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17 novembre 2018

Filmar América Latina à Genève : Vingt ans pour grandir et devenir incontournable

Le festival Filmar América Latina fêtera ses vingt ans du 16 novembre au 2 décembre 2018. Le public, fidèle à ce festival qui contribue au rayonnement de Genève, ville internationale et de culture, pourra rencontrer 26 invités, réalisateurs, réalisatrices, acteurs, actrices, producteurs et productrices venus d’Europe et d’Amérique latine. Les festivaliers découvriront 90 œuvres cinématographiques, une exposition d’affiches de films, et assisteront à d’autres temps forts, dont une table-ronde sur les défis de filmer en Amérique latine.

Photo : Presse Filmar

«En créant des liens avec d’autres acteurs et actrices culturels, Filmar prouve son ancrage dans le tissu genevois. 20 ans donc pour grandir et devenir incontournable : cette édition, j’en suis sûr, le prouvera de la plus belle des manières», déclare le Maire de Genève, M. Sami Kanaan, Conseiller administratif en charge de la Culture et des Sports. Sous la houlette de sa directrice, la réalisatrice genevoise d’origine chilienne Vania Aillon, Filmar prendra ses quartiers à Genève, au Petit-Lancy, à Carouge, Plan-les-Ouates, Versoix, Annemasse, Ferney-Voltaire, Gex et St-Julien-en-Genevois.

Découvreur de talents, le festival Filmar en América Latina, la manifestation suisse la plus importante dédiée aux cinématographies latino-américaines, proposera, dans la section Focus Sud, huit films en compétition pour le prix du public et huit premières œuvres de cinéastes dans la section Opera Prima. «Filmar donne du prestige à des cinéastes et à des films de tous les pays du continent y compris les plus petits», affirme Jean-Pierre Gontard, président de l’Association Cinéma des Trois Mondes, qui chapeaute le festival depuis sa création.

Suivi par quelque 20 000 spectateurs payants par édition, Filmar est un des rares festivals qui se finance à hauteur de 30 % grâce à la billetterie. «Le Festival Filmar a permis de voir l’évolution des 20 dernières années du cinéma latino-américain. Avec plus d’un millier de films présentés, le public a pu suivre la carrière de cinéastes dont Pablo Trapero, Fernando Pérez, Fernando Solanas, Patricio Guzmán, Walter Salles, Arturo Ripstein, Lucrecia Martel, Sergio Cabrera, Pablo Larraín. Ces dix dernières années, le festival a invité 159 cinéastes, acteurs, actrices, producteurs et productrices», rappelle Gérard Pérroulaz, co-fondateur de Filmar. Vania Aillon précise que «le public pourra également revoir cinq long-métrages cultes, grâce à la carte blanche offerte à Edouard Waintrop, actuel directeur des Cinémas du Grütli et ancien Délégué de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes».

16 films en compétition

Œuvres Focus Sud en compétition pour le prix du Public : Cabros de mierda, de Gonzalo Justiniano (Chili, 2017, fiction) ; Eugenia, de Martin Boulocq (Bolivie/Brésil, 2017, fiction) ; Ex- Pajé / Ex-Shaman, de Luis Bolognesi (Brésil, 2018, documentaire) ; La camarista, de Lila Avilés (Mexique, 2018, fiction); Los fantasmas del Caribe, de Felipe Monroy (Colombie/France/Suisse, 2018, documentaire) ; Sueño Florianópolis / Florianópolis Dream, de Ana Katz (Argentine/Brésil/France, 2017, fiction) ; Teatro de Guerra / Theatre of War, de Lola Arias (Argentine/Espagne, 2018, documentaire) ; Un traductor, de Rodrigo et Sebastián Barriuso (Cuba/Canada, 2018, fiction).

Films Opera Prima en compétition pour le prix du Jury des jeunes : El silencio del viento,de Alvaro Aponte-Conteno (Porto Rico/République dominicaine/France, 2017, fiction) ; En el pozo, de Bernardo et Rafael Antonaccio (Uruguay, 2018, fiction) ; Enigma, de Ignacio Juricic Merillán (Chili, 2018, fiction) ; La omisión, de Sebastián Schjaer (Argentine/Suisse/Pays-Bas, 2018), fiction ; Los débiles / The Weak Ones, de Raul Rico et Eduardo Giralt Brun (Mexique, 2017, fiction) ; Miriam miente / Miriam Lies, de Natalia Cabral et Oriol Estrada (République Dominicaine/Espagne, 2017, fiction) ; Retablo, de Álvaro Delgado-Aparicio (Pérou/Allemagne/Norvège, 2017, fiction) ; Virus tropical, de Santiago Caicedo et PowerPaola (Colombie, 2017, animation).

26 invités à rencontrer

Les spectateurs ont rendez-vous avec les producteurs Gema Juárez Allen (Argentine) et Dan Wechsler (Suisse), l’actrice et réalisatrice argentine Ana Katz, les scénaristes et réalisateurs Bernardo et Rafael Antonaccio (Uruguay), les cinéastes Álvaro Aponte-Centeno (Porto Rico), Rodrigo Barriuso (Cuba), Gonzalo Justiniano, Ignacio Juricic Merillán, Andrés Lübbert (Chili),Juan José Lozano, Jorge Cadena, Felipe Monroy (Colombie),Leonardo D’Antoni (Argentine), Álvaro Delgado–Aparicio (Pérou),Marcelo Martinessi (Paraguay), l’actrice et le réalisateur boliviens Andrea Camponovo et Martín Boulocq, les réalisateurs Natalia Cabral etOriol Estrada (République dominicaine et Espagne), les réalisatrices Violeta Ayala et Lula Gómez (Bolivie et Argentine), la co-scénariste et dessinatrice colombienne Powerpaola et l’actrice franco-colombienne Mélanie Delloye-Betancourt, ainsi qu’avec le directeur des Cinémas du Grütli Edouard Waintrop et le critique de cinéma Bertrand Bacqué (France). La cérémonie de clôture aura lieu le dimanche 2 décembre à L’Alhambra de Genève,

Filmar en América Latina est soutenu par la Ville de Genève, le Canton de Genève, la Fédération genevoise de coopération, la Loterie romande, Artlink, le Pour-cent culturel Migros (qui soutient les jeunes réalisatrices et réalisateurs dans le cadre de la table-ronde), Traditions pour Demain, Helvetas, Terres des Hommes Suisse, la Centrale sanitaire Suisse romande CSSR, Eirene et Casa Alianza. Par ailleurs, le Bureau de l’intégration des étrangers du Canton de Genève apporte son soutien à deux séances gratuites, l’une au Cinéma Bio de Carouge et l’autre à la Julienne de Plan-les-Ouates. Sans oublier, en France voisine, le soutien de Encuentro de Dos Mundos.

