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10 juillet 2019

«Yuli», la vie en images du danseur étoile cubain Carlos Acosta

Le film Yuli raconte la vie de Carlos Acosta, danseur étoile cubain reconnu dans le monde entier. Derrière la caméra, Icíar Bollaín, réalisatrice espagnole de renommée internationale, s’est plu à mettre en lumière la vie de cette figure de la danse classique à travers son enfance, ses débuts et sa vie actuelle pour laquelle il joue son propre rôle.

Photo : Allociné

Né en 1973 dans une famille pauvre de La Havane et cadet de 11 enfants, Carlos Acosta rencontre le monde de la danse grâce à son père qui l’inscrit contre son gré à l’École nationale du Ballet cubain pour l’éloigner de la rue et le canaliser. Hyperactif et indiscipliné, il gagne pourtant en 1990 la médaille d’or du Prix de Lausanne et sort diplômé en 1991, à l’âge de 17 ans, avec une mention et la médaille d’or de l’École. Il est considéré dans les années 1990 comme l’étoile montante du ballet cubain ; son talent et sa notoriété lui valent une place de premier danseur dans l’English National Ballet à l’âge de 18 ans. Il attire régulièrement les foules avec le Houston Ballet, l’American Ballet Theater ou, à Covent Garden, avec le Royal Ballet, dont il est le guest principal [étoile invitée] et le premier danseur noir depuis 1998.

Dernièrement, il a également été l’invité de l’Opéra-Bastille, à Paris, pour interpréter le rôle-titre du Don Quichote de Noureïev, généralement considéré comme le plus grand défi technique auquel puisse s’atteler un danseur classique. Il intègre également des rôles à l’American Ballet Theater, au New York City Center ou à l’Australian Ballet. Détenteur de nombreux titres honorifiques de la discipline, comme le Grand Prix de l’Union of Writers and Artists en 1991, le Prix Benois de la Danse en 2008 ou encore le Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique en 2014, Carlos Acosta est toujours sur le devant de la scène aujourd’hui et se produit encore dans le monde entier.

Il s’est lancé en 2003 dans l’écriture d’une pièce chorégraphiée, Tocororo, un conte Cubain, mélange impertinent de rythme afro-cubain et de danse classique. Mais son talent ne s’arrête pas aux planches des prestigieux théâtres et opéras ni à l’écriture chorégraphique ; Acosta approche aussi la télé puis le cinéma. En 2004, il apparaît avec d’autres membres du Ballet national de Cuba dans le film de Cynthia Newport, Dance Cuba : Dreams of Flight. Natalie Portman le mettra également face à la caméra dans un des rôles principaux de son film, New York, I love You.

Aujourd’hui dans Yuli, il interprète son propre rôle. À l’âge de 31 ans, il commence à rédiger une autobiographie. L’histoire personnelle de Carlos Acosta lui permet d’avoir un point de vue unique sur la danse. «De nombreux artistes réalisent des choses surréalistes avec la danse, comme on le ferait avec un ordinateur. Ils ne font passer aucun message, ne vous font pas rêver, ne racontent pas d’histoire. Moi, c’est précisément ce que je veux faire. Je veux mettre la danse afro-cubaine, le hip-hop, la salsa sous les projecteurs, là où vous avez plutôt l’habitude de voir des classiques, et je veux que la qualité soit là, pour que ces danses soient acceptées. Nous vivons dans un monde de mélanges et je pense que nous devons faire en sorte que la danse classique devienne elle aussi un mélange.» Carlos Acosta, danseur, acteur, écrivain. Chez ce grand artiste, le film veut montrer des conflits et des doutes, pas seulement par des mots, mais aussi par des mouvements et des sensations.

Icíar Bollaín a débuté sa carrière dans le cinéma, en tant qu’actrice, dans le film de Victor Erice, El Sur (1983) à l’âge de 16 ans. Mais c’est sans aucun doute à partir de sa rencontre avec Ken Loach, lors de sa collaboration au film Land and Freedom / Tierra y Libertad, en tant qu’actrice et assistante du réalisateur qu’elle va donner une place prépondérante à la réalisation. Ken Loach et elle partagent la même volonté de donner la parole à ceux que l’on veut faire taire et de lutter contre l’injustice sociale à travers leur œuvre, de film en film. Elle est la compagne du scénariste de Ken Loach, Paul Laverty qui obtenu pour Yuli le prix du scénario à San Sebastián. Ensemble, on leur doit Ne dis rien en 2003, sur une femme battue, Même la pluie en 2010, sur le tournage d’un film en Bolivie et L’olivier en 2016.

