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8 mai 2019

La première interview de Lula da Silva, ancien président du Brésil, depuis son emprisonnement

L’ex-président brésilien de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, parle pour la première fois dans une interview depuis qu’il a été emprisonné pour corruption le 7 avril 2018 à Curitiba au Brésil. Après plusieurs mois de privation de la parole, il a été autorisé à concéder un entretien depuis la prison à deux journaux, Folha de S. Paulo et El País, afin de clamer son innocence.  

Photo : Reuters – Leonardo Benassatto

Pendant une interview de deux heures, Lula se montre calme et sérieux dans un studio à l’intérieur de sa prison, prêt à prouver son innocence. Il se proclame victime d’une mascarade et s’exclame qu’il retournera à la politique dès sa sortie de prison. Revenu sur les conditions de sa condamnation, son parcours et sa vision du Brésil d’aujourd’hui, il s’adresse directement aux journalistes. Lula avait été accusé d’un présumé blanchiment de capitaux et de corruption pour l’achat d’un immeuble. Celui-ci avait été rénové par des contrats avec l’entreprise de construction Petrobras. Plus tard, un réseau de corruption a été découvert, ce qui a conduit à son inculpation et l’a ramené en prison. Toujours avec six procès judiciaires en cours, Lula pourrait être contraint de ne pas en sortir.  

Qu’est-ce qui vous est venu à l’esprit quand vous avez été arrêté et mis en prison il y a un an ? 

«Pendant tout le procès judiciaire, j’étais toujours certain qu’il y avait un objectif central et celui-ci était d’en arriver à moi. Je suis tellement obsédé par l’idée de démasquer Sérgio Moro [le juge de première instance qui l’a condamné et actuel ministre de Justice du président Jair Bolsonaro] et ses amis, et de démasquer tous ceux qui m’ont condamné. Même si je reste emprisonné 100 ans, je n’échangerais pour rien mon orgueil de liberté. Je veux prouver qu’il s’agit d’une farce. J’ai cette obsession, mais je ne ressens pas de haine. Je ne garde aucune rancœur parce qu’à mon âge, lorsqu’on a de la haine, on meurt vite. Vu que je veux vivre jusqu’à 120 ans, je vais travailler dur pour prouver mon innocence.» 

Êtes-vous conscient que vous pouvez rester emprisonné pour toujours ? 

«Pas de problème. Je suis sûr de dormir tous les jours la conscience tranquille. Je suis sûr que ni le procureur Deltan Dallagnol, ni Moro, ni les juges du Tribunal de la 4e région de seconde instance qui ont confirmé la condamnation de Moro et qui n’ont même pas lu la sentence, ne dorment. Une personne de 73 ans comme moi, qui a construit la vie que j’ai construite dans ce pays, qui a retrouvé la fierté et l’estime de soi du peuple brésilien comme nous l’avons fait avec ce gouvernement, ne se livrera pas. Ceux qui sont nés à Pernambuco [au nord-est du Brésil, l’une des régions les plus pauvres du Brésil et lieu de naissance de Lula] et qui ne sont pas morts avant l’âge de cinq ans ne reculent devant rien. Vous ne croyez pas que j’aimerais être chez moi ? Mais cela m’est égal parce que je veux sortir d’ici la tête haute, comme j’y suis entré : innocent. Et je ne peux le faire que si j’ai le courage de me battre pour l’obtenir.» 

Est-ce que vous pensez être acquitté du cas de l’appartement de Guarujá ? 

«Aussi incroyable que cela puisse paraître, oui. Il y aura un jour où les personnes se soucieront des preuves contenues dans le dossier du procès et non des gros-titres de journaux, des couvertures des magazines, ou des fausses informations diffusées. Tout ce que je demande pour l’amour de Dieu, c’est qu’ils me jugent en fonction des preuves. Je suis ici pour faire justice, pour prouver mon innocence comme Moro le sait bien, mais je m’inquiète bien plus de ce qui arrive au peuple brésilien.» 

Au cours de cette année, vous êtes passé par deux moments difficiles : la mort de votre frère Vavá et le décès de votre petit-fils Arthur, qu’avez-vous alors ressenti ? 

«Ces deux moments ont été les pires. La mort de mon frère Vavá et de mon petit-fils ont été effectivement, non, non, non… [il pleure, puis s’arrête]. Parfois je me dis qu’il aurait été plus facile que la mort me frappe moi. J’ai déjà 73 ans. J’aurais pu mourir et laisser vivre mon petit-fils. Malheureusement, ce n’est pas comme ça. Ce ne sont pas les seuls moments qui me rendent triste. J’essaie toujours d’être un homme heureux et j’y m’attache pour que la haine ne prenne pas place, cette rancune profonde. Quand je regarde à la télévision ceux qui m’ont condamné tout en sachant que ce sont des menteurs, j’ai des moments de tristesse. Mais qu’est-ce qui me maintient en vie ? C’est l’engagement avec ce pays, j’ai un devoir envers le peuple. Et je vois l’obsession du moment. Une obsession de détruire la souveraineté nationale, de détruire des emplois, d’accumuler un billion pour quoi faire ? Le ministre Paulo Guedes a dit que la réforme des retraites allait permettre d’économiser un billon de réales. Aux dépens des retraités ?» 

Votre parti a perdu les élections de l’année dernière et l’extrême droite est arrivée au pouvoir avec les votes favorables des électeurs qui appartenaient au Parti des travailleurs (PT). Qu’est-ce que vous pensez de ce revirement vers la droite d’un électorat qui était fidèle à son administration ? 

«Beaucoup de juristes savaient que ma candidature n’aurait pas pu être empêchée. Même emprisonné, je pouvais candidater. J’étais aussi sûr et très motivé pour gagner les élections depuis la prison. Il faut se souvenir que j’ai eu une remontée de seize points dans les sondages depuis la prison, sans pouvoir parler. On a eu des élections atypiques au Brésil. Soyons francs. Le rôle de fausses informations dans la campagne, la quantité de mensonges, la robotisation de la campagne sur internet étaient une folie. Après, c’était un manque de sensibilité des secteurs de la gauche de ne pas se regrouper. Telle était l’erreur de Marina Silva, presque devenue présidente en 2014, qui a obtenu 1% des votes. Je n’avais jamais vu le peuple exprimer tant de haine dans les rues. Je suis au courant, le monde entier est comme ça. La politique est effectivement diabolisée et il faudra beaucoup de temps pour la traiter sérieusement. Je ne m’attendais pas à ce que Bolsonaro résolve le problème du Brésil en quatre mois. Après, avec telle famille, telle folie. Son principal ennemi est le vice-président Hamilton Mourão, pas le PT. C’est-à-dire, c’est fou. Le pays est subordonné à une impossibilité de gouverner. Pour l’instant, il ne sait pas quoi faire, et celui qui applique les lois est le ministre de l’Économie Paulo Guedes.» 

Comment trouvez-vous la gouvernance du Venezuela ? 

«Évidemment, je ne suis pas tout à fait d’accord avec la politique économique du Venezuela, je trouve que c’est une erreur. Mais je suis encore moins d’accord que le Brésil reconnaisse ce gars, Guaidó. Franchement, c’est une honte. On a amené le Brésil au plus bas niveau de la politique extérieure que je n’ai jamais vu. Après avoir eu l’aplomb de dire qu’ils allaient envoyer un camion plein de denrées alimentaires, ils n’ont fait partir que deux camionnettes vides. Chacun ses affaires, il faut que le peuple vénézuélien choisisse librement ses dirigeants. S’ils veulent sortir dans la rue pour renverser le gouvernement, qu’ils sortent ! Mais c’est le peuple qui va renverser le gouvernement du Venezuela, pas Trump.» 

