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14 janvier 2020

« Cap ou pas Cap », une aventure à hauteur d’enfants pour des adultes à Saint-Fons et dans deux cités latino-américaines

Après la décevante Cop25, à Madrid, où les grands décideurs de la planète n’ont pas été capables d’esquisser une proposition face à la grave crise planétaire du réchauffement climatique, nous vous proposons une note d’espoir : une aventure menée notamment par des jeunes cherchant les mots justes pour sensibiliser les adultes.

Photo : Olga Barry

Cinq ans après la signature de la feuille de route sur les dix-sept Objectifs du Développement Durable (ODD) par les Nations Unies, ces objectifs restent malheureusement aujourd’hui trop peu connus du public. Si les questions climatiques, migratoires ou d’égalité entre les sexes reviennent souvent dans les médias pour dénoncer ou évoquer des catastrophes, qu’en est-il des expériences et des initiatives allant dans le sens de l’écologie, de la solidarité et de l’égalité ? Dans différentes parties du monde, de nombreuses expériences portent ces valeurs. C’est ce que le projet « Cap ou pas Cap » essaie de faire en sensibilisant les habitant(e)s à une meilleure compréhension de la transversalité des situations vécues dans différents pays. Mais, ce qui est intéressant dans le projet Cap ou Pas Cap, c’est que ce sont les jeunes et les enfants qui auront pour mission de sensibiliser leur entourage. 

Deux organisations de la société civile sont à l’origine de ce projet : Robin des Villes* et Apoyo Urbano**. Elles sont soutenues financièrement en partie par l’Europe. Espaces Latinos et deux de ses journalistes les accompagnent. Robin de Villes et Apoyo Urbano accompagnent le travail de jeunes dans l’élargissement de leur vision, soutiennent l’élaboration d’expressions artistiques autour des dix-sept ODD. Elles aspirent à promouvoir les liens France-Amérique latine. Pour ce faire, elles ont mobilisé des animateurs bénévoles, en service civique, envoyés sur place au Pérou et au Salvador et  assurent à distance le suivi du projet en collaboration avec les animateurs locaux. Leur but est également d’intégrer dans le projet la parole des personnes du Sud ou issues de la migration, et de participer à la relation Nord-Sud entre acteurs de territoires partenaires (El Salvador, France, Pérou). 

Dans ce magnifique projet, Nouveaux Espaces Latinos est le référent média qui assure le suivi journalistique du projet, observe son évolution dans la ville ouvrière de Saint-Fon, une commune du Rhône et en Amérique latine, et produit des articles pour en rendre compte. Le projet a été lancé àSaint-Fons, une ville de grande fragilité sociale, économique, environnementale et technologique au sein d’une métropole riche. Elle a lancé une démarche d’Agenda 2030 pour un développement durable, en cours de finalisation.

Saint-Fons est partenaire du projet « Cap ou pas cap » et facilite en ce sens le lien des jeunes à certains équipements de la ville (médiathèque, centre d’arts plastiques, centres sociaux, théâtre municipal). Ici, ce sont les enfants élus du conseil municipal de la ville et les jeunes du centre social Arc-en-Ciel qui réfléchissent ensemble à des initiatives visant à sensibiliser leur entourage.

Au Pérou, dans la communauté paysanne pauvre de Llanavia (située dans la ville de Lima subissant les effets de l’activité industrielle dont le principal est la pollution), en partenariat avec les écoles du secteur, la communauté propose des programmes de sensibilisation pour préserver l’environnement et continuer la lutte contre les violences liées au genre.

C’est aussi au Salvador, dans la ville d’Atiquizaya, chef-lieu du département d’Ahuachapán, située du côté nord de la route : cette zone présente des caractéristiques urbaines de meilleure qualité en termes de services et d’équipements à la différence de la partie sud de la ville où l’on trouve des bidonvilles. Le projet est en partenariat avec le Centre Intégral Municipal d’Art et de Culture (CIMAC) accueillant des enfants et jeunes de 4 à 20 ans. Le lieu est devenu une pépinière d’artistes où les jeunes ont accès à des nombreux ateliers artistiques. 

Dans chacun de ces trois territoires, accompagnés par les animateurs de deux organisations de la société civile, Robins des Villes et Apoyo Urbano, ainsi que par les animateurs sociaux des deux villes d’Amérique latine, les jeunes participent à ce projet. Ils ont pour mission d’abord d’apprendre et de comprendre les enjeux de ces objectifs pour un monde meilleur et durable, pour ensuite à leur tour mener l’enquête sur les questions de genre, d’égalité homme-femmes, d’homophobie, de migration et de climat. Ainsi, en invitant les jeunes à participer à des ateliers d’expression et de création, ils seront à même d’exprimer leurs points de vue, leur compréhension de ces enjeux pour ensuite pouvoir prendre le micro et la caméra et enquêter sur leur territoire. 

