Archives mensuelles :

janvier 2017

Pour mémoire (Argentine 1976-1983), par Susana Romano Sued

Les éditions des femmes – Antoinette Fouque – viennent de publier un livre – éditions bilingue – de l’écrivaine et critique littéraire argentine Susana Romano Sued sur la torture des femmes durant la période dictatoriale en Argentine. L’auteure sera en France fin janvier pour la promotion de son ouvrage.

Née en 1947 à Córdoba, en Argentine, où elle réside, Susana Romano Sued est titulaire de la chaire d’esthétique et de critique littéraire moderne de l’Université de Córdoba. Elle est aussi écrivaine, poète, romancière, essayiste, traductrice, psychanalyste. Parmi la vingtaine de livres qu’elle a publiés et qui lui ont valu de nombreux prix et distinctions dans le monde, Pour mémoire (Argentine 1976-1983) est le premier à être traduit en langue française.

Ce texte sur la torture des femmes et leur tentative de survie dans les centres clandestins de détention de Córdoba est un acte testimonial unique, où la poésie se mêle à l’horreur pour narrer l’indicible. Une lutte contre l’oubli qui fait entendre, à travers la voix et la mémoire de l’auteure, celles de centaines de détenues réduites à jamais au silence par la dictature militaire argentine.

« Ici grand rassemblement de femmes, chuchotements de femelles, psalmodies de terre sans racines, esprits happés par ordres de gendarmes, comme roches aiguisées adhèrent à côtes, oreilles, palais ; pénètrent carcans, bandages, tissus rêches, entraves, ramassis de guenilles comme perles de collier. (…) Ici il n’y a pas d’innocentes, pas d’erreurs, vous êtes ici pour quelque chose. »  S.R.S.

Le service de presse de l’éditeur

Le livre sera présenté à la Maison de l’Amérique latine en présence des deux traductrices et de Bernardo Schiavetta, éditeur, avec le soutien du Collectif argentin pour la mémoire et H.I.J.O.S. – Paris, le mardi 31 janvier à 17 h. à la Maison de l’Amérique latine de Paris  MAL, 217 Bd St-Germain, Paris 7e. Pour mémoire (Argentine 1976-1983), traduit de l’espagnol (Argentine) par Anne-Charlotte Chasset et Dominique Jacques Minnegheer, éditions des femmes – Antoinette Fouque. Édition bilingue. Prix : 16 €.

Le sommet CELAC : inquiétudes sur les retombées de l’élection de Donald Trump

Punta Cana est le siège du 5e Sommet de la CELAC, la Communauté des États latino-américains et caribéens, c’est-à-dire tous les pays des Amériques moins les États-Unis et le Canada. Parallèlement s’est tenue la Rencontre des mouvements sociaux et des forces politiques pour la paix et l’intégration de notre Amérique.

Photo : el siglo-blogpost

La CELAC, dont le siège est à Panama, se définit comme un espace de dialogue et de concertation politique pour une convergence d’actions d’intérêt commun aux trente-trois pays membres, sur une base de consensus. Objectifs : faciliter et  promouvoir la région dans le monde sans le poids des États-Unis sur le dos, une sorte d’alternative à l’OEA, l’Organisation des États américains basée à Washington. Dans un contexte d’incertitude quant à la politique du président Donald Trump envers l’Amérique latine, dix présidents, deux Premiers ministres et de nombreux ministres des Affaires étrangères de divers pays, ont discuté de la sécurité alimentaire, des migrations, du développement et de la drogue. Les participants ont aussi abordé des thèmes plus spécifiques tels que le désarmement nucléaire, le genre et les droits des femmes, Guantanamo et le blocus à Cuba (toujours en vigueur) et même les Malouines, sans oublier le thème des langues indigènes.

