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13 février 2019

Juan Guaidó défend l’arrivée de l’aide humanitaire au Venezuela pour le 23 février

L’armée nationale vénézuélienne a bloqué le pont de Tienditas de Cúcuta, située à la frontière entre le Venezuela et la Colombie. Cúcuta est un des trois points stratégiques désignés par le président Juan Guaidó pour recevoir l’aide humanitaire, cependant bloqué depuis le 6 février par des conteneurs et une barricade improvisée.

Photo : Juan Guaidó/Twitter

L’explication avancée par l’armée nationale ? Empêcher une invasion étrangère. Difficile de croire que trois containers vont empêcher une supposée invasion étrangère, mais la question n’est pas là. Nicolás Maduro qualifie cette aide humanitaire de «show» orchestré par les États-Unis et l’Union européenne, qui viendrait humilier le peuple vénézuélien. Mais la réalité est bien différente.

Il y a entre 250 000 et 300 000 Vénézuéliens en danger de mort à cause de la malnutrition, et l’aide humanitaire serait en l’occurrence la seule solution pour sauver la vie de ces Vénézuéliens. Néanmoins, l’aide commence à arriver. Le 12 février, Juan Guaidó a annoncé depuis son compte Twitter que la première cargaison d’aide humanitaire venait d’arriver : plus de 85 000 suppléments alimentaires pour enfants et 45 000 pour des femmes enceintes. Ces suppléments ont été donnés à l’AVESSOC, une association qui gérant les centres de santé, qui prendra en charge la distribution.

Le premier pas, qui est souvent le plus difficile, a déjà été franchi. Tout semble indiquer que l’aide humanitaire va continuer son long chemin jusqu’aux maisons des Vénézuéliens les plus démunis. Guaidó a annoncé le 11 février que le deuxième point stratégique pour distribuer l’aide sera Roraima, une région à la frontière avec le sud-est du Venezuela, et que le troisième point serait une île dans les Caraïbes dont le nom n’a pas encore été annoncé.

Ce qui change complètement la situation, ce sont les déclarations du président par intérim lors des manifestations du 12 février, jour de la jeunesse au Venezuela. Juan Guidó a fixé une date pour l’arrivée du reste de l’aide humanitaire : le 23 février. Il a expliqué que c’est à cette date que l’aide humanitaire continuera de rentrer sur le territoire. Il a fait aussi appel aux bénévoles qui souhaitent aider à distribuer cette aide. Il compte jusqu’à présent avec plus de 250 000 inscrits et espère dépasser le million de bénévoles avant la date indiquée.

À la suite de cette annonce, il souligne que l’organisation sera clé pour distribuer correctement l’aide humanitaire et c’est pour cela qu’il y aura entre samedi et dimanche de cette semaine la mise en place de campements humanitaires pour expliquer aux bénévoles comment va se dérouler la journée du 23 février. Finalement, Guaidó a annoncé que l’armée nationale avait jusqu’au 23 février pour aller du côté du peuple vénézuélien et ainsi aider à la mobilisation de l’aide humanitaire. Il a également envoyé un message direct à Nicolás Maduro, lui sommant de quitter le pays, et lui affirmant qu’il ne pourra plus entraver la transition puisqu’il est désormais impossible de l’arrêter.

Le régime de Maduro continue de vouloir empêcher l’entrée de l’aide humanitaire en renforçant la présence de l’armée à la frontière avec la Colombie ; plus de 700 agents de la FAES (forces spéciales) ont été mobilisés cette semaine à Tienditas. Cette utilisation de l’armée vénézuélienne pour intimider le peuple est un grand classique du régime, mais cette fois-ci Maduro compte renforcer davantage son pouvoir en annonçant qu’il allait acheter plus d’armes et réaliser plus d’exercices militaires. Diosdado Cabello, le président de l’Assemblé nationale constituante, a exprimé à plusieurs reprises le fait que l’armée soit prête à s’engager dans un affrontement avec les militaires étrangers s’ils essayaient de rentrer dans le pays pour distribuer l’aide humanitaire.

Il faut aussi souligner que le régime fait appel aux Colectivos (mercenaires) pour intimider le peuple. Ils sont par exemple allés le lundi 11 février à l’ambassade des États-Unis à Caracas pour essayer d’intimider les quelques membres du corps diplomatique qui sont encore au Venezuela. Le régime essaye donc par tous les moyens de propager la terreur. En revanche, de nombreux militaires ont déclaré publiquement qu’ils étaient contre le régime de Maduro. Parmi les derniers, le colonel Rubén Alberto Paz Jiménez explique que «plus de 90% des forces armées sont en désaccord avec la situation, et qu’elles sont utilisées pour maintenir Maduro et son régime au pouvoir». Même si les déclarations des militaires contre Maduro sont sporadiques, cela montre encore une fois que le régime est de plus en plus seul.

