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Xénophobie contre les Vénézuéliens en Colombie : Des chaussures devant la parlement…

Les autorités officielles de Colombie promeuvent une campagne contre la xénophobie envers les Vénézuéliens avant que la violence ne s’impose. Leur refuser une allocation au logement, leur lancer des cocktails Molotov et les menacer de mort sont certaines des pratiques qui témoignent d’une xénophobie palpable.

Photo : ACNUR

L’immigration et le grand nombre de Vénézuéliens en Colombie ont entraîné une série d’actions xénophobes qui alertent les autorités colombiennes. Ces actions incluent des agressions verbales aux vendeurs ambulants, le refus d’une location d’une embauche. Il est allégué, entre autres, que les médias sont les principaux véhicules de la peur et de l’incertitude car ils lient criminalité et arrivée des Vénézuéliens. Le directeur général de l’Immigration de Colombie, Christian Krüger, montre son inquiétude en s’exclamant que les Vénézuéliens arrivent en Colombie par la force à cause de la situation économique, sociale et politique du Venezuela ; beaucoup d’entre eux ont été même poursuivis par le gouvernement du président Nicolás Maduro

 Par ailleurs, d’après une étude menée par le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCNUR), les Colombiens ont exprimé beaucoup de messages de haine, de rejet et de peur vers les étrangers sur les réseaux sociaux. L’étude, ainsi, a trouvé des conversations qui généralisent et rendent invisible la situation que le Venezuela endure. Qui plus est, la recherche a montré qu’un grand nombre des Colombiens associent l’arrivée des étrangers avec le chômage, la criminalité, la prostitution et la vente de drogues. « Je suis titulaire d’un permis de séjour spécial et mes papiers sont tamponnés et certifiés. J’ai cherché du travail mais j’ai été humiliée et dénigrée. Je suis venue offrir un meilleur avenir à mes deux enfants, j’ai dû abandonner ma famille en sachant que mon père est malade et que je ne le reverrai peut-être plus jamais et devoir faire face à la xénophobie… Parfois, quand on me demande si je suis vénézuélienne, j’ai envie de dire non, même si mon âme me fait mal » dit une immigrante. 

Ainsi, pour y faire face, différentes chaussures ont été mises devant le bâtiment du Congrès colombien afin de sensibiliser les observateurs et repousser la xénophobie. Ces paires de chaussures représentent les kilomètres que les Vénézuéliens ont dû parcourir pour arriver en Colombie, ainsi qu’une histoire cachée derrière pour réaliser leurs rêves dans ce pays. « L’idée c’est de se mettre à la place de l’autre » dit Daly, un Vénézuélien déjà installé en Colombie depuis six ans. Certaines des chaussures appartiennent aux Vénézuéliens qui ont quitté leur pays à pied, d’autres en meilleur état appartiennent à ceux qui y étaient déjà établis et les ont données aux personnes qui viennent d’arriver. Bien que l’ONU affirme que la Colombie a bien accueilli les Vénézuéliens, il reste encore à sensibiliser contre la discrimination.

Andrea RICO

Le dictateur humilié : les vers du poète David Valjalo dédiés à Augusto Pinochet

Nous traduisons ici un article écrit par l’écrivain chilien Walter Garib, paru la semaine dernière dans El Clarín digital du 9 septembre, à propos d’un libelle grinçant du poète chilien David Valjalo à Augusto Pinochet. Walter Garib avait été invité aux Belles Latinas en 2012 ; il est auteur de romans et journaliste par correspondance.

Photo : Espaces Latinos

En 1974, David Valjalo écrivit un libelle sanglant adressé à Augusto Pinochet. À cette époque, le poète chilien résidait aux États-Unis depuis 1960 et les meutes de la dictature se lancèrent à sa recherche, supposant qu’il vivait au Chili. Pas un recoin du pays ne fut fouillé jusqu’aux sous-sols. L’affrontement du poète au satrape représentait le préjudice le plus grave contre l’image de celui qui tyrannisait le pays, en vertu de l’oligarchie, assassinant opposants et imposant une dictature dont la férocité était assumée. Il y avait des polémiques, mais souvent les mots ont un pouvoir plus mortifère que les armes. En temps voulu, Pinochet a lu la satire acerbe de Valjalo. L’un de ses conseillers civils qui l’accompagnait a signalé des années plus tard que le dictateur grommelait, tapait du poing sur son bureau et menaçait de descendre David Valjalo. Comme le tyran détestait la poésie, l’offense blessa sa vanité. Ici j’inclus l’exemplaire original, posé au-dessus de mon bureau, par les généreuses mains de la poétesse Gloria González Malgarejo. 

Au traître Pinochet

Quand tu voudras dire « petit connard », 
Et que tu voudras ajouter « gros connard », 
Et « assassin » et « pédé », 
Ou changer encore une fois, je préfère « félon ». 
Si tu y penses, au chacal, « grosse merde » ; 
Aux putains et bienheureux, « le coureur de jupons » ;
Hyène famélique au grand crêpe ; 
Cerveau de porc. 
Quand tu voudras dire « fils de pute »
Je recommande le corollaire suivant. 
Deux mots résument tout, 
Dis « Augusto Pinochet » et de cette façon, 
Tu as dit plus que tout un dictionnaire. 

Lautaro del Valle. 

