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23 août 2018

Suivant l’exemple argentin, les femmes chiliennes réclament le droit à un avortement libre

Le mercredi 25 juillet avait lieu la sixième marche pour le droit à l’avortement libre, gratuit et sûr au Chili. Plusieurs collectifs revendiquent ce droit après avoir obtenu, l’an dernier, le droit à l’avortement dans trois cas de figure : en cas de viol, de fœtus non-viable ou de danger pour la mère.

Photo : La Tercera

De Copiapo, une petite ville du nord, à Santiago, la capitale, et dans une vingtaine d’autres villes ont donc eu lieu des rassemblements et des manifestations de militantes et militants abordant le foulard vert, symbole de la revendication. La marche a rassemblé 50 000 personnes à Santiago selon les organisatrices, (8 000 selon les forces de l’ordre), 7 000 à Valparaiso, ville où se situe le Parlement.

Sur le modèle de leurs «hermanas» argentines, les militantes comptent bien se faire entendre, un an après la décision du Tribunal constitutionnel. Elles considèrent que la dynamique joue en leur faveur : les Argentines ont remporté une victoire politique importante le 14 juin lorsque les députés ont voté en faveur de la dépénalisation totale de l’IVG et les dernières élections au Chili ont fait rentrer une nouvelle formation de gauche au Parlement.

On estime qu’au Chili, 120 000 à 150 000 interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées chaque année. Mais en un an, seules 309 femmes ont pu bénéficier d’une prise en charge au sein d’un établissement de santé.

La raison ? Tout d’abord les strictes conditions dans lesquelles une IVG peut avoir lieu et qui excluent de nombreuses femmes. Ensuite, la possibilité pour les établissements de santé de recourir à «l’objection de conscience institutionnelle». À la différence d’une objection de conscience personnelle, la direction et les propriétaires d’établissements privés peuvent interdire à tout le personnel soignant de pratiquer l’IVG. Cela pose un vrai problème d’accès, en particulier pour les régions isolées où il est courant qu’il n’y ait qu’un seul établissement accessible. En effet, le secteur privé est extrêmement présent dans le milieu médical et une partie des cliniques sont aux mains de groupes religieux qui refusent de pratiquer l’IVG, quel qu’en soit le motif.

Pour Francesca, du collectif «Pan y Rosas», l’objectif de la Marche du 25 août est avant tout d’inciter la sphère politique à s’emparer de la question. D’après elle, l’Argentine a « montré l’exemple et ouvert le débat pour toute l’Amérique latine » et elle espère que le Frente Amplio, parti de gauche que l’on peut comparer à Podemos en Espagne, va tenir sa promesse de campagne en menant ce thème devant le Congrès. Le Frente Amplio, qui compte 20 députés sur 155, était présent lors de la Marche pour l’avortement, aux côtés de nombreux collectifs tels que Izquierda Libertaria ou le Parti communiste.

Toutefois, les marches du 25 juillet ont connu quelques accrocs. À Santiago, trois femmes ont été poignardées en marge de la manifestation mais leurs jours ne sont pas en danger. Par ailleurs, une contre-manifestation organisée par le groupuscule néo-nazi «Mouvement social patriote» a dressé des barricades pour empêcher la manifestation de se tenir. Ce groupuscule a également déployé une banderole appelant à la «stérilisation» des manifestantes et déversé du sang et des viscères animaux dans une rue que devait emprunter la manifestation. Preuve que la question de l’avortement divise encore profondément la société et que la lutte féministe ne fait que commencer.

Enfin, ce mardi 21 août, des députés féministes du Frente Amplio ont déposé un projet de loi autorisant l’avortement libre. Le même jour, la droite a déposé un amendement constitutionnel qui vise à inscrire le «droit à la vie dès la conception». Les foulards verts et les foulards bleus étaient tous deux présents aux conférences de presse dans un hall du parlement et se sont défiés de la voix. Heureusement, cela n’a pas déraper en violence physique.

Matthieu LIMOUZIN

Ces revendications en faveur d’un avortement légal, sûr et gratuit commencent à se répandre dans toute l’Amérique latine, avec notamment des points de fortes tensions en Argentine et au Brésil. Nous reviendrons sur ce sujet dans les prochaines newsletters.