Comment est votre routine ? 

«Je suis seul tout le temps. Je lis, je regarde des films, des séries, des discours, j’assiste aux cours. J’ai suivi un cours sur la guerre de Canudos [conflit d’un groupe de religieux contre l’armée dans l’État de Bahía au XIXe siècle], qui énonce les mensonges racontés par Euclides Da Cunha. J’ai des cours toutes les semaines. Je sortirai avec un doctorat.» 

Si un jour vous sortez d’ici… 

«Je vais sortir et j’espère que vous serez là.» 

Qu’est-ce que vous ferez en premier ? 

«J’aimerais faire un jour un débat dans une université avec Moro et Dallagnol ensemble. Eux avec des notes pleines de mensonges et moi avec ma vérité. Avec une bonne allure, tranquille, beau comme je suis aujourd’hui. Mais, en fait, je veux faire un barbecue, un lard bien cuisiné et prendre un verre. Je le ferai. Soyez patient.»  

D’après El País
Traduit par Andrea Rico

La «nouvelle frontière» de Donald Trump pour dissuader les migrants admis au Mexique

«Nous sommes devant une nouvelle frontière, avait déclaré le 15 juillet 1960 le président John Fitzgerald Kennedy, celle de la science, de l’espace, et de la paix.» Les 29 mars et 5 avril 2019, son lointain successeur Donald Trump a évoqué un horizon frontalier plus terre à terre : «Le Mexique doit arrêter les illégaux (les migrants centraméricains), sinon on fermera la frontière. Notre pays a fait le PLEIN !» «Sinon» a-t-il encore ajouté, «j’appliquerai des sanctions financières et les voitures importées seront taxées à hauteur de 25%

Photo : Reuters – Kevin Lamarque

Le creuset américain serait-il débordé ? Un flux continu et croissant de Guatémaltèques, Honduriens et Salvadoriens, au nombre de 300 000, aurait traversé le Mexique de part en part entre janvier et mars 2019, selon le ministère de l’Intérieur (Secretaria de Gobernación) du pays aztèque. De la frontière sud, celle du Chiapas, aux limes du nord, avec les États-Unis. Sous pression, la police des frontières mexicaines a, le 22 avril 2019, détenu sans ménagement, au lieu-dit Echegaray, commune de Pijijapan, 371 migrants. Tandis qu’au nord, à Tijuana, l’accumulation de déplacés économiques le long d’un mur militarisé génère des tensions avec les populations locales. Le tout sous fond de diatribes anti-mexicaines et centraméricaines du Président des États-Unis. Plus que par l’immigration spontanée, qui n’a rien de nouveau, Donald Trump, en campagne présidentielle 2020, paraît bien davantage dépassé par ses promesses de la campagne antérieure de 2016 (396 579 interpellations en 2018 par la police nord-américaine ; 1 692 544 en 2000).

La frontière fait 3100 kilomètres. Dont seul un tiers est «muré». Un mur qui n’a jamais empêché personne de passer. Par-dessus, par-dessous, ou en le contournant paradoxalement de façon légale, comme le signale la statistique officielle. Ou même parfois en le perforant en plein jour, comme l’a constaté un journaliste de Mexicali. Restent les coups de menton, à usage électoral. De nature à conforter les convictions des convertis. Qui applaudit drapeaux «trumpiste» aux vents ou passe aux travaux pratiques, en traquant les migrants en panoplies paramilitaires. Comme le groupe «United Constitutional Patriot» qui sévit du côté d’El Paso, au Nouveau-Mexique.

Donald Trump, «Uranus» (Uranus, nom du cafetier Léopold Lajeunesse, et titre d’un roman de Marcel Aymé (1948) et d’un film de Claude Berri (1990) limonadier), irascible et fort en gueule, pressé par les échéances électorales, se fait de plus en plus insistant : «Retournez chez vous», a-t-il dit aux migrants. Accompagnant ces propos de menaces à l’attention des gouvernements mexicains, et centraméricains. Pour bien faire comprendre son message, le chef d’État nord-américain a fait appel à l’armée. Plusieurs milliers d’hommes avaient été déployés en 2018 pour imperméabiliser la frontière.

Le 24 avril 2019, Donald Trump annonçait que «des soldats armés» allaient de nouveau être envoyés sur la frontière. Le 29 avril 2019, le Département de la défense des États-Unis a signalé que 320 hommes allaient renforcer les 2900 militaires et 2000 gardes nationaux déjà sur place. S’adressant au Mexique, le Président Trump a par ailleurs renouvelé la forte éventualité de sanctions commerciales. Tandis qu’en 2017 et 2018, les permis de séjour temporaire aux États-Unis des Honduriens, Nicaraguayens et Salvadoriens n’ont pas été renouvelés. Le 16 octobre 2018, Donald Trump a fait savoir à son homologue hondurien, Juan Orlando Hernández, la probable suspension des aides au développement accordées. Le 29 mars 2019, le Département d’État a enclenché le processus visant à suspendre les subventions affectées aux États du Triangle du Nord. Gros yeux et gros bâton donc, pour défendre l’intérêt national des États-Unis tel qu’il est entendu par le locataire actuel de la Maison-Blanche.

Le gouvernement mexicain d’Andrés Manuel López Obrador, aux commandes depuis le 1er décembre 2018, a une autre approche. Celle de s’attaquer aux causes de ces migrations. 49% à 82% des populations rurales centraméricaines vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Sans pour autant négliger les nécessités humanitaires et sécuritaires du moment. Les deux plaques, l’humanitaire et la sécuritaire, peinent à coïncider. Les visas humanitaires accordés depuis décembre 2018 aux migrants centraméricains ont été suspendus le 28 janvier 2019. La police des frontières mexicaine agit de façon moins amène, comme on l’a constaté à Echegaray-Pijijapan le 22 avril 2019. D’ajustement en ajustement, les migrants «frontaliers» vont finalement être dotés d’une carte de séjour et de circulation à validité locale. Afin de gérer au plus près le présent et ses urgences, un mécanisme de coordination a été mis en place par le Mexique et le Triangle du Nord le 30 avril 2019.

Côté réduction des causes poussant à émigrer, un accord a été signé dès la prise de fonction d’AMLO, le 1er décembre 2018, entre le Mexique, le Triangle du Nord et la Commission des Nations unies pour l’Amérique latine et les Caraïbes (ou CEPAL). Cet accord affiche la couleur. Il s’agit d’un Plan pour le développement intégral (PDI) destiné à stimuler la création d’emplois en Amérique centrale. Il est doublé d’un second projet d’investissements centré celui-là sur le sud du Mexique. Marcelo Ebrard, Secrétaire aux relations extérieures, considère «que les flux migratoires dérivent de la pauvreté, et parfois des violences […] Ce qui rend nécessaire des stratégies de développement». Plusieurs programmes ont été validés le 5 avril 2019 par le Mexique et le Triangle du Nord.