Par précaution, David avait signé la raillerie sous pseudonyme ; cependant, au bout d’un certain temps, on connut son identité. Quelqu’un l’avait envoyé des États-Unis au Chili, laquelle fut reproduite à l’infini de manière clandestine, à savoir en pamphlets, revues, tracts, créant légitimement la paranoïa dans les appareils de répression de la dictature. Et même, des auteurs-compositeurs la mirent en musique. De plus en plus, on voyait des inconnus au siège de la Société des Écrivains, située à un pâté de maison de la place d’Italie de Santiago, qui affirmaient être écrivains néophytes, pendant qu’ils demandaient à voir David Valjalo, car ils désiraient connaître un poète international. 

À cette occasion, la romancière Teresa Hamel déclara : « Jamais nous n’avions vu tant d’écrivains analphabètes pulluler à notre siège ». La dictature n’avait pas voulu fermer la maison de la Société des Écrivains. Ainsi, elle démontrait au monde entier qu’au Chili, la liberté d’expression existait et qu’elle ne poursuivait pas les idées ni la créativité, bien qu’elle la contrôlât jour et nuit. Les taupes, étrangères à la corporation, assistaient toujours aux réunions du mardi. Et dans quel pays existe-t-il la liberté d’expression, suivant cette analyse ? Là où il n’y en a pas, on frappe ceux qui la réclament. Là où elle existe, personne n’y fait attention. 

David Valjalo, les gens croyaient l’avoir vu à plusieurs endroits dans le pays, que ce soit déguisé en prêtre, chanteur ambulant ou vendeur de breloques. On en vint à penser qu’il se cachait en Auracanie, où une maîtresse mapuche l’aurait caché dans des endroits secrets, proches du lac Budi. Même les éventuelles guérillas qui disaient opérer dans le secteur contre la dictature ne disposaient pas d’une telle clandestinité. 

David Valjalo, installé à cette époque dans la ville de Los Angeles, aux États-Unis, de 1960 à 1990, publiait la revue « Littérature chilienne en exil » et jouissait de l’amitié des écrivains de ce pays. La dictature civilo-militaro-patronale n’avait pas éclaté dans notre pays, qu’il avait commencé à organiser des comités de soutien, dont le travail jouissait d’une résonnance internationale. 

Cette histoire est encore d’actualité, à voir comment la poésie, dans notre pays, a démontré sa vitalité croissante au fil dans ans, développant ces formes pour exprimer et chanter la beauté, la joie, la douleur et les émotions, sans lesquelles il n’est pas possible de vivre. En 1988, David Valjalo serait venu au Chili, en tant que correspondant d’un quotidien anglais, où il eut l’opportunité de s’entretenir avec Pinochet en raison du plébiscite. Au comble de son audace, il l’aurait questionné sur le célèbre libelle qui l’humiliait, et le dictateur lui aurait répondu que les présidents se voient toujours exposés à ce genre de situations ; qu’il n’en voulait pas à David Valjalo, qu’il aimerait rencontrer, pour montrer qu’il ne lui était pas antipathique et qu’il n’était pas tel qu’on le jugeait. Quand on interrogeait Valjalo sur cette histoire, il souriait et se contentait de répondre : « La fiction possède un charmesupérieur à la réalité et sans elle, la littérature serait comme les prévisions météo »

Il est de notre devoir d’assumer les mots du poète mort à Santiago en 2005, pendant que son œuvre, parmi laquelle figurent aussi narration et essai, continue à vivre, grandit et est étudiée dans divers pays, tandis que le satrape, objet de la raillerie lapidaire, sombre dans le fumier du mépris. 

Traduit par Lou BOUHAMIDI
d’après Walter GARIB pour El Clarín Digital (Chili)

David Valjalo (Iquique, 1924 – Santiago, 2005) était poète, essayiste, romancier et anthologiste. Il a vécu à l’étranger trente ans, de 1960 à 1990, et a été éditeur de la revue Littérature chilienne en exil, ensuite appelée Littérature chilienne, création et critique, publication qui atteint les 14 ans d’édition sans interruption à Los Angeles (Californie) et à Madrid (Espagne). Sa poésie a été traduite en anglais, français, allemand, roumain et portugais. Il a également été nommé Directeur du Teatro de Cámara de Californie où il présenta du théâtre classique et les Expositions de Poésie en Scène, spectacles qui méritèrent les éloges du New York Times. Il a aussi été Directeur de la Société des Écrivains du Chili et Vice-président de l’Ateneo de Santiago.

Des écrivains argentins contre la censure au Brésil  et en particulière le maire de Rio de Janeiro

L’Union d’Écrivaines et d’Écrivains d’Argentine ont exprimé leur dégoût face à la croisade  homophobe  lancée par le maire évangéliste de Rio de Janeiro, Marcelo  Crivella, qui a décidé que la bande dessinée  Avengers : The  children’s  crusade(Avengers : La croisade des enfants)  ne pourrait pas être vendue à la Biennale du Livre de Rio de Janeiro, le plus grand événement littéraire du Brésil. L’entité qui regroupe les auteurs argentins a rejeté “une mesure à ce point rétrograde” *

