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juillet 2017

Luiz Inácio Lula da Silva : entre condamnation à neuf ans et demi de prison et campagne pour les présidentielles 2018

L’ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva a été condamné à neuf ans et six mois de prison pour corruption et blanchiment d’argent. Celui-ci a démenti toutes ces accusations, il a ainsi fait appel de sa condamnation au Brésil et devant l’ONU et dénonce une absence de preuves. Cette affaire pourrait compromettre ses projets de campagne pour les présidentielles de 2018.

La condamnation est venue du bureau de Sergio Moro, juge emblématique de l’opération « Lavage-Express » qui a déjà mis sous les verrous des dizaines d’hommes politiques dans le scandale de corruption impliquant la compagnie pétrolière Petrobras. L’ancien chef de l’État aurait reçu en guise de pots-de-vin un appartement en triplex dans une station balnéaire du groupe de construction OAS. Selon le juge Moro, il aurait bénéficié au total de largesses à hauteur de 3,7 millions de réais (1,06 million d’euros) pour intercéder en faveur de cette société dans l’obtention de contrats publics du géant pétrolier Petrobras.

Lula a présidé le Brésil de 2003 à 2010, visé par quatre autres procédures judiciaires, il dénonce un complot afin de freiner ses ambitions pour l’élection présidentielle de 2018. En effet, l’ancien chef de l’État reste populaire au Brésil et serait en tête des intentions de vote pour les prochaines élections. Le Parti des travailleurs (PT), qu’il a fondé dans les années 1980, a appelé à des manifestations, ses partisans dénoncent un acharnement judiciaire pour empêcher son retour au pouvoir. L’affaire et les accusations faites par le juge Sergio Moro, ne reposeraient selon eux sur aucune preuve concrète. L’impartialité de la justice brésilienne est ainsi mise à l’épreuve. L’avenir politique de Lula est alors en jeu, selon la loi, seule une condamnation en appel est à même d’empêcher Lula de se porter candidat à la présidentielle de 2018. Cette condamnation pourrait aggraver les tensions politiques et sociales dans un pays traversant actuellement une grave crise politique.

Camille FÉRON

« Le Monde » et « Libération » consacrent ses éditoriaux à la situation actuelle du Venezuela

Editorial du « Monde » du 21 juillet 2017

Un peuple épuisé, un pays exsangue, en proie au chaos et à la misère, sous la botte d’un régime qui a sombré dans le gangstérisme : combien de temps la tragédie vénézuélienne peut-elle encore durer ? Héritier du « chavisme », autant dire d’un désastre économique et social de proportions historiques, le président Nicolas Maduro s’accroche au pouvoir, dans une fuite en avant où la violence d’Etat est le lot quotidien des citoyens

Le pouvoir chaviste est désormais minoritaire dans l’électorat, mais refuse l’alternance. Ceux-ci ont pourtant plébiscité l’opposition au régime dimanche 16 juillet, lors d’un référendum informel et symbolique organisé par le Parlement, contrôlé par les opposants. Depuis sa défaite aux législatives de décembre 2015, le successeur de l’ancien président Hugo Chavez (1999-2013) a repoussé sine die tous les scrutins prévus par la loi. Le pouvoir chaviste, longtemps imbattable dans les urnes, est désormais minoritaire dans l’électorat, mais refuse l’alternance.

Gabegie populiste et corruption

Il biaise, cherche des dérivatifs. Ainsi de la convocation d’une Assemblée constituante, qui doit être désignée le 30 juillet, selon un mode de scrutin corporatif, contraire au suffrage universel et à la Constitution chaviste elle-même. Cette Constituante est destinée à remplacer les institutions qui échappent à l’emprise de l’exécutif, comme le Parlement. Depuis début avril, les Vénézuéliens disent « basta » à la prétendue « révolution bolivarienne », qui a ruiné une nation richissime en pétrole . Ce n’est pas la chute des cours du brut qui a précipité l’effondrement de l’économie, c’est la gabegie populiste, l’étatisation des secteurs-clés souvent confiés à des militaires incompétents, la corruption dans des proportions jamais vues auparavant : la moitié de la rente pétrolière des vingt dernières années a disparu sans laisser de trace. Depuis mai, la soldatesque du régime a abattu par balles une centaine de manifestants.

