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2 novembre 2019

Claudia López, la nouvelle maire “incorruptible” de Bogotá entre dans l’histoire de Colombie

Ce dimanche 27 octobre 2019 représente un tournant dans l’histoire politique colombienne. L’élection de la nouvelle maire de Bogotá, Claudia López, 49 ans, qui occupe désormais le deuxième poste politique le plus important du pays, a marqué le pays. Face à son opposant Carlos Fernando Galán, la candidate de centre-gauche a réussi à obtenir 35,21 % des votes des Colombiens. Cette victoire marque le début d’un mandat de quatre ans durant lequel la nouvelle maire dit vouloir « unir Bogotá ». 

Photo : Alerta

Issue d’une famille de classe moyenne, la jeune femme se tourne dans un premier temps vers des études de médecine, pour ensuite se diriger vers la politique. Après une licence en Finances, Gouvernement et Relations Internationales, elle effectue un master en Administration Publique en Colombie à New-York puis un doctorat en Sciences Politiques à Chicago. Grâce à ses origines modestes, la candidate a réussi à s’identifier à la majorité de la population colombienne, alors que ses deux grands adversaires Carlos Fernando Galán et Miguel Uribe Turbay sont issus de grands familles politiques reconnues.  

Claudia López commence à s’engager politiquement à partir de 1991, lors des mouvements étudiants de la « Séptima Papelera » contre les violences politiques et la corruption. Politologue, chercheuse sociale, journaliste et membre du Sénat depuis 2014 ; c’est en 2005 qu’elle se fait réellement connaître en politique alors qu’elle révèle au grand jour le scandale de la parapolitique en Colombie qui met en lumière les liens entre les hommes politiques, les narcotrafiquants et les paramilitaires. Elle se lance alors dans une lutte contre la corruption, les violences politiques et l’égalité, autant de combats qui lui permettront d’atteindre le poste de maire de la capitale 15 ans plus tard.  

La coalition entre le Parti Vert et le Pôle Démocratique aura eu raison ce dimanche 27 octobre du candidat libéral Carlos Fernando Galán, mais c’est surtout la personnalité de Claudia López qui a su convaincre les Colombiens. Classée politiquement au centre-gauche, femme et lesbienne, la nouvelle maire introduit un véritable renouveau social qui tend à bousculer les codes d’un pays conservateur et majoritairement catholique. La jeune femme dit vouloir lutter contre l’homophobie et le machisme alors que les postes politiques en Colombie ne comptent que 15% de femmes. Elle revendique sans honte ses choix et ses convictions : « Je suis une femme. Je suis d’un parti de centre-gauche. Je suis lesbienne, et ça ne devrait pas être pertinent, mais en Colombie, ce n’est pas impertinent ».  

Face à un pays traditionnellement gouverné par des hommes libéraux, conservateurs et bien souvent corrompus, Claudia López se présente comme une candidate « incorruptible » défendant l’éducation et l’égalité : « Ce qui ne fait aucun doute, c’est que changement et égalité sont inséparables », explique-t-elle.  

Dans une ville de plus de 7 millions d’habitants marquée par le chômage, la surpopulation et les violences, Claudia López s’impose comme « une admirable adversaire », selon Carlos Fernando Galán, perdant des élections. Malgré sa position favorable au processus de paix, la nouvelle maire avait refusé une alliance avec le parti FARC en raison des violences commises par les ex-guérilleros. Cependant, si, malgré ce refus, les élections ont été décrites comme « les plus pacifiques de ces dernières années » par Juan Carlos Galindo, la campagne électorale a quant à elle été marquée par de nombreuses tragédies : sept assassinats et treize tentatives d’assassinats contre les candidats. Des chiffres qui révèlent l’ampleur des problèmes auxquels la nouvelle maire devra trouver des solutions le plus rapidement possible afin de répondre à sa promesse « d’unir Bogota ». 