Photo : Espaces Latinos

En tant que membres de la communauté littéraire et culturelle argentine, nous rejetons la censure et la saisie d’oeuvres  au contenu LGBTQI+ mise en œuvre par le maire Marcelo  Crivella, un fonctionnaire du gouvernement de  Jair  Bolsonaro, à la Biennale du Livre de Rio de Janeiro, déclarent les écrivains qui ont signé la pétition. L’interdiction plus que symbolique d’un baiser gay sur la couverture d’une bande dessinée représente une claire avancée répressive des politiques de la droite homophobe du président du Brésil et son alliance avec l’Église Universelle représentée par le fonctionnaire carioca. » Crivella, évêque évangélique et chanteur de gospel qui avait auparavant qualifié l’homosexualité de « comportement malin » dans un livre qu’il avait publié en 1999 sur son expérience comme missionnaire dans différents pays africains , a expliqué que « des livres comme celui-ci (au sujet de la bande dessinée Marvel) doivent être cachés dans un sac plastique noir zippé avec un avertissement à l’extérieur. ». Il a ajouté sur son compte Twitter  : « Il ne s’agit pas de censure ou d’homophobie, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent. À la Biennale, le thème des bandes dessinées a un objectif clair  : aller dans le sens des mesures du Statut de l’Enfance et de l’Adolescence. Nous voulons seulement préserver nos enfants, lutter en faveur des familles brésiliennes et respecter la loi. » 

Le livre censuré, écrit par Allan Heinberg et illustré par Jim Cheung, fait partie d’une série de nouvelles créée en 2005 à partir de jeunes personnages dérivés des super héros de Marvel, Les Avengers. L’œuvre, qui explore des thèmes variés comme l’homosexualité, a gagné de nombreux prix dans le monde. Elle a pour protagonistes deux gays  : Wiccan et Hulkling. Les déclarations de Crivella ont soulevé une vague d’indigations. Le ministre de la Cour Suprême, Celso de Mello, a qualifié la tentative de censure de « fait gravissime ». « Sous le signe d’un retour en arrière (…) une ère nouvelle et sombre s’annonce », affirma-t-il dans un communiqué envoyé au Folha de São Pablo. « Ca n’était jamais arrivé à cette Biennale, c’est une tentative horrible de censure », a déclaré Flavio Moura, de l’éditorial Todavía. « Nous rejetons tout acte de censure », a manifesté Luis Schwarcz, de la Compagnie des Lettres, une des plus grandes maisons éditoriales du Brésil. Il a aussi critiqué les tentatives pour « inscrire la société brésilienne au Moyen-Âge ». Après la croisade des inspecteurs de la Biennale, certains mirent bien en évidence toutes les œuvres au contenu LGBT qu’ils avaient à vendre en signe de protestation.   

Le youtubeur brésilien, Felipe Neto, a acheté quatorze milles publications aux thématiques LGBT et les a distribuées gratuitement samedi dernier à la Biennale. Elles portaient un adhésif qui disait  : « Ce livre n’est pas approprié pour les personnes retardées, rétrogrades et pleines de préjugés ». Neto a monté une vidéo sur sa chaîne, dans laquelle il explique pourquoi il a offert des milliers de livres  : « J’espère que, bien qu’ils n’aient pas de sympathie pour la cause homosexuelle, ils comprennent le niveau de censure et de répression que représente cette décision. Ceci est un message pour Crivella  : je l’ai fait pour que vous compreniez que vous n’avez pas les ressources nécessaires pour réprimer la population en 2019 ». 

Inès JACQUES 

Petition signée par Claudia  Piñeiro,  Ángel a Pradelli, Horacio  Convertini, María Sonia  Cristoff, Gabriela Cabezón  Cámara, Cecilia  Szperling, Enzo  Maqueira, Gonzalo Unamuno,  Alejandra  Laurencich,  Belén  López  Peiró, Gloria  Peirano, Alejandro  Horowicz Elsa  Drucaroff, Débora  Mundani, Carla  Maliandi, María  Inés  Krimer, Gabriela Franco et Eduardo  Mileo, entre autres.  

D’après un article traduit de Silvina Friera publié dans l’éditorial Página 12 le 10 septembre 2019.

Au Nicaragua, les évêques appellent à garder espoir. Des belles paroles ?

À l’occasion des festivités nationales, la Conférence épiscopale du Nicaragua a adressé un message de soutien «aux fidèles chrétiens catholiques, et aux hommes et aux femmes de bonne volonté». Un message d’encouragement et d’accompagnement spirituel bienvenu dans le climat social très tendu au Nicaragua. 

Photo : La Croix

Dans une déclaration commune, les évêques du Nicaragua ont rappelé que «la vérité et le pardon sont les fondements et le chemin vers la paix». Ils ont choisi de s’exprimer dimanche 15 septembre, à l’occasion de la fête nationale commémorant l’indépendance du Nicaragua, mais aussi de la fête de la Vierge des Douleurs. «Après près d’un an et demi de souffrance et de douleur, nous avons vécu dans notre propre chair la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ», déclarent-ils. 

Sans pointer du doigt ni porter d’accusation, le message des évêques vise avant tout à soutenir spirituellement les catholiques en leur proposant de se poser les bonnes questions dans une situation de crise dont le pays n’arrive pas à se sortir. Se présentant comme des compagnons de route, ils proposent des réponses éclairées par la foi.  

Le texte met à plat les interrogations existentielles qui tourmentent les esprits : «Comment pardonner tant de cruauté subie, et est-il impossible de panser toutes ces blessures ?», «Est-il possible d’aimer ceux qui ferment les portes de leur cœur  au Christ ? Comment garder l’espérance quand tout porte à croire qu’il n’existe aucun pouvoir capable de résoudre notre crise ? Que faire quand la voix de la société civile ne compte pas ? » L’épiscopat se fait porte-parole des masses citoyennes qui demandent du changement et des réformes profondes. «Les inégalités économiques, le chômage et la corruption semblent être des maux endémiques difficiles à corriger, condamnant plusieurs groupes sociaux à être injustement exclus et à rester invisibles, comme le sont les migrants, les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, les groupes ethniques, etc…» 

Dans leur message, les évêques mettent en lumière le cas de conscience que rencontrent les catholiques nicaraguayens qui travaillent pour des institutions qui ne correspondent pas à leur valeur mais qui les tiennent par la faim. 