 Service de presse Filmar

Festival Filmar en América Latina – 17, rue Necker – CH-1201 Genève + 41 (0) 22 732 61 59 – +41 (0) 79 649 71 45 Facebook | Twitter| Instagram | www.filmar.ch

«Voces de Santa Lucia» de Marcos Oyarzábal : récit des survivants de la dictature en Uruguay

Avec ce documentaire plusieurs fois sélectionné en festivals en Amérique latine, l’association ¿Dónde Están? nous propose en cette fin d’année un film nécessaire et bouleversant, dans lequel la parole des victimes de la dictature en Uruguay forge la mémoire des disparus et participe à leur réhabilitation. Le documentaire est programmé à Paris, Lyon et Grenoble.

Photo : Donde Están?

Synopsis : Dans la ville de Santa Lucia située à une soixantaine de kilomètres au nord de Montevideo, capitale de l’Uruguay, une caméra suit et enregistre la voix de femmes et d’hommes. Ce sont les témoignages d’anciens prisonniers ou de leurs proches recueillis entre 2013 et 2015. Les survivants de la dictature uruguayenne (1973-1985) prennent ainsi la parole tour à tour pour nous raconter avec douleur les persécutions et atrocités qu’ils ont subies et se rappeler la disparition de leurs proches.

Lutter contre l’impunité

«Voces de Santa Lucia» est un court-métrage de 25 minutes réalisé par Marcos Oyarzábal. Il compile et complète le travail de prises de paroles citoyennes initié à Santa Lucia en 2013 par un collectif de femmes coordonné par Maria Julia Listur. Ces prises de paroles ont été réalisées pour permettre aux victimes de rendre compte des crimes organisés par la dictature civico-militaire, dont la dénonciation aujourd’hui est encore laissée sans réponses. Pour Elena Salgueiro, de l’association ¿Dónde Están?, «la «loi de caducité de la prévention punitive de l’État» n’est toujours pas abrogée. Les crimes ne peuvent pas être jugés et les gouvernements récents n’ont pas fait beaucoup avancer la chose même s’il existe une commission gouvernementale qui est chargée de ces affaires avec un procureur spécialisé». A l’écran, la douleur est donc aussi celle de la société civile, de ces milliers de femmes et d’hommes qui dénoncent l’impunité des responsables de ces crimes plus de trente ans après les faits. Aujourd’hui le collectif derrière «Voces de Santa Lucia»  travaille à la réalisation d’un second film, «Voces de Canelones». Il inscrit sa démarche dans une série plus vaste dont l’objectif est de «réaliser un recueil de mémoire le plus important possible».

Diffuser la mémoire des victimes de la dictature

Pour l’association ¿Dónde Están?, ce film est aussi un objet politique qui permet aujourd’hui le débat et la réflexion sur cette période dans les villes uruguayennes où il est projeté. Aujourd’hui les victimes de cette histoire vieillissent et le risque de perdre leurs précieux témoignages est grand. Beaucoup reste à faire et la mise en lumière récente d’une parole féminine sur les tortures sexuelles commises par le régime et ses hommes (mouvement de la Cause des 28 femmes) témoigne de l’urgente nécessité de continuer à libérer la parole au nom de la vérité. Déclaré «d’intérêt culturel» par le Ministère de l’Éducation et de la Culture Uruguayen, Mention Spéciale du Jury au 8e Festival International du Film Documentaire en Uruguay Atlantidoc, sélectionné au 16e Festival International des Droits Humains de Buenos Aires, sa reconnaissance a permis à beaucoup d’Uruguayens de se réapproprier cette histoire et à l’opinion publique mondiale de la découvrir.

Kévin SAINT-JEAN

Voces de Santa Lucia sera projeté en cette fin d’année en France par l’association ¿Dónde Están? dans le cadre d’une séance débat en compagnie de María Julia Listur, protagoniste du film et promotrice du projet. Le 22 novembre à Grenoble, Amphi 6, Batiment Stendhal, Université Grenoble-Alpes, 18 h, le vendredi 23 à la Mairie de Lyon sixième à 18 h 30 et à Paris à la Maison de l’Amérique latine le mardi 27 novembre à 18 h 30

¿Dónde Están? : depuis 1997 l’association agit pour informer sur la situation en Uruguay à travers l’organisation d’activités culturelles et de conférences. Elle lutte pour rendre visible les crimes contre l’Humanité commis par la dictature civico-militaire uruguayenne de 1973 à 1985, tout en accompagnant les familles des victimes et les associations qui mènent au quotidien un travail de mémoire sur cette période.

Les mains du «Che», un roman plein d’aventures de Serge Raffy qui revisite l’Histoire

Serge Raffy, journaliste reconnu, biographe de Fidel Castro parmi d’autres, et romancier, propose avec ce roman une histoire d’amour, d’amitiés, d’aventures, d’espionnage qui se déroule à partir des années soixante en Europe et en Amérique latine et qui tourne autour d’une question troublante : et si Ernesto Guevara, le Che, n’était pas mort le 7 octobre 1967 ?

Photo : Seuil 

Hector Mendez, un père d’origine espagnole et une mère française, rencontre à Vénissieux, Mila (Djamila), fille d’un combattant algérien du FLN. À l’autre bout du monde, Jaurès Pakuto, un jeune Indien, rêve dans un village perdu du Venezuela d’être photographe, encouragé par un inconnu qui se dit chilien et qui disparaît un jour sans laisser de traces. Hector et Jaurès ont un point commun : l’absence du père. On est au début des années 80.

Devenu journaliste à Bordeaux, Hector finit par se lancer, poussé par les circonstances, dans une enquête à la fois personnelle et historique : le mystère familial (qu’est devenu son père ?) l’intéresse au moins autant que l’Histoire qui, en plus n’est pas très claire à cette époque embrouillée de la guerre froide, avec un camp occidental relativement uni contre le danger communiste et un camp prosoviétique ravagé par les conséquences de la dictature stalinienne qui finiront par provoquer sa chute.

Un des grands mérites de Serge Raffy est de permettre aux lecteurs trop jeunes pour avoir connu cette époque ‒ ou à ceux qui l’ont vécue sans avoir accès à ces informations, qui étaient l’immense majorité ‒ de comprendre les rivalités internes au Parti, les soupçons de tout genre sur tout le monde, surtout les proches, les vengeances sournoises, les calculs en tout genre.

On apprend ainsi que le Che n’a pas été qu’un guérillero luttant dans la forêt vierge, qu’il est passé par l’Afrique, par l’Europe de l’Est où ses rapports avec les autorités soviétiques et leurs représentants n’étaient pas de tout repos. C’est à Prague que s’est préparé le grand retour de Guevara, devenu Ramón Benítez, qui passera, méconnaissable, par Cuba où il rencontre Fidel Castro à plusieurs reprises… dans quelle ambiance ?

