recours fait appel à une exécution de la peine au régime ouvert dans le cas où la peine n’est pas révoquée ou l’annulation totale du procès n’est pas acceptée.» D’après une note divulguée par Cristiano Zanin Martins, chef de l’équipe de juristes défendant Lula. L’équipe dénonce également dans le recours la présence d’incohérences, bien que la peine ait été réduite de 12 ans et un mois à 8 ans et dix mois. Elle affirme que le but de ce recours «n’est pas seulement la modification de la peine, mais l’acquittement absolu».

D’après LaRed21
Traduit par Andrea RICO

L’affaire «Riz Vert» a un goût amer pour l’entourage de l’ex-président équatorien Rafael Correa

Les procédures judiciaires en cours impliquent l’ex-juge et conseiller de Rafael Correa, Pamela Martinez, et son assistante Laura Teran Betancourt, dans le cadre de l’instruction fiscale en matière de corruption, de trafic d’influence et d’association illicite. Caisse noire – financements occultes – entreprisse Odebrecht, c’est l’accablante trilogie qui pèse sur le Conseil électoral national (CNE) après la dénonce des «contributions» pour les campagnes présidentielles de Rafael Correa en 2013 et 2014.

Photo : Keystone

La détention préventive de Pamela Martinez et de son assistante a été ordonnée le dimanche 5 mai, à la suite d’un rapport publié par les médias La Fontaine et Mil Hojas. Mme Martinez est soupçonnée d’avoir «géré et partagé» une partie des financements illicites, dont 4, 6 millions de dollars en espèces et plusieurs millions par le truchement de factures de campagne. Selon Fernando Villavicencio, l’un des journalistes chargés de l’enquête, le parti politique Alianza Pais aurait reçu au total 11, 6 millions de dollars en tant que «dons volontaires». Dans ce début de l’affaire «Riz vert» aux conséquences incalculables, les impliqués affirment fermement avoir tout ignoré de ses pratiques et que les informations apportées au bureau du Procureur étaient «fausses». Pour sa part, leur avocat, Gustavo Garcia, a dit qu’il ferait appel «parce que les conditions requises n’auraient pas été remplies». Entre temps, P. Martinez et Laura T. Betancourt ont été transférés au Centre de réhabilitation social de femmes de Latacunga, à Cotopaxi.

C’est le site Mil Hojas qui a mis en lumière, le 2 mai, l’existence de «dons volontaires» avec la révélation d’un courrier électronique reçu par Pamela Martinez. Ce courrier contenait un document intitulé «Recette du riz vert 502», mais au lieu d’une explication sur la manière de préparer un risotto très savoureux, il s’agissait des sommes d’argent versées par plusieurs entreprises, parmi lesquelles la tentaculaire Brésilienne Odebrecht

Rappelons qu’ Odebrecht, premier groupe de BTP de toute l’Amérique latine, est devenu tristement célèbre ces dernières années à cause de ses liens, trop serrés, avec des dirigeants de tous les horizons politiques, dont beaucoup se trouvent aujourd’hui sous l’œil de la justice. Dans le cas de l’Équateur, son représentant Geraldo Pereira de Saouza apparaît dans un échange de mails, avec Pamela Martinez et Laura T. Betancourt, qui attestent d’une étroite relation, donnant au procureur un nouvel élément de conviction dans la cause.

Parmi les perquisitions ordonnées par les juges, dont sept immeubles situés à Quito et à Guayaquil, figure le bureau de l’ex-secrétaire juridique de M. Correa, Alexis Mera qui a assisté à l’audience de formulation des charges dans les tribunaux de Quito, ainsi que l’Avocat général Diana Salazar et Ivonne Proaño, coordinatrice de l’Unité de transparence et lutte contre la corruption et le blanchissement d’argent.

Dans un communiqué officiel, les magistrats indiquèrent que, entre 2013 et 2014, les deux femmes misent en examen «auraient administré et transféré de fonds à travers d’un inextricable système de collecte d’argent en espèces et de factures fictives». Mais les défenseurs de P. Martinez réfutent les charges retenues, ainsi que la prison préventive pendant les 90 jours de la durée de l’investigation, car ils considèrent que la procédure légale n’a pas été respectée. 

En effet, les avocats Edgar Molina et Gustavo Garcia accusent les magistrats de se prononcer sur la seule base des courriers diffamatoires, dont la justice n’a pas établi leur origine. En outre, G. Molina a expliqué que ces courriers ont été obtenus de façon illégale, par la presse, et non sur ordre d’un juge comme cela aurait dû se faire*. Par conséquent, il a qualifié la situation comme un «État d’opinion de Facebook». 