Camille LUNEAU 

Alberto Fernández, un nouveau président qui fait du bruit en Argentine

Ce dimanche 27 octobre, le candidat de Frente de Todos Alberto Fernández a obtenu 48,04 % des votes dès le premier tour des élections présidentielles, contre 40,44 % pour le président sortant Mauricio Macri qui a reconnu sa défaite. Il prendra ses fonctions dès le 10 décembre prochain. Celui qui est connu sur les réseaux sociaux pour les aventures de son border collie nommé Dylan -plus de 90 000 personnes le suivent sur instagram !- , ainsi que pour son goût pour le football et la guitare, sera secondé par Cristina Kirchner en tant que vice-présidente. 

Photo : El Universal

Alberto Fernández n’est pas une figure nouvelle dans le panorama politique argentin. Péroniste de centre-gauche, il est connu pour sa discrétion et son caractère presque mystérieux. Il est plutôt effacé de la vie publique et préserve sa vie privée. Le nouveau chef de l’État argentin de 60 ans est à la fois avocat et professeur de droit depuis 30 ans à l’université de Buenos Aires. C’est donc un président expérimenté qui succède à Mauricio Macri

En ce qui concerne sa carrière politique, il ne s’est mesuré aux urnes qu’en 2000 lors des élections législatives de Buenos Aires mais a toutefois été nommé plusieurs fois à des hauts postes de la fonction publique. Il s’est engagé en politique dans les années 1990, majoritairement dans le parti péroniste. En 1985, il fut le sous-directeur général des Affaires Juridiques du Ministère de l’Economie sous le gouvernement du radical Raúl Alfonsín, puis le titulaire de l’organisme régulateur du marché des assurances argentin sous le gouvernement péroniste de Carlos Menem entre 1989 et 1995. Il travailla ensuite en tant que vice-président du groupe d’entreprises de la Banque Nationale de la Province de Buenos Aires entre 1997 et 2000. Finalement, très ami de feu Néstor Kirchner, l’ex-président d’Argentine, il fut son chef de campagne en 2003 et le chef de cabinet des ministres. Cristina Kirchner, présidente en 2007, décide de le maintenir à son poste jusqu’à ce qu’il en démissionne en 2008. 

Sa campagne politique était principalement axée sur la lutte contre la corruption et la crise économique actuelle en Argentine. La fluctuation du dollar et l’inquiétude des investisseurs est un gros problème que le nouveau chef d’État a promis de régler promptement. Il a déclaré : « Je crois aux libertés individuelles et je crois à l’Etat qui doit être présent lorsque le marché l’exige. Je suis un péroniste. Je fais pousser la branche du libéralisme progressiste péroniste ». Celui-ci se définit comme « libéral progressiste » ou « libéral de gauche ». 

La relation entre Alberto Fernández et Cristina Kirchner est un sujet brûlant dans le cadre des récentes élections présidentielles. Tandis que le nouveau président argentin est connu pour son calme et sa discrétion, l’ex-présidente a beaucoup suscité les passions. 

La sénatrice de centre-gauche, en poste depuis 2017, qui a aussi été présidente deux fois entre 2007 et 2015, a été le principal appui politique d’Alberto Fernández durant sa campagne pour les élections présidentielles. C’est elle qui, en mai, proposa son nom pour la présidence alors que tous pensaient qu’elle se présenterait pour un nouveau mandat. Peu de temps après avoir été élu, le nouveau président a déclaré au sujet de l’accusation de sa vice-présidente pour corruption que « la justice ne fonctionnait pas bien », révélant une relation d’appui réciproque entre les deux personnalités politiques. 

