René Depestre : nomade malgré lui sur France Culture

Le 29 août 1926 nait à Jacmel, en Haïti, René Depestre. L’étudiant marxiste est aussi épris de poésie et de littérature et toute sa vie durant, il va osciller entre ces deux pôles : le combat politique, parfois armes à la main, et la création littéraire. Après avoir fondé le Parti Communiste haïtien et publié son premier recueil de poésie, « Étincelles« , il doit quitter l’île en 1946 lorsqu’une dictature militaire s’installe et menace les opposants, dont il fait partie.

Son existence prend alors la forme d’un voyage sans fin : Paris d’abord où il fréquente la Sorbonne, la Hongrie ensuite, le pays de sa femme qui apparaît alors dans nombre de ses poèmes, la République tchèque, le Brésil, le Chili… En 1952, René Depestre publie Traduit du grand large, troisième recueil marqué par l’exil. Depuis La Havane où il séjourne, le poète revient sur ces années difficiles de déracinement, de silences contraints et de voyages forcés, mais toujours en quête d’identité. Convaincu par les idéaux de la Révolution cubaine qui a débouché sur l’éviction du dictateur Batista par Fidel Castro, Depestre s’installe sur l’île à partir de 1959. Ses liens avec Cuba sont anciens et profonds : il travaille avec Che Guevara et envisage avec lui un débarquement militaire (finalement avorté) en Haïti et continue de publier sa poésie (Minerai noir).

Après une année passée en Tchécoslovaquie soviétique, Depestre quitte un régime où, dit-il, il n’y a pas de place pour un communiste doté d’esprit critique. Refusant à la fois la soumission et l’opposition frontale, il choisit le départ. Cette expérience le convainc que son avenir n’est ni européen ni africain, mais profondément latino-américain, enraciné dans l’histoire haïtienne et caribéenne. S’ensuit une forme d’errance à travers le monde, notamment en Amérique latine et aussi en France grâce au soutien de l’écrivain d’origine martiniquaise et député, Aimé Césaire. Cette période de précarité extrême a été aussi une période de silence poétique et d’inhibition créatrice, jusqu’à ce que la révolution cubaine lui offre, à partir de 1959, un point d’ancrage et une identité enfin réconciliée.

Il reçoit le Prix Renaudot en 1988 pour Hadriana dans tous mes rêves, œuvre onirique et picaresque qui convie les croyances vaudou es et les rites de zombification dans un récit qui évoque clairement la créolisation du monde et de son île natale. Par sa littérature et son art, René Depestre souhaite mettre de l’ordre dans le chaos de la vie, lui qui se définit comme “né de la rage allumée dans la terre et fils païen de la pluie et du feu”. C’est bien par la tendresse et le mélange que le poète souhaite résoudre l’équation. Il demeure l’une des voix les plus singulières de la littérature francophone contemporaine.