Archives mensuelles :

août 2016

Défense combative de la présidente Dilma Rousseff contre sa destitution

Tout est légal pour les uns, c’est un coup d’État pour d’autres. 61 des 81 sénateurs ont voté pour la destitution. Rousseff définitivement écartée, Temer et la droite prennent le pouvoir sans élections…

Photo : Site Fragil

La présidente est accusée de « pédalage fiscal », c’est-à-dire l’emprunt temporaire en fin de mandat de fonds à une banque pour financer des réformes et des programmes sociaux, ce que l’opposition appelle « un maquillage des comptes ». Ce n’est pas la procédure qui serait le « crime » de la présidente mais le fait qu’elle n’a pas requis l’autorisation du Parlement pour ces emprunts. Il s’agirait donc d’un « crime de responsabilité ». Le plus étrange est que les six présidents précédant Dilma Rousseff ont tous utilisé cette procédure sans avoir être jamais été inquiétés.

Tout est légal pour les uns…
Une vraie farce pour les autres

Selon les sénateurs pro-destitution, la procédure est tout-à-fait légale et en respect de la Constitution car elle a d’abord été votée par une majorité de députés de la Chambre basse, puis par une Commission spéciale du Sénat, et enfin par une session plénière du Sénat. Tout serait donc légal… Légal peut-être, mais complètement illégitime selon les partisans de Dilma Rousseff. Lors de la troisième journée des plaidoiries des deux parties devant le plenum du Sénat, les sénateurs ont écouté entre autres défenseurs de la présidente Nelson Barbosa, ancien ministre des Finances, le professeur de droit Ricardo Lodi, puis l’économiste Luiz Gonzaga. Pour ces personnalités, la présidente n’a pas violé les lois fiscales et n’a retiré aucun bénéfice personnel de ses décisions. Les sénateurs pro-Dilma Paulo Paim et Vanessa Grazziotin estiment « lamentable » que durant le témoignage de Barbosa, de nombreux sénateurs pro-destitution n’étaient même pas présents. « Puisque les sénateurs sont devenus des juges devant condamner ou innocenter un accusé, il doivent écouter les témoignages à charge et à décharge pour se faire une opinion informée. Leur absence prouve que ce jugement n’est qu’une comédie, une farce. »

Dilma Rousseff combative
face à ses juges

Le lundi 29 août, Dilma Rousseff se retrouve face aux 81 sénateurs. Elle dirige son discours vers ceux  qu’elle « est venue regarder dans les yeux » en référence à une photo célèbre de sa condamnation à l’âge de 22 ans par des juges militaires pour son opposition à la dictature : Dilma Rousseff regarde le photographe pendant que les juges cachent leurs visages pour ne pas être reconnus. Mais c’est aussi un discours dirigé au peuple et pour l’histoire du Brésil : « Je ne lutte pas ici pour mon mandat, par vanité ou soif de pouvoir. Je suis venue lutter pour la démocratie, la vérité et la justice ».

Les sénateurs
accusent

Lorsque le sénateur Alvaro Dias affirme que la procédure de destitution a commencé par des manifestations anti-gouvernement dans la rue, la réponse de Rousseff est cinglante : « Non monsieur, elle a commencé dans les mains de Eduardo Cunha », le président de la Chambre des députés destitué de son poste pour corruption (5 millions de dollars cachés en Suisse). « Je n’ai pas commis de crime de responsabilité, je n’ai pas de comptes à l’extérieur, je ne me suis pas enrichie avec de l’argent public… », une référence au fait que plus de la moitié des sénateurs de l’accusation sont soupçonnés de corruption ou ont été mis en examen dans le cadre du scandale financier Petrobras (des milliards donnés à des politiciens corrompus des cinq principaux partis politiques).

Dilma Rousseff
contrattaque

« Il n’est pas légitime d’écarter un président pour l’ensemble de son travail. Cela, seul le peuple et le vote peuvent le faire… Les élites autoritaires ne voient pas la volonté du peuple comme une source de légitimité : elles veulent le pouvoir à tout prix… Moi, je n’ai jamais changé de bord… Je suis jugée pour un crime que je n’ai pas commis alors que Cunha n’est pas encore jugé pour des délits prouvés… Nous sommes à un pas d’une grave rupture institutionnelle, de la réalisation d’un véritable coup d’État… ». Et un dernier message destiné aux quelques sénateurs encore indécis : « Votez contre la destitution, votez pour la démocratie ».

Les étranges discours
des parlementaires

Lors du vote des 513 députés le 17 avril dernier, la majorité des votants pro-destitution l’a fait au nom de Dieu, de la religion, de l’épouse, des enfants, de la famille, de la morale, presque jamais pour un délit quelconque ! Les sénateurs ne s’en sortent pas mieux : 60 % d’entre eux sont mis en examen pour corruption mais bénéficient de l’immunité parlementaire. Eduardo Cunha, le véritable initiateur de l’accusation contre Dilma Rousseff, non seulement a été exclu de la présidence de l’Assemblée nationale pour corruption, mais il a menacé ses collègues « de tout raconter » s’ils ne votaient pas pour la destitution. Dans d’autres parages, on appellerait cela du chantage. Vu le nombre de parlementaires qui lui obéissent, il doit en avoir des choses à raconter…

Prochaine étape :
éliminer Lula ?

La seule personnalité de gauche qui pourra menacer la droite aux élections de 2018 est Lula da Silva. Il faut donc tout faire pour l’écarter. La Police fédérale, très favorable à la droite, vient de l’accuser pêle-mêle de corruption passive, blanchiment d’argent et dissimulation de patrimoine ! Elle accuse Lula d’être le vrai propriétaire d’un appartement qui a été construit par une entreprise accusée de corruption dans le scandale Petrobras. Lula dit qu’il a effectivement envisagé d’acheter cet appartement, mais qu’il a finalement décidé de ne pas l’acquérir et que l’entreprise de construction l’a remis à la vente. Pour le moment, les accusateurs n’ont apporté aucune preuve de corruption de Lula.  L’important, tant dans le cas de Dilma Rousseff que de Lula da Silva n’est pas de prouver des délits, mais, avec l’aide d’une presse très liée à la droite, d’accuser…

Un président peu apprécié,
la justice aux trousses

De peur de se faire huer comme il le fut lors de l’inauguration des JO, le président par intérim Temer n’a pas osé se présenter à la cérémonie de fermeture des Jeux. Sa popularité ne dépasse pas les 14 % ! De plus, des directeurs de l’entreprise BTP Odebrecht ont déclaré à la justice qu’ils ont « fait don » sur un compte caché à l’étranger de trois millions de dollars pour financer la campagne présidentielle de Temer en 2010. La justice, saisie de cette accusation, a décidé de s’y intéresser « plus tard ». Autre problème : lorsque Rousseff a signé les décrets nécessaires au « pédalage fiscal » qui est le « crime » dont on l’accuse, Michel Temer était son vice-président et les a également signés. Alors pourquoi n’est-il pas aussi mis sur la sellette ? Temer se frotte les mains : une fois la destitution votée, il s’envolera vers le sommet G-20 de Pékin rencontrer son ami Obama qui a déjà fait savoir qu