Pourtant, ça n’a pas toujours été le cas. Alors qu’il était chef de cabinet durant le premier mandat de Cristina Kirchner, un conflit entre l’Executif et le secteur agricole éclate et mène Alberto Fernández à démissionner. Ses déclarations publiques de l’époque, toutes dirigées contre la présidente, étaient très critiques et révélaient une forte inimitié. Par la suite, il se convertit en un opposant politique majeur et n’ayant de cesse de critiquer la gestion du pays de la présidente. « J’avais conscience que nous avions des visions différentes [la présidente et moi] », avait-il écrit plus tard dans son livre Politiquement incorrect. Raisons et passions de Nestor Kirchner

Ce passé en commun pose la question de l’intérêt de Cristina Kirchner à proposer le nom de son ancien rival pour les élections présidentielles. Certains y voient un désir de manipuler une marionnette, d’autres au contraire une marque de faiblesse face à un président capable de faire preuve d’indépendance. Le politologue Raul Aragon a déclaré à quelques jours du scrutin que « Fernandez a tenu bon face à Cristina Kirchner en 2008 (…) Elle n’a pas pu le contrôler, elle pourra encore moins à présent». 

Quoi qu’il en soit, il est certain que la relation entre les deux personnes et le rôle de chacun sera un des thèmes du mandat du nouveau chef de l’État. 

L’élection d’Alberto Fernández comme président a fait couler beaucoup d’encre. Dès les premiers moments de sa campagne électorale, il a multiplié les déclarations problématiques et a suscité de nombreuses réactions. 

Tout d’abord, il a affirmé au sujet du gouvernement vénézuélien de Nicolás Maduro qu’il ne s’agissait pas d’une dictature mais d’un « gouvernement autoritaire ». De plus, il a remis en question la validité des enquêtes de la justice contre sa vice-présidente, actuellement concernée par un procès pour corruption, puis dénonce l’emprisonnement qu’il juge « injuste » de l’ex-président brésilien Lula

Mais c’est la personnalité du nouveau président qui a été au centre des débats. Le député Daniel Filmus, aussi ministre de l’Education durant le mandat de Nestor Kirchner, a décrit Alberto Fernández comme quelqu’un avec qui on peut « discuter, échanger sur de nombreux sujets » et qui « en différentes circonstances a prouvé qu’il pouvait travailler en osmose avec des acteurs aux profils variés, aux idées très différentes pour donner lieu à des politiques à moyen et long termes ». Au contraire, ses détracteurs le qualifient de caméléon, aussi bien associé aux ultra-libéraux qu’aux populistes de gauche. Le politologue Ignacio Labaqui déclare : « C’est un péroniste pragmatique qui a été aussi bien avec Nestor et Cristina Kirchner qu’avec Carlos Menem [président néo-libéral, NDLR] ». En plus des fluctuations évoquées plus tôt, Alberto Fernández a même milité à l’extrême droite au moment du retour de la démocratie en 1983. « Les péronistes ne sont ni bons ni mauvais, ils sont incorrigibles », a déclaré l’écrivain Jorge Luis Borges. Les controverses ne cessent ainsi d’entourer un président encore mystérieux. 

A l’aube d’un nouveau gouvernement en Argentine, de nombreuses questions restent encore sans réponses. Comment le nouveau président fera-t-il face à la lourde crise économique qui touche son pays ? Quelle position adoptera-t-il vis-à-vis des pays voisins et de leurs politiques ? Sera-t-il un président fort et indépendant ou, au contraire, un énième président fantoche comme l’Amérique latine en a tant connu ? 

La promesse plutôt mystérieuse du président laisse planer le doute sur l’avenir de l’Argentine : « Nous allons modeler l’Argentine que nous méritons (…) Le Gouvernement est revenu entre les mains du peuple » a-t-il déclaré. 

Inès JACQUES 

Argentine: sans grande surprise le retour des péronistes à la Casa Rosada

Après une large victoire aux élections primaires d’août, considérées par beaucoup comme une répétition générale de l’élection présidentielle, Alberto Fernandez devient sans grande surprise le nouveau président de la République d’Argentine. Sa tâche ne sera pas aisée dans un pays en proie à une profonde crise économique et une inflation parmi les plus élevées du monde. 

Photo : Sarcano TV

Le 27 octobre, sur les coups de 23 heures, Alberto Fernandez monte sur scène pour célébrer avec les militants la victoire du Frente para todos. Avec 48,1% des votes, il s’impose comme le nouveau Président de l’Argentine et succèdera le 10 octobre à Mauricio Macri, qui termine en deuxième position avec 40,4% des votes. Bien que l’issue du scrutin ne surprenne pas grand monde, on peut tout de même remarquer que la victoire ne fut pas aussi écrasante que pouvaient le laisser entrevoir les élections d’août dernier où Fernandez distançait Macri avec 16 points de différence.