Panorama de la vie politique brésilienne en vue des prochaines élections présidentielles

Le 7 octobre prochain, les électeurs brésiliens devront voter pour choisir leur président de la République. Un deuxième tour éventuel sera organisé le 28 octobre. Les candidats ont déposé leurs dossiers le 15 septembre. Trois jours plus tard, le Tribunal supérieur électoral (TSE) a rendu publique la liste des candidatures enregistrées. Il faudra attendre le 17 septembre pour savoir si elles sont toutes recevables.

Photo : Portal O Estado

Actuellement, sont sur la piste de départ, par ordre alphabétique : Geraldo Alckmin, du parti PSDB, proche des milieux d’affaires de São Paulo ; Jair Bolsonaro, PSL, représentant de la droite sécuritaire et évangéliste ; Guillermo Boulos, PSOL, parti de gauche ; Cabo Daciolo, parti Patriote, extrême droite ; Álvaro Dias, Podemos, formation de droite ; Ciro Gomes, PDT, centre gauche ; Luiz Inácio Lula da Silva, candidat du PT ; Henrique Meirelles, MDB, droite ; Marina Silva, parti Rede, écologiste libérale ; Vera Lúcia, PSTU, gauche.

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes électoral. En apparence, RAS, rien à signaler. Les dates du vote sont connues. Les candidats en piste représentent une gamme diversifiée de familles politiques. Les télévisions et radios ont commencé à organiser des débats entre candidats. La presse écrite et les médias ont ouvert leurs colonnes et leurs espaces parlés et imagés à ce grand rendez-vous.

Mais cette démocratie bien ordonnée ne serait-elle pas comme l’eau qui dort, en trompe l’œil. La présidente sortante, Dilma Rousseff, a été démise par une majorité parlementaire pour crime contre la Constitution. Pourtant, contrairement à ce que dit le texte fondamental, elle n’a pas été privée de ses droits civiques. Peut-être faut-il voir là un hommage du vice à la vertu. Dilma Rousseff n’a en effet commis aucun crime. Un président de fait a pris sa place, non élu, Michel Temer. Couleur de la présidente écartée, PT, parti des travailleurs. Couleur du chef de l’État issu d’un coup parlementaire, PMDB.

L’ex-président Lula a déposé sa candidature. Il caracole en tête des sondages. Mais Lula, condamné à douze ans de prison, est interdit de débat à la télévision. Fernando Haddad, son candidat à la vice-présidence, est lui aussi écarté des débats pour une lapalissade politico-électorale. Il est candidat à la vice-présidence et ne serait donc pas à sa place aux côtés des têtes de liste. Suppléant sur le ticket, Haddad ne peut l’être sur les plateaux de télévision. Couleur politique de Lula et de Haddad, PT, parti des travailleurs.

Les médias brésiliens, ceux qui comptent, se sont indignés. Comment un condamné pour corruption, comprenez Lula, peut-il oser présenter sa candidature. Comment le PT peut-il sans honte soutenir un tel homme et organiser une manifestation militante devant le TSE ? Les médias ont donc choisi de faire l’impasse sur l’évènement. Et avec la complicité active des candidats de droite et d’extrême droite de parler le moins possible de Lula.

Lula, en dépit de tout, tient la corde populaire. Victime d’une cabale judiciaire, il a été condamné sans preuves. Il aurait reçu en cadeau d’une entreprise de BTP, appelée OAS, un appartement, un triplex. Cet appartement n’a jamais été à lui. Il n’y a jamais habité. Alors ? Alors il y a la conviction du juge. Une présomption de culpabilité qui a surpris un grand nombre de juristes et de responsables politiques, européens, américains, du Nord comme du Sud, ayant côtoyé Lula.

Lula, il est vrai, Dilma et le PT, étaient devenus insupportables aux élites brésiliennes. Le rattrapage social réussi auquel ils avaient procédé devenait inadmissible financièrement et culturellement. Il fallait siffler la fin de la récréation. Mais faute de pouvoir procéder à un coup militaire à l’ancienne, il convenait de maquiller emprisonnements et destitution.