Ex nazis, agents du KGB ou de la STASI, homme politiques latino-américains plus ou moins proches de Barbie, qui vivait alors paisiblement en Bolivie, et autres Leni Riefenstahl, réfugiés dans des pays pas particulièrement hostiles, tout ce magma peu reluisant se retrouve autour de l’assassinat du Che et de ses suites : la mort brutale et encore non expliquée de plusieurs personnes impliquées, l’absence du corps et des mains de Guevara, qui avaient été coupées sur son cadavre.

On plonge avec un réel plaisir dans ces mystères historiques, en grande partie parce que, si l’on peut imaginer diverses résolutions à ce problème de la disparition de toute preuve, le fond historique est particulièrement solide (en dehors d’un ou deux détails, la mort prématurée ici de Carlos Fuentes !). Il peut arriver qu’on se sente mal à l’aise dans ce genre de romans qui récrivent l’histoire en jouant sur les faits et la pure imagination. Ce n’est absolument pas le cas avec Les mains du «Che» : Serge Raffy a su trouver le ton et l’équilibre entre les deux pôles pour offrir un pur moment de plaisir enrichissant à son lecteur.

Christian ROINAT

Les mains du «Che» de Serge Raffy, éd. du Seuil, 300 p., 19,50 €.

Bandidos, le nouveau roman de Marc Fernandez, entre Madrid et Buenos Aires

Voilà le nouveau roman de Marc Fernandez, troisième et dernier volet de sa saga hispano-américaine, commencée avec Mala vida sur les enfants volés du franquisme, et poursuivie avec Guérilla Social Club sur les fantômes des dictatures chilienne et argentine. Cette fois, l’auteur nous entraîne dans un tourbillon de péripéties et de suspense entre Madrid et Buenos-Aires, entre un meurtre de photographe de presse en 1997 côté argentin, et un autre meurtre en 2017, à Madrid cette fois, avec le même mode opératoire qui ressemble à une exécution en bonne et due forme.

Photo : Editions Préludes

Le roman s’ouvre sur un rassemblement du souvenir à Buenos-Aires, les gens commémorent ce 20 janvier 2017 l’assassinat vingt ans plus tôt d’Alex Rodrigo, photographe de presse retrouvé une balle dans la nuque. En parallèle, ce même jour, on retrouve à Madrid le cadavre d’une femme tuée elle aussi par une balle dans la nuque. Assez vite, on apprend son identité et on est obligé de faire le lien entre ces deux affaires.

Aussitôt l’enquête commence et les protagonistes du roman se lancent dans la bataille pour établir à tout prix la vérité. Dans le camp madrilène, il y a Diego, journaliste radio, Ana détective privée, Pablo policier de la criminelle, et leur vieux complice, Nicolas retraité des services secrets ; côté argentin, on trouve Léa, journaliste free-lance et Isabel avocate auprès des Grands-mères de la place de Mai. Chacun possède un caractère bien trempé, a su se remettre d’épreuves douloureuses et se bat avec conviction et courage. De profonds liens d’amitié les unissent tels des Mousquetaires des temps modernes. Ils ne reculeront devant aucun danger et devront vaincre leur peur pour aller jusqu’au bout de l’énigme.

L’auteur qui nous promène par chapitres interposés tantôt dans l’été suffoquant de Buenos-Aires, tantôt dans l’hiver glacial de Madrid, connaît bien les deux villes. Il décrit ainsi certains quartiers devenus très branchés et leur transformation due aux promoteurs et à l’argent. Il montre aussi cette société argentine actuelle, oscillant entre vrai désir de démocratie et blessures dues à la corruption ambiante, dans un contexte politique ultra-libéral et la plupart de ses médias soumis au pouvoir.

Il n’épargne pas non plus les journalistes espagnols qui ont perdu comme les politiques la réalité de la rue. Voilà comment d’un simple polar, le roman gagne en profondeur et apprend une multitude de choses sur le passé et le présent des deux pays à un lecteur français parfois peu aux faits de la réalité étrangère.

En résumé nous avons entre les mains une bonne intrigue à relents politiques, servie par un style nerveux et incisif qui rend la lecture facile. L’auteur domine entièrement la montée de la tension et l’accélération des événements des deux côtés de l’Atlantique, avec des morts qui s’enchaînent, de la violence, un enlèvement, le lecteur se trouve enchaîné chapitre après chapitre par le récit captivant, tandis que l’auteur sait aussi réserver des moments de détente, de pure amitié ou d’amour entre ses héros et relâcher la pression pour eux et pour nous.

Il nous conduit ainsi jusqu’à la résolution de l’énigme, dans un monde devenu un peu plus juste, mais à quel prix !

Louise LAURENT

Bandidos de Marc Fernandez, France, éd. Préludes, 320 p., 15,90 euros. Autres œuvres : Mala vida éd. Préludes, Guérilla Social Club éd. Préludes. Marc Fernandez sera présent à Saint Etienne, à la librairie de Paris, 6 rue Michel Rondet, les 22 et 23 novembre à partir de 18 heures, pour l’événement Gueules noires du Polar.

Hommage à un héros de la Première Guerre Mondiale dans les Andes Péruviennes

Pour le centenaire de la fin de la «Grande Guerre», la France a envoyé une délégation militaire au Pérou pour honorer François Aubry, un combattant qui a eu un lien spécial avec ce pays. A l’entrée d’une mine de cuivre, sur les hauteurs des Andes péruviennes, les militaires français ont rendu un hommage solennel mardi dernier à un camarade mort au combat dans une tranchée, lors de la Première Guerre Mondiale. Le premier Régiment d’Artillerie de France a envoyé une délégation au Pérou pour rendre hommage au lieutenant français François Aubry (1879-1914), l’un des 10 millions de soldats morts dans le conflit qui a marqué l’histoire du XXème siècle.

Photo : France 3 Régions.

C’était certainement l’unique cérémonie organisée en Amérique Latine à l’occasion du centenaire de l’armistice de la Grande Guerre du 11 novembre 1918, un fait historique qui a été commémoré dimanche dernier à Paris en présence de 70 représentants de l’État. La délégation est venue au Pérou avec l’étendard de ce régiment historique créé en 1671 par le roi Louis XIV, sous lequel Napoléon Bonaparte a servi de 1785 à 1791, alors qu’il était un tout jeune lieutenant. L’hommage a eu lieu à l’entrée de la mine d’Huaron, dans la région de Pasco, à 300 km au nord de Lima, mine que François Aubry dirigeait avant de partir à la guerre. «Les travailleurs de la mine étaient tellement attachés à cet homme qu’ils ont érigé un monument à sa mémoire», a commenté le commandant du Premier Régiment, le colonel Alexandre Lesueur.

