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6 octobre 2019

Gael García Bernal à Lyon pour le Festival Lumière

L’acteur mexicain Gael García Bernal est un des invités de marque du prochain Festival Lumière de Lyon. La 11e édition du festival Lumière aura lieu du samedi 12 au dimanche 20 octobre, à Lyon. L’an dernier, 185 000 festivaliers ont assisté à 424 séances dans 60 lieux de la Métropole lyonnaise. 

Photo : Twitter

Le festival Lumière est devenu le rendez-vous mondial du cinéma de patrimoine. Une fois par an, c’est à Lyon, ville natale du Cinématographe, que le monde du cinéma célèbre sa vitalité et sa mémoire, à travers une visite contemporaine aux œuvres du passé (films restaurés, rétrospectives, invités, hommages…). Grâce à l’ensemble des salles de cinéma participantes, le festival rayonne dans toute l’agglomération lyonnaise et touche un large public.

Le dixième anniversaire du Festival Lumière se déroulera à Lyon et dans la métropole du 12 au 20 octobre prochain. C’est Francis Ford Coppola, le célèbre réalisateur du Parrain et d’Apocalypse now (dont la nouvelle version fera la clôture) qui recevra le prix Lumière, succédant à Jane Fonda. À cette occasion 15 de ses films seront projetés. À côté des rétrospectives André Cayatte (France), Lina Wertmullere (Italie), des hommages seront rendus à des personnalités : la comédienne américaine Frances McDormand, vue dans 3 Billeboards – Les panneaux de la vengeance, la comédienne française Marina Vlady, le comédien Daniel Auteuil, le comédien canadien Donald Sutherland, le cinéaste coréen Bong Joan-ho, palme d’or à Cannes avec Parasite qui présentera des films inconnus de son pays, le cinéaste italien Marco Bellocchio, le cinéaste britannique Ken Loach et enfin le mexicain Gael Garcia Bernal. Il présentera jeudi 17 en avant-première son film Chicuarotes sur deux adolescents des bidonvilles de Mexico. On pourra le revoir dans Amours chiennes, La mauvaise éducationCarnets de voyage, et No de Pablo Larraín. Une rencontre est prévue vendredi 18 à 11 h 30.

De nombreux films classiques très connus comme M. Le maudit de Fritz Lang, ou récemment restaurés comme Drôle de drame de Marcel Carné, feront la joie des cinéphiles. D’autres hommages, ciné-concerts, expositions, master class, nuits cinéma, films pour les familles et les enfants, marché DVD, librairie cinéma et ciné brocante auront également lieu. Ce sera la fête au cinéma.

Alain LIATARD

Succès du film brésilien « Pacificado » au Festival de San Sebastián

Une fois de plus, fidèle au rendez-vous depuis son inauguration en 1953, Saint-Sébastien, capitale de Guipuzcoa, organise son Festival international de cinéma. Le film brésilien « Pacificado » a gagné la Concha de Oro de la 67ème édition du Festival de San Sebastián.
 

Le film brésilien Pacificado de Paxton Winters vient de gagner la Concha de Oro à San Sebastián. Il obtient aussi deux autres prix, celui du meilleur acteur pour Bukasse Kabengele et celui de la meilleure photo pour Laura Merian. Le film raconte l’histoire d’une jeune fille de 13 ans qui va retrouver son père à sa sortie de prison et vivre dans une favela qui n’est plus sous surveillance depuis la fin des J.O. C’est le portrait intime d’une famille qui tente de trouver la paix. 

Le prix des Nouveaux réalisateurs est allé au film chilien Algunas bestias de Jorge Riquelme Serrano. Une famille débarque avec enthousiasme sur une île déserte de la côte sud du Chili avec le rêve de construire un hôtel de tourisme. Lorsque l’homme qui les a fait traverser le continent disparaît, la famille est piégée sur l’île. Souffrant du froid, sans eau ni assurance, l’esprit et les bonnes manières commencent à s’estomper pour révéler les bêtes cachées au sein de la famille. Deuxième long métrage de son réalisateur.

