Guatemala : la guerre contre la corruption continue

Trois présidents corrompus


La lutte sans fin contre la corruption des gouvernants au Guatemala. Un troisième président mis en examen

Après la démission forcée de l’ancien président Otto Pérez Molina et les accusations contre l’actuel président Jimmy Morales, c’est au tour de l’ancien président Álvaro Colom d’être mis en examen pour une affaire de corruption liée à l’achat de centaines d’autobus sous son mandat.

Photo : Álvaro Colom/Voanews

En 2015, le président Otto Pérez Molina (2012-2015) et sa vice-présidente Roxana Baldetti durent démissionner devant le Palais présidentiel sous la pression de dizaines de milliers de Guatémaltèques lassés de la corruption aux plus hauts niveaux de l’État. Ils avaient été accusés de fraude fiscale, d’enrichissement personnel et d’association de malfaiteurs suite à un mécanisme de corruption appelé « La Ligne » (téléphonique) par laquelle des entrepreneurs contactaient un département secret des douanes pour « négocier » des taxes d’importation dont les bénéfices étaient ensuite répartis entre 28 hauts fonctionnaires dont le président et sa vice-présidente. L’enquête avait été menée par le Ministère public, la Procureure Thelma Aldana, et la CICIG (Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, une institution dépendant des Nations unies). Les procès n’ont toujours pas été ouverts.

Jimmy Morales, actuel président, accusé de corruption

Élu sur « le changement » et « la lutte contre la corruption », l’actuel président Jimmy Morales a bien déçu ses électeurs. Non seulement, cette « lutte contre la corruption » est plutôt invisible mais il est lui-même accusé de corruption par la Procureure Aldana et la CICIG. Le directeur de celle-ci, le Colombien Iván Velásquez, est dans le viseur de Morales qui a voulu l’expulser du pays. Le tollé national et international l’a obligé à faire marche arrière. Ce qui prouve que le Ministère public guatémaltèque assisté par la CICIG sont de plus en plus efficaces dans leur bataille contre la corruption.

La Procureure Thelma Aldana avait demandé au Congrès de lever l’immunité présidentielle de Jimmy Morales pour pouvoir enquêter sur une accusation de financement électoral illicite en faveur du candidat présidentiel d’alors. Non seulement le Congrès avait refusé mais il avait approuvé une loi qui aurait permis au président ou aux membres du Congrès de ne pas être envoyés en prison s’ils étaient condamnés pour les délits dont ils étaient accusés ! La Cour constitutionnelle n’a pas permis que ces propositions deviennent lois mais, depuis, toute l’administration cherche à expulser la CICIG et à démettre la procureure…

Álvaro Colom, troisième président sur la sellette pour corruption

L’ancien président Álvaro Colom (2008-2012) vient d’être détenu sur une accusation de fraude dans l’achat de centaines d’autobus destinés au service public de transport de la capitale lors de son mandat (on parle de 30 millions d’euros). Les prix d’achat auraient été surévalués. De plus, le parti du président (la UNE, Union nationale de l’Espoir, social-démocrate) avait présenté un projet de loi qui exonérait de la TVA et d’impôts l’achat de 3 500 véhicules. Cette loi avait ensuite été votée par 107 des 109 députés présents ! Neuf des anciens ministres de l’époque, accusés d’être partie prenante dans cette fraude éventuelle, ont également été détenus et mis en examen. Tout cela conforte l’opinion publique du « Tous pourris ! ».

Il s’agit ici aussi d’une enquête menée par le Ministère public et la CICIG, décidément bien plus actifs dans la lutte contre la corruption que toutes les promesses électorales du président Morales ! La corruption est un fléau national au Guatemala dénoncé depuis longtemps par les organisations de défense des droits humains dans le pays et internationalement. Ce qui enrage les citoyens, c’est qu’il semble que les plus corrompus se trouvent toujours aux plus hauts niveaux de l’État, ceux-là mêmes qui devraient lutter contre ce fléau. Reverra-t-on, malgré la répression, les électeurs redescendre dans la rue pour exiger leur démission ?

Jac FORTON

 
 

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