Le roman monstre de Gustavo Faverón Patriau est un des chefs-d’œuvre de la rentrée littéraire

Voici un livre immense que ne connaissent encore qu’une poignée d’initiés, un livre qui circule sous le manteau à la manière d’un texte interdit, qui hante les esprits et les corps, retourne les cerveaux. Par son ampleur, sa puissance narrative, la noirceur qui le travail, il évoque « les Bienveillantes » de Jonathan Littell ou les grands textes du maître chilien Roberto Bolaño (1953-2003). Mais « les Lieux souterrains » est surtout une œuvre inclassable qui fourmille d’histoires connexes, à commencer par celle d’un homme qui fut cinéaste d’avant-garde, agent de la CIA en Amérique du Sud dans les années 1950-1960, et qui finit par construire des lieux de détention et torturer dans des caves. Son fils part sur les traces de ce père diabolique, voyage en Argentine, au Paraguay, au Chili, se sent gagné par le Mal à son tour. Tour de force romanesque, le livre de Gustavo Faverón Patriau est également une anomalie éditoriale : son auteur, qui a écrit déjà une dizaine de livres, n’avait jamais été traduit en France.

Lima, 1992. Un meurtre atroce est commis dans un sous-sol. Tout accuse le réalisateur américain George Walker Bennett, fils d’un tortionnaire de la CIA qui a sévi pendant des années pour le compte des dictatures militaires au Pérou, en Bolivie, au Chili et au Paraguay. Il s’était pourtant juré de ne jamais marcher dans les traces de ce père monstrueux…

C’est le point de départ d’une grande odyssée à travers la face cachée de l’histoire de l’Amérique latine, des États-Unis et de l’Europe. Car l’origine de ce crime remonte à vingt-cinq ans plus tôt et il faudra encore autant d’années pour que son mobile soit élucidé. Ce voyage est peuplé d’originaux et de poètes, d’espions érudits et d’exilés, de victimes ou de bourreaux, et trempe George Walker Bennett dans la violence et la folie des autres autant que dans les siennes propres. Les pistes se démultiplient dans cette intrigue foisonnante à la Borges, jusqu’à ce que les pièces du puzzle labyrinthique s’assemblent une à une. Mais ne sommes-nous pas encore pris dans un trompe-l’œil ?

Les Lieux souterrains est un livre fou et fascinant, tout en tension et mélancolie, où se mêlent aventure, quête d’identité, énigmes, horreur et amour. Un nouveau chef-d’œuvre total de la littérature latino-américaine du XXI siècle, qui rappelle qu’il y a du jeu dans la littérature, dans ce qu’elle peut tenter et dire de l’histoire mondiale d’hier et d’aujourd’hui.