Le prix horizon est décerné à De nuevo otra vez, premier film réalisé par l’écrivaine, dramaturge et actrice argentineRomina Paula. Une jeune femme revient chez sa mère avec son enfant. Elle voudrait retrouver sa vie de célibataire. Elle cherche à comprendre qui elle est, retrouver ses origines et reconstruire une partie de l’histoire familiale. Une mention spéciale a été décernée à La bronca (Pérou) des Frères Diego et Daniel Vega qui est présenté cette semaine au Festival de Biarritz.

Alain LIATARD

Festival de San Sebastián

« Histoire d’une baleine blanche » par l’écrivain chilien Luis Sepúlveda

Au large de la Patagonie une baleine blanche est chargée de protéger les morts mapuches puis, lorsque la fin des temps sera venue, de guider toutes les âmes au-delà de l’horizon. Tout est prévu et écrit dans le temps des mythologies. Cependant l’homme vit dans un monde où tout bouge et, au XIXesiècle, la chasse à la baleine se développe. La baleine blanche va devoir défendre son monde immobile contre ces prédateurs, en particulier le baleinier « Essex » du capitaine Achab. Elle va livrer une guerre sans merci aux baleiniers et devenir un grand mythe de la littérature.

Photo : éditions Anne-Marie Métailié

Luis Sepúlveda nous raconte cette histoire du point de vue de la baleine blanche qui nous explique comment elle vit et s’intègre dans l’ordre du monde, ce qu’elle découvre des hommes, sa mission secrète, puis sa guerre et les mystères qu’elle protège. Enfin, c’est la mer qui nous parle. Un texte beau et fort, avec un souffle épique. Du grand Sepúlveda. Les images superbes de Joëlle Jolivet magnifient cette histoire.

« En 1992, notre rencontre a radicalement changé nos vies. Pour Luis, l’immense succès en France du Vieux qui lisait des romans d’amour, porté par les libraires et les lecteurs, en a fait un best-seller mondial. Ce même succès a transformé le destin de ma maison d’édition. Mais surtout cette rencontre a marqué le début d’une amitié au long cours construite sur les galères hilarantes de nos premières tournées à travers la France, le plaisir de conduire de Luis, sa générosité de lecteur exceptionnel qui a enrichi notre catalogue, et sur les voyages en Amérique latine où arriver avec Luis, c’est être accueillie par tous les amis de Luis. Il m’a révélé une amitié qui se passe des paroles et s’exprime par les actes. Dans laquelle les crises peuvent se résoudre en préparant un dîner, dans le plaisir partagé qu’offre souvent ce cuisinier exceptionnel. Luis aime les Asturies et la Patagonie. Il aime être au milieu de ses nombreux enfants et petits-enfants aux côtés de sa femme, la poète Carmen Yánez. Il aime s’asseoir autour d’une table avec ses amis et raconter des histoires. Et jouer avec son chat. » (Anne-Marie Métailié).

Service de presse éd. Métailié

Histoire d’une baleine blanche, Editions AM Métailié, dessins de Joëlle Jolivet et traduit de l’espagnol (Chili) par Anne-Marie Métailié. 128 pages / 12€

« Hôtel Brasil » de Frei Betto traduit pour la première fois en français

Bien sûr, il y a pour commencer la découverte d’un cadavre, décapité, qui gît dans un couloir d’une pension modeste, on pourrait dire minable, de Rio de Janeiro. L’homme assassiné vendait (trafiquait ?) des pierres précieuses mais n’avait aucun ennemi connu et menait une vie paisible. Le commissaire Del Bosco est chargé de l’enquête, il a soigneusement lu le Manuel imposé par sa hiérarchie et n’a pas la moindre intention de sortir des règles officielles qui y sont développées. Pour réussir son examen d’entrée, il a dû potasser le Manuel (avec majuscule), il s’agit maintenant d’appliquer !