En quelques mois, Mauricio Macri a donc réussi partiellement son pari. Bien qu’il ne soit pas réélu, son parti, Juntos por el cambio, prive les péronistes d’une majorité absolue au Congrès (ils obtiennent 120 sièges pour une majorité à 129). Si le nouveau président ne veut pas être obligé de diriger par décrets, il devra donc négocier au niveau législatif avec ses adversaires politiques pour faire passer des lois.

La victoire d’Alberto Fernandez est surtout une victoire de la stratégie politique de Cristina Kirchner, ancienne présidente et vice-présidente du nouveau chef d’Etat. Il y a quelques mois, elle avait surpris les commentateurs en revenant sur le devant de la scène politique avec son livre Sinceramente. Beaucoup voyaient en cette publication un premier pas pour se lancer dans la course présidentielle. Profitant d’une grande popularité dans les milieux populaires, Cristina Kirchner est également une redoutable analyste politique et sait que sa figure dérange notamment parmi la classe moyenne, véritable clef de voûte des élections nationales. Son implication supposée dans de nombreuses affaires de corruption a détérioré son image auprès de certaines tranches de l’électorat. Elle se met donc en retrait et laisse Alberto Fernandez concourir pour le poste de Président et devient sa colistière. Ancien chef de cabinet de Nestor et Cristina Kirchner de 2003 à 2008, ce baroudeur de la politique argentine abandonna son poste après la crise qui opposa le gouvernement au secteur agricole. Il devint alors l’une des figures contestatrices du kirchnerisme, au sein du mouvement péroniste. Son profil critique ainsi que ses positions idéologiques considérées comme plus centristes lui permirent de rassurer les classes moyennes.

Du pain sur la planche 

C’est le moins que l’on puisse dire quand on se penche sur la situation actuelle du pays : un tiers des Argentins sous le seuil de pauvreté, une inflation annuelle de 55%, une dette publique qui a doublé en l’espace de deux ans et une récession de 2,5% prévue pour 2019. Sans compter le recours au FMI en 2018, à qui l’Argentine doit maintenant rembourser 57 milliards de dollars. L’héritage laissé par Mauricio Macri est sans appel et Alberto Fernandez devra gérer une situation sociale explosive, une économie ravagée ainsi que des marchés financiers aux abois. 

Pour cela, Alberto Fernandez ne dispose pas de recette miracle. De fait, son programme est particulièrement flou. Pour autant, Fernandez le justifie : il est impossible d’avoir un programme économique et social crédible sans savoir la situation dont il héritera au moment d’assumer le pouvoir.

Néanmoins, au détour des interviews et meetings de campagne, les électeurs ont pu se faire une idée des méthodes qu’emploiera Fernandez. Se voulant rassurant, il appelle a une grande concertation sociale, réunissant tous les acteurs de la société argentine dans une sorte de trêve afin d’étudier la situation du pays et trouver des solutions coordonnées pour la stabiliser. De plus, son programme vise à améliorer la consommation interne tout en augmentant le volume des exportations. Il s’est aussi déclaré favorable à la réactivation des secteurs du pétrole et du gaz non conventionnels afin de faire baisser les prix de l’énergie. Finalement, une renégociation avec le FMI est également prévue ainsi qu’une réforme fiscale qui imposera les plus grandes fortunes (dans un pays où l’évasion fiscale est un sport national).

Sur le plan social, ses grandes propositions sont un Plan contre la Faim qui vise à réguler le prix des aliments de base et réactiver l’économie locale, la création d’un Ministère du logement pour favoriser l’acquisition d’un bien immobilier à des prix réduits et une large concertation sociale avec syndicats et entrepreneurs afin de diminuer le taux d’inflation. Il veut également accentuer le fédéralisme de l’Argentine, en donnant plus de marge de manœuvre aux provinces.