Sortie en France prévue le 17 juillet.

Alain LIATARD
D’après Les Reflets de Villeurbanne

Yuli d’Icíar Bollaín, Biopic, Cuba, 1 h 50 – Voir la bande annonce

«Acusada», présumée coupable, un film procès réalisé par l’Argentin Gonzalo Tobal

Seule présumée coupable du meurtre de sa meilleure amie, Dolorès Dreier, jeune étudiante argentine, attend son procès depuis deux ans. Sa famille, soudée, a fait appel au meilleur avocat de la ville. Avec son équipe, elle prépare minutieusement sa défense. Mais à quelques jours du procès, Dolorès est au centre d’un véritable déchaînement médiatique. Des secrets font surface, la solidarité familiale se fissure, Dolorès s’isole, et la stratégie de défense vacille.

Photo : Acusada

Il s’agit d’un film de fiction, même s’il y a eu des affaires semblables en Argentine et en Italie, qui veut montrer comment l’attente et le pouvoir de la télévision vont agir sur une jeune fille accusée du crime de sa meilleure amie et qui attend son procès depuis deux ans. Au cours du film l’important n’est pas de savoir si Dolorès est coupable ou non, mais d’interroger ce visage angélique interprété par Lali Espósito.

Lali est convaincante dans le personnage et son travail est renforcé en étant entourée par une grande distribution secondaire dans laquelle s’illustrent Leonardo Sbaraglia (en tant que son père) et Daniel Fanego, l’avocat, qu’on avait vu dans L’ange. Gael Garcia Bernal joue le rôle du journaliste.Pour que tout cela soit crédible l’action se passe dans un milieu bourgeois et plutôt aisé qui se décompose petit à petit.

Gonzalo Tobal, né à Buenos Aires en 1981, a fait ses débuts en 2012 avec Villegas, une production indépendante, après avoir réalisé le court-métrage Cynthia todavía tiene las llaves en 2010. Acusada fut présenté à la Biennale de Venise et au Festival de Toronto en 2018. Un film à découvrir à partir du 10 juillet.

Alain LIATARD

Acusada de Gonzalo Tobal, Argentine, Drame, Judiciaire, Thriller, 1 h 53 – Voir la bande annonce

La ville mexicaine de Guadalajara recouverte de glace après de fortes chutes de grêle

La ville mexicaine de Guadalajara s’est réveillée avec quelques quartiers recouverts de 2 mètres de glace le dimanche 30 juin après une nuit d’orage avec de fortes chutes de grêle. C’est la première fois que la ville est atteinte d’un dégât naturel de ce type, avec cette tempête qui a endommagé les habitations, commerces et véhicules des habitants de la zone.

Photo : @DeMochilazo (Twitter)

Pour l’État de Jalisco, la grêle n’est pas un événement rare à cette époque de l’année. Habitué à des brusques changements de temps dans une même journée, l’été à Jalisco se compose de journées très ensoleillées, accompagnées de fortes pluies presque tous les soirs. Tout de même, les jours précédents la tempête, les températures avaient atteint les 31°C. C’est à partir de deux heures du matin que la grêle s’est déclenchée avec une grande intensité dans quelques quartiers de la zone métropolitaine de Guadalajara, et en quelques heures le sol s’est retrouvé couvert d’une épaisse couche de grêlons.

En effet, Guadalajara n’était pas la seule à se voir affectée, puisque la municipalité de Tlaquepaque a été également endommagée par la tempête. La liste est longue, avec des rues, des parcs et des maisons inondées et même effondrées. 200 maisons et commerces touchés, et près de 50 véhicules emportés par le torrent formé par la glace. Quelques maisons ont même été affectées en interne, puisque le système d’égouts compte plusieurs connexions à des tuyaux privés. La Protection civile, qui s’est vite mobilisée pour dégager les rues pour la circulation a communiqué que deux personnes ont été victimes d’un «début d’hypothermie». L’opération pour dégager les rues a nécessité la mobilisation de 750 personnes et 190 véhicules.