Photo : Goodread

Pourtant très vite on se rend compte que ce n’est pas l’enquête en soi qui intéresse Frei Betto. Dans une première partie, il fait défiler devant le commissaire, mais bien davantage devant le lecteur, une série de personnages, les habitants de la pension, ce qui donne des portraits d’une grande richesse, drôles ou émouvants. Parmi eux une midinette qui rêve de devenir star, un journaliste, un attaché parlementaire qui n’a pas su doubler ou tripler sa maigre fortune comme ses patrons, un travesti et un homme sans profession définie, qui aide les jeunes paumés qui traînent dans les rues… et qui ressemble un peu à l’auteur.

On sortira de la pension, et c’est toute la société brésilienne des dernières années du XXème siècle qui est décrite, des policiers véreux aux enfants des rues qui s’entretuent pour survivre, des bourgeois bien installés qui découvrent par hasard l’instabilité de leur propre situation aux intellectuels arrogants qui pensent avoir tout compris et qui sont aussi désarmés que n’importe qui face à la cruauté de la société dans laquelle ils vivent.

Formellement, si l’on s’en tient aux normes, Hôtel Brasil est un peu bancal. C’est un polar qui n’en est pas un, un roman social qui se prend pour un polar, un roman psychologique entre deux scènes de violence. Mais au diable les normes, au diable l’éventualité d’être formellement correct, comme on dit politiquement correct ! Frei Betto nous fait cadeau d’un roman plein de vie (la vie quotidienne est-elle équilibrée ?), dont les personnages sont de vraies personnes, qu’il a probablement croisées et qu’il montre sans masque. Tout le bénéfice de ce pseudo désordre est pour le lecteur qui se sent immergé dans ce Rio de Janeiro frappant de réalisme.

À noter que Hôtel Brasil a été publié dans sa version originale en 1999 et dans sa version française, par les éditions de l’Aube en 2004, cette réédition est la bienvenue ! Frei Betto, né en 1944 est frère dominicain, proche de la Théologie de la Libération, militant politique. Il a passé plusieurs années en prison, a vécu dans une favela, été proche de Luiz Inácio Lula. Il est l’auteur d’une œuvre très variée, souvenirs, récits pour la jeunesse, chroniques, etc

Christian ROINAT

Hôtel Brasil de Frei Betto, traduit du portugais (Brésil) par Richard Roux, postface du traducteur, 344 p., 14 €.

Zinemaldía : Le cinéma latinoaméricain a un problème de promotion extérieure

Le directeur du Festival du Cinéma de San Sebastián (Donostia Zinemaldia), José Luis Rebordinos, assure que le cinéma latinoaméricain est « très fort d’un point de vue créatif », mais il pense que certains pays font face à un « grave problème » en ce qui concerne la promotion de leurs films à l’étranger.

Photo Cinecita Neews

Dans une interview avec EFE le directeur du festival Donostia affirme : « Il y a six ou huit ans, les choses semblaient s’être stabilisées, la production paraissait avoir de la force et l’argent ne pas manquer pour s’exporter au monde. Le problème qu’a aujourd’hui l’Amérique latine est politique, social et économique ». Il cite la situation de l’Argentine où, malgré le maintien des aides pour donner une ampleur internationale aux films, « ils souffrent de la dévaluation de la monnaie ». Et ils viennent de recevoir une information selon laquelle, au Brésil, « il semblerait que les aides aux directeurs et producteurs pour participer aux différents festivals soient suspendues ».

« Quand, dans un pays, les aides dédiées au cinéma s’amenuisent, ses cinématographies ont moins de force », ajouteRebordinos, qui situe le Chili dans une situation opposée, « avec un organisme qui fonctionne très bien et fait la promotion du cinéma chilien, dont la présence internationale est brutale ».

Dans le cas du Festival de San Sebastián, les films chiliens participent dans pratiquement toutes les sections du festival, ce qui est aussi le cas des films argentins ; qu’il présente dans la Section Officielle, dans une projection spéciale hors concours, « L’odyssée des empotés », de Sebastián Borensztein, incarné par Ricardo et Chino Darín.