Son histoire

François Aubry a 35 ans lorsqu’il meurt au combat contre les Allemands, dans la forêt d’Apremont, à Noël 1914. Son épouse Marie Louise, avec qui il s’était marié en 1911, et son fils Claude, né à Lima le 14 septembre 1914, qu’il n’a pas connu, l’attendaient au Pérou. Un des petits-fils du lieutenant Aubry a été invité à la cérémonie de la mine de Huaron, à 4.300 mètres d’altitude. Les autorités locales et des diplomates français y ont assisté également, aux côtés des huit membres de la délégation du Premier Régiment d’Artillerie.

Le Premier Régiment, qu’on appelle encore par tradition «l’Artillerie Royale», a combattu pendant la Révolution Française et sous l’Empire Napoléonien (1792-1815), pendant la Guerre de Crimée (1854) et la Guerre Franco-Prussienne. François Marie Prosper Aubry est né le 9 mai 1879 à Henrichemont, dans le département du Cher, et a effectué ses études supérieures à l’École Centrale des Arts et Manufactures de Paris. En 1899, il s’est engagé volontairement dans le service militaire et il a été assigné à l’artillerie. Il en est sorti avec le grade de sous-lieutenant de réserve en 1902 et a obtenu son diplôme d’ingénieur cette même année.

Du Pérou à la Guerre

François Aubry est arrivé au Pérou en 1912, mandaté par son entreprise, pour évaluer le gisement de cuivre et d’argent de la mine d’Huaron, mine dont il fut ensuite le premier directeur. Il dirigeait cette mine quand le conflit européen a éclaté début août 1914, un mois après l’attentat dirigé contre l’héritier de l’Empire Austro-Hongrois à Sarajevo. En tant qu’officier de réserve, François Aubry a été immédiatement mobilisé. Il a été assigné au Premier Régiment d’Artillerie le 16 septembre 1914, deux jours après la naissance de son fils au Pérou. En tant qu’officier d’observation, il devait être en première ligne pour guider les projectiles de la batterie militaire. C’est en accomplissant son devoir qu’il est mort le 25 décembre 1914. Il a reçu la Légion d’honneur ainsi que d’autres décorations à titre posthume.

D’après RPP Noticias,
Traduit par Cécile PILGRAM

Texte en espagnol

L’agence ALAI publie une analyse de Joël Perichaud sur la situation politique au Brésil

Joël Perichaud, Secrétaire National du Parti de la Démondialisation, nous livre son analyse de la situation politique au Brésil à la suite des élections présidentielles qui ont propulsé Jair Bolsonaro à la tête du pouvoir le 28 octobre dernier. 

Photo : Réseau International

Fin 2011, Luiz Inácio Lula da Silva achève son second mandat présidentiel avec une popularité record : plus de 85% d’opinion favorable. Il laisse à Dilma Rousseff un héritage enviable. Le Brésil a renoué avec la croissance. Près de 40 millions de Brésiliens sont sortis de la pauvreté : le taux de chômage est très bas, les salaires sont plus élevés, les prestations sociales sont plus nombreuses, l’accès au logement, aux crédits et aux études supérieures est ouvert aux catégories les plus pauvres, le dialogue et la concertation avec les mouvements sociaux existent. Le Brésil, encensé par les «institutions internationales» connaît aussi un activisme diplomatique tous azimut.

Puis, le Président Michel Temer arrive au pouvoir grâce à un véritable coup d’état institutionnel suite à un procès politique ubuesque. Il obtient la destitution de Dilma Rousseff la présidente légitime. Sans aucun mandat électoral, il commence immédiatement à démanteler l’héritage social et les avancées démocratiques du «Lulisme» : les dépenses publiques sont gelées pour 20 ans, les prestations sociales sont réduites ou supprimées, les droits des travailleurs sont rabotés, l’environnement est sacrifié. Les institutions pour la défense des droits, de l’environnement et des populations vulnérables sont privées d’une grande partie de leur budget. Les privatisations sont relancées, les politiques de prévention sont abandonnées au profit du «tout répressif».

La destitution de Dilma Rousseff en 2016 a permis la mise en œuvre de «réformes» visant les couches populaires et initié un processus brutal de régression sociale et démocratique. Comme à l’accoutumée, la droite et l’extrême droite ont utilisé le prétexte d’une forte récession économique et d’une explosion de la violence criminelle pour souffler sur les braises de l’intolérance sociale envers les plus pauvres et la haine politique.

Lula, grand favori des sondages, a été condamné à 12 ans de prison sur la seule base de «convictions» d’un juge décidé à avoir sa peau. Il a été directement écroué, confiné à l’isolement et privé de parole publique pour l’empêcher d’être candidat aux élections présidentielles. Parallèlement, le pays connaît une montée vertigineuse de la violence politique. L’assassinat en mars 2018 de Marielle Franco (élue du PSOL – Parti Socialisme et Liberté) a été commenté dans les médias mais, beaucoup d’autres crimes politiques sont restés dans l’ombre. En une seule année, 71 militants (paysans sans terre, indigènes, écologistes, etc.) ont été assassinés. C’est le chiffre le plus élevé depuis 14 ans.

L’élection de Jair Bolsonaro n’est pas vraiment une surprise. C’est le résultat de la conjonction de plusieurs facteurs : la rupture du pacte social mis en place par Lula, la vague conservatrice qui déferle sur le pays et la crise que traversent les gauches sociales et politiques.

Crise économique, Lava Jato et rupture du pacte social

Le «Lulisme» est le fruit de nombreuses tractations. Il s’est appuyé sur un «pacte de classes» entre les milieux populaires et les élites économiques brésiliennes. Le politologue Gilberto Maringoni rappelle les bases de ce pacte : «des taux d’intérêt très rémunérateurs pour le capital, des augmentations de salaire minimales et des politiques sociales ciblées». Pour obtenir une assise large au sein du Congrès, indispensable pour gouverner au Brésil dans le cadre du présidentialisme de coalition, le gouvernement Lula a fait de nombreux compromis et noué de nombreuses alliances, y compris avec les forces politiques les plus à droite quitte à renoncer en partie à son programme initial.

Le résultat a été un développement mêlant des orientations macro-économiques néolibérales, des politiques de stimulation du marché intérieur au moyen d’investissements publics, de généreux crédits, des hausses de salaire et des allocations sociales, des mesures de soutien aux secteurs exportateurs et aux multinationales brésiliennes. Dans un contexte économique international favorable, ce modèle «néo-développementiste» a contenté tout le monde, les plus riches comme les plus pauvres. Mais ce modèle n’a pu résister aux effets de la crise économique et au «lava jato» (lavage express)1.