Dans un contexte où le débat sur le réchauffement climatique est devenu un sujet à prendre au sérieux, ce phénomène a reçu une attention internationale sans précédents. Dans un pays qui n’est pas habitué à voir la neige tomber pendant l’hiver, une couche de glace formé de la nuit au lendemain soulève plusieurs questions.

Cette tombée de grêle se doit à «l’inusuelle propagation d’une goutte froide dans des hauts niveaux de l’atmosphère», déclare le météorologue Alberto Hernández Unzón, ancien coordinateur du Service Météorologique National (SMN). Il explique que cette «goutte froide» se produit quand il existe un ramassage d’air très froid dans l’atmosphère, qui se décroche de la circulation générale des vents, en générant des fortes tempêtes accompagnées de vent et de basses températures.

«Des scènes que je n’avais jamais vues, tout du moins à Guadalajara. Regardez cette grêle qui ressemble à une chute de neige […] On dirait qu’il a neigé. C’est incroyable», a déclaré Enrique Alfaro, le gouverneur de l’État de Jalisco.

Ce phénomène climatique est le premier à se reproduire à cette échelle, et pourtant les experts météorologues nous confirment qu’il est probable qu’il ne soit pas le dernier, puisque la période des pluies continue jusqu’à novembre. Dans tous les cas, la Protection civile devra penser à de nouvelles stratégies pour éviter de tels dommages dans le futur, et que la ville mexicaine soit mieux préparée dans le cas d’une autre tempête de ce type.

Amaranta ZERMEÑO
Depuis Guadalajara

Le début des mémoires de l’écrivain chilien Pablo Neruda en version bilingue

Première partie des mémoires de Pablo Neruda publiées pour la première fois en 1974 et traduites en français l’année suivante, ce sont environ les 120 premières pages de ce livre mythique qui nous sont présentées en version bilingue.

Photo : IslaNegra

Celui qui s’appelle encore Ricardo Neftalí Reyes s’ouvre à la vie, à la nature dans le sud du Chili, région d’immenses forêts, de cris d’oiseaux et d’odeurs d’humus. La vie est calme dans cette famille modeste, l’enfant ressent une éternelle envie de découvrir qui ne le quittera jamais. Fort est le contraste avec l’étape suivante : à 16 ans, à Santiago, Ricardo est étudiant et poète famélique, terriblement «romantique» avec sa cape noire héritée de son père, avec le rejet répété par les auditeurs auxquels il propose ses vers. Mais il ne se décourage pas, et, au contraire, ses conquêtes féminines le motivent dans la conscience de lui-même. C’est aussi la période, non de la découverte, mais de la confirmation pour le poète, de l’évidence de la lutte politique.

On est très loin des Mémoires d’outre-tombe, Pablo Neruda raconte naturellement des épisodes de sa jeunesse, des rencontres, des ambiances, il ne s’agit pas de se faire valoir, mais de partager des petits ou des grands moments vécus dans un pays très original, pas seulement par sa géographie, mais avec une population et des conditions politiques très différentes de celles des états voisins.

Une étape à Buenos Aires, une autre à Lisbonne, une dernière à Madrid, et le voilà, à 23 ans dans le Montparnasse des artistes, encore des rencontres, des anecdotes. Ce n’est qu’une étape de plus, Paris est petit, comparé au monde. Ce sera l’Extrême-Orient, la Chine, le Japon, le terme du voyage de cette première partie.

Voilà une belle idée, d‘offrir la version bilingue et à un prix plus qu’abordable !

Christian ROINAT

J’avoue que j’ai vécu. Jeunesse de Pablo Neruda, traduit de l’espagnol (Chili) par Claude Couffon, éd. Gallimard, 256 p., 9 €.

L’accord de libre-échange avec le Mercosur : un cheval de Troie en Europe ?

