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Nicolás Maduro tente de juguler le chaos avec des élections anticipées

Le Venezuela s’enfonce depuis quatre ans dans une récession sans précédent. Comment expliquer la gravité de cette crise politique et économique qui débouche aujourd’hui sur un désastre social ? La principale cause, dit-on, réside dans la baisse des prix du pétrole sur le marché mondial, ce qui a laissé l’État sans les ressources nécessaires pour subvenir aux besoins de la population.

Photo : Prensa presidencial

« Le char de l’État navigue sur un volcan.»

On ne peut parler du Venezuela sans évoquer le pétrole. En effet, ce pays sans ressources importantes dans le cadre de l’économie latino-américaine, est devenu dans les années soixante-dix, à la suite de l’exceptionnelle richesse découverte en sous-sol au début de la décennie de 1920, la nation la plus riche de l’Amérique latine, l’exploitation des richesses pétrolières avait entraîné, à partir de 1922, une transformation spectaculaire de l’ensemble de l’économie vénézuélienne. Pour se faire une idée, rappelons qu’en 1920 le café et le cacao assuraient plus de 90% des exportations, mais ils n’en représentaient plus que 15% en 1930, le pétrole s’étant alors imposé comme l’élément dominant (plus de 90 % des exportations du pays).

L’or noir était donc le pilier sur lequel reposait ce Venezuela soi-disant vigoureux, ce qui a fait de ce pays une figure d’exception au sein de l’Amérique latine. Pourtant, la République bolivarienne, malmenée par l’idéal chaviste, est passée à côté d’une prospérité inscrite dans ses gènes. Les pauvres sont toujours plus nombreux, particulièrement ceux des grandes villes avec des taux records de chômage, de sous-emplois et d’exclusion ; ils sont les révélateurs de la situation réelle d’une société qui semble ne pas pouvoir échapper à des manifestations de sous-développement.

Les premiers symptômes se sont faits sentir en 2014, lorsque le produit intérieur brut (PIB) a chuté de 34%. La Banque centrale du Venezuela a déclaré que l’inflation était de l’ordre de 180 et 240% en 2015 et 2016 et, selon les prévisions de l’Assemblée nationale, l’inflation dépassera les 2000% en 2018. Cependant, d’après un rapport alarmant du FMI, l’inflation pourrait atteindre les 13 000%.

En réalité, le Venezuela vit les prémices de ce processus depuis que la main de fer d’Hugo Chávez a coupé net le dialogue politique. Tout au long de son mandat, aucun des principaux partis n’a pu s’organiser librement, ou n’a su surmonter ses problèmes internes, pour construire un pouvoir susceptible de redresser la barre dans un pays qui court au naufrage. Et trop de dirigeants de partis, ainsi qu’une majorité de vénézuéliens se sont laissés obnubiler par la vague «populo-égocentriste» incarnée par le tout-puissant Chávez, laquelle reposait exclusivement sur le prix du pétrole.

Dans ces conditions, il était clair que, sans un programme économique sérieux, un projet d’avenir cohérent, en syntonie avec les enjeux politiques internationaux du XXIe siècle, où il faudrait créer de nouvelles sources de richesses avec un regard plus humain, intelligent et solidaire, le pays était condamné d’avance. Car on ne peut pas assurer la prospérité d’un peuple quand l’essentiel de son développement repose, pour presque 90% du produit national brut, sur l’extraction du pétrole, sachant que dans un avenir tout proche la population mondiale s’apprête à vivre sans combustibles fossiles !

C’est pour cette raison qu’on a reproché à Hugo Chávez de ne pas avoir posé les bases d’un développement durable. Depuis des années, l’économie vénézuélienne s’est développée, marchant dans la voie du chavisme sans que des changements adéquats soient intervenus dans le système de gestion et de redistribution des devises générées par l’exportation du pétrole (les deuxièmes réserves pétrolières de la planète gisent sous le sol vénézuélien, après celles de l’Arabie Saoudite). Malgré les immenses ressources pétrolières et gazières, Hugo Chávez, et son dauphin Maduro, n’ont pas réussi à rattraper le retard par rapport aux pays les plus développés. Ils n’ont pas réussi non plus à transformer les structures sociales, à former des ouvriers hautement qualifiés, à réaliser de profonds changements dans le domaine de la culture et de la technologie, à ouvrir le chemin de la promotion aux plus larges masses de travailleurs, à la jeune génération qui aujourd’hui se retrouve contrainte d’émigrer vers de nouveaux horizons.

Et maintenant que le président Maduro se trouve coincé entre le marteau et l’enclume, on commence à comprendre que les crises peuvent être interminables et précipiter le Venezuela dans un abîme sans fond. Et pendant ce temps, les événements ont poussé la crise un cran plus loin. Désormais, on peut déplorer des morts lors des manifestations contre le gouvernement (120 personnes entre avril et juillet derniers). Selon les chiffres officiels, en 2017 le Venezuela est devenu le pays le plus dangereux du monde, après le Salvador, avec plus de 26 600 morts.

En ce moment, l’afflux massif de migrants se poursuit vers les pays limitrophes. Pour ne donner qu’un exemple, le Brésil a déclaré «l’état d’urgence sociale» après avoir accueilli 10 000 réfugiés pour le seul mois de janvier. On estime qu’un million huit cent mille personnes, soit 5% de la population totale, quittera le pays en 2018. Cette catastrophe humanitaire prend des contours plus nets jour après jour, avec la pénurie d’aliments et de médicaments, lesquels représentent 51% d’importations avec les machines et le transport.

Pour enrayer cette crise politique, économique et sociale sans précédents, Nicolás Maduro a pris la décision, avec l’aval de l’Assemblée constituante acquise au chef de l’État, de convoquer un scrutin anticipé, voire forcé. L’élection présidentielle, qui s’était tenue jusqu’ici au mois de décembre et qui avait été avancée au 22 avril, a été finalement repoussée au 20 mai prochain. Cette manœuvre précipitée a été condamnée par les douze pays latino-américains du Groupe de Lima, considérant par la voix du chef de la diplomatie chilienne Heraldo Muñoz que «cette décision empêche le déroulement d’élections présidentielles démocratiques, transparentes et crédibles».

