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octobre 2019

Au Chili, chronique d’une contestation annoncée dans un pays en flamme

La situation est toujours aussi tendue après des semaines de mobilisation au Chili. Il y a pourtant peu de temps, le président Sebastian Piñera se félicitait de “l’oasis” de paix que semblait être le pays. Membre de l’OCDE, stable politiquement depuis des années, le “jaguar” de l’Amérique latine était présenté comme un exemple pour les pays voisins. Mais cette image idéale a volé en éclats depuis, mettant en lumière les profondes fractures économiques et sociales dues à un niveau d’inégalité de plus élevé de l’OCDE.

Dessin : Rapé (Mexique)

Depuis le 17 octobre, l’Institut National des Droits Humains (INDH) publie des chiffres issus de ces enquêtes, tout comme l’Association de médecins Doctora Eloísa Díaz. Le dernier document diffusé par cette dernière, le 23 octobre, fait état de 22 décès, dont 11 homicides. Le gouvernement ne reconnaît la responsabilité des forces policières et militaires que dans 5 cas. L’association donne aussi d’autres chiffres : 2643 détenus, 31 blessés graves par balles. L’INDH de son côté, a communiqué ces derniers chiffres dans la nuit de mercredi à jeudi. Il fait état de 535 blessés dont 210 par armes à feu et de 2 410 détenus.

Un regard dans le rétroviseur

L’Histoire de dernières 50 années du Chili a été marquée par la dictature d’Augusto Pinochet (1973 – 1990) qui, accompagnée des meurtres, disparitions forcées et tortures, a mis en place la privatisation des services publics tels que l’éducation, la santé et les retraites. 

Avec l’arrivée de la démocratie, une coalition des partis de centre et de gauche sont arrivés au pouvoir en chantant “la joie est en chemin”, mais la joie n’était pas dans les réformes du système. La santé, l’éducation, les retraites, le transport et l’eau restaient dans les mains d’institutions privés. 

Pendant plus de dix ans, les gouvernements n’ont pas connu des grandes manifestations, la société n’étant pas prête à sortir de l’immobilité héritée de la dictature. Il faudra attendre 2004 pour voir les premiers étudiants manifester dans les rues. Ce mouvement “pingouin” fut la pointe de flèche d’un peuple qui commençait à s’exprimer. Depuis, les manifestations sont devenus régulières soient pour défendre une éducation publique de qualité, un environnement libre de pollution ou un nouveau système de retraites. Les réponses de l’Etat, par contre, n’étaient pas si actives dans ce pays où la moitié de la population gagne moins de 500€ par mois pendant que le 0.01% fait au même temps 716.620€.

Ainsi, la révolution populaire que nous voyons aujourd’hui, est le résultat d’une précarisation générale de la vie au Chili, même si personne n’a pensé que le déclencheur serait une hausse de 0.037€ sur le prix du billet de métro à Santiago. Le gouvernement a refusé de négocier et a menacé d’appliquer la Loi de Sécurité de l’État contre les manifestants pour le tort fait aux infrastructures. 

La démocratie construite au Chili était faible et c’est ainsi que le 19 octobre passé, le président Sebastian Piñera a décrété l’État d’Urgence sur Santiago. Les militaires étaient dans la rue pour contrer les demandes sociales. Une première depuis 1990. La blessure du Chili saignait à nouveau. L’État d’Urgence qui régnait sur Santiago se répand et aujourd’hui plus d’un 80% de la population le subit. Le feu et le sang teintent le Chili comme sous la dictature et les témoignages des tortures, agressions sexuelles et meurtres inondent médias et réseaux sociaux.

Depuis, de nombreux secteurs se sont ralliés à la contestation. La CUT (Central Unitaria de Trabajadores), syndicat très puissant, la Coordinadora “No Mas AFP” (organisation qui demande un nouveau système de retraite), l’ANEF (Association National d’Employés de l’état), et plusieurs autres organisations mènent ce jeudi une grève générale. Les syndicats des travailleurs portuaires bloquent presque tous les ports du pays, le syndicat des travailleurs du métro, pourtant en première ligne, a annoncé son soutien aux mobilisations. Les puissants syndicats des mineurs ont également appelé à la grève générale, et même un syndicat des transporteurs, pourtant traditionnellement marqués à droite.

Le Chili sous la répression

Alors que le Président se dit “en guerre”, l’armée multiplie les exactions. Le Collège de médecins se dit surpassé par les plaintes et dénonce des restrictions institutionnelles à l’information. Le juge Daniel Urrutia raconte lui aussi que “99% des détenus arrivent avec des marques de coups, ou gazés, ou menacés.” Par ailleurs, les organisations de défense des droits humains et les associations féministes rapportent également plusieurs cas des menaces et des agressions sexuelles à l’encontre des manifestantes. 

La Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme, l’Institut National des Droits Humains, Amnesty International et Human Rights Watch dénoncent de nombreuses atteintes aux droits fondamentaux et publie régulièrement de nouvelles informations. Ainsi, l’INDH mène plusieurs enquêtes, notamment sur de possibles centres de torture, ainsi que sur la mort de plusieurs manifestants et sur les conditions de détention. Les témoignages recueillis par l’Unité Judiciaire de l’INDH font froids dans le dos (à lire ici, en espagnol).

Les formations politiques et associations de la société civiles sont également victimes d’une pression policière de plus en plus grande. La porte-parole de la Cones (un des principaux syndicats étudiant) aurait ainsi été victime à trois reprises de violence de la part des forces de police. La Cones dénonce une forme de persécution politique.

Les médias sont également touchés par une répression particulièrement sévère. Ainsi, un journaliste a été la cible d’un tir des forces de l’ordre et trois autres ont été arrêtés malgré les sauf-conduits qui auraient dû leur permettre d’exercer leur métier. Par ailleurs, l’auto-censure est également un élément compliquant grandement la circulation d’informations dans le pays. En effet, les principales publications et les chaînes de radios et de télévision les plus importantes sont peu indépendantes, ce qui, dans le contexte actuel, empêche bien souvent les citoyens d’accéder à des informations fiables.

Le monde politique tente de reprendre la main

La crise sociale s’accompagne d’une grave crise politique. Le gouvernement et ses soutiens semblent ne pas savoir quelles mesures prendre pour endiguer la contestation. Le Congrès est déjà revenu sur la hausse du prix du billet de métro qui avait mit le feu aux poudres, sans que cela ne fasse baisser la tension. Le Président Piñera a également ouvert des négociations avec les autres formations politiques pour trouver une issue à la crise. 

Plusieurs partis de gauche (Frente Amplio, le Parti Communiste, le Parti Socialiste, entre autres) ont refusé de participer aux négociations tant que l’armée patrouillera dans les rues. Une partie de l’opposition a ainsi publié ce mercredi un document intitulé “No mas abuso”, qui propose un agenda pour “sortir de la crise”. Par ailleurs, le Parti Communiste et d’autres groupes d’opposition ont annoncés travailler à une “accusation constitutionnelle” contre Sebastián Piñera et Andrés Chadwick, le Ministre de l’Intérieur, bien qu’il y ait peu de chance que cette initiative mène à la destitution du Président. 

Ce dernier a également annoncé plusieurs mesures en faveur des retraites, des salaires ou un gel des prix de l’électricité. En réalité, ces annonces ne peuvent calmer la contestation tant elles paraissent insuffisante pour combler les inégalités. De plus, pour plusieurs d’entre elles, ces mesures consistent simplement à revenir sur certaines réformes récentes.

