Le parlement bolivien autorise le président, Rodrigo Paz à recourir à l’armée pour lever les barrages routiers

La Bolivie connaît depuis plus de cinq semaines des grèves et des manifestations de diverses organisations sociales qui dénoncent la crise économique et l’inflation. L’un des plus grands syndicats, la Centrale Ouvrière Bolivienne, a déclaré une grève illimitée jusqu’à ce que le gouvernement réponde à leurs revendications. Les manifestants exigent maintenant la démission de leur président de centre droit, Rodrigo Paz, au pouvoir depuis six mois. Jusqu’à maintenant, le président bolivien Rodrigo Paz avait évité toute intervention militaire et souhaitait régler la crise par le dialogue. Cependant, toutes ces tentatives de compromis du président bolivien ont échoué et les violences ont continué. Ces dernières semaines, il agitait de plus en plus la menace d’un état d’urgence afin de forcer le peuple au dialogue : « Ceux qui veulent détruire la patrie auront affaire à moi et à toute la force de la Constitution », a-t-il averti. « Aux policiers, aux forces armées : sentez-vous en sécurité, votre peuple vous soutient ». 

Face à l’échec des négociations, le dimanche 7 juin, le président Rodrigo Paz a reçu le feu vert du Parlement pour décréter l’état d’exception qui lui permet de recourir à l’armée afin de lever les barrages routiers. La loi a été approuvée par le Sénat, puis adoptée par la Chambre des députés. Cet état d’exception permettra de déployer davantage de forces militaires afin de lever les 80 barrages routiers maintenus par des paysans et des ouvriers dans tout le pays. Il permettra aussi de restreindre à tout moment la liberté de circulation et de réunion des Boliviens. 

De plus, l’état d’exception comprend une disposition accordant aux militaires une présomption de légalité dans l’exercice de leurs fonctions. Cette présomption de légalité obligera le gouvernement à défendre juridiquement chaque militaire. L’objectif est d’encourager les militaires à utiliser la force sans craindre d’être poursuivis pénalement. Cette mesure suscite de vives inquiétudes parmi les défenseurs des droits humains et une partie de l’opposition. Dans ce contexte, des premiers affrontements ont eu lieu entre des manifestants et les forces de l’ordre ce lundi 9 juin.

Cette loi a suscité de vives critiques de la part de l’ancien président Evo Morales, qui l’accuse de porter atteinte aux libertés et aux droits des Boliviens. Selon lui, elle affaiblit les contre-pouvoirs parlementaire et judiciaire, permettant ainsi au gouvernement d’agir avec une grande marge de manœuvre et sans contrôle suffisant. De son côté, Rodrigo Paz a défendu cette mesure en affirmant qu’elle vise principalement à renforcer la lutte contre les “narcotrafiquants” et les “délinquants” afin de protéger la population bolivienne. Toutefois, cet argument peine à convaincre certains observateurs et il sert principalement à délégitimer la lutte des manifestants.

Alors que les premières opérations militaires ont commencé dans certaines régions du pays, l’incertitude demeure quant à l’évolution de la crise. Le gouvernement espère un rétablissement rapide de l’ordre, tandis que les organisations sociales promettent de poursuivre leur mobilisation. Dans un contexte de fortes tensions politiques et sociales, les prochains jours pourraient être décisifs pour l’avenir du mandat de Rodrigo Paz. L’avenir de la Bolivie reste très incertain. Selon certains observateurs, comme M. Cordero Caraffa, Rodrigo Paz pourrait accepter un référendum révocatoire qui ouvrirait la voie à de possibles élections anticipées.