Le « chavisme » masque un Etat mafieux, impliqué dans tous les trafics, de la drogue aux armes. Le pays est une des principales plates-formes d’exportation de stupéfiants vers l’ Europe. Dernier pilier du régime, les forces armées détiennent un tiers des ministères et une partie de l’économie. Certains milieux militaires font des affaires juteuses, grâce entre autres au contrôle des changes institué depuis une quinzaine d’années. Le sort des Vénézuéliens est moins enviable. Récession, hyperinflation, dévaluation de la monnaie et perte vertigineuse de pouvoir d’achat : l’appauvrissement est général. Le 16 juillet, les 7,5 millions de participants au référendum venaient aussi bien des quartiers des classes moyennes que des banlieues et « barrios » plus pauvres.

Incompétence et banditisme d’État

Face à cette opposition qui exige des élections libres anticipées, Maduro répond par une répression brutale, l’usage disproportionné de la force, les arrestations de masse et le recours aux tribunaux militaires contre des civils. Depuis mai, la soldatesque du régime a abattu par balles une centaine de manifestants. Deux jeunes gens ont encore été tués lors de manifestations accompagnant, jeudi 20 juillet, une journée de grève générale dans le pays. Dans ce face-à-face inégal, les opposants ont besoin de solidarité internationale. Les grands voisins du Venezuela, comme la Colombie, doivent imposer une médiation, puis un retrait ordonné du clan Maduro. Il n’y a pas d’autre solution. Le populisme, version Hugo Chavez, a ravagé un pays, ruiné ses habitants, déchiré un tissu social déjà fragile. C’est l’ alliance de l’incompétence et du banditisme d’Etat sur fond de tyrannie politique. Et rien d’autre.

Et du journal « Libération »

Rues désertes, métro vide… Aux premières heures de la grève générale convoquée jeudi par l’opposition au Venezuela, les images diffusées donnaient le vertige. Villes fantômes dans une démocratie fantôme. Dans un pays qu’on dit depuis plus d’un an au bord du précipice, à une étincelle de l’explosion, les opposants n’ont toujours pas trouvé la formule pour chasser du pouvoir le socialiste Nicolás Maduro sans attendre la fin de son mandat, fin 2018. Réunis dans une coalition, la MUD, ils ont misé sur la pression de la rue, à travers des manifestations qui en trois mois et demi ont provoqué 96 morts.

La MUD accepte tous les soutiens, de Donald Trump, l’homme qui méprise et humilie les latinos, à Vicente Fox, ancien président ultralibéral du Mexique, dont le bilan en matière de droits de l’homme est désastreux. Mais l’opposition joue son rôle : elle s’oppose. Le gouvernement, lui, faillit à ses obligations envers 31 millions de Vénézuéliens : les nourrir, leur assurer un toit et des soins de santé, garantir leur sécurité. Les deux camps s’accusent de refuser le dialogue. Au printemps, l’opposition a renoncé à participer à une table ronde parrainée par le Vatican. Le pouvoir s’entête à faire élire le 30 juillet une Assemblée constituante qui lui donnera les derniers pouvoirs qu’il ne contrôle pas encore. Reste une différence de taille. L’opposition présente un front globalement uni, tandis que le chavisme montre des signes d’épuisement, à travers les dissensions internes et un nombre de défections croissant.

François-Xavier GOMEZ
Libération

« Les filles d’Avril » et « La Région sauvage », deux films mexicains bien singuliers

Deux films mexicains, La région sauvage d’Amat Escalante et Les filles d’avril de Michel Franco sont en salle. Ce dernier a eu le prix du jury au dernier Festival de Cannes en mai dernier dans la section Un certain regard.

 « Les filles d’Avril », le remarquable film de Michel Franco

Quelle mère cette Avril ! Elle est Espagnole et vient, à la demande de ses deux filles qui vivent dans une paillotte au Mexique, les aider. En effet Valeria est enceinte et n’a que 17 ans et son copain aussi. Ils veulent garder le bébé mais ne savent  pas comment s’y prendre. À son arrivée Avril interprétée par la remarquable Emma Suárez va prendre les choses en main. « Cela a été un travail complexe, dit-elle, car j’ai dû lutter contre moi-même. Il ne fallait pas, comme le souligne Michel Franco, en faire une méchante. Il m’a fallu un effort de réflexion pour trouver le moyen d’imposer ce personnage et y faire adhérer le public, en jouant sur son instabilité, son manque de cohérence, mais aussi sa force de séduction. Et au-delà de ses agissements, avec l’idée que souvent lorsqu’on essaye de protéger nos enfants, on agit involontairement à l’encontre de ce qui serait le mieux pour eux, tout en ayant la certitude de leur venir en aide »