Du côté des soutiens du gouvernement, de nombreux hommes et femmes politiques insistent sur l’importance d’un retour à l’ordre avant tout retour des militaires dans leurs casernes. De plus, plusieurs personnalités ont demandé l’application de la loi antiterroriste qui permettrait de condamner les personnes appelant à manifester. Le Président n’a pour l’instant pas jugé cela utile. En effet, il est à craindre qu’une répression plus forte mobilise encore davantage la population. 

Rai BENNO & NAMAI

Sources : La Nación, Bíobío la Radio, El Desconcierto, El Ciudadano, Radio Universidad Chile, COLMED, INDH, Fundación Sol

Que se passe-t-il au Chili ? Regard de Galo Ghigliotto, écrivain et éditeur chilien

Vendredi 4 octobre 2019, le ministère chilien des Transports a annoncé une nouvelle hausse du billet de métro de 30 pesos chiliens, augmentant à 830 pesos (un peu plus d’un euro) la valeur totale du ticket aux heures de pointe. Deux jours après l’annonce de la hausse, les étudiants (lycéens et universitaires) se sont organisés pour frauder en masse. Des hordes d’étudiants ont couru depuis les entrées du métro et ont sauté les tourniquets vers les quais, débordant de loin la capacité des contrôleurs du métro. C’est alors que le gouvernement chilien a commis sa première erreur dans la gestion de cette crise : il a commencé à fermer les accès de toutes les stations du métro et a mis en place des policiers lourdement équipés pour surveiller le flux de personnes, en plus de menacer de sanctions les fraudeurs. 

Photo : Luis Enrique Sevilla (Chili)

Pour comprendre la suite, il est nécessaire de revenir au passé : à la dictature de Pinochet et à ses effets. Contrairement à d’autres pays, le Chili n’a pas eu de processus de réparation satisfaisant. La plupart des crimes contre l’humanité commis au cours de cette période restent impunis, et les quelques policiers emprisonnés pour ces crimes ont purgé ou purgent leur peine dans des prisons qui sont de véritables centres de vacances. Aucun des gouvernements depuis le retour à la démocratie n’a réellement voulu aborder ce sujet : c’est une sorte de tabou. C’est ainsi que de nombreuses familles de détenus disparus ne savent toujours pas où se trouvent leurs proches. Un exemple : c’est seulement en 2016 que les premiers restes du journaliste Carlos Berger, disparu en 1973, un morceau de mâchoire et un fragment cervical, sont apparus. Il y a quelques semaines, en septembre de cette année, ils ont retrouvé d’autres fragments de son squelette. Tout comme les restes de Berger, l’horreur de la dictature réapparaît de temps en temps, à petites doses, sans que justice soit faite pour les milliers d’affaires comme celle-ci. À cela s’ajoute le fait que Pinochet est mort en tant que sénateur à vie, à l’âge de 91 ans, veillé à sa mort comme ancien commandant en chef à l’École militaire du Chili. 

L’héritage de la dictature

Une autre expression de la dictature qui perdure jusqu’à nos jours est l’installation du modèle néolibéral et de la Constitution de 1980, qui a été instituée pour protéger ce modèle. Au cours de son dernier mandat, l’ancienne présidente Michelle Bachelet a soutenu et encouragé diverses initiatives visant à établir une nouvelle constitution, mais elle a échoué. Avec l’arrivée de la droite au pouvoir, tout l’effort a été gelé. De son côté, le modèle néolibéral, qui a consisté en la privatisation des services de base, de l’éducation, de la santé (ISAPRE), des fonds de pension (AFP), des entreprises minières, de l’eau et de tout ce qui pouvait être privatisé, en plus de l’élimination d’un certain nombre de droits sociaux, a soumis les Chiliens et Chiliennes à vivre dans un état de précarité constante. À cela s’ajoute l’écart salarial : les 10% les plus riches ont 39 fois plus de revenus que les 10% les plus pauvres. Par ailleurs, 33 % des revenus générés par l’économie chilienne sont captés par les 1 % les plus riches de la population et 19,5 % par les 0,1 % les plus riches. Les coûts de la vie sont déjà suffisamment élevés pour ne pas avoir à subir des hausses arbitraires supplémentaires. Le prix moyen de location d’un appartement de deux pièces à Santiago est de 400  000 pesos (495€), mais le salaire minimum mensuel au Chili n’est que de 301 000 pesos (373€). Entre-temps, la presse rapporte que les Isapres (institutions privées de sécurité sociale), entreprises privées, ont vu leurs bénéfices baisser en 2018, enregistrant seulement 57,2 milliards de pesos (71 millions d’euros). 

A l’inégalité et à la violence, deux traces de la dictature, s’ajoute un autre aspect de la vie quotidienne : le traitement des gouvernants. L’année dernière, Camilo Catrillanca, membre de la communauté mapuche, a été tué par des policiers lors d’une opération qui, depuis le début, était entourée de faits suspects : écoutes illégales, caméras go-pro perdues puis apparues par la suite ; et l’acte lui-même, au cours duquel un civil désarmé accompagné d’un mineur a été abattu alors qu’il n’y avait pas eu de provocation. Le ministre de l’Intérieur, Andrés Chadwick, aurait dû démissionner pour les faits, il s’en est sorti en accusant les policiers et en destituant le général nouvellement nommé de l’institution policière. Par ailleurs, les ministres de Piñera ont fait des déclarations témoignant de leur mépris et de leur distance avec le peuple chilien. 

En juillet de l’année dernière, l’ancien ministre de l’Éducation, Gerardo Varela, a commenté, lors d’un séminaire, que lorsque des directeurs d’écoles de province lui demandaient de l’aide pour réparer un toit, il s’agaçait et leur disait : « pourquoi n’organisez-vous pas une tombola ? Pourquoi, depuis Santiago, dois-je aller réparer le toit d’un gymnase ? ». En août de la même année, le ministre de la Culture, Mauricio Rojas, a dû quitter son poste après la publication d’extraits d’un livre où il qualifiait le Musée de la Mémoire et des Droits de l’Homme de montage. Fin 2018, le ministre du Logement a affirmé qu’« une proportion élevée de Chiliens possédait une maison, un appartement, une maison à la plage», méconnaissant totalement la réalité nationale. Cette année, au début du mois, le ministre des Finances, Felipe Larraín, commentant la hausse zéro de l’indice des prix à la consommation (IPC), a déclaré qu’il y avait une bonne nouvelle pour « les romantiques » : « le prix des fleurs a baissé […] il a chuté de 3,6% ». Enfin, en relation avec la récente flambée des prix dans le métro, le ministre de l’Économie a déclaré que « celui qui se lève tôt sera aidé, de sorte que quelqu’un qui part plus tôt et prend le métro à sept heures du matin a la possibilité d’un tarif plus bas ». 

Cette année a été l’année des augmentations au Chili. Non seulement les transports, mais aussi l’électricité, l’eau, le gaz, etc. Le cas de l’électricité est particulier, car cette année, la compagnie d’électricité qui approvisionne Santiago (ENEL) a voulu transférer le coût des compteurs à la population, ce qui a généré beaucoup de réactions négatives, considérant que le président du directoire –et en outre vice-président de l’entreprise d’eau et assainissement Aguas Andinas–, Herman Chadwick Piñera, est le frère du ministre de l’Intérieur Chadwick et ils sont tous deux cousins du Président de la République Sebastián Piñera. 