Cela sera-t-il suffisant ? Rien n’est moins sûr. Mais l’Argentine est le pays de toutes les surprises et sa situation en 2001 paraissait également inextricable pour les commentateurs de l’époque qui ont vu le pays renaitre de ses cendres quelques années plus tard. Néanmoins, en août dernier, suite à la victoire de Fernandez aux élections primaires, le dollar avait bondi de 23% et son cours atteignait les 57 pesos. En échange, le lendemain du 27 octobre, le cours du dollar baissa légèrement et la bourse de Buenos Aires avait l’air étrangement calme. Apres avoir rassuré les électeurs, Fernandez aurait-il réussi à tranquilliser les marchés financiers ? 

Romain DROOG

21e édition du festival de films latino-américains Filmar en Suisse

A partir du 18 novembre et jusqu’au 2 décembre 2019, se tiendra à Genève la 21e édition du plus grand festival de films consacrés à l’Amérique latine en Suisse, le festival FILMAR. Ayant pour thème « Eldorados, dilemmes et conséquences pour les peuples latinoaméricains », cette édition se destine à tous les publics et tout particulièrement aux jeunes. Dans une période sombre en termes de politique en Amérique latine, les films projetés tendent à faire réfléchir, à informer et à renouveler le regard dirigé vers ce continent.

Photo : Service de presse Filmar

Depuis 1999, FILMAR promeut le cinéma et les cultures latino-américaines en Suisse. En plein essor depuis les années 2000, le cinéma latino-américain n’a de cesse de renouveler ses approches narratives et technologiques des réalités locales. Le cinéma social, qui réalise le travail de témoignage, de dénonciation et de mémoire que les Etats ne font pas, a le vent en poupe. Le festival suisse accompagne et encourage ces changements. Le pays a même organisé une table ronde en 2018 pour favoriser les co-productions cinématographiques entre l’Amérique latine et la Suisse. 

L’une des caractéristiques majeures du festival FILMAR est son engagement envers le jeune public suisse. Avec ses programmes FILMARcito -qui permet la découverte des films en famille- et FILMAR école -qui prévoit le visionnage des films lors de sorties scolaires, le festival suisse donne une importance majeure à l’information par le divertissement des jeunes enfants. 

Filmar, un festival cinématographique éducatif et pédagogique. 

La programmation pédagogique de la 21e Édition a été présentée aux enseignant-e-s le 8 octobre aux cinémas de Grütli. Un des films présentés aux élèves, « Delfín » -une réalisation de Gaspar Scheuer sélectionnée à Cannes Ecrans Juniors 2019- , y a été projeté. 

Du 18 novembre au 2 décembre, de nombreux films destinés aux adultes ainsi qu’aux enfants seront présentés au public suisse. Parmi les films destinés aux adultes, « Terre en transe » (une réalisation de Glauber Rocha, Brésil), « Delfín » (Gaspar Scheuer, Argentine), « La Tonada del Viento » (Yvette Paz Soldán, Bolovie) ou encore « La Arrancada » (Aldemar Matias, France/Cuba/Brésil). Pour les enfants et les familles, seront projetés « Eldorado / Une vie meilleure » (Gregory Lassalle), « Fragile, Animaux Animés », « Contes fantastiques et exoplanétaires », « Delfín » (Gaspar Scheuer, Argentine), « Perro Bomba » (Juan Cáceres), etc. 

Seront aussi proposées au public des tables rondes thématiques ouvertes aux classes. Les thèmes du conflit armé en Colombie, des femmes et du cinéma documentaire y seront débattus avec les élèves de tous âges. Une manière idéale de découvrir de nouvelles thématiques et de s’informer pour des élèves qui ignorent tout de l’Amérique latine. 

Ainsi, Filmar, fleuron des festivals de cinéma consacrés à l’Amérique latine, est le lieu idéal pour découvrir les cultures d’un continent encore trop peu méconnu par le public européen, d’autant plus lorsqu’on est un enfant. Instructif, pédagogique et divertissant, ce festival ne cesse de se réinventer chaque année. À l’image du cinéma latino-américain. 