Le prix le plus prestigieux, la Coquille d’Or, est visé par « La mort viendra et elle aura tes yeux » (« Vendrá la muerte y tendrá tus ojos« ), du chilien José Luis Torres Leiva, et la réalisation mexicaine « Main d’oeuvre » (« Mano de obra« ), premier long-métrage de David Zonana, que Rebordinos qualifie de « surprenant ».

Il affirme que la participation des films latino-américains à la 67e édition du Festival de San Sebastián, qui se tient du 20 au 28 septembre, est similaire à celle observée lors des éditions précédentes.

« J’ai l’impression que nous vivons une période d’impasse. Nous verrons bien ce que donnent les élections argentines et le régime de Bolsonaro. C’est un moment compliqué », commente le directeur de ce festival, qui insiste sur la qualité des propositions créatives de ces cinématographies.

«Peut-être que, parmi les plus fortes, certains industries du cinéma ont perdu un peu de puissance. Toutefois, des pays à production réduite -mais celle qu’ils ont est intéressante- commencent à sortir du lot, tel que le Costa Rica », explique-t-il.

« De plus, c’est un cinéma très pluriel, on y produit des films commerciaux destinés au marché interne, des productions commerciales que l’on peut voir dans n’importe quel pays, et des films plus radicaux », souligne-t-il.

Inès JACQUES
D’après EFE

Traduction d’un article d’EFE publié dans El Diario le 14 septembre 2019.

Libération de Teodora Vásquez après avoir accouché d’un enfant mort-né

Après 10 ans de prison pour un avortement, Teodora Vásquez est finalement en liberté et est devenue un symbole et un exemple pour sa poursuite dans la lutte pour les droits de la femme : « Les femmes au Salvador sont condamnées sans preuve ».

Photo : Abortion Rights

C’était la deuxième grossesse de Teodora Vásquez quand elle a commencé à ressentir des douleurs aiguës. Dès qu’elle a appelé les urgences, elle s’est évanouie à l’école où elle travaillait, ayant déjà 9 mois de grossesse. Quand elle en a pris conscience, elle se trouvait entourée par la police. « Pourquoi l’as-tu fait ? » lui a demandé un policier. Elle a été ensuite emmenée dans une chambre sale et obscure du poste de police, où son calvaire allait durer pendant 10 ans.

La Cour suprême du Salvador a pris la décision de commuer la peine de Teodora qui avait été condamnée à 30 ans de prison vue les lois strictes contre l’avortement dans ce pays. Elle a été accusée d’homicide avec circonstances aggravantes, alors qu’elle affirmait toujours avoir accouché d’un bébé mort-né en raison de complications de santé. Les témoignages des deux médecins ont fait que la Cour a conclu qu’il n’y avait pas d’irrégularités dans les preuves médico-légales pour lesquelles elle a été emprisonnée en 2008. D’ailleurs, Amnesty International, l’organisation de défense des droits de l’homme, avait qualifié cette condamnation de « tragédie profonde ». En 2016, l’organisation avait présenté au gouvernement 250 000 signatures pour exiger la libération de Vásquez.

De plus, les Nations unies (l’ONU) avait aussi demandé en novembre dernier de vérifier les cas de femmes qui purgent de longues peines pour avoir provoqué un avortement. On estime à 27 le nombre de femmes actuellement incarcérées de six à trente-cinq ans pour l’interdiction totale de l’avortement.

C’est grâce à sa lutte et son auto-proclamation comme activiste féministe que beaucoup de femmes la soutiennent.« Ce qui m’est arrivée avec mon bébé était imprévu. Malheureusement, c’est la situation que vivent les femmes au Salvador […] la justice s’est emparée de moi, elle ne m’a pas donnée la valeur de la crédibilité, elle m’a imposée une condamnation et c’est ce que l’État fait avec les femmes, en particulier les femmes rurales et des milieux défavorisés »s’exclame-t-elle.

Ayant proposé une réforme pendant le mandat du président du Salvador Sánchez Cerén en 2016, l’interruption de grossesse serait permise dans les cas où la vie de la mère serait en danger ou le résultat d’un viol. Cependant, le projet semble n’avoir pas beaucoup avancé au Congrès. Ainsi, le Salvador reste, avec le Nicaragua, le Honduras, Haïti, le Surinam, Andorre et Malte l’un des rares pays à interdire en toutes circonstances l’avortement.