Délicate problématique donc en ce mois de mai charnière pour l’héritier de l’idéologie chaviste qui a conduit le pays à la ruine, bien que certains continuent encore à plaider en faveur de sa politique dite « populiste », mais sans en avoir subi les conséquences. Au cœur de cette crise, il y a des erreurs et des insuffisances du passé, et le malaise démocratique qui touche le pays depuis vingt ans reste intact. En effet, aucun progrès n’a été fait dans la démocratisation de la vie politique, condition sine qua non pour donner au peuple la possibilité de s’exprimer et d’exercer sa souveraineté librement. C’est là que réside le véritable populisme socialiste, consciencieux et visionnaire.

Par conséquent, cette tentative de retour à la stabilité sociale sera vouée à l’échec si le président vénézuélien ne sait pas mobiliser tous les composants de la vie politique dans un véritable gouvernement d’union nationale, doté d’un projet viable pour le pays, et reposant sur une vision globale de l’Amérique latine. Ce qui semble peu probable dans l’immédiat, car la dégradation institutionnelle est telle que les ministres des Affaires étrangères des pays membres du marché commun du Sud (Mercosur) ont décidé, en août dernier, de suspendre définitivement le Venezuela du bloc économique pour «rupture de l’ordre démocratique».

Le système politique vénézuélien reste ainsi largement bloqué par la concentration du pouvoir. «Il s’agit de savoir comment on gouvernera. Depuis toujours, il n’y a que deux méthodes : la force ou la ruse.2» Suivant les mots d’Aragon, en avançant la date des élections de plusieurs mois, Nicolás Maduro semble avoir réussi sa manœuvre de déstabilisation à toute intention de former une coalition de la part de l’opposition, une opposition très affaiblie par ce que l’Église avait évoqué l’année dernière comme la mise en place d’une «dictature».

Toutefois, dans cette nouvelle phase qui s’ouvre vers une conception incertaine de l’avenir, le paysage de la campagne présidentielle finit de se mettre en place. Un accord in extremis a été trouvé entre le gouvernement et deux candidats fantômes de l’opposition : Javier Bertucci, un pasteur évangéliste peu connu des électeurs, et Henri Falcón, ex-allié d’Hugo Chávez et gouverneur de l’État de Lara (2008-2017). Or, beaucoup se demandent si ce chaviste dissident est un véritable adversaire ou un allié crypté de l’actuel président. En effet, on ne peut pas dire, après l’accord entre Falcón et Maduro, que ce dernier ait fait preuve d’une incroyable capacité à tendre la main à l’adversaire. Dans ce sens, le journal TalCual apporte un témoignage qui ne laisse pas de doute : «Ne nous voilons pas la face, pour rendre crédible cette élection présidentielle, le régime avait besoin d’un candidat capable de représenter un contrepoids au président sortant, Nicolás Maduro. Mais quand les lumières des projecteurs se sont éteintes […] et que les caméras ont disparu, le chef de l’État et son soi-disant adversaire se sont serrés la main, très émus, se sont mutuellement félicités pour le spectacle grandiose qu’ils venaient de produire pour démontrer l’esprit démocratique de cette dictature.»

Et le journal El Nacional constate avec des mots très durs à entendre pour les Vénézuéliens, fiers il y a deux décennies de la révolution bolivarienne prônée par Hugo Chávez : «la MUD a permis que se développe en son sein une sorte de « chavisme light », en la personne de Henri Falcón, qui s’est porté candidat à la présidentielle et servira désormais de punching-ball au boucher Maduro.»

C’est là un élément essentiel de la situation actuelle : profondément divisée quant à la conduite à tenir face à la toute-puissance de l’héritier du chavisme, la MUD («Table de l’Unité Démocratique», composée d’une vingtaine de partis de l’opposition) n’a pas réussi à définir une solide stratégie capable d’enrayer cette spirale qui entraîne dans son mouvement institutions, partis, cohésion sociale, tolérance, vies humaines et, enfin, la légitimité même de l’État. Dans ce sens, Ángel Oropeza, le coordinateur de la MUD, avait déclaré que la coalition d’adversaires au gouvernement ne participerait pas aux élections, car ce «n’est qu’un simulacre frauduleux et illégitime d’élection présidentielle […], un show du gouvernement pour simuler une légitimité dont il ne dispose pas.» Mais une deuxième lecture de cette non-participation révèle un fait encore plus grave : le manque de consensus au sein même de l’Union démocratique. Voici l’analyse de Félix Seijas, directeur de l’institut de sondage Delphos : «Maduro se trouve sans doute au moment où il est le plus faible, mais il puise sa force dans l’affaiblissement, les erreurs et le manque de cohésion et de cohérence de l’opposition. C’est ce qui lui donne de l’oxygène.» Et sur l’avenir de la MUD, Seijas reste sceptique : «Si la MUD n’a pas de plan, si dans les deux prochains mois elle échoue à mobiliser la société civile, je pense qu’elle va disparaître

Comme on peut le constater, l’opposition dans son ensemble ne sert aucunement de contrepoids aux incertitudes qui pèsent sur la reconstruction du pays. Et Maduro s’est chargé de bannir toute personnalité qui paraîtrait prendre trop d’importance à son projet de réélection. C’est le cas de Henrique Capriles, 45 ans, candidat de l’opposition contre Hugo Chávez en 2012 et qui avait été défait de très peu par Maduro en avril 2013 : l’ancien gouverneur de l’État de Miranda (2008-2017) a été condamné l’an passé à 15 ans d’inéligibilité, accusé de gestion frauduleuse. Un autre leader proscrit est le très populaire Leopoldo López, 46 ans, fondateur du parti Voluntad Popular, ayant pris la tête des manifestations contre Nicolás Maduro en 2014 : contestation qui l’a conduit en prison, dont il a été libéré l’an passé après trois années d’incarcération, mais il reste sous résidence surveillée. De son côté, Antonio Ledezma, 62 ans, ancien maire de Caracas balayé par Hugo Chávez à la fin des années quatre-vingt-dix, a été arrêté en 2015 et placé en résidence surveillée avant de prendre la fuite l’an passé vers l’Espagne.

Disons-le derechef : pour Maduro, il n’y a que lui et, vu la manière dont il considère l’opposition, on voit mal ce qui pourrait, à ses yeux, freiner sa marche triomphale vers un nouveau mandat qui pourrait le catapulter jusqu’en 2025. Profitant donc du fait que face à lui personne ne réussit à faire consensus, le clan Maduro pense pouvoir établir la domination d’un pouvoir unique : le leur. Même au sein de son gouvernement, la moindre critique le hérisse. Toute contestation le fait sortir de ses gonds. Par exemple, divulguer les chiffres de la crise sanitaire, comme l’a fait Antonieta Caporale, relève du crime de lèse-majesté : la ministre de la santé a été démise de ses fonctions en mai 2017 pour avoir révélé que le taux de mortalité infantile avait augmenté de 30%, et la maternelle de 65%, entre 2015 et 2016. Le même bulletin épidémiologique avait confirmé ainsi la grave situation de la santé vénézuélienne avec une augmentation de 76,4% dans les cas de paludisme, maladie qui avait été éradiquée du pays et qui, selon un rapport établi par des associations médicales, a rebondi pendant ces trois dernières années.