La peur d’un « Chilezuela »

Autre fait important : selon les données du SERVEL, 49 % des citoyens inscrits sur les listes électorales au Chili ont participé au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2017, remportée par Sebastián Piñera avec 54,57 % des voix. En d’autres termes, on ne peut pas dire que Piñera bénéficie du soutien de la majorité du pays, et la crise actuelle pourrait bien en témoigner. Dans sa campagne, avec le slogan « Temps meilleurs » (Tiempos mejores), Piñera a bénéficié de la faiblesse politique de son adversaire, le journaliste et sénateur Alejandro Guillier, et de la Nouvelle Majorité (Nueva Mayoría), coalition de centre-gauche qu’il représentait. La gauche divisée a laissé un chemin sans encombre pour le candidat de droite, de sorte que certains auteurs affirment que, plus que d’un triomphe de Piñera, il s’agissait d’une défaite de la gauche. D’un autre côté, l’une des stratégies que la droite a utilisées pour recueillir le vote de la population la moins politisée, a été la menace, installée par divers canaux, menace selon laquelle si la gauche gagnait de nouveau, le pays deviendrait un « Chilezuela », en référence au Venezuela. 

La peur de cette Chilezuela, liée d’une certaine manière à l’imaginaire promu, pendant la dictature, du gouvernement de l’Unité Populaire de Salvador Allende, a mobilisé une population peu convaincue à se rendre aux urnes et à voter pour un politicien ambitieux et questionné comme Sebastián Piñera. La connaissance publique des problèmes juridiques rencontrés par Piñera à la suite de l’acquisition d’une banque dans les années 80 est telle que même un sénateur de la même couleur politique, Manuel José Ossandón –, candidat au premier tour–, lui a lancé lors d’un débat « qu’il n’avait pas été condamné pour sa beauté » – c’est-à-dire sans justification. 

Enfin, un autre antécédent important : le cercle proche de Piñera, notamment son cousin, le ministre de l’Intérieur Andrés Chadwick, était un collaborateur d’Auguste Pinochet. Ces jours-ci, une photo a été diffusée montrant le jeune Chadwick derrière Pinochet lors d’un évènement pendant la dictature. Comme lui, plusieurs ministres ont été proches du gouvernement Pinochet. 

Envoyer la police dans le métro pour empêcher les fraudes étudiantes n’a fait qu’allumer une mèche installée il y a longtemps. Les troubles ont commencé vendredi 18 octobre, avec l’incendie de plusieurs stations de métro et, entre autres, l’incendie de quelques immeubles privés, comme le bâtiment de la société ENEL, qui a brûlé –inexplicablement– à partir du 11ème étage et a causé un grand choc parmi les habitants de Santiago. Alors que ces faits se produisaient, le président Piñera était en train de manger une pizza dans un restaurant du quartier aisé de la capitale. 

Une phrase circule dans les manifestations qui résume très bien l’état d’esprit du Chili d’aujourd’hui : « Ils nous ont pris tellement de choses qu’ils nous ont aussi enlevé la peur ».

C’est la crise la plus profonde que le Chili ait connue depuis le coup d’État de 1973. Les autorités sont complètement anéanties, faisant des déclarations embarrassantes à la presse. Dernièrement, le président Piñera a dit : « nous sommes en guerre », semant la confusion dans la population ou, peut-être, imitant inconsciemment Pinochet qui, après l’attentat à son encontre en 1986, avait déclaré à la presse « Nous sommes en guerre ». Lors d’une déclaration ultérieure, la ministre de l’Éducation a été sommée par un journaliste de dire comment elle expliquerait à un enfant de neuf ans ces déclarations du président. La ministre a simplement reculé et passé la parole à la ministre suivante. 

L’état d’urgence a jeté de l’huile sur le feu

Devant l’erreur du gouvernement de placer les stations de métro sous la garde de la police, et en réponse à la mobilisation sociale, le président Piñera a décidé d’éteindre le feu avec de l’essence déclarant l’état d’urgence le 19 octobre. Ainsi, une mobilisation qui était limitée à la capitale du pays s’est répandue vers d’autres villes, déclenchant une série de manifestations dans tout le Chili. Cela a donné lieu à une série d’actes de vandalisme, et notamment à des pillages de supermarchés, de banques, de distributeurs automatiques de billets, etc. Les forces de police, qui se concentrent sur les manifestants et sur la protection des quartiers aisés, ont laissé sans protection les secteurs les plus vulnérables des villes, permettant ainsi une escalade sans précédent de la violence, modifiant complètement l’ordre social.

Au milieu du chaos, Piñera a décidé de décréter l’état d’urgence et de placer le général de division Javier Iturriaga à la tête de la Défense nationale. La présence de militaires dans les rues a renvoyé à une image menaçante, car pour beaucoup le traumatisme de la dictature n’a pas été surmonté. Ce fait a encore plus enflammé les esprits. À la question de savoir s’il y aurait un couvre-feu, Piñera a indiqué que c’était une décision que prendrait Iturriaga. Lors de la conférence de presse qui a suivi, le général a décrété, pour la première fois depuis la dictature, un couvre-feu dans la province de Santiago, ainsi que dans d’autres provinces. 

Pour tenter de freiner les manifestations, Piñera a envoyé un projet de loi au Congrès pour geler la hausse des coûts du transport public, que l’Assemblée Nationale a approuvé, avec une seule voix contre, et le Sénat à l’unanimité. Cependant, cela n’a eu aucun effet pour pacifier l’état d’esprit de la population. 

Les médias de masse (télévision, radios, journaux), qui appartiennent pour la plupart à des entrepreneurs proches des intérêts de la droite, se sont concentrés sur la criminalisation des manifestations sociales en mettant l’accent sur les actes de vandalisme qui ont eu lieu ces jours-ci. Rares sont ceux qui se sont attachés à donner une vue d’ensemble du problème. Lors des déclarations, les représentants du gouvernement répètent sans cesse les mots « violence », « destructions », « pillage », « vandalisme », et on parle de « reconstruction », comme si une catastrophe naturelle s’était produite. En dépit de cela, l’opinion publique a estimé que la gestion de cette situation par le gouvernement était déficiente, ce qui a provoqué des manifestations y compris dans les secteurs aisés de la capitale, où la majorité des voix penche à droite, organisées à faveur des revendications citoyennes et contre la crise et sa gestion par le président Piñera. 

Lorsque les manifestants ont décidé de protester à l’extérieur des chaînes de télévision celles-ci ont modifié leur ligne éditoriale et commencé à montrer à l’écran non seulement les pillages, mais aussi les multiples abus dont sont victimes les citoyens. 

Les Chiliens qui dormaient ont compris que l’abus était la base de leur vie quotidienne. Les réseaux sociaux et Internet ont ouvert une porte vers le monde, cela a permis de comprendre que les privilèges réservés aux classes aisées étaient également possibles pour tous dans des pays avec la même capacité de développement que le nôtre. 