En ce qui concerne la scène internationale, ce sont les États-Unis et les membres du gouvernement de Donald Trump qui ont témoigné le plus de soutien sur les réseaux sociaux et par le biais de nombreuses sanctions économiques aux membres du régime de Maduro afin d’exercer ainsi une pression de plus en plus importante. Marco Rubio, sénateur de la Floride, expliquait lundi que le futur de la démocratie du Venezuela dépendrait des actions de six militaires de plus haut rang : le général Vladimir Padrino López, l’amiral Remigio Ceballos, le major Jesús Rafael Suárez Chourio, l’amiral Giuseppe Alessandrello Cimadevilla, le major Edgar Valentín Cruz Arteaga et le major Antonio Benavides Torrez. Il a ajouté que la meilleure option pour Maduro était de quitter le Venezuela et ainsi partir dans un de ses pays alliés, à savoir Cuba, la Russie, la Turquie, l’Iran ou même le Mexique.

En revanche, la situation de Diosdado Cabello est très différente à cause des nombreuses preuves qui le relient au trafic de drogues depuis 2015 au moins, d’après le Wall Street Journal et l’ABC d’Espagne. Pour Rubio, son avenir est clair : la prison. Mais tout n’est pas perdu pour les militaires puisque l’Assemblée nationale a introduit la loi d’amnistie le 16 février. Cette loi figure dans les articles 333 et 350 de la Carta Magna du Venezuela et offre un pardon aux forces armées qui souhaitent aider le gouvernement du président par intérim Juan Guaidó à faciliter la mobilisation de l’aide humanitaire. Il faut souligner que cette loi d’amnistie ne s’applique pas à ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité.

Venezuela, vamos bien.

Nicolás ANDRÉS OLIVARES

Rupture d’un barrage au Brésil : nouvelle catastrophe humaine et environnementale

Le 25 janvier, près de la petite ville brésilienne de Brumadinho (39 000 habitants), un barrage retenant des rejets miniers cède. Une terrible vague de boue déferle à 70 km/h et dévaste tout sur son passage. Cette catastrophe n’est malheureusement pas la première de ce genre au Brésil…

Photo : Voz de América

Deux semaines après la rupture d’un barrage minier près de Brumadinho dans le sud-est du Brésil, le bilan humain est particulièrement lourd : près de 350 morts et disparus. Les 165 victimes identifiées à ce jour sont essentiellement des habitants de la région, des touristes et surtout de nombreux employés de la mine Córrego do Feijão, qui étaient en train de déjeuner à la cantine d’entreprise quand le barrage a brutalement cédé. La recherche des 174 disparus mobilise près de 400 pompiers et militaires qui creusent l’épaisse couche de boue toxique chargée de métaux lourds. D’après les secours, les recherches des corps devraient se poursuivre au moins jusqu’au 14 février.

Si des moyens aussi importants sont déployés pour trouver les corps, c’est que la quantité de boue à déblayer est considérable. On l’estime à 13 millions de mètres cubes de rejets miniers répandus dans la zone. Outre le bilan humain, l’impact environnemental est désastreux. Même si les premiers éléments de l’enquête ne permettent pas d’évaluer avec précision la quantité de métaux lourds déversés, la pollution des cours d’eau est déjà visible. Sur les rives du Rio Paraopeba, où vivait l’ethnie Pataxo, on peut déjà trouver les cadavres des poissons en état de décomposition. La communauté Pataxo est une victime collatérale de l’accident, touchée de plein fouet par ce désastre puisqu’elle puisait ses ressources directement dans la rivière, à la fois pourvoyeuse de poissons et espace spirituel. À l’impossibilité de boire l’eau et de manger les poissons s’ajoutent les risques d’épidémie (dengue, fièvre jaune) et les troubles psychiques pour les habitants de cette région qui ont perdu en quelques minutes leurs proches et leur habitation.

Cette tragédie en rappelle malheureusement une autre, très récente : la catastrophe de Mariana, située à seulement 90 km de Brumadinho, où un autre barrage minier avait déjà cédé en 2015. Elle avait été depuis qualifiée de pire catastrophe environnementale dans l’histoire du Brésil, avec 19 morts et 60 millions de mètres cubes de boue qui avaient contaminé 600 kilomètres du fleuve Rio Doce.