Dans ce contexte menaçant dangereusement l’existence de l’État, au bord de l’implosion, une question demeure : le Venezuela a-t-il touché le fond ? Et, si tel est le cas, a-t-il une chance de s’en sortir sans l’intervention de forces étrangères, sans pourtant évoquer une option militaire comme l’avait fait Donald Trump en août dernier ?

Le Venezuela n’est pas menacé d’une guerre civile, mais d’un désordre qui peut mettre un frein à des processus de développement non seulement de la région, mais aussi de certains pays de la communauté internationale. C’est pour cette raison que, avec ces élections anticipées, Nicolás Maduro est animé par un double souci : celui, d’abord, de créer les conditions pour la stabilisation d’une économie minée par une affectation incorrecte des ressources ; ensuite, celui d’apaiser la tension que la situation interne provoque avec l’Amérique latine et les États-Unis.

En attendant une réponse concrète à ces questions essentielles, l’idéal chaviste continue à surfer sur la vague d’incertitude générée par une opposition qui ne sert aucunement de contrepoids. C’est un processus qui prendra du temps et qui fait naître nombre d’interrogations, dans une communauté internationale paralysée, et surtout parmi les millions de Vénézuéliens exaspérés par l’incertitude du lendemain. Par conséquent, malgré ce «simulacre d’élection», sorte de diagonale du vide empruntée par Maduro pour assurer sa continuité à la tête du pouvoir, rien ne permet d’augurer une pacification du pays.

Eduardo UGOLINI

  1. Henry Monnier (1799-1877), Grandeur et Décadence de M. Joseph Prudhomme.
  2. Louis Aragon (1897-1982), Beaux quartiers, III, VI.

Politique et anciens membres de la police militaire accusés de l’assassinat de Marielle Franco

Le 14 mars dernier, à Rio de Janeiro, Marielle Franco rentrait d’un rassemblement pour le droit des femmes noires. C’est d’une Chevrolet, occupée par quatre personnes, que l’on a ouvert le feu contre la voiture de l’activiste. Marielle Franco, ainsi que le conducteur de la voiture, Anderson Pedro Gomes, ont été assassinés.

Photo : Regeneración

Selon des informations du journal brésilien O Globo, un ancien membre de la police militaire (qui n’était pas témoin oculaire de la fusillade) a dénoncé deux suspects : Marcello Siciliano, conseiller municipal du Partido Humanista Solidaridad, et Orlando Oliveira de Araujo, ancien membre de la police militaire. Il se trouve que ce dernier est actuellement en prison, accusé d’être le leader d’un groupe paramilitaire et d’être à l’origine d’un autre assassinat.

Le témoin a confirmé les dates et endroits où des réunions de ces deux suspects se seraient tenues depuis juin 2017. Tous les deux maintiendraient des affaires communes dans l’ouest de Rio de Janeiro. Ce témoin évoque aussi des conversations au cours desquelles les deux suspects auraient montré leur rejet de Marielle Franco. Ils exprimaient par ailleurs les raisons pour lesquelles l’activiste devenait à leurs yeux une menace pour leurs intérêts.

Face à ces accusations, les deux prévenus se sont déclarés innocents. L’ancien policier a écrit une lettre depuis la prison. Dans cette missive, il nie tout lien avec ce crime et toute relation avec l’activiste. Marcello Siciliano s’est exprimé à son tour lors d’une conférence de presse. Il a expliqué que Marielle et lui entretenaient des relations amicales, et qu’ils envisageaient de travailler ensemble dans certains projets.

Le 13 mai, pour la reconstitution des faits, quatre témoins ont été convoqués, selon le journal El diario. Il semble que l’on connaît déjà l’arme utilisée : une carabine MP5, avec silencieux. Il semble également que cette arme appartienne aux groupes d’élite de la police brésilienne fédérale, militaire et civile, et que la munition 9 mm fait partie d’un lot acheté par la police fédérale.

Cela fait très longtemps que la violence règne au Brésil. Le président brésilien, Michel Temer, maintient la présence des armes dans les rues de Rio, présence paradoxalement justifiée sous prétexte de maintenir l’ordre. Marielle faisait récemment partie  d’une commission ayant pour but d’enquêter sur l’activité de l’armée et de continuer à dénoncer ses excès (voir le 10 mars, date où elle s’est manifestée contre l’opération militaire en cours dans la favela Acari). Est-ce son engagement contre la violence qui l’a condamnée et qui a conduit à son assassinat ?

Au moment de son assassinat le 14 mars dernier, nous avions déjà mentionné la force de cette femme. Marielle Franco, 38 ans, était née dans la favela de Maré. Sociologue, noire, lesbienne et féministe, elle était une vraie militante pour les droits humains et n’avait eu de cesse de s’exprimer contre la violence paramilitaire, institutionnelle, des bandes criminelles, sociale, etc.

Le Brésil a été dénoncé par l’ONU pour l’occupation militaire ; Amnesty International a, de son côté, lancé une pétition sur son site web pour protester contre la mort de Marielle Franco. Il semble clair qu’une personne comme Marielle ne pouvait pas plaire pas à tout le monde. Il suffit pour le comprendre, de considérer sa position claire et nette contre le racisme, opposée au discours de haine de l’extrême droite (comme celui de Bolsonaro) ainsi que son activisme contre les attaques homophobes dans un pays atteignant des chiffres records d’homicides de personnes LGBT. D’après l’ONG Grupo Gay da Bahia, en 2016, 343 personnes ont été assassinées pour des motifs d’identité sexuelle (comme Matheus Melo de Castro, assassiné quelques jours seulement avant Marielle Franco). Ces chiffres font du Brésil le deuxième pays du monde où les crimes motivés par l’identité sexuelle sont les plus fréquents.

Pourtant, Marielle ne s’est pas contentée de montrer son positionnement contre les injustices. Elle a mis en place tout un travail positif pour l’amélioration des choses lors de sa carrière politique, comme le prouvent les seize propositions de loi présentées en tant que conseillère municipale ; ce travail fait d’elle d’elle l’une des personnes les plus actives de cette institution carioca.