L’aveuglement de la classe politique

La classe politique n’a pas été capable de prendre en compte cet éveil social. Comme mesure immédiate, le Front Elargi (Frente Amplio, parti de gauche) a exigé que la législation sur la réduction du salaire des parlementaires soit rapidement adoptée, mais cela n’a pas suffi. Une autre loi a été mise à l’agenda du parlement aujourd’hui, la loi sur les 40 heures de travail par semaine, au lieu des 44 heures de travail hebdomadaire actuellement en vigueur au Chili. Mais au moment de la session, le groupe complet du parti Rénovation Nationale (Renovación Nacional) –le parti du président– a quitté la salle pour qu’il n’y ait pas de quorum. 

Le gouvernement, éloigné de la réalité, comme il l’a démontré, n’a pas été capable de comprendre que la seule façon d’apaiser le mouvement social était de céder au-delà de ce qu’il était disposé à faire. Le discours incendiaire de Piñera, parlant de « guerre » et d’« un ennemi organisé » n’a fait qu’enflammer les esprits. Ces derniers jours il a décidé d’adoucir son discours. Mais en ce qui concerne les changements demandés par le mouvement social, il ne présente encore que des solutions provisoires et qui, selon lui, « nécessiteront un énorme effort de la part de l’État, ce qui impliquera une grande efficacité et la réaffectation des ressources existantes ». De cette manière, Piñera ne touche toujours pas les entrepreneurs et la concentration des ressources à leur profit, un des facteurs qui provoque le plus de mécontentement pour le Chilien moyen. En outre, ses propositions représentent une dépense fiscale plus importante qui sera directement versée à l’entreprise privée. 

Piñera a le double mérite d’avoir ravivé le sentiment de chaos, de violence et d’instabilité dans lequel nos parents et nos grands-parents de droite ou de gauche nous ont élevé, parlant comme aux époques d’Allende et de Pinochet. C’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui, il y a une certaine unité entre les partisans de droite et de gauche, donnant lieu à un accord sur le fait que ce gouvernement a démontré ses limites ; sa continuation devient intenable et des projets d’accusations constitutionnelles sont présentés à son encontre. 

Le nombre de morts, dont le gouvernement a refusé de donner les noms et d’expliquer les circonstances de leur mort, augmente chaque jour. Jusqu’à hier, l’INDH (Institut national des Droits de l’Homme) comptait 1894 détenus, dont 214 enfants et adolescents et 388 femmes adultes. Des centaines de personnes ont été blessées de diverses manières et des femmes ont signalé avoir subi des violences sexuelles pendant leur détention, et une détenue a été menacée de se faire pénétrer avec un fusil. 269 personnes ont été blessées, dont un grand nombre de blessures oculaires, et 137 par des armes à feu. Hier, nous avons pris connaissance du cas de Victor Marileo, il observait la répression militaire depuis le jardin de sa maison dans le secteur Bajos de Mena, l’un des plus humbles de la ville de Santiago, quand il a été touché par une balle provenant d’un fusil. Dans des déclarations télévisées, sa femme a raconté qu’elle avait demandé de l’aide et que personne ne l’avait secourue ; de plus, les militaires ont menacé de lui tirer dessus si elle sortait de chez elle. Elle a dû appeler son fils, habitant la ville de Linares, à 300 km de la capitale, qui a pris la route et est arrivé avant l’ambulance sollicitée à Santiago. Face à cet incident, le général Iturriaga a évoqué « un fait regrettable, mais mineur ». Aujourd’hui Marileo est dans un coma artificiel et les médecins prédisent une guérison improbable. 

À toutes ces victimes s’ajoutent les 18 morts que le gouvernement a jusqu’à présent reconnus. Cinq d’entre eux ont été tués par l’État. L’un d’eux est José Miguel Uribe, un jeune homme de 25 ans, originaire de la ville de Curicó, qui a reçu une balle tirée depuis un camion militaire. 

L’avenir politique de Piñera compromis ?

Il ne fait aucun doute que la gouvernabilité et la carrière politique du président Sebastián Piñera ne pourront pas être rétablies. Durant ces évènements, le président chilien s’est préoccupé de ce que son pair américain Donald Trump ne manque pas le forum de l’APEC, qui aura lieu en novembre à Santiago. La COP-25 se tiendra ultérieurement en décembre. D’autres événements sociaux attendent le président : la récompense des étudiants avec les meilleurs scores au test de sélection universitaire (PSU), la remise de prix littéraires, les visites de dirigeants d’autres pays, etc. Comment le président chilien compte-t-il accueillir ses invités internationaux avec au moins 15 morts au cours des dernières semaines de son gouvernement ? Que pense-t-il dire au meilleur score national de la PSU si celui-ci l’interroge sur ses actes ? Plus simplement : que va-t-il dire à la population du pays lorsque le nombre officiel de morts et de blessés sera connu ? 

La véritable tragédie au Chili n’est pas l’ensemble des pillages que les médias se sont efforcés de montrer constamment, c’est l’indolence d’une classe politique et entrepreneuriale tellement habituée à ses privilèges et à l’usage de la force pour les défendre. L’énorme écart existant entre les réalités vécues par les gouvernants actuels et celles du peuple chilien fait que le gouvernement se sent incapable de comprendre la profondeur de ce qui se passe et, par conséquent, de résoudre la crise actuelle. Comme corollaire parfait de ces affirmations circule un enregistrement de la Première dame du Chili, Cecilia Morel, qui explique «qu’ils sont dépassés », que la situation est comme « une invasion extraterrestre » et «qu’ils vont devoir diminuer leurs privilèges et partager avec les autres » 

Pour le moment, il ne semble y avoir que deux solutions possibles : soit le président Piñera s’ouvre à un pacte social avec la société civile, incluant de toute façon une nouvelle constitution, soit il démissionne pour mener à bien de nouvelles élections qui permettront ce qui est mentionné précédemment. Toute autre mesure sera provisoire, et ce ne sera qu’une question de temps avant qu’une nouvelle explosion sociale, peut-être plus violente, ne se produise. 

Galo GHIGLIOTTO
Depuis Santiago de Chile

Galo Ghigliotto est écrivain et éditeur chilien.  Il est l’auteur des romans Matar al mandinga (Santiago  : Lom ediciones, 2016) et El museo de la bruma (Santiago : Laurel editores, 2019), ainsi que d’ouvrages de contes et de poésie.  Il est actuellement directeur de la maison d’édition de l’Université Santiago du Chili.

Sortie de crise en Équateur : éteindre un incendie social avec de l’essence (subventionnée)

Le 13 octobre, après onze jours de manifestations et de répressions sans précédents, signait la fin du mouvement populaire dans les rues de Quito. Le bilan est lourd : 8 morts (chiffre provisoire), 1300 blessés et plus de 1000 arrestations.

Photo : Open democracy

Le 2 octobre, le président équatorien Lenín Moreno annonça une série de mesures socio-économiques suivant les « conseils » du Fond Monétaire International qui, en échange, octroyait au gouvernement un prêt de 4200 millions de dollars. Une mesure en particulier a mis le feu aux poudres, le décret 883, visant à supprimer les subsides publics à l’essence. Le gouvernement se réfugie derrière l’argument de la forte contrebande de combustible mais cette mesure est jugée inacceptable pour les classes moyennes et populaires du pays andin, qui y voit la goutte faisant déborder le vase des inégalités.

