Sommet de la UNASUR


8e Sommet de l’Unasur en Équateur pour redonner de la vigueur à l’Union latino-américaine

Ce 8e Sommet a pour objectif de relancer une union politique et économique fonctionnant un peu au ralenti. Un hommage à Néstor Kirchner. Une nationalité sud-américaine ? Relance de la Banque du sud.

UNASUR signifie Union des Nations de l’Amérique du sud, soit douze pays du Cône sud : l’Argentine, la Bolivie, le Brésil, la Colombie, le Chili, l’Équateur, la Guyane, le Paraguay, le Pérou, le Surinam, l’Uruguay et le Venezuela ; les langues officielles sont l’Espagnol, le Portugais, l’Anglais et le Néerlandais (1). Ne sont pas inclues, l’île d’Aruba, une dépendance des Pays-Bas, les îles Trinidad-et-Tobago considérées comme caribéennes bien que proches des côtes vénézuéliennes, et la Guyane française car département français. Le traité constitutif de l’UNASUR a été signé à Brasilia le 23 mai 2008. Il décrète que son siège sera à Quito en Équateur, son Parlement à Cochabamba en Bolivie, sa Banque du sud à Caracas au Venezuela et que son premier secrétaire-général sera Néstor Kirchner, ancien président de l’Argentine.

L’UNASUR est née de la volonté des gouvernements sud-américains de prendre leur distance vis-à-vis des États-Unis dans le but de mieux intégrer les relations régionales, tant politiques qu’économiques. La région est en effet divisée en plusieurs blocs économiques, tels le MercoSur, l’ALBA, la CAN ou l’Alliance du Pacifique (2), selon les tendances politiques. L’idée de l’UNASUR est d’intégrer tous les pays quelle que soit leur orientation politique ou économique. Vaste programme !

Ce 8e Sommet, dont le secrétaire-général actuel est l’ancien président colombien Ernesto Samper, est marqué de plusieurs nouveautés. D’abord, il est divisé entre deux villes : Guayaquil et Quito. Le 4 décembre, les invités sont conduits vers le centre Eloy Alfaro près de Guayaquil pour un hommage rendu au président Pepe Mujica d’Uruguay qui cèdera la place au président tout récemment élu Tabaré Vásquez le 1er mars 2015. Mujica, guerrillero tupamaro, passa 14 ans dans les prisons de la dictature uruguayenne avant de se lancer en politique pour devenir président sous la bannière du MPP (Mouvement de participation populaire), membre du Frente Amplio, une coalition de divers partis et mouvements de gauche qui vient de largement gagner les élections.

Le 5 décembre, les présidents et chefs d’État sont dirigés vers Quito pour l’inauguration du tout nouveau et avant-gardiste siège permanent de l’UNASUR situé au lieu-dit Moitié du Monde car à cheval sur l’Équateur, près de San Antonio de Pichincha, un village andin à 20 km de la capitale et 2 850 m d’altitude. Il s’agit d’un édifice ultramoderne qui porte le nom de Néstor Kirchner, son premier secrétaire-général. Une cérémonie officielle a dévoilé une sculpture de bronze de 2,50 m à sa mémoire réalisée par l’artiste Gerónimo Villalba.

Lors de cette cérémonie, le président de l’Équateur rappelle que Kirchner était intervenu avec succès au nom de l’UNASUR, pour conjurer les attaques dont étaient l’objet Evo Morales lors d’une tentative de sécession de quatre départements boliviens (2009) et Rafael Correa lors d’une tentative de coup d’État (2010). C’est l’UNASUR également qui avait aidé à faire baisser la tension entre la Colombie et le Venezuela. Enfin, Kirchner, avec les présidents Lula et Chavez, avait mis fin aux tentatives de création d’un traité de libre commerce englobant toutes les Amériques voulu par le président George Bush en 2005, connu comme l’ALCA et considéré comme une main mise sur l’Amérique du sud par Bush. Pour Correa, « L’ordre politique, économique et social doit être décidé ici, par ceux qui ont reçu mandat de leurs peuples » et non à Washington.

Rendre vigueur à un fonctionnement au ralenti : des projets ambitieux

Sans siège permanent, le fonctionnement de l’UNASUR n’était pas vraiment optimum. Si l’aspect politique du bloc est assez dynamique, les dernières élections gagnées par plusieurs présidents reconduits dans leur fonction par leurs peuples, couplées avec l’existence du nouveau siège devraient permettre de passer au développement de projets plus concrets. Plusieurs chantiers sont sur la table. D’abord, revitaliser la Banque du sud pour « monter une nouvelle architecture financière régionale »  selon Rafael Correa, qui permettra des échanges financiers entre nations du sud sans devoir passer par la case dollar ou euro. Et Correa d’avertir : « Si nous restons séparés, ce sera le capital transnational qui nous imposera ses conditions ».

Autre chantier, poursuivre l’intégration économique du continent au-delà des différences idéologiques. Pour Dilma Rousseff, présidente du Brésil, « il est fondamental de chercher des formes d’intégration tant économique que des infrastructures, tant logistique qu’énergétique ». Plusieurs projets sont déjà en cours, tels les corridors inter-océaniques routiers ou ferroviaires qui faciliteront accès à l’océan Pacifique et aux marchés asiatiques au Brésil et à l’Argentine et, inversement, un meilleur accès à l’Atlantique et aux marchés africains et européens aux pays situés sur la côte Pacifique. Il a bien sûr été question de la baisse de 30 % des prix du pétrole, ce qui, avec la crise en Europe et au Japon, affectera les revenus des pays producteurs. Il s’agira de trouver les moyens d’affronter les manques à gagner.

Un projet intéressant mais qui n‘attire pas encore l’enthousiasme est celui de la création d’une ‘nationalité’ sud-américaine, donc d’un passeport unique. Ce n’est pas pour demain mais l’idée est lancée.Une proposition plus concrète qui fera débat : que les décisions ne soient plus prises « par consensus », c’est-à-dire à l’unanimité, mais par « majorité qualifiée » car la procédure actuell e « revient à donner pouvoir de veto ».bLe Sommet s’est terminé sur la passation des pouvoirs pro tempore du président Desi Bouterse du Surinam à Pepe Mujica d’Uruguay. L’Amérique du sud, un géant de 500 millions d’habitants représentant 6 % du PIB mondial arrivera-t-elle à former ce bloc politico-économique rêvé par Bolivar ? En tout cas, la bonne volonté est présente. Les intérêts économiques feront peut-être le reste…

Jac FORTON

(1) Le site de la UNASUR : http://www.unasursg.org/
(2) Le MercoSur est formé du Brésil, de l’Argentine, de l’Uruguay, du Paraguay et du Venezuela.. L’ALBA, Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique est composée de la Bolivie, Cuba, Venezuela, Nicaragua, Grenadines, Antigua et Barbuda, Dominique et Équateur. La CAN (Comuniad Andina de Naciones) rassemble la Colombie, le Pérou et l’Équateur. L’Alliance du Pacifique est composée du Mexique, Colombie, Pérou et Chili.