Suites avec des danses à Avignon, Festival Off 2026 : Réinventer le tango !

En effet, à la Condition des Soies, de nouveau cette année trois troupes de Taiwan sont présentes et nous permettent de découvrir la qualité de leur danse, dont Dashing Theater avec Le sacre du printemps, dont nous ne pouvons que souligner la maitrise et la fluidité des cinq danseurs qui évoluent sur scène davantage côte à côte qu’ensemble. Ce parti pris d’une absence d’interaction entre les cinq danseurs, incarnant chacun un type de danse différent et l’explorant sur scène, inspire à la fois une forme de froideur et une certaine intensité, notamment dans les regards. Ce spectacle du chorégraphe Huai Te Huang est parfois déroutant, mais esthétiquement réussi.   

Nous avions, dès notre premier article, pré sélectionné [4] saisons d’Ariane Liautaud, dont nous suivons le travail depuis trois ans, spectacle présenté au théâtre Golovine tous les soirs à 20h (sauf le lundi) et qui confirme la créativité de la chorégraphe. L’ADT Company, qui a à cœur de faire vivre le tango, de le faire évoluer et de le déplacer dans la rue, nous offre de nouveau un spectacle réjouissant, après Last birds et Tres son multitud[4] saisons a été écrit et pensé avant les deux autres spectacles ; il s’agit donc d’une étape de création antérieure et d’une exploration du tango à deux qui précède l’exploration d’un tango à trois puis à cinq. Le renouvellement et l’innovation créative portent ici notamment sur le choix des musiques : Vivaldi pour la plupart des morceaux, mais aussi des sons naturels telle la pluie, le vent ou encore les pépiements d’un oiseau, et enfin un superbe morceau d’Astor Piazzolla, qui sera le seul morceau argentin de tout le spectacle. Ariane Liautaud nous prouve que le tango s’adapte à tous les espaces sonores ; tous les rythmes et tous les tempos permettent de le danser, aucune limite n’est donnée par le genre musical. Et quel plaisir que de voir le duo danser un tango parfaitement maitrisé, aux confins d’un tango traditionnel et d’une danse contemporaine, sur le son du souffle du vent symbolisant l’hiver des amoureux, ou en suivant les pépiements d’un oiseau remplaçant la voix féminine dans le dialogue imaginé entre les danseurs.

Ces quatre saisons sont celles d’un couple et des étapes, émotions, et liens qui le traversent au gré de son histoire. L’interprétation par Ariane Liautaud et Karim El Toukhi fait jaillir une palette d’émotions avec une intensité rare. La mise en scène limpide et le rythme enlevé embarquent le spectateur qui se retrouve dans ce couple évoluant au gré des saisons. De ce spectacle profondément enraciné dans le tango émane une atemporalité à laquelle les spectateurs de tous âges et de tous horizons ne peuvent qu’être sensibles.   

Quelques mots enfin sur Pulpit, toujours au théâtre Golovine après [4] saisons, où la compagnie Désacorpsdé, propose une pièce au croisement entre le hip hop et la danse contemporaine : Pulpit fait dialoguer les corps et leurs peaux. Les corps souvent s’entremêlent au gré de portés audacieux et sont ici sublimés par la lumière, dans une danse qui s’accompagne de textes en voix off invitant à une réflexion sur la peau et le rapport qu’elle entretient au monde et aux autres. Une jolie surprise pour nous que de découvrir cette compagnie qui fait son premier festival d’Avignon sur cette très belle scène du Théâtre Golovine, scène permanente qui ne programme que des spectacles de danse et où l’on aimerait volontiers passer une journée complète pour découvrir l’ensemble de sa sélection riche et variée qui s’adresse aux petits et aux grands !