Inès JACQUES

SITE 

« El día de los muertos », entre tradition et modernité mexicaines  à Auch

Vernissage de l’exposition photographique inédite en présence du photographe Jean-Claude Martinez Photographe biterrois, il travaille essentiellement en noir et blanc. Son sujet de prédilection est le quotidien de la vie. Pierre François disait qu’il est « photographe de la vie et de la lumière de tous les jours ». 

Photo : Musées d’Auch Agglomération

El día de los muertos, entre tradition et modernité mexicaines, est une invitation au voyage.  Photographe humaniste, Jean-Claude Martinez a pour sujet de prédilection la vie au quotidien. Une vingtaine d’expositions l’ont amené à présenter ses travaux en Europe et en Amérique-Latine. Avec l’écrivain et poète Yves Rouquette, il s’est particulièrement intéressé à la latinité : ce qui les a conduits à la publication en 2006 du livre Latins

Jean-Claude Martinez poursuit cette réflexion sur la latinité avec un projet intitulé LATINOS qui regroupe des images réalisées en Amérique Latine. Afin d’élargir son propos, il a parcouru le Brésil, l’Argentine, la Bolivie, le Chili, le Mexique… et a notamment participé à plusieurs reprises au pèlerinage du Rocio en Andalousie en partageant le chemin avec différentes hermandades (confréries). 

Entre 2014 et 2016, Jean-Claude Martinez pose son appareil photo au Mexique et y couvre un grand et très populaire événement : La fête des Morts – El día de los muertos. C’est en choisissant plusieurs angles de vue qu’il nous embarque à ses côtés dans cette exposition inédite d’images en noir et blanc.  

Différentes ambiances émanent de ses clichés : tantôt le recueillement dans les cimetières et les altares (autels) de la région du Michoacan, tantôt la fête et l’excentricité dans les rues de Mexico.  

Cette exposition étonnante nous donne ainsi une double vision de cette belle fête des Morts et résonne forcément en nous sur notre rapport à la vie et à la mort. 

Exposition présentée du 31/10 au 31/12/2019SITE

Entre premier et second tour. Le triste feuilleton des élections boliviennes continue

L’Amérique latine va mal, titrions-nous récemment. Ne s’agit-il pas surtout d’un raz de marée d’exaspération générale — et dans des contextes différents – en Équateur, au Pérou, en Colombie, en Argentine, au Chili et maintenant en Bolivie (sans parler du Venezuela) face aux inerties et aux injustices des gouvernants, à la corruption et au non-respect des lois fondamentales ? 

Photo : Megavision

Nous dirons donc plutôt que l’Amérique du sud se révolte parce que les populations mondiales sont de plus en plus conscientes de leurs droits… Et que la coïncidence électorale leur donne l’occasion de les revendiquer, hélas souvent dans la violence et pas toujours dans une parfaite compréhension des mesures prises ; c’est un ras-le-bol général ! 

En Bolivie, le président Evo Morales a largement aussi abusé de son pouvoir en faisant fi du référendum de février 2016 et en amendant la Constitution pour imposer un quatrième mandat. Et une ville comme Potosí qui lui était fidèle a finalement au premier tour, voté contre lui. Certes, il a le soutien des populations pauvres et rurales pour lesquelles il a beaucoup œuvré : le PIB par habitant a triplé, le pays s’est équipé de routes, d’écoles et d’hôpitaux. Il a su s’opposer, contrairement à d’autres, à la mainmise des multinationales en nationalisant notamment l’exploitation du lithium et en portant la croissance à plus de 4 % en moyenne, selon l’ONU. Mais il a échoué dans beaucoup de ses tentatives (inertie, manque d’experts… entre autres). On lui reproche aussi de n’avoir pas su, ou voulu, gérer les incendies qui ont ravagé la Chiquitania, en les encourageant même peut-être – comme son homologue brésilien Jair Bolsonaro pour dégager des zones cultivables. 