Désormais, si les soupçons de la justice sont avérés, si le scandale des financements de la campagne présidentielle de M. Correa gagne en ampleur, la question qu’on se pose est de savoir qui donnait les ordres à Pamela Martinez. Pour le journaliste Fernando Villavicencio, il n’y a pas de doute, c’est Correa lui-même le patron : dans un entretien à la radio, Villavicencio a déclaré qu’il possède des «documents qui montrent la responsabilité de l’ex-président, parce que Martinez était son assistante, et qu’elle n’était pas autorisée à agir de façon autonome.» 

Par ailleurs, les soupçons de cette association illicite planent sur M. Correa depuis le 11 mars 2017. Ce jour-là, c’était la première fois que le nom de Martinez fut évoqué en relation à cette affaire par Pedro Delgado. L’ex-président de la Banque Centrale équatorienne, et évadé de la justice, avait assuré sur Twitter, depuis Miami, que Mme Martinez était chargée d’administrer l’argent versé par les entreprises lors de la campagne de 2013, et que tout était orchestré sous l’ordre explicite de Rafael Correa.

Eduardo UGOLINI

*Cependant, l’année dernière au Pérou, après la crise politiquedéclenchéepar la démission du président Pedro Pablo Kuczynski (à la suite duscandalede corruption lié àl’entreprisse Odebrecht), c’est grâce à la presse qu’ont été révélés des nouveauxcas de corruption au sein du Conseil National de la Magistrature, l’organisme chargé de nommer et de destituer les juges et les procureurs.

«Sinceramente», la contre-attaque de Cristina Fernández de Kirchner

L’ancienne présidente de la République d’Argentine, Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015), publia le 26 avril dernier Sinceramente, un discours-fleuve de 600 pages où elle est bien décidée à régler ses comptes. Sa parution était restée secrète jusqu’au dernier moment et avait provoqué une véritable tempête médiatique et politique en Argentine.  

Photo : El Político

En moins de deux semaines, Sinceramente devint un véritable phénomène de librairie (il en est déjà à sa troisième réimpression, pour un total de 215 000 exemplaires). Voilà une bénédiction pour le secteur national de l’édition qui pâtit du marasme économique dans lequel se retrouve englué le pays depuis de nombreux mois. C’est précisément dans ce contexte de crise économique brutale et d’une descente vertigineuse de la cote de popularité de l’actuel président Mauricio Macri dans les sondages que Cristina Fernandez de Kirchner décide de signer son retour. Si certains commentateurs voient dans ce livre un lancement de campagne de l’ex-présidente pour les élections nationales d’octobre prochain, sa parution est surtout l’occasion pour CFK, mise en examen dans de nombreuses affaires de corruption, de régler ses comptes avec ses nombreux détracteurs. C’est aussi le moyen pour elle de revenir sur les douze années de gouvernement Kirchner (si l’on comptabilise les années au pouvoir de son mari Nestor Kirchner, de 2003 à 2007). 

Le fond… 

Le livre prend la forme d’un bilan personnel sur les années du couple Kirchner au pouvoir, d’abord dans la province de Santa Cruz et ensuite à la présidence nationale. Les attaques répétées du gouvernement de Mauricio Macri sur l’héritage laissé par cette décennie de pouvoir K l’ayant visiblement blessé, CFK revient en détail sur les nombreuses politiques mises en place lors de leurs mandats. La vision politique «kirchneriste» pourrait grossièrement se résumer par une réactivation de l’industrie nationale par le protectionnisme. Mais aussi par un déploiement de plans sociaux pour les plus démunis et des investissements nationaux importants (aussi bien financiers que symboliques) dans les secteurs des droits de l’homme, de l’éducation, de la recherche et de l’innovation.  

Par cette publication, l’ex-présidente, dont l’image est entachée par de récents scandales judiciaires, entend bien remettre l’Église au milieu du village en y énumérant les nombreux mérites de sa gouvernance. Elle revient longuement sur les politiques de mémoire historique et en matière de droits de l’homme, notamment celles des minorités, avec par exemple l’approbation du mariage pour tous en 2010. Ses soutiens aux secteurs de l’éducation, de la recherche et de l’innovation sont également passés en revue. CFK a notamment soutenu la création de nouvelles écoles et universités, la création du MinCyT (ministère de la Science et de la Technologie) et la création de Tecnopolis (parc pédagogique sur les sciences et la technologie nationale). L’ex-présidente accompagne aussi les efforts de réduction de la «brecha digital» au sein de la population (un programme qui permettait à tous les écoliers de recevoir un ordinateur portable afin de se familiariser avec les outils informatiques). Enfin, elle a aidé au développement des sciences nucléaires et aérospatiales. 