De notables absences.   Le président de fait du Brésil Michel Temer a préféré ne pas se rendre à ce sommet. Ses partisans affirment qu’il a des « engagements » qui ne lui permettent pas ce déplacement. Ses opposants déclarent qu’il a tout simplement peur de se voir reprocher la destitution de la présidente Dilma Rousseff, que beaucoup considèrent un « coup d’État » institutionnel. Absente également la présidente chilienne Michelle Bachelet pour raison de catastrophe nationale. En effet, le Chili est en ce moment affecté par de gigantesques incendies : quarante-trois foyers ont déjà dévasté plus de 130 000 hectares de forêts. La France vient d’envoyer quatre spécialistes « incendies de forêt » pour aider et conseiller les services d’urgence chiliens. Troisième absence de marque, le président argentin Mauricio Macri, pris dans plusieurs conflits dans son pays : le chef de ses services secrets mis en cause dans le scandale des pots-de-vin brésiliens, un espionnage politique au détriment de l’ancienne présidente Cristina Fernández, une économie en perte de vitesse, une dégradation du niveau de vie des classes moyennes, etc.

Les mouvements sociaux au rendez-vous.   Parallèlement au sommet officiel s’est tenue la Rencontre des mouvements sociaux et des forces politiques pour la paix et l’intégration de notre Amérique, une initiative voulant se convertir en « un espace de mobilisation populaire et de solidarité ». Ce collectif d’organisations sociales, paysannes, de travailleurs, de féministes, d’ONG et de mouvements politiques (plus de quatre cents participants) s’est réuni dans la capitale dominicaine de Santo Domingo pour établir un bilan de la situation régionale et soutenir le processus d’intégration en Amérique latine et aux Caraïbes, dans le sillage de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Jac FORTON

Site de la CELAC

Colloque international en espagnol à l’Université Lyon 2 : Mémoire… fiction… rite… critique…

Le colloque en espagnol “Memoria en la ficción, ficción de la memoria. Entre ritual y crítica”, qui aura lieu à l’université Lumière Lyon 2, campus Porte des Alpes, les jeudi 9 et vendredi 10 février 2017 se propose de revenir, trente ans après, sur les textes testimoniaux – fictionnalisés ou pas – écrits sur les dictatures des années soixante-dix dans les pays de Cône Sud de l’Amérique latine.

Le point de départ seront les écrits de trois ex-prisonnières politiques, trois écrivaines argentines qui seront présentes lors des travaux du colloque (Alicia Kozameh, Sara Rosenberg, Alicia Partnoy) afin de mettre en perspective leurs options narratives d’alors, ainsi que les rapports entretenus avec les textes produits par la génération suivante, avec tout ce que cela comporte de reformulation et de relecture. La nouvelle génération émerge souvent en adoptant des positions disruptives par rapport à la précédente, où la distance critique et même parodique se met au service d’un pari démythifiant, qui secoue les rituels et les mythologies construites depuis les évènements. L’idée est de faire dialoguer la génération des protagonistes et celle de leurs enfants : deux écrivains argentins, Patricio Pron et Félix Bruzzone, fils de militants le premier et de disparus le second, seront là pour donner corps à cette dialectique et chercher ensemble de nouvelles voies pour dire ce qui reste de cette expérience traumatique.

Au-delà de cette dominante littéraire, et dans le même cadre conceptuel, les participants exploreront aussi d’autres discours artistiques, tels que le cinéma, la photographie ou les arts plastiques. C’est justement cette variété d’expériences, subjectivités et écritures que les 28 universitaires provenant de l’Argentine, du Chili, d’Italie, d’Allemagne, du Canada, d’Espagne, de Belgique, de France et des États-Unis vont tenter d’analyser, avec le concours des cinq écrivains.

Marian SEMILLA DURÁN

 

Riche création littéraire argentine : deux nouveaux romans d’Edgardo Cozarinsky et Eduardo Sacheri

L’Argentine nous fait ce mois-ci deux superbes cadeaux, avec, parmi d’autres sorties, celles de Edgardo Cozarinsky et Eduardo Sacheri dans deux romans que tout oppose, mais qui présentent pourtant de sérieux points communs, en commençant par leur qualité. Eduardo Sacheri (né en 1969) prouve, de livre en livre, qu’il fait désormais partie des auteurs les plus intéressants, le Prix Alfaguara 2016 pour La noche de la Usina en est la dernière manifestation. Edgardo Cozarinsky (né en 1939) est depuis des décennies considéré à juste titre comme l’un des grands créateurs, que ce soit au cinéma (Ronda nocturna est un véritable chef d’œuvre d’ambiguïté maîtrisée) ou en littérature.