Le bilan socio-économique est donc au centre de ces élections : la gestion prudente du gaz et des minerais a permis de réaliser d’importants progrès sociaux mais au détriment des investissements, et le prix des hydrocarbures ayant baissé, le déficit budgétaire s’est fort aggravé. 

Le principal adversaire de Morales aux élections qui se sont déroulées le dimanche 20  octobre dernier, Carlos Mesa – qui fut président centriste de 2003 à 2005 – est à la tête des manifestations qui ont accompagné la période préélectorale  mais on ne l’attendait pas vraiment à la tête d’un score historique depuis 2006 ! Certes, il n’a obtenu au soir du 20  octobre que 38,1 % des suffrages contre 45,03 % à Morales mais, en Bolivie, l’écart entre les candidats doit atteindre 10 points …On attendait donc un second tour  quand l’annonce des résultats a été brutalement interrompue par la transmission des résultats électoraux préliminaires ; le Tribunal électoral ( TREP) annonçait la victoire du président Morales qui en niait donc la nécessité… 

Carlos Mesa, comme une partie des Boliviens, dénonce non seulement l’acte autoritaire qui a permis à Morales de se représenter une quatrième fois en manipulant le Tribunal suprême électoral et la Constitution, mais il dénonce aussi une fraude électorale et appelle à en finir avec ce pouvoir non démocratique. Les manifestations de révolte ont débuté dès la nuit du 20 au 21  octobre quand le Tribunal électoral de Potosí a été incendié et des évènements similaires se sont vite répandus à Sucre, Cochabamba, Oruro, Tarija et jusque dans la province éloignée du Béni. La situation s’est très rapidement détériorée : des milliers de citoyens dans les rues défient les gaz lacrymogènes, dans les 9 provinces du pays, les installations et matériels électoraux, les sièges de campagne du parti de gouvernement, sont détruits et l’on compte des blessés dans toutes les grandes villes du pays. Aux cris de « Le vote doit être respecté » « Nous sommes en Bolivie, pas au Venezuela »… Carlos Mesa s’est présenté, aux alentours de 20 heures le 21 octobre, à Santa Cruz, pour annoncer officiellement qu’il ne reconnaissait pas les résultats et une grève illimitée a été déclarée dans cette capitale économique. Depuis, la grève générale s’est étendue à tout le pays. 

Le dilemme se poursuit. La page internet du Tribunal suprême électoral bolivien donnait le 22, Evo Morales vainqueur avec 46,87 % des voix contre 36, 73 % pour Mesa, dont le pourcentage a baissé : l’écart serait donc maintenant de 10,14 points, ce qui permet la réélection du président sortant au premier tour. Les observateurs de l’OEA ont fait part « de leur profonde inquiétude » et les Boliviens redoutent plus que tout le retour d’un pouvoir à vie qui a marqué leur histoire. 

La situation risque d’encore empirer puisque le 23 octobre, se déclarant vainqueur définitivement, le président a dénoncé, dans sa première déclaration publique depuis le scrutin du dimanche 20 octobre, une « tentative de coup d’Etat » de la droite, appuyée selon lui par « l’international ». 

Va t-on voir la Bolivie s’embraser comme le Chili  ? La tension ne retombe bien sûr pas, au contraire ; on entendait mercredi des coups de feu dans La Paz, les stations-service sont prises d’assaut, de fausses informations circulent sur les réseaux sociaux et la foule est de plus en plus nombreuse dans les rues du pays. Où cette obstination à nier les premiers résultats va-t-elle mener le président qui se mue en dictateur et saura-t-il accepter un second tour  ? Ce qui est certain, c’est que, si ce second tour a lieu, il s’annonce très serré. 

De toutes façons, le Congrès sera divisé quel que soit le président et l’exercice du pouvoir, selon les analystes, sera très difficile. La vague de protestation et de violence est bien loin de s’arrêter. 