Entre  2012 et 2014, les revenus d’exportation chutent brusquement (baisse des cours des matières premières), la croissance stagne, la dette augmente, la désindustrialisation et le chômage repartent à la hausse. Pour éviter une baisse de leurs taux de profits, les classes dominantes pressent Dilma Rousseff d’adopter une politique de rigueur et des réformes structurelles de fond. Dilma Rousseff, après avoir fait campagne sur un programme «de gauche», cède et nomme un banquier d’affaires, Joaquim Levy à la tête du ministère des Finances.

Ce virage libéral et austéritaire aggrave, bien entendu, les effets de la crise et ne calme pas les classes dominantes… Pire, il mécontente une bonne partie des classes moyennes et des catégories sociales les plus touchées par la crise. Il créé un fort sentiment de trahison y compris au sein du PT (Partido dos Trabalhadores), et mine la crédibilité de Dilma Rousseff. Au moment où la popularité de Dilma Rousseff est au plus bas, éclate le gigantesque scandale du «lava jato» qui déclenche un «sauf-qui-peut» généralisé dans le monde politique. Les grands médias (anti-PT) dénoncent le PT et Lula comme les principaux architectes du système de corruption… des boucs émissaires idéaux…

Le PMDB (Partido do Movimento Democrático Brasileiro), grand partenaire de la coalition impliqué dans le scandale, lâche le PT pour se rapprocher du PSDB (Partido da Social Democracia Brasileira), le grand parti de lopposition. Cette trahison permet d’écarter la présidente Dilma Rousseff devenue gênante, d’ouvrir la porte à la formation d’une coalition alternative et pour les deux formations et leurs alliés au Congrès d’échapper à une enquête dangereuse.

La déferlante réactionnaire

Crise économique et «lava jato» ont fragilisé Dilma Rousseff, laminé sa crédibilité et précipité sa chute. Mais sa destitution et le retour aux commandes des vieilles oligarchies sont aussi l’aboutissement d’une double offensive réactionnaire menée à la fois au Congrès national et dans la rue, avec l’appui des grands médias nationaux. Malgré la victoire de Dilma Rousseff, les élections d’octobre 2014 débouchent sur la mise en place du Congrès le plus réactionnaire depuis le retour de la démocratie au Brésil.

Les tendances les plus rétrogrades et leur capacité de nuisance se renforcent au détriment des progressistes. Le lobby des propriétaires terriens compte plus de 220 députés (sur 513) et celui des évangélistes 87 députés (73 en 2010, 59 en 2002 et 18 en 1986). Avec d’autres groupes réactionnaires (défenseurs d’une politique sécuritaire et pénale dure, de la libre entreprise, etc.), eux aussi en progression, ils sont ultra-majoritaires au Parlement. Ils votent donc à une écrasante majorité, la destitution de Dilma Rousseff, et la remplace par son vice-président, Michel Temer en échange d’avantageuses concessions…Comme le dit Nelson Marquezelli l’un des chefs de file des parlementaires ruralistes : «l’agriculture est la base du pays. Si vous ne lui donnez pas de ministre qui parle la même langue que le front rural, il ne reste pas «très» longtemps. Ni le ministre, ni même la Présidente…»

Les parlementaires qui ont voté contre la Présidente, en invoquant leur église, leur famille, le danger du communisme ou la mémoire d’un ancien tortionnaire, ont trouvé un allié dans les manifestations de rue. Rappelons que la destitution de la Présidente a été précédée par une vague de mobilisation énorme.

Entre juin 2013 et mars 2016, des centaines de milliers de personnes défilent dans les rues des grandes villes. Ce mouvement, initié par des groupes autonomistes de gauche pour réclamer des services publics moins chers et de meilleure qualité est vite devenu franchement conservateur à mesure que la protestation s’est étendue à d’autres milieux, a drainé d’autres publics et s’est focalisée sur la corruption, pour se transformer, à partir de mars 2014, en une violente campagne de protestation anti-PT et pro-impeachment.

L’image donnée par les grands médias du réveil démocratique et citoyen de tout un peuple contre la corruption est fausse. Le profil social des manifestants (classes moyennes à supérieures), l’idéologie des organisations mobilisatrices (ultra-libérales, libertariennes, pro-vie, pro-armes à feu, nostalgiques du régime militaire, etc.), les slogans (pour la suppression des aides sociales, pour la diminution des impôts, pour des politiques sécuritaires plus dures, pour une intervention militaire, contre le communisme, pour une moralisation de la vie collective et individuelle, etc.) ne laissent planer aucun doute sur le caractère réactionnaire de ce mouvement.

Sa montée en puissance s’explique par l’appui reçu de la part des classes dominantes, du monde politique, économique, médiatique et juridique, mais il traduit aussi des changements socioculturels comme la montée en puissance des églises évangéliques et un vaste mouvement de mobilisation politique des classes moyennes, sur fond de crise de la gauche.

Les gauches en crise

Face à cette percée conservatrice, les gauches brésiliennes sont affaiblies et divisées, elles n’ont même plus le monopole de la rue. Le PT, grand perdant des élections municipales d’octobre 2016, n’est plus que l’ombre de lui-même et paie aujourd’hui le prix de ses alliances contre nature, de l’abandon d’une grande partie de son programme social au profit d’une gestion technocratique, des politiques libérales du second gouvernement Rousseff et de l’implication de plusieurs de ses hauts responsables politiques dans le scandale du «lava jato». Tout cela a décrédibilisé son programme politique et alimenté un immense sentiment de désillusion, de trahison, de révolte qui a considérablement rétréci sa base électorale, réduit son ancrage dans les classes dominées et démobilisé ses militants.

De fait, le PT porte aussi une part de responsabilité dans ce grand bond en arrière. Aldo Fornazieri écrivait dans un pamphlet appelant le parti à faire son autocritique : «les structures dirigeantes du parti se sont laissées corrompre, les militants se sont laissés domestiquer et les mouvements sociaux, autrefois en orbite autour du PT, se sont trouvés propulsés en orbite autour de l’État (…) perdant leur énergie combative dans leur lutte pour les droits et la justice sociale (…)». Il est vrai que le PT se voulait un «exemple d’administration correcte de la chose publique», un «ciment éthique» et le promoteur d’une démocratie étendue…

Mais la crise qui touche le PT est aussi celle de l’ensemble des gauches brésiliennes, sociales et politiques. Aucune de ses composantes n’est aujourd’hui en mesure de prendre la relève. Elles payent leur vide d’appartenance idéologique, le déclin du mouvement syndical, la dissolution des identités de classe, le délitement des liens associatifs, le vieillissement des militants et la montée fulgurante de l’insécurité. C’est aussi pour cela, que de plus en plus de Brésiliens adhèrent aux solutions moralisatrices et sécuritaires des très conservatrices églises pentecôtistes (en plein essor dans les quartiers populaires) ou aux slogans simplistes de politiques de droite ou de l’extrême droite comme ceux du très misogyne, homophobe et xénophobe, Jair Bolsonaro.