Pour gagner  en crédibilité les acteurs ont vécu ensemble dans la maison où le tournage s’est déroulé. « Elles ont appris à se connaître et ont créé des liens ensemble. À chaque nouvelle scène tournée, elles en savaient plus sur leur personnage et leur passé que moi-même… Elles m’ont étonné en m’expliquant des choses au sujet de leurs personnalités », explique le réalisateur.

Le réalisateur Michel Franco est né à Mexico en 1979. C’est son sixième film après le très intéressant Después de Lucía remarqué à Cannes  et San Sebastián en 2012, et  Cronic tourné aux États-Unis et prix du meilleur scénario à Cannes 2015. Très doué, il est aussi le producteur  en particulier du film de Lorenzo Vigas, Desde Allá qui a obtenu le Lion d’Or de Venise en 2015. Tous ses films recherchent toujours une toile de fond teintée de gris. Une « jeune fille que j’ai vu dans les rues de Mexico, m’a inspiré car c’était une image qui contenait tout : la jeunesse, l’avenir, un probable désastre, beaucoup d’espoir ; et ces contrepoints m’ont fasciné. J’insiste vraiment sur le fait qu’au Mexique, il y a un nombre particulièrement élevé de jeunes filles enceintes ». Pour  rendre le film de façon remarquable, Michel Franco a de nouveau fait appel au chef opérateur belge Yves Cape qui a très bien su rendre compte de la lumière du film, loin du gris du récit. À voir à partir du 2 août prochain.

« La région sauvage » d’Amat Escalante son film le moins réussi 

Amat Escalante, est avec Carlos Reygadas le second cinéaste terrible du cinéma mexicain. Il surprend avec ce film, entre chronique réaliste, drame provocant et thriller fantasmagorique. Il faut dire aussi que c’est sans doute son film le moins réussi. Ce film sur la sexualité qui envoie des gens au fond du bois pour rencontrer un Alien conçu comme une espèce de poulpe qui remplit de plaisir, jusqu’au jour que ça ne l’intéresse plus. On aurait aimé que les personnages soient plus fouillés, en particulier les deux femmes sous la coulpe du machisme qui désirent vraiment s’émanciper. Il faut dire que notre sévérité vient du fait que le premier film d’Amat Escalante, Sangre, réalisé en 2005, était une parfaite réussite. En salle depuis le 19 juillet.

Alain LIATARD

Bande-annonce de deux films : Allociné

Le roman « Kalpa Imperial » de la romancière argentine enfin en français aux éditions La Volte

En 1984, je demandais à une amie argentine, elle-même romancière, ce qui se publiait d’intéressant dans son pays. Elle me donna quelques titres et termina sa lettre en me parlant d’un « roman qui dépasse tous les autres, et de loin », Kalpa Imperial d’Angélica Gododischer. Je n’ai jamais réussi à me le procurer (sa diffusion a été assez réduite en Europe). Et voilà que trente ans plus tard, miracle ! un éditeur français – éditions La Volta – le propose en traduction !

À la manière de la série télévisée à succès Game of Thrones, mais avec vingt-cinq ans d’avance et bien plus de nuances, Angélica Gorodischer crée un empire d’inspiration médiévale, mais tout est infiniment plus fin, plus intrigant… et plus drôle. D’abord, il y a le narrateur, tellement omniscient qu’il en est un tant soit peu irritant parfois, surtout quand, condescendant, il nous prend pour des ânes bâtés, et aussi quand il passe à d’autres moments son temps à douter. L’ennui, c’est qu’on est bien obligés de lui céder, il sait tout en effet, et le raconte fort bien.

Défilent devant nous la création, en partant de rien, de cet Empire Infini, les aléas de sa construction, aléas généralement bassement humains et les inévitables erreurs qui le renforceront ou qui conduiront à sa déchéance. Défilent les personnalités de certains Empereurs ou Impératrices (même s’il sait tout, le narrateur ne peut tous les citer, ils sont si nombreux). D’eux tout dépend, ils sont des symboles, mais de simples humains. On entrevoit quelques manants, des conseillers, parfois même honnêtes, des artistes, agités du bocal ou purs génies.