Les mandats du couple Kirchner ont également apporté la création de nombreux plans sociaux, pour certains encore d’actualité. Le plus connu reste sûrement l’AUH (asignacion universal por hijo), sorte d’allocations familiales, qui encore aujourd’hui bénéficie à plus de 2 millions de familles dans tout le pays. D’autres plans, tels que Progres.ar (système de bourses pour pouvoir terminer ses études) et Procre.ar (facilitant l’accès à un logement), sont des mesures phares de leur gouvernement qui restent encore en application. Il n’en reste que le livre manque cruellement d’autocritique sur certains points et notamment sur les difficultés du second mandat de l’auteur. En effet, Cristina Fernandez de Kirchner ne mentionne pas le contexte économique mondial de la première décennie des années 2000. Pendant cette période, le prix pour les exportations de matières premières était très élevé, ce qui rendait en partie possible la mise en place de ces politiques. Elle oublie également son incapacité à désigner un successeur au sein de sa famille politique, ainsi que l’exaspération de nombreux Argentins envers sa personne, qui la jugeaient autoritaire et prétentieuse, lors des élections de 2015.  

Sinceramente est également l’ouvrage du «deux poids, deux mesures», la fameuse «double morale» ou «dobles estandares». Au regard de sa politique intérieure en matière de droits de l’homme, on peut se surprendre de sa fascination pour Vladimir Poutine. Elle n’hésite pas pour autant à encenser cette fascination lors de ses rencontres avec le pape Francisco. Dénonçant l’ambivalence de ses détracteurs, CFK peut parfois avoir recours au même mécanisme. Elle dénonce des institutions internationales, parfois hostiles à sa politique, qu’elle n’hésite pourtant pas à solliciter quand celles-ci permettent d’appuyer son argumentation. Elle dénonce aussi des chiffres utilisés par ses détracteurs alors qu’elle se base sur des chiffres largement contestés de l’INDEC (Institut national de statistiques). CFK est aussi maladroite quand elle définit l’accès aux matchs de la Ligue nationale de football comme un droit de tous les citoyens argentins alors qu’elle ne définit pas la liberté de changer ses épargnes de pesos argentins en dollars.  

et la forme 

Ce double barème s’opère également en matière de style. Notamment quand elle se décrit comme une femme proche du peuple, garante du «nacional y popular», mais s’attarde sur des pages entières consacrées à la décoration de ses nombreuses maisons ou bien sur les hôtels de luxe dans lesquels elle logea en tant que présidente. Car tout d’abord, Sinceramente, c’est un ton, une écriture extrêmement parlée, où l’on retrouve la voix caractéristique de CFK. Son style fait, d’entrée de jeu, fit démentir les commentateurs qui remettraient en doute son implication dans l’écriture de l’ouvrage. On y retrouve également son arrogance notamment lorsqu’elle se prévaut de la récupération du prestige international de l’Argentine sur la scène internationale ou lorsqu’elle retranscrit un dialogue avec Mercedes Marco del Pont, présidente de la banque centrale argentine lors de son second mandat, qui lui conseille d’endetter un peu l’État avant de partir, car le laisser en l’état actuel serait un trop beau cadeau pour son successeur.  

Sinceramente signe le retour de Cristina Fernandez de Kirchner, en tant qu’animal politique, bien décidée à en découdre avec ses adversaires. Ses attaques aux membres de Cambiemos sont en effet redoutables. Mauricio Macri ? «Une personne dure et agressive. Le symbole du chaos, une catastrophe économique et une tragédie sociale. Son ascension au pouvoir se doit au financement des fonds vautours et par le soutien de Cambridge Analytica.» CFK se moque de son vocabulaire, qu’elle décrit comme typique de l’oligarchie, des gens sortis du Colegio Cardenal Newman (un collège catholique où se forment les enfants des grandes familles argentines). Elisa Carrio ? «Une courtisane de province qui cherche à copier l’aristocratie.» Maria Eugenia Vidal ? «La gouverneure virginale.» Guillermo Dietrich ? «Un raciste qui s’étonne qu’un péroniste puisse avoir les yeux bleus.» 

Et puis finalement, le livre est une mine d’anecdotes truculentes. On citera notamment la scène où lors d’une réunion avec Hector Magnetto, directeur du groupe médiatique Clarin, le caniche nain de CFK, Cléo, se met à aboyer sans discontinuer lorsque celui-ci prononce le mot «néolibéralisme». Un peu plus loin, l’ancienne présidente explique que lors de son opération à la tête, elle demanda que l’on vérifie l’identité de son chirurgien, persuadée que celui-ci, étant donné qu’il ne lui avait pas souri, devait être le fils d’un ancien militaire actif lors de la dictature argentine. Son mari Nestor Kirchner n’est pas en reste, notamment lorsque celui-ci refuse d’assister à une soirée de gala tenue par la famille royale hollandaise, car celle-ci a lieu au théâtre Colon, symbole selon lui des classes dominantes et de l’oligarchie argentine.  