Claire DURIEUX 

Roméo et Juliette Tango, le nouveau West Side Story argentin à Paris

Le 10 novembre prochain aura lieu la dernière représentation du spectacle de Francisco Leiva Roméo et Juliette Tango, un spectacle de danse qui, depuis un an maintenant, occupe la scène du Théâtre du Gymnase à Paris.  

Photo : Théâtre du Gymnase

Composée de 8 danseurs et 4 musiciens, cette version libre de l’œuvre de Shakespeare associe la musique à la danse, donnant à la pièce du XVIème siècle des airs argentins au travers d’un tango à la fois moderne et traditionnel qui a su conquérir le cœur de nombreux spectateurs. Entre émotion et sensualité, ce spectacle de danse et de musique met en scène les principaux thèmes de la pièce shakespearienne : passion, amour, orgueil et mort sont dépeints d’une façon unique et originale grâce à l’utilisation d’instruments traditionnels du tango comme le bandonéon. La pièce prend alors des allures sud-américaines, plongeant le spectateur au cœur des rues de Buenos Aires.  

Le metteur en scène Francisco Leiva s’allie à Laura Roatta pour créer une chorégraphie qui évoque le tragique destin des personnages, alors que Facundo Torres se charge de la direction musicale. Patrice Meissirel et Agostina Pachini incarnent quant à eux Roméo et Juliette, qui réussissent à unir leur talent dans une danse à la fois esthétique et voluptueuse pour créer une version inédite de ce classique du théâtre. 

Mais ce spectacle n’a pas seulement pour but de renouveler le mythe de cet amour funeste. En effet, il vise à soutenir les patients souffrant du syndrome d’Asperger. Parrainé par Patrick Poivre d’Arvor, la représentation théâtrale est suivie d’un bal de tango organisé sous forme de gala caritatif pour les Talents Atypiques.  

Camille LUNEAU 

Théâtre du Gymnase

« Le soleil sur ma tête », treize courts récits du Brésilien Geovani Martins

Rio de Janeiro et ses favelas. De jeunes garçons grandissent, mûrissent dans ce cadre. Les plages lumineuses, les reflets de l’océan au loin, les planches mal jointes, les déchets, les violences tout près. À moins de trente ans, Geovani Martins se fait connaître avec ces treize courts récits dont les héros sont des garçons ordinaires qui n’ont qu’une seule ambition : sortir de cette situation qui leur a été imposée. 

Photo : Gallimard et Fohja AUC

On a ici une vision très éloignée de celle de la Cité de Dieu de Paulo Lins, les deux étant aussi réalistes l’une que l’autre. Les jeunes garçons, les jeunes hommes et les adultes de Geovani Martins sont évidemment conscients de la misère qui les entoure, qui s’étale sous leurs yeux ; ils connaissent les agressions dans leur ruelle, dans la maison voisine, ils savent ce que c’est de perdre un proche tué par d’autres jeunes. Pourtant ‒ conséquence de leur éducation ?, nous n’aurons pas d’explication ‒ ils ont gardé une sorte de naïveté bienvenue qui leur permettra de vivre pleinement dans un contexte aussi dur. 

Malgré les différences de situation et d’âge entre les « héros » de ces nouvelles, tous aspirent avant tout à simplement exister et, si possible, à être admis, mieux encore, à être respectés. Mais, comme partout, le respect se mérite. Et dans la favela, c’est le plus souvent à sens unique : pas de problème majeur entre les « potes » qui depuis leur naissance partagent les mêmes galères. On ne peut pas en dire autant des « keufs », des « condés » qui, eux, n’hésitent pas à racketter plus malheureux qu’eux. 

Le soleil sur ma tête, ce sont des morceaux de vie entre récit et documentaire. Aucune nouveauté dans ce qu’on lit, sinon une authentique confiance en l’être humain. 

Christian ROINAT

Le soleil sur ma tête de Geovani Martins, traduit du portugais (Brésil) par Mathieu Dosse, éd. Gallimard, 135 p., 15 €. Geovani Martins en portugais : O sol na cabeça, ed. Companhia das Letras. 

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