Archives mensuelles :

septembre 2018

Quarante-cinq ans après, la mémoire toujours embarrassante du coup d’État au Chili

11 septembre 1973, les avions des Forces aériennes bombardent le palais présidentiel de la Moneda, au cœur de Santiago. Une fois le pouvoir entre leurs mains, les militaires organisent la répression de tous les opposants politiques. Entre septembre et novembre 1973, le Stade national de Santiago sert de prison politique.

Photo : HispanTV

11 septembre 2018, le ciel est clair en sortant de la ligne de métro flambant neuve qui mène au Stade national. Il est 20 h, et une «diablada», danse des diables, nous montre la direction du rassemblement. Devant le stade, une foule immense, bien plus qu’attendue. Une scène sur laquelle se succèdent des artistes pour un concert gratuit. Lorsqu’Inti Illimani chante, la foule reprend en cœur El pueblo unido avec beaucoup d’émotion. Un peu plus loin, des sculptures éphémères de pieds se mêlent aux affiches demandant «Où sont-ils ?». Où sont les disparus ? Les sculptures de pieds font référence aux pieds que les Chiliens retrouvent parfois dans le désert, dernières traces des disparus dans les fosses communes du régime.

En s’approchant du stade, on croise également, sur une sorte de petite place, des gens se prenant dans les bras. Sur une musique un peu hypnotique et quelques mots de consolation, on peut étreindre son voisin et se laisser aller à l’émotion. Nous continuons notre chemin jusqu’à l’entrée du Stade. Énormément de monde veut entrer. Il nous faut patienter un peu, puis nous pénétrons dans le stade. Au cœur du bâtiment, avant d’atteindre la pelouse, plusieurs expositions raconte l’histoire de ce lieu devenu camp de prisonniers politiques, en plein cœur de Santiago. Durant deux mois, 40 000 personnes vont passer par ces lieux sinistres.

Dans les gradins, un petit carré de sièges concentre toute l’attention. Ce sont les sièges datant de cette époque-là, les mêmes que l’on voit sur les photos en noir et blanc. En sortant du stade, on a un peu le moral en berne. Et l’on suit alors une fanfare qui joue, elle aussi, El pueblo unido. On la suit jusqu’à un petit bâtiment dans lequel un mur est recouvert de plaques de cuivre gravées des noms des 504 femmes identifiées qui ont été tuées ici. Elles ont sans doute été beaucoup plus, mais beaucoup n’ont pas été identifiées. Parmi ces 504-là, trois sont françaises. On ressort, le moral au plus bas.

Étonnement, la foule ne semble pas si triste. Il y a bien sûr quelques effusion de larmes, mais finalement les concerts, les activités, rendent la commémoration moins triste. Même si cela reste toutefois émouvant.

Le sinistre anniversaire de la chute de la démocratie a beaucoup occupé les médias ces derniers temps. De nombreuses personnalités ont été invités à partager leurs souvenirs et nous avons vu fleurir des éditoriaux un peu partout. Des nauséabonds, des frais, des beaux, des intelligents et des stupides. Des menteurs aussi. La Tercera, un des principaux journaux du pays, a publié cette semaine une série d’entretiens.

Une partie des personnalités interrogées, comme Ricardo Lagos, président de la République chilienne de 2000 à 2006 qui a assisté au coup d’État et au bombardement de la Moneda avant de s’exiler, mettent en avant les profondes divisions qui existaient à l’époque dans la société chilienne et la polarisation à l’extrême du monde politique. L’actuel président, M. Piñera présente les choses d’une façon similaire, parlant d’une «démocratie profondément malade» dans les années 1970. Il tient à ajouter tout de même qu’en aucun cas cela pourrait justifier les violations aux droits de l’homme dont s’est rendue coupable la dictature.

Guillermo Teillier, actuel dirigeant du Parti communiste, se souvient surtout de la clandestinité, des dossiers du Parti brûlés à la hâte, de la torture… Et d’Eduardo Frei Montalva, leader en 1973 de la Démocratie Chrétienne, démocrate et ancien président qui appuie le gouvernement militaire. Il se souvient surtout de ce sentiment de trahison et de lâcheté de la Démocratie Chrétienne qui s’est ralliée aux militaires.

Enfin, des partisans du gouvernement militaire ont également pu raconter leurs souvenirs. Andrés Allaman, à l’époque porte-parole des étudiants du Parti national, voit le coup d’État comme l’évènement qui a permis d’échapper à «la dictature communiste». Carlos Cacéres, ancien ministre de Pinochet, met en avant sa «joie» lors de l’annonce du coup d’État, présente le bombardement de la Moneda comme «nécessaire» et minimise les responsabilités dans les violations des droits de l’homme, expliquant que jamais ce ne fut une politique de l’État… L’ancien militant Francisco Vidal quant à lui reconnaît que son soutien au coup d’État fut une erreur. Il a ensuite rejoint le Parti socialiste et fut ministre sous la présidence de R. Lagos et M. Bachelet.

Toutes ces histoires individuelles mettent parfaitement en lumière la problématique sous-jacente dès lors que l’on s’intéresse aux questions de mémoire : la mémoire n’existe pas, il existe une multitude de mémoires individuelles qui forment des mémoires collectives qui s’opposent.