Ces questions sont aussi essentielles pour trouver un terrain ferme où entreprendre la reconstruction de la société nicaraguayenne  :  «Comment contribuer à la résolution de problèmes sociaux et politiques urgents et répondre au grand défi de la pauvreté et de l’exclusion ? Comment le faire dans un pays qui traverse une crise politique, sociale et économique profonde, dans lequel semble s’initier une nouvelle étape, avec les défis qu’elle introduit pour le vivre-ensemble démocratique ? ». 

Selon eux, une des racines du malaise au Nicaragua est la crise de confiance qui, en agissant comme un  «virus», a contaminé toutes les relations quotidiennes. Perte de confiance en les autorités, perte de confiance en les institutions, perte de crédit quant à la viabilité des projets politiques… Cette méfiance s’est répandue, introduisant des tensions dans les familles, éloignant chacun de son prochain et créant des groupes fermés et isolés.  «C’est impossible de grandir dans la méfiance  !», soulignent les évêques. 

Au contraire, il faudrait valoriser la confiance avec la «culture de la rencontre» qui induit l’attitude plus active de prendre soin de l’autre, le faire grandir avec sa liberté.  «Il ne s’agit pas seulement de « tolérer » autrui mais de « célébrer » nos différences, en les exprimant  librement, avec prudence et respect, pour enrichir la richesse de nos idées et valeurs» écrivent les évêques, en reprenant des principes souvent mis en valeur par le Pape François. 

Les évêques s’adressent tout spécialement aux jeunes, qu’ils encouragent à continuer d’apporter leur pierre à l’édifice national «par leurs études et leurs formations, avec leur énergie et leur soif de justice et de liberté avec tous les moyens pacifiques à leur portée». Pour cela, ils se réfèrent au discours du Pape François, au cours des Journées Mondiales de la Jeunesse à Rio de Janeiro  en 2013 : «Ne vous placez pas en queue de l’histoire, soyez les protagonistes ! Manifestez-vous en avant ! Marchez en avant ! Bâtissez un monde meilleur, un monde de frères, un monde de justice, d’amour, de paix, de fraternité solidaire !». 

Les évêques appellent les fidèles à ne pas baisser les bras et à garder espoir. Ils donnent des exemples de figures saintes qui ont aimé sans limite dans l’adversité de régimes oppresseurs : Saint Oscar Romero et Frère Odorico d’Andrea. Ils affirment qu’aujourd’hui plus que jamais, le Nicaragua doit être capable d’aimer «en réponse au système de haine et de mort en place, qui dissimule l’action de Dieu»

Cécile MÉRIEUX,
Cité du Vatican

Notre opinion

Ces belles paroles suffiront-elles à mettre en oeuvre suffisamment de moyens pour redresser la situation politique et économique d’un pays en crise ? Derrière l’exhortation à l’amour universel, on peut aussi y voir une incitation ténue à l’insurrection, et un appel à l’aide dirigé à la jeunesse. Espérons que l’assise religieuse ait un impact sur les décisions politiques.

 Lou BOUHAMIDI

En décembre prochain vingt mille participants sont attendus à la COP 25 au Chili

Du 2 au 13 décembre, le Chili tiendra la vingt-cinquième Conférence mondiale sur le climat à Santiago de Chili. D’après le sous-secrétaire de l’Intérieur Rodrigo Ubilla, l’événement attend une fréquentation de plus de vingt mille participants internationaux et d’environ cent mille participants chiliens aux activités du forum sur l’environnement.

Photo : Climate Chance

Différents fonctionnaires de l’État seront mobilisés tout au long de la conférence afin d’assurer la sécurité. Le ministère de la Santé, les carabiniers, la police judiciaire et les douaniers y seront notamment présents. « Sept commissions surveilleront la conférence pendant les vingt jours de son déroulement avec des standards de sécurité » affirme Ubilla. Celui-ci a également déclaré que le Chili est un pays qui subit régulièrement des catastrophes naturelles telles que les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques. Les délégations internationales seront donc informées des risques liés à ces phénomènes. « Le Chili est prêt » a-t-il affirmé. Les services publics de santé seront également prévus en cas d’épidémies spéciales.

Par ailleurs, le Chili promet d’avancer dans la protection des océans et de l’Antarctique en tant que pays hôte de la conférence, ainsi que dans l’électro mobilité, les énergies renouvelables, l’économie circulaire et la préservation des forêts, des écosystèmes et de la biodiversité. D’ailleurs, le président chilien, Sebastián Piñera, a déclaré en juin qu’il mènera un plan de fermeture de huit centrales à charbon pour 2024 et leur retrait total pour 2040 afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Il souhaite encourager la production d’énergies renouvelables.

De plus, pour encourager les alternatives écologiques et durables, trente-six jeunes européens se rendront à la Conférence à Santiago de Chili en passant par la mer. Leur voyage durera sept semaines. Cette initiative sera subventionnée par le Ministère néerlandais des transports, des travaux publics et de la gestion des eaux ainsi que par la compagnie ferroviaire ProRail. Ils partiront de Scheveningen aux Pays-Bas le 2 octobre et arriveront à Rio de Janeiro à bord d’un voilier. Ils finiront le trajet en bus jusqu’à Santiago. 