Le point commun entre ces deux catastrophes ? Le groupe Vale, entreprise minière multinationale leader dans la production et l’exportation du minerai de fer, qui exploite les deux sites à Mariana et Brumadinho. Trois ans après, aucun des 21 responsables de l’entreprise mis en cause par la justice n’a encore été jugé, la procédure étant bloquée. Les indemnisations sont au point mort, Vale ayant attaqué en appel toutes les décisions de justice. Aucune amende notifiée par l’Ibama, la police de l’environnement au Brésil, n’a encore été acquittée.

Face à l’ampleur de ces tragédies à répétition, l’entreprise devra rendre des comptes. La justice brésilienne a réclamé le gel de 11 milliards de reais (2,6 milliards d’euros) en prévision des dédommagements aux victimes. «Nos barrages seront à l’avenir sûrs, et dix retenues considérées comme dangereuses seront fermées ou démantelées», a tenté de rassurer Fabio Schvartsman, le PDG du groupe. Quelle crédibilité donner à ces discours à la suite de deux catastrophes majeures en trois ans ?

L’enquête qui commence devra déterminer si la société fera l’objet de poursuites pour homicide volontaire. Pour l’instant, les premiers éléments semblent indiquer que le groupe avait parfaitement conscience du danger imminent que représentait le barrage. L’Agence nationale d’extraction minière, l’organe fédéral en charge de contrôler les 790 barrages miniers du pays, pourrait également être mise en cause.

Ces tragédies devront en tout cas servir d’avertissement au nouveau président Jair Bolsonaro, adepte des discours climato-sceptiques et qui souhaite lutter contre «l’activisme radical» et «l’idéologie» des institutions environnementales en démantelant la gouvernance environnementale. Autrement dit, il souhaiterait déréguler allègrement les contraintes qui pèsent sur les entreprises pour leur permettre d’obtenir plus facilement des permis d’exploitation pour les mines, barrages et autres infrastructures sans se soucier des risques d’accidents et des conséquences sur l’homme et l’environnement. Le secrétaire aux Affaires stratégiques du gouvernement brésilien, le général Maynard Santa Rosa, avait ainsi déclaré quatre jours avant la rupture du barrage que l’Amazonie était un «territoire improductif et désertique qui gagnerait grandement à être intégré au système économique national», témoignant du peu d’intérêt qu’a ce gouvernement pour le respect de l’environnement.

Gabriel VALLEJO

La sentence paradoxale contre le général Juan Emilio Cheyre, complice de la dictature chilienne

Au Chili, Juan Emilio Cheyre est connu comme le général du «plus jamais», le militaire qui a admis au nom de l’armée chilienne la responsabilité des forces armées dans la violation systématique des droits de l’homme de 1973 à 1990, durant la dictature militaire d’Augusto Pinochet. Le vendredi 9 novembre, ce même militaire a été condamné pour crimes contre l’humanité.

Photo : Diario de Concepción

Avec cette sentence, le Chili se retrouve face à un choix unique : assumer le paradoxe historique incarné en la personne du général Juan Emilio Cheyre qui a demandé pardon aux victimes de la dictature, qui a promis que plus jamais ces crimes ne seraient commis, et qui la semaine dernière a été condamné à trois ans et un jour de liberté surveillée.

Le succès d’une dictature, comme celle du Chili, se fonde sur sa capacité à faire de complices passifs et actifs tous ceux qui ne sont pas ses victimes. Son triomphe final est de réussir à créer une confusion entre ces différents statuts : celui qui tue et celui qui aide à tuer, celui qui se tait et celui qui oublie ce qu’il sait ou celui qui ne sait pas parce qu’il ne veut pas savoir. À travers différents procédés institutionnels, les sociétés peuvent essayer d’alléger leurs consciences. Mais ces pays ont également un subconscient : c’est dans celui-ci que se trouvent les «plus jamais» et que les tentatives d’enfermer les blessures passées de manière définitive échouent encore et encore. C’est ce qu’il s’est passé pour Cheyre. C’est ce qu’il se passe au Chili.

Alors que Cheyre était commandant en chef de l’armée – de mars 2002 à mars 2006 –, les forces militaires ont donné, bien qu’au compte-goutte, des informations sur les tortures et les disparitions qu’elles avaient provoquées, mais elles ont surtout cessé de protéger les militaires retraités qui ont pris part à ces crimes contre l’humanité. Le cas le plus emblématique est celui de l’ex-brigadier Miguel Krassnoff, qui a été condamné à plus de 600 ans de prison malgré son influence dans le monde militaire.