La corruption sélective a été habillée par les médias et validée par des magistrats complaisants. Les jeux sont faits. Au nom de la vertu républicaine, la mise a été ramassée par les élites traditionnelles. L’État a bloqué son budget au niveau actuel pour les vingt prochaines années. Il a privatisé les fleurons de l’économie, l’avionneur Embraer et bientôt Electrobras, les aéroports. Les champs pétroliers en mer qui devaient alimenter le financement de l’éducation et de la santé ont été ouverts aux transnationales du secteur.

La faim a fait sa réapparition. L’Unicef a signalé que six millions de familles vivaient en dessous du seuil de pauvreté. 61% des enfants et adolescents, toujours selon l’Unicef, vivent dans la pauvreté. La mortalité maternelle a fait un bond en arrière depuis 2016. Le chômage est reparti à la hausse. Trois millions de Brésiliens sont en recherche d’emplois depuis deux ans. Et tout cela, toute cette cure d’austérité, pourquoi ? La Banque centrale brésilienne a publié les chiffres de la croissance des premiers mois de 2018 : = 0,99%.

Pour qui, en tous les cas, on commence à le deviner. Les magistrats brésiliens, chevaliers blancs de la lutte anti-corruption, en ces temps de vaches maigres pour la majorité de leurs compatriotes, – voir l’UNICEF –, n’empochent d’étonnantes prébendes. Selon le quotidien Folha de S. Paulo, ils auraient bénéficié globalement d’une hausse de revenus de 7,2% au premier semestre 2018. Les juges du Tribunal supérieur ont publiquement fait savoir qu’ils attendaient pour 2019 une réévaluation de leurs émoluments de 16,38%. Le salaire mensuel actuel d’un juge du Tribunal supérieur est de 33 700 Reais, soit environ 8 000 euros. Le Brésil et ses juges auraient-ils donc bénéficié d’un changement climatique porteur de ces épices tant prisés de leurs lointains prédécesseurs d’ancien régime ?

Jean-Jacques KOULIANDSKY
Depuis Curitiba

Michelle Bachelet nommée Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme de l’ONU

Après l’approbation de l’Assemblée générale à l’unanimité de ses 139 États membres, le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, a nommé Mme Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

Photo : Radio-Canada

Ayant achevé, en mars dernier, son second mandat de présidente du Chili (2014-2018), Michelle Bachelet prend la direction de l’un des organismes les plus prestigieux de l’ONU. Elle succède à M. Zeid Ra’ad Al-Hussein, prince de la Jordanie, contesté pour ses prises de position un peu tranchées sur certaines affaires internationales.

Personnalité dont le leadership est incontesté au Chili et internationalement, Michelle Bachelet a été la première femme à être élue à la tête de l’État chilien entre 2006 et 2010, après avoir été ministre de la Défense (2002). Après son premier mandat, elle était aussi devenue la première Directrice exécutive de l’ONU Femmes. À 66 ans, Michelle Bachelet n’est donc pas une novice des instances onusiennes. Elle a été la première directrice d’ONU Femmes, l’agence des Nations unies promouvant l’égalité entre femmes et hommes, à sa création, en 2010.

«Elle prend ce poste à une période ayant de graves conséquences sur les droits humains», a déclaré António Guterres, secrétaire général de l’ONU, quelques instants après l’officialisation de sa nomination, qui se réjouit de la nomination de Michelle Bachelet, «pionnière, une visionnaire, une femme de principes et une extraordinaire leader des droits de l’homme pour ces temps difficiles».

Reconnue défenseure des droits de l’homme, Mme Bachelet est un médecin-pédiatre qui est entrée au gouvernement du président Ricardo Lagos comme Conseillère au ministère de la Santé, puis est devenue la première femme chilienne à diriger ledit ministère en 2000 et, plus tard, en 2002, celui de la Défense.

Dans les années 1970, elle fut militante socialiste et des droits de l’homme, ce qui lui a valu à elle et à ses parents le statut de prisonniers politiques. Elle a été détenue et torturée avec sa mère par la police politique du dictateur en 1975. Son père, Alberto, général de l’armée de l’air opposé au général Pinochet, fut arrêté à la suite du coup d’État militaire en 1973, et mourut en prison. Après leur libération, Mme Bachelet et sa mère ont passé plusieurs années en exil en Allemagne. Elle est revenue au Chili en 1979, a achevé ses études de médecine commencée en exil et a participé, au sein d’une institution, aux progrès dans la santé infantile et publique. Titulaire d’un diplôme de médecine, elle a également étudié la stratégie militaire à l’Académie chilienne de la Stratégie et des Politiques et à l’Inter-American Defense College des États-Unis.