Son élection à la Présidence, l’arrivée à la mairie de Rio, deuxième ville du pays, de l’ultra-conservateur pasteur évangélique de l’Église universelle du règne de Dieu Marcelo Crivella, le succès rencontré par le mouvement pro-impeachment et ses organisations phares (Movimento Brasil Live, Vem pra Rua etc.) sont un dernier avertissement pour des gauches brésiliennes et pour toutes les «gauches» sociales-démocrates du monde.

Joël PERICHAUD
Secrétaire National du
Parti de la Démondialisation

1-«lava jato» est un vaste système de corruption et de financement illégal des partis politiques impliquant la Petrobras, des entreprises du BTP (Odebrecht) etc. et de nombreux hauts responsables politiques de la majorité comme de l’opposition. Il a été mis à jour après une banale enquête portant sur une affaire de blanchiment d’argent dans des stations de lavage de voiture. ALAI

López Obrador fait le premier pas vers la légalisation du cannabis au Mexique

Le Gouvernement du président élu présente une loi qui réglemente la production, la vente et la consommation de cannabis pour la faire approuver mi-2019.

Photo : La Izquierda Diario

Produire, acheter et consommer du cannabis sera bientôt légal au Mexique. Morena, le parti de Andrés Manuel Lopez Obradorn (AMLO), le tout nouveau président, a présenté ce jeudi une proposition de loi au Sénat qui réglemente la production, la vente, et la consommation de cannabis. En position majoritaire au Congrès, Morena ne devrait pas avoir trop de difficultés à la faire approuver. Des experts consultés par El Pais estiment que les législateurs ne devraient mettre que quelques mois pour faire adopter la loi, qui pourrait se concrétiser vers fin 2019.

La loi générale pour la Réglementation et le Contrôle du Cannabis naît en réponse aux politiques d’interdiction, en vigueur dans la région depuis des décennies. Au Mexique, la production et le trafic illégal de cannabis sont des éléments essentiels du conflit entre le Gouvernement et les mafias de criminels, et les délinquants eux-mêmes. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes au cours des dernières années dans le pays et d’autres ont disparu, à cause de la fameuse guerre contre le narcotrafic. En éliminant le cannabis, le prochain Gouvernement espère faire baisser les taux de criminalité.

Olga Sánchez Cordero, future secrétaire du Gouvernement (l’équivalent de la ministre de l’Intérieur) de Lopez Obrador, s’est chargée de présenter le projet devant le Sénat. «Nous devons revoir la politique des drogues dans notre pays. C’est le moment de changer, car ce sujet a toujours été polémique. Le combat frontal (contre le narcotrafic) par les armes a seulement donné lieu à plus de morts dans notre pays. Nous ne sommes pas en faveur de la légalisation absolue des drogues, mais plutôt de la règlementation du cannabis», a-t-elle dit.

La voie politique vers la légalisation est liée à la voie judiciaire. La semaine dernière, la Cour Suprême de Justice de la Nation a statué en faveur d’un citoyen, qui affirmait que plusieurs articles de la Loi Générale de Santé portant sur le cannabis l’empêchaient d’exercer pleinement son droit en tant qu’individu. C’est la cinquième décision de la Cour dans ce sens. Une jurisprudence a ainsi été établie à ce propos, situation qui ouvre la voie au Haut Tribunal pour ordonner au Congrès la suppression de tels articles de la loi. L’initiative de Morena dépasse la décision de la Cour : non seulement il n’abroge pas l’interdiction, mais il réglemente aussi le marché du cannabis. Sánchez Cordero a insisté ces derniers jours sur le fait que la loi est très complète car elle ne se limite pas à la légalisation du cannabis, mais régule aussi tout le processus de production, consommation, exportation et usages possibles.

En ce qui concerne la consommation personnelle, le projet définit que les adultes pourront posséder jusqu’à 30 grammes de cannabis ; ils pourront cultiver leurs propres plantes – jusqu’à 20 – et récolter au maximum 480 grammes par an. Il est prévu l’apparition de coopératives de production, comptant jusqu’à 150 membres. Celles-ci pourront produire 480 grammes par membre et par an et les consommateurs seront autorisés à fumer en public en suivant des règles semblables à celles du tabac. Le texte prévoit des sanctions contre la vente de cannabis aux mineurs. L’initiative permet aussi la production de cannabis destinée à la vente, sous réserve de posséder un permis. De plus, l’élaboration est prévue pour un usage industriel, médical et thérapeutique.

Les thérapies avec des médicaments à base de composants du cannabis ont ouvert la voie il y a trois ans à la légalisation de la substance pour un usage médical. Des familles de tout le pays ont commencé à faire pression sur le Congrès pour que la Commission Fédérale pour la Protection contre les Risques Sanitaires, Cofepris, leur permette d’importer ce type de remèdes. Il s’agissait de personnes souffrant de maladies comme l’épilepsie, le cancer… Dans certains cas ils y sont parvenus, bien que la commission ait rendu difficile l’importation en général. Elle donnait seulement des permis spéciaux. Avec la nouvelle loi, ce ne serait plus un problème.

L’Institut Mexicain de Règlementation et de Contrôle du Cannabis, dont la création est prévue par la loi, sera chargé de développer les règlements relatifs à la production, à la commercialisation et à la consommation du cannabis, et en général, de faire respecter les normes établies. Reste à résoudre la question de ce qu’il se passera avec les prisonniers du cannabis, ces citoyens détenus ou condamnés pour détention de cannabis. Selon les chiffres de Morena, 62 % des détenus que comptait le Mexique en 2012 se trouvent en prison pour des délits contre la santé, c’est-à-dire du narcotrafic. 58 % d’entre eux sont encore emprisonnés pour des motifs relatifs au cannabis. En 2011, encore selon les chiffres de Morena, il y avait 1 509 détenus pour consommation ou détention de cannabis, ce qui signifie qu’ils n’avaient pas l’intention de faire du trafic.

L’autre question qui se pose est celle de qui obtiendra les permis pour produire du cannabis et à qui reviendront les bénéfices des impôts sur la production et la vente. L’académicien Froylan Enciso, expert en politique de drogues, a déclaré dans une interview avec un journal local ces derniers jours que la loi doit prévoir d’offrir une compensation aux paysans qui ont produit du cannabis au cours des années précédentes et qui ont été poursuivis par les autorités. Ce sont eux, défend-t-il, qui doivent obtenir des permis pour produire. Quant aux impôts, ils doivent être destinés à améliorer le bien-être social.

D’après le Journal El Pais
Traduit par Clémence DEMAY

Les gouvernements s’engagent pour la protection de l’information et la liberté d’opinion

Dimanche 11 novembre, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, douze pays démocratiques ont lancé un processus politique sur l’information et la démocratie. Ils se sont engagés sur la base de la Déclaration édictée par la Commission mise en place à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF).

