Belles Latinas 2018

Pedro Lemebel à l'honneur


Soirée d’ouverture du festival Belles Latinas 2018 : hommage à Pedro Lemebel

Pour l’ouverture du festival Belles Latinas, qui aura lieu le 10 octobre 2018 au Nouveau Théâtre du 8e, nous proposons une soirée de découverte et d’hommage autour de l’auteur et artiste chilien Pedro Lemebel. Cette soirée sera composée de deux temps : d’abord la performance Cœurs fugitifs, issue du projet «PEDRO», mise en scène par Manon Worms, suivie d’une discussion avec l’équipe du spectacle.

Photo : Pedro Lemebel/Latin American Literature Today

Né en 1952 à Santiago du Chili et mort en 2015 des suites du sida et d’un cancer du larynx, Pedro Lemebel est une immense figure artistique et militante du Chili contemporain. Véritable icône populaire, à la croisée des milieux, il était artiste visuel et performeur, écrivain et chroniqueur sur des radios ou dans des revues, militant travesti pour les droits des homosexuels et des communautés indigènes, membre du Parti communiste et de plusieurs groupes d’extrême-gauche résistants à Pinochet et aux régimes néo-libéraux qui l’ont suivi.

À travers ses chroniques, lettres, récits, manifestes, publiés dans de nombreux recueils, il arpente et embrasse un pays entier, le raconte dans tous ses contrastes, ses cruautés et ses fantaisies, traversant dix-sept ans de dictature militaire, ses crimes et ses séquelles sociales, politiques, humaines. D’interventions publiques en émissions de radio, parlant sous un trait de mascara et une couronne de plumes, de perles ou de cicatrices, sa voix est la mémoire vivante d’une société-mosaïque, construisant par des récits de nuits et de rencontres une galerie de portraits du Santiago queer et résistant, pauvre et indigène, solitaire et multiple. Ses phrases et ses images peuplent encore aujourd’hui les murs des villes, les cœurs et les fêtes du Chili.

En France comme dans le reste de l’Europe, Pedro Lemebel est quasiment inconnu, très peu traduit et très peu édité. Le projet «PEDRO», entamé en 2016, veut combler ce manque. Recherche multiple autour de la figure travestie de Pedro, née sous l’impulsion du choc ressenti à la lecture des textes de Lemebel, l’équipe de Manon Worms cherche à donner à la traduction de cette voix lointaine un écho en différents langages. Des formes performatives, graphiques, visuelles, auditives, créent des trafics entre les genres, les corps vivants et les archives, pour maintenir en liberté cette parole sauvage. Spectacle-maquillage qui procède par accumulation de différentes couches (traductions, créations de sons, d’images et de jeu) pour fabriquer des visages hybrides et éphémères, «PEDRO» compose des espaces sensibles pluriels, tente de saisir l’empreinte d’un cœur en la colorant dans mille peaux, mille langues, mille secrets, d’ici et de là-bas.

L’éclat subversif contenu dans le mélange de corps qui se rencontrent et se transforment sous les yeux complices d’un regard spectateur se réanime à travers ce dialogue ouvert entre notre présent et cet ailleurs lointain. Les empreintes rougies des cœurs fugitifs évadés jusqu’à nous des récits de Pedro brillent dans une constellation de voix et d’images, identités montables et démontables qui interrogent nos propres luttes, celles qui disent que le désir peut être transgressif, l’acte de travestissement révolutionnaire, la parole un danger amoureux.

La performance présentée au NTH8 pour la soirée d’ouverture du festival Belles Latinas, Coeurs fugitifs, est un éclat fugitif du projet «PEDRO», une émeraude éphémère au cours de cette recherche à plusieurs échelles dont l’étape finale de création est prévue pour le début de l’année 2019.

Manon WORMS

 
 

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