«Profondément honorée par cette nomination», Michelle Bachelet a remercié par un tweet la confiance du Secrétaire général de l’ONU António Guterres, et a annoncé qu’à partir du 1er septembre, elle assumera cette nouvelle étape de sa vie et se prépare déjà à accomplir ce très important nouveau rôle. La Communauté d’États latino-américains et caraïbes, représentée par l’ambassadeur argentin auprès de l’ONU, Martín García Moritán, se félicite de cette nomination.

Lorsqu’elle prendra ses fonctions, Michelle Bachelet aura pour mission d’apaiser les tensions nées des positions contestées de son prédécesseur, Zeid Ra’ad Zeid Al-Hussein, qui a souvent provoqué la controverse, perdant ainsi le soutien de plusieurs pays influents. Il avait, par exemple, qualifié le Premier ministre hongrois Viktor Orbán de «raciste» et le président américain Donald Trump de «dangereux». Cela l’a poussé à ne pas solliciter de second mandat, notamment après les critiques acerbes des États-Unis, de la Russie et de la Chine au cours de ses quatre années à la tête de l’institution.

«Si elle est choisie, Michelle Bachelet aura sous sa responsabilité l’une des charges les plus difficiles au monde, à un moment où les droits de l’homme subissent une attaque généralisée», estimait, avant l’annonce d’António Guterres, le directeur de Human Rights Watch, Kenneth Roth. «En tant que victime elle-même, elle amène à ce rôle une perspective unique sur l’importance d’une défense vigoureuse des droits humains», ajoute-t-il, faisant allusion aux souffrances endurées par l’ancienne présidente chilienne sous la dictature d’Augusto Pinochet.

Cette fonction est considérée comme l’une des plus complexes au sein de l’ONU et ses dirigeants ont été assez souvent la cible de critiques et de pressions. Michelle Bachelet, personnalité charismatique, a des convictions fortes sur la défense des droits de l’homme, elle l’a démontré en étant à la tête de l’ONU Femmes. Elle a une véritable vision politique et saura sûrement concilier le sens de l’autorité, de la justice, avec celui de la modération et de la bienveillance pour traiter les enjeux les plus difficiles.

Olga BARRY

Le nouveau président du Paraguay est le fils de l’ancien bras droit du dictateur Stroessner

Lorsque Mario Abdo Benítez remporta l’élection en avril 2018 et devint président du Paraguay le 15 août 2018 à l’âge de 46 ans, c’est une période nouvelle qui commence pour ce pays enclavé entre l’Argentine, la Bolivie et le Brésil. Mario Abdo Benítez était le candidat du parti conservateur Colorado, qui gouverne presque sans interruption depuis 1947.

Photo : Radio Habana Cuba

Né à Asunción le 10 novembre 1971, Mario Abdo Benítez a fait ses études à l’université Telko Post du Connecticut aux États-Unis, où il obtint un diplôme en marketing. Nommé en 2005 vice-président du Parti colorado, élu sénateur en 2013, puis président du Sénat de 2015 à 2016, il remporte l’élection avec 46,49% des voix contre 42,72% pour son adversaire Efraín Alegre à la tête de la coalition de centre gauche.

«Marito» (petit Mario), tel qu’il aime qu’on l’appelle, a montré sa volonté de lutter contre «le plus grand cancer du pays» comme il l’a dit lui-même au cours de sa proclamation : «Je veux unir les gens dans une lutte frontale contre l’impunité […] Sans impunité, la corruption a ses jours comptés.» Mais si son discours de séduction «anti-corruption» a trouvé un large écho dans l’opinion publique, discours démagogique calqué sur les formules utopiques d’autres dirigeants latino-américains, pour beaucoup de Paraguayens il est surtout «le fils de la dictature».