Comprenne qui pourra, les États-Unis ont le 18 décembre 2018 fait un chèque sur le compte du PDI. Ils considèrent, en dépit des propos présidentiels, le Mexique comme un pays tiers, démocratique et donc apte à recevoir et intégrer les migrants centraméricains. États-Unis et Mexique ont réuni à Mérida (Yucatán) le 10 avril 2019 un Forum d’investisseurs potentiels. Susceptibles de participer financièrement et matériellement à la mise en chantier d’un train rapide, dit «train Maya», au sud du Mexique, et d’une raffinerie dans l’État de Tabasco. Les sauts d’humeur d’un Donald Trump embourbé dans ses promesses électorales de 2016 se font de plus en plus fréquentes et pressantes, malgré sa précampagne des prochaines présidentielles.

La police des frontières fait du zèle, provoquant des bouchons de plusieurs heures. AMLO a beau faire le dos rond, inviter au silence radio à l’égard de Donald Trump, bénéficier du soutien des entreprises nord-américaines présentes au Mexique, il est contraint de prendre des mesures d’urgence, policières. 15 000 migrants ont été expulsés en mars 2019. Le Mexique a accepté que l’examen des dossiers d’asile aux États-Unis soit externalisé sur son sol. La carte de séjour (tarjeta de visitante regional), accordée aux Centraméricains, a une validité limitée au sud mexicain, riche pour l’instant de lignes budgétaires. Mais qui permet au Mexique de considérer qu’il n’y a aucune raison de lier dossiers migratoires et commerciaux, comme le fait Donald Trump.

Fermer, ou paralyser, la frontière provoquerait de graves désordres économiques au Mexique. 80% du commerce extérieur mexicain est dirigé vers le Nord, les États-Unis. Mais l’argument est réversible. Le Mexique est le troisième partenaire économique des États-Unis. Reste à savoir quelle est la «Nouvelle frontière» de Donald Trump, un président qui, pour gagner la consultation de 2020, semble prêt à tout. «La sécurité, a-t-il déclaré, début avril, est plus importante pour moi que le commerce.»

Jean-Jacques KOURLIANDSKY

L’antipoésie de Nicanor Parra traduite en français et disponible en poche depuis le 11 avril

Traduit par Bertrand Pautrat et préfacé par Philippe Lançon, une édition bilingue de poche d’un des ouvrages les plus célèbres du poète chilien Nicanor Parra, Poèmes et antipoèmes, a été publiée par les éditions Point, un an après le décès du centenaire. Retour sur la vie de l’auteur et sur cette dernière publication.  

Photo : La Tercera Chile

Né au Chili en 1914, Nicanor Parra Sandoval a désormais une grande influence sur la littérature sud-américaine. Il s’est formé autour des mathématiques et de la physique, a étudié la mécanique avancée aux États-Unis et est retourné au Chili pour devenir professeur titulaire de mécanique rationnelle. Sa formation scientifique n’était qu’un prologue à sa carrière littéraire, qui l’a dès le début différencié du reste des poètes de son époque. Avec les «quatre grands» de la poésie chilienne (Pablo Neruda, Gabriela Mistral, Vicente Huidobro et Pablo de Rokha), Nicanor Parra a eu un fort impact dans le paysage de la littérature nationale à travers la création de l’antipoésie.  

C’est en 1935 que son premier livre Cancionero sin nombre (Recueil de poésies sans nom) réunit les prémices de ce mouvement, mais c’est à partir de son deuxième ouvrage paru en 1954 , Poemas y Antipoemas, qu’il définit son style littéraire. Cette notion d’antipoésie n’est pas seulement une rupture radicale dans la poésie chilienne ou hispano-américaine, mais aussi une forme d’antagonisme du modèle poétique. Ce schéma inclut de nouveaux éléments tels qu’un antihéros, de l’ironie, de l’humour, du sarcasme. Il s’agit de substituer la syntaxe soignée et métaphorique commune à la poésie de l’époque, par un langage direct et quotidien, capable de s’adapter à n’importe quelle circonstance. C’est avec la parution de cet ouvrage qu’il est devenu le lauréat du Concours national de Poésie organisé par le Syndicat des écrivains du Chili.  

Doté d’un esprit rebelle, l’opposition de Nicanor Parra à la poésie traditionnelle a évolué au fil du temps. Durant 75 ans de travail, plusieurs auteurs ont partagé avec l’antipoète : Pablo Neruda, Alejandro Jodorowsky, Violeta Parra, Jaime Vadell… Par sa plume toujours à contre-courant, Nicanor Parra se voit capable de s’accoutumer aux changements qui l’entourent : que ce soit social, politique, artistique. L’antipoète laisse son système poétique ouvert à la transformation, en permettant que les futurs poètes désireux de divergence puissent se l’approprier. 

Nicanor Parra a également été sélectionné pour le prix Nobel à plusieurs reprises, et même s’il ne l’a jamais obtenu, il remporte son équivalent en 2011, le Prix Cervantes, distinction littéraire attribuée chaque année depuis 1976 par le ministère de la Culture espagnole. Il succède ainsi à quelques grands noms de la littérature hispanophone, dont deux prédécesseurs chiliens, Jorge Edwards (prix 1999) et Gonzalo Rojas (prix 2003). Carmen Caffarel, directrice de l’Institut Cervantes, a déclaré : «Ce Prix Cervantes reconnaît cette fois-ci non seulement la valeur d’un créateur universel, mais aussi la nécessité de la recherche de nouvelles formes d’expression et l’exploration des frontières communicatives de l’être humain.»  

Les premières traductions des ouvrages de Nicanor Parra sont arrivées très récemment sur le sol français, ce qui rend l’anthologie des éditions du Seuil pareil à un nouvel univers poétique à découvrir pour tous les lecteurs francophones. Désormais, une édition poche de cet ouvrage publié par les éditions Points recueille les poèmes les plus célèbres du premier et dernier antipoète chilien.  

Amaranta ZERMEÑO

Notre revue trimestrielle Nouveaux Espaces Latinos, dans son édition de janvier-mars 2018, a publié une présentation de cet ouvrage sous la signature d’Eduardo P. Lobos. 

Poèmes et antipoèmes de Nicanor Parra, traduit de l’espagnol par Bertrand Pautrat, avec la collaboration du poète chilien Felipe Tupper, publié en grand format en 2017 aux éditions du Seuil. L’édition économique vient de paraître aux éditions Points, 176 p., 6,90 €.   

Disparition de Georges Couffignal, l’ancien directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine

Georges Couffignal, l’ancien directeur de l’Institut des hautes études de l’Amérique latine, est décédé le dimanche 28 avril 2019 à l’âge de 74 ans. Professeur de sciences politiques à la Sorbonne de 1994 à 2013, ce Français passionné par l’étude de l’Amérique latine était un spécialiste des systèmes politiques latino-américains.  

Photo : Caroline Dumas pour l’Institut Français au Chili

En tant que professeur à la Sorbonne et directeur de l’IHEAL, Georges Couffignal a transmis son savoir à de nombreuses générations d’étudiants. Cette personnalité des sciences politiques était aussi un acteur majeur des relations universitaires entre la France et l’Amérique latine. Entre 1982 et 1986, il fut directeur de l’Institut français d’Amérique latine à Mexico. Entre 2001 et 2005, il était Conseiller de coopération et d’action culturelle à Santiago. Cependant, Georges Couffignal ne faisait pas que transmettre son savoir, c’était aussi un politologue et historien à part entière. 