Le nouveau traité de libre-échange, censé faire économiser plus de 4 milliards d’euros en droits de douane, a été accueilli avec inquiétude par les écologistes et les producteurs du Vieux Continent. Après la Pologne et la Roumanie, voici la crainte des produits sud-américains…

Photo : FranceInfos – Osaka

C’est sans aucun doute un accord «historique», selon Cécile Malmström, la commissaire européenne au commerce, Phil Hogan, son collègue à l’agriculture, et Jorge Faurie, le ministre argentin des Affaires étrangères. Le 28 juin, après vingt ans de négociations, l’Union européenne et les quatre économies émergentes de l’Amérique du Sud (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay) ont signé le texte final de la très controversée alliance commerciale. Celle-ci devrait entrer en vigueur en 2022, à condition d’être entérinée à l’unanimité par les vingt-sept États membres de l’Union européenne, et par le Parlement, dans les prochains mois.

Cet accord apparaît crucial à de nombreux titres, alors que le monde est confronté à des défis majeurs concernant le réchauffement climatique. En effet, jugé trop risqué pour l’environnement, l’accord sème la discorde même dans les hautes sphères du pouvoir. Ainsi le ministre de l’Agriculture français, Didier Guillaume, déclarait : «Je ne serai pas le ministre qui aura sacrifié l’agriculture française sur le trait d’un accord international.» De son côté, Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, estime que cet accord «est une double capitulation, sociale et environnementale». Et pour l’ex-ministre de l’Écologie Nicolas Hulot, l’accord avec le Mercosur est «complètement antinomique avec nos ambitions climatiques et le libre-échange est à l’origine de toutes les problématiques écologistes».

Voila le sentiment partagé par tous : on est en train d’ouvrir les portes à des pays qui n’ont pas le même niveau d’exigence en matière de santé publique et donc leurs produits ne sont pas traités de façon égalitaire face à l’Union européenne. En outre, on va avoir un déversement de tonnes de produits qui vont évidemment affaiblir les agriculteurs européens, et c’est la raison pour laquelle certains pensent encore que ce projet n’aboutira pas.

Cependant, Emmanuel Macron a rappelé sa volonté de mettre en place le traité car il «est bon, compte tenu du fait que les préoccupations de la France ont été intégralement prises en compte», a déclaré le chef de l’État tout en soulignant le fait que le Brésil s’est engagé à respecter l’accord de Paris sur le climat. Cet accord apporte donc son lot d’inquiétudes et d’interrogations. Interrogations sur une éventuelle invasion de viande, de céréales, de bois et de sucre sud-américains, mais aussi sur la continuité du soutien aux producteurs européens et les politiques en matière d’environnement.

Et ces questions, les pays du Mercosur n’ont nul besoin d’y répondre dans un contexte de croissance molle et dans un moment de sortie de crise, tandis qu’en Europe l’application du traité de libre-échange, avec la suppression de quasiment tous les droits de douane, apparaît dans une certaine mesure comme une sanction envers ses agriculteurs (même si le rapport est dérisoire : 160 000 tonnes de bœuf exportées par le Mercosur, contre 7,8 millions de tonnes produites chaque année dans l’UE).

Il a en effet été beaucoup question d’inquiétude en matière de concurrence déloyale, une inquiétude confirmée par l’utilisation de pesticides et l’impact des émissions de gaz à effet de serre liées à la production et au transport des marchandises. Les experts s’interrogent sur les conséquences à plus ou moins long terme, rappelant que les trois-quarts des produits phytosanitaires utilisés au Brésil sont interdits en France. Toutefois, en regardant de plus près le problème, sans oublier la déforestation massive de l’Amazonie, un accord de libre-échange est un moyen de faire pression sur ces pays. Monsanto en est l’illustration parfaite.

Dans les années 2000, confondant production et qualité, séduits par l’idée de créer des gains de productivité permanents, les agriculteurs sud-américains se sont lancés dans l’utilisation de pesticides et de grains transgéniques. En 2012, tandis qu’en Europe le scandale des effets de ses produits sur la santé l’éclaboussait, la firme étasunienne était considérée en Amérique comme une solution miraculeuse, comme le préconisait la publicité de l’époque : «Les experts disent que la productivité agricole devrait être doublée d’ici 2050 pour survenir à la croissance démographique. C’est un défi, mais un défi majeur à l’égard du changement climatique. La provision abondante et accessible de la nourriture implique donc de fournir aux agriculteurs des graines issues de la plus haute technologie

Aujourd’hui, Monsanto en Europe n’est plus au premier plan. Reste à savoir si l’accord UE-Mercosur peut s’avérer un instrument de poids pour aider les pays du sud à suivre cette voie. C’est un processus lent, certes, mais inéluctable. Un processus avec lequel un nouvel ordre mondial est en train de se redessiner, en accord avec les impératifs environnementaux qui désormais devraient encadrer la conscience collective de nos dirigeants.