Peut-on parler de fantasy, de fantastique, de merveilleux ? Oui, mais non. Kalpa Imperial est bien plus ‒ et mieux ‒ que tout cela, une création gigantesque mais à taille humaine, qui fait rêver, penser, sourire (des sourires aux nuances infinies), qui nous sort de notre misérable monde pour mieux nous y replonger : un délicieux vertige. Sous un aspect souvent absurde (un Empereur ascète qui, dans le but sincère de faire régner le Bien, fait exécuter tous ses fonctionnaires), il ressemble au nôtre, ce monde « imaginaire » ! Pouvoir, censure, gloire et oubli, religions, (in)justice, mais également bon sens, générosité, simplicité, font de cette création unique une source de réflexions qui touchent directement chaque lecteur.

On a souvent du mal à se convaincre que ces pages ont été écrites il y a plus de trente ans, tant elles sont en prise directe avec ce que nous vivons dans l’actualité. Un racisme discret envers les peuplades du sud (tiens donc !) est universellement accepté dans le nord, par tous, puissants et gens du peuple. On finira bien, en accompagnant un des personnages, par découvrir ces contrées du sud, au fond assez semblables à l’Empire officiel, la grande différence est que, dans ce sud défavorisé, personnage et lecteur prennent conscience de l’inutilité du luxe répandu dans le nord. D’une légende dont la moralité est universelle à l’Histoire recréée de l’Empire, de la chronique impériale à l’anecdote qui accompagne inévitablement les hauts faits du pouvoir, Angélica Gorodischer survole un pays imaginaire plus vrai que ceux dans lesquels nous vivons et fait revivre à son lecteur ce qui ne s’est jamais produit ! Aussi prodigieux que les faits rapportés !

Christian ROINAT

Kalpa Imperial de Angélica Gorodischer, traduit de l’espagnol (Argentine) par Mathias de Breyne, éd. La Volte, 256 p., 20 €. / Angélica Gorodischer en espagnol : Kalpa Imperial, ed. Martínez Roca, Madrid et ed. Gigalesh, Barcelone / Bajo las jubeas en flor, ed. Ultramar, Barcelone/ Opus Dos, ed. Ultramar / Trafalgar, ed. Orbis, Barcelone. –  Site éditeur : ici

Le nouveau président équatorien, Lenín Moreno, prêt à quitter l’axe bolivarien

Le nouveau président équatorien, Lenín Moreno, commence à prendre des distances avec le très controversé legs de son prédécesseur, Rafael Correa, qui n’a pas hésité à l’accuser de « déloyauté » et à écrire sur Twitter : La stratégie qui consiste à marquer ses différences non seulement est déloyal, mais aussi médiocre. Et Moreno lui répond : Syndrome d’abstinence: réaction provoquée par la suspension soudaine d’une substance génératrice d’assuétude comme le sucre, l’alcool, les drogues ou le pouvoir.

Pour comprendre l’actuelle relation entre les deux hommes d’État, il faut se pencher sur leur passé politique. Au contraire de l’attitude agressive de Correa, qui durant les dix années de son gouvernement n’a pas cessé de polémiquer avec l’opposition et les moyens de communication, Moreno semble vouloir initier une nouvelle période d’ouverture politico-sociale. Ainsi, lors de son discours inaugural du 24 mai dernier, il a manifesté son intention de renforcer et soutenir la réconciliation nationale. Lorsqu’il était le vice-président de Correa, lors de son premier mandat, Moreno, qui se déplace en fauteuil roulant à cause d’une paraplégie, a mené la campagne intitulée : Sourit Équateur, nous sommes des gens aimables. En 2013, après avoir quitté le gouvernement, il fut envoyé à Genève en tant que spécialiste en handicap et accessibilité auprès du secrétaire général de l’ONU. C’est à ce titre qu’il a été proposé pour le prix Nobel de la paix. C’est alors que Correa, président sortant à l’époque, prévoyant une déroute de son parti lors des prochaines élections a vu en Moreno l’incarnation du visage humain de la révolution citoyenne, et donc le candidat idéal pour lui succéder.