En 2013, La nouvelle Amérique latine : Laboratoire politique de l’Occident édité par les Presses des Sciences Po, est la dernière œuvre de Georges Couffignal parue en France. En 2015, cet ouvrage fut traduit en espagnol par les éditions LOM de Santiago au Chili. Dans cette analyse historique et politique, l’auteur rassemble de multiples débats autour de l’Amérique latine. Il y présente un état des lieux du continent, avec ses innovations, dynamiques et développements. Les cinq chapitres abordent des questions politiques et constitutionnelles, mais étudient aussi les évolutions de l’action publique, le populisme et l’émergence du continent dans la mondialisation. 

Cet ouvrage explore depuis le début des années 1980 le retour à la démocratie dans de multiples pays d’Amérique latine. L’auteur expérimente sur le plan social et environnemental les mutations profondes qu’on subit les nouvelles sociétés. Mutations durant lesquelles des élites, partis politiques et mouvements sociaux inédits sont nés. L’auteur s’intéresse aussi au moment où l’Amérique latine s’affirme sur la scène internationale.  

Au cours de sa vie, Georges Couffignal s’est adressé généralement à des cercles académiques, mais pas uniquement. Son public était et reste encore parfois plus large. Son ultime ouvrage s’adresse à tous les lecteurs réceptifs à un développement innovateur d’un monde qui change. Optimiste, George Couffignal reste pourtant lucide sur le fait que «l’Amérique latine peine à engager certaines réformes pourtant évoquées depuis des décennies». Les réflexions variées et complètes de l’auteur font de l’ouvrage une étude complexe et signifiante pour comprendre les politiques actuelles de l’Amérique latine. 

Eulalie PERNELET 

Victoire du social-démocrate «Nito» Cortizo aux élections présidentielles du Panamá

Avec un écart de 2% des voix, le candidat social-démocrate Laurentino «Nito» Cortizo a dépassé le candidat de droite Rómulo Roux lors des élections présidentielles du 6 mai dernier, devenant ainsi le nouveau président de la République du Panamá. Les résultats : 33,08% pour le social-démocrate, contre 31,06% pour le candidat de droite. Le candidat indépendant Ricardo Lombana est resté loin derrière ses adversaires avec 19,34% des voix.  

Photo : Twitter

Par le scrutin de 95% des bulletins, le tribunal électoral du Panamá a désigné la victoire du social-démocrate comme «irréversible». Après trois tentatives en tant que candidat à la présidence, Laurentino Cortizo est toujours resté sûr de lui, puisqu’il était le candidat favori avec 44% des intentions de vote de la part des électeurs lors du dernier sondage. D’autre part, M. Roux n’était pas convaincu par les résultats et a annoncé : « Aujourd’hui [dimanche], nous n’allons accepter aucun type de résultat.» Il a également averti qu’il ne reconnaîtrait pas des résultats extra officiels tant qu’il n’aurait pas examiné les bulletins physiques. La proclamation officielle en tant que président pour le mandat 2019-2024 correspond à la Junta Nacional de Escrutinio (Commission nationale du contrôle), qui effectuera l’acte protocolaire le jeudi 9 mai, dans le centre de conventions Atlapa.  

Pour un mandat de cinq ans, M. Cortizo succédera à Juan Carlos Varela, et héritera de la responsabilité de traiter avec la complexe réputation du pays, entachée par les «Panama Papers» ou le scandale d’Odebrecht. Par ailleurs, le nouveau président devra également faire face à des démarches internationales, telles que les relations commerciales avec la Chine et les
États-Unis.  

Laurentino «Nito» Cortizo est candidat du Parti révolutionnaire démocratique (PRD). Il a été membre de l’Assemblée législative entre 1994 et 2004, dont il a été le président entre les années 2000 et 2001. Sur son site web nitocortizo.com, il invite la population à s’informer sur lui et sa carrière politique en complète transparence.

En tant qu’ancien ministre du Développement agricole, M. Cortizo manifeste ouvertement sa passion pour le bétail de haute génétique, et se proclame «premier ouvrier du pays» pour «sauver» le Panamá. Ses promesses sont de «fermer la fissure de l’inégalité et que personne ne reste derrière». Sa campagne électorale et ses partisans soulignent l’humilité et la sensibilité sociale de M. Cortizo, au contraire de ses détracteurs qui sont entachés par des scandales de corruption. Selon M. Cortizo, «On va réussir sans voler». 

Amaranta ZERMEÑO  

Retour de flamme, la première comédie argentine de Juan Vera en ce moment au cinéma

La première comédie de Juan Vera, Retour de flamme, sort en salle le 8 mai. Après 25 ans de mariage et le départ de la maison de leur fils unique pour poursuivre ses études en Espagne, Marcos et Ana décident de se séparer sans raison particulière. Pas de conflit, juste un peu de lassitude. D’abord fascinant et intense, le célibat se révèle bientôt monotone pour elle et presque un cauchemar pour lui. Les deux rôles principaux sont interprétés par Ricardo Darín et Mercedes Morán.

Photo : Retour de flamme

Retour de flamme est le premier film de Juan Vera, jusque-là producteur de films aussi connus que Luna de Avellaneda (2004) ou Carancho (2010). Il réunit deux des meilleurs acteurs du cinéma argentin actuel, Mercedes Morán (Neruda, 2016 ; Maracaibo, 2018) et Ricardo Darín, qui joue aussi dans de nombreux films produits par Juan Vera. D’ailleurs le film a été écrit pour eux. «Je les vois à l’écran en train de dire les textes et j’ai l’impression que ce n’est pas moi qui les ai écrits, on dirait des dialogues vivants qui surgissent d’eux-mêmes. Puis je relis le scénario et je me rends compte qu’ils sont en train de dire exactement ce qui est écrit, mais quelque chose de magique se passe, ils nous rendent le scénario de façon identique, mais différente», raconte Juan Vera. 

Cela explique aussi que Ricardo Darín se soit impliqué dans la production du film avec son fils Chino. «Concrètement, cela fait environ vingt ans que je m’engage dans les films au-delà de mon travail d’acteur. J’ai toujours été invité à donner mon avis et je m’implique le plus possible. Pour ce film, cela a été quelque peu différent. Quand vous portez le poids de l’histoire sur vos épaules, en tant qu’acteur, il est plus intelligent de se détacher de certains aspects.» 

«Concernant ma collaboration avec Chino, je peux dire que j’admire le travail qu’il entreprend. Mes parents étaient acteurs, mais ils n’ont pas eu la notoriété que j’ai aujourd’hui. Chino a toujours été exposé et nous avons toujours été vigilants. Il suit aujourd’hui son propre chemin et désormais c’est moi qui apprends à son contact. C’est d’ailleurs grâce à Chino que je me suis lancé dans la production de Retour de flamme. Je n’ai plus la même énergie qu’à 20 ans, mais la sienne me porte… Je suis toujours très attentif au retour du public, plus que les retours critiques. C’est toujours angoissant de voir comment l’histoire sera reçue par les spectateurs. Par ailleurs, cela m’a toujours paru injuste qu’on attende « le nouveau Ricardo Darín », cela ne fait pas honneur à mes partenaires.» 

Retour de flamme repose sur les dialogues, les rencontres, les choses qui se disent, sur ce qui inquiète les personnages et qui les fait réfléchir. Il nous montre l’âme de ce couple. Mais le film ne se focalise pas seulement sur eux, mais aussi sur leurs parents et amis. L’histoire est bien ciselée et dialoguée avec des scènes drôles et une manière de filmer plutôt classique.  