En effet, Marito a des rapports étroits avec les années Stoessner. Son père, Mario Abdo, était le secrétaire personnel du dictateur qui gouverna le Paraguay en maître absolu et d’une main de fer pendant trente-cinq ans (1954-1989). Rappelons qu’Alfredo Stroessner, qui était également à la tête du Parti colorado (P.C., le même parti du nouveau président), était le chef des forces armées en 1951. Il prit le pouvoir trois années plus tard grâce à un coup d’État et élimina toute opposition. Constamment réélu, il fut renversé en 1989 par un soulèvement militaire. Entre-temps, Mario Abdo, le père du président récemment élu, était devenu secrétaire du dictateur et semble avoir profité largement, comme certains le suggèrent, du «plus grand cancer» que son fils a promis de combattre : il lui a laissé une immense fortune.

Le Paraguay reste encore marqué par le souvenir de la dictature, et certaines annonces du nouveau président suscitent la méfiance. Par exemple, soutenu par l’omniprésente Église catholique, M. Benítez s’est opposé à la légalisation de l’avortement et pour résoudre le problème du nombre élevé de mères célibataires, il a proposé que leurs fils intègrent l’armée : «Nous allons utiliser les casernes pour qu’ils apprennent un métier, chantent l’hymne national et retrouvent la fierté d’être paraguayen», a-t-il déclaré avec des mots qui évoquent de manière frappante la création des tristement célèbres jeunesses hitlériennes.

Ainsi nombreux sont ceux qui se demandent si le passé familial du nouveau président est compatible avec l’exercice de sa fonction démocratique. Craignant que le souvenir de la connivence entre son père et le régime dictatorial ait pu laisser des traces dans l’ADN politique de M. Benítez, certains rappellent les mots de Libanius, Qualis pater, talis filius[1], tandis que d’autres voient déjà ressurgir un jour les velléités autoritaires à travers une réforme constitutionnelle afin de prolonger son mandat, sous une dictature déguisée en démocratie, comme il arrive souvent en Amérique latine.

Le dragon engendre un dragon et le phénix un phénix, dit un vieux dicton chinois, mais dans la cas de «Marito» ces opinions méritent d’être nuancées. Car, de l’époque sombre de la dictature, il s’est justifié tout au long de sa campagne en rappelant qu’il n’avait que 16 ans à la chute du général Stroessner. En réalité, il se considère comme «un démocrate respectueux des institutions», et il insiste avec ses formules toutes faites sorties d’un manuel d’apprenti en soulignant sa volonté de «panser les blessures du passé pour affronter les défis de l’avenir».

Mais au-delà du discours officiel visant à séduire la population, «il a condamné les violations des droits de l’homme, les tortures et les persécutions commises sous la dictature, sans toutefois demander pardon ou tenter de lever le voile d’impunité qui recouvre ces crimes», remarque la journaliste Christine Legrand. Et elle ajoute : «Entre 1000 et 3000 personnes sont mortes ou ont été portées disparues pendant la dictature […]. Mario Abdo Benítez estime toutefois que Stroessner « a beaucoup fait pour son pays ». Il donne en exemple le barrage d’Itaipu, l’une des plus grandes centrales hydroélectriques du monde, partagée avec le Brésil et entrée en service en 1984. Aujourd’hui, 43% de l’électorat, âgé entre 18 et 34 ans, n’a pas connu la dictature.»

C’est la raison pour laquelle une deuxième lecture de son élection révèle qu’une grande partie de la population a tourné la page de la dictature. L’appui du jeune électorat populaire donc, constitue l’élément clé du renversement des mentalités. Or pour ne pas le décevoir, Mario Abdo Benítez a promis de reformer la justice pour combattre la corruption, lutter contre le trafic de drogue, garantir la continuité des politiques libérales qui ont permis au Paraguay une croissance annuelle d’environ 4% depuis dix ans et maintenir la baisse des impôts pour continuer à attirer les investisseurs étrangers. Autant de belles mesures censées donner une impulsion nouvelle à ce pays, l’un des plus démunis de la région, miné par les inégalités sociales et une pauvreté extrême dans laquelle vit un tiers des 7 millions d’habitants.

Eduardo UGOLINI

[1] «Tel père, tel fils», Libanius, rhéteur grec du IVe s. apr. J.-C.).

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