Cheyre aurait-il pu imaginer que lui-même serait l’un de ces militaires qui affronterait une vérité qu’il avait oublié ou qu’il a voulu oublier ? Car peut-être que dans cet oubli, ou tentative d’oubli, réside le secret du pourquoi les procédés de réparation, de mémoire et de justice, que l’Amérique latine a essayé de mettre en place pour régler ses comptes avec la violence et les dictatures, se heurtent presque toujours à un obstacle inattendu qui oblige à réouvrir ce qui paraissait être fermé.

Les pays latino-américains ont réglé leurs comptes avec leurs dictatures de façons différentes. Les Uruguayens ont préféré la vérité à la justice : en 1985, une amnistie a été proclamée pour les officiers qui avaient commis des crimes durant le régime militaire. Cette loi d’indulgence a été approuvée par les citoyens : en deux référendums, la population a voté pour ne pas déroger à cette législation. Grâce à la courageuse obstination de quelques familles de victimes, une Commission pour la paix a été créée et plusieurs militaires ont été jugés. Les Argentins, de leur côté, ont condamné leurs militaires pour ensuite les gracier, puis les condamner à nouveau. Finalement, les ex-dictateurs Rafael Videla et Leopoldo Galtieri sont morts en prison.

Le cas du Chili est lui plus ambiguë, discret et graduel. Au début de la transition démocratique, le président Patricio Aylwin a opté pour l’application du concept de justice «dans la mesure du possible». Mais au cours des dernières années, le travail patient et rigoureux des familles des victimes et de leurs avocats a transformé cette façon de faire chancelante et partielle de faire justice.

Ces jours-ci, les Chiliens pressentent un nouveau chapitre pour faire la lumière sur leur passé militaire : le ministre Mario Carroza a condamné Cheyre pour son implication dans la dénommée «caravane de la mort», un cortège militaire sinistre qui a parcouru le Chili au début de la dictature en fusillant les opposants politiques. Le juge n’a pas pu prouver que l’ex-commandant en chef de l’armée chilien a participé directement aux fusillades, mais il est celui qui était chargé de diffuser la version des faits racontant que les opposants exécutés étaient morts dans un combat qui n’a jamais existé. Il sera condamné pour complicité d’homicide qualifié avec quinze personnes.

Juan Emilio Cheyre clame son innocence et sa défense a déjà annoncé qu’il fera appel à la décision. Il est possible que Cheyre soit sincère, qu’il croit réellement qu’il a toujours bien fait. Cela n’enlève rien au fait que «bien faire» pour un jeune officier en 1973 soit profondément erroné pour un général de la transition. Il est difficile d’être militaire et de désobéir aux ordres durant une dictature, comme il est difficile d’être chargé de ce secret, le personnage qui, dans une démocratie, demande à ses subordonnés de dire la vérité.

Nous ne pouvons pas arrêter de condamner et d’enquêter sur notre passé obscur. Il ne faut pas non plus arrêter d’essayer de comprendre et d’assumer les paradoxes d’un passé qui refait surface. Au Chili, le «jamais plus» peut également être un «cela continuera». Ainsi, pour un pays qui a décidé de passer de la justice à moitié à la pleine justice, la sentence paradoxale du général «plus jamais» est un progrès. Le dispositif de justice chilienne ne doit pas s’arrêter jusqu’à ce que soit donné à chacun sa place dans l’Histoire.

D’après The New York Times espagnol,
Traduit par Cécile Pilgram

L’histoire des organismes d’envoi de prêtres Fidei Donum vers l’Amérique latine

La revue d’histoire des religions Chrétiens et Sociétés XVIe-XXIe siècles, centrée sur l’étude des différentes confessions chrétiennes à l’époque moderne et contemporaine, aujourd’hui animée par les chercheurs en histoire religieuse du Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA), consacre un numéro spécial, conçu comme un guide de recherche, aux organismes d’envoi européens et nord-américains de prêtres Fidei Donum en Amérique latine (1949-2000).