Alain LIATARD

Retour de flamme de Juan Vera, Comédie, Argentine, 2 h 09 – Voir la bande annonce 

Une belle proposition de films latino-américains au Festival de Cannes 2019

Alejandro Gonzáles Iñárritu, le réalisateur d’Amores perros (2000), Babel (2006) ou The Revenant (2015) devra choisir avec son jury les meilleurs films de la Sélection officielle du Festival de Cannes qui se déroulera du 14 au 25 mai 2019. La sélection regroupe plusieurs films et artistes latino-américains.  

Photo : Sem Sum Sangue  

Parmi les 21 sélectionnés, de nombreux anciens primés ou palmés sont au rendez-vous, notamment au moins quatre anciens vainqueurs que ce soit le Britannique  Ken Loach  (Palme en 2006 et 2016 – 14e participation), les Belges  Jean-Pierre et Luc Dardenne  (Palme en 1999 et 2005 – 8e participation), l’Américain Terrence Malick  (Palme d’Or en 2011 – 3e participation), et viennent de se rajouter le Français  Abdellatif Kechiche  (Palme d’Or en 2013) et l’Américain  Quentin Tarantino  (Palme d’Or en 1994). À ceux-là s’ajoutent l’Américain  Jim Jarmusch (8e participation), l’Espagnol  Pedro Almodóvar  (6e participation), les Français  Arnaud Desplechin  (6e participation), le Palestinien  Elia Suleiman  (3e participation) et le Canadien  Xavier Dolan  (3e participation), l’Italien Marco Bellocchio  (7e participation), le Sud-Coréen  Bong Joon-ho  (2e participation). 

Concernant la scène latino-américaine, le Brésilien Kleber Mendonça Filho a été sélectionné. Ici, ce sera sa seconde participation après le remarquable Aquarius passé récemment sur Arte. Cette fois, il a coréalisé son film avec Juliano Dornelles  dont ce sera le premier film en compétition. Bacurau, de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles, raconte l’histoire d’un réalisateur de documentaire qui se rend dans un village situé à l’intérieur du Brésil et dans un futur proche afin de filmer les habitants. «Un film politique au souffle de western, un voyage à la découverte de vies quotidiennes inattendues» a annoncé Thierry Frémaux

Il y aura aussi en séances spéciales le documentaire de Juan Solanas, le fils de Pino Solanas, Que ce soit la loi, le second film de l’acteur Gaël Garcia Bernal, Chicuarotes, une histoire d’adolescents, et le dernier poème de Patricio Guzmán, La cordillera de los sueños. La section «Un certain regard», dont la cinéaste libanaise Nadine Labaki sera présidente du jury, propose un film brésilien d’un cinéaste passionnant Karim Aïnouz, Invisible life, à qui l’on devait en 2001 Madame Sata. 

Le cinéaste Ciro Guerra, l’heureux réalisateur colombien de Les oiseaux de passage, coréalisé avec Cristina Gallego, toujours sur les écrans, aura parmi les dix courts et les sept longs métrages de la compétition retenus à la Semaine de la Critique trois films latinos à visionner. 

En ouverture, le second film du cinéaste colombien Franco Lolli, Litigante, révélé en 2014 avec Gente de Bien. Dans Litigante, Franco Lolli dresse le portrait d’une femme qui doit faire face à des situations complexes et urgentes. À Bogotá, Silvia, mère célibataire et avocate, est mise en cause dans un scandale de corruption. À ses difficultés professionnelles s’ajoute une angoisse plus profonde. Leticia, sa mère, est gravement malade. Tandis qu’elle doit se confronter à son inéluctable disparition, Silvia se lance dans une histoire d’amour, la première depuis des années. 

Nuestras Madres, premier film du Guatémaltèque César Díaz, s’attache à un épisode tragique de son pays, les disparus de la dictature militaire. Il le raconte à travers Ernesto, jeune anthropologue à la Fondation médico-légale qui travaille à l’identification des disparus. Un jour, à travers le récit d’une vieille femme, Ernesto croit déceler une piste qui lui permettra de retrouver la trace de son père. 

Découverte à la Semaine de la Critique en 2017 avec son court métrage Selva, la réalisatrice costaricienne Sofía Quirós Ubeda revient avec son premier film Ceniza Negra. Selva, 13 ans, élevée à la campagne par ses grands-parents, découvre qu’en mourant on ne fait que changer de peau. On peut se transformer en loup, en chèvre, en ombre, en tout ce que l’imagination permet. De cette dualité naît la puissance du film, son authenticité. Avec la perte de l’innocence vient la conscience du corps, de sa sensualité. 

À l’ACID, la programmation des cinéastes indépendants, un focus sera consacré à trois films argentins, loin de Buenos Aires. Il s’agit de Las Vegas de Juan Villegas, les retrouvailles de Martin et Laura au bord de la mer ; de Brève histoire de la planète verte de Santiago Loza : Tania, Pedro et Daniela sont des marginaux à qui il leur incombe de ramener un Alien sur sa planète ; et de Sangre blanca de Barbara Sarasola-Day : Martina et Manuel traversent la frontière de Bolivie vers l’Argentine en tant que «mules» quand Manuel meurt, Martina va devoir demander de l’aide à son père qu’elle n’a jamais rencontré. 

La Quinzaine des Réalisateurs, sélection non compétitive, présentera trois films latinos parmi les 24 sélectionnés. Il s’agit du film péruvien Canción sin nombre de Melina Léon, du film argentin Por el dinero d’Alejandro Moguillanski, et du film brésilien Sem seu sangre d’Alice Furtado. Ce sont donc onze films latinos qui seront présentés sur la Croisette. Une belle moisson. Tout commencera le mardi 14 mai au soir avec la projection du film de Jim Jarmusch, The dead don’t die. Nous reviendrons sur ces films au fur et à mesure de leur passage.  

Alain LIATARD 

Nouvelle édition de Primavera Latina 2019 : «Religions et Politique» en Amérique latine

La semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France revient cette année du 23 mai au 1er juin. Dans le cadre de cet événement, les Nouveaux Espaces Latinos présentent une nouvelle fois leur festival Primavera Latina à Lyon. Du 21 au 24 mai, projections de documentaires, animation musicale, conférences et exposition rythmeront l’événement.

Photo : Primavera Latina

Pour sa sixième édition, la semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes en France promet une riche programmation culturelle autour de l’Amérique latine. Par le biais de rencontres politiques et économiques, le festival tend à se questionner sur les défis du monde d’aujourd’hui. Depuis 2015, l’objectif des Nouveaux Espaces Latinos est de créer un événement littéraire selon les mêmes principes que la semaine de l’Amérique latine. Ainsi, depuis cette date, le festival Primavera Latina revient chaque année à Lyon. Pour cette cinquième édition, la thématique du festival est celle des religions et de la politique en Amérique latine. De ce fait, toute la programmation de l’événement tourne autour de problématiques liées à cette idée.

Le premier jour du festival est consacré à la projection du documentaire Sexo, pregações e política, au cinéma d’Écully. La version originale du documentaire brésilien, sous-titrée en français, aborde ainsi la politique brésilienne. Durant 72 minutes, les spectateurs découvriront les députés, religieux, et activistes brésiliens. Depuis l’élection de Jair Bolsonaro, le poids des conservateurs s’est renforcé, laissant l’image d’un pays fermé sur l’homosexualité. Une guerre idéologique voit donc le jour au Brésil, les deux réalisateurs Aude Chevalier-Beaumel et Michael Gimenez ne cesseront de la représenter dans leur documentaire. Ici, leur projet remet donc en question la pseudo liberté sexuelle au Brésil.