Mais le conflit éclata lorsque le nouveau président manifesta son intention de mener à bon terme ses promesses de campagne, surtout celle qui concerne le rapprochement entre gouvernement et l’opposition. En effet, très rapidement Moreno a entamé un dialogue d’amitié avec les moyens de communication, lesquels saluèrent élogieusement cette attitude en contraste avec le tempérament belligérant de son prédécesseur. Et pour montrer sa volonté de changer de style politique, il s’est réuni avec les dirigeantes de la Confédération des nations indigènes de l’Équateur (Conaie), laquelle avait manifesté violemment son opposition lors du gouvernement de Correa : Moreno a restitué aux indigènes deux sièges de leur organisation confisquées jadis par son prédécesseur.

Or, tout semble indiquer que la récente création d’une commission spéciale, destinée à enquêter sur les questions de corruption, est à l’origine du conflit. Les soupçons tombent sur les épaules de Jorge Glas, nommé vice-président par Correa, accusé d’appartenir à un groupe de fonctionnaires qui auraient reçu des pots-de-vin de la compagnie brésilienne de bâtiments Odebrecht. Aussi, une plausible coalition avec l’ex-président Abdala Bucaram, qui vient de rentrer à son pays après avoir vécu vingt ans d’exil – une fois prescrites les causes pénales initiées lors de son éviction en 1997 – a accentué le désaccord entre les hommes du parti Alliance Pays.

Le réaménagement politique que Moreno s’est fixé comme objectif répond sans doute à des impératifs sur le plan géostratégique régional, concernant l’élan de renouveau où semble s’orienter l’Amérique latine. D’où la nécessité d’intégration de l’Équateur dans un scénario marqué par une série de changements politiques transcendantales : le déclin dudit « axe bolivarien », l’échec de l’économie vénézuélienne, le triomphe du président Mauricio Macri en Argentine, le destitution de Dilma Rousseff au Brésil et la prévisible victoire du candidat conservateur Sebastián Piñeira aux prochaines élections présidentielles du Chili. Et pour poursuivre ses réformes, Moreno dispose d’une solide base monétaire grâce à la dollarisation instaurée en janvier 2000 par le président Jamil Mahuad et conservé par ses successeurs. Cette stabilité de la monnaie, laquelle épargna à l’Équateur du chaos où plonge actuellement le Venezuela, peut être considérée comme le point de départ d’un tournant majeur dans l’économie du pays.

Eduardo UGOLINI

Au Chili la légalisation de l’avortement dans les méandres de l’assemblée nationale : rejeté

Mardi 18 juillet dernier les Chiliens se sont réveillés apprenant l’approbation par le Sénat du projet de loi autorisant partiellement l’avortement.  Après de longues heures de discussions et débats, celui-ci a été voté in extremis dans les cas de danger pour la vie de la mère, d’un fœtus inviable et de viol. Le parlement avait accepté la loi en première lecture en mars 2016. Ce projet de loi avait ensuite circulé par différentes commissions avant d’être voté par le Sénat le 18 juillet, qui y a apporté des modifications. La dépénalisation de l’avortement, est l’un des combats de la présidente socialiste Michelle Bachelet.

Au Chili, environs 120 000 avortements clandestins sont pratiqués, avec tous les risques qu’ils comportent pour les femmes. Les femmes qui le pratiquent ainsi que les femmes qui avortent au-delà de cinq mois encourent des peines allant de trois à cinq ans de prison. Cette loi même limitée, si elle est ratifiée serait historique au Chili et représenterait la récompense à l’infatigable travail des militantes dans chaque coin du Chili pour garantir le respect et la protection des droits de femmes. Mais, contre tout attente le lendemain de l’approbation par le Sénat, les députés ont stoppé le projet de loi. Il a été repoussé par une voix d’un député démocrate-chrétien. Le projet de loi devait pour sa ratification avoir les voix de 67 députés et il n’a obtenu que 66 à faveur, 40 contre et une abstention. La présidente Michelle Bachelet a exprimé son grand regret signalant qu’ « Il y a des urgences qui exigent un accord, et non pas un “vote idéologique ou religieux ».