Depuis sa parution, nombreux commentateurs de la vie politique argentine voient en Sinceramente une rampe de lancement pour la campagne électorale d’octobre prochain. Il en reste néanmoins que l’ouvrage tient plus du bilan et d’une réponse à ses détracteurs que d’un programme politique en soi. Victime de ce qu’elle décrit comme un «terrorisme judiciaire envers sa personne» et d’une «campagne de diabolisation régionale» (après l’emprisonnement de Lula et les déboires de Rafael Correa avec la justice équatorienne), Cristina Fernandez de Kirchner a décidé de reprendre les armes.  

Elle prend le temps de rappeler à ses lecteurs l’ensemble des politiques progressistes mises en place lors de ses mandats successifs. L’héritage des Kirchner est objectivement impressionnant et marqua une époque dorée pour la gauche latino-américaine en s’inscrivant dans un mouvement régional fort. L’introduction de Sinceramente se termine sur cette promesse de «construire une logique différente, loin de la haine, des mensonges et des revendications. C’est le seul chemin pour récupérer une vie meilleure et un pays qui nous protège». S’en suivent de longs chapitres où elle tire des boulets de canon sur la justice et la presse nationale, alimentant une société argentine déjà fortement polarisée. Cette démarche divise plus qu’elle ne rassemble et ne convaincra que les convaincus. Envisager un duel au sommet entre Mauricio Macri y Cristina Fernandez de Kirchner en octobre prochain serait l’aveu d’un cruel échec dans la rénovation de la classe politique argentine. Mais, au-delà de cela, ceci signifierait un affrontement entre deux camps qui, à la lecture de ce livre, paraissent irréconciliables tant ils sont alimentés par des réalités et des motivations différentes. 

Romain DROOG 

Bilan du festival littéraire Bellas Francesas au Pérou et au Chili

Du 22 au 30 avril 2019 s’est déroulée au Pérou et au Chili la 7e édition du festival littéraire Bellas Francesas. Différentes institutions académiques et culturelles ont accueilli les écrivaines invitées pour une série de rencontres, échanges et animations.  

Photo : Victoria Larraín

La 7ème édition du festival littéraire Bellas Francesas a pris place au Pérou et au Chili. Cette année, le festival a accueilli l’écrivaine et interprète judiciaire franco-hongroise, Nina Yargekov, écrivaine du roman Double Nationalité pour lequel elle remporte le prix de Flore en 2016, ainsi que pour la première fois, une artiste graphique, l’illustratrice Catherine Meurisse.  Les rencontres au Pérou se sont déroulées à Lima mais aussi à Trujillo. Les premiers jours de leur séjour à Lima, les invitées ont pu participer à des rencontres au sein des structures françaises présentes dans la capital : le lycée français de Lima mais aussi l’Alliance Française.

Au Lycée Français de Lima elles ont échangé auprès les élèves de la classe de première sur le thème de la création du personnage, à la fois en bande-dessinée et en littérature. Le soir, elles ont participé à une rencontre littéraire organisée à l’Alliance Française pour une séance de dédicace. Nina Yargekov a également rencontré une classe d’étudiants de l’Alliance Française de La Molina de manière plus informelle pour un échange privilégié.  

Le 23 avril en partenariat avec le ministère de la culture, la maison de la littérature péruvienne, l’Alliance Française et l’ambassade Française, s’est annoncé la première édition du Concours National du Roman Graphique. En tant qu’illustratrice Catherine Meurisse s’est trouvée au sein de l’animation de la soirée. Le concours promeut la formation et la reconnaissance des artistes du genre du roman graphique au Pérou. Elle cherche à développer une nouvelle tradition littéraire et artistique à la portée d’un public divers ainsi qu’à mettre en valeur d’importantes œuvres péruviennes en les adaptant en bande dessinée.  

Plus tard dans la semaine Nina Yargekov et Catherine Meurisse sont sorties de Lima pour aller à Trujillo et Cuzco respectivement et pouvoir visiter les autres Alliances Françaises du pays.  A Trujillo, Nina Yargekov a rencontré des étudiants en traduction de l’Université César Vallejo, et plus tard a fait une intervention à l’Alliance Française de Trujillo sur le thème du bilinguisme et de la créativité littéraire.  

A Cuzco, Catherine Meurisse a participé à une table ronde avec des illustrateurs Cuzquéniens traitant à la fois de la bande-dessinée et du dessin de presse. C’est à cette occasion où l’illustratrice et les participants ont pu discuter et comparer les différentes visions artistiques du Pérou et de la France.  Plus de 300 personnes ont assisté les rencontres organisées lors de l’édition 2019 de Bellas Francesas au Pérou.  

Pour la deuxième partie du festival les auteurs se sont réunies à nouveau pour aller au Chili où elles ont pu visiter Santiago et Valparaiso. Les intervenantes ont été accueillies dans plusieurs université du pays notamment à l’Université Alberto Hurtado, l’Université Catholique du Chili et l’Université de Valparaiso. Les étudiants en art et littérature ont profité de cet échange avec Catherine Meurisse et Nina Yargekov respectivement.  