Aude Chevalier-Beaumel est une Française ayant vécu au Brésil. Son premier documentaire porte sur des jeunes habitants des favelas tués par la police. Après avoir réalisé deux documentaires au Mexique, elle a suivi un candidat politique brésilien menacé de mort à cause de son combat contre la corruption et la milice. Quant à Michael Gimenez, français lui aussi, au départ journaliste, il se rend au Brésil en 2009 pour filmer le premier documentaire d’Aude Chevalier-Beaumel. Tous deux continuent de collaborer et réalisent ensemble ce nouveau film qui pointe du doigt le paradoxe de la sexualité libérée et du conservatisme extrême du pays. La projection de ce documentaire sera suivie par la réflexion d’Olivier Chatelan, historien.

Mercredi 22 mai, la salle Malraux de l’Université Jean Moulin Lyon 3 accueillera la conférence «Religions et Politique en Amérique latine». Le politologue Jean-Jacques Kourliandsky et l’historien Olivier Chatelan seront présents pour débattre ensemble. La table ronde sera autour de la thématique principale du festival et reposera sur la question «Les Églises évangéliques à la conquête du pouvoir ?» À partir des années 1970, les Églises évangéliques latino-américaines ont commencé à prendre de l’ampleur. Malgré qu’il soit impossible de les quantifier, au Brésil la plupart d’entre elles ont appelé à voter pour le candidat d’extrême droite, actuellement président du pays, Jair Bolsonaro. Ces Églises représentent les mêmes combats que les partisans de l’extrême droite, c’est-à-dire un combat contre l’homosexualité, le mariage gay, l’avortement, la sexualité hors mariage, ou l’euthanasie. Le débat portera donc sur le lien entre les mouvements chrétiens évangéliques et la vague conservatrice.

La journée suivante de Primavera Latina se passera à la salle du Conseil municipal de la Mairie du 1er arrondissement de Lyon. Au programme, la projection du film documentaire Encantado, le Brésil désenchanté, premier long métrage de Filipe Galvon. Dans les années 2000, le Brésil était considéré comme un pays d’avenir. Mais depuis 2013, la puissance économique de l’Amérique latine connaît une grave crise économique et institutionnelle. À travers la décadence d’un quartier homonyme de la banlieue carioca, Encantado retrace les événements qui ont mené le pays à son désenchantement démocratique. Concernant le réalisateur Filipe Galvon, celui-ci, né à Rio, a travaillé pour divers magazines culturels et pour la télévision. Depuis 2013, il vit à Paris et se lance alors dans la réalisation de documentaires. 

Pour clore cette cinquième édition, les Nouveaux Espaces Latinos présenteront le 24 mai à Lyon l’exposition photographique d’Alexandre Bauer. En 2017, ce jeune clermontois est parti explorer l’Amérique du Sud durant plusieurs mois. À son retour, il revient avec des paysages insolites photographiés par ses soins. La Bolivie, le nord de l’Argentine, les chutes d’Iguazú, la forêt amazonienne et le Pantanal Brésilien donnent des couleurs différentes à son œuvre. L’exposition du photographe sera accompagnée par une animation musicale du pianiste et compositeur brésilien Ewerton Oliveira, qui propose un répertoire original, inspiré par des musiques traditionnelles de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Après trois ans de partenariats avec le Musée des Confluences, Primavera Latina rebondi finalement pour offrir une nouvelle dimension singulière au festival. Pour la prochaine édition en 2020, l’objectif sera de continuer dans cette dynamique unique tout en transmettant davantage. 

Eulalie PERNELET

Plus d’informations sur la page du festival.

Une découverte archéologique au Mexique relève le caractère sacré du chiffre 7

Le site maya de Chichén Itzá, au Yucatán, n’a pas livré tous ses mystères. Des prospections récentes ont fourni de précieuses informations sur les rites liés aux divinités de la fertilité en relation avec le septénaire. L’analyse d’un sanctuaire souterrain pourrait apporter ainsi un nouvel éclairage sur l’élaboration des systèmes culturels et idéologiques archaïques, et ouvrir des perspectives nouvelles à la question de savoir pourquoi, à tout âge et dans des régions très éloignées les unes des autres, différentes cultures ont attribué au chiffre 7 une place privilégiée dans leurs relations –réelles ou symboliques– avec le monde.

Photo : Unsplash/Filip Gielda

Le 19 février dernier, Guillermo de Anda, directeur du GAM (Gran Acuífero Maya, de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire INAH), avait annoncé la découverte d’un «trésor scientifique» enfoui dans une grotte-sanctuaire située dans le dernier bastion de la culture maya. Depuis plus de mille ans, les habitants de Chichén Itzá pratiquaient dans ce lieu consacré leurs prescriptions liturgiques. Une importante quantité d’objets ont été retrouvés, lesquels «contiennent des informations inestimables sur la formation et la chute de l’antique cité et sur les fondateurs de ce site iconique», selon le directeur du GAM. Parmi ces objets figurent plusieurs brûleurs d’encens représentant Tlaloc, le dieu de la pluie et l’une des plus anciennes divinités du panthéon précolombien.

Différents éléments se combinent dans cette découverte. Elle met en lumière la puissance du symbolique dans le rapport entre la vie quotidienne et les forces qui gouvernent la nature. La notion de fertilité, le nom de la grotte lié au plus grand félin américain, la présence du serpent «gardien de la grotte» et surtout sa configuration septénaire se révèlent particulièrement intéressants à analyser. En effet, déroutant au premier regard, l’arrangement de la grotte avec ses sept offrandes –ou «sept chambres-sanctuaires»– laisse néanmoins transparaître le même souci qui caractérise l’architecture sacrée à travers le monde.

Ceci est encore plus remarquable quand on sait que la symbolique du septénaire est souvent liée au concept de «Fertilité» et par extension à celui de «Prospérité». C’est là un fait qui mérite d’être remarqué. Car dans la région où se situe la grotte Balamku, le système de précipitations se serait modifié à partir du IXe siècle après J.-C., provocant une dramatique réduction de la production agricole. L’activité maya s’estompe à cette époque-là, avec la modification du régime de pluies, marquant l’effondrement de la civilisation.

Cette hypothèse, acceptée par la plupart des spécialistes, suggère implicitement que le changement climatique fut d’une telle ampleur qu’il pourrait justifier les offrandes retrouvées dans la grotte, comme l’indique un communiqué de l’INAH : cette «sécheresse inhabituelle» aurait «obligé les habitants à implorer la pluie en allant dans les entrailles de la terre, dans l’inframonde où règnent les divinités de la fertilité».

Or la configuration septénaire de la grotte peut poser maintes questions. Cette particularité numérique résulte-t-elle d’une heureuse coïncidence, ou bien s’agit-il d’un choix délibéré ? Pour y répondre, la symbolique des nombres se conjugue ici avec la mythologie. En effet, le chiffre 7 se retrouve au cœur même de la culture agraire sous la lumière de la symbolique du renouveau et de tout ce qui se rattache à la notion de fertilité. C’est ainsi que, dans le panthéon maya, l’archétype de l’homme Parfait est Hunahpu, connu aussi sous le nom de «Dieu-Sept» : il est représenté entouré de ses six avatars, constituant le groupe des sept dieux agraires.