Le 27 mars dernier, une session consacrée à l’éducation dans les dix ans à venir était prévue à la Chambre Municipale de Rio, session à laquelle Marielle devait participer et avait déjà préparé son discours pour le débat avec ses collaborateurs. Fait inédit, ses paroles ont pu être prononcées malgré son absence :

«C’est à l’école où l’espace public que nous voulons doit émerger. Là où il faut absolument parler de l’égalité de genre ! Où il faut parler de la sexualité, du respect, de la laïcité, du racisme, de la LGBT-phobie, du machisme. Parce qu’en évoquant ces sujets, on s’engage dans ces luttes à vie et dans ses diverses manifestations. Et, en plus, on s’engage dans le combat contre la violence et l’inégalité.»

Il se peut qu’un jour, l’enquête réussisse à trouver des coupables. Peut-être, les vrais coupables. Il semble pourtant que Marielle ait réussi à donner un sens à sa lutte au-delà de son tragique assassinat : c’est la lutte pour les causes les plus justes qu’elle incarnait.

Mario PÉREZ MORALES

Mauricio Macri recourt au FMI face à un peso argentin qui ne fait plus le poids

La chute du peso de ces dernières semaines et la mauvaise santé financière du pays ont contraint le Président argentin à solliciter l’aide du Fonds monétaire international (FMI). Le recours au FMI rappelle de bien mauvais souvenirs aux Argentins, traumatisés par la crise de 2001.

Photo : El Nuevo Día

Le Président argentin Mauricio Macri a annoncé le mardi 8 mai son intention de recourir au Fonds monétaire international afin d’obtenir une aide financière, alors que le peso chutait de 7% par rapport au dollar ce jour-là. Depuis les 45 derniers jours, le peso a perdu 19% de sa valeur.

Les raisons de cette chute sont multiples. D’une part, depuis le 15 mai, les détenteurs des lettres de créances Lebacs émises par la Banque centrale de la République argentine (BCRA) peuvent exiger leur règlement, soit près de 25 milliards de dollars. D’autre part, l’inflation récurrente (25% en 2017) conduit les Argentins à acheter de façon systématique des dollars, la monnaie étasunienne faisant office de monnaie refuge. La fuite des capitaux aurait ainsi atteint environ 35 milliards de dollars en 2017 en raison de l’épargne en devises hors des circuits bancaires, du départ de fonds d’investissement, du déficit commercial et de l’argent dépensé à l’étranger par les touristes argentins. Pour lutter contre ce phénomène, la Banque centrale a élevé le taux d’intérêt de référence à 40%, mais cette mesure ne s’est pas encore avérée efficace.

Pour enrayer cette mauvaise dynamique, l’Argentine a donc fait une demande auprès du FMI pour obtenir «un accord de confirmation». Il s’agit d’un type de prêt qui permet de répondre rapidement à des besoins de financements extérieurs. Le gouvernement argentin va devoir désormais entamer les négociations pour fixer la durée et le montant du prêt. Mais le prêt ne se fera pas sans contrepartie de la part du FMI, qui exigera sans doute des garanties sur la réduction du déficit budgétaire de l’État.

Ces contreparties exigées par le FMI ravivent des plaies difficilement cicatrisées : celles du traumatisme qu’a connu l’Argentine après la crise de 2001, pire crise économique de son histoire. Le pays s’était retrouvé en défaut de paiement, entraînant de violentes émeutes et une situation sociale catastrophique, avec 57% de la population qui vivait sous le seuil de pauvreté à cette époque. Le FMI avait alors apporté des fonds mais les plans d’austérité ont eu pour conséquence des coupes budgétaires et des baisses de salaires drastiques qui avaient plongé le pays dans la misère. En 2006, l’Argentine avait finalement remboursé sa dette de 9,6 milliards de dollars. Mais les tensions restaient vives entre l’organisme international et le gouvernement protectionniste des Kirchner : pendant dix ans, le pays a suspendu toute mission avec le FMI. Cette situation a changé en 2015 avec l’arrivée au pouvoir de Macri, favorable à l’ouverture du marché. La situation actuelle est donc surprenante dans la mesure où l’économie apparaissait comme le secteur de prédilection de l’homme d’affaires, ancien député et maire de Buenos Aires, également président de l’emblématique club de football Boca Juniors.

En ouvrant l’économie sur les marchés mondiaux, l’économie nationale a certes retrouvé la croissance (+2,7% en 2017) mais s’expose aux fluctuations et à la conjoncture mondiale : augmentation des prix du pétrole, monnaies des pays émergents dévaluées, taux d’intérêts mondiaux augmentés par la Réserve fédérale des États-Unis (FED). Dans un pays où les moindres fluctuations économiques provoquent immédiatement une crise de confiance de la monnaie pour des raisons historiques et mêmes culturelles, les conséquences de ces emballements sont toujours imprévisibles.

Gabriel VALLEJO

Amnesty International demande au Chili d’arrêter d’incriminer le peuple indigène mapuche

Amnesty International a demandé à l’État chilien de «cesser immédiatement d’incriminer le peuple indigène mapuche et ses chefs en recourant à la loi antiterroriste» après un verdict qui a condamné samedi 5 mai trois Mapuches pour la mort d’un couple d’agriculteurs dans le Sud du pays.

Photo : Amnesty International

Le 13 janvier 2013, dans une région rurale proche de Temuco, un groupe d’individus cagoulés avait attaqué le domicile du couple formé par Werner Luchsinger (75 ans) et Viviane Mackay (69 ans), à coups de feu et de bombes incendiaires, causant la mort du couple ainsi que la destruction de leur logement.

Dans un communiqué publié sur le site officiel de l’organisation, la directrice du programme Amériques d’Amnesty International, Erika Guevara-Rosa, a critiqué le processus judiciaire du cas Luchsinger-Mackay, dans lequel les trois Mapuches ont été déclarés coupables de délit terroriste d’incendie ayant entraîné la mort.