Photo : RSF

C’est à l’évidence une démarche historique en faveur des garanties démocratiques pour l’information et la liberté d’opinion. Depuis l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948, jamais des chefs d’État de pays démocratiques ne s’étaient mobilisés sur une position aussi forte en faveur de la liberté, de l’indépendance, du pluralisme et de la fiabilité de l’information, sur la base d’une déclaration édictée par une commission indépendante. Le 11 novembre, à l’occasion du Forum de Paris sur la paix, 12 chefs d’État et de gouvernement (Burkina Faso, Canada, Costa Rica, Danemark, France, Lettonie, Liban, Lituanie, Norvège, Sénégal, Suisse, Tunisie) ont répondu à l’appel lancé par la Commission sur l’information et la démocratie présidée par Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), et Shirin Ebadi, lauréate du Prix Nobel de la paix.

Pour cette initiative, six chefs d’État et de gouvernement étaient réunis pendant une heure, de 17h à 18h, dans la salle de presse du Forum de Paris à la Grande Halle de la Villette. Dans son allocution de présentation de la Déclaration avec Shirin Ebadi, Christophe Deloire a déclaré que «Reporters sans frontières a initié cette Commission sur l’information et la démocratie au moment même où la démocratie connaît une crise profonde qui est aussi une crise systémique de l’espace public : (…) rumeurs, désinformation érigée en modèle, affaiblissement du journalisme de qualité, violence parfois extrême contre les reporters… Au-delà de ces phénomènes, a expliqué le co-président de la Commission, il est de notre responsabilité de considérer les causes structurelles et de prendre les mesures appropriées (…) car les démocraties, ouvertes, subissent de plein fouet ces bouleversements, tandis que les régimes despotiques en tirent profit».

Le président de la République française Emmanuel Macron, qui avait reçu la Commission à l’Élysée le 11 septembre à l’occasion de sa première réunion à Paris, a déclaré : «Nous sommes aujourd’hui à un tournant majeur 70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme. La liberté d’opinion et d’expression qui est au fondement de nos démocraties et dont nous pensions les progrès irréversibles, se trouve à nouveau menacée et contestée» avant d’ajouter «je soutiens votre initiative, je suis favorable en nous inspirant de la déclaration présentée aujourd’hui à ce que nous nous mettions d’accord sur un ensemble d’engagements et à ce que nous nous efforcions de rallier à ces engagements le maximum d’États. Je suis favorable à ce que nous mettions en place un groupement international d’experts sur ce sujet, parce qu’il n’y a pas de bonheur sans liberté et de liberté sans courage. Vous avez décidé de prendre vos responsabilités, je pense que nous devons en tant que chefs d’État et de gouvernement les prendre aussi, et donc je veux ici dire la mobilisation complète de la France dans ce soutien et remercier mes amis chefs d’État et de gouvernement ici présents qui je le sais partagent ces idées».

Puis sur scène, ont tour à tour pris la parole les présidents Carlos Alvarado (Costa Rica), Beji Caïd Essebsi (Tunisie), Macky Sall (Sénégal), et les Premiers ministres Justin Trudeau (Canada) et Erna Solberg (Norvège). Cette dernière a rappelé l’attachement de son pays à tout appel en faveur de la paix mondiale, des droits de l’Homme et du développement durable. «Sans la liberté d’expression et une vraie communication et un vrai espace pour cela, l’Etat de droit est menacé, les institutions qui les protègent seront sapées», a-t-elle expliqué. 

Saluant le travail de Reporters sans frontières (RSF) pour la défense des journalistes et de la liberté de la presse, le président du Sénégal Macky Sall a indiqué qu’«en Afrique, il y a une volonté de plus en plus affirmée d’assurer la protection des journalistes et de créer les conditions d’un exercice digne de ce processus». Le président sénégalais a déclaré « s’engager pleinement à accompagner le Pacte pour l’information et la démocratie». Tout comme le président tunisien Beji Caïd Essebsi qui a soutenu pleinement lors de son discours le processus politique sur l’information et la démocratie : «Nous sommes venus ici pour vous dire : oui, nous sommes pour cette initiative et justement l’avenir nous en apportera la preuve».

De son côté le Premier ministre canadien Justin Trudeau a rappelé la responsabilité des dirigeants des démocraties libres «de soutenir le besoin d’avoir des médias forts et indépendants en qui nos concitoyens ont confiance. Le Canada, a-t-il affirmé, s’engage à défendre la presse libre auprès de la Commission initiée par Reporters sans frontières».

Le président du Costa Rica a également rappelé l’importance de maintenir «un espace public pluraliste et libre et de préserver l’accès à information ». « Le pluralisme et la liberté d’opinion doivent être garantis. L’accès à des données factuelles, l’accès à la connaissance notamment en ce qui concerne les événements actuels relèvent d’un droit fondamental» a ajouté le chef d’État.

La directrice générale de l’Unesco Audrey Azoulay et le secrétaire général du Conseil de l’Europe Thorbjørn Jagland ont également affiché leur soutien à la tribune. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres avait d’ailleurs enregistré un message vidéo quelques jours plus tôt dans lequel il assurait : «Je salue l’initiative que vous avez prise de créer la Commission sur l’information et la démocratie. Elle intervient à un moment critique où les nouveaux moyens de communication et de diffusion de l’information sont en train de transformer notre monde. Il est plus important que jamais d’avoir accès à des informations pertinentes et fiables. Or cette liberté est de plus en plus menacée (…). Aujourd’hui plus que jamais, nous devons réaffirmer l’importance du débat public, et rappeler qu’il doit se dérouler dans la rigueur et le respect, reposer sur des informations exactes et être ouvert à des voix plurielles. Je vous remercie de contribuer à ouvrir le chemin».

Les États, contactés par Reporters sans frontières à raison de leur respect des standards démocratiques, de leur place au Classement mondial de la liberté de la presse et des qualités personnelles de leurs dirigeants, se sont engagés à défendre des garanties démocratiques dans l’espace global de l’information et de la communication en prenant pour référence la Déclaration internationale sur l’information et la démocratie publiée le lundi 5 novembre. Après avoir salué «le travail de la Commission internationale indépendante sur l’information et la démocratie initiée par Reporters sans frontières (RSF)», les chefs d’État et de gouvernement ont annoncé avoir «décidé de lancer, en s’inspirant des principes énoncés par cette déclaration, une initiative pour l’information et la démocratie». A travers cette initiative, ils réitèrent leur engagement en faveur de la liberté d’opinion et d’expression. Les chefs d’État et de gouvernement annoncent qu’ils «définiront les objectifs à suivre pour en garantir l’exercice dans le contexte technologique et politique du 21ème siècle».

