D’après le site Atlantico.fr, l’année 2027 sera menacé par un épisode El Niño hors norme et surchauffé par le dérèglement climatique, le climat mondial s’apprête à franchir de nouveaux sommets, exposant l’Europe à un hiver particulièrement doux, humide et propice aux inondations.
Record de chaleur : un phénomène El Niño très fort, amplifié par un réchauffement mondial à +1,5 °C, rend très probable que 2027 devienne l’année la plus chaude jamais enregistrée. Impacts mondiaux exacerbes : l’accumulation de chaleur et d’humidité favorise des typhons plus intenses dans le Pacifique ainsi que des sécheresses extrêmes, notamment en Amérique centrale. Disparition des ouragans atlantiques : le cisaillement des vents provoqué par El Niño empêche la formation d’ouragans dans l’océan Atlantique. Hiver doux et inondations en Europe : le renforcement des vents d’ouest amène douceur et humidité, accentuant fortement le risque d’inondations et de pluies extrêmes, surtout en Méditerranée.
Atlantico.fr : El Niño vient de franchir le seuil considéré comme celui d’un épisode « très fort » ou « super El Niño ». Que signifie concrètement ce changement de catégorie ? Et peut-on réellement parler d’un événement exceptionnel à ce stade ?
Xavier Fettweis : Il y a 75 % de chances que l’on dépasse le record absolu observé depuis le début des observations. En termes d’impact, plus le niveau est élevé, plus les impacts sont importants et plus les anomalies sont fortes. Avec les impacts liés à El Niño, il faut également ajouter les anomalies liées aux changements climatiques, sachant que nous sommes dans un monde à +1,5 °C. Le réchauffement climatique a tendance à amplifier les anomalies, notamment les anomalies hydriques, les sécheresses ou les inondations. Les deux phénomènes — le changement climatique et un El Niño hors catégorie — risquent donc d’engendrer un certain nombre d’anomalies un peu partout dans le monde.
Quels effets peut-on attendre de cet El Niño sur l’Europe au cours des prochains mois ? Peut-il modifier sensiblement notre automne et surtout notre hiver, en termes de températures, de précipitations, de neige ou de tempêtes ?
L’impact sur l’Europe est indirect. Ce n’est pas comme en Amérique du Sud ou en Australie, par exemple, où les effets de El Niño sont directs. Des conséquences directes ont déjà été observées dans ces régions. Par exemple, trois ou quatre typhons ont été observés simultanément dans le Pacifique. C’est une conséquence d’El Niño. En revanche, il n’y a pas eu d’ouragan encore observé dans l’Atlantique. C’est également un effet d’El Niño. Pour avoir des ouragans, il faut de l’eau chaude et un vent faible qui souffle, à chaque altitude, dans la même direction. Or, avec El Niño, on observe du cisaillement du vent dans l’Atlantique, ce qui empêche les ouragans de se former. Il y a également eu de la neige dans le désert de l’Atacama. Là encore, c’est une conséquence directe de El Niño : comme les vents s’inversent, il peut pleuvoir dans les déserts, parfois pendant des heures, alors qu’il n’y pleut habituellement pas.
Il y a également eu des inondations au Japon, qui sont elles aussi liées à d’El Niño qui favorise des pluies plus abondantes dans ces régions. Cependant en Amérique Centrale (Panama, Salvador, …), c’est l’inverse, et on s’attend à y observer une des pires sécheresses de l’histoire. Sur l’Europe, en revanche, El Niño a tendance à dynamiser, ou à favoriser, une dynamique atmosphérique plus forte. Cela signifie que les vents d’ouest sont plus forts et qu’ils nous apportent davantage d’humidité, de dépressions et de douceur. Avec un El Niño d’une telle ampleur cette année, il faut donc s’attendre à un hiver doux et humide en Europe.
Cet épisode intervient dans un contexte où le climat mondial est déjà exceptionnellement chaud. Est-ce que le réchauffement climatique amplifie les effets d’El Niño, ou faut-il bien distinguer les deux phénomènes ?
Le réchauffement climatique amplifie les effets d’El Niño. Les océans sont plus chauds partout à l’échelle de la planète et, par conséquent, El Niño n’aura pas exactement le même impact que si nous étions dans un climat normal. Cela va clairement amplifier les effets. Cette situation favorise, par exemple, davantage de typhons dans le Pacifique. Comme l’océan Pacifique est très chaud en raison du réchauffement climatique, on retrouve suffisamment d’énergie pour que ces phénomènes puissent aller encore plus loin en latitude. Cela amplifie donc le problème et favorise des précipitations dans des endroits où il ne pleut pas habituellement. Par ailleurs, comme l’atmosphère est plus chaude, elle peut contenir davantage d’eau. Ainsi, lorsqu’il y a des précipitations, elles sont plus importantes. C’est pour cela qu’il y a eu beaucoup de neige dans le désert de l’Atacama, alors qu’il n’y pleut normalement jamais.
Il en va de même pour les sécheresses. El Niño favorise les sécheresses dans certains pays, notamment en Australie, en Indonésie et dans d’autres régions, ainsi qu’en Amérique centrale. Comme il fait plus chaud, il est possible d’observer davantage d’évapotranspiration et, par conséquent, les sécheresses sont exacerbées.
2026 pourrait-elle battre de nouveaux records de température mondiale, et que peut-on déjà dire de 2027 ? Dans quelle mesure la puissance actuelle d’El Niño peut-elle faire basculer l’une de ces années vers un nouveau record ?
Effectivement, l’année la plus chaude jamais observée est 2023 et cela correspondait à une année El Niño. Ensuite, il y a eu, en 2024-2025, La Niña, l’opposé d’El Niño, et la température globale était un peu plus faible qu’en 2023 toute en restant plus élevée que les années avant 2023. Avec El Niño en 2026 et en 2027, il est plus que probable que 2027 soit l’année la plus chaude jamais enregistrée à l’échelle globale, au vu de l’intensité de cet événement El Nino. Évidemment, dans l’évolution de la température globale, le réchauffement climatique domine le signal. Mais, d’une année à l’autre, les températures sont généralement de 0,1 à 0,3 °C plus élevées avec El Niño alors que La Niña peut faire diminuer la température globale de quelques dixièmes de degré.
Les conséquences spectaculaires d’El Niño – ouragans, sécheresses, incendies, températures extrêmes – ont un impact dans le monde entier. Quels sont les effets les plus importants à surveiller en Europe et quels signaux les citoyens devraient-ils scruter avec attention dans les prochains mois ?
En Europe, avec El Niño, le principal risque sera surtout celui des inondations cet automne ou cet hiver. Pourquoi ? Parce que la situation favorise une dynamique atmosphérique forte, avec davantage de vents d’Ouest, et donc de l’humidité et de la douceur qui arrivent sur l’Europe. Mais il faut également savoir que tous les océans et les mers autour de l’Europe, et notamment la Méditerranée, sont extrêmement chauds. La présence de davantage de dépressions que d’habitude au-dessus d’océans beaucoup plus chauds que la normale ne peut que favoriser des précipitations très importantes, notamment en mer Méditerranée. Le risque d’inondations cet automne est donc extrêmement fort. Des épisodes orageux et des inondations, comme celles qui se sont produites il y a 2 ans à Valence, en Espagne, pourraient se reproduire cet automne. Des pluies extrêmes pour la période automnale constituent un risque majeur pour l’Europe, et surtout pour la Méditerranée.
D’après le site Atlantico.fr
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