«Ce procès, marqué par de nombreuses plaintes pour irrégularités, montre bien que la justice est appliquée de façon discriminatoire contre les dirigeants des peuples indigènes. Cela porte préjudice aux accusés et viole le droit à la justice des victimes du crime qui a été commis et de leurs proches», a déclaré Erika Guevara-Rosas dans le communiqué publié par Amnesty International. «L’État chilien a l’obligation de ne pas discriminer les membres du peuple mapuche, et de garantir leur droit à un procès équitable au lieu de les taxer de “terroristes”» […] Il doit aussi faire la lumière sur ces faits et déférer à la justice les responsables présumés de la mort tragique du couple Luchsinger-Mackay, dans le cadre d’une procédure conforme aux normes d’équité des procès», a-t-elle signalé. Elle a ajouté que ce procès était «contraire aux règles internationales d’un procès équitable», et a condamné fermement l’application de la loi antiterroriste pour résoudre ce genre de problématiques :

«Dans la mesure où le Chili a déjà été condamné dans le passé par la Cour interaméricaine des droits de l’homme en raison de l’application de la loi antiterroriste contre le peuple mapuche, en particulier en ce qui concerne la détention provisoire prolongée et le recours à des témoins anonymes, il est scandaleux que les autorités aient ainsi insisté pour appliquer cette loi dans des conditions quasiment identiques, dans cette affaire», a-t-elle déclaré.

Le président chilien Sebastián Piñera s’est quant à lui réjoui ce samedi sur son compte twitter de l’application de la loi antiterroriste par le tribunal de Temuco et a condamné les Mapuches : «aujourd’hui, avec la condamnation de trois accusés par l’application de la loi antiterroriste, la justice a fait un grand et courageux pas en avant, et l’impunité a subi un recul nécessaire et puissant. Je réitère mon engagement de tolérance zéro face au terrorisme».

La peine contre les trois Mapuches sera rendue publique le 11 juin prochain, ce qui portera à quatre le nombre de condamnés dans cette affaire, pour laquelle le machi (chaman) Celestino Córdova a déjà été condamné à 18 ans de prison, comme auteur du double homicide.

Le sud du Chili est depuis plusieurs décennies le théâtre d’un conflit entre les communautés mapuches, qui réclament des terres ancestrales et des entreprises agricoles ou forestières qui les possèdent ; un conflit qui a dégénéré, ces dernières années, en flambées de violence dans lesquelles sont morts plusieurs Mapuches, policiers et agriculteurs. De même, plusieurs dizaines de Mapuches ont été jugés et condamnés pour divers délits, principalement des attaques incendiaires.

D’après El mostrador
Traduction de Léa JAILLARD

«El rectángulo en la mano» de Sergio Larraín vient de paraître aux éditions Xavier Barral

Sergio Larraín (1931-2012) est une figure emblématique de la photographie. À partir des années soixante, il parcourt le monde pour l’agence Magnum, puis s’éloigne de l’agitation pour vivre isolé dans la campagne chilienne où il dessine, écrit et médite. El rectángulo en la mano, son tout premier livre, est aujourd’hui réédité en fac-similé sous la forme d’un objet singulier.

Photo : Sergio Larrain – éd. Xavier Barrel

Paru en 1963, El rectángulo en la mano est la toute première publication de Sergio Larraín, et deviendra rapidement l’ouvrage de référence de la photographie chilienne et sud-américaine. Publié dans la collection Cadernos Brasileiros, grâce au poète et attaché culturel brésilien Thiago de Mello, le photographe expose avec subtilité, en 44 pages, sa vision de la photographie. Pour la première fois, Sergio Larraín réfléchit à son travail d’un point de vue théorique.

«C’est en moi-même que je cherche les photographies quand, l’appareil à la main, je jette un œil au dehors. Je peux matérialiser ce monde de fantômes lorsque je rencontre quelque chose qui résonne en moi. La réalité visible est le fondement du processus photographique, et le jeu consistant à organiser un rectangle : la géométrie. Le rectangle dans la main – l’appareil photo –, c’est ce que je cherche. La photographie : ce qui est donné par la géométrie, le sujet.» Cette définition, conçue comme un syllogisme et à laquelle se mêle un avant-goût de haïku, traduit l’esprit qui l’animait alors, et qu’il reprendra plus tard dans ses livres de réflexion philosophique. Rééditée en un fac-similé fidèle à l’édition originale, cette version d’El rectángulo en la mano, proposée sous coffret accompagné d’un texte critique d’Agnès Sire, est un hommage à l’ouvrage emblématique du photographe chilien.

En savoir plus sur Sergio Larraín

Né en 1931, le jeune Sergio Larraín grandit au Chili dans une famille de notables éclairés. Très vite, il cherche à s’éloigner de son milieu familial et part étudier à Berkeley, aux États-Unis. D’abord intéressé par les questions écologiques, il va très vite s’orienter vers la photographie. Dès ses débuts, il photographie librement dans les rues avec son Leica qu’il n’hésite pas à poser au sol, offrant des points de vue inédits et des compositions audacieuses. Très impressionné par Henri Cartier-Bresson, son œuvre et sa liberté, il lui présente son travail sur «los abandonados» (les enfants abandonnés des rues de Santiago) lors d’un voyage en Europe. C’est ainsi qu’il se voit proposer de rejoindre l’agence Magnum en 1960. Sergio Larraín commence alors une carrière de photographe international, réalisant des reportages pour de nombreux journaux, et connaît un succès foudroyant. Son travail rentre également dans les collections du MoMA à New York. Méfiant à l’égard du monde de la presse, il cesse peu à peu de collaborer avec elle pour s’intéresser davantage aux pratiques de la méditation tout en restant actif au Chili. Dans les années quatre-vingt, il décide finalement de vivre retiré à la campagne pour pratiquer yoga, méditation et dessin jusqu’à la fin de ses jours, sa pratique photographique se limitant à quelques poèmes en image appelés satoris. El rectángulo en la mano est le troisième livre de Sergio Larrain publié par les Éditions Xavier Barral, après Sergio Larrain (2013) et Valparaiso (2016). Ses archives sont représentées par Magnum Photos.

D’après les Éditions Xavier Barral

Coopération États-Unis – Amérique latine : la Chine de plus en plus proche

Le 2 mai dernier, Pékin et Saint-Domingue ont annoncé la mise en place d’un accord exclusif de coopération et de reconnaissance mutuelle. Exit Taipeh, qui perd petit à petit le dernier carré de pays avec lesquels elle entretenait des relations diplomatiques privilégiées. Restent fidèles à la Chine nationaliste, le Guatemala, le Honduras, Haïti, le Nicaragua, le Paraguay, et le Salvador. En 2017 en effet, Panama avait franchi le pas après le Costa-Rica qui avait signé en 2011 un accord de libre échange avec la Chine communiste, prolongeant la reconnaissance officielle de 2007.

Photo : Chine Magazine

Mais derrière Taiwan relégué au rang de région économique de la Chine continentale au même titre que Macao ou Hong Kong, ce sont les États-Unis qui perdent influence et rayonnement commercial. Certes, Taipeh n’est plus le partenaire chinois privilégié par Washington, mais reste malgré tout un point d’appui protégé. Intervenant après bien d’autres, le choix diplomatique de la République dominicaine est révélateur d’un changement d’époque.