Le Chili tend à être le pays à neutralité carbone d’ici 2050 et, de la même manière, à utiliser l’énergie électrique dans la totalité du transport public d’ici 2040 au lieu de 2050. 

Andrea RICO

Sept pays d’Amérique latine s’engagent à protéger l’Amazonie. Et la France ?

La Colombie, le Brésil, la Bolivie, l’Équateur, le Pérou, la Guyane et le Surinam ont signé un pacte pour la protection de la plus grande forêt tropicale au monde, lequel prévoit une surveillance par satellite et une intervention coordonnée en cas de sinistre. A l’occasion du sommet du G7, la France s’est mobilisée et a rassemblé les moyens de l’État et les aides offertes par le secteur privé, notamment le groupe de luxe LVMH et la Fondation Airbus.

Photo : GEO

Sept pays amazoniens ont signé vendredi un pacte pour la protection de la plus grande forêt tropicale au monde, lequel prévoit une surveillance par satellite et une intervention coordonnée en cas de sinistre, en réponse aux récents incendies qui ont ravagé des milliers de kilomètres carré de forêt. Colombie, Brésil, Bolivie, Équateur, Pérou, Guyana et Surinam sont parties prenantes de cet accord. Le Venezuela, qui n’avait pas été invité, et la France, dont le territoire d’outre-mer de Guyane compte aussi une vaste superficie amazonienne, manquaient à l’appel. Le président colombien Ivan Duque, hôte du sommet dans la ville de Leticia, a indiqué qu’il s’agissait d’un « mécanisme de coordination » et que les pays se réuniraient de nouveau lors de la conférence des Nations unies sur le climat en décembre.

« Nous signons un pacte, le Pacte de Leticia, pour nous organiser, travailler de façon harmonieuse sur des objectifs communs (…) qui nous engagent et nous poussent à protéger notre Amazonie », a déclaré le président colombien Ivan Duque, qui avait convoqué cette réunion en urgence avec son homologue péruvien Martin Vizcarra.

Durant le sommet de vendredi, auquel il a participé par visioconférence, le président brésilien Jair Bolsonaro a déclaré que ce pacte constituait une réaffirmation de la souveraineté de chacun des pays amazoniens. Il a dénoncé le mois dernier des « interférences » étrangères sur la question de l’Amazonie, ciblant particulièrement Emmanuel Macron avec lequel il s’est livré à une guerre de mots qui a viré à la crise diplomatique. « Nous devons prendre une position ferme de défense de la souveraineté afin que chaque pays puisse sur son territoire développer la meilleure politique pour la région amazonienne, et ne pas la laisser aux mains d’autres pays », a-t-il expliqué lors d’une vidéo-conférence depuis le Brésil.

Et la France ?

En dépit de son absence, la France participe aussi à la lutte contre les incendies en Bolivie. Après les décisions prises par le président Emmanuel Macron à l’occasion du sommet du G7, la France s’est mobilisée et a rassemblé les moyens de l’État et les aides offertes par le secteur privé, notamment le groupe de luxe LVMH et la Fondation Airbus. Les ministères de l’Europe et des Affaires étrangères (centre de crise et de soutien) et de l’Intérieur (sécurité civile) ont uni leurs moyens humains, budgétaires et logistiques afin de constituer une aide opérationnelle en direction de la Bolivie, à sa demande.

D’après La Tribune

Le peuple mexicain a perdu ses plus belles couleurs avec le décès de Francisco Toledo

L’artiste mexicain Francisco Toledo, reconnaissable par sa barbe blanche et ses cheveux noirs bouclés, est décédé ce jeudi 5 septembre. Il avait 79 ans. Cet artiste plasticien originaire de la région d’Oaxaca était un des plus grands artistes indigènes au monde. Certains le considéraient même comme l’héritier de Rufino Tamayo. Aussi connu pour son engagement pour les causes environnementale, indigène, sociale et culturelle au niveau local ; Francisco Toledo est une fierté nationale qui laisse son pays endeuillé et sans couleurs.

Photo : Thomas Bravo

« L’art est en deuil. Le maître Francisco Toledo est décédé, grand peintre originaire de (l’Etat de) Oaxaca, gardien extraordinaire de notre culture, nos coutumes, des traditions de notre peuple et défenseur de l’environnement », a écrit jeudi soir le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador sur Twitter.

Francisco Toledo était avant tout un artiste aux multiples facettes. Il était explorateur de l’art. Il a été peintre, il a pratiqué la gravure, le travail de la céramique, la sculpture, la moulure, le collage, la fresque, l’aquarelle… Il était aussi un maître et éditait des livres.

« Toledo a (…) rendu poreuses les frontières entre les arts visuels, la littérature, le design, l’artisanat, l’architecture, le jeu, l’enseignement, l’engagement social et l’écologie », a écrit le ministère de la Culture pour présenter l’exposition Toledo Ve qui a lieu en ce moment à Mexico.

Son art se caractérise par le foisonnement animalier, l’érotisation de la réalité et l’inspiration indigène. Il ne recherchait pas la beauté mais plutôt la représentation d’une réalité quotidienne pas toujours belle et esthétique. D’où le choix des insectes, des iguanes, des poissons, des chèvres, des singes, des lézards, des crapeaux, etc. dans ses œuvres. Amoureux de la nature, des cultures indigènes et de sa région, il exprimait cet amour par son art.