S’en suit une mobilisation citoyenne inédite depuis plus de 15 ans dans les rues de Quito. Le mouvement, composé de syndicats, d’organisations étudiantes, féministes et paysannes, est mené par le CONAIE (Confédération de nations indigènes en Equateur). La réponse gouvernementale sera immédiate : Moreno déménage son administration à Guayaquil et instaure un couvre-feu national ainsi que l’état d’urgence, laissant aux forces armées la responsabilité d’endiguer le mouvement populaire. Ces mobilisations citoyennes sont largement diffusées sur les réseaux sociaux et les médias internationaux, en contraste avec la légère couverture médiatique nationale, orientant ses reportages sur les dégâts engendrés par les manifestations en y distillant une bonne dose de racisme. Quant au gouvernement Moreno, il tente de marginaliser immédiatement les évènements criant à une instrumentalisation politique de son principal opposant, Rafael Correa, visant à déstabiliser le pays.

Le dimanche 13 octobre, Lenín Moreno accepte de se réunir, de façon séparée, avec les dirigeants indigènes et les syndicalistes afin de trouver une sortie de crise. Le décret 883 est abrogé, maigre victoire pour un mouvement qui s’opposait à l’ensemble du « paquetazo » du FMI. Les coupes budgétaires, les privatisations ainsi que les mesures de « flexibilisation » du marché du travail ne seront, à aucun moment, remis en cause. Il aura fallu huit morts pour en arriver là. 

Le gouvernement Moreno, soutenu par seulement 15% des votants, reste donc en place, une déception pour une grande partie de la population équatorienne. La clameur sociale est balisée à la simple question du combustible. Ce constat infantilise la mobilisation sociale de la population équatorienne qui lors de ces jours de lutte, s’est organisée afin de créer les fameux « corredores de paz » (couloirs de paix) pour évacuer et soigner ses victimes et où de nombreux débats furent mis sur pied par des assemblées citoyennes.

Les évènements survenus à Quito sont forcément à mettre en parallèle avec les images de ces derniers jours des manifestations au Chili et à Haïti, convoquées pour les mêmes raisons, liées au transport et au coût de la vie. À ces protestations sont apportées les mêmes réponses de la part des États : répression, état d’urgence et distillation de la peur. C’est un échec pour ces gouvernements qui n’arrivent pas à utiliser les institutions démocratiques (les décrets passés en Équateur ne sont pas discutés et votés par l’Assemblée nationale) pour créer un dialogue et passe inexorablement par les outils coercitifs de l’État. Ces dernières semaines en Amérique latine mettent en lumière l’aggravation des inégalités dans la région et une absence totale de remise en question du néolibéralisme par ses dirigeants, qui s’évertuent à vouloir éteindre un incendie avec du combustible…

Romain DROOG

Entre premier et second tour ? Le triste feuilleton des élections boliviennes

L’Amérique latine va mal, titrions-nous récemment. Ne s’agit-il pas surtout d’un raz de marée d’exaspération générale — et dans des contextes différents – en Équateur, au Pérou, en Colombie, en Argentine, au Chili et maintenant en Bolivie (sans parler du Venezuela) face aux inerties et aux injustices des gouvernants, à la corruption et au non-respect des lois fondamentales ?

Photo : Pachamama

Nous dirons donc plutôt que l’Amérique du sud se révolte parce que les populations mondiales sont de plus en plus conscientes de leurs droits… Et que la coïncidence électorale leur donne l’occasion de les revendiquer, hélas souvent dans la violence et pas toujours dans une parfaite compréhension des mesures prises ; c’est un ras-le-bol général ! En Bolivie, le président Evo Morales a largement aussi abusé de son pouvoir en faisant fi du référendum de février 2016 et en amendant la Constitution pour imposer un quatrième mandat. Et une ville comme Potosí qui lui était fidèle a finalement au premier tour, voté contre lui. Certes, il a le soutien des populations pauvres et ou rurales pour lesquelles il a beaucoup œuvré : le PIB par habitant a triplé, le pays s’est équipé de routes, d’écoles et d’hôpitaux. Il a su s’opposer, contrairement à d’autres, à la mainmise des multinationales en nationalisant notamment l’exploitation du lithium et en portant la croissance à plus de 4 % en moyenne, selon l’ONU. Mais il a échoué dans beaucoup de ses tentatives (inertie, manque d’experts… entre autres). On lui reproche aussi de n’avoir pas su, ou voulu, gérer les incendies qui ont ravagé la Chiquitania, en les encourageant même peut-être – comme son homologue brésilien pour dégager des zones cultivables.

Le bilan socio-économique est donc au centre de ces élections : la gestion prudente du gaz et des minerais a permis de réaliser d’importants progrès sociaux mais au détriment des investissements, et le prix des hydrocarbures ayant baissé, le déficit budgétaire s’est fort aggravé. Le principal adversaire de Morales aux élections qui se sont déroulées le dimanche 20 octobre dernier, Carlos Mesa – qui fut président centriste de 2003 à 2005 – est à la tête des manifestations qui ont accompagné la période préélectorale mais on ne l’attendait pas vraiment à la tête d’un score historique depuis 2006 ! Certes, il n’a obtenu au soir du 20 octobre que 38,1 % des suffrages contre 45,03 % à Morales mais, en Bolivie, l’écart entre les candidats doit atteindre 10 points …On attendait donc un second tour quand l’annonce des résultats a été brutalement interrompue par la transmission des résultats électoraux préliminaires ; le Tribunal électoral ( TREP) annonçait la victoire du président Morales qui en niait donc la nécessité…

Carlos Mesa, comme une partie des Boliviens, dénonce non seulement l’acte autoritaire qui a permis à Morales de se représenter une quatrième fois en manipulant le Tribunal suprême électoral et la Constitution, mais il dénonce aussi une fraude électorale et appelle à en finir avec ce pouvoir non démocratique. Et les manifestations de révolte ont débuté dès la nuit du 20 au 21 octobre comme le Tribunal électoral de Potosí a été incendié et des évènements similaires se sont vite répandus à Sucre, Cochabamba, Oruro, Tarija et même dans la province éloignée du Béni. Au moment du bouclage de cette newsletter la situation s‘est très rapidement détériorée : des milliers de citoyens dans les rues défient les gaz lacrymogènes, dans les 9 provinces du pays, les installations et matériels électoraux, les sièges de campagne du parti de gouvernement, sont détruits et l’on compte des blessés dans toutes les grandes villes du pays. Aux cris de « Le vote doit être respecté » « Nous sommes en Bolivie, pas au Venezuela »… Carlos Mesa s’est présenté, aux alentours de 20 h le 21, à Santa Cruz, pour annoncer officiellement qu’il ne reconnaissait pas les résultats et une grève illimitée a été déclarée dans cette capitale économique. Depuis, la grève générale s’est étendue à tout le pays !

Car le dilemme se poursuit. La page internet du Tribunal suprême électoral bolivien donnait le 22, Evo Morales vainqueur avec 46,87 % des voix contre 36, 73 % pour Mesa, dont le pourcentage a baissé : l’écart serait donc maintenant de 10,14 points, ce qui permet la réélection du président sortant au premier tour. Les observateurs de l’OEA ont fait part « de leur profonde inquiétude » et les Boliviens redoutent plus que tout le retour d’un pouvoir à vie qui a marqué leur histoire.

La situation risque d’encore empirer puisque le 23 octobre, se déclarant vainqueur définitivement, le président a dénoncé, dans sa première déclaration publique depuis le scrutin du dimanche 20, une « tentative de coup d’Etat » de la droite, appuyée selon lui par « l’international ».