Alors que le 70 % de la population soutient cette initiative de loi, les députés chiliens sont passés à côté de cette occasion historique. Le parlementaire qui a voté contre ou se sont abstenus « continuent à vouloir exposer de milliers de femmes et des jeunes filles à la terrible souffrance des avortements clandestins, et les privent de décider de leurs propres corps, santé et vies à cause des lois et politiques conservatrices » a déclaré, Erika Guevara-Rosas, directrice pour les Amériques d’Amnesty International. Le projet de loi est resté maintenant dans les mains d’une commission mixte formée par cinq députés représentant toutes les courants politiques. Ces derniers devront débattre notamment sur les articles qui ont posé des problèmes, notamment le rôle des parents dans le cas d’un avortement de mineures de quatorze ans victimes de viol, le droit à l’objection de conscience de médecins et des équipe médicaux.

A quatre mois des prochaines élections présidentielles, pour Michelle Bachelet l’approbation de l’IVG représente un grand enjeu. La ratification et puis la promulgation de la loi devrait se faire avant mars 2018, jour de la passation du pouvoir. Les parlementaires conservateurs pour leur part, ont annoncé d’ores et déjà qu’ils présenteront un recours devant le Tribunal Constitutionnel afin de freiner sa promulgation et ralentir la procédure. « On aurait pu changer l’histoire, il ne manquait qu’une voix à faveur », a indiqué le député de centre-gauche, Marco Antonio Nuñez. La porte-parole de la Corporation pour les droits sexuels et reproductifs, Claudia Dides, a exprimé son regret également : « Si le projet de loi avait été voté par l’Assemblée nationale, le Chili aurait quitté enfin la liste des pays que n’autorisent l’avortement sous aucune clause ». Sept pays de l’Amérique latine interdissent l’IVG : República Dominicana, Haití, Honduras, El Salvador, Nicaragua, Chili et Suriname.

Olga BARRY

La musique latino-américaine à l’honneur lors des Tempo Latino et aux Nuits du Sud

La culture latino-américaine est à l’honneur cette semaine avec le festival Tempo Latino et Nuits du Sud. Les deux festivals nous font voyager en Amérique Latine le temps de quelques soirées à travers des concerts de musique colombienne, cubaine.

La 24e édition du festival Tempo Latino se tiendra du 27 au 30 juillet dans le Gers, à Vic-Fezensac.

Tempo Latino est le 1er festival européen de musiques latines et afro-cubaines, il offre une grande diversité musicale, il défend le métissage du rythme, du son, de la voix. Il s’inscrit parmi les 250 événements dédiés cette année à « France-Colombie 2017 » qui se déroule dans toute la France. Durant 4 jours, Tempo latino nous invite à découvrir les rythmes latins avec ces 3 scènes et sa programmation riche et variée. Au programme : Jeudi 27 juillet, une soirée d’ouverture placée sous le signe de l’amitié France-Colombie, avec Puerto Candelaria et La-33. Vendredi 28 juillet,  Un Cocktail Métissé mettant à l’honneur et respect aux métissages culturels avec Calypso Rose et Richard Bona & Mandekan Cubano. Samedi 2 juillet est consacré au péruvien Tony Succar et son projet ‘’Unuty’. Ce projet, innovant et décapant, en hommage à Michael Jackson, vient prouver au public que la Salsa est bien vivante, toujours Fière et rassembleuse des générations. Tony Succar est aujourd’hui le représentant de cette nouvelle « vague » de la musique Afro-caribéenne et du Latin/jazz qui surgit de Miami. Dimanche 30 juillet : Clôture de la 24ème édition de Tempo Latino avec Orkesta Mendoza à 21 h & Diego El Cigala.

Le festival Nuits du sud a lieu du 6 au 29 juillet 2017 dans les Alpes Maritimes, à Vence

Le festival fête cette année ces vingt ans, celui-ci met en avant les musiques de tous les horizons, de toutes les cultures. Lors des onze soirées du festival, 26 groupes se succèdent sur scène, qu’ils soient de renommée internationale, nationale ou en pleine ascension. Des artistes cubains sont à l’affiche pour cette dernière semaine du festival. Au programme : Vendredi 28 juillet : Eliades Ochoa. Après avoir participé à l’Histoire de ‘Buena Vista Social Club’, Eliades Ochoa nous fait découvrir son nouveau projet. La fraîcheur de son nouvel album a été entièrement enregistrée dans son Cuba natal, du folk latino-américain avec des instruments traditionnels cubains… « Pour la musique que je fais, il n’y a pas de pays lointain, de langues ou de frontières ». Samedi 29 juillet : Asere  – Le groupe cubain fête en 2017 leur 20e année à succès depuis leur premier album ‘Cuban Soul’. Formé à la Havane en 1996, la contribution d’ASERE à l’évolution et à l’appréciation de la musique cubaine dans le monde au fil de ces années, a été significative, en innovant, et révisant respectueusement le travail émouvant des précurseurs de la musique cubaine.