C’était aussi un art figuratif engagé. Tout d’abord engagé parce que Francisco Toledo représentait une réalité quotidienne locale. En témoigne son œuvre intitulée « Barriendo Sapos » réalisée en 1971 qui montre une scène quotidienne de son enfance à Juchitan. Son engagement en art était ensuite social et politique. Il a par exemple élaboré et fait voler quarante-trois comètes avec les visages des étudiants disparus d’Ayotzinapa en 2014 selon la coutume locale des papalotes (terme venant du nahuatl papalotl qui signifie papillon) lors du Jour des Morts. Cette coutume est une manière de communiquer avec les morts car, selon les croyances, leurs âmes descendent sur Terre pour consommer les offrandes puis remontent dans le ciel. Francisco Toledo cherchait ainsi à protester contre le manque d’informations et de recherches pour retrouver ces étudiants et tentait de les chercher dans le ciel.

C’était enfin un artiste mondialement connu, dont les œuvres ont une côte exceptionnelle. Son tableau intitulé Tortuga poniendo huevos (Tortue pondant des œufs) s’est ainsi vendu à plus d’un million de dollars lors de la vente d’automne d’art latino-américain chez Christie’s à New York en 2018. Inspirateur de plusieurs générations d’artistes, Francisco Toledo a vu ses œuvres exposées à New York, Paris, Londres ou Tokyo.

Cependant, le plasticien ne doit pas sa popularité uniquement à son travail artistique. Il est reconnu pour son engagement pour la protection de l’environnement, la préservation des cultures indigènes et du patrimoine culturel local.

Afin de conserver et d’exporter la culture d’Oaxaca, il a fondé le Musée de l’art contemporain d’Oaxaca, l’Institut des Arts Graphiques d’Oaxaca et le Centre des arts de San Agustín. « Il a fait d’Oaxaca une des capitales culturelles non seulement du pays, mais de tout le continent (…). Ça a été le grand promoteur de la culture d’Oaxaca », a expliqué Nicolas Alvarado, médiateur culturel, à la chaîne locale Foro TV.

Son engagement social à l’échelle locale n’a cessé de croître face à la violence croissante au Mexique. « Je ne suis pas devin, mais je crois que la réalité de ce pays ne change pas (…). La réalité de ce pays est de plus en plus dramatique », avait-il déclaré à l’Agence France-Presse en août 2017 à ce sujet. « Il s’était aussi engagé contre les projets des promoteurs qui menaçaient le centre historique de la ville » a déclaré le New York Times. Francisco Toledo était ainsi un acteur majeur de la vie culturelle quotidienne à Juchitan.

Ce jeudi, dès l’annonce de sa mort par le gouvernement mexicain, de nombreux messages en son hommage ont été postés. Francisco Toledo a touché tous les publics, tant les personnalités politiques et artistiques très connues que le peuple mexicain. Étant donné la discrétion habituelle de l’artiste quant à sa vie privée, la famille de Francisco Toledo a demandé à ce qu’il n’y ait aucun hommage officiel. Elle a appelé au respect de l’homme qu’il était.

Toutefois, les hommages informels se sont multipliés. Il y eut une réunion spontanée d’un groupe de personnes à l’Institut des Arts Graphiques en son hommage ainsi qu’un dépôt de fleurs au Palais des beaux-arts à Mexico. Et quoi de mieux, finalement, pour lui rendre hommage, que de se rendre à l’exposition « Toledo Ve » qui a lieu en ce moment à Mexico au Musée National des cultures populaires, et qui est justement dédiée à l’art de Francisco Toledo  ?

Inès JACQUES

CNN en espagnol

Mélenchon, Lula, Iglesias appellent à « la fin des procès politiques »

Nous publions une tribune du dernier Journal du Dimanche. Dans une déclaration commune, plus de deux cents personnalités, parmi lesquelles Jean-Luc Mélenchon, mais aussi les anciens présidents Luiz Inácio Lula da Silva (Brésil) et Rafael Correa (Équateur) ou encore le secrétaire général de Podemos Pablo Iglesias (Espagne), appellent à la « vigilance pour défendre les victimes » du « lawfare », un concept qui désigne une instrumentalisation politique de la justice.  « Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique », écrivent-ils.

L’ex-president Lula Da Silva : Le Monde du 13 septembre publie un premier entretien à un média français depuis son incarcération.

Photo : Heuler Andrey

« Non, la justice  ne doit pas servir d’arme de persécution politique. Pourtant c’est devenu le cas aujourd’hui presque partout dans le monde. Déjà, avec la criminalisation des lanceurs d’alerte, des syndicalistes, des militants écologistes et des participants aux manifestations interpellés arbitrairement, les droits des citoyens ont beaucoup reculé. Le maintien de l’ordre libéral coûte cher à la démocratie. À présent, un seuil est en train d’être franchi. C’est ce que l’on appelle la tactique du « lawfare ». Il s’agit de l’instrumentalisation de la justice pour éliminer les concurrents politiques. 

« Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice […] il fausse le déroulement des élections ».

Le « lawfare » commence avec des dénonciations sans preuves, se prolonge dans d’obsédantes campagnes de dénigrement médiatique et oblige ses cibles à d’interminables justifications sans objet. Puis c’est la prison et les amendes. Le « lawfare » enferme les débats politiques dans les cours de justice. Pour finir, il fausse le déroulement des élections qui ne sont plus vraiment libres. Les exemples sont nombreux. Citons, en Amérique du Sud, le Brésilien Lula, condamné sans preuve et empêché de se présenter à l’élection présidentielle. Son « juge », Sergio Moro, est devenu depuis ministre de la Justice du président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Mais aussi l’Équatorien Rafael Correa et l’Argentine Cristina Kirchner, persécutés sans trêve. 