Le procès artistique a été au cœur de la discussion entre Catherine Meurisse et les étudiants d’illustration de l’Université Catholique du Chili. En discutant sa trajectoire en tant qu’artiste les étudiants ont pu échanger sur ce qu’inspire l’artiste et comment aborder un nouveau projet.  

De l’autre côté l’intervention de Nina Yargekov s’est faite dans le cadre du cours de littérature «Les genres du Moi». Les étudiants en question, avaient analysé en cours les trois premiers chapitres du dernier roman de Yargekov, Double Nationalité. Cela a permis aux étudiants de discuter avec aisance sur l’écriture et comment se crée un personnage de fiction inspiré de la vie de l’auteur en question.  

 Elles ont également été invitées à participer avec les professeurs Paloma Domínguez et Waldo Koza de l’université Catholique du Chili de Viña del Mar à un panel autour du thème «Les formes de l’autofiction». A travers leur parcours professionnel les invités ont pu conseiller et faire découvrir aux étudiants les réalités du métier.  

De plus, l’Institut français au Chili a mis en place une programmation culturelle pour avoir l’opportunité d’échanger avec Catherine Meurisse et Nina Yargekov hors cadre universitaire. La librairie française Le Comptoir et la Bibliothèque du Centre culturel Gabriela Mistral ont été le plateau pour les rencontres avec les autrices. Présentations, conversations, ateliers, dédicaces, ont permis au public de partager et découvrir à fond leurs ouvrages, leur processus créatif et leur travail en tant que productrices d’œuvres littéraires.  

Monica GIORDANELLI

Le groupe des 12 pays latino-américains suit de près la crise vénézuélienne

Le Groupe de Lima est un organisme multilatéral créé à la suite de la déclaration de Lima du 8 août 2017. Depuis cette date, à chaque rencontre du groupe, des représentants de pays américains se réunissent afin d’établir une sortie pacifique de la crise du Venezuela. Lors d’une nouvelle conférence du groupe de Lima, le procès de rétablissement démocratique et de la cessation de l’usurpation a débuté. À cette occasion, les gouvernements de l’Argentine, du Brésil, du Canada, du Chili, de la Colombie, du Costa Rica, du Guatemala, du Honduras, du Panama, du Paraguay, du Pérou et du Venezuela se sont exprimés. 

Photo : Prodavinci

Les chefs d’État de ces 12 pays d’Amérique réaffirment leur soutien complet aux actions entreprises ces derniers jours par le peuple vénézuélien. C’est sous la direction du Président intérimaire Juan Guaidó que ses actions naissent, afin de rétablir l’état de droit dans la République bolivarienne du Venezuela. Des actions qui seront amenées de manière pacifique et qui seront aussi conforment aux normes constitutionnelles. Ces représentants encouragent également Juan Guaidó à poursuivre ses efforts. Pa railleurs, ils condamnent fermement la répression du régime illégitime et dictatorial de Nicolás Maduro qui a de nouveau causé tant de morts, de blessés et de détenus. À cet égard, ils déplorent la désignation de Gustavo González López en tête du Service bolivarien d’intelligence nationale (Sebin), symbole de la violation systématique des droits de l’homme perpétrés par ce régime et qui s’ajoutent aux crimes présumés contre l’humanité par le Procureur de la Cour pénale internationale.

Dans la suite de leurs discours, ils exigent le plein respect à la vie, à l’intégrité et à la liberté de tous les Vénézuéliens, du Président intérimaire Juan Guaidó et de tous les dirigeants des forces politiques démocratiques. Parallèlement, ils réclament le rétablissement des droits politiques et constitutionnels du vice-président de l’Assemblée nationale (AN) Edgar Zambrano et de tous les membres de cette Assemblée, ainsi que la libération immédiate des prisonniers politiques.

En outre, ils exhortent les membres de la Force armée nationale bolivarienne (FANB) à s’acquitter de leurs obligations constitutionnelles au service de la Nation. Ils demandent aussi aux membres de la Cour suprême de justice de cesser leur complicité avec le régime illégitime. Finalement, ils décident de convoquer le Groupe de contact international (GCI) pour une réunion urgente réunissant les représentants des deux groupes afin de chercher une convergence vers le rétablissement de la démocratie au Venezuela. Ils encouragent aussi les autres membres de la communauté internationale, engagés dans cet effort, à s’associer à l’ensemble pour atteindre cet objectif.