Camille FERON

Tempo LatinoNuits du Sud

Des ex-présidents péruviens en prison et en cavale… crient à leur innocence

Une nouvelle affaire de corruption secoue l’Amérique latine après la condamnation à neuf ans et demi de prison visant l’ex-président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, icône de la gauche dans son pays. Deux anciens présidents péruviens sont accusés de corruption et blanchiment d’argent, Ollanta Humala a été placé en détention provisoire tandis qu’Alejandro Toledo est en exil aux États-Unis.

Cette fois-ci c’est au Pérou que les événements se passent, l’ancien président péruvien Ollanta Humala et son épouse Nadine Heredia, ont été placés par la justice en détention préventive pour 18 mois sur des accusations de corruption. Ils ont été transférés le vendredi 14 juillet 2017 dans deux établissements pénitentiaires différents après s’être livrés spontanément à la justice aussitôt après l’ordre donné par un tribunal de Lima de leur arrestation. Le tribunal a invoqué des témoignages d’anciens cadres dirigeants du groupe brésilien du BTP pour accusé l’ex-président à la tête du Pérou de 2011 à 2016, et son épouse d’avoir accepté trois millions de dollars de pots-de-vin. Tous deux démentent ces accusations et estiment que leur incarcération avant procès est injuste. Le juge Richard Concepción Carhuancho a préféré placer l’ancien président en détention provisoire au motif qu’Ollando Humala pourrait rapidement fuir le pays en attentant le procès pour blanchiment d’argent présumé.

En effet, ce n’est pas la première accusation de corruption portée contre un président péruvien. L’ex-chef de l’État Alejandro Toledo, au pouvoir de 2001 à 2006, est en exil aujourd’hui aux États-Unis. Il est lui aussi soupçonné de corruption, deux mandats d’arrêt ont été émis contre lui pour avoir prétendument reçu 20 millions de dollars en pots de vin. Celui-ci a refusé de se présenter aux autorités, alors même que Concepcion avait ordonné son incarcération en préventive. Toledo s’est exprimé sur les réseaux sociaux  suite à l’incarcération de Ollanta Humala, il  dénonce « l’injustice » de cette décision résultat de la persécution politique et la conséquence d’une violation de Etat de droit. Cette nouvelle affaire d’incarcération témoigne du triste état de la scène politique péruvienne : en 25 ans, quatre des cinq derniers présidents ont été touchés par des scandales de corruption. En effet, un autre ancien président péruvien, Alberto Fujimori, purge une peine de 25 ans pour violations des droits de l’homme et corruption dans la même prison où vient d’être incarcéré M. Ollanta Humala et son épouse.

Camille FÉRON

Dimanche 16 juillet l’opposition appelle les Vénézueliens à un référendum informel

L’opposition appelle les Vénézuéliens à un référendum informel dimanche sur le projet controversé de réforme constitutionnelle de Nicolas Maduro, deux semaines avant les élections constituantes du 30 juillet.

Photo : La voz Digital

Le Venezuela continue à se déchirer et la crise s’approfondie encore plus fort. Malgré que le président Nicolas Maduro a augmenté de moitié de salaire de base et il est sortie de prison le dirigeant d’opposition Leopoldo Lopez sorti de prison, il est désormais assigné à résidence. Celui-ci avait été condamné, il ya trois ans, à quatorze ans de prison pour incitation à la violence après les manifestations de 2014. La situation reste très tendue avec un lourd bilan de 93 morts après deux mois de protestation de rue et malgré les médiations des nombreux personnalités et récemment de l’église catholique, la polarisation reste extrême.