Eduardo UGOLINI

La fille d’Ipanema devient orpheline : hommage au musicien brésilien João Gilberto

Le géant de la musique brésilienne, João Gilberto, est mort samedi dernier dans son appartement carioca. L’inventeur de la bossa-nova avait 88 ans et laisse derrière lui un répertoire musical considérable.

Photo : Veja

Originaire de l’État de Bahia au nord du Brésil, João Gilberto déménagera à Rio de Janeiro à la fin des années 1950. Il y rencontrera Tom Jobim et Vinicius de Moraes, avec lesquels il sera à l’origine d’un nouveau style musical : la bossa-nova (littéralement, «truc nouveau»). João Gilberto théorisera définitivement ce mélange de samba et de soft jazz, né au sein des classes moyennes blanches de Rio, dans ces trois premiers albums, une trilogie légendaire pour les amoureux du genre : Chega de saudade (1959), O amor, o sorriso e a flor (1960) et João Gilberto (1961). De ces albums proviennent ses morceaux emblématiques tels que Chega de saudade, Desafinado, Bim-bom et Corcovado.

En 1962, son deuxième album sortira aux États-Unis, un pas de géant vers l’internationalisation de la bossa-nova. Deux ans plus tard, João Gilberto atterrit à New-York pour l’enregistrement d’un concert au Carnegie Hall, en compagnie du saxophoniste de jazz Stan Getz. Cet album remportera quatre Grammys et deviendra la rampe de lancement pour la carrière internationale de Gilberto. De cet album est issu le morceau mythique Garota de Ipanema, objet de multiples réinterprétations.

Depuis l’annonce de sa mort, c’est un pays tout entier qui est en deuil. En reprenant des extraits de chansons d’autres artistes brésiliens célèbres, Caetano Veloso, disciple de Gilberto, écrit «Mieux que cela, le silence ; mieux que le silence, seulement João». Bien que de courte durée (environ une décennie), la bossa-nova laissera une empreinte précieuse dans la musique brésilienne, en plus des infinis réenregistrements de ses classiques à travers le monde, dans toutes les langues.

La bossa-nova rime aussi avec une période considérée comme dorée pour de nombreux brésiliens. La fin des années 1950 et début 1960 seront en effet une période charnière d’optimisme et d’ébullition pour le pays, entre l’organisation de la Coupe du monde de football, la mise en place de la Republica Nova et la construction de la moderniste Brasilia. En tant que bande originale de cette époque, la bossa-nova entre en rupture avec les stéréotypes tropicalisant de la samba, donnant un nouveau visage aux rythmes brésiliens.

Depuis quelques années soumis à des problèmes financiers, familiaux et de santé, João Gilberto s’était éloigné des scènes et vivait une existence solitaire dans son appartement de Rio de Janeiro. Il restera pour toujours un ambassadeur de choix de la musique brésilienne et laisse derrière lui un héritage musical colossal.

Romain DROOG

Un peu de légèreté dans la province mexicaine : «Le Lecteur à domicile» de Fabio Morábito

Fabio Morábito est avant tout un poète (Ventanas encendidas, éd. Visor, Madrid, est une anthologie qui donne une bonne idée de ses vers), un essayiste, et il a publié plusieurs recueils de nouvelles et trois romans dont le dernier apporte un souffle d’humour et de subtilité bienvenus en ces périodes où domine la noirceur. Né à Alexandrie et italianophone, il vit à Mexico depuis une cinquantaine d’années et écrit exclusivement en espagnol.

Photo : éd. Corti

On rencontre des gens bizarres dans la Ville de l’éternel printemps, ces deux frères largement entrés dans le troisième âge dont l’un est muet et idiot, au dire du narrateur, mais qui donne ses ordres par la voix de fausset de l’autre qui, lui, est ventriloque. Ou encore cette famille assez nombreuse dont certains sont sourds et muets sans qu’on puisse vraiment savoir qui feint de l’être.