Si on lit à la suite Dark et Le bonheur c’était ça, on pourra jouer au jeu des différences / ressemblances : on a dans chacun l’histoire d’un adolescent, un garçon et une fille issus de milieux très argentins l’un et l’autre qui, dans la vie n’auraient aucune raison de se croiser ; ce sont deux histoires de découverte, leur âge, 14 ans, l’impose. Ce sont deux histoires qui font du bien au lecteur en lui montrant que tous les êtres humains ne sont pas irrécupérables et que les « bons sentiments » peuvent se passer de mièvrerie (message pas très fréquent), deux univers parfaitement peints par deux grands écrivains qu’une génération sépare.

Le bonheur c’était ça par Eduardo Sacheri

Sofía, 14 ans, fait seule le voyage de Villa Gesell (la ville côtière qui a inspiré cet autre diamant noir de la littérature argentine récente, Basse saison) vers Buenos Aires. Elle sonne à une adresse écrite sur un papier et annonce tout de go à l’homme qui lui ouvre qu’elle est sa fille. Villa Gesell n’était animée que pendant le mois et demi des vacances. Morón, où vit Lucas, le père, est une banlieue banale et plutôt triste de la capitale argentine où la fillette n’a jamais mis les pieds. Sofía vit son arrivée à Morón à petits pas, avec l’étonnement, l’incompréhension, de cette nouvelle situation. Elle est à l’âge exact du basculement vers un univers inconnu qui l’attire et l’effraie.

Eduardo Sacheri est dans la tête de Sofía : il partage et nous fait partager en direct ses réactions, la surprise face à certaines réactions de son père et de Fabiana, son épouse, la moquerie parfois (leur vocabulaire a une génération d’écart), et puis ce sentiment qui naît peu à peu, qui n’est pas tout à fait ce qu’on appelle un sentiment filial, mais qui s’en rapproche de plus en plus. On sourit beaucoup, un sourire de tendresse pour ces personnages éclatants d’humanité malgré la morosité des décors. Le malaise que provoque cette intrusion chez les trois personnages principaux, Sofía, Lucas et Fabiana, se règle le plus souvent par une moquerie, une formule ironique qui a le mérite de lui donner un nom. Et la « traduction » par Sofía de phrases ou d’attitudes dans son langage à elle est souvent irrésistible. Elle n’a pas la langue (et les pensées !) dans sa poche, notre Sofía, elle observe et n’hésite pas à faire savoir, à son père ou plus souvent au lecteur, ce qu’elle pense de ce qui  lui paraît ridicule ou simplement bizarre chez les adultes.

Eduardo Sacheri a parfaitement su trouver les mots et les expressions d’une fille de 14 ans, tout en gardant la distance du romancier adulte, ce qui lui permet d’ajouter la profondeur à l’humour. Il en profite d’ailleurs pour offrir une réflexion intéressante sur le « métier » de romancier et les limites du succès commercial dans le domaine de l’édition. Tout doucement, Sofía se rend compte que les adultes sont parfois un peu  compliqués et que, si l’apparence des uns peut correspondre à ce qu’ils sont vraiment, celle de beaucoup d’autres est sinon trompeuse, du moins hors de leur personnalité véritable. Quant à Lucas, c’est en direction de lui-même que l’arrivée de cette fille non prévue le fait nettement progresser.  Tout le monde y gagne, à commencer par le lecteur, qui a passé un excellent moment en leur compagnie.

Dark par Edgardo Cozarinsky

Depuis une vieillesse un peu sommeillante, un écrivain argentin, lassé de raconter des anecdotes toujours un peu vides et vaines que lui demandent les journalistes et les biographes, tente de se recréer son adolescence et ce qui l’a marqué en particulier, sa rencontre avec un adulte inconnu et secret, Andrés. Commence alors une étrange relation. L’adolescent, qui dit s’appeler Víctor, est élevé dans le cadre strict de la petite bourgeoisie portègne. Andrés lui fait découvrir des lieux qui lui seraient restés interdits ou inconnus, restaurants pleins de gens parlant allemand, revues de music hall importées de Paris avec des filles nues. Sans jamais se dévoiler, Andrés donne au jeune homme des conseils de vie, l’aide à se découvrir lui-même au moment précis où l’adolescent découvre les joies du sexe avec une cousine un peu plus âgée. En à peine quelques semaines, l’enfant timide et naïf aura découvert qui il est vraiment et ce qu’il sera pour le reste de ses jours.