Citons, en Afrique, le Mauritanien Biram Dah Abeid, emprisonné sur une dénonciation sans preuve retirée au bout de plusieurs mois de détention. Et encore l’avocat égyptien Massoum Marzouk, opposant au régime de Sissi emprisonné sur le prétexte fallacieux de charges antiterroristes. Il y aussi le cas de Maurice Kamto, arrivé deuxième à la dernière élection présidentielle au Cameroun et emprisonné depuis janvier dernier, ou l’ancien député gabonais Bertrand Zibi, condamné à six ans de prison. 

« Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques ». 

Citons, en Europe, le Français Jean-Luc Mélenchon, poursuivi sans preuve et jugé pour rébellion, ou le Russe Serguei Oudaltsov, dirigeant du Front de gauche, condamné à quatre ans et demi de prison pour avoir organisé des manifestations contre le pouvoir. Citons, en Asie, le Cambodgien Kem Sokha, principal leader de l’opposition emprisonné à la veille des élections législatives de 2017. Ou l’acharnement judiciaire aux Philippines contre la sénatrice Leila de Lima, figure de l’opposition. 

De nombreuses voix se sont élevées dans le monde pour dénoncer cette situation : des groupements de juristes, des autorités religieuses comme le pape François, des figures de la défense des droits de l’homme, des dirigeants syndicalistes ou politiques. Notre déclaration commune salue ces protestations. Nous invitons à la vigilance pour défendre les victimes de ce type d’opération quelle que soit leur appartenance politique. Nous appelons à la coopération mondiale des résistances juridiques. Nous demandons que soient dénoncés devant l’opinion publique les gouvernements et les magistrats comme le juge Sergio Moro, au Brésil, qui acceptent de jouer ce rôle néfaste aux libertés individuelles et politiques. » 

L’ex-president Luiz Inacio Lula da Silva : Le Monde du 13 septembre publie un premier entretien à un média français depuis son incarcération.

Les signataires : 

Adolfo Pérez Esquivel, prix Nobel de la paix, Argentine 
Hebe de Bonafini, présidente de l’association des Mères de la place de Mai, Argentine, prix Sakharov de l’Union européenne 
Ignacio Ramonet, écrivain, journaliste et président d’honneur d’ATTAC, Espagne 
Aminata Traoré, essayiste, Mali 
Manon Aubry et Martin Schirdewan, co-présidents du groupe GUE au Parlement européen, France et Allemagne 
Shumona Sinha, romancière, prix de l’Académie Française, Inde 
Eugenio Raul Zaffaroni, juge à Cour Intéramericaine des Droits de l’Homme, Argentine 
Rashida shams al Din, journaliste, Soudan 
Janak Chaudhari, secrétaire général du syndicat GEFONT, Népal 
Luiz Inácio Lula da Silva, ex-président de la République fédérative du Brésil 
Rafael Correa, ex-président de la République d’Équateur 
Pepe Mujica, ex-président de la République orientale de l’Uruguay 
Pablo Iglesias, député, secrétaire général de Podemos, Espagne 
Lucia Topolanski, vice-présidente de l’Uruguay 
Jane Vargas, dirigeante du syndicat de la construction NUDCW, Philippines 
Almir Narayamoga Surui, chef de la tribu Paiter Surui, Brésil 
Marisa Matias, ancienne candidate à la présidence de la République, Portugal 
Le groupe des députés de la France Insoumise à l’Assemblée Nationale et la délégation Insoumise au Parlement européen 
Esther Benbassa, sénatrice 
André Chassaigne, président du groupe Gauche démocrate et républicaine à l’Assemblée nationale 
Noël Mamère, ancien candidat écologiste à l’élection présidentielle 
Marion Esnault, porte-parole de l’association écologiste ANV-COP21 
Vikash Dhorasoo, ancien joueur de l’équipe de France de football 
Jean Ziegler, vice-président du comité consultatif du Conseil des Droits de l’Homme aux Nations Unies, Suisse 
Edward Bond, dramaturge, Royaume-Uni 
Pipo Delbono, metteur en scène, Italie 
Biram Dah Abeid, chef de file de l’opposition, prix des Droits de l’Homme des Nations Unies, Mauritanie 
Thomas Porcher, économiste 
Arié Alimi, avocat au barreau de Paris 
Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire, Tunisie 

Le film « Yvonne » de Marina Rubino à la Maison de l’Amérique latine de Paris

Photo : Misiones Online

Yvonne Pierron est née en Alsace en 1928. Entrée très vite comme sœur des Missions étrangères, elle émigre en 1955 en Argentine puis est forcée à l’exil, dès 1976, au Nicaragua, jusqu’en 1984. Surnommée Hermana Yvonne, elle a marqué les esprits et les consciences dans son combat contre toutes les oppressions. 