Ces sept divinités associées à la nourriture pourraient expliquer l’existence des sept chambres-sanctuaires de la grotte Balamku. Plus intéressant encore, Balamku signifie en langue maya «Temple du Jaguar». Dans l’imaginaire maya, la relation du jaguar avec le septénaire est révélatrice à plus d’un titre. Ce grand carnassier joue un rôle essentiel dans la mythologie d’’Amérique centrale et du Sud. L’iconographie permet de l’associer à l’autorité, comme en témoignent les trônes en forme de jaguar ou recouverts de sa peau. Plusieurs rois portent le nom «jaguar» comme patronyme (Bouclier-Jaguar, Oiseau-Jaguar, Serpent-Jaguar, Lune-Jaguar…).

En tant que prédateur nocturne, le redoutable félin était considéré comme le médiateur entre les humains et les forces occultes. Il évoque le royaume de l’obscurité et de la terre, l’inframonde, à cause de sa façon très particulière de se glisser dans la jungle sans être jamais vu, comme l’ombre d’un esprit qui attend patiemment le moment de sauter sur sa victime. Sur le plan mythologique, le jaguar était le patron du septième jour de l’histoire de la création. Dans le temple qui domine le site de Tikal, grand centre cérémonial maya du Guatemala, on a retrouvé, sur le linteau d’une porte, l’image sculptée d’une divinité protectrice. Ornée d’une torsade passant au-dessus du nez, indiquant son caractère solaire, elle se transforme chaque nuit en jaguar de l’inframonde : sur sa joue figure le chiffre 7. D’après certains documents iconographiques, ce chiffre rappelle le dieu du monde souterrain et ses six avatars.

Depuis la plus haute Antiquité, le chiffre 7 fut considéré comme un élément capable d’harmoniser les activités humaines en relation directe à une réalité supérieure. La présence de sept divinités dans le panthéon de l’aire méso-américaine en est le témoin. Une escouade septénaire se retrouve notamment représentée sur le «Vase des Sept divinités» datant de la période classique (VIIIe siècle) : le dieu «chef» de l’au-delà est assis sur un trône en forme de jaguar et tapissé de sa peau et, à ses pieds, ses six acolytes dieux de l’inframonde mettent leur main gauche sur l’épaule droite en signe de soumission. Cette iconographie indique que la résidence du dieu était située sous terre ou dans une grotte, et qu’il était non seulement le dieu souverain de l’au-delà, mais aussi le propriétaire de toutes ses richesses. On peut voir là le signe de prospérité évoqué plus haut.

Sur l’origine mythique des Mayas

Selon la version la plus répandue, leurs premiers ancêtres traversèrent une période trouble d’incertitudes et des épreuves qu’ils devaient surmonter jusqu’à trouver le chemin de la délivrance menant aux «Sept cavernes». C’est là, dans cette topographie cohérente avec la mystique du septénaire, qu’ils donnèrent naissance aux descendantes des Mayas Quiché.

Dans le langage symbolique, une des applications du chiffre 7 est celle qui marque la fin d’un cycle. En général, il s’agit d’une période trouble d’incertitudes et de ténèbres, comme l’attestent les croyances, mythes et légendes élaborées dans des civilisations sur tous les continents. De ce fait, dans le récit des sept cavernes mythiques, «sept» détermina un changement de situation : en pénétrant dans l’obscurité de la caverne, tel un parcours initiatique ou un rite de passage, un chemin s’ouvre vers la Connaissance du monde, c’est-à-dire vers la Lumière. Un symbolisme analogue s’exprime par le biais du cycle solaire : le mois du «Soleil vert», particulièrement apprécié par les Mayas, était une période faste de plénitude et de confiance dans l’avenir car il marquait l’équinoxe du printemps ; c’était le septième mois de l’année.

L’idée selon laquelle les ancêtres mythiques sont sortis de sept cavernes apparaît un peu partout en Méso-amérique. Et le fait que ce nombre soit présent dès la genèse, permet de croire qu’on lui a attribué le statut de chiffre sacré. Selon la tradition, les ancêtres des Aztèques, qui étaient l’une des sept tribus chichimèques descendues du nord du Mexique, auraient surgi de la montagne Chicomoztoc, c’est-à-dire «Sept Cavernes» (chico : «sept»). Cette configuration aussi particulière semble être le lieu de la genèse commune aux peuples précolombiens. Une gravure de l’Historia tolteca-chichimeca du XVIe siècle témoigne dans ce sens. On peut voir la grotte primordiale aux sept cavités occupées par les tribus chichimèques qui fondèrent les principales villes du Mexique central.

Si à présent on sait que la tradition des sept grottes est profondément ancrée dans l’histoire précolombienne, c’est notamment grâce à une source de référence incontestée sur les premiers temps de la conquête : l’Histoire générale des choses de la Nouvelle Espagne, dont l’auteur, le Père Bernardino de Sahagún (1500-1590), fut chargé par l’Église d’enquêter auprès des indiens et de recueillir des témoignages sur leur origine :

«[…] Ce fut alors que leur dieu parla aux Mexicains qui partirent les derniers et leur dit qu’ils ne devaient point continuer à habiter ce vallon, mais poursuivre leur route pour découvrir plus de pays […] Chacune de ces tribus, du reste, célébra ses sacrifices dans les sept cavernes avant de partir. C’est pour cela que tous les peuples du Mexique se vantent d’avoir pris leur origine dans les dites cavernes d’où sont sortis leurs aïeux.»

Plus proche de nous, l’écrivain français et prix Nobel J. M. G. Le Clézio s’est intéressé, lui aussi, au sujet des sept cavernes. Il confirme, dans Le Rêve mexicain, que le thème de l’émergence souterraine «est répandu dans toute l’Amérique moyenne». Le site de Chichén Itzá, où se trouve la grotte du présent article, est une des plus anciennes fondations urbaines des Mayas (VIe siècle), et son nom était Uuc Yabnil, «Sept Eaux».

Cette appellation pourrait se rattacher à un culte qui apparaît fréquemment dans différentes régions du globe. Dans tous les cas, le chiffre sept est mis en relation avec le divin, sous différentes formes, constituant un groupe de sept individus, comme les sept dieux de l’inframonde mentionnés pus haut, ou sous l’apparence de statuettes votives féminines (fertilité). Ces dernières ont été retrouvées sur la même péninsule du Yucatán, à Dzibichaltún, l’un des principaux sites archéologiques dont les constructions datent de 700 après J.-C. : dans le temple dit des Sept Poupées, devant l’autel décoré de peintures et d’inscriptions, une cavité abritait sept statuettes votives auxquelles le temple doit son nom. Or, au regard de ces éléments –les Sept Poupées, les Sept Eaux, les Sept cavernes Chicomoztoc– on peut conclure que le rapport entre le septénaire et la notion de «Fertilité» reste bel et bien établi. Mais il y a plus fort encore. 

Dans la même optique, l’image de la caverne primitive renvoie à l’idée de la gestation, voire la matrice, autrement dit «l’utérus». Un texte cité par Le Clézio fournit une précieuse information dans ce sens :

«L’origine des peuples chichimèques est un mythe d’émergence qui évoque, lui, aussi, sept sources, ou sept grottes. Le Traité de Jacinto de la Serna [Tratado de las idolatrias… in El Alma Encantada, Mexico, 1987] apporte une illustration chamanique de ce thème de la naissance des hommes : parmi les termes utilisés par les anciens nahualli (sorciers) aztèques pour désigner l’utérus féminin figure l’expression « les sept grottes « , ce qui rappelle la légende de Chicomostoc.»