Au moyen d’incessants allers-retours entre le présent du vieillard et le moment privilégié qu’il tente de reconstituer pour lui-même, Edgardo Cozarinsky tisse un récit qu’il veut imparfait (les failles de la mémoire…) dont la beauté naît de la pudeur et du mystère. Les paroles sont rares dans la famille de Víctor. Entre lui et Andrés, elles se réduisent à l’essentiel : il faut que l’homme que sera Víctor naisse de l’enfant qu’il est encore en partie, c’est la mission d’Andrés. Les mots pour essayer d’approcher ce qu’est cette relation ne seront jamais échangés entre les deux protagonistes, c’est l’écrivain devenu vieux qui se les propose à lui-même, et par conséquent au lecteur. Les attitudes peuvent elles aussi surprendre. Alors que rien dans leurs relations n’a la moindre ambiguïté, vu de l’extérieur on pourrait croire, peut-être… On ? Qui est ce on ? Et que croire ? Serait-ce le regard d’une société trop méfiante ? Le lecteur ne serait-il pas, lui aussi, un peu voyeur ou dans l’attente d’une révélation graveleuse ? L’essentiel n’est pas là : l’adolescent apprend, grandit, et pas seulement dans son corps. Mais jusqu’où peuvent mener ces découvertes ? Les risques, s’il ne les voit pas clairement, sont bien là, moraux et même politiques (grâce à une très courte allusion, glaçante), seul le lecteur en est conscient. On notera que ce n’est sûrement pas un hasard si Víctor, le pseudonyme que se choisit le garçon au moment même de sa rencontre avec Andrés, est aussi le nom du personnage principal du film Ronda nocturna réalisé en 2005 par Edgardo Cozarinsky.

Au centre de ce très beau roman, et là aussi de la manière la plus subtile, se trouve la littérature (on pourrait mettre un L majuscule, mais ce serait grandiloquent), celle que dévore le garçon, qu’assez longtemps il prend pour la vie avant de se rendre compte grâce à son initiateur que la vie est aussi hors des livres, même des meilleurs. La littérature, c’est également celle que le jeune homme voudrait créer, car depuis toujours il sait qu’il sera écrivain ; il n’arrive encore à rien, mais ce n’est qu’une question de temps. C’est enfin celle que l’écrivain, disons plutôt Edgardo Cozarinsky nous offre avec Dark, un cadeau immense, merveilleux.

Christian ROINAT

Le bonheur, c’était ça de Eduardo Sacheri, traduit de l’espagnol (Argentine) par Vanessa Capieu, éd. Héloïse d’Ormesson, 256 p., 19 €. Eduardo Sacheri en espagnol : El secreto de sus ojos / Papeles en el viento / La noche de la Usina, Alfaguara. Eduardo Sacheri en français : Dans ses yeux, Denoël et 10/18 / Petits papiers au gré du vent, Héloïse d’Ormesson.
Dark d’Edgardo Cozarinsky, traduit de l’espagnol (Argentine) par Jean-Marie Saint-Lu, éd. Grasset, 142 p., 14 €. Edgardo Cozarinsky en espagnol : Dark / Lejos de dónde / La tercera mañana, Tusquets / La novia de Odessa / Borges y el cinematógrafo, Emecé / El rufián moldavo, Seix Barral. Edgardo Cozarinsky en français : La fiancée d’Odessa / Le ruffian moldave, Actes Sud / Loin d’où / De l’argent pour les fantômes, éd. Grasset.

« D’un monde à l’autre » : fragments d’une cosmologie brésilienne aux éditions de l’EHESS

Agnès Clerc-Renaud, anthropologue et maître de conférences à l’Institut d’ethnologie de l’Université de Strasbourg, membre du laboratoire DynamE (CNRS/Unistra), s’intéresse notamment à la façon dont les relations de parenté rituelle et la construction sociale des figures sanctifiées du Nordeste brésilien traduisent des recompositions identitaires en contexte de changement social.