Eduardo nous raconte en détail sa nouvelle vie dans cette petite ville de province : de malheureuses circonstances ont fait qu’il a été condamné à des activités d’intérêt général qui, grâce à un ami prêtre, n’ont pas consisté à nettoyer des latrines à droite et à gauche, mais à faire la lecture à des gens défavorisés ou handicapés. C’est ainsi qu’il rencontre ces familles ou ces individus pour le moins originaux.

L’humour, savoureux, vient d’un très léger décalage de la réalité d’une vie quotidienne grise, banale, comme par exemple la mère du narrateur, commerçante en mobilier, qui tombe littéralement amoureuse d’un buffet vitré et qui oublie sa passion passagère au moment où elle découvre un deuxième exemplaire, rigoureusement identique, de la vitrine.

Les problèmes financiers se succèdent les uns aux autres, il y a quelques vols, du narcotrafic, un cancer bien avancé, mais tout cela se vit dans un climat détendu quoique respectueux. Fabio Morábito fait brusquement jaillir de la crasse une étincelle inattendue de drôlerie. Ah cette comparaison (absolument acceptable au demeurant) entre un livre de recettes de cuisine et un recueil de poésie !

Eduardo n’est pas Superman, ses amours ne sont pas inouïes, ses conversations volent en général au ras du sol mais, au détour d’un dialogue avec une serveuse de bar, il découvre que sa mère avait tout d’une princesse de conte de fée, qu’elle aurait pu être le modèle d’un recueil de poèmes dont il possède un exemplaire dédicacé à un libraire taciturne.

L’ombre de cette mystérieuse femme poète plane sur le récit, sur la ville, son génie semble immense et personne ne la connaît en dehors des trois au quatre protagonistes, tous habitants de la Ville de l’éternel printemps. Pourtant tout est loin d’être merveilleux à Cuernavaca, ville jamais nommée directement mais dont tout Mexicain connaît le surnom : on se fait racketter, on peut se faire détrousser en achetant un paquet de cigarettes, la mesquinerie est bien présente, même parmi les poètes locaux qui, tout en douceur, pousseront vers la porte et vers l’anonymat le poète concurrent. On est bien dans un Mexique «normal».

Il reste de la lecture du Lecteur à domicile des effluves très agréables, on a beaucoup souri, on a, en lisant, compris les bienfaits de la lecture, de la poésie qui, si à elle seule ne règle pas tout, au moins permet de réunir des gens très dissemblables et de s’élever personnellement et prouve au lecteur du roman qu’il n’a pas eu tort de s’y plonger.

Christian ROINAT

Le Lecteur à domicile de Fabio Morábito, traduit de l’espagnol (Mexique) par Marianne Million, éd. Corti, 196 p., 20 €. Fabio Morábito en espagnol : El lector a domicilio, ed. Sexto Piso / Emilio, los chistes y la muerte , ed. Anagrama / Cuando las panteras no eran negras, ed. Siruela / La vida ordenada (cuentos), ed. Tusquets / Caja de herramientas, ed. Pre-Textos / El idioma materno, ed. Sexto Piso / Ventanas encendidas (antología de poesía), ed. Visor. Fabio Morábito en français : Les mots croisés / Emilio, les blagues et la mort, éd. Corti.

Né en 1955 à Alexandrie de parents italiens, Fabio Morábito a vécu à Milan jusqu’à l’âge de 15 ans, avant de partir pour Mexico où il vit depuis lors. Il a publié différents recueils de poésie dont Lotes Baldios en 1985, Terrains vagues, éd. Écrits des Forges, 2003, prix Carlos Pellicer 1995, De lunes todo el ano (Prix national de poésie Aguascalientes 1991) et Alguien de lava, 2002. Nouvelliste, il est également l’auteur de La lenta furia, La rida ordenada et También Berlin se olvida. Il a obtenu en 2019 le prix prestigieux Villaurrutia (qu’Octavio Paz notamment avait reçu) pour Le Lecteur à domicile.

«Joel, une enfance en Patagonie», un film de l’Argentin Carlos Sorín sur l’adoption

Le nouveau film du réalisateur argentin Carlos Sorín, Joel, sortira dans les salles obscures françaises le 10 juillet prochain. Dans ce drame, le réalisateur dresse le portrait d’un village patagonien secoué par la venue d’un nouvel jeune habitant au passé tourmenté.