Deuxième puissance économique du monde, la Chine a développé sa présence internationale y compris en Amérique latine. Ses présidents successifs ont «ouvert le bal» au tournant du millénaire. Ils ont été suivis assez vite par les ministres du gouvernement central, puis par diverses autorités locales, et enfin par des acteurs économiques, privés comme publics. Dès 2010, un accord de libre échange avait été négocié et signé avec le Pérou.

La Chine a très vite cherché à donner une pérennité à ces échanges humains. Un livre blanc a été publié en 2008. La Chine a consolidé ses rapports avec le Brésil via une appartenance commune au groupe BRIC. La destitution douteuse de la présidente Dilma Rousseff n’a rien changé, du point de vue de la Chine, aux rapports bilatéraux. Michel Temer, chef d’État intérimaire du Brésil a été invité au Sommet BRIC de Shanghaï. Un réseau de consultance et de recherche en espagnol, REDCAEM, a été mis en place en 2015[1]. La CEPAL, Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes, a organisé à Santiago du Chili une première conférence internationale Chine/Amérique latine en 2015. À peine constituée, la CELAC, Communauté d’États latino-américains et caraïbes, a été invitée à Pékin en 2015. Un Forum Chine-Amérique latine (FCC) a été créé. Il s’est réuni au Chili pour la deuxième fois le 23 janvier 2018. Ces différentes rencontres ont été l’occasion de doter le FCC de structures permanentes.

Le repli national effectué par les États-Unis avec Donald Trump a été saisi par Pékin pour bonifier le rapport mutuel. Initiative bien reçue par des dirigeants politiques et des responsables économiques latino-américains déconcertés par le retrait des États-Unis du TPP, (accord de partenariat transpacifique), et la dénonciation de l’ALENA. Rex Tillerson, secrétaire d’État démis par Donald Trump avait lancé l’alerte le 2 février dernier. «Chine et Russie», avait-il déclaré à l’occasion de son unique déplacement en Amérique latine, «constituent une menace commune aux intérêts des pays de l’hémisphère occidental».

Remercié de façon cavalière, il n’a pas été vraiment remplacé, pas plus que la stratégie commune aux Amériques qu’il avait tenté de proposer à son chef. Donald Trump  dénonce la montée en puissance économique et commerciale de la Chine, tout comme celle de l’Europe et de l’Amérique latine. Cette offensive commerciale tous azimuts, sans mode d’emploi réaliste, ouvre la voie à toutes sortes de rapprochements entre la Chine, toujours signalée par les États-Unis comme adversaire principal, et une Amérique latine en quête de nouveaux équilibres.

Le choix de Pékin, assumé sans complexe par la République dominicaine, pourrait en annoncer d’autres. Le Chili a adhéré en 2017 à la banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB), créée par Pékin en 2015. L’Uruguay est en négociations depuis plusieurs semaines avec la Chine. La Chine a actualisé le livre blanc de ses relations avec l’Amérique latine, le 25 novembre 2016.  Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a signalé publiquement qu’il négociait un accord de libre échange avec Montevideo le 26 janvier 2018. 2018 devrait voir se multiplier les occasions de rencontres entre décideurs, consultants et universitaires.

Révélateur d’une montée en puissance bilatérale, les liaisons aériennes ont été densifiées. Le 7 avril 2018, Air China a inauguré une liaison directe Panama/Pékin. Celle-ci complète les vols Pékin/São Paulo, via Madrid ; Pékin/La Havane via Montréal ; et les offres concernant le Mexique proposées par les compagnies China Southern Airlines et Hainan Airlines.

De fait, en 2017, la Chine aura été le troisième partenaire commercial de l’Amérique latine. Déjà le premier de l’Argentine, du Brésil, du Chili et de l’Uruguay, le deuxième du Costa-Rica, du Mexique et du Pérou. Les investissements chinois dans la région, toujours en 2017, selon la CEPAL, ont représenté 15% du total. Les trois pays accueillant le plus d’investissements chinois sont, dans l’ordre, le Brésil, le Pérou et l’Argentine. Ces investissements privilégient les secteurs minier, de l’énergie, des télécommunications, des travaux publics. Ces investissements cumulés ont généré la création entre 2001 et 2016 de 254 000 emplois, essentiellement au Brésil, en Équateur et au Mexique. La Chine, enfin, est devenue le banquier de l’Amérique latine. Elle est aujourd’hui son premier créancier, loin devant la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement.

Ce n’est sans doute qu’un début. Les latino-américains sont intéressés par le grand projet de route de la soie, certes euro-asiatique, mais qui pourrait dépoussiérer les souvenirs du galion des Philippines. D’autant plus qu’ils n’attendent rien de particulièrement positif de la part des États-Unis. Situation insolite et même paradoxale qui est celle de voir la coagulation d’une alliance entre une Chine communiste-libérale et celle de pouvoirs latino-américains libéraux-anti bolivariens …

[1] Red China America Latina

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

Ivan Duque, candidat du «Centro democrático» en tête des sondages pour les présidentielles

Le 27 mai prochain auront lieu les élections présidentielles en Colombie. Il semble que la droite ait pour l’instant un avantage assez large pour remporter ces élections. C’est ce que montre le dernier sondage publié le 3 mai dernier par la société colombienne Centro Nacional de Consultoría (CNC).

Photo : France24 TV

C’est le candidat Ivan Duque, leader du Centro Democrático, qui arrive en tête du sondage avec 38% des voix. En deuxième position, Gustavo Petro, de Colombia Humana (25%), suivi par Sergio Fajardo, de la Coalición Colombia (17%). Très loin derrière les trois premières positions arrive Germán Vargas Lleras de Mejor Vargas Llera (7%) et Humberto de la Calle, du Partido Liberal (4%).

Il faudra normalement procéder à un deuxième tour : c’est ainsi que fonctionne le système électoral colombien où il faut au moins 50% de voix pour être élu président. Certains ne sont pas contents de ces sondages ; c’est le cas du leader de gauche Gustavo Petro. Pour lui, il s’agit d’un essai de manipulation ayant pour but de favoriser celui qui arrive en tête de ce sondage. D’après El Espectador, cette affirmation serait fondée. En effet, selon ce journal, les gens qui n’ont pas encore décidé pour qui voter soutiendraient celui qui arrive en tête des sondages.