Que se cache-t-il derrière l’apparente homogénéité de ce que nous appelons des  « catholicismes populaires » ?  À travers l’ethnographie au long cours d’un village côtier du Nord-Est brésilien, Agnès Clerc-Renaud nous plonge au cœur du quotidien de familles de pêcheurs confrontées à l’arrivée massive de touristes dans les années 1990. Mais au-delà du portrait d’une société en voie de mutation rapide sous les effets de la modernité globalisée, l’auteur dévoile la vitalité d’une religiosité singulière par son analyse des principaux rituels : baptêmes et funérailles d’une part, cultes aux morts et aux saints d’autre part.

La visée eschatologique n’est pas tant celle du Jugement dernier de la doctrine catholique que celle du maintien d’une circulation des êtres entre « ce monde » et « l’autre monde ». Voilà qui évoque des dispositifs similaires chez les Amérindiens et nous renvoie à des strates enfouies de l’historicité locale, puisque les populations autochtones sont depuis longtemps dépossédées de leurs terres et invisibilisées dans cette région. Les bouleversements d’aujourd’hui entrent en résonance avec ceux de jadis.

Les Éditions de l’EHESS ont pour mission de diffuser auprès de la communauté scientifique et d’un public curieux des sciences sociales, des recherches exigeantes et novatrices. En accord avec la tradition expérimentale de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, elles participent à l’exploration de nouveaux champs de savoirs et travaillent au projet intellectuel des sciences sociales, dans la pluralité des manières de faire, des terrains et des périodes qui organisent ces disciplines.

D’après le service de presse de l’EHESS

« D’un monde à l’autre », par Agnès Clerc-Renaud, éditions de l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales).  29 €.

Promesse colombienne au Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand

La Colombie est l’invitée d’honneur du 39e Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand qui se tiendra du 3 au 11 février. Ce n’est un secret pour personne, la Colombie est à un tournant de son histoire. Certes, les résultats du référendum qui s’est tenu en octobre dernier, et à l’issue duquel une courte majorité de Colombiens a rejeté l’accord de paix négocié et signé avec la guérilla, a déjoué les pronostics. Mais le cessez-le-feu est là ; le désir de paix plus fort que jamais, même s’il reste encore des étapes pour la construire. 

Panser les plaies. Penser demain. Cet immense espoir est bien entendu en premier lieu celui d’une jeune génération. C’est précisément cette génération que nous avons le plaisir de convier sur les écrans clermontois. C’est au travers de leur regard que nous invitons le public à devenir colombien, le temps d’un festival. Une trentaine de films récents, réalisés entre 2007 et aujourd’hui, permettront de se plonger dans la vision que de jeunes et talentueux réalisateurs nous livrent de leur pays, de leur société, de leur imaginaire. On y retrouvera quelques noms déjà passés par Clermont : Ivan Gaona, Franco Lolli (qui sera également au jury international cette année), Monica Bravo, Rubén Mendoza… La programmation fera la part belle aux films inédits, même si elle n’exclura pas quelques rediffusions de courts sélectionnés ou primés lors d’éditions précédentes.

C’est à travers la fiction qu’une majorité de voix singulières s’expriment aujourd’hui dans le court métrage colombien. Fiction parfois très en prise avec la réalité : cicatrices de guerres, migration, violence sociale sont abordées sans concession chez certains. D’autres explorent avec la même acuité l’adolescence, la ruralité ou encore la sexualité. Le point commun de tous : le goût de raconter des histoires. Des histoires à partager, bien entendu. Avec toute une palette de personnages marquants, attachants ou inquiétants, qui nous invitent à l’émotion, au frisson ou nous entraînent parfois dans leur mystère. Bref, un ensemble de films qui permettra de dépasser les clichés auxquels ce pays est bien souvent réduit dans les représentations qu’on en donne.

Ces six programmes de Promesses Colombiennes témoignent également d’un avenir riche et créatif pour le cinéma colombien, qui se démarque aujourd’hui sur la scène internationale. En complément des films, les festivaliers pourront apprécier une double exposition à la salle Gaillard, en partenariat avec Bogoshorts, le festival de Bogotá. Une délégation de réalisateurs et producteurs colombiens seront également présents à Clermont, ainsi que des étudiants de cinéma colombiens qui viendront participer à l’Atelier, l’école de cinéma éphémère du Festival.