Photo : Allociné

Carlos Sorín est un cinéaste rare. En 1988, il réalise son premier film, La pelicula del Rey,qui obtint le Lion d’argent à Venise et le Goya espagnol du meilleur film étranger. Il s’est ensuite retiré du cinéma pour se tourner vers la publicité jusqu’en 2002 avec Historias minimas, l’histoire d’un grand père filmé en Patagonie. Que ce soit le tendre Bombón el perro (2004), rencontre entre un chien et un chômeur, ou Jours de pêche enPatagonie (2012), tous ses films se déroulent à l’extrémité du Cono Sur. Nous l’avions par ailleurs rencontré au Cinelatino de Toulouse en 2011.

Dans Joel, une enfance en Patagonie, Sorín ne fait pas d’entorse à la règle en situant son œuvre en Terre de Feu. Dès la première image, le décor est planté : une femme, Cecilia, marche sur une route enneigée. Elle va retrouver son mari Diego qui travaille dans une exploitation forestière, pour lui annoncer que leur demande d’adoption a enfin été acceptée. A partir de cet événement, le réalisateur nous dirige vers une critique sociale de cette ville isolée. Joel, originaire de Buenos Aires, n’a pas cinq ans, comme précisé par l’agence d’adoption, mais neuf, et a un passé tourmenté de par les traumatismes qu’il a déjà accumulé à son jeune âge. La première partie du film nous montre, avec beaucoup de pudeur et de retenue, comment les parents et l’enfant vont tenter de s’apprivoiser.

L’interprétation de l’acteur enfant est très convaincante de par sa fragilité et sa retenue. Les rôles de Cecilia et Diego sont interprétés par Victoria Almeida et Diego Gentille, dont les rôles sont complémentaires sur des registres bien différents. On découvre dans la distribution Ana Katz, également réalisatrice (La niña errante et Mi amiga del parque).

Carlos Sorín propose une mise en scène réussie avec un rythme plus soutenu que dans certains de ses films où il jouait plus volontiers sur les éléments naturels. Dans la seconde partie du film, le réalisateur nous dévoile comment l’arrivée du « trublion » bouleverse l’équilibre du village, aboutissant finalement sur la discrimination et le rejet de l’autre. La communauté, déjà bien isolée du monde par les conditions géographiques et climatiques, se replie encore plus sur elle-même face au problème, comme si aucun événement n’était en mesure de l’atteindre, et surtout pas une histoire de drogue. C’est aussi un tableau très réaliste et sans concession d’un microcosme replié sur lui-même auquel aucune institution n’échappe ; les hésitations de l’église et de l’école seront dévastatrices. Joel, aborde avec élégance le thème délicat de l’adoption tardive, dans un pays où peu d’adoptants acceptent un enfant de plus de huit ans.

Alain LIATARD
D’après la présentation de Michel Dulac
pour le festival Les Reflets de Villeurbanne

Joel, une enfance en Patagonie de Carlos Sorín, Drame, Argentine, 1 h 39 – Voir la bande annonce

Michelle Bachelet présente un rapport décourageant sur les violations des droits humains

C’est à travers un rapport de l’ONU que Michelle Bachelet, Haute-Commissaire aux Nations unies, nous informe sur les violations des droits de l’homme qui sont commises par le gouvernement de Nicolás Maduro au Venezuela.

Photo : ONU Press

Dans ce rapport publié le 5 juillet, la Haute-Commissaire de l’ONU, Michelle Bachelet, s’exclame : «Il y a des motifs raisonnables pour croire que de graves violations aux droits économiques et sociaux ont été commises au Venezuela.» Elle dénonce également l’existence de la torture et les traitements inhumains contre les détenus qui luttent en faveur de leurs droits civils.

Le document de 18 pages explique la situation de vulnérabilité dans laquelle se trouve le peuple vénézuélien à cause de la crise politique et sociale que le pays subit. D’un autre côté, le gouvernement de Nicolás Maduro conteste le rapport en clamant que celui-ci manque absolument d’informations telles que les réussites et les progrès en rapport aux droits humains. Il affirme aussi que le rapport présente un regard déformé, sélectif et clairement biaisé sur la situation. «Le gouvernement du président Nicolás Maduro a refusé récemment de reconnaître l’ampleur de la crise et n’a pas pris les mesures nécessaires» affirme Bachelet dans ses conclusions en ajoutant que «le pays a pris et mis en place des lois, des politiques et des pratiques qui n’ont pas permis d’avoir un espace démocratique.»