Chacune des mémoires porte en elle, au minimum, la «vérité» d’un ressenti, de sentiments vis-à-vis des événements vécus. Dans les sphères progressistes, politiquement plutôt à gauche, la violence de la répression, en plus des séquelles physiques, a bien sûr laissé des cicatrices psychologiques personnelles et collectives. Cette mémoire est donc aussi composée de la colère, du dégoût, de la souffrance des tortures, de l’exil traumatisant. Toute cette mémoire se fonde sur des faits vécus, et les nier serait absolument malhonnête. La torture, les disparitions forcées, l’assassinat méthodique des opposants politiques ont bel et bien existé.

Chez les conservateurs, la mémoire des expropriations et nationalisations, la peur des milieux aisés devant la politique d’Allende ont pu également créer des traumatismes et donc une mémoire complètement différente. Cette partie de la population a donc vu, dans l’avènement de la dictature et dans la violence exercée par celle-ci, une guerre défensive, non seulement pour une classe de privilégiés, mais également pour un modèle social, politique et culturel. Deux mémoires antagonistes sont donc bâties sur des expériences de vie tout à fait réelles.

Mais ces deux mémoires antagonistes, puisque empreintes de subjectivité, ne sont que mémoire et laissent de côté des faits que l’histoire doit prendre en compte. Par exemple, lors de l’élection de 1970, Salvador Allende est élu, conformément à la Constitution en obtenant 36,6 % des votes. L’idée donc que l’armée serait intervenue contre l’avis de la majorité de la population est fausse. En revanche, l’idée que l’armée est intervenue en position légitime est fausse également, pas plus que l’idée qu’Allende n’était pas légitime : l’opposition, qui avait la majorité à la Chambre des députés, n’avait pas une majorité suffisante pour destituer le Président. C’est précisément ce cul-de-sac constitutionnel qui a précipité les événements. Et cela démontre clairement que les mémoires ne font pas l’histoire, car elles laissent de côté une partie des faits.

Dans le cadre de l’actuel questionnement du Chili vis-à-vis de son passé, David Rieff (essayiste qui a consacré plusieurs ouvrages aux questions de mémoire) était l’invité la semaine dernière de l’université Diego Portales et a participé à une discussion au musée de la mémoire. Ce n’est pas un hasard si ce musée a accueilli l’essayiste nord-américain. La structure a en effet été au cœur d’une tempête médiatique il y a quelques semaines : M. Piñera a nommé au ministère de la Culture Mauricio Rojas. Aussitôt, des interviews de 2015 et 2016 ressortent. Dans celles-ci, M. Rojas qualifie le musée de la mémoire de «montage», et ajoute qu’il s’agit «d’un usage éhonté et mensonger d’une tragédie nationale». Levée de boucliers, tentatives de justifications de l’intéressé, soutien des nostalgiques de Pinochet… Afin de calmer la tempête, la démission en moins de 90 heures.

Mais la boîte de Pandore est ouverte. La droite exulte : elle peut enfin, presque légitimement, critiquer ouvertement ce musée et proposer sa propre mémoire des années 1970. Au risque de dire des âneries. Quelle que soit la mémoire, les faits ne peuvent être éludés, et ce musée fait très attention à ne pas glisser dans la propagande.

On peut certes y voir de nombreux documents sur la répression politique sous le régime de Pinochet. On peut y voir les images du bombardement de la Moneda, les déclarations instituant la junte militaire, puis lire, voir, entendre, les témoignages des personnes victimes de la dictature. L’exposition d’un lit de torture, les pages issues du manuel de l’officier chilien donnant des méthodes pour faire souffrir sans tuer, les objets fabriqués par les prisonniers politiques, les photographies et lettres des exilés, des personnes assassinées à l’étranger, tous ces documents côtoient des affiches des quatre coins du monde appelant à la fin des violences.

Mais comme le soulignent plusieurs personnalités, il n’est jamais question de politique, d’être pour ou contre Allende. À l’accusation de «montage», nous pourrons opposer que ce musée ne nie en aucun cas la violence d’autres groupes politiques, ne justifie pas les attentats ou ne fait pas la promotion du MIR (Movimiento de la izquierda revolucionaria, d’extrême-gauche). Retracer les faits qui ont permis la torture et la répression, expliquer les méthodes de tortures, les conséquences physiques et psychologiques n’est pas mettre en avant une politique, encore moins manipuler les faits et l’opinion.

Nous pouvons, tout au plus, déplorer le nom de cette structure. La mémoire, cela n’existe pas. Mais ce musée ne parle pas des mémoires. Ce musée documente la torture et les crimes contre les droits de l’homme dont se sont rendus coupables les militaires durant cette période. Le nom complet est d’ailleurs «Musée de la Mémoire et des Droits Humains». Peut-être les droits humains seraient-ils suffisants.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

À Quintero et Puchuncavi, la pollution industrielle tue depuis cinquante ans au Chili

Fin août, la situation devenait intenable. Les manifestations se multipliaient, les écoles étaient fermées. La cause de toute cette agitation : la pollution record de l’air dans ces petites communes au nord de Valparaíso qui a intoxiqué plus de trois cents personnes. Le méthylchloroforme (solvant interdit dans l’Union européenne), le nitrobenzène (classé comme «très toxique»), le toluène (irritant pour l’œil, la peau et les voies respiratoires), l’arsenic et le dioxyde de soufre (irritant lui aussi pour les yeux et les voies respiratoires) sont les principaux responsables de ces intoxications.

Photo : Quintero/La Otra Voz

En une seule journée, de nombreuses personnes ont été recensées comme intoxiquées, présentant nausées, vomissements et douleurs, et plusieurs d’entre elles ont été hospitalisées. C’est le résultat d’une seule journée d’ouverture de l’école. Dès le lendemain, celles-ci étaient de nouveau fermées. La situation est si grave que l’on n’hésite plus ici à parler de «zone sacrifiée».