« Les Vénézuéliens qui en ont marre de ce gouvernement sont unis dans la rue et c’est ce qui compte », déclarait Margarita Trejo, militante du MUD, la coalition de l’opposition et qui travaille activement pour le plébiscite du 16 juillet. Elle déclarait encore à la correspondante du journal Le Monde, Marie Delcas * « L’scrutin n’aura qu’une valeur symbolique.. ce qui est important, c’est que des millions de Vénézuéliens descendent dans la rue pour faire la queue dans nos bureau de vote et montrer au gouvernement que ne nous voulons pas de la Constituante »

Camille FERON

  • Le Monde du 13 juillet 2017

Le festival international de théâtre Sens interdits à garde le cap et prépare la cinquième édition

Dans un monde en mouvement, et face à une économie culturelle fragilisée, l’association Sens Interdits annonce la cinquièmeème édition de son festival international de théâtre du 19 au 24 octobre 2017, à Lyon et dans la métropole lyonnaise.

La cinquième édition du Festival Sens Interdits – mémoires, résistances – une fenêtre sur le monde nous propose à nouveau un théâtre international où les expressions esthétiques se confrontent les et réflexions intellectuelles, politiques touchent les réalités et difficultés du monde contemporain. Des œuvres venant de différents coins du monde, nous ferons voir la diversité et l’universalité de sujets universels comme la violence contre les femmes, la guerre, l’exode, mais aussi de l’espoir et de la fraternité. Ces questionnements nous interpellerons dans notre relation à l’autre, à la vie collective et au monde.

Sens interdits poursuit son exigence de ne pas être un festival généraliste, mais plutôt un kaléidoscope de confrontations esthétiques au service de la liberté d’expression, de la tolérance et de la démocratie. Riche d’un repérage de productions européennes et au-delà (Argentine, Chili, Israël, Rwanda), le directeur artistique du festival Patrick Penot fait le pari d’attirer une génération nouvelle de diffuseurs et de spectateurs. Passeur de frontières expérimenté et également conscient de la précarité générale des budgets accordés à la culture, P. Penot et son équipe travaillent sans faille à persuader mécènes et particuliers de la nécessité de s’impliquer dans le soutien du festival. L’engagement à leurs côtés de 325 associations est une légitime fierté.

Une édition riche en propositions : 21 spectacles dont 3 en complicité (La Maison de la Danse, Les Ateliers Frappaz, le Théâtre des Asphodèles), 48 représentations, 2 créations, 5 coproductions, 6 premières en France. Une large vision d’un monde en mutation, 17 pays, 21 compagnies dont un focus colombien de 3 spectacles. Au cœur de l’agglomération dans 13 théâtres et 1 chapiteau place des Célestins, lieu de débats et de rencontres thématiques.

Des spectacles avec des artistes d’Amérique du Sud (Colombie, Bolivie), d’ex-Yougoslavie (Serbie), d’ex-URSS (Lituanie, Russie, Kazakhstan), de Roumanie, du Moyen et Proche Orient (Syrie, Liban, Irak), d’Afrique (Égypte, Cameroun, Rwanda) et d’Europe (Grèce, Suisse, Belgique, France). Au programme notamment, Oskaras Koršunovas avec Martyr un texte sur l’excès religieux, et La Mission d’Heiner Müller par Matthias Langhoff avec les élèves de l’École d’acteurs de Santa Cruz en Bolivie. Deux grands noms de la mise en scène européenne à découvrir pour l’ouverture et la clôture du festival au Théâtre des Célestins partenaire principal du festival. Dans le cadre de l’année France-Colombie 2017, Sens Interdits, avec 3 spectacles, donne l’occasion unique de découvrir la vitalité théâtrale de ce pays qui vient de faire la paix après 52 ans de guerre civile. Depuis ses débuts Sens Interdits a invité des troupes et de dramaturges d’Amérique latine, notamment de l’Argentine, la Bolivie, le Chili.

Le Festival enrichit sa programmation également par des contributions scientifiques et des témoignages, en invitant des acteurs culturels, des universitaires, des journalistes et des citoyens. Conférences, rencontres, projections et ateliers sont proposés gratuitement. Et, une nouveauté : L’École éphémère. Ce dispositif, coproduit avec l’ENS de Lyon, propose à une soixantaine d’élèves d’Écoles d’art d’Europe et d’Afrique (CNSAD, ENSATT, École de St-Étienne, Conservatoire de Liège, Écoles d’acteurs de Tunis et de Ouagadougou) de s’immerger dans le théâtre citoyen. Au programme ateliers thématiques et master classes.

Olga BARRY 

Le site : http://www.sensinterdits.org/  Programme détaillé, informations et réservations sur www.sensinterdits.org
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