Les 12 représentants des gouvernements ne s’arrêtent pas là dans leurs réclamations et expriment leur consentement pour l’appel à la Conférence internationale en faveur de la démocratie au Venezuela. Celle-ci aura lieu à Lima, au mois de juillet, avec la participation de tous les États soutenant le retour de la démocratie dans ce pays. En parallèle, tous soulignent la réalisation du séminaire au Chili, au mois de juillet, au sujet de la transition démocratique auquel participent des dirigeants démocrates vénézuéliens. Plus tard, ils exhortent la communauté internationale, les Nations unies et leur secrétaire général à adopter des mesures claires de protection visant à réduire les conséquences de la crise humanitaire dont sont victimes les Vénézuéliens, et dont la responsabilité d’une telle crise revient exclusivement au régime illégitime de Nicolás Maduro. De ce fait, ils exhortent aussi la communauté internationale et les Nations unies à renforcer la coopération avec les pays hôtes afin d’accueillir l’exode de Vénézuéliens.

À la fin de la conférence, ils continuèrent par réitérer leur appel à la Russie, à la Turquie et à tous ces pays qui soutiennent encore le régime illégitime de Nicolás Maduro pour contribuer au processus de transition démocratique. Le groupe de Lima décide aussi de prendre les mesures nécessaires afin de permettre à Cuba de participer à la recherche d’une solution à la crise du Venezuela. Le groupe affirme aussi vouloir coopérer avec les mécanismes internationaux pour la lutte contre la corruption, le trafic de drogue, le blanchiment d’argent et d’autres délits en vue de combattre la commission de ce type de crimes par les membres du régime illégitime de Nicolás Maduro.

Les représentants du groupe continuèrent par exprimer leur profonde préoccupation devant la menace que représente la protection du régime illégitime de Nicolás Maduro face aux groupes terroristes opérant sur le territoire colombien. À cet égard, ils rejettent toute tentative de déstabilisation de l’institution colombienne, de toute atteinte à la vie et à l’intégrité du président Ivan Duque ainsi que de toute atteinte à la sécurité régionale. Pour terminer leur discussion, ils décident de poursuivre en session permanente et d’organiser la prochaine réunion dans la ville de Guatemala. Ils conclurent en encourageant le peuple vénézuélien à persévérer en luttant, le rétablissement de la démocratie. Enfin, ils expriment reconnaître le courage et le patriotisme des membres des forces armées qui ont soutenu Juan Guaidó dans cette étape cruciale. 

D’après CNN Español
Traduit par Andrea Rico 

Un attentat contre Francia Márquez lauréate du prix Goldman pour l’environnement

«Aujourd’hui, nos leaders continuent de souffrir des violences du conflit armé et nous ne le supportons plus ! Président Iván Duque, sommes-nous condamnés à mourir ici ?» a récemment déclaré Francia Márquez. C’est le fruit d’un processus observé sur plusieurs mois qui éclate en ce début de mai avec l’attentat visant des leaders sociaux de la communauté afro-colombienne de Cauca en Colombie. Ces défenseurs de l’environnement sont sujets à des violences de plus en plus fortes pour leurs revendications sociales et territoriales.

Photo : Guylaine Roujol Perez

L’ascension de complot visible dans le département de Cauca révèle un climat de tension plus général où sont visés plus particulièrement les communautés aux ethnies colorées et les activistes engagés pour faire valoir leurs droits. Le 5 avril 2019, un collectif d’associations de Colombiens de France et d’autres pays d’Europe avait dénoncé à La Haye aux Pays-Bas l’accroissement du nombre de leaders sociaux assassinés pour leur militantisme, exposant ainsi sur la scène internationale la situation alarmante. Le 4 mai 2019, l’Aconc (Association des conseils de la communauté du nord Cauca) s’est réunie dans le but de planifier des négociations avec le gouvernement à la suite de la marche du 10 mars entreprise par les communautés indigènes autour du projet de route panaméricaine. 

Accompagnée du PNC (Processus des communautés noires), l’Aconc a exprimé son soutien comme une «expression valide de la réclamation des peuples colombiens contre un racisme structurel». Les accords et pétitions des communautés noires se répartissent en cinq lignes directrices qui sont le territoire, les ressources pour les systèmes de santé et d’éducation, les droits humains, l’extraction minière et la mobilisation des femmes pour la protection de la terre. Alors que ses membres s’étaient réunis à la Finca de la Trinidad, dans la municipalité de Santander de Quilichao, un attentat a été court-circuité par la présence des agents de sécurité de certains leaders. Ceux-ci ont repoussé l’embryon de ce qui aurait pu être un véritable massacre. L’utilisation de grenades et d’armes à feu contre ces fervents défenseurs des communautés noires du Cauca n’est qu’une démonstration de plus du tonnerre grimpant dans cette région menacée. 

Ce mercredi 8 mai 2019, les membres de l’Aconc se sont réunis une nouvelle fois à Santander de Quilichao en présence des ministres de la présidence de la République afin de réactiver le dialogue et de pointer les 300 accords signés, mais non accomplis depuis 1986. Bien qu’elle se révèle peu concluante, cette réunion a pu réaffirmer la quête de justice poursuivie par la population noire de Cauca.