Service de presse – Site

Chili et Colombie : le président François Hollande en Amérique latine

En cette fin janvier, le président François Hollande a été reçu en visite officielle au Chili (21 et 22) et en Colombie (23 et 24) « pour resserrer les liens entre l’Europe et l’Amérique latine« . La visite en Colombie est un soutien  pour la paix et marque le début de l’année croisée Colombie – France 2017. Le rendez-vous chilien lance l’Année de l’Innovation entre la France et le Chili.

Photo : Musée de la Mémoire – Chili

« Le Chili représente tant une douleur qu’un espoir »

S’adressant à la présidente Michelle Bachelet, ces mots du président Hollande se réfèrent d’abord au coup d’État de 1973. Les deux présidents ont visité le Musée de la mémoire et des droits de l’homme de Santiago. Accompagné d’Isabel Allende, fille du président Salvador Allende et sénatrice, le président français a tenu à rendre un hommage à Salvador Allende sur sa tombe au cimetière général de Santiago. Espoir aussi, une vision positive qui souligne « ce que nous avons été capables de faire, l’accueil des exilés chiliens et l’accompagnement du pays vers la démocratie. Le Chili est aujourd’hui un pays stable du point de vue politique, dynamique du point de vue économique et ouvert au monde. Un exemple pour tous ».

S’adressant à la présidente Michelle Bachelet, il a exprimé « toute la solidarité du peuple français » face aux gigantesques incendies qui affectent le Chili (1). Passant au politique, il déclare que « Vous avez courageusement conduit de nombreuses réformes qu’il fallait faire. Nous partageons tous les deux cette volonté en faveur de l’éducation, de la justice sociale, du droit des femmes si importantes pour vous », rappelant ainsi que Michelle Bachelet a été la directrice de l’agence ONU-Femmes des Nations unies avant d’être élue. De son côté, la présidente chilienne souligne que « la relation bilatérale avec la France permet aux deux pays d’avancer et renforcer la coopération dans des domaines tels que la santé, la culture, le genre, le tourisme, la défense et l’éducation ».

2017, Année de l’Innovation entre le Chili et la France

Les deux présidents ont finalement lancé l’opération « 2017, l’Année de l’Innovation ». Comme l’explique Jean-Claude Reith, conseiller de coopération à l’ambassade de France et directeur de l’Institut français au Chili, « nos chefs ont voulu cibler notre travail autour de secteurs clés comme les énergies renouvelables, la biologie marine, le développement durable, la gestion de l’eau, l’observation de la Terre. Il s’agit de valoriser les quelques deux mille opérations liant les établissements d’enseignement supérieur et de recherche français et chiliens. Près de quatre cents chercheurs français viennent chaque année collaborer avec leurs homologues chiliens et soutenir l’activité de nos quatorze laboratoires communs, donnant lieu à près de mille publications scientifiques conjointes » (2). Première activité : la visite par le chef de l’État du champ photovoltaïque El Bolero en plein désert d’Atacama, opéré par l’entreprise française EDF Énergies Nouvelles et la japonaise Marubeni.

Accompagné d’une trentaine de chefs d’entreprise, le président français a bien sûr promu des accords commerciaux avec les deux pays. Pour le président français, « Le protectionnisme est la pire des réponses. Il empêche les échanges, nuit à la croissance et affecte l’emploi… » (3). Comme une réponse aux déclarations du président Trump…

Jac FORTON

(1) Plus de 130 000 hectares détruits par 43 incendies… Plusieurs spécialistes français des incendies de forêts sont partis au Chili « pour aider et conseiller » les services d’urgence chiliens.   (2) Dans le Boletín científico  de juillet 2016.     (3) Cité dans le journal Ouest France en ligne du 21 janvier 2017.

François Hollande en Colombie : main tendue ou trompe-l’œil ?

Après sa visite au Chili, c’est en Colombie que François Hollande a poursuivi son voyage en Amérique latine. L’objectif est de consolider les relations France-Colombie, entre cérémonie officielle et réunions diplomatiques.

Photo : Palacio Nariño

François Mitterrand avait été le dernier président français à se rendre en Colombie en 1989. Il aura fallu attendre presque trente ans pour que François Hollande, depuis 2012, entreprenne plusieurs visites dans le Cône Sud. C’est dimanche dernier qu’a atterri le chef de l’Hexagone en Colombie pour un séjour diplomatique de deux jours, marque sensible du soutien français aux accords de paix entamés entre le gouvernement colombien et les FARC. Ceux-ci prévoient principalement la mise en place de 26 campements destinés à recevoir les armes des guérilleros dans les six mois, sous l’œil vigilant de l’ONU.

