Brooklyn Rivera, leader indigène miskito et figure majeure de la défense des droits des peuples autochtones nicaraguayens, est mort à l’âge de 73 ans. Sa disparition survient après 971 jours de détention, dont une longue période de disparition forcée. Sa mort, loin d’être anodine, soulève des interrogations sur les pratiques du régime nicaraguayen et sur le respect des droits humains. Il représentait un espoir pour le peuple Miskito, notamment en portant ses revendications auprès d’instances internationales.
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La chronologie d’une dégradation des droits de Rivera
Revenons d’abord sur les raisons de son emprisonnement. Le 29 septembre 2023, alors qu’il était interdit de territoire dans son propre pays, Rivera est arrêté à son domicile. La police fait irruption dans son domicile de Bilwi, la capitale de la région autonome de la Côte des Caraïbes Nord. L’intervention policière, menée sans mandat et sous un faux prétexte de campagne médicale, s’accompagne de la confiscation des téléphones des personnes présentes dans la demeure.
Le leader avait pris la décision de revenir sur ses terres clandestinement par « amour » pour sa « terre » et pour son « peuple ». Il est passé par le Honduras en traversant la région commune aux deux pays, la Mosquitia.;,Son interdiction intervient dans un contexte gouvernemental de durcissement autoritaire. Le couple présidentiel est composé d’une co-présidence entre Daniel Ortega, ayant déjà dirigé le pays dans les années 1980, et de retour au pouvoir depuis 2007, et son épouse, Rosario Murillo, créant un nouveau poste étatique. Depuis son retour au pouvoir, le couple resserre étroitement les liens entre les institutions et sa personne. Ortega a, à de nombreuses reprises, réformé la constitution, s’octroyant par exemple un nombre indéfini de mandats. L’élargissement des prérogatives présidentielles a pris une autre tournure en permettant l’obtention des pleins pouvoirs, le jeudi 30 janvier 2026, à la suite du vote d’une réforme constitutionnelle au Parlement monocaméral. Dans ce cadre, Brooklyn Rivera, seul représentant du mouvement autochtone Yátama à l’Assemblée nationale, incarnait une voix dissidente de premier plan.
Une arrestation, symbole d’un pouvoir étatique dénoncé
Le motif de son arrestation est peu recevable pour de nombreux experts des droits humains. Ce dernier, ainsi que sa mort en détention, représente des « crimes internationaux » pour certaines ONG. Son unique crime est celui du rôle d’alerte qu’il a endossé devant l’ONU. Officiellement accusé d’atteinte à la souveraineté nationale, à la paix et à la sécurité, il est, pour de nombreux observateurs, poursuivi en raison de son rôle de lanceur d’alerte sur la situation des populations autochtones.
Effectivement, lors de la 22ème session de l’instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones, à Genève en avril 2023, Rivera avait dénoncé : « La dépossession des territoires, le pillage des biens ancestraux, le démantèlement des structures traditionnelles, le remplacement des autorités indigènes et la destruction de l’environnement naturel ».
Cette arrestation, sous couvert de motif de trahison, est un exemple de répression étatique. Officiellement, il était accusé d’avoir nui à la paix, à la sécurité ainsi qu’à la souveraineté nationale. Les intérêts non officiels du gouvernement étaient de faire taire un leader symbolique et de minimiser les opposants.
Les conséquences de l’arrestation furent tragiques. Il est vrai que la disparition forcée entre septembre 2023 et novembre 2024, moment où les autorités annoncent son arrestation, soit durant plus de quatorze mois, l’a affaibli. Sans nouvelles, ni indications sur son lieu de détention ou sur son état de santé, ses proches furent laissés dans le doute. Selon Amnesty International, cette disparition est une disparition forcée par l’Etat nicaraguayen, avec des pratiques réprimées cherchant à intimider les populations autochtones. Toujours selon cette ONG, RIvera était ce que l’on nomme un prisonnier d’opinion, dont les Etats-Unis elles-mêmes réclamaient la libération.
Malgré les pressions internationales, les autorités sanitaires nicaraguayennes dans un communiqué publié dans des médias pro gouvernementaux, ont annoncé sa mort : « Nous avons le regret de confirmer qu’il a malheureusement quitté ce monde ».
Une mort controversée
Brooklyn Rivera est mort le 30 mai 2026 aux alentours de 20h30, à l’âge de 73 ans, à l’hôpital Fernando Vélez Paiz de Managua, dans le pays. Il y avait été transféré en mars 2026 pour une grave détérioration de son état respiratoire. Les autorités nicaraguayennes ont attribué son décès à des complications liées au Covid-19, évoquant une « détérioration physique et neurologique » conséquence d’une bactérie générée par le virus, une explication que conteste sa famille, des ONG et des défenseurs des droits humains, qui soulignent la longueur de sa détention et l’absence de transparence sur sa prise en charge. Son corps a ensuite été enterré au cimetière privé Sierra de Paz, au sud-est de Managua.
Sa fille, Tininiska Rivera, en exil, affirme ne pas avoir été autorisée à le voir et rejette l’idée qu’il ait été entouré de sa famille dans ses derniers instants. Elle accuse directement le gouvernement d’être responsable de la dégradation de son état de santé. Elle a demandé à récupérer le corps de son père afin de lui rendre hommage conformément aux « traditions » miskito. Suite à sa mort, le président pour le Nicaragua du Groupe d’experts des droits humains de l’ONU a ordonné la mise en place d’une enquête indépendante, avec de la transparence ainsi que la restitution de sa dépouille à sa famille. Ariela Peralta, une des expertes, dans un communiqué, expliqua que : « La disparition forcée de Rivera, alors qu’il était sous la garde de l’État, constitue un crime international dont le gouvernement du Nicaragua est légalement responsable ».
Marguerite CAHEREC-DAILLOUX