Les enfants et les personnes aux voies respiratoires fragiles sont les premières victimes de ces produits toxiques. Depuis une cinquantaine d’années, les cas d’intoxications se multiplient, entraînant maladies et décès.

Ces violents épisodes de pollution qui mettent en péril la santé de nombreux habitants sont directement liés aux nombreuses usines de la zone. Au mépris de la santé publique et avec la bénédiction des autorités, de grandes entreprises ont installé de nombreuses usines de traitement des minéraux et des raffineries, qui rejettent sur les communes de Quintero et Puchuncavi des gaz nocifs.

L’air devient bien sûr irrespirable dans ces communes, mais ce n’est pas tout : la terre et l’eau sont également contaminées. La productivité de la terre dans la région s’est effondrée, l’eau courante et l’alimentation sont également contaminées et les populations en veulent aux pouvoirs publics qu’elles accusent de ne pas se soucier de la qualité de vie des habitants et de ne rien avoir fait pour prévenir une telle situation.

Un exemple de cette insouciance et de cette inaction est l’absence de systèmes de mesure permettant de contrôler ce type de pollution. Le seul système capable de repérer certains produits nocifs est basé à Santiago. Il a fallu attendre le 28 août pour que le président de la République annonce un plan comprenant plusieurs volets : envoi de renforts médicaux, mises en place de contrôle de qualité de l’eau, des sols et de l’air (jusqu’alors seules les entreprises présentes sur la zone étaient équipées pour mesurer la pollution), améliorer l’infrastructure de l’hôpital de Quintero (réparer le toit et les réseaux électriques par exemple).

Le 4 septembre, le député de la circonscription touchée, Luis Pardo, a clairement évoqué la possibilité que ces épisodes de pollution soient dus aux entreprises installées dans la zone. La pollution est, en effet, causée par «des éléments chimiques, tous de la famille des hydrocarbures» selon Jorge Martínez, l’intendant régional.

Les entreprises telles que GNL Quintero (usine de raffinage de gaz), ENAP (Entreprise nationale du pétrole), Oxiquim (production de produits chimiques) et la Codelco (Corporation nationale du cuivre) entres autres réfutent toutes responsabilités dans ces épisodes de pollution. Ces négations ont été abondamment commentées, en particulier celle d’Oxiquim. Il faut dire que le président de cette entreprise n’est autre que l’avocat personnel du président de la République, Sebastián Piñera.

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

L’Allemagne rend au Pérou un masque en or de l’époque précolombienne

L’Allemagne a rendu au Pérou un masque funéraire en or datant du VIIIe siècle issu de la culture précolombienne Sicán, après un processus judiciaire de près de vingt ans, a rapporté jeudi le ministère de la Culture du Pérou. Nous reproduisons ici un article de France 24.

Photo : France 24

La livraison, effectuée à l’ambassade du Pérou à Berlin, met fin à une longue lutte juridique et diplomatique des autorités péruviennes pour récupérer des pièces faisant partie du patrimoine culturel de leur pays.

«Je suis heureuse de recevoir l’un des biens les plus emblématiques des cultures du nord du Pérou, un masque Sicán», a déclaré la ministre de la Culture, Patricia Balbuena, dans un communiqué.

La ministre péruvienne a reçu le document archéologique de la main du plénipotentiaire de l’État libre de Bavière devant l’État fédéral, Rolf-Dieter Jungk, a indiqué le ministère.

Le masque était entre les mains de la justice allemande et avait été saisi par Interpol en 1999, dans la ville allemande de Wiesbaden. Ensuite, un processus judiciaire a commencé.

«En [décembre] 2016, le tribunal régional de Munich ordonne la libération du masque Sicán, confisqué par le bureau du procureur de Munich et autorise sa remise à notre pays», a indiqué le ministère de la Culture sur son compte Twitter.

Le Pérou avait signalé la disparition de la pièce en 1999. Le trésor retrouvera son pays d’origine dans les prochaines semaines. La culture Sicán s’est développée sur la côte nord du Pérou entre les VIIIe et le XVe siècles.

D’après France24
Traduit par Marlène LANDON

Le peso argentin dégringole : quel avenir pour la troisième économie d’Amérique latine ?

Confronté à une crise de confiance, le peso argentin a perdu en deux jours près de 20 % de sa valeur face au dollar, contraignant la banque centrale à relever jeudi à 60 % son taux directeur, l’un des plus élevés du monde. En proie à une récession et connaissant un risque élevé, la troisième économie d’Amérique latine peine à rebondir, malgré le recours au Fonds monétaire international (FMI), qui lui a accordé en juin un prêt de 50 milliards de dollars. Nous reproduisons ici un article de Radio Canada.

Photo : Cuba Debate

Jeudi, le peso argentin a enregistré sa plus forte dépréciation en une seule journée depuis que, fin 2015, Mauricio Macri (centre droit) a pris ses fonctions de président, cédant 13,53 %. Cette devise a ainsi reculé de plus de 53 % depuis le début de l’année par rapport au billet vert et s’échange désormais à 36,50 pour un dollar.

Pour endiguer la dépréciation de la monnaie argentine, la Banque centrale de la République argentine (BCRA) a pris une mesure forte jeudi, en augmentant de 15 points son principal taux d’intérêt, de 45 à 60 %.