Un paragraphe du rapport a été consacré aux détentions arbitraires, les tortures et la maltraitance. D’ailleurs, des chiffres montrent la détention d’au moins 15 045 personnes entre janvier 2014 et mai 2019 et 135 cas de privations arbitraires de liberté entre 2014 et 2019, dont 23 femmes et 112 hommes. «Dans certains cas relevés, des femmes et des hommes détenus ont été soumis à de nombreux actes de torture telles que des électrochocs, des étouffements avec un sac plastique, des simulacres de noyade, des passages à tabac, des violences sexuelles, des privations d’eau et de nourriture, des postures forcées et des expositions à des températures extrêmes» expose le document. Les organismes responsables de ces pratiques sont, d’après le rapport, le Service bolivarien d’intelligence nationale (SEBIN) et la Direction générale du contre-espionnage militaire (DGCIM). Ces deux organismes s’occupaient de pratiquer habituellement ces actes de torture afin d’obtenir des informations et des confessions, intimider et sanctionner les personnes détenues.

Le rapport indique 72 dénonciations de prétendue torture et de maltraitance, et 174 personnes détenues dans le cadre des manifestations entre 2017 et 2019. «Des cas de violence sexuelle et de violence sexiste contre des femmes et des filles ont été relevés pendant leur détention.» Des cas «d’exécution extrajudiciaire» ont été constatés lors d’interventions policières. Par conséquent, 5 287 morts dans ces cas ont été révélés. En ce qui concerne la fragilité des droits politiques et civils, les lois et la politique instaurées par le gouvernement ont causé la dégradation de l’État de droit et le démantèlement des institutions démocratiques. Par ailleurs, l’on dénonce la répression sélective contre les opposants, les dissidents et leurs proches. «Les proches sont menacés de mort, épiés, intimidés et harcelés», «les femmes sont soumises à des violences sexuelles, sexistes et humiliantes dans les centres de détention». Au contraire, le gouvernement assure qu’il n’y pas eu de morts pendant les manifestations en 2018 et que seulement 29 personnes sont mortes entre janvier et mai 2019. Cette information est d’ailleurs en opposition avec le rapport de l’Observatoire vénézuélien des conflits sociaux (OVCS), dans lequel 14 morts ont été enregistrées dans le cadre des manifestations en 2018 et 66 morts entre janvier et mai 2019 selon le Haut-Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme.

En outre, il y a la présence des soi-disant «collectifs chavistes», groupe civil armé qui, d’après le rapport, soutiennent les forces de sécurité dans la répression pendant les manifestations et la dissidence. «Le gouvernement a imposé une hégémonie communicationnelle où les médias indépendants sont restreints […] il y a eu des détentions arbitraires contre des personnes qui expriment leur opinion dans les réseaux sociaux.» De plus, l’ONU constate la fragilité des droits économiques et sociaux pour l’alimentation et la santé. «Les femmes sont contraintes de faire la queue 10 heures par jour pour avoir de la nourriture. Des sources locales ont rapporté des cas où les femmes ont été forcées d’échanger de la nourriture contre du sexe.» D’après les chiffres du Fonds des Nations unies pour l’alimentation, 3,7 millions de vénézuéliens se trouvent dans un état de dénutrition. Il faut ajouter là-dessus l’Enquête nationale sur les hôpitaux (2019) qui rend compte de la mort de 1 557 personnes à cause de l’absence de soins dans les hôpitaux.

Dans les recommandations du rapport, l’ONU exige du gouvernement Vénézuélien qu’il prenne immédiatement des mesures afin de faire cesser et prévenir la violation des droits humains, principalement les cas de tortures et d’exécutions extrajudiciaires. De même, il fait appel au démantèlement des groupes armés civils et des commandos de la police des Forces d’actions spéciales (FAES). La libération des personnes détenues arbitrairement est exigée, ainsi que la suppression de la mainmise du gouvernement sur les médias.

D’après CNN español
Traduit par Andrea Rico

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