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18 juillet 2018

«Federico à son balcon», le dernier roman écrit par Carlos Fuentes

Carlos Fuentes est mort en 2012. Il venait tout juste de terminer Federico à son balcon, roman dont la traduction vient de sortir en France, avec lequel il prouve que les années n’ont pas eu de prise sur lui : à plus de 80 ans, il est resté un observateur d’une clairvoyance extraordinaire, doublé d’un penseur de premier plan. Son talent de narrateur lui permet en outre de brasser une foule d’idées essentielles en déployant une fantaisie souvent pleine d’humour. Tout part de la mystérieuse rencontre de deux hommes qui prennent le frais sur leur balcon par une chaude nuit. 

Photo : RTVE/Gallimard

Un beau soir caniculaire, le narrateur (Carlos Fuentes lui-même ?) se met à discuter de balcon à balcon avec son voisin, dont il se rend compte qu’il ignore tout, mais qui lui semble pourtant étrangement familier. Son visage (épais sourcils noirs, une moustache qui dissimule sa bouche) lui dit quelque chose. L’inconnu finit par se présenter : Federico Nietzsche. C’est le début d’un dialogue/monologue passionnant d’acuité, l’ultime feu d’artifice intellectuel de Carlos Fuentes. 

Il nous emmène dans un monde sans aucune frontière, où est passée la mondialisation, un monde qui est le nôtre et qui nous est étranger parce que décalé, un peu comme en peinture avec Le Greco qui, quand il peignait des corps allongés, partageait une autre réalité, une autre forme de réalisme. L’état du monde, ou d’une région du monde, et son évolution a toujours été au centre des préoccupations de l’auteur, au centre de tout ce qu’il a écrit depuis La plus limpide région il y a tout juste soixante ans. Sujet inépuisable qu’il a sans cesse renouvelé. 

Qu’il parle des enfants martyrisés dans leur famille (la petite Elisa qui se vengera en se trompant peut-être de cible), des syndicalistes qui trahissent leurs affiliés pour se rapprocher du pouvoir ou de la justice humaine (l’avocat nommé Azar qui ne sait plus s’il est là pour juger, pour accuser ou pour défendre), il fait une analyse, toujours au niveau humain, mais qui prend cette fois des proportions de la taille de la planète. 

Une de ses préoccupations de toujours, qu’il partage avec Nietzsche, est le pouvoir : qui y a droit, le peuple ou une poignée de personnes, comment le prend-on ou quelle est sa nature («Cette pureté est incompatible avec le pouvoir ?», se demande une des voix). Il revient sur ce thème longuement pour bien nuancer, jouer avec ses facettes, donner des exemples. 

Même sans être familier des œuvres de Nietzsche et de sa pensée, on en reconnaît certains aspects au passage : le surhomme (idée qui a été déformée par les proches du nazisme), la mort de Dieu et un monde sans Lui, l’éternel retour. Quant à Fuentes, qui dialogue avec l’ombre du philosophe et commente ses écrits, il devient une espèce de Machiavel ; un Machiavel qui ne serait plus un conseiller, mais l’observateur froid de ce qu’est devenue notre planète. 

Après une partie presque ludique, avec ses personnages symboliques bien dessinés qui se répondent non sans humour, la réflexion se fait plus serrée dans la deuxième moitié. Les grandes idées de Nietzsche et de Fuentes sont discutées, nuancées sans que ces notions essentielles ‒ la liberté, le destin, individuel ou national, la réalité de l’histoire, le libre arbitre parmi d’autres ‒ deviennent obscures ou même pesantes. 

On a parlé à propos de Federico à son balcon de testament littéraire ou idéologique. S’il est difficile d’en être certain (le décès de Carlos Fuentes a été très brutal), cet ouvrage est en tous cas une brillante confrontation avec sa pensée qu’il aura maintenue au plus haut jusqu’à la fin. 

Christian ROINAT 

Federico à son balcon de Carlos Fuentes, traduit de l’espagnol (Mexique) par Vanessa Capieu, éd. Gallimard, 384 p., 23,50 €. Carlos Fuentes en espagnol : les éditions Alfaguara ont publié, à Mexico et à Madrid, la plupart de ses œuvres romanesques. Carlos Fuentes en français : essentiellement aux éditions Gallimard 

Interview de Roland Dubertrand, nouvel ambassadeur de France au Chili

Alors que se finalisaient les derniers préparatifs du 14 juillet, l’édition de Santiago de Lepetitjournal.com, le média des Français, des francophones et des francophiles à l’étranger, a pu échanger avec M. Roland Dubertrand, nouvel ambassadeur de France au Chili, qui leur a confié ses premières impressions sur le pays, ses échanges avec le Président Piñera ou encore les principaux enjeux de sa mission diplomatique.

Photo : Lepetitjournal Santiago

Cela fait un peu plus de 100 jours que vous êtes arrivé à la tête de l’Ambassade de France au Chili. Quel premier bilan tirez-vous de votre mission ?