Confiant malgré tout

Malgré le marasme économique, le gouvernement se montre confiant quant à l’avenir économique du pays. Le chef du gouvernement argentin, Marcos Peña, a ainsi assuré que l’Argentine allait «sortir renforcée du processus de transformation» engagé fin 2015 par le président Macri. «Il n’y a pas d’échec économique, a-t-il affirmé. C’est un changement profond, nous sommes dans la bonne direction.»

Il a attribué les turbulences sur le marché des changes à la «vulnérabilité structurelle» de l’Argentine : «cela fait des décennies que nous avons un problème de déficit budgétaire et rien n’avait été fait pour le résoudre.»

Avec le remboursement des «fonds vautours», l’Argentine a pu faire son retour sur les marchés financiers dont elle était exclue depuis 2001. Ces fonds spéculatifs avaient racheté à très bas prix (20 % de sa valeur) la dette argentine, puis avaient refusé de participer à la renégociation de cette dette.

Finalement, l’Argentine avait accepté, en 2016, de régler les 4,6 milliards de dollars, mais avait contracté dans la foulée plus de 142 milliards de dollars de dette en deux ans.

Durant les 18 premiers mois de sa présidence, les taux d’intérêt élevés des obligations argentines ont ranimé l’économie. Le problème, d’après l’économiste Delfina Rossi citée par Libération, c’est que ces capitaux purement spéculatifs «sans contrôle, sont repartis aussi rapidement qu’ils étaient venus une fois leur rente touchée, encourageant la fuite de capitaux et mettant une très forte pression sur le peso».

Austérité imposée

Depuis son arrivée au pouvoir fin 2015, le gouvernement Macri a réduit de 6 à 3,9 % du PIB le déficit budgétaire. Car l’argent prêté par le FMI est assorti de mesures d’austérité. Le gouvernement s’est ainsi engagé à encore réduire le déficit, avec un objectif de 2,7 % en 2018 et 1,3 % en 2019.

La semaine dernière, une augmentation d’au moins 30 % du prix des transports publics, la hausse des tarifs de gaz et d’électricité et celle du prix de l’essence ont été un nouveau coup dur pour les citoyens qui survivent parfois grâce au troc.

Les restrictions budgétaires se font sentir également dans l’administration publique et dans le secteur privé. Des entreprises ferment, les financements publics diminuent dans tous les domaines et nombre de grands travaux prévus par les autorités sont reportés.

Jeudi, à Wall Street, les actions argentines ont chuté de 10 % en moyenne et le géant américain de la grande distribution Walmart a annoncé la vente d’une dizaine d’hypermarchés en Argentine.

Mercredi, Mauricio Macri avait essuyé un camouflet à Buenos Aires. Il était intervenu publiquement pour annoncer que l’Argentine demandait au FMI d’accélérer le versement de la deuxième tranche du prêt. Mais les marchés ont réagi négativement.

«Le dollar est la monnaie de réserve par excellence, utilisée par les Argentins pour préserver à long terme la valeur de leur épargne. La demande croît en période d’incertitudes et elle diminue par temps calme. C’est dû à la mauvaise expérience de ceux qui ont vu fondre leur épargne en pesos», notamment au cours de la crise économique de 2001, explique en outre Victor Beker, le directeur du Centre d’études de la nouvelle économie (CENE).

La Confederación General del Trabajo de la República Argentina (CGT), la principale centrale syndicale du pays, a appelé à une grève nationale de 24 heures le 25 septembre.

D’après Radio Canada

«Je suis prêt à voir Trump à l’ONU» : entretien exclusif avec Daniel Ortega signé France 24

Daniel Ortega, président du Nicaragua, a accordé un entretien exclusif à France 24, alors que son pays traverse une crise profonde depuis cinq mois. Le chef de l’État nicaraguayen nie avoir orchestré une répression meurtrière des manifestations et refuse les appels à des élections anticipées. Il dénonce à nouveau le rôle des États-Unis, mais se dit toutefois prêt à rencontrer prochainement le président américain, Donald Trump.

Photo : France 24

Dans un entretien exclusif accordé à France 24 à Managua, le président du Nicaragua, Daniel Ortega, nie avoir orchestré une répression meurtrière du mouvement de protestation qui secoue son pays depuis le 18 avril. En cinq mois, plus de 320 personnes ont été tuées dans les violences, selon les organisations de défense des droits de l’Homme. Le gouvernement nicaraguayen fait, lui, état de 198 morts.

Interrogé par Marc Perelman sur le récent rapport, accablant, du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme de l’ONU sur les violations des droits humains survenues au cours des manifestations entre le 18 avril et le 18 août, le président Ortega déplore «une infamie». Le rapport de l’ONU fait notamment état d’«exécutions extrajudiciaires», de «disparitions forcées» ou encore de «torture et mauvais traitements». Le président Ortega dénonce un «rapport politique» et affirme que l’organisme onusien est aux ordres de Washington. Il nie farouchement que la police ou des paramilitaires pro-gouvernementaux aient commis des crimes, ajoutant qu’aucun policier ne fait l’objet d’une enquête.

Le président du Nicaragua accuse par ailleurs les États-Unis d’avoir fomenté un «coup d’État» contre lui. Il affirme que la CIA a entraîné et financé des «groupes militaires» pour tenter de le renverser et ajoute qu’il n’exclut pas une intervention militaire américaine pour y parvenir. «Venant des États-Unis, on peut s’attendre à tout !», affirme-t-il.