Va t-on voir la Bolivie s’embraser comme le Chili ? Car la tension ne retombe bien sûr pas, au contraire ; on entendait mercredi des coups de feu dans La Paz, les stations-service sont prises d’assaut, de fausses informations circulent sur les réseaux sociaux et la foule est de plus en plus nombreuse dans les rues du pays. Où cette obstination à nier les premiers résultats va -t -elle mener le président qui se mue en dictateur et saura – t -il accepter un second tour ? Ce qui est certain, c’est que, si ce second tour a lieu, il s’annonce très serré.

De toutes façons, le Congrès sera divisé quel que soit le président et l’exercice du pouvoir, selon les analystes, sera très difficile. La vague de protestation et de violence est bien loin de s’arrêter.

Claire DURIEUX

« La Cordillère des Songes » le dernier documentaire de Patricio Guzmán en salle ce mercredi 30 octobre

« Au Chili, quand le soleil se lève, il a dû gravir des collines, des parois, des sommets avant d’atteindre la dernière pierre des Andes. Dans mon pays, la cordillère est partout mais pour les Chiliens, c’est une terre inconnue. Après être allé au nord pour Nostalgie de la lumière et au sud pour Le Bouton de nacre, j’ai voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l’histoire passée et récente du Chili. » Patricio Guzmán.

« En février 2015, mon documentaire Le Bouton de nacre a été présenté à Berlin où il a remporté l’Ours d’argent. Quelques mois plus tard, je l’ai présenté au Chili dans le cadre du FIDOCS (le festival de documentaires que j’ai créé il y a vingt-deux ans à Santiago). L’accueil qui a été fait au film m’a grandement surpris. J’avais préparé une longue liste d’arguments pour le défendre. J’étais habitué à ce que mes documentaires suscitent la polémique car ils se réfèrent au coup d’État de Pinochet. Or, le grand public ne veut pas qu’on lui parle des disparus de la dictature, de ses morts, des prisonniers politiques, des personnes torturées. Mais je n’ai pas eu besoin de justifier le propos du film. Les gens se sont montrés plus intéressés et plus ouverts que jamais. Puis Le Bouton de nacre est resté très longtemps à l’affiche à Santiago et il a attiré des milliers de spectateurs.

Peu de temps après, le ministère de l’Éducation du Chili a même acquis des copies de mes autres films pour les présenter dans les universités, les lycées et les collèges [1]. Mon pays que je croyais « sans mémoire » commençait à se pencher sur son passé. Il sortait de son amnésie, dépoussiérant les textes qui relatent son histoire. Je me suis aussi rendu compte que la nouvelle génération s’intéressait beaucoup plus qu’avant au sort des prisonniers, des fusillés, des exilés.

La répression qui a duré plusieurs décennies serait-elle devenue un sujet d’actualité ? C’est très nouveau pour moi et cela fait évoluer ma relation avec ma terre natale, que j’explore dans mon travail depuis plus de quarante ans. De fait, la manière dont j’envisageais mon film La Cordillère des songes – qui, après Nostalgie de la lumière et Le Bouton de nacre, sera le dernier volet de cette trilogie que j’ai commencée il y a dix ans – s’est elle-même transformée. Le sens du film a pris corps. Il est bien sûr toujours question de la confrontation des hommes, du cosmos et de la nature. Mais cette gigantesque chaîne de montagnes, qui est au cœur de mon sujet, est pour moi devenue la métaphore de l’immuable, de ce qui nous reste et nous habite, quand on croit avoir tout perdu. Plonger dans la cordillère me fait plonger dans mes souvenirs. Scrutant ses sommets escarpés, m’enfonçant dans ses vallées profondes, j’entame un voyage introspectif qui, peut-être, me révèlera en partie les secrets de mon âme chilienne.

Service de presse de Pyramide Films

[1] Chili, la mémoire obstinée (1997), Le Cas Pinochet (2001), Salvador Allende (2004), Nostalgie de la lumière (2010) et Le Bouton de nacre (2015).

Après des études à l’Ecole Officielle de l’Art Cinématographique à Madrid de 1966 à 1969, Patricio Guzmán produit et réalise La Bataille du Chili avec la contribution de Chris Marker. Cette trilogie de cinq heures sur la période finale du gouvernement de Salvador Allende remporte six grands prix en Europe et en Amérique latine. Exilé à Paris et très attaché à l’histoire de son pays d’origine, il réalise plusieurs documentaires sur les bouleversements majeurs que connaît le Chili en cette fin de XXe siècle : Au nom de Dieu sur la lutte de l’Eglise catholique pour la défense des droits de l’homme au Chili, Chili : la mémoire obstinée (1997) sur la mémoire historique de son pays, Le Cas Pinochet (2001) sur l’arrestation du célèbre dictateur chilien, ou encore Salvador Allende (2004), forme d’hommage rendu à un homme qui a profondément marqué la vie de Patricio Guzmán.

À Lyon du 14 au 23 novembre, la nouvelle édition de Documental – Le programme est en ligne

Le programme définitif de Documental, l’Amérique latine par l’image est désormais en ligne. Dix excellents films documentaires, inédits dans la région lyonnaise, proposent un regard diversifié des réalités latino-américains, au moment où nous assistons à un regain de tension sociale qui motivera les spectateurs de s’intéresser aux débats et réflexions qui accompagneront chaque projection.

Au fil des ans et dans les lieux ouverts gratuitement à tous, le festival propose aux publics des films sous-titrés en français, absents dans les grands circuits de diffusion, toujours récents car produits dans l’année du festival ou l’année antérieure. Les Nouveaux Latinos ont pour vocation la connaissance des sociétés et des cultures d’Amérique latine. Le Festival Belles Latinas, avec 18 éditions, le fait chaque année et offre des occasions de découvertes et de rencontres avec la littérature latino-américaine d’aujourd’hui. Le Festival Documental en est le pendant par l’image. En treize éditions, l’Amérique latine actuelle est donnée à voir et à comprendre au plus près : éclectique, surprenante, dérangeante et enchantante, du Mexique à la Terre de feu.

Chaque film a sa singularité : après les projections les débats donnent l’occasion d’aborder des questions sociétales, politiques, écologiques, historiques, culturelles. En 2019, les thématiques qui prédominent ont trait à l’enfermement (Prisons et centres psychiatriques) aux droits humains et aux révoltes, utopies et projets politiques et sociaux. Ces films nous parlent parfois de territoires inconnus mais plus souvent de notre proximité lointaine avec les peuples de cette vaste région du monde. Le public décerne ses préférences ainsi qu’un jury de professionnels, chacun accordant son prix pour plus de visibilité à des « pépites » et de chances à de talentueux réalisateurs. 

 Depuis sa fondation, le festival Documental est organisé autour d’une équipe de bénévoles qui prépare le festival autour d’un ou plusieurs coordonnateurs pour sélectionner les films à programmer. Documental se déroule sur la Métropole de Lyon et n’a pas cessé d’évoluer. Ce parcours doit beaucoup à ceux qui nous ont accueilli et accompagné et que nous remercions : en 2007 et 2008 la mairie de Lyon 1eret la Marmite Colbert, local municipal juste en face de notre siège ; en 2009 et 2010, la Maison du Passage (Lyon 5e) ; en 2011 et 2012, la MJC du Vieux Lyon puis en 2013, la Villa Gillet. De 2014 à 2017, l’Amphi Opéra de Lyon nous a accueilli dans un espace central. Depuis 2018, le Festival est devenu décentralisé et itinérant assurant une semaine de projections à la Maison des cultures et des langues de Lyon 3, la Manufacture des Tabacs, l’Insa de Lyon, au Cin’ Ecully, à l’Instituto Cervantes de Lyon, à l’Ecole normale supérieure….