Je suis arrivé le 8 mars, juste avant la prise de fonction du Président Sebastián Piñera. Ce qui m’a le plus frappé en 4 mois, c’est à la fois le fait que nous avons un dispositif français important et une relation bilatérale très vivante et très dynamique. Je pensais que la distance serait un obstacle. En réalité, ce n’est pas vraiment le cas. L’Ambassade reçoit des délégations politiques, économiques, culturelles, mais aussi des personnalités très diverses qui connaissent déjà le Chili ou qui le découvrent à cette occasion.

Vous avez rencontré le Président Sebastián Piñera. Quels ont été les sujets évoqués ?

J’ai présenté mes lettres de créance au président de la République chilienne le 4 juin dernier. D’abord, il faut dire qu’il parle très bien le français. Il a passé son enfance en Belgique, son père ayant été ambassadeur à Bruxelles, et il est très attaché à la relation avec la France. J’ai été reçu de manière très chaleureuse et cordiale.

Par ailleurs, notre président de la République, Emmanuel Macron, l’a invité à faire une visite officielle en France avant la fin de l’année. Les dates seront annoncées prochainement. Cette visite s’inscrira dans le prolongement de celle de François Hollande, venu au Chili en janvier 2017. Cela permettra aux deux présidents, qui se sont déjà parlés au téléphone, de mieux se connaître. C’est également l’occasion de tracer le cadre de la relation bilatérale, l’idée étant que les deux pays adoptent une feuille de route commune pour les deux, trois années à venir. 

Le président Sebastian Piñera est très attaché à l’apport de la France dans le domaine économique, celui de nos entreprises, et en particulier dans le domaine de l’innovation (startups), de l’énergie renouvelable, des infrastructures… Il y a aussi des questions politiques à aborder, sur la défense des Nations unies et du multilatéralisme, mais aussi sur le changement climatique. Sur ces grands enjeux, la France et le Chili peuvent travailler ensemble.

Dans un entretien avec El Mercurio, vous avez évoqué une collaboration du Chili dans la lutte contre le terrorisme. Quelle forme prendra cette collaboration ?

Le Chili a déjà contribué aux opérations de maintien de la paix des Nations unies, avec notamment une forte présence en Haïti. Dans notre dialogue, nous plaidons pour une présence plus accentuée de l’Amérique Latine, et en particulier du Chili, dans les opérations extérieures, car c’est contribuer à la défense du rôle des Nations unies. Ces missions de stabilisation permettent de lutter contre la violence de manière générale et de contribuer à la paix mondiale. Cela ne veut pas dire effectivement que le Chili va rentrer dans des opérations antiterroristes strictosensu. Il y a quelques années, on aurait pu considérer que l’Amérique Latine était protégée de certains phénomènes par la distance. Or aujourd’hui, nous vivons dans un monde connecté, globalisé. Pour Emmanuel Macron, c’est aussi important parce que l’Europe et l’Amérique Latine partagent les mêmes valeurs, notamment celles de la coopération multilatérale. 

Vous avez également abordé le thème de la lutte contre le réchauffement climatique.

Oui, c’est un sujet important. Laurence Tubiana, la véritable cheville ouvrière de la COP 21, est venue récemment au Chili. Elle a eu un dialogue avec le Président Sebastián Piñera. L’accord ayant été signé à Paris, il est vrai qu’en tant que Français, nous sentons une responsabilité particulière à suivre sa mise en œuvre. Nous allons dialoguer avec le Chili sur la lutte contre le réchauffement climatique, sur nos actions dans le cadre de l’Union européenne mais aussi sur la contribution nationale du pays. En effet, au moment de la signature de l’accord, chaque pays s’est engagé à offrir une contribution nationale. Or, dès 2019, les signataires devront la renforcer, afin que nous puissions atteindre les objectifs de limitation des hausses des températures définis par le traité. Sinon, nous n’y arriverons pas. Par ailleurs, en plus de la COP 21, nous avons une autre initiative française, le Pacte Mondial pour l’Environnement, pour laquelle le Chili nous a beaucoup soutenus.

Les changements annoncés concernant la politique migratoire du Chili suscitent beaucoup d’interrogations. Comment cette nouvelle loi va affecter la communauté française ?

A priori, la communauté française va être peu touchée. Les changements seront mineurs. Les mesures concernent en particulier les ressortissants du Venezuela et d’Haïti. Cependant, il y a de nouvelles règles qu’il faut connaître concernant les différents types de visa. L’Ambassade et le Consulat français sont bien sûr à la disposition des Français pour toute demande d’information.

Quel serait votre message aux Français du Chili ? 

La communauté française est une communauté importante. Nous avons 12 000 inscrits à l’Ambassade, ce qui veut dire près de 15 000 Français présents au Chili. C’est très important pour la relation bilatérale. Tous les Français sont des ambassadeurs car ils participent à la relation bilatérale. Le lien entre deux pays, c’est effectivement la relation d’État à État, mais pas uniquement. Dans le cas du Chili, nous avons à la fois une relation économique qui devient très dense, avec 240 entreprises françaises installées ici et une relation de coopération scientifique, culturelle de haut niveau. Ce sont les Français au Chili, les partenaires chiliens, et notamment les double nationaux franco-chiliens qui font vivre cette relation entre les deux pays. 

J’invite également les Français du Chili et nos amis chiliens à suivre l’actualité de l’Ambassade sur nos réseaux sociaux (FacebookTwitterInstagram).

D’après Lepetitjournal Santiago

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