«Respect des institutions»

Alors que des milliers de personnes ont à nouveau manifesté dimanche 9 septembre à Managua, la capitale, pour exiger la libération des «prisonniers politiques» et le départ du président Ortega, au pouvoir depuis 2007, le chef de l’État assure que la situation est normalisée. Il précise être en discussion avec l’ONU et des pays européens, comme l’Allemagne et l’Espagne, pour relancer un dialogue, qui est au point mort. L’ancien guérillero attaque au passage l’Église catholique nicaraguayenne, qui s’était posée en médiatrice, d’avoir pris le parti de l’opposition, l’accusant vivement d’être, elle aussi, aux ordres de Washington.

Le président Ortega, qui a déjà dirigé le Nicaragua entre 1979 et 1990, refuse les appels à organiser des élections anticipées avant la fin de son mandat en 2021 – principale demande des opposants – et n’exclut pas de briguer un nouveau mandat. «Des élections anticipées seraient graves pour le Nicaragua», affirme le chef de l’État, qui appelle à «défendre le respect des institutions».

Enfin, l’ancien guérillero annonce que pour la première fois depuis des années, il a l’intention de se rendre à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, qui s’ouvre le 25 septembre, et se déclare prêt à y rencontrer le président américain Donald Trump. «Je pense que le principe de l’échange, du dialogue, entre une puissance comme les États-Unis et le Nicaragua, et plus généralement, toute l’Amérique latine, est nécessaire et incontournable», affirme Daniel Ortega. L’Assemblée générale de l’ONU «pourrait être une occasion», conclut-il.

D’après France 24
Par Marc PERELMAN

La franco-chilienne Anita Tijoux et son rap conscient qui fait du bien à l’Amérique latine

Dans la salle du théâtre municipal de Valparaíso, le 17 août dernier, le public était jeune, et féminin. Les places vendues étaient assises, la fosse comptait de nombreuses rangées de fauteuils rouges du plus bel effet. Mais un concert de hip-hop s’écoute rarement assis. Dans la fosse ou aux galeries de ce théâtre art déco des années 1930, les gens se pressaient contre la scène. Ici, un seul agent de sécurité interdit l’accès à l’escalier qui mène à la scène.

Photo : Radiozero

Six musiciens pour accompagner celle qui est sans doute la rappeuse la plus connue et la plus appréciée du Chili. Anita Tijoux, née à Lille de parents exilés à la suite du coup d’État de 1973, est aujourd’hui la figure de proue du hip-hop chilien et latino-américain, ayant conquis les scènes du monde entier.

Après avoir chanté avec le groupe Makiza (quatre albums au compteur), elle se lance en solo en 2007 et a depuis sorti quatre albums de hip-hop, et s’est récemment lancée dans un nouveau projet, le chant de boléro au sein de Roja y Negro.

Son hip-hop enragé frappe et fait danser. Les cuivres sont tour à tour jazzy, rythmique comme en funk ou mélodique, le guitariste passe avec aisance (et en changeant de guitare) du solo de rock au boléro. Car il ne s’agit pas que de hip-hop : Anita Tijoux, dans sa combinaison old school, rend aussi hommage au poète Victor Jara et chante quelques boléros.

Dans ces moments-là, on oublie presque le rap. Sa voix est claire, chaude, juste, avec des envolées soul qui donne la chair de poule. Lorsqu’elle rappe et donne la priorité au rythme, Anita Tijoux ne grime pas sa voix, ne la force pas. Elle rappe, mais avec naturel, sans auto-tune.

Une vraie star, adulée par son public qui reprend en chœur ses textes. Et quels textes ! Antipatriarca, Partir de Cero, Shock, Somos Sur… Côte à côte, les générations se côtoient et chantent ensemble, en particulier les femmes qui se retrouvent dans les textes anti-patriarcal. Aucun doute, Anita les réunit.

Et quand elle prend enfin le foulard vert du mouvement pro-avortement que lui tendait une petite fille sur les épaules de sa mère, une clameur s’élève. Quelques mots pour se redonner courage dans ce combat difficile, puis, le foulard autour du cou, Anita continue. Un peu plus tard, une étudiante monte sur scène, donne un flyer à la chanteuse avant d´être reconduite dans la fosse par la sécurité. Anita Tijoux l’appelle «cariño» et lit le tract au public : une réunion aura lieu dans la dernière université occupée par les mouvements féministes. Avec Anita Tijoux, la politique n’est pas que dans les textes.

Rai BENNO
Depuis Valparaíso

Le cinéaste mexicain Alfonso Cuarón au Festival Lumière à Lyon du 13 au 21 octobre 2018

Alors qu’il présente cet automne son nouveau film, le très attendu Roma, long métrage aux inspirations autobiographiques dans le Mexico du début des années 1970, Alfonso Cuarón, l’un des «co-fondateurs» du festival Lumière puisqu’il s’y rendit dès la première année, revient à l’occasion de sa dixième édition. Après l’hommage à Guillermo del Toro l’an dernier, c’est une nouvelle occasion de saluer l’extraordinaire génération du cinéma mexicain.

Photo : Festival Lumière

C’est en 2001 qu’Alfonso Cuarón s’est fait remarquer sur la scène internationale avec Y tu mamá también, avec Gael García Bernal et Diego Luna. Attaché au royaume de l’enfance et remarqué pour son adaptation du classique de la littérature britannique La Petite princesse en 1995, le cinéaste mexicain a aussi réalisé De grandes espérances (1998), ainsi qu’Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban (2004), film qui lui apporte la consécration internationale.

