Investie ce mardi 28 juillet nouvelle présidente du Pérou, Keiko Fujimori a d’emblée annoncé que les militaires assumeront le « maintien de l’ordre » dans les zones affectées par les gangs, le narcotrafic et l’extraction minière illégale, l’une de ses principales promesses de fermeté.
« Je jure d’exercer fidèlement les fonctions de présidente de la République que la nation m’a confiées pour la période 2026-2031 », a déclaré la fille de l’ancien président Alberto Fujimori qui avait promis durant la campagne électorale d’être intransigeante face à la délinquance. Keiko Fujimori a grandi dans les coulisses du pouvoir à l’ombre de son père, président du Pérou de 1990 à 2000. Figure de la droite péruvienne depuis deux décennies, elle devient à 51 ans, après avoir échoué au second tour en 2011, 2016 et 2021, la deuxième femme présidente du Pérou – après Dina Boluarte entre 2022 et 2025 -, grâce à sa courte victoire à la présidentielle du 7 juin dernier.
Cérémonie à Lima
Le roi Felipe VI a assisté à la cérémonie d’investiture et de prise de commandement suprême de Keiko Fujimori au musée du Congrès national et de l’Inquisition. Après la cérémonie, un déjeuner était offert aux dignitaires étrangers au palais du gouvernement dont la nouvelle présidente a pu prendre possession. À 51 ans, Keiko Fujimori accède à la présidence, dans l’un des pays les plus instables du monde. Depuis 2016, soit en dix ans, le pays a connu neuf présidents, dont trois ont véritablement été élus par la population, deux ont démissionné et quatre ont été destitués. Le président sortant, José María Balcázar, qui est d’ailleurs considéré comme président par intérim, a lui-même occupé cette fonction que cinq mois, après avoir été choisi par le Congrès en février 2026, après la destitution de José Jerí, lui-même ayant assuré un mandat d’intérim de quatre mois.
Son mandat marque le retour du « fujimorisme », terme invité pour qualifier la politique menée par son père. Son père, Alberto Fujimori, a été président de 1990 à 2000. Étant divorcé, sa fille fut sa première dame durant ses dix années de mandat. Son père, décédé en 2024, avait réussi à mater les guérillas du Sentier lumineux et du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru qui sévissaient dans les années 1980-1990, en plus de stabiliser l’économie. « Mais il a aussi pris le contrôle des institutions en 1992 pour se faire réélire, et a été condamné pour corruption et crimes contre l’humanité ». Après son serment, un groupe de parlementaires de gauche qui contestent son élection a quitté l’hémicycle en signe de protestation. Son intronisation marque le retour du fujimorisme au pouvoir, un mouvement populiste oscillant entre conservatisme et libéralisme, et qui divise les Péruviens.
« En cas d’état d’urgence, les forces armées assumeront temporairement la direction des opérations de sécurité et du maintien de l’ordre interne » afin de « rendre ces territoires aux citoyens », a déclaré la dirigeante de droite lors de son discours d’intronisation devant le Parlement. « Je ne suis pas venue offrir des miracles immédiats, ni des promesses creuses. Je suis venue offrir une méthode, de la discipline, de la persévérance et une voie claire », a-t-elle ajouté. Diplômée en administration aux États-Unis, ancienne députée, Mme Fujimori, 51 ans, avait remporté le second tour de l’élection présidentielle du 7 juin avec moins de 50 000 voix d’avance sur son rival de gauche Roberto Sánchez, après avoir été battue dans les trois scrutins précédents.
Le roi Felipe VI n’était pas le seul chef d’État présent à la cérémonie. Le président argentin Javier Milei, le président chilien José Antonio Kast, le président bolivien Rodrigo Paz, le président équatorien Daniel Noboa et le président uruguayen Yamandú Orsi ont montré leur soutien à la nouvelle présidente. En raison du lien historique qui unit l’Espagne aux pays d’Amérique latine, pour la plupart hispanophones, le roi Felipe assiste aux cérémonies d’investiture des présidents ibéro-américains depuis 1996, soit déjà durant le règne de son père alors qu’il était encore prince des Asturies. Le roi Felipe devra à nouveau interrompre ses vacances dans une dizaine de jours, lorsqu’il se rendra en Colombie pour assister à la cérémonie d’investiture du nouveau président Abelardo de la Espriella.
Neuvième président en dix ans
Keiko Fujimori a mené campagne en promettant de lutter contre la criminalité, le Pérou étant confronté à sa pire crise sécuritaire depuis des décennies, alimentée par l’installation de bandes criminelles, locales et étrangères, qui s’adonnent à de l’extorsion et à des assassinats commandités. « Ça va être une reproduction du père », estime César Fuentes, retraité de 80 ans, qui craint que ses stratégies contre l’insécurité ne débouchent sur des abus.
Issue d’une famille d’origine japonaise, la nouvelle dirigeante péruvienne entend combattre la criminalité par l’expulsion massive de migrants en situation irrégulière, la mise en place de tribunaux avec des juges anonymes et l’obligation pour les prisonniers de travailler en échange de nourriture. Le sociologue David Sulmont estime que « si le gouvernement ne parvient pas à donner rapidement des signes tangibles » de lutte contre l’insécurité, « cela peut éroder rapidement sa légitimité et sa popularité ». Keiko Fujimori s’est aussi engagée à combattre le phénomène climatique El Niño, qui devrait être cette année particulièrement intense et le plus dévastateur depuis 1998, et dit vouloir la « réconciliation nationale » dans un pays où la figure clivante de son père divise le pays. Keiko Fujimori devient la neuvième présidente du pays en une décennie, et la deuxième femme à diriger le pays. Elle succède au président par intérim José Maria Balcazar.
D’Après les Agences de presse
Traduit par Espaces Latinos


