« L’auto » roman de l’écrivain uruguayen Carlos Rehermann vient de paraître aux éditions L’Atinoir

« Sur la route », oui, mais la route 5, celle qui traverse l’Uruguay du nord au sud, entre Rivera, ville frontière avec le Brésil, et Montevideo, la capitale. C’est un voyage en Volkswagen Coccinelle, tout seul, de nuit, sous l’orage, avec des essuie-glaces en panne. Circonstances parfaites pour les divagations mentales et les rencontres bizarres. Carlos Rehermann laisse libre cours à l’ironie, au sarcasme, au fantasme sexuel, et à la digression érudite.

Photo : L’Atinoir

Il en a, de la chance, Alejo Murillo ! Un héritage ! À Rivera, petite ville frontalière au nord de l’Uruguay l’attend une merveille : deux radios (dont une stéréo), quelques tableaux qui ont peu de chance de finir dans un musée, une table avec ses chaises… et une Volkswagen millésime 1962. Après quelques restaurations elle roule encore. Alejo prend donc la route. Sa nature ne l’incite pas à la ligne droite. Nous voici donc plongés dans un « road movie » qui fait penser autant au roman picaresque du Siècle d’or espagnol qu’aux productions hollywoodiennes. En un peu plus modeste, vu la taille de l’Uruguay et vu la personnalité d’Alejo qui (heureusement pour nous !) n’a rien d’une star nord-américaine.

Alejo est lui-même écrivain, un écrivain qui ne se prend pas pour un génie, qui sait observer, qui découvre dans des domaines variés la mécanique dépassée d’une Coccinelle, le folklore local, qui fait remonter ses souvenirs. Lui reviennent des films, des phrases d’auteurs européens ou nord-américains. Une rencontre fortuite avec un inconnu, presque son jumeau, ouvre sur de drôles d’échanges sur la littérature, la religion, la société, drôles et riches d’informations : le Sabbat n’est pas forcément ce que l’on croit ! C’est encore pire… ou alors bien meilleur. En moins de 100 pages et malgré l’âge du protagoniste, qui n’est plus un adolescent, L’auto est autant un roman d’initiation qu’un road movie que vit Alejo, entre farce, récit social et roman sadien. Il ne sera pas du tout le même quand le lecteur referme le livre, un lecteur amusé, étonné, souriant, qui se demande s’il a été pendant une heure ou deux dans la réalité uruguayenne ou dans le fantasme.

Christian ROINAT
America Nostra

L’auto, de Carlos Rehermannn traduit de l’espagnol (Uruguay) par Antoine Barral, éd. L’Atinoir, 107 p., 14 €. Carlos Rehermann en espagnol : El auto, ed. Literatura Random House, Montevideo.