Toujours imprévisible, il s’est tourné vers des projets audacieux qui furent de grandes réussites, d’abord avec Les Fils de l’homme (2006) puis avec Gravity (2013). Ces deux films de science-fiction signent un tournant significatif dans sa carrière. C’est avec Gravity qu’il a obtenu l’Oscar du meilleur réalisateur ainsi que six autres récompenses.

Si son exploration de genres aux antipodes les uns des autres force l’admiration, c’est la capacité de Cuarón à décortiquer le rapport de l’Homme à un monde en crise, ainsi que sa façon d’exister coûte que coûte comme auteur, et comme mexicain, à l’intérieur du système de production désormais mondialisé, qui font de lui l’un des cinéastes les plus passionnants du moment. Avec un retour sur son travail, une master class et l’avant-première de son nouveau film, Roma, c’est une belle visite que propose le festival Lumière. Et une grande fierté de l’accueillir.

Tourné en 65mm et sublimé par un noir & blanc cristallin, Roma puise dans les souvenirs familiaux de Cuarón pour dépeindre la société mexicaine des années 1970 au cœur d’une capitale bouillonnante et à travers un formidable portrait de femmes. «Il s’agit du premier film dans lequel je peux complètement intégrer tout ce que je souhaite transmettre au cinéma. On y trouve plusieurs formes et couleurs d’émotions que je travaille depuis mes débuts comme réalisateur», confiait-il récemment au magazine IndieWire.

Le film a été sélectionné aux festivals de Venise, de Telluride, de Toronto et de New York. La présentation au festival Lumière constituera l’avant-première française. Également présent l’an dernier, Alfonso Cuarón avait présenté un film expérimental de 1964, La fórmula secreta de Rubén Gámez. «Et c’est à Lyon que je voulais présenter mon film au public français» nous a-t-il déclaré.

D’après le Festival Lumière

Tango et folklore d’Argentine au cœur du nouvel album d’Amando Risueño, Campo abierto

Deuxième album d’Amando Risueño, Campo abierto, qui sort le 7 septembre, réunit un répertoire de musiques d’Argentine, interprétées à la guitare et au chant. La zamba côtoie ainsi le tango, la valse et la milonga dans une douce harmonie, sortant des sentiers battus de la musique orchestrale traditionnelle. Amando Risueño sera en concert en France le samedi 20 octobre à 20 h 30 à l’Âne Vert Théâtre à Fontainebleau (77) et le dimanche 21 octobre, 17 h, à La Grange aux Dîmes à Carrières-sur-Seine (78).

Photo : Amando Risueño/Nuevo Mundo

Campo abierto est le titre éponyme d’une composition du guitariste, chanteur et poète argentin Atahualpa Yupanqui, dont le disque est profondément inspiré. Il évoque les grands espaces avec pour traduction «la grande plaine». En filigrane, il nous parle de la relation intime que l’homme noue avec son paysage. Campo abierto est une invitation à explorer notre propre rapport à la terre, à contempler nos paysages intérieurs et à porter notre regard au-delà des lignes d’horizon dans un hommage à l’insaisissable.

Guitariste chanteur interprète argentin, Amando Risueño se dédie aux musiques d’Amérique du Sud et tout particulièrement au tango et à la chanson du Río de la Plata (Argentine et Uruguay), région où il a vécu jusqu’en 2011. Il réside désormais en France. 

Amando étudie la guitare classique au Conservatoire national de musique Carlos López Buchardo de Buenos Aires dès l’âge de 11 ans. Il se consacre ensuite à la guitare jazz, puis se tourne vers le tango en suivant, notamment, les enseignements d’Anibal Arias à l’Academia nacional del tango de Buenos Aires. Mais son approche de ce genre musical se veut avant tout le fruit de rencontres et d’investigations personnelles. 

Si le cœur de son répertoire se concentre sur la tradition du tango canción, sa recherche artistique comprend également l’étude et l’interprétation d’autres musiques d’Amérique du Sud, comme la zamba, la chacarera, le carnavalito ou encore le candombe. 

Au fil des années, Amando donne des concerts dans des lieux aussi prestigieux que l’Academia nacional del tango à Buenos Aires, en parallèle de son travail de professeur de musique. Il participe à des collectifs, tels que «Barrio Once» et «Duo Vacs Ochoa» de 2005 à 2009 et joue sur scène avec le bandonéoniste argentin Marcelo Mercadante et le pianiste cubain Roberto Fonseca en 2012.

Des expériences qui le font naviguer entre les deux rives du Río de la Plata et s’envoler vers la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Espagne, la Grande-Bretagne et la France pour donner des concerts, participer à des festivals et mener des ateliers d’initiation et de perfectionnement à la musique tango.

Amando Risueño propose un univers intimiste et feutré. Ses concerts se déroulent avec simplicité tirant un fil rouge narratif plein de poésie et d’images, faisant émerger les paysages d’Argentine et d’Uruguay. Des étendues de la Pampa, aux montagnes des Andes, en passant par les rues de Buenos Aires, son répertoire est composé de musiques traditionnelles du Nord du pays, du Rio de la Plata, et parfois d’un peu plus loin.

D’après Nuevo Mundo

Cuba sur de bons rails pour une économie plus ouverte dans le secteur ferroviaire

Pour la première fois depuis soixante ans, Cuba ouvre son réseau de chemins de fer aux capitaux privés et étrangers. L’objectif ? Moderniser les infrastructures ferroviaires et renforcer ce secteur stratégique pour le développement du pays. L’État poursuit petit à petit sa transition vers l’ouverture du marché.