Photo : Chrétiens et Sociétés XVIe-XXIe siècles

Les organismes d’envoi européens et nord-américains de prêtres diocésains vers l’Amérique latine sont très peu connus. Nés pour certains avant l’encyclique pontificale Fidei Donum (1957) qui définit leur rôle, ils constituent au départ une réponse au sous-encadrement religieux sur le continent latino-américain. Conçus comme des supports logistiques de circulations transatlantiques de forte intensité, ils n’échappent ni à la structuration bipolaire de leur époque ni aux débats internes de l’Église catholique, en particulier autour de la théologie de la libération.

Fondés sur la notion d’«entraide» ou de «coopération sacerdotale» entre diocèses, ces organismes sont des plateformes missionnaires d’un nouveau type, tournées vers une Amérique latine déchirée par de profondes et violentes oppositions idéologiques. Tous sont de près ou de loin travaillés par la question politique de l’engagement : jusqu’à quel point la «solidarité» avec les peuples d’Amérique latine peut-elle s’exercer ? Faut-il choisir entre la «sécurité nationale» –qui prétend défendre la civilisation chrétienne– et la «révolution» –qui libérerait les opprimés ?

Ce guide de recherche scientifique écrit à plusieurs mains est un premier jalon dans la connaissance de ces organismes. Il a pour ambition de proposer un état des lieux sous la forme de fiches et d’éclairages sur quelques enjeux. Le lecteur y trouvera notamment : des données structurelles et statistiques sur chacun de ces dix organismes européens et nord-américains ; de brèves études sur la formation des prêtres Fidei Donum ou les relations avec Rome ; la liste exhaustive des prêtres diocésains européens présents en Amérique latine en 1968 ; une bibliographie internationale sur le sujet.

D’après Chrétiens et Sociétés XVIe-XXIe siècles

Olivier Chatelan, Gilles Routhier et Caroline Sappia (dir.), Les organismes d’envoi européens et nord-américains de prêtres Fidei Donum en Amérique latine, 1949-2000. Guide de recherche, numéro spécial de Chrétiens et Sociétés XVIe-XXIe siècles, 2019.

Souscription auprès du Centre de la Recherche Eugène Chevreul – LARHRA UMR 5190 – 18 rue Chevreul 69007 Lyon

Concert sur le thème du tango argentin avec le compositeur Martín Palmeri à Aix-les-Bains

Le vendredi 22 février, 20 H, est organisée à l’église Notre-Dame d’Aix-les-Bains une soirée «Misatango», musique d’Argentine, avec au piano la participation exceptionnelle du compositeur argentin Martín Palmeri. Un concert caritatif destiné aux enfants porteurs de handicaps.

Photo : Lions club

Quelques noms célèbres de compositeurs aujourd’hui disparus illustreront la première partie de ce concert, comme Carlos Gardel, Aníbal Troilo et Astor Piazzola. Quelques pièces seront interprétées par les solistes d’Allegri.

Pour ce qui est de la seconde partie, c’est le compositeur Martín Palmeri en personne qui sera au piano jouant son œuvre la plus célèbre du moment, «La Misatango», accompagné des musiciens Savoyards du quintet Ad Libitum, de Jérémy Vannereau au bandonéon et pour la partie chant le groupe Allegri sous la baguette de Jean-Marie Puissant.

Né en 1965 à Buenos Aires, Martín Palmeri suit des études de musique classique dès l’âge de 13 ans. Il abordera plus tard le tango argentin avec un maître incontesté : Rodolfo Mederos. C’est véritablement son univers, ce qui a pour résultat une musique faite de sonorités très riches, magnifiquement rythmée et sous l’influence permanente du Tango nuevo.

Martín Palmeri compose aussi bien des pièces instrumentales comme «Las estaciones» (Les quatre saisons) que de la musique de chant choral ayant été pendant vingt-huit ans chef de différents chœurs en Argentine.

Sa notoriété est internationale et sa musique jouée sur tous les continents. Le maestro a été élu «compositeur de l’année» par les Américains et produira cette œuvre que vous aurez le privilège d’écouter au Carnegie Hall de New York en juin prochain. Ne ratez pas ce concert exceptionnel !

D’après le Lions club

Réservations : 06 70 75 37 84
Billetterie : OT Aix les Bains

Y después, le nouveau songe de la réalisatrice chilienne Pamela Varela

Après son premier long-métrage El viaje de Ana réalisé en 2014, fiction construite autour de la recherche d’Andréa de Alphonse, épouse du poète chilien Francisco Contreras, la réalisatrice Pamela Varela revient avec un documentaire autobiographique pour le moment exclusivement sorti au Chili. Récit contemporain d’un pays encore bouleversé par les années de pouvoir du dictateur Pinochet, Y después raconte surtout l’éclosion de l’identité d’une franco-chilienne en exil.