Ce sondage a recueilli par ailleurs la tendance des voix pour Viviane Morales, de Somos. Mais la veille de la publication du sondage, la candidate a renoncé à se présenter aux élections présidentielles du 27 mai. Il semblerait que Viviane Morales se soit rapprochée d’Ivan Duque pour lui proposer son soutien. Voici un exemple de l’un des enjeux les plus importants chez les candidats aux élections, étant donné qu’il n’y a que deux candidats qui peuvent passer au second tour. En toute logique, les candidats doivent donc réfléchir en terme d’accords et de soutiens politiques et ce dès le lendemain du premier tour des élections présidentielles.

Comment se passe la campagne électorale en Colombie ? Rien n’est facile en Colombie. L’ambiance est loin d’être tranquille. Même si les différents candidats s’étaient mis d’accord pour maintenir le calme, différents incidents se sont produits. Par exemple, ce qui s’est passé dans le débat prévu dans la salle de théâtre Los Fundadores à Manizales. L’acte a du être annulé pour des raisons de sécurité à cause des tumultes à l’extérieur de la salle. Humberto de la Calle a accusé Gustavo Petro de rendre l’ambiance hostile avec ses déclarations sur les candidats de droite.

Un autre enjeu assez important en Colombie, et qui joue un rôle essentiel au moment des élections, est celui de la violence. Outre les FARC, il y a toujours d’autres groupes guérilleros qui continuent à mener leurs opérations. De plus, il existe toujours parmi les FARC des dissidents menant des actions criminelles, comme l’a montré l’assassinat récent de journalistes à  la frontière entre l’Équateur et la Colombie (cf l’article de cette semaine à ce sujet). Les auteurs, des ex-FARC, ont agi dans un territoire où opéraient traditionnellement les FARC.

D’autre part, certaines actions menées par le gouvernement ne favorisent pas une bonne évolution du conflit. Par exemple, comme nous l’avions évoqué dans notre Newsletter du 30 mars dernier, avec l’incarcération d’un des négociateurs des FARC, Jesús Santrech, qui serait compromis dans le trafic de stupéfiants. L’un des enjeux de ces élections sera donc, pour le futur président, de définir une position claire en ce qui concerne les termes du processus de paix avec les FARC.

Nombre de sujets controversés sont placés au coeur du débat entre les candidats à la présidence colombienne. Par exemple, la corruption politique et les politiques d’agriculture. Ces deux sujets semblent très liés au trafic de drogue, dans un pays avec des niveaux élevés de production de cocaïne. Il semble que les paysans ne disposent pas de beaucoup d’alternatives à la culture de cette drogue. Dans El Espectador, Petro déclare son intention de mener à bien une réforme de l’agriculture qui consisterait en l’achat de terrains aux propriétaires et leur distribution aux paysans. Ainsi, l’on pourrait lutter contre le modèle économique lié à la culture de la drogue. Pourtant, nombreux sont ceux qui se méfient de Petro, souvent considéré comme un populiste et dangereux pour le pays.

Mario PÉREZ MORALES

Frontière Colombie – Équateur : un chemin vers la paix semé d’embûches

La situation très tendue des derniers mois dans la zone frontalière entre l’Équateur et la Colombie met à mal les efforts de paix dans la région. Les enlèvements, les assassinats et la violence sur fond de trafic de drogue préoccupent au plus haut point les deux États.

Photo : El Comercio Equateur

Walter Artizala, alias «El Guacho» refuse encore de rendre aux familles les corps des trois otages équatoriens tués en avril dernier, 20 jours après les avoir lâchement exécutés. El Guacho, leader du Front Oliver Sinisterra (FOS), groupe dissident de la guérilla des FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie), avait revendiqué l’enlèvement et le meurtre du reporter Javier Ortega, 32 ans, du photographe Paul Rivas, 45 ans, et leur chauffeur Efrain Segarra, 60 ans. Les deux journalistes et le chauffeur réalisaient un reportage à la frontière pour le quotidien équatorien El Comercio. Cette tragédie horrifie l’Équateur depuis un mois, d’autant plus que le sinistre El Guacho retient encore deux autres ressortissants équatoriens qu’il menace d’exécuter si la Colombie et l’Équateur ne cessent pas les offensives militaires à son encontre. Il réclame également la libération de ses hommes emprisonnés en Équateur.

Cette recrudescence de la violence à la frontière avec l’Équateur vient ternir les espoirs de paix en Colombie et dans la région. Le président colombien Juan Manuel Santos, prix Nobel de la paix en 2016, avait conclu il y a deux ans les premiers accords de paix visant à mettre fin à un demi-siècle de conflit armé entre le gouvernement et la guérilla armée des FARC. Ce conflit qui a opposé guérillas, paramilitaires et agents de l’État, a provoqué au total huit millions de victimes, morts, disparus et déplacés. Malgré le dépôt d’armes des FARC, certains groupes ont refusé les accords de paix et ont basculé dans la criminalité. C’est le cas du FOS qui contrôle la région frontalière près du fleuve Mira, fleuve frontalier qui traverse la région andine puis la forêt au milieu de 7 000 hectares de plantations de coca et où serait caché actuellement El Guacho. Ces «Bacrim» (bandes criminelles) ont ainsi abandonné leurs revendications politiques pour se lancer dans les affaires avec les cartels mexicains de la cocaïne.

Le gouvernement colombien semblait pourtant sur la bonne voie ces derniers mois avec les pourparlers de paix négociés avec la guérilla de l’ELN (Armée de Libération Nationale), dernière guérilla en activité en Colombie avec 1 500 combattants. Une trêve avait pour la première fois été observée entre octobre et janvier dernier. Mais la recrudescence des affrontements depuis le début de l’année a détérioré la situation, avec des attentats visant l’armée et la police, des enlèvements et les récents assassinats des journalistes équatoriens qui éloignent la perspective d’une paix durable dans la région.

L’embrasement de la situation a des répercussions politiques directes sur le voisin équatorien, victime collatérale du conflit colombien. Le président Lenin Moreno a annoncé le 18 avril que son pays renonçait à être le siège des pourparlers avec l’ELN, qu’il organisait depuis 2017. La mort tragique des journalistes équatoriens et la menace sur les deux otages encore prisonniers ont contraint les ministres de la Défense et de l’Intérieur à démissionner fin avril, vivement critiqués pour leur gestion de la crise et pour leur incapacité à capturer El Guacho. La crise actuelle a pointé du doigt un manque criant de coordination avec la Colombie, laissant un sentiment d’improvisation de la part des politiques. L’abandon de la zone frontalière devenue zone de non-droit depuis 20 ans apparaît comme la défaite des deux États. La crainte de voir le conflit colombien et les guerres entre cartels de drogue s’étendre vers l’Équateur suscite l’inquiétude de la population, qui redoute que le pays sombre dans un cycle de violence comme en Colombie.