Cette année, du 18 au 23 novembre,nous sommes à nouveau à l’Université Jean Moulin-Lyon 3 (Manufacture des Tabacs), à l’INSA Lyon (La Doua), à l’Instituto Cervantes de Lyon, au Cin’ Ecully Maison de rencontre, et nous saluons de nouveaux partenaires :  la Médiathèque de Lyon Bachut et la Ferme du Vinatier ainsi que La Villa Gillet pour la clôture du Festival et la projection des deux films primés (prix du public et du jury) le samedi 23 novembre… Dès le lendemain de cette édition, une équipe renouvelée préparera l’édition 2020 soucieuse d’améliorations et de nouvelles initiatives permettant de garantir la bonne continuité de Documental.

Maurice NAHORY

Le programmme ici.

Amnesty International lance une campagne pour cesser la répression au Nicaragua

« Le gouvernement du Nicaragua doit mettre fin à la stratégie répressive qu’il mène depuis le 18 avril 2018 et qui comprend actuellement des mesures pour fermer, maîtriser ou réduire au silence les organisations de la société civile et les médias indépendants », a déclaré Amnesty International vendredi 18 octobre à l’occasion du lancement de sa campagne What we left behind: fleeing repression in Nicaragua.

Photo : Amnesty

La communauté internationale doit savoir que la crise des droits humains qui a commencé au Nicaragua en avril 2018, provoquée par le gouvernement de Daniel Ortega, se poursuit et que les autorités ne montrent aucune volonté de veiller à ce que la population puisse exercer ses droits. Cette stratégie répressive a conduit des dizaines de milliers de personnes à vivre en exil, notamment des défenseurs des droits humains et des journalistes », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques d’Amnesty International.

« Par le biais de cette campagne, nous appelons le gouvernement du Nicaragua à cesser la répression, à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique, et à faire le nécessaire pour que les courageux défenseurs des droits humains et journalistes puissent travailler dans un environnement sûr et favorable, sans craindre de représailles. Nous continuerons de faire entendre notre voix pour le peuple nicaraguayen. »

Cette campagne comportera notamment des pétitions, des événements et la diffusion d’informations et de supports audiovisuels contenant les témoignages de personnes qui ont fui le pays à cause de la crise, afin de mettre en lumière les violations des droits humains qui continuent de se dérouler au Nicaragua. Elle se composera également d’actions consacrées à des défenseur∙e∙s des droits humains et des journalistes nicaraguayen∙ne∙s, comme Francisca Ramírez, Lucía Pineda Ubau et Vilma Núñez, dans le cadre de la campagne mondiale Osons le courage d’Amnesty International.

Selon certaines organisations internationales de défense des droits humains, plus de 80 000 personnes ont été contraintes de fuir le Nicaragua en raison de la crise actuelle. Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué que plus de 68 000 personnes avaient sollicité une protection au Costa Rica. D’après le HCR, le Costa Rica, le Panama, les États-Unis, l’Espagne et le Mexique sont les pays qui ont reçu le plus grand nombre de demandes d’asile présentées par des Nicaraguayens en 2018.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a fait savoir que plus de 100 journalistes et autres professionnels des médias avaient dû quitter le pays. 

Francisca Ramírez, dirigeante de communauté paysanne et militante des droits humains nicaraguayenne bien connue, s’est réfugiée au Costa Rica il y a plus d’un an après avoir reçu de graves menaces. Lucía Pineda Ubau, journaliste pour la chaîne d’information 100% Noticias, a quitté le Costa Rica dès sa sortie de prison en juin, après avoir passé presque six mois en détention arbitraire. Par ailleurs, les autorités ont annulé l’enregistrement du Centre nicaraguayen des droits humains (CENIDH), qui était coordonné par Vilma Núñez ; les biens et les actifs de cette organisation ont été saisis en décembre 2018 et ne lui ont pas encore été restitués. À cause du harcèlement de l’organisation, certains de ses membres ont dû fuir le pays.

Amnesty International France  

Créée en 1961, Amnesty International est un mouvement mondial et indépendant de plus de 7 millions de membres et sympathisants qui œuvrent pour le respect, la défense et la promotion de tous les droits inscrits dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Amnesty International a reçu le prix Nobel de la paix en 1977. La section française (AIF) a été créée en 1971. Son financement repose sur la générosité du public (200 000 donateurs), sur les ventes de produits de soutien et les cotisations de plus de 90 000 membres. AIF est agréée par le Comité de la charte du don en confiance.

Caryl Férey nous propose un nouveau roman « Paz » dans la série noire Gallimard

La Colombie loin des clichés touristiques et des visions folkloriques sur les cartels et les champs de coca, une Colombie meurtrie, dure, dont les blessures se referment très lentement, où l’on oscille entre désir de paix et violence extrême, où l’on tente de récupérer les ex-guérilleros et d’oublier les paramilitaires, où règnent encore politiques corrompus et cartels qui sèment la terreur : voilà le nouveau roman que nous offre Caryl Férey après Condor et Mapuche dans son exploration de l’Amérique latine.

Photo : Gallimard

Sur plus de 500 pages, l’auteur promène son lecteur à travers toute la Colombie, de la ville à la jungle du Narino, de Bogotá à Carthagène en passant par Medellín. Il reconstitue à la perfection les paysages et les ambiances, le trait est juste, le vocabulaire précis et incisif. Comme un peintre, il dresse sous nos yeux dans une fresque remarquable le tableau de ce pays contrasté.Mais il ne s’agit pas d’une promenade touristique et esthétique. La beauté de certains lieux côtoie l’horreur et la laideur de la nature défigurée et de la misère insoutenable. Nous accompagnons les personnages dans des lieux dangereux, épouvantables, que ce soit en ville ou dans les montagnes perdues où sévissent coupeurs de coca et sicarios achetés par les cartels, ou encore la jungle où traînent des guérilleros réfractaires qui refusent la paix.

De plus, l’auteur de façon habile et très maîtrisée nous restitue peu à peu, en la mêlant au récit, l’histoire de la Colombie. Il explique l’horreur dès les années cinquante de la Violencia, la naissance des FARC et des milices paramilitaires, la guerre civile d’une sauvagerie inimaginable. Enfin, il parle du travail sur la réconciliation nationale et la réinsertion des guérilleros des FARC.

Justement, dans ce contexte un peu trouble de paix fragile, le côté thriller du récit entre en scène avec la découverte à Bogotá même et dans tout le pays de cadavres atrocement mutilés, aux membres découpés et éparpillés : qui a intérêt à réveiller la terreur, qui organise ces boucheries ? C’est le problème à régler au plus vite. Et nous allons vivre les péripéties en cascade avec toute une galerie de personnages plus ou moins sympathiques dont les destins vont se croiser : au plus haut de la hiérarchie, Saul Bagader, ex-conseiller du président Uribe, devenu procureur général, qui a supervisé aussi le plan « réconciliation nationale », un homme dur et sans état d’âme. Sous ses ordres, son fils aîné, Lautaro, ex-chef des Forces spéciales qui a combattu impitoyablement les FARC, maintenant chef de la police criminelle, solitaire sans beaucoup d’empathie pour l’espèce humaine et bras droit infaillible de son père. Et dans cette famille de grands bourgeois apparaît Angel, le fils cadet qui a basculé dans l’autre camp, celui de la guérilla et qui l’a payé très cher à la fin du conflit. Lui aussi a dû se soumettre à la volonté du père et végéter sous une fausse identité près de Carthagène, au début du roman. Car rapidement les lignes vont bouger.