Un programme chargé

Lundi, la visite de François Hollande s’est ouverte par une cérémonie d’hommage à Simón Bolívar dans la Quinta Bolivar, suivie d’une réunion au palais présidentiel (la Casa de Nariño) avec le président colombien Manuel Santos, et clôturée par le ballet Recital du chorégraphe français Mourad Merzouki au théâtre Colón de Bogotá.

Mardi, notre président s’est entretenu avec quelques représentants des victimes du conflit armé à la résidence de France, avant d’aller à Cali (sud-ouest) accompagné de son homologue, près d’une zone repère des guérilleros. Là-bas, il a rencontré Jean Arnault, émissaire de l’ONU des accords de paix. Lesdits accords prévoient notamment un renforcement de la coopération entre les deux pays d’ici 2020, coopération avant tout financière : accroissement des investissements dans le tourisme, financement de programmes éducatifs et de la recherche scientifique. Rappelons que la France fournit presque 18 % des 95 millions d’euros constituant le fonds européen lancé à Bruxelles en décembre. De quoi confirmer la visite de Juan Manuel Santos en France cet été, à l’occasion de l’année croisée France-Colombie.

Une initiative contestée

Le 8 janvier 2017, le chef de l’opposition au gouvernement colombien Álvaro Uribe avait lancé un tweet grinçant à François Hollande, accusant la magnanimité dont les accords font preuve envers les FARC. En outre, certaines zones de normalisation ne sont pas encore opérationnelles à défaut de constructions solides, de réseaux électriques et d’eau courante. Cela explique probablement pourquoi pas moins de cinq mille guérilleros n’ont toujours pas rejoint ces campements…

Lou BOUHAMIDI

Manifestation massive des femmes aux États-Unis : actualités de la semaine du 18 au 24 janvier 2017

 Mercredi 18 janvier ǀ CUBA ǀ  Le pays et les États-Unis ont signé un accord de coopération en matière de lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue, la traite de personnes et la cybercriminalité, consolidant leur rapprochement quatre jours avant l’installation de Donald Trump à la Maison-Blanche, a rapporté le quotidien officiel Granma.

Jeudi 19 janvier ǀ BRÉSIL ǀ   Teori Zavascki juge de la Cour suprême, responsable du volet politique du scandale de corruption Petrobras, est mort dans un accident d’avion pour une raison indéterminée. Cette disparition tragique fait craindre un ralentissement des enquêtes.

Vendredi 20 janvier ǀ MEXIQUE ǀ   Le président Enrique Peña Nieto a félicité Donald Trump pour son investiture à la présidence tout en souhaitant un dialogue « respectueux » avec celui qui avait tenu un discours très anti-mexicain durant sa campagne. D’autre part, le narcotrafiquant Joaquín Guzmán, « El Chapo« , a plaidé non coupable lors de sa première comparution devant un magistrat états-unien. Son cartel est accusé d’avoir distribué, depuis près de vingt-cinq ans, plusieurs milliers de tonnes de drogue colombienne, héroïne, cocaïne, marijuana, méthamphétamines, à travers les États-Unis.

Samedi 21 janvier ǀ PÉROU ǀ   Les anciens présidents Alan García, Alberto Fujimori, Alejandro Toledo et Ollanta Humala, ainsi que l’actuel président Pedro Pablo Kuczynski font l’objet d’enquêtes judiciaires liées à l’affaire de corruption Odebrecht et autres. On parle de 29 millions de dollars reçus pour obtenir des entreprises brésiliennes des contrats de grands travaux d’infrastructure.

Dimanche 22 janvier ǀ VENEZUELA ǀ  Le pays demande à Donald Trump d’abroger le décret de son prédécesseur Barack Obama le qualifiant de « menace » pour la sécurité des États-Unis, a déclaré la ministre vénézuélienne des Affaires étrangères, Delcy Rodríguez, dans une interview à une chaîne privée.

Dimanche 22 janvier  ǀ ÉTATS-UNIS ǀ  Suite à l’intronisation du nouveau président des États-Unis, Donald Trump, de gigantesques manifestations anti-Trump, en majorité des femmes, ont eu lieu non seulement  dans tout le pays, mais aussi dans de nombreuses villes dans le reste du monde.