Gabriel VALLEJO

Lancement d’un nouveau média chilien porté par Beatriz Sánchez et le Frente Amplio

Beatriz Sánchez est de retour dans le milieu du journalisme. Le mardi 2 mai — à l’occasion d’une rencontre dans le cadre de la Journée mondiale de la liberté de la presse — a eu lieu le lancement d’un nouveau média chilien : Clever. Sa directrice, Beatriz Sánchez, a été la candidate de la coalition de gauche Frente Amplio lors des dernières élections présidentielles de 2017.

Photo : La Tercera

Il s’agit d’un web média dont le format mêle journalisme digital et contenus propres à une chaîne de télévision. C’est ainsi que l’a expliqué la directrice de ce nouveau média, Beatriz Sánchez, au journal La Tercera. Selon elle, ce média va privilégier la diffusion des «éditoriaux de qualité» ayant pour but de «représenter les gens».

Selon La Tercera, le propriétaire de Clever est Fernando Salinas, entrepreneur et écologiste proche du parti Libéral, et des sources proches de Clever admettent que sa ligne éditoriale est libérale, centre-gauche. Pourtant, ils aimeraient toucher leur public au-delà de la coalition Frente Amplio et ainsi «faire de la place aux intellectuels, politiques, et voix de centre-gauche en général». Par ailleurs, ayant pour but de suivre une politique de la transparence, le média s’engage à rendre public la liste des clients et de leurs donations dans une section du journal.

Toujours selon La Tercera, un groupe de partisans du parti Libéral dont le député Vlado Mirosevic (parti faisant partie du Frente Amplio) serait à l’origine de ce projet. C’est à la suite des dernières élections présidentielles du 19 novembre que tout s’est vite organisé et que le nom de l’ex candidate est immédiatement apparu afin de jouer un rôle majeur dans ce projet. Idée à laquelle Beatriz Sánchez aurait adhéré sans aucune hésitation.

Lors des dernières élections, où la coalition Frente Amplio a remporté la troisième position (20,33 %), Beatriz Sánchez a déclaré son mécontentement vis-à-vis des médias traditionnels. «Il a été dur de faire la campagne avec l’opposition de tous les médias.» C’est ainsi qu’en tant que journaliste elle avait réfléchi à la possibilité de créer un média «libéré du pouvoir, représentant les gens. Un média refusant de parler au nom d’une objectivité qui n’existe pas vraiment», a-t-elle déclaré à La Tercera.

Le nouveau média Clever a publié une vidéo de présentation dans laquelle Beatriz Sánchez prend la parole. Elle y déclare les raisons justifiant la création de ce média. «Il faut penser à la politique autrement, [] la faire sortir des institutions traditionnelles, comme La Casa de la Moneda. Des endroits où il est difficile faire bouger les choses.» «Il faut donc rendre possible le débat au sein des familles, dans la rue, etc. Il faut également que les médias soient prêts à laisser de la place au débat.» ; pour elle, les médias traditionnels sont incapables de jouer ce rôle puisque 80% suivent une ligne de pensée politique de droite et conservatrice. Ils représentent donc ceux qui veulent la survivance du statu quo actuel.

Comme elle l’a déclaré à El Mostrador, Beatriz Sánchez ne pense pas faire un journalisme au service d’un certain intérêt politique, mais bien un journalisme rendant le débat possible. Débat qui, pour elle, a constamment manqué dans la politique au Chili. Et c’est ainsi qu’elle va reprendre le travail qu’elle avait déjà réalisé en tant que journaliste, un travail qu’elle veut défendre en argumentant qu’il est indépendant du Frente Amplio. Que les gens ne sont pas idiots et que les gens vont leur tourner le dos s’ils proposent de la propagande. Concernant son maintien en politique, elle a déclaré à La Tercera qu’«[elle allait] continuer [son] activité politique en parallèle» et que le fait de travailler à la fois en tant que journaliste et femme politique confirme sa théorie selon laquelle «la politique doit se jouer partout».

Mario PÉREZ MORALES

Site de Beatriz Sanchez ici

La France restaurera deux monuments endommagés par les tremblements de terre au Mexique

La ministre de la Culture française Françoise Nyssen et son homologue mexicaine María Cristina García Cepeda ont signé le lundi 16 avril dernier un accord relatif à la coopération bilatérale en matière de patrimoine culturel, lors duquel la France s’est engagée à restaurer deux «monuments emblématiques» endommagés par les séismes qui ont secoué le Mexique en 2017.

Photo : Ministère de la Culture

Plus concrètement, la France apportera son aide à la réparation de l’Église San Bernardino de Siena, à Xochimilco, et de l’Église San Francisco de Asís, à Puebla, deux «bâtiments très significatifs» qui ont souffert des dégâts des deux grands tremblements de terre de septembre 2017, a expliqué García Cepeda.

L’accord co-signé par Françoise Nyssen et María Cristina García Cepeda fait suite à la visite au Mexique, en janvier dernier, d’une équipe de trois experts français spécialistes de la conservation et de la restauration du patrimoine, qui s’était alors rendue sur place afin d’évaluer les dommages. Les travaux de restauration, corroborés par le Plan Directeur de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire (INAH), devraient commencer dans les mois à venir.

La représentante mexicaine s’est réjouie de l’accord signé le 16 avril, qui renforce les relations avec la France ; elle a également rappelé la visite de Françoise Nyssen à México en octobre dernier, au cours de laquelle la France avait exprimé son soutien et sa solidarité au peuple mexicain. Le ministère français a quant à lui affirmé dans un communiqué que la signature de ce pacte est «une première étape dans la restructuration de la coopération culturelle avec le Mexique».

L’accord promeut aussi «l’échange et la promotion de contacts entre professionnels et spécialistes dans le domaine de la restauration des monuments historiques, et plus particulièrement en faveur de la protection de patrimoine culturel en cas de catastrophes naturelles». Il survient plus de 7 mois après que, en septembre 2017, deux puissants tremblements de terre aient touché plus de 12 millions de personnes au Mexique, laissant plus de 400 victimes mortelles et endommageant plus de 2000 monuments, parmi lesquels 13 sont classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

D’après Obras web
Traduction de Léa JAILLARD

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