 Parfois institutrice et/ou infirmière, Yvonne Pierron parcourt le pays en se plaçant toujours du côté des plus faibles. En Patagonie, avec la communauté Mapuche, à Buenos Aires dans les villas miserias, à Corrientes avec les paysans des « Ligues agraires », ces mouvements syndicaux d’origine rurale catholique dans lesquelles les agriculteurs, petits et moyens, s’unissent afin de mieux s’opposer aux grands propriétaires terriens et aux monopoles commerciaux. Lors de la terrible dictature militaire qui s’abat sur l’Argentine entre 1976 et 1983, elle est recherchée par les répresseurs et devra s’exiler en 1978, exfiltrée par l’Ambassade de France, échappant ainsi au sort qui attendait ses deux coreligionnaires Alice Domon et Léonie Duquet

C’est alors qu’elle se rend au Nicaragua, jusqu’en 1984, où elle découvre les préceptes de la révolution sandiniste qui lui font écrire que « redonner du pouvoir au peuple c’est (…) lui donner des armes intellectuelles pour ne plus se laisser soumettre ». Elle appliquera ces convictions en revenant en Argentine, fondant une communauté éducative à Pueblo Illia (province de Misiones). Yvonne fut aussi et bien sûr de tous les combats pour les droits de l’homme, toujours prête à se lever afin de dénoncer les injustices contre les opprimés. Jamais en reste pour défiler avec les Mères et les Grands-mères de la Place de Mai, elle fut un des piliers pour dénoncer les horreurs perpétrées par la dictature militaire argentine. 

Décédée le 28 mars 2017 à l’âge de 89 ans, le sénat argentin a tenu à honorer sa mémoire en mars dernier. En 2005, Hermana Yvonne avait été décorée de la Légion d’honneur. Elle repose aujourd’hui à Pueblo Illia. 

Le « Collectif argentin pour la mémoire » lui rend hommage avec la projection du film Yvonne (2019), de l’Argentine Marina Rubino, à la Maison de l’Amérique latine ce 20 septembre à 19h. 

Fabrice BONNEFOY 

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Au Brésil, l’Amazonie enflamme avec elle les relations diplomatiques internationales

Les incendies qui font rage dans diverses régions de l’Amazonie ont mis le Brésil sous une intense pression internationale. Jair Bolsonaro est plus que jamais critiqué par plusieurs ONG internationales, par la majorité de son peuple, mais aussi par le président français.

Photo : Victor Moriyama – Greenpeace

Le 27 août, le Pérou et la Colombie ont proposé un sommet régional pour répondre aux enjeux des feux qui surviennent en Amazonie. Jair Bolsonaro a d’abord affirmé son intention de venir au sommet se déroulant le vendredi 6 septembre. Cependant, le lundi 2 septembre, le président brésilien a annoncé l’annulation de sa participation au sommet pour des raisons médicales. «Le président doit suivre un régime à base de liquide à partir de vendredi, deux jours avant de subir une intervention chirurgicale à l’abdomen, ce qui rend son voyage pratiquement irréalisable», a déclaré le porte-parole de Bolsonaro, Otavio Rego Barros.

Cependant, Bolsonaro a tout de même confirmé que cette opération ne l’empêcherait pas de se rendre à l’Assemblée générale de l’ONU le 24 septembre. Durant cette visite à New York, le président brésilien espère pouvoir défendre la position du Brésil sur l’Amazonie. «Je vais me présenter devant l’ONU même si ce doit être en fauteuil roulant ou sur un brancard, je vais y aller parce que je veux parler de l’Amazonie», a déclaré Bolsonaro à Brasilia.

Alors que les flammes continuent de brûler la faune et la flore amazonienne, Amnesty International se positionne contre les mesures actuelles du gouvernement brésilien. L’ONG a souligné que «Les autorités brésiliennes doivent mener des enquêtes afin de poursuivre en justice les responsables qui ont déclenché les incendies illégaux.» Le gouvernement devra aussi prendre des mesures pour empêcher que la forêt amazonienne ne subisse d’autres destructions. Amnesty International a aussi lancé une pétition pour que Jair Bolsonaro «renforce la protection des territoires indigènes et des réserves environnementales». L’ONG craint que, sans poursuite, «la situation […] inévitablement empir[e] jusqu’à la fin du mandat» de Bolsonaro.

Les incendies ont aussi provoqué une crise diplomatique avec la France. Emmanuel Macron a déclaré que «La question de la souveraineté de la plus grande forêt tropicale du monde était ouverte, car elle est essentielle dans la régulation climatique de la planète tout entière.»

Le président brésilien face aux attaques nationales

Lors des incendies, les populations indigènes du Brésil ont directement été touchées. Plus de 148 terres d’indigènes ont largement été endommagées par les flammes. Les représentants de plusieurs tribus estiment que «Les incendies ont été encouragés par le discours anti-indigène de Jair Bolsonaro.» Selon eux, l’armée de Rio de Janeiro aurait mis du temps à intervenir sur les lieux face au danger imminent. 

Par ailleurs, le gouvernement de Bolsonaro a réduit les budgets pour la protection de la forêt Amazonienne. Le peuple amérindien se retrouve d’autant plus seul face aux feux d’envergures colossales. «Parmi les 850 000 Amérindiens du Brésil, beaucoup ont compris qu’avec la forêt, c’est leur patrimoine et leur mode de vie ancestral qui partent en fumée.»

Quant au reste de la population du Brésil, celle-ci va aussi majoritairement à l’encontre de la voix du président. Fin août, le taux d’approbation populaire du président brésilien se situait à 29%, alors que Bolsonaro a été élu il y a moins d’un an, le 28 octobre 2018, avec 55% des voix. Le pays le plus peuplé de l’Amérique latine se plonge donc dans une crise démocratique nationale et internationale lourde de conséquences sur des aspects économiques, sociaux et climatiques. 

Eulalie PERNELET
D’après les dépêches

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