Photo : Y después

Le film s’ouvre sur une constellation de petits points illuminant l’obscurité. Les étoiles. Puis prennent le relais des paysages désertiques photographiés en noir et blanc, à l’expression spectaculaire que Sebastião Salgado n’aurait pas rejeté. Le ciel et la terre se rejoignent dans une blancheur étouffante. Un regard vers l’immensité qui nous invite en quelques minutes à embrasser le récit personnel de la narratrice comme une traversée plus grande au cœur de l’histoire chilienne. C’est une histoire brodée de récits de vie et d’espérances qu’évoquent en premier les vers du poète Roberto Bolaño. Puis des témoignages d’hommes, de femmes, de Pamela Varela

«L’exil n’est pas un mot. C’est un vertige»

Le récit principal c’est le sien, jeune fille en 1973. Quand Pinochet prend le pouvoir au Chili dans la violence, elle doit fuir son pays pour s’installer en France et elle emporte dans son voyage un déchirement, la douleur aiguë d’un abandon. L’abandon de son pays, mais aussi de son père disparu, resté sur place.

Tiraillé entre deux cultures, en équilibre entre deux pays, c’est toute cette vie à l’identité incertaine que cet «oiseau étrange» nous raconte dans Y después. C’est une vie qui se construit sur des interrogations tandis que la petite fille grandit : est-elle vraiment chilienne en étant si loin de son pays, en Europe ? Et la quête d’identité que Pamela Varela interroge pose en filigrane celle de la légitimité de la souffrance : quelle est la réalité de sa douleur face à celle de ceux restés sur place depuis l’exil ? Son incapacité à comprendre qui elle est perdure jusqu’à sa rencontre avec d’autres exilés chiliens. Les récits qu’ils nous racontent alors, ceux qui nous apprennent qui ils sont et ce qu’ils ont vécu formulent finalement en écho une réponse à ce qu’elle deviendra.

Filmer un territoire de poésie

Tout au long du film, Pamela Varela convoque un imaginaire de tradition et de littérature chilienne. Elle appelle souvent El Roto à ses côtés, cette figure mythique de la tradition chilienne que l’on chante pour accompagner les danseurs de cueca. Et c’est ce folklore partagé par des générations de Chiliens vivant autour du monde qui permet à la narratrice de renouer, en compagnie d’autres, avec sa vie disparue.

La tradition musicale du Chili qui sert l’expression d’un peuple exilé autour du monde permet à Pamela Varela d’affirmer la complexité de son identité, elle qui n’aurait pu s’approprier cette tradition qu’en quittant son pays : «si j’étais restée, je n’aurais pas dansé.» Et la richesse du film repose pour beaucoup dans la profondeur de cette contradiction : c’est quitter le Chili qui lui a vraiment permis de redevenir chilienne.

Y después est un récit autobiographique qui s’écrit dans un langage poétique. Une écriture qui souvent donne au spectateur l’impression d’assister à la construction d’un rêve. Le lyrisme jaillit constamment du film, jouant des dimensions et de notre rapport au réel pour nous en distancer ou nous en rapprocher avec plus de puissance. C’est par exemple ce portrait photographique, immense, noir et blanc, qui habille un silence à la fin du film. Cette unique photographie qui impose la contemplation sereine après avoir provoqué un choc violent lors de sa découverte. Et qui vient, de manière apaisée, achever une quête de sens.

L’autobiographie au service de la mémoire chilienne

L’immortalisation de l’identité chilienne par la cueca, la tradition et la langue, sert aussi un récit mémoriel. Ce «film construit par strates sur vingt ans», comme l’explique la réalisatrice, c’est aussi un travail de recoupement de photographies et de vidéos, d’archives personnelles entrecoupées de témoignages de Chiliens exilés ou restés au pays. Les dizaines de voix recueillies dans le film cherchent à faire entendre ces deux histoires en parallèle, deux histoires conjuguées au pluriel, souvent au féminin, qui épousent la complexité d’une identité qui cherche à se reconstruire, tout en rendant audible les victimes des innombrables sévices subis. Et en un sens, cette quête de vérité rejoint un travail considérable débuté par des cinéastes comme Patricio Guzmán.