«Nous remercions les chefs d’État et de gouvernement d’avoir entendu notre appel» a déclaré Christophe Deloire, co-président de la Commission sur l’information et la démocratie avant d’ajouter qu’il est nécessaire de créer «un Groupe international d’experts pour l’information et la démocratie, à l’instar de ce qu’est le GIEC pour le réchauffement climatique. La comparaison avec le processus sur le climat ne relève pas du hasard car comme pour le climat, il y a pour l’information et la démocratie un risque de spirale et d’emballement. L’écosystème de l’information est lui aussi déréglé. Le point de rupture est proche», a conclu Christophe Deloire.

Présents à l’évènement, cinq membres de la Commission ont tour à tour pris la parole afin de rappeler que le journalisme, sous le feu de nombreuses menaces, est plus que jamais essentiel pour protéger la démocratie. «Il faut une information qui soit fiable, qui ne soit pas corrompue et aujourd’hui l’un des fléaux auquel on fait face ce sont les nouvelles corrompues comme la commission l’a souligné» a déclaré l’économiste indien Amartya Sen.

La Commission est composée de 25 personnalités de 18 nationalités : les lauréats du Nobel Amartya Sen, Joseph Stiglitz et Mario Vargas Llosa, la lauréate du prix Sakharov Hauwa Ibrahim, et également des spécialistes des nouvelles technologies, d’anciens dirigeants d’organisations internationales, des juristes et journalistes, à savoir par ordre alphabétique Emily BellYochai Benkler, Teng Biao, Nighat Dad, Can Dündar, Primavera de Filippi, Mireille Delmas-Marty, Abdou Diouf, Francis Fukuyama, Ulrik Haagerup, Ann Marie Lipinski, Adam MichnikEli Pariser, Antoine Petit, Navi Pillay, Maria Ressa,Marina Walker, Aidan White et Mikhail Zygar.

D’après RSF

Down to earth, ou du café au Costa Rica – Rencontre avec Matias Zeledon

C’est Matías Zeledon, costaricien d’un certain âge assis à la terrasse de sa boutique, qui nous accueille en souriant. Il est le gérant et propriétaire d’une petite exploitation de café à Tarrazu, dans la montagne, et s’apprête à nous partager les secrets de sa production. Petit tour d’horizon d’une initiative locale. 

Photo : Down to Earth

On ne se trompera pas beaucoup en affirmant que Matías Zeledon est un passionné. Ayant passé son enfance dans la finca familiale (les fermes latino-américaines, héritées du modèle colonial), il se tourne pourtant d’abord vers les métiers de la publicité et part étudier aux États-Unis. Ce n’est que vers la quarantaine que Matías se reconvertit dans la production de café, un rêve d’enfance, en réalité. Plus qu’un sentiment de patrimoine atavique à faire vivre, c’est celui d’un retour à sa place qui guide Matías. La boutique de Down to earth se situe au détour d’une petite route en marge de La Fortuna, au Nord du pays. La visite coûte 25$ et consiste en une explication pédagogique plutôt que logistique de la production de café, du choix des boutures à la dégustation.

Matías Zeledon cultive le Catuai rouge dans la montagne, à 2000 m d’altitude au Sud de San José. En effet, plus le caféier croît en altitude, de meilleure qualité il est. «Tarrazu», le nom du lieu, figure parmi les appellations contrôlées les plus prestigieuses. La zone bénéficie d’un microclimat qui favorise la lenteur du métabolisme de la plante. La germination du Robusta prend 6 à 8 semaines, après un an en bacs individuels puis 3 à 4 ans en pleine terre. Les fruits sont ensuite triés puis les fèves sèchent une bonne semaine sous effet de serre. L’entreprise produit environ 23 000 kilos de café par récolte, une quantité restreinte mais qui assure la qualité de la marchandise, d’après son propriétaire. Une production relativement faible donc pour une exploitation de petite ampleur. Un pari face aux industriels ?

Down to earth fait pourtant travailler 14 ouvriers, dont des émigrés panaméens qui, selon Matías, «travaillent très bien» et «sont payés environ 30 % de plus que le salaire moyen au Costa Rica et 40% de plus que dans la région de Tarrazu. Ils bénéficient aussi de congés payés et de primes, chose rare pour des ouvriers agricoles costariciens, malheureusement» soutient Matías. De plus, l’entreprise est ouverte au volontariat international. La totalité de la production est exportée et vendue directement aux clients de Down to earth, qui ne s’encombre pas de l’intermédiaire des grandes chaînes de distribution, même si, à ses débuts, Down to earth a vendu pendant 5 ans pas moins de 30% de ses récoltes à des torréfacteurs nord-américains qui recherchaient un café labellisé. À partir de 2019, l’entreprise de Matías Zeledon a fait le choix de distribuer elle-même sa production de café vert aux États-Unis. L’exportation se fera pour des sacs de 5, 10 ou 25 kg de café, et la base sera implantée à Miami pour pouvoir de là fournir de petits torréfacteurs par e-commerce s’ils le sollicitent.

Mais, outre la qualité du café, ce qui fait la force de la finca c’est aussi et surtout son état d’esprit. Bien que le café produit par Down to earth soit trop cher pour les Costariciens, l’initiative s’inscrit dans un projet durable. L’enveloppe de la graine de café est ainsi vendue pour être séchée puis brûlée comme combustible naturel. Cela représente certes un faible revenu, mais c’est une plus-value honorable quand il s’agit de recycler un produit considéré à l’origine comme un déchet. Tout est bon dans le café : l’enveloppe du fruit ainsi que la cerise permettent de produire du thé et de l’édulcorant pour café.

La réimplantation d’un savoir-faire et d’un soin à la plante, la minimisation des déchets permettent à Down to earth de bénéficier d’une image positive, dans le cadre d’un retour à la terre tout en assurant la traçabilité du produit. Déjà repéré par la télévision belge, Matías Zeledon profite d’une certaine notoriété alors qu’il n’exporte pas (ou du moins pas encore) son café en Europe. Un contrepoids idéologique à l’industrie donc, qui ajoute au moins 10% affichés de sucre dans chacun de ses paquets de café moulu, à un prix dérisoire.

Contrepoids réel ou pendant nécessaire ? S’il tient à cœur à Down to earth de tirer un maximum de profit du caféier en exploitant toutes les parties de la plante (de l’enveloppe à la graine), l’entreprise fournit aussi 3% de ses plus mauvais grains aux industriels locaux qui produisent de la poudre noire à bas prix et plus que médiocre, «pour améliorer la qualité du café industriel» d’après Matías Zeledon. Une bien maigre proportion pour offrir aux locaux des saveurs exceptionnelles. Leur assurer quelques grains parfumés, c’est en même temps les priver du reste. C’est à ce prix que vous buvez du café en Europe, dirait un Voltaire. À quand le café du Costa Rica aux Costariciens ?

Lou BOUHAMIDI
Depuis le Costa Rica

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