Photo : Héctor González/Cuba Debate

Cuba s’apprête à ouvrir son réseau de chemins de fer au secteur privé à partir du mois prochain, quand entreront en vigueur les nouvelles réglementations publiques. Fin août, le gouvernement cubain a en effet rendu public un décret visant à réformer le transport ferroviaire, principal moyen de transport terrestre sur l’île. Ce texte «propose que le chemin de fer puisse être exploité totalement ou en partie par un ou plusieurs opérateurs ferroviaires […] et il peut s’agir d’une personne ou d’une entité juridique, nationale ou étrangère», a expliqué le conseiller juridique du ministère des Transports, Edmundo Ronquillo, au journal officiel Granma.

L’objectif du gouvernement est de rénover des infrastructures vieillissantes afin d’augmenter les capacités de transport de voyageurs et surtout de marchandises. Ce nouvel axe stratégique fait partie d’une série de réformes déterminantes pour le développement économique et social du pays. Le secteur ferroviaire est en effet aujourd’hui à la peine. Alors qu’il avait fait la gloire de l’île au XIXe siècle lorsque les premières lignes ont été installées en 1837, neuf ans avant l’Espagne, le réseau de chemin de fer a décliné dans les années 1990 à la suite de l’effondrement de l’URSS qui soutenait financièrement l’État communiste. L’état des voies s’est ensuite progressivement dégradé avec l’obsolescence des équipements.

Aujourd’hui, le réseau compte 4500 kilomètres de voies, gérées par la Compagnie nationale des chemins de fer de Cuba (FCC), et près de 7000 autres kilomètres appartenant à des complexes agricoles et industriels de l’État pour le transport du sucre. Une partie de ce réseau n’est d’ailleurs plus utilisée, à la suite de la fermeture d’un grand nombre d’usines ces dix dernières années.

Ce nouveau décret a déjà été précédé par plusieurs projets de modernisation du réseau ferroviaire, prévus jusqu’en 2030 et qui doivent permettre de relancer ce secteur où travaillent 21 000 personnes. L’État a ainsi d’ores et déjà signé plusieurs contrats avec la Russie pour acheter des locomotives. En juillet, un accord de 40 millions d’euros a été signé avec la SNCF pour moderniser les ateliers de maintenance et remettre en état des locomotives et des wagons.

L’ouverture progressive du système ferroviaire au secteur privé témoigne en tout cas d’un changement d’époque. Depuis avril, le nouveau président Miguel Díaz-Canel est à la tête de l’État cubain, dirigé pendant plus de cinquante ans par la famille Castro, d’abord par Fidel (1959–2008) puis par son frère Raúl (2008–2018). Même si le Parti communiste de Cuba (PCC) reste l’unique parti politique, il s’agit d’un changement important puisque l’actuel président de 57 ans est né après la révolution cubaine de 1959 et ne fait donc pas partie des révolutionnaires «historiques».

«L’actualisation du modèle socialiste cubain» voulue par Raúl Castro pendant les dix ans de sa présidence a déjà introduit de nombreux changements, comme le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis en 2015, la création d’habilitations à la propriété privée et des autorisations par licences pour travailler à son compte. Le dernier décret sur les infrastructures ferroviaires prolonge ainsi les réformes économiques déjà menées. Un nouveau projet de Constitution devrait par ailleurs être voté par référendum le 24 février 2019 pour reconnaître le rôle du marché et de l’activité privée dans l’économie. Cuba avance donc à petit pas vers l’économie de marché, à défaut d’y aller bon train.

Gabriel VALLEJO

Macarena Valdés et Santiago Maldonado, morts pour avoir défendu les peuples indigènes

Être militant n’est pas sans risques en Argentine et au Chili. Macarena Valdés et Santiago Maldonado incarnent l’oppression subie par ceux qui défendent les communautés indigènes et l’environnement. Les voix s’élèvent de l’autre côté de l’Atlantique mais les crimes se perpétuent, ces deux portraits ne sont que deux exemples parmi tant d’autres. 

Photo : Resumen Latinoamericano

La région de Los Ríos (Région des Fleuves), terre de forêts, et de fleuves bien sûr, à 750 kilomètres au sud de Santiago, est l’une des régions où la population mapuche est très présente. Les Mapuches sont des indigènes du sud du Chili, et ils luttent aujourd’hui pour la sauvegarde de leur culture et de leur langue. Très souvent, cette défense de leur spécificité culturelle s’accompagne d’une lutte pour la sauvegarde de l’environnement. Toutefois, s’opposer aux grandes entreprises qui exploitent les ressources naturelles du Chili n’est pas sans risque.

Macarena Valdés le savait, mais ne l’acceptait pas. Cette jeune femme de 32 ans, qui faisait partie de la communauté mapuche installée à Panguipulli, a été retrouvée pendue le 22 août 2016 à son domicile. La police a conclu à un suicide. Mais pour les défenseurs de la communauté mapuche et pour les militants écologistes chiliens, cela ne fait aucun doute : Macarena Valdés a été assassinée à cause de son opposition à une centrale hydroélectrique.

L’entreprise RP Global, au travers du holding RP Global Chile Energías Renovables formé avec le groupe de distribution électrique Saesa, a en effet entrepris en 2015 la construction d’une centrale hydroélectrique sur la commune de Panguipulli, proche du hameau Tranguil où vivait Macarena Valdés, ainsi que son mari et leurs quatre enfants.