Y después est une œuvre qui multiplie les rôles, à coup de visées croisées. Tantôt autobiographique, tantôt récit plus large de l’exil chilien, toujours commandé par une narration poétique défiant les genres comme la réalisatrice aimait le faire dans son premier film. C’est aussi l’œuvre de toute une vie. D’une réalisatrice qui impose une écriture cinématographique envoûtante au lyrisme assumé. Aux côtés d’auteurs chiliens qui ont débuté avant elle, Pamela Varela construit sa voie dans le grand récit de la mémoire chilienne, aussi précieuse que redoutable à l’écran. Et en ce sens, Y después reste un film nécessaire pour l’histoire du Chili, et peut être plus encore pour l’histoire du documentaire.

Kévin SAINT-JEAN

La Maîtresse de Carlos Gardel, une fiction passionnée de la Portoricaine Mayra Santos-Febres

La rencontre entre une guérisseuse portoricaine et son héritière, sa petite-fille elle-même étudiante en médecine avec un chanteur de tango mondialement connu qui fait escale sur l’île, est au centre de ce roman original qui raconte une double passion vécue par la jeune fille pour la vedette qui lui fait découvrir la sensualité, et pour sa vocation profonde, aider les femmes de son pays à s’affranchir des maternités multiples et rarement désirées.

Photo : Premio Spiwak/Zulma

Elle est la petite-fille de Mano Santa, la guérisseuse la plus célèbre de Porto Rico. Elle s’appelle Micaela. Il est un mythe vivant, au sommet de la gloire. Il s’appelle Carlos Gardel. Mais il souffre de la syphilis, sa voix est mise à l’épreuve par la maladie et, de passage sur l’île, il consulte Mano Santa et en profite pour séduire la jeune fille. Vingt-sept jours de passion qui laisseront des traces.

Micaela vit entre deux mondes, les herbes qui guérissent, le grand désordre dans la case de Mano Santa et les cours à l’École de médecine, les traités scientifiques qu’elle mémorise soigneusement. Carlos Gardel se glisse entre les deux univers. Elle accompagne sa grand-mère à l’hôtel de luxe pour assister la vieille dame auprès du chanteur. Leur lien à tous, ce sont les plantes : elles ont fait la renommée de Mano Santa, elles guérissent Carlos Gardel et elles sont le grand sujet d’études de Micaela.

Dans les années 1930, la médecine portoricaine est en pleine mutation, elle passe doucement de manipulations qui ressemblent à de la sorcellerie vers la science moderne, non sans sursauts. Il est difficile de faire évoluer des coutumes séculaires, en cela aussi Micaela est à la charnière.

À côté de la réalité, en dehors de celle du quotidien, il y a le spectacle, la musique, la voix, la présence de Gardel qui à elle seule remplit la plus grande salle de Porto Rico, et puis la rencontre au cours de laquelle Micaela devient tango dans les bras de l’idole. C’est d’une incroyable beauté.

À cela s’ajoute l’amour, ou la passion. Nous savons, Micaela sait, que cette rencontre ne durera que le temps du séjour du chanteur. Il faut que ces quelques jours soient un miracle, elle ne sera plus la même après son départ, il faut qu’elle vive cela intensément. Intensément et tendrement. Carlos profite de ces moments d’intimité pour lui raconter sa vie, son arrivée en Argentine, ses débuts, ses émois amoureux. Ce n’est plus la vedette mondialement connue, c’est l’homme qu’elle a sous les yeux, à portée de voix.

La vérité historique n’est pas certaine : tant de mystères demeurent sur ce que fut réellement Gardel, mais c’est un roman qu’a voulu Mayra Santos-Febres, et elle l’a parfaitement réussi, avec le charme ‒celui de Carlos Gardel, celui du tango en général‒, avec les idées ‒les débuts du contrôle des naissances (on ne sait pas forcément que Porto Rico a été un endroit précurseur de la contraception).

Les différents thèmes, les différentes ambiances donnent une impression parfois un peu floue : que veut vraiment nous dire l’auteure ? Peu importe finalement, on a été ému par les amours de Micaela et de Carlos, on a découvert des aspects peu connus du mythe argentin, on a beaucoup appris sur les premiers pas de la contraception : que peut-on demander de plus à un roman par ailleurs plein de couleurs, de vie et de doutes ?

Christian ROINAT

La Maîtresse de Carlos Gardel de Mayra Santos-Febres, traduit de l’espagnol (Porto Rico) par François-Michel Durazzo, éd. Zulma, 320 p., 22,50 €. Mayra Santos-Febres en espagnol : La amante de Gardel, ed. Planeta / Sirena Selena vestida de pena / Cualquier miércoles soy tuya, ed. Literatura Random House, Barcelone / Nuestra Señora de la noche, ed. Planeta, Barcelone. Mayra Santos-Febres en français : Sirena Selena, éd. Zulma.