Cette conception septénaire de la nature s’est perpétuée dans deux figures centrales de la mythologie méso-américaine, dans lesquelles se conjuguent les trois éléments principaux de cet exposé : le chiffre Sept, la fertilité et l’élément de base de l’alimentation.

Chicomexochitl et Chicomecoatl

Les divinités associées à la végétation, pour des raisons évidentes, jouent un rôle prépondérant dans l’imaginaire de toutes les cultures américaines. Au Mexique, la déesse de l’eau Chicomexochitl, «Sept fleurs», rejoint dans le même domaine la déesse de la fertilité et de la Terre Chicomecoatl, «Sept serpents» (le sens symbolique du serpent renvoie à la terre).

L’iconographie de Chicomecoatl, appelée aussi Chicomolotzin : «vénérée (tzin), déesse des sept (chicome), épis (olotl)», la représente adorée par son peuple, parfois la tête couronnée de sept épis de maïs. En général, elle est représentée avec sept serpents sortant de sa jupe. Les offrandes et la position des personnages montrent très clairement la dévotion du peuple envers cette déesse de l’agriculture.

Le culte d’une déesse de la fertilité associé au chiffre 7 semble être très ancien. On trouve par exemple, dans le codex Teozacoalco, la mention d’une princesse «Sept-Fleurs» à une époque qui correspond à l’année 692, soit presque un millénaire avant l’arrivée des Espagnols. Et un document archéologique atteste que la déesse Chicomecoatl avait déjà son homologue entre les IIIe et VIIIe siècles. Il s’agit d’une plaquette d’onyx où une déesse, dont la tête s’orne d’un cormier (gueule d’un serpent fantastique), porte sur la poitrine une inscription hiéroglyphique composée d’une barre et de points à la manière des Mayas et des Zapotèques : c’est le chiffre 7.

Comme on peut le constater, le culte de ces dieux était très important car la prospérité du peuple dépendait essentiellement des activités agraires. À titre d’exemple, Tlaloc, le dieu de la pluie et des moissons retrouvé dans la grotte Balamku. En tant que dieu de la fertilité, il est associé au chiffre sept sur une stèle votive où sept rayons jaillissent du glyphe «7 Pluie» ; sa tête porte une coiffe en forme de signe de l’année : il était le régent du 7e mois du calendrier Aztèque.

Ce qui est en haut est en bas 

Au regard des thèmes exposés jusqu’ici, il apparaît que le chiffre 7 se révèle comme un élément important dans la pensée préhispanique, une sorte de pattern susceptible d’expliquer la configuration septénaire de la grotte Balamku, et d’apporter en même temps une plus juste compréhension des mœurs et des valeurs d’un monde qui aujourd’hui nous est complètement étranger, à la frontière même du réel et de l’invisible. D’autres sujets auraient pu être présentés pour étayer nos propos, mais une étude plus approfondie serait impossible dans le cadre de cet article.

Toutefois, pour conclure sur le thème de la fertilité, il est intéressant de mentionner que les Mayas étaient d’excellents astronomes et mathématiciens, et que la constellation des Pléiades et ses sept étoiles visibles à l’œil nu ont joué un rôle déterminant dans la maîtrise de l’agriculture. Par conséquent, la présence du septénaire ne relève en aucun cas du hasard, mais de la volonté de se conformer à la nature de la création, selon ses principes et méthodes. Sans oublier que le corps humain, lui aussi, a contribué à consolider l’association 7-Fertilité avec ses sept orifices naturels, plus facilement repérables dans le corps de la femme : deux narines, deux orifices de l’audition, la bouche, l’anus et le vagin. Et la concordance entre les 28 jours du cycle lunaire et le cycle biologique féminin a sans doute attiré l’attention sur le rapport numérique entre les choses. Ce rapport, qui s’articule autour du chiffre 7, aurait inspiré l’idée selon laquelle le renouvellement perpétuel du cycle cosmique est inhérent au cycle de la vie et à la fertilité : 28 est le produit de l’addition des sept premiers nombres entiers… 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 6 + 7 = 28. À méditer.

Eduardo UGOLINI

Le festival Rio Loco rend hommage à Chavela Vargas et aux talents féminins latino-américains

Dans le cadre du festival Rio Loco de Toulouse qui se tiendra du 13 au 16 juin, un hommage à la chanteuse costaricienne Chavela Vargas aura lieu vendredi 10 mai dans une atmosphère musicale. Sur scène, la voix de Diana Baroni sera accompagnée de la mélodie de Valérie Chane Tef. Sur la thématique de l’amour, la voix mythique de Chavela Vargas viendra s’ajouter à l’harmonie des deux femmes.

Photo : Rio loco

La soirée d’hommage du troisième jour de festival crée un lien entre la France et l’Argentine. Dans le cadre d’un partenariat avec le Centre occitan musiques traditionnelles de Toulouse, le nouveau projet «Boleros and love songs» de la chanteuse et flûtiste argentine Diana de la pianiste réunionnaise Valérie Chane Tef raconte l’histoire de l’essor des boléros cubains et mexicains dans les années 1920. Le temps de fête sera aussi un moment propice pour rendre hommage aux voix mythiques de Chavela VargasBola de NieveAgustín Lara et au trio Los Panchos.

Du 7 mai au 22 juin, le festival Rio loco arrive à Toulouse avec une programmation unique et variée. Ce festival cosmopolite rassemble des artistes internationaux incontournables devant plus de 100 000 personnes. Pour cette 25e édition, «La Voix des femmes», dans une démarche d’égalité hommes-femmes, la volonté est d’accorder aux femmes l’exclusivité de la scène. «Avec ce Festival, nous donnerons une voix à toutes ces femmes que l’on n’entend pas suffisamment dans la sphère publique», assure Jean-Luc Moudenc, le président de Toulouse Métropole. Pour Hervé Borider, le directeur artistique du festival, «l’idée était dans l’air depuis plusieurs années, mais il aura fallu ce déclic de l’identité, cette concordance des temps, le temps voulu. L’édition « La Voix des Femmes«  ouvre une harmonie musicale vers la liberté, la sérénité et la sensibilité pour juste mieux s’entendre entre hommes et femmes.»

Depuis 1995, la Garonne invite un fleuve du monde. Associant musiques, spectacles, arts visuels, cinéma de plein air, Rio loco s’attache à refléter la diversité et la richesse des pays invités. Cette année au mois de mai, Rio loco s’épanouit dans les quartiers de la ville avec des concerts, rencontres, expositions, spectacles et résidences d’artistes. Mais l’essentiel de la programmation musicale et artistique se concentre à la Prairie des Filtres du 13 au 16 juin, un parc de 6 hectares en plein centre de Toulouse, au bord de la Garonne. Ce poumon vert de la ville est devenu un lieu de détente et de fête, très prisé pour sa vue imprenable sur la Garonne, le Pont-Neuf et le centre historique de la ville.

Finalement, un des souhaits les plus importants pour le festival est celui d’être écoresponsable et solidaire. «Depuis 2006, chaque édition est évaluée par des organismes publics liés à la protection de l’environnement et affiche des résultats encourageants. L’édition 2019 ne dérogera pas à la règle verte que s’est donnée le festival et accueillera de nombreux ateliers et débats afin de sensibiliser tous les publics à la démarche environnementale. Des partenariats forts seront à nouveau noués avec des associations toulousaines engagées dans la protection de l’environnement.»

Eulalie PERNELET

Plus d’informations sur le festival Rio loco.

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