Un nouveau roman

Afrique-Caraïbes


Le Guinéen Tierno Monénembo et son roman “Les coqs cubains chantent à minuit”

Quand un écrivain guinéen Tierno Monénembo se plonge dans l’atmosphère cubaine, il ne lui faut pas faire de grand effort pour se retrouver presque chez lui : chaleur, lumières, musique et rythmes, il n’est pas vraiment dépaysé. Tout n’est pas forcément simple pour autant, et Tierno Monénembo, qui a vécu à plusieurs reprises à Cuba montre dans son nouveau roman la richesse des synergies entre Afrique noire et Antilles.

Né en Guinée en 1947, Tierno Monénembo est un des auteurs les plus importants de la littérature africaine d’aujourd’hui. Il a reçu le prix Renaudot 2008 pour Le Roi de Kahel. Son antérieur roman, Le Terroriste noir (2012), a rencontré également un vif succès auprès d’un public de plus en plus fidèle.

Tout commence comme dans du Cabrera Infante, qui d’ailleurs est cité tout au long du livre, avec la visite d’une boîte de nuit faite par El Palenque, un étranger tout juste sorti de l’aéroport de La Havane. À son arrivée, El Palenque, dont le vrai nom est Tierno Alfredo Diallovogui, une variation sur le véritable patronyme de l’auteur, est pris en charge par Ignacio, un de ces jeunes gens qui gagnent leur vie en attendant à l’aéroport les touristes pour les aider à découvrir le pays. D’où vient-il ce El Palenque, de Guinée, de Paris ? Quel est son passé, quelles sont ses origines ? Pourquoi est-il revenu ? Pour quoi ? Les Cubains qui le croisent, ceux qui parlent de lui ont aussi leur part de mystère. L’atmosphère de méfiance générale sur l’île est-elle la seule raison de cette attitude fuyante ?

Tierno Monénembo nous entraîne dans une enquête sur le passé de El Palenque et aussi dans une découverte très animée d’une vie quotidienne à l’opposé des clichés touristiques ou politiques. Dans le langage comme dans la façon de raconter, l’auteur trouve le rythme idéal, nonchalant qui parfois s’accélère pour revenir au calme, on a vraiment l’impression de lire un bon roman cubain. Rien ne manque pour recréer l’atmosphère cubaine, les chansons, la musique et la danse, rien de plus normal à Cuba, tout ce qui rythme le récit, avec des apparitions superbes et populaires, le Trio Matamoros, Célina González (la chanteuse disparue le mois dernier) ou Alicia Alonso (qui, elle, est toujours parmi nous). Non, rien ne manque, ni la joie de vivre très cubaine, ni les rigueurs, pour ne pas dire plus, imposées par le régime, entre moments de détente sur une plage de paradis et moments de tension, historique et personnelle.

Entre Cuba et plusieurs pays d’Afrique noire, la Guinée par exemple, il n’y a pas que les origines qui fassent le rapprochement, il y a aussi les rapports politiques et culturels que le régime castriste a entretenus et développés. Et, on y revient, le climat, la façon de vivre, de danser, de faire de la musique. Peu à peu, l’obscurité, le flou des premiers chapitres se dissolvent pour aboutir à une émotion profonde, celle que les personnages parviennent à communiquer au lecteur. Parmi les personnages, plusieurs ressortent par leurs caractéristiques purement cubaines : le profiteur qui se consacre désormais au marché noir international, la patronne d’un bar où règne la musique et surtout Poeta, ce jeune homme surdoué, intellectuellement supérieur, brisé, qui se retrouve marginalisé, clochardisé parce que sa nature profonde était incompatible avec le régime. Cuba ne manque pas d’auteurs de grand talent, cela ne doit pas faire oublier les non-Cubains comme Tierno Monénembo qui,  de l’extérieur, parlent si bien de ce pays sur lequel on est loin d’avoir tout dit.

 Christian ROINAT

Les coqs cubains chantent à minuit de Tierno Monénembo : Le Seuil, 188 p., 17 €.