Lundi 23 janvier ǀ RÉPUBLIQUE DOMINICAINE ǀ   Punta Cana est le siège du 5e Sommet de la CELAC, la Communauté des États latino-américains et caribéens. Au sommaire : la sécurité alimentaire, les migrations, le développement et la drogue. Parallèlement s’est tenue la « Rencontre des mouvements sociaux et des forces politiques pour la paix et l’intégration de notre Amérique ». Voir notre article principal.

Mardi 24 janvier ǀ BOLIVIE ǀ Le président Evo Morales annonce des changements dans son cabinet. Fernando Huanacuni remplace David Choquehuanca au poste clé des Affaires étrangères. Parmi les nouveaux ministres : René Martínez (Présidence), Héctor Arce (Justice et Transparence), Mariana Prado (Développement) et Héctor Hinojosa (Travail).

Guy MANSUY

Oscar López Rivera, 35 ans en prison, gracié par Obama juste avant son départ

Mardi 10 janvier  ǀ  HAÏTI ǀ  Le Canada promet 6 millions de dollars sur deux ans pour lutter contre l’épidémie de choléra qui a fauché 10 000 vies depuis que des Casques bleus ont introduit la maladie dans le pays, en 2010. L’ambassadeur du Canada à l’Organisation des Nations unies (ONU) invite les États membres à emboîter rapidement le pas pour corriger « une situation exceptionnelle qui exige une réponse exceptionnelle« .

Mercredi 11 janvier ǀ  MEXIQUE ǀ  Le président Enrique Peña Nieto et le président états-unien récemment élu ont à nouveau affiché leur différend sur le financement du mur frontalier voulu par Donald Trump, avant d’entamer des négociations – notamment commerciales – qui s’annoncent compliquées. « Le Mexique ne paiera pas« , a insisté le président devant les ambassadeurs réunis au palais national.

Jeudi 12 janvier ǀ  CUBA ǀ  Le président Barack Obama a annoncé, avec effet immédiat, la fin d’un dispositif en place depuis des décennies accordant un permis de séjour aux immigrants clandestins cubains arrivés sur le territoire américain. L’abrogation de ce régime spécial répond à une demande de longue date du l’État communiste qui y voyait une incitation à l’exil de ses ressortissants.

Vendredi 13 janvier  ǀ VENEZUELA ǀ    Le « commando anti-coup d’État« , mis en place par le président Nicolas Maduro, est devenu le bras armé du gouvernement sur fond de tensions croissantes entre gouvernement et opposition. « Vous en assumerez les conséquences« , avait prévenu le chef de l’État après le vote au Parlement d’une motion condamnant l’action du président pour « manquement aux devoirs » de sa fonction, en lui attribuant la responsabilité de « la crise sans précédent » qui secoue le pays.

Dimanche 15 janvier  ǀ COLOMBIE  ǀ   Le gouvernement a engagé,  à Quito en Équateur, des conversations avec l’ELN, l’Armée de libération nationale, l’autre guérilla colombienne, en vue d’accords de paix.  Si elles se concluent positivement, ce serait la fin complète de 50 ans de guerre civile en Colombie.

Lundi 16 janvier  ǀ HONDURAS ǀ   Un des meurtriers présumés de la dirigeante sociale indigène Berta Cáceres l’année dernière a été arrêté au Mexique et extradé au Honduras pour y être jugé. Il s’agit de Henry Hernández, un ancien militaire. Berta Cáceres s’opposait à la construction du barrage Agua Zerca sur le rio Gualcarque et défendait les droits des Indiens lencas. Un autre détenu est Dario Cardona, l’ancien vice-ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement.

Mardi 17 janvier  ǀ PUERTO RICO ǀ    Oscar López Rivera était un indépendantiste portoricain qui luttait contre la colonisation de l’île par les États-Unis. Emprisonné il y a 35 ans pour son opposition politique au rattachement de Puerto Rico aux États-Unis, c’est le plus vieux (74 ans) et le plus long (35 ans) prisonnier politique du continent. À la demande de sa famille et à la suite de diverses mobilisations, le président Barack Obama l’a gracié.

Guy MANSUY

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