Francia Márquez, lauréate en 2018 du prix Goldman pour l’environnement (région Amérique centrale et du Sud) prend la parole à ce sujet. Jeune femme à la personnalité affirmée, elle a mis ses études de droit au profit de ses idées en dénonçant l’exploitation minière illégale, la déforestation ainsi que la contamination des eaux au mercure dans sa région. En 2016, elle s’est battue et a obtenu des accords de paix au sein d’une délégation de victimes à La Havane. Elle pointe ici la «négligence du gouvernement» face au «crime humanitaire» qui se perpétue dans la région de Cauca. «Nous vivons dans un pays très dangereux, où pas même le président ne connaît la tranquillité de parcourir le territoire qu’il gouverne. Nous refusons de continuer de voir mourir les leaders sociaux ainsi que les membres de notre communauté. Sommes-nous condamnés à mourir ici ? Je pose cette question au gouvernement. Nous continuons d’avancer et nous continuons de lutter pour un pays en paix», ajoute-t-elle avec détermination.

Marine COMMUNIER

La première interview de Lula da Silva, ancien président du Brésil, depuis son emprisonnement

L’ex-président brésilien de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, parle pour la première fois dans une interview depuis qu’il a été emprisonné pour corruption le 7 avril 2018 à Curitiba au Brésil. Après plusieurs mois de privation de la parole, il a été autorisé à concéder un entretien depuis la prison à deux journaux, Folha de S. Paulo et El País, afin de clamer son innocence.  

Photo : Reuters – Leonardo Benassatto

Pendant une interview de deux heures, Lula se montre calme et sérieux dans un studio à l’intérieur de sa prison, prêt à prouver son innocence. Il se proclame victime d’une mascarade et s’exclame qu’il retournera à la politique dès sa sortie de prison. Revenu sur les conditions de sa condamnation, son parcours et sa vision du Brésil d’aujourd’hui, il s’adresse directement aux journalistes. Lula avait été accusé d’un présumé blanchiment de capitaux et de corruption pour l’achat d’un immeuble. Celui-ci avait été rénové par des contrats avec l’entreprise de construction Petrobras. Plus tard, un réseau de corruption a été découvert, ce qui a conduit à son inculpation et l’a ramené en prison. Toujours avec six procès judiciaires en cours, Lula pourrait être contraint de ne pas en sortir.  

Qu’est-ce qui vous est venu à l’esprit quand vous avez été arrêté et mis en prison il y a un an ? 

«Pendant tout le procès judiciaire, j’étais toujours certain qu’il y avait un objectif central et celui-ci était d’en arriver à moi. Je suis tellement obsédé par l’idée de démasquer Sérgio Moro [le juge de première instance qui l’a condamné et actuel ministre de Justice du président Jair Bolsonaro] et ses amis, et de démasquer tous ceux qui m’ont condamné. Même si je reste emprisonné 100 ans, je n’échangerais pour rien mon orgueil de liberté. Je veux prouver qu’il s’agit d’une farce. J’ai cette obsession, mais je ne ressens pas de haine. Je ne garde aucune rancœur parce qu’à mon âge, lorsqu’on a de la haine, on meurt vite. Vu que je veux vivre jusqu’à 120 ans, je vais travailler dur pour prouver mon innocence.» 

Êtes-vous conscient que vous pouvez rester emprisonné pour toujours ? 

«Pas de problème. Je suis sûr de dormir tous les jours la conscience tranquille. Je suis sûr que ni le procureur Deltan Dallagnol, ni Moro, ni les juges du Tribunal de la 4e région de seconde instance qui ont confirmé la condamnation de Moro et qui n’ont même pas lu la sentence, ne dorment. Une personne de 73 ans comme moi, qui a construit la vie que j’ai construite dans ce pays, qui a retrouvé la fierté et l’estime de soi du peuple brésilien comme nous l’avons fait avec ce gouvernement, ne se livrera pas. Ceux qui sont nés à Pernambuco [au nord-est du Brésil, l’une des régions les plus pauvres du Brésil et lieu de naissance de Lula] et qui ne sont pas morts avant l’âge de cinq ans ne reculent devant rien. Vous ne croyez pas que j’aimerais être chez moi ? Mais cela m’est égal parce que je veux sortir d’ici la tête haute, comme j’y suis entré : innocent. Et je ne peux le faire que si j’ai le courage de me battre pour l’obtenir.» 

Est-ce que vous pensez être acquitté du cas de l’appartement de Guarujá ? 

«Aussi incroyable que cela puisse paraître, oui. Il y aura un jour où les personnes se soucieront des preuves contenues dans le dossier du procès et non des gros-titres de journaux, des couvertures des magazines, ou des fausses informations diffusées. Tout ce que je demande pour l’amour de Dieu, c’est qu’ils me jugent en fonction des preuves. Je suis ici pour faire justice, pour prouver mon innocence comme Moro le sait bien, mais je m’inquiète bien plus de ce qui arrive au peuple brésilien.» 