RP Global est une transnationale de l’énergie présente en France (où elle exploite quatre sites éoliens), au Portugal, en Allemagne, au Chili, au Pérou, et dans de nombreux autres pays dans le monde entier. Elle est active à la fois dans l’hydroélectrique, le solaire et l’éolien. Lors de la construction de cette centrale sur le Río Tranguil, l’entreprise est décidée à installer des câbles électriques à travers le terrain sur lequel vivait la famille Valdés.

À partir de ce moment-là, les choses se compliquent. La famille Valdés, et en particulier Macarena, s’oppose au projet et refuse que l’entreprise pénètre sur le terrain pour installer les câbles à haute tension. Le 1er août 2016, Macarena est à la tête d’une manifestation qui bloque l’accès au terrain jusqu’à ce que la gouverneure de Valdivia ordonne à l’entreprise de se retirer. La gouverneure accepte le même jour d’organiser une réunion avec les opposants au projet.

Cette réunion a lieu le 19 août et aborde des questions d’ordre général. La gouverneure annonce le report de sa décision, le temps de vérifier certains éléments. Le 21 août, un véhicule de l’entreprise arrive sur le terrain et deux hommes parlent à sa propriétaire, Mme Palnemilla. Ils lui demandent d’expulser la famille, ce qu’elle refuse. Les deux hommes lui auraient alors dit que «quelque chose de mauvais pourrait arriver à l’un d’entre [eux] s’[ils décidaient.] de rester». Le lendemain, Macarena Valdés est retrouvée pendue à son domicile.

Pour les communautés mapuches, il ne fait aucun doute que Macarena a été assassinée. Après que la police a conclu à un suicide, la communauté a entrepris ses propres recherches. Selon des expertises privées, des incohérences graves mettent en doute la version officielle : l’autopsie révèle que les cervicales de Macarena Valdès n’étaient pas cassées comme cela aurait été le cas si elle s’était suicidée. Par ailleurs, la propriétaire du terrain n’a pas pu relater à la police d’investigation les menaces qui ont été proférées le 21 août, les forces de l’ordre ayant refusé d’enregistrer sa plainte.

Au-delà du décès de Macarena Valdés, la communauté mapuche, dont le message est porté par Marcelino Collio, continue de dénoncer les agissements de l’entreprise. Le 23 août 2016, le lendemain de la mort de Macarena, l’entreprise pénètre une nouvelle fois sur le terrain, accompagnée des forces spéciales et de véhicules blindés. La communauté résiste une nouvelle fois et des violences éclatent entre la police et les manifestants, jusqu’à ce que les autorités locales ordonnent le retrait de l’entreprise et des forces de l’ordre. Malgré tout, l’entreprise revient à la charge le 13 octobre de la même année, toujours accompagnée de la police et de véhicules blindés. Cette fois, ils réussissent à installer les câbles électriques.

La communauté et l’Observatoire latino-américain des conflits environnementaux continuent de dénoncer ce projet, qui viole la Convention 169 relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail pourtant signée par le Chili. Cette convention rend obligatoire la consultation des populations locales en cas de tels projets. De plus, il semble que ce projet viole les restrictions édictées par le Service national de tourisme qui protège cette zone. Par ailleurs, la centrale affecte huit kilomètres du fleuve contre les deux initialement prévus et autorisés, et n’a pas fait l’objet d’une étude d’impact sur l’environnement, en plus d’avoir dévié le cours du fleuve de 200 mètres environ. Enfin, RP Global a installé illégalement la salle des machines sur un terrain appartenant à une famille de la communauté.

Par-delà les sommets enneigés des Andes, les communautés mapuches argentines sont elles aussi en lutte. Le plus grand propriétaire terrien d’Argentine est le groupe italien Benetton, que l’on ne présente plus. Dans la province Chubut, la communauté Pu Lof occupe donc un terrain revendiqué par le groupe Benetton depuis 2015. En 2017, lors d’une intervention de la gendarmerie argentine, le militant Santiago Maldonado disparaît. Son corps est retrouvé noyé 78 jours plus tard, comme vous le racontait Espaces Latinos le 27 octobre dernier.

En novembre, c’est au tour de la communauté Lof Lafken Winkul Mapu, qui occupe une terre dans la province du Río Negro, d´être victime de la répression. La police fédérale intervient sur l’ordre d’un juge pour déloger les occupants d’une parcelle, puis recherche les Mapuches qui se sont réfugiés dans la montagne. Le groupe Albatros explique avoir alors essuyé des tirs de gros calibre. Ils ont riposté. Quelques minutes plus tard, Rafael Nahuel redescend la colline, soutenu par deux camarades. Il meurt en quelques minutes, les intestins et le foie perforés par une balle venant de derrière lui.

À ce jour, la centrale de Tranguil continue de fonctionner. Les gouvernements chilien et argentin continuent d’enfreindre la Convention 169 de l’OIT qu’ils ont ratifiée. Les conflits environnementaux se multiplient au Chili, en Argentine, mais également dans d’autres pays du continent. Et des militants écologistes sont assassinés, de Mexico à la Terre de feu. En 2016, selon Global Witness, ils furent 200 à être assassinés en défendant l’environnement dans le monde, dont 120 en Amérique latine. Macarena Valdés n’apparaît pas dans cette liste. Le rapport de l’ONG concernant l’année 2017 n’a pas encore été publié. Combien de militants latino-américains figureront sur cette liste ?

Rai BENNO
Depuis Santiago du Chili

Page 3 sur 4« First...234

Articles par mois

Articles par catégorie