L’idée de ces trois différents territoires est de favoriser une ouverture par le langage interculturel et d’inciter les jeunes à être des véritables acteurs du changement, dans leur propre ville. Les ateliers sont ainsi des temps forts d’analyse et d’interprétation partant des œuvres artistiques ou journalistiques produites par les enfants et adolescents, de discussion, d’échange et de prise de parole entre une vingtaine de jeunes d’ici et de là-bas, durant six mois, d’octobre 2019 à avril 2020. 

Cette action se terminera en beauté sous la forme d’un festival international sur les Objectifs du Développement Durable (ODD), porté par les jeunes (de 9 à 16 ans), en dialogue avec les parents et voisins. Le public sera invité à découvrir ces actions, l’exposition artistique et journalistique : un journal en grand format créé et rédigé par ces jeunes journalistes en herbe. Dans l’exposition, on pourra admirer les projets issus du concours international d’idées de Cap ou pas Cap, et à la fin, pour couronner ce travail, la remise des prix. Bravo les enfants !

Olga BARRY

* Robins des Villes : association d’éducation populaire, milite pour une ville partagée. ** Apoyo Urbano : urbanisme et aménagement territorial participatif, association franco-latino-américaine. 

« Récits de migrants » un livre de la fondation Avina au Chili – Nous avons traduit celui de Helena Cordero

Nous avons assisté début janvier au lancement du livre Relatos Migrantes (Récits migrants), au Musée de la Mémoire et des Droits de l’Homme, à Santiago du Chili. Ce livre est issu des ateliers organisés par la fondation Avina et sous la direction de Pamela Ríos. Ces textes retracent les vécus des migrants arrivés au Chili depuis le Mexique, la Colombie, Haïti, Venezuela, El Salvador, l’Argentine. Nous avons traduit un de ces récits Qu’est-ce qu’un fantôme ? par la Mexicaine Helena Cordero. 

Photo : Avina Chile

Qu’est-ce qu’un fantôme ?

J’ai regardé le miroir et je me suis souvenue de mes rencontres avec eux. La première fois, j’ai été visitée par mon cousin quelques jours avant qu’il ne meure assassiné par son père. La visite la plus récente a été quand l’être avec lequel je cohabite m’a signifié qu’une discussion à ce sujet n’était pas bienvenue.  Nous les personnes migrantes, me disais-je face à mon reflet, sommes comme disparues, bien qu’avec une destination relativement connue. On pleure notre départ et il n’existe pas de tombe (parce qu’elle serait vide) où venir nous apporter des fleurs. Comme des personnes mortes, nous ne sommes déjà plus qui nous étions quand nous sommes parties du lieu qui nous a vu naître, nous ne savons pas non plus très bien qui nous sommes aujourd’hui et encore moins demain. 

Nous mangeons pour ne pas mourir, bien que nous ne sentions pas les mêmes saveurs, souvenirs de vies passées. Des rues qui se confondent comme si on marchait dans des dimensions parallèles. Des odeurs sources de synesthésie, allégorie du fait que pour vivre en société, il faut avoir un certain degré de folie. Nous sommes des voix dans les têtes qui nous entendent, nous les inquiétons, elles écoutent nos messages et nous pouvons apparaître sous leurs yeux, lors de séances spiritistes. 

Nous vivons dans les murs de nos proches et amis véritables, réveillant les larmes et les rires au milieu d’histoires qui nous semblent chaque fois moins connues, jusqu’au jour où nous en venons même à douter qu’elles aient pu avoir lieu. 

Une personne migrante est un fantôme, un être transparent pour ceux qui refusent notre existence. Nous sommes mythe et légende pour ceux qui nous craignent. Une alerte pour les ego naître qui croient que pour être de « bonnes personnes », ils méritent qu’il ne leur arrive que de bonnes choses. Nous sommes une preuve vivante pour ceux qui tourmentent les autres avec des choses aussi absurdes que le châtiment avant le péché. Nous souffrons, payant la pénitence d’être nés ailleurs. 

De mon peu d’expérience, j’ai connu deux types de fantômes : ceux qui possèdent un corps physique et ceux de nous qui migrent avec un tel corps. Mais nous avons l’avantage du détachement forcé, mélangé à de fortes doses d’omniprésence. Alors, en me voyant dans le miroir, mon reflet me rappelle les derniers mots de la phrase : …  « Un fantôme, voilà ce que je suis ». 

Helena CORDERO
Traduit de l’espagnol (Mexique)
par Lou Bouhamidi

Traduction issue de l’anthologie Relatos migrantes – Chile 2019 parue à l’occasion des 25 ans de la fondation Avina et consultable ici.

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