Au cours de cette année, vous êtes passé par deux moments difficiles : la mort de votre frère Vavá et le décès de votre petit-fils Arthur, qu’avez-vous alors ressenti ? 

«Ces deux moments ont été les pires. La mort de mon frère Vavá et de mon petit-fils ont été effectivement, non, non, non… [il pleure, puis s’arrête]. Parfois je me dis qu’il aurait été plus facile que la mort me frappe moi. J’ai déjà 73 ans. J’aurais pu mourir et laisser vivre mon petit-fils. Malheureusement, ce n’est pas comme ça. Ce ne sont pas les seuls moments qui me rendent triste. J’essaie toujours d’être un homme heureux et j’y m’attache pour que la haine ne prenne pas place, cette rancune profonde. Quand je regarde à la télévision ceux qui m’ont condamné tout en sachant que ce sont des menteurs, j’ai des moments de tristesse. Mais qu’est-ce qui me maintient en vie ? C’est l’engagement avec ce pays, j’ai un devoir envers le peuple. Et je vois l’obsession du moment. Une obsession de détruire la souveraineté nationale, de détruire des emplois, d’accumuler un billion pour quoi faire ? Le ministre Paulo Guedes a dit que la réforme des retraites allait permettre d’économiser un billon de réales. Aux dépens des retraités ?» 

Votre parti a perdu les élections de l’année dernière et l’extrême droite est arrivée au pouvoir avec les votes favorables des électeurs qui appartenaient au Parti des travailleurs (PT). Qu’est-ce que vous pensez de ce revirement vers la droite d’un électorat qui était fidèle à son administration ? 

«Beaucoup de juristes savaient que ma candidature n’aurait pas pu être empêchée. Même emprisonné, je pouvais candidater. J’étais aussi sûr et très motivé pour gagner les élections depuis la prison. Il faut se souvenir que j’ai eu une remontée de seize points dans les sondages depuis la prison, sans pouvoir parler. On a eu des élections atypiques au Brésil. Soyons francs. Le rôle de fausses informations dans la campagne, la quantité de mensonges, la robotisation de la campagne sur internet étaient une folie. Après, c’était un manque de sensibilité des secteurs de la gauche de ne pas se regrouper. Telle était l’erreur de Marina Silva, presque devenue présidente en 2014, qui a obtenu 1% des votes. Je n’avais jamais vu le peuple exprimer tant de haine dans les rues. Je suis au courant, le monde entier est comme ça. La politique est effectivement diabolisée et il faudra beaucoup de temps pour la traiter sérieusement. Je ne m’attendais pas à ce que Bolsonaro résolve le problème du Brésil en quatre mois. Après, avec telle famille, telle folie. Son principal ennemi est le vice-président Hamilton Mourão, pas le PT. C’est-à-dire, c’est fou. Le pays est subordonné à une impossibilité de gouverner. Pour l’instant, il ne sait pas quoi faire, et celui qui applique les lois est le ministre de l’Économie Paulo Guedes.» 

Comment trouvez-vous la gouvernance du Venezuela ? 

«Évidemment, je ne suis pas tout à fait d’accord avec la politique économique du Venezuela, je trouve que c’est une erreur. Mais je suis encore moins d’accord que le Brésil reconnaisse ce gars, Guaidó. Franchement, c’est une honte. On a amené le Brésil au plus bas niveau de la politique extérieure que je n’ai jamais vu. Après avoir eu l’aplomb de dire qu’ils allaient envoyer un camion plein de denrées alimentaires, ils n’ont fait partir que deux camionnettes vides. Chacun ses affaires, il faut que le peuple vénézuélien choisisse librement ses dirigeants. S’ils veulent sortir dans la rue pour renverser le gouvernement, qu’ils sortent ! Mais c’est le peuple qui va renverser le gouvernement du Venezuela, pas Trump.» 

Comment est votre routine ? 

«Je suis seul tout le temps. Je lis, je regarde des films, des séries, des discours, j’assiste aux cours. J’ai suivi un cours sur la guerre de Canudos [conflit d’un groupe de religieux contre l’armée dans l’État de Bahía au XIXe siècle], qui énonce les mensonges racontés par Euclides Da Cunha. J’ai des cours toutes les semaines. Je sortirai avec un doctorat.» 

Si un jour vous sortez d’ici… 

«Je vais sortir et j’espère que vous serez là.» 

Qu’est-ce que vous ferez en premier ? 

«J’aimerais faire un jour un débat dans une université avec Moro et Dallagnol ensemble. Eux avec des notes pleines de mensonges et moi avec ma vérité. Avec une bonne allure, tranquille, beau comme je suis aujourd’hui. Mais, en fait, je veux faire un barbecue, un lard bien cuisiné et prendre un verre. Je le ferai. Soyez patient.»  

D’après El País
Traduit par Andrea Rico

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