Poète, romancière, Mayra Santos-Febres est née en 1966 à Porto Rico, où elle enseigne la littérature à l’université. «J’ai grandi dans une famille presque exclusivement composée de femmes, confie-t-elle à Libération. Toutes avaient un métier : institutrice, comptable, avocate. Une situation courante à Porto Rico. Toutes mes études ont été payées par mes tantes. Elles étaient neuf.» Après Sirena Selena, son premier roman (Zulma, 2017), Mayra Santos-Febres nous revient avec La Maîtresse de Carlos Gardel.

López Obrador annonce un plan de recherche pour les 40 000 personnes disparues au Mexique

Le président du gouvernement mexicain, Andrés Manuel López Obrador (AMLO) a annoncé, ce lundi 4 février, un plan de recherche concernant les 40 000 personnes disparues officiellement, c’est-à-dire enregistrées, au Mexique. Le sous-secrétaire aux droits de l’homme a quant à lui annoncé la création d’un institut national de criminalistique en charge de ces recherches.

Photo : Noticias ONU

Lors de sa conférence de presse habituelle matinale, AMLO a
déclaré qu’«il s’agit d’un héritage douloureux et terrible de la politique économique néolibérale». Au Mexique, il y a eu environ 223 000 meurtres au cours des douze dernières années, depuis que le gouvernement de Felipe Calderón (2006-2012) a commencé la guerre contre les cartels de drogue en 2006.

«Notre pays est devenu une énorme fosse clandestine», a admis Alejandro Encinas, sous-secrétaire aux droits de l’homme du ministère de l’Intérieur. «Nous allons donner la priorité à la recherche des vivants», a ajouté M. Encinas, affirmant que le gouvernement aztèque tentera de libérer les victimes de la traite des êtres humains. Selon une étude réalisée par l’Université ibéro-américaine et la Commission pour la défense et la promotion des droits de l’homme, 1 075 fosses communes ont été découvertes au Mexique entre 2007 et 2016, contenant 2 204 corps.

L’institut national de police scientifique devrait être opérationnel en juillet, et dépendra du ministère de l’Intérieur. Il tentera de coordonner tous les services de police scientifique existant dans le pays. Environ 21 millions de dollars seront alloués au financement de ce plan.

Personne ne connaît avec exactitude le nombre réel de personnes disparues au Mexique, puisque dans de nombreux cas, les proches ne signalaient pas la perte d’un membre de la famille par peur des représailles du crime organisé. Selon les ONG, il y aurait peut-être plus de 300 000 disparus dans tout le Mexique, pour près de seulement 40 000 cas officiels.

La disparition des 43 étudiants d’Ayotzinapa en 2014 est l’un des cas les plus traumatisants et médiatiques de ces dernières années. Parce qu’au moins 34 suspects ont été torturés par les autorités lors de l’enquête sur le crime selon l’ONU. AMLO a signé un décret présidentiel créant une commission de la vérité chargée de mener une nouvelle enquête sur ce qui s’est passé dans la nuit du 26 septembre 2014. Selon un rapport de l’ONU, les résultats de l’enquête étaient «inacceptables» en raison des tortures commises, responsables d’incohérences chez les suspects.

Il faut également rappeler que les violences et meurtres perdurent actuellement au Mexique : un deuxième journaliste, Jesús Ramos Rodríguez, après Rafael Murúa, a été assassiné depuis le début de l’année 2009. La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a condamné l’assassinat de Jesús Ramos Rodríguez. Elle a demandé aux autorités mexicaines de «mettre en place des mesures de protection pour protéger la vie et la sécurité de sa famille» et de mener «une enquête approfondie» sur ce crime, notamment sur son lien avec la profession de la victime. Ces deux morts portent à 143 le nombre de journalistes assassinés au Mexique depuis 2000, selon les chiffres de la CNDH. 

Le Mexique est ainsi le deuxième pays le plus dangereux pour la presse après la Syrie, avec plus de 100 journalistes tués depuis 2000, selon RSF. En 2018, 10 journalistes ont été assassinés dans différentes régions du pays. La grande majorité de ces assassinats restent impunis. Et en décembre 2018, lors du premier mois de mandat du nouveau président de gauche Andrés Manuel López Obrador, 2 842 homicides ont été enregistrés, soit une hausse de près de 10% par rapport à décembre 2017.

Catherine TRAULLÉ

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