Andrea RICO

Brésil, deux souhaits : rester dans les accords de Paris et libérer Lula de prison

Ricardo Salles le ministre de l’Environnement brésilien se rend en Europe pour faire savoir son indignation face aux politiques de déforestation en Amazonie. Au même moment, le parquet brésilien requiert la libération de prison de l’ancien président Lula Da Silva.

Photo : C-News

Ricardo Salles, ministre brésilien de l’Environnement du Brésil, cherche un soutien politique européen. Depuis que Jair Bolsonaro est le président du pays, la déforestation de l’Amazonie a quasiment doublée. Ce qui a déclenché d’importants incendies cet été. Face à quoi, l’opinion publique mondiale a montré son indignation face aux politiques non écologiques du gouvernement brésilien. Pourtant Ricardo Salles compte bien rester dans les accords de Paris de 2015 sur le Climat, d’où sa venue en Europe actuellement.

À Paris, le président de l’Environnement brésilien a rencontré Emmanuel Macron. Il en a alors profité pour rappeler les « relations historiques et fortes » entre la France et le Brésil. Puis le périple du ministre se poursuivra par un séjour en Allemagne et au Royaume-Uni. La principale ambition de Salles est de «  clarifier les choses, apporter des données complètes, car ces derniers mois, beaucoup d’informations sur les incendies en Amazonie étaient imprécises  », a-t-il affirmé.

Finalement, le brésilien compte aussi vouloir se «  concentrer sur les origines de la hausse  » des déforestations. Qui selon lui est liée à «  la déforestation illégale, que nous devons combattre  ». À ses yeux, la protection de l’Amazonie doit passer par une «  stratégie économique  » visant un «  développement durable  » qui implique la population amazonienne.

De l’autre côté du pacifique, au Brésil justement, le parquet anticorruption brésilien requiert que Lula da Silva, l’ancien président brésilien, bénéficie d’un régime de semi-liberté pour purger la fin de sa peine. Incarcéré en avril 2018 à Paraná, Lula est condamné à 8 ans et 10 mois de prison pour corruption. Ayant purgé un sixième de sa peine, l’ancien chef de l’État a maintenant le droit d’obtenir un régime de semi-liberté ou d’assignation à domicile, ce qu’il a néanmoins refusé.

Pourtant, les procureurs du scandale Petrobras ont estimé que Lula avait le droit d’obtenir un « régime plus souple » pour s’être bien comporté en prison. Cristiano Zanin, l’avocat de Lula a affirmé que « Lula doit recouvrer complètement la liberté parce qu’il n’a commis aucun délit et a été condamné à l’issue d’un procès illégitime et entaché d’irrégularités flagrantes ».

Eulalie PERNELET

Le Pérou dans la tourmente : quelque chose de pourri au sein des élites péruviennes

À la suite de la profonde instabilité politique qui traverse le pays, le nouveau président péruvien en intérim Martín Vizcarra, 56 ans, ingénieur civil, a formé son gouvernement jeudi 3 octobre après la dissolution du Congrès dominé par l’opposition : « J’ai décidé de dissoudre le Congrès et de convoquer des élections législatives », a-t-il déclaré dans une allocution télévisée. 

La lutte entre l’exécutif et le législatif au Pérou a créé ces dernières semaines une crise constitutionnelle grave. L’armée au Pérou a annoncé son soutien au président Martín Vizcarradans une déclaration publiée sur le compte Twitter de l’armée, en affirmant que les quatre corps des forces de sécurité nationale se tenaient à ses côtés. Les députés de l’opposition dénoncent une « incapacité morale permanente » et ont lancé un processus destiné à révoquer Vizcarra de ses fonctions. D’ores et déjà le Congrès a rejeté un vote de confiance une fois et a mis en veilleuse la proposition de Vizcarra. En raison de la limitation des mandats consécutifs, Vizcarra ne pourra pas se présenter aux prochaines élections.

 « Laissons le peuple finalement décider. La fermeture que j’ai faite est dans les limites de mes pouvoirs autorisés par la Constitution. Mettre fin à cette étape de prise au piège politique afin que l’avenir du pays soit défini lors des scrutins », a déclaré Vizcarra dans un discours prononcé au Palais du gouvernement. La Constitution autorise le président à dissoudre le Congrès et à convoquer de nouveaux scrutins si l’assemblée vote par deux voix de censure contre un le gouvernement. 

Les législatives et la présidentielle devaient initialement se dérouler en avril 2021. La dernière dissolution du Parlement remonte au 5 avril 1992 et avait été décidée par Alberto Fujimori (1990-2000), considérée à l’époque comme un auto coup d’État.

Les faits qui ont déclenché cette grave crise remontent à dix-huit mois, au scandale financier inédit révélé par l’enquête Lava-Jato au Brésil et puis dans de nombreux pays d’Amérique latine (lavage express). Un vaste scandale du géant du BTP brésilien Odebrecht qui, après son inculpation, a éclabousse la classe politique latino-américaine. Au Pérou, il a fait tomber les quatre derniers présidents : Ollanta Humala et son épouse, Alejandro Toledo (il a été arrêté le 16 juillet aux Etats-Unis, où il réside, en vue d’une extradition), Alan Garcia (qui s’est suicidé lorsque la police est venue à son domicile avec un mandat d’arrêt) et Pedro Pablo Kuczynski, le président en fonctions aux moments des faits, contraint à démissionner car visé par une enquête pour blanchiment d’argent présumé dans cette même affaire. Martín Vizcarra son vice-président, un inconnu de la politique, l’a succédé au pouvoir.

Depuis Martín Vizcarra a fait sien le combat contre la corruption avec son premier ministre Salvador del Solar. Ils ont demandé au Congrès une motion de confiance pour permettre à l’exécutif de changer les normes de désignation des magistrats du Tribunal constitutionnel (principal tribunal du pays) afin de mettre un terme à la connivence de cette institution avec certaines forces politiques. Pendant les quatre prochains mois, le pays devra être gouverné par des décrets d’urgence émis par l’exécutif jusqu’aux prochaines élections parlementaires et présidentielles. Ce que l’opposition dénonce comme un début de régime autoritaire et compare le gouvernement de Vizcarra au gouvernement de Fujimori.

La population, écœurée par le scandale financier impliquant les élites politiques, commence déjà à exiger des changements véritables et surtout des résultats économiques et sociaux. Le président a des énormes défis à relever dans un pays extenué ou quasiment la moitié des enfants de moins de trois ans présentent de sérieuses carences alimentaires. Aussi, il devra relancer la reconstruction des zones de la côte pacifique détruites par les pluies diluviennes et les inondations provoqués par le phénomène climatique El Niño en 2017.

Il devra faire face à une opposition représentée par l’ancien président du Congrès Pedro Olaechea, qui s’est montré très critique à son égard et qui persiste à maintenir la nomination par le Congrès des magistrats du Tribunal constitutionnel. En toile de fond, on trouve aussi Keiko Fujimori, leader de la droite populiste (fille de l’ancien président et dictateur Alberto), en prison préventive depuis 2018 pour présomption de blanchiment d’argent. Elle attend que le Tribunal constitutionnel décide si les accusations contre elle seront annulées. Pour Vizcarra aucun accord n’est possible avec l’opposition fujimoriste.

L’équipe spécial de Lava Jato au Pérou a confirmé que cette semaine devrait commencer l’interrogatoire de l’ex-chef de Odebrecht au Pérou, Jorge Barata ; il devrait révéler l’identité d’un total de soixante-et-onze personnes impliquées dans des affaires liées à Odebrecht. 

Il est clair que cette crise qui secoue le Pérou ainsi que d’autres pays de l’Amérique latine n’augure rien de bon pour la démocratie dans la région : les prochains agendas électoraux dans plusieurs pays dont les élites politiques nous montrent que quelque chose de pourri existe quel que soit le bord nous en diront plus dans un avenir très proche.

Olga BARRY

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