Les positions diplomatiques des pays latino-américains, face au conflit du Sahara occidental, enlisé depuis plus de cinquante ans, sont en train de changer en même temps que le statut géopolitique du Maroc qui revendique la souveraineté sur ce territoire sans propriétaire. Les évolutions diplomatiques en cours s’inscrivent dans une dynamique favorable au Maroc.
Le Sahara occidental est un territoire de 266 000 km2, du nord-ouest de l’Afrique, bordé par une province marocaine au nord, l’Algérie au nord-est, la Mauritanie à l’est et au sud, tandis que sa côte ouest donne sur l’Atlantique. “Territoire non autonome », cette ancienne colonie espagnole n’a toujours pas de statut définitif sur le plan juridique depuis le départ des Espagnols en 1976, pour donner suite à la Marche verte lancée par le Roi Hassan II. L’intégration du Sahara occidental au Maroc est considérée comme un « devoir sacré » et cette politique est devenue le prisme à travers lequel toutes les décisions internationales du Maroc ont été conduites depuis 2007 sous l’autorité du Roi Mohammed VI.
Le territoire est revendiqué à la fois par le Maroc et par la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario en 1976. Ce dernier est un mouvement dont l’objectif est l’indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l’Algérie. De fait, aujourd’hui, le Maroc contrôle 80 % du territoire et en exploite les ressources halieutiques et minières sans l’accord des parties prenantes au conflit ni de l’ONU. De longue date, le Roi Mohammed VI propose, en lieu et place d’un referendum, un plan d’autonomie pour liquider les « reliques du colonialisme ». Le Front Polisario continue de réclamer l’indépendance totale avec le soutien de l’Algérie, tandis que le statut final reste non réglé par l’ONU.
En octobre 2025, le Maroc a obtenu une victoire diplomatique lors du vote à l’ONU d’une résolution sur le Sahara occidental. À l’initiative des États-Unis de Donald Trump, la résolution soutient le plan marocain d’autonomie du Sahara occidental, malgré l’hostilité de l’Algérie. Un tournant majeur dans ce conflit. Depuis 2020, une cascade de reconnaissances sur la scène internationale a enclenché une nouvelle dynamique géopolitique avec comme base de solution la centralité du plan marocain d’autonomie. Après les Etats-Unis, la plupart des pays occidentaux ont suivi ainsi que des pays africains, anciens soutiens du Polisario.
Le Maroc et l’Amérique latine
Après des décennies durant lesquelles l’Amérique latine a été considérée comme l’un des principaux bastions du soutien politique et diplomatique au Front Polisario, la carte des positions dans la région connaît des évolutions notables, de plus en plus favorables au Maroc et dans plusieurs pays. Le Front Polisario semble de plus en plus isolé sur la scène internationale, alors qu’un nombre croissant de pays déclarent leur soutien à la souveraineté du Maroc sur le Sahara, ou appuient l’initiative d’autonomie présentée par Rabat en 2007 comme base de règlement du différend régional. Ces évolutions sont particulièrement visibles en Amérique latine.
La Colombie figure parmi les derniers pays à avoir revu la nature de ses liens avec le Polisario. Le nouveau gouvernement a décidé de geler ses relations avec la « République sahraouie », avant d’aller plus loin en annonçant son soutien à la souveraineté du Maroc sur le Sahara, ainsi que sa volonté de renforcer la coopération avec le royaume dans les domaines du commerce, de l’investissement, de la sécurité alimentaire, des infrastructures portuaires et de la connectivité transatlantique.
Avant cela, le Pérou avait décidé, en septembre 2023, de rompre ses liens avec la «RASD». En juillet dernier, le bureau de la présidente récemment élue, Keiko Fujimori, a confirmé que le gouvernement péruvien s’engageait à soutenir l’intégrité territoriale du Maroc et sa souveraineté sur ses provinces du Sud. En 2024, l’Équateur a décidé de suspendre sa reconnaissance de la « République sahraouie », qu’elle avait reconnue en 1983 avant d’autoriser l’ouverture d’une « ambassade » en 2009. Cette décision a permis d’ouvrir un nouveau chapitre dans les relations avec le Maroc. En février dernier, la Bolivie a décidé de suspendre ses relations diplomatiques avec le Polisario et de mettre fin à tout contact officiel, réaffirmant son soutien aux efforts internationaux visant à parvenir à une solution politique réaliste, pragmatique et durable, fondée sur le compromis, conformément aux paramètres fixés par les Nations unies.
Deux mois plus tard, le Honduras a annoncé la suspension de sa reconnaissance de la « République Sahraouie », qualifiant cette démarche de « décision souveraine du Honduras, fondée sur son engagement en faveur des principes de non-ingérence et de respect de la souveraineté interne des autres États ». Le pays a également réaffirmé son plein soutien aux efforts du secrétaire général des Nations unies et de son envoyé personnel en vue de rechercher une solution politique juste et durable, ainsi que son attachement aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, en particulier la résolution 2797.
Chili, Brésil et Argentine : des positions plus proches du Maroc
Au Chili, qui n’a jamais reconnu le Polisario, le rapprochement avec le Maroc s’est nettement affirmé, notamment après l’arrivée au pouvoir, en mars dernier, de José Antonio Kast, fondateur du Parti républicain. Il y a quelques semaines, des négociations officielles ont été lancées en vue d’un accord de libre-échange entre les deux pays. Le Polisario redoute que cet accord n’inclue le Sahara, ce qui reviendrait à une reconnaissance implicite de la souveraineté du Maroc sur la région. Au Brésil, le discours officiel et politique s’est, ces dernières années, de plus en plus orienté vers le soutien aux efforts du Maroc et à sa proposition d’autonomie. Le Parti travailliste du président Luiz Inácio Lula da Silva a affirmé que le plan d’autonomie marocain s’inscrivait dans les principes du dialogue et du droit international, et pouvait contribuer à améliorer le bien-être des populations concernées. L’Argentine, de son côté, semble aussi se rapprocher des positions marocaines sous le gouvernement de droite du président Javier Milei.
Les évolutions observées dans la région montrent que la présence du Maroc en Amérique latine ne se limite plus aux relations bilatérales qui intègrent de plus en plus des partenariats économiques. Elle s’étend désormais aux institutions régionales. En juin 2022, le Polisario avait mis en garde le Parlement andin contre les tentatives marocaines d’obtenir un soutien institutionnel à sa position sur la question du Sahara. Trois ans plus tard, le Parlement andin a tenu une session plénière au Maroc, où son président a décrit le royaume comme un « pont stratégique entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique latine ». L’institution a également annoncé son soutien à l’intégrité territoriale du Maroc.
À cette même occasion, une délégation parlementaire s’est rendue dans la ville de Laâyoune. Seule une poignée de pays latino-américains continue de soutenir le front Polisario au premier rang desquels figurent le Mexique et le Venezuela, aux prises avec des difficultés économiques et dont le président est emprisonné aux États-Unis. Compte tenu de la suzeraineté exercée par les États-Unis sur le Venezuela et son “arrière-cour”, les positions considérées comme “séparatistes” par les médias marocains vont sans doute perdre du terrain dans les prochaines années. La plupart des pays d’Amérique latine considèrent de plus en plus le Maroc comme une porte d’entrée vers le continent africain.
À coups de politiques du fait accompli, le Maroc a agrandi son territoire de près de 60 % et compte 3 500 km de côtes Atlantique et Méditerranée. Fort de cette position stratégique, au contact de l’Europe, grâce à une diplomatie persévérante et à des partenariats Sud/Sud, le Maroc est incontestablement en position avantageuse. Présent sur le continent africain (banque, assurance) et dorénavant inscrit dans les chaînes de valeur mondiales (automobile, aéronautique, phosphate, méga ports de marchandises de Tanger et Nador…), Rabat dispose des leviers pour renforcer son ancrage dans la région et articuler la coopération économique avec les pays du Sud en Afrique, en Amérique latine, en Europe, au bénéfice de ses intérêts stratégiques. La question du Sahara occidental est le révélateur d’une position éminente du Maroc sur la carte du monde.
Maurice NAHORY