L’enfance des deux frères a été marquée par la rivalité, la jalousie de Lautaro envers le cadet, le préféré de la mère. Puis tous deux jeunes adultes ont vécu la perte violente de leur compagne et Lautaro est resté très seul, très désabusé et incapable de compassion pour ses semblables. Le tour de force de l’auteur, aucun manichéisme ! Tantôt on hait Lautaro, tantôt on le plaint et on éprouve de la pitié pour lui. On voit les failles de chacun, le ratage de leur vie privée.

Les autres personnages, de milieu plus modeste, ont tous dans leur enfance subi la violence du pays : père assassiné, viol, village martyrisé par les paramilitaires, ou enfance subie dans un quartier où l’on n’existe que par la force et la brutalité.Diana la journaliste d’investigation opiniâtre et téméraire, Flora travailleuse sociale courageuse, qui ira au devant du danger pour l’amour d’Angel : voilà de beaux portraits de femmes qui se battent pour la paix et la justice.

Nous n’en dirons pas plus, pas question de dévoiler l’intrigue qui se déroule de surprise en surprise, et de découverte en écœurement, car rien ne nous sera épargné jusqu’au dénouement digne d’une tragédie grecque.

Voilà donc Paz, un grand roman qui, en plus de ses aspects documentaires et historiques développe une analyse fine de la psychologie humaine, une vision noire de la Colombie contemporaine et de l’espèce humaine avec toutefois une petite lueur d’espoir finale. On ne sort pas indemne de ce livre au souffle puissant. Je le recommande vivement.

Louise LAURENT

Paz de Caryl Férey, éd. Gallimard, 534 p., 22 €.

Caryl Férey est un écrivain et un scénariste français.  Il a grandi en Bretagne après que sa famille se fut installée à Montfort-sur-Meu près de Rennes en 1974. Grand voyageur, il a parcouru l’Europe à moto, puis a fait un tour du monde à 20 ans. Il a notamment travaillé pour le Guide du Routard. En 1994 paraît chez Balle d’Argent son premier roman « Avec un ange sur les yeux ». Il sort la même année son premier polar, « Delicta Mortalia : péché mortel », puis quatre ans plus tard le très remarqué « Haka » (1998). « Mapuche » (Série noire, 2012) obtient le Prix Landerneau Polar 2012 ainsi que le Prix Ténébris en 2013. En 2015, il est le parrain de la 11e édition du salon Lire en Poche. Son site : http://www.carylferey.com/ 

Le dernier numéro de Caravelle est consacré à la Justice et infra-justice dans le Mexique indépendant

Revue consacrée à l’aire culturelle latino-américaine, Caravelle se veut résolument interdisciplinaire ; ses pages sont donc ouvertes aux historiens, aux géographes, aux sociologues, aux linguistes, aux historiens de la littérature et, en général, à tous les spécialistes des sciences de l’homme et du langage. Caravelle présente dans chacun de ses numéros des articles critiques, des résultats de recherches, des interviews d’écrivains, ainsi que des textes inédits dus aux plus grands noms des lettres de l’Amérique latine. Place aussi a été faite aux jeunes promesses des lettres de l’Amérique latine qui ont fait confiance à la revue en lui offrant des textes inédits pour sa section « Littératures ». Au sommaire de Caravelle, enfin, des comptes rendus réguliers des publications les plus marquantes dans le domaine latino-américain. Publiée avec le concours du CNL.

Photo : PUM

Sous la coordination de Évelyne SANCHEZ et Daniela MARINO, la dernière livraison de la revue Caravelle est centrée sur la justice au Mexique. L’histoire de l’administration de la justice dans le monde hispanique a reçu une très grande attention au cours des dernières décennies, en lien pour partie avec le renouvellement historiographique du politique interrogé sous l’angle d’une analyse sociale des membres des principales institutions, mais aussi en raison de l’accessibilité récente des archives locales qui permettent aujourd’hui une étude de la justice dite de proximité. Mais cet engouement ne s’est pas déployé de façon homogène ni sur la chronologie ni sur les thèmes abordés. Le point fort de cette historiographie – au moins dans le cas mexicain – porte en effet sur la période de transition depuis les réformes bourboniennes jusqu’aux années 1830 et rend compte d’une mise en adéquation de la justice avec les principes libéraux triomphants. 
Ce dossier cherche à dessiner de nouvelles pistes de recherche, pertinentes dans un cadre chronologique plus long, et questionne certaines affirmations hâtives dont la supposée modernisation et professionnalisation de l’administration de justice. Pour cela, les auteurs ont inclus le monde infra judiciaire dans leurs études, celui des auxiliaires de justice et des passeurs – traducteurs, tinterillos, facilitateurs de justice –, et ont ainsi mis l’accent sur la question souvent oubliée de l’accessibilité de la justice dans un pays où la Révolution de 1910 constitua une cinglante critique aux mécanismes légaux de résolution des conflits. Dans ce contexte, il était important d’inclure dans ce dossier un texte concernant le traitement judiciaire de la question agraire.

Évelyne SANCHEZ est chercheuse au laboratoire FRAMESPA du CNRS. Elle enseigne à l’université Toulouse – Jean Jaurès les disciplines associées à l’histoire des Amériques. Sa recherche se focalise aujourd’hui sur le Mexique.

Daniela MARINO est enseignante-chercheuse à l’École nationale d’anthropologie et d’histoire (ENAH) et à l’Institut national d’anthropologie et d’histoire (INAH) à Mexico.

Année : 2019 
Réf. : CAR 112 ° ISBN : 978-2-8107-0642-6
PRIX : 27.00 €
Format et nombre de pages : 16 × 24 cm – 200 p.

« Parapluies » de la Colombienne Maria Villa aux éditions Insula à Paris

Autrice, illustratrice, éditrice et chercheuse, María Villa (1977) a développé des projets pédagogiques et culturels sur l’éducation artistique auprès du gouvernement colombien. Elle vit et travaille actuellement à Espoo (Finlande).

Photo : Insula

Bogotá, un jour d’orage. Des parapluies cassés jonchent le sol. Chacun cherche à s’abriter en attendant l’éclaircie.

Ce poème en images nous parle du sentiment de vulnérabilité à travers la figure des parapluies, objets prosaïques mais incontournables dans cette ville au climat humide. Au fil des illustrations d’une grande finesse, les scènes réalistes se muent en métaphores visuelles, les parapluies en oiseaux.

Avec humanisme et subtilité, le texte et les dessins de María Villa évoquent les traumatismes hérités par la société colombienne pendant les années les plus violentes du conflit armé, et militent sobrement pour la paix, encore en débat dans ce pays.

Traduit de l’espagnol (Colombie) par Carlos Tous.

32 pages, bichromie, 23 X 13 cm. Livre cartonné.
ISBN : 978-2-9546056-7-8. PVP : 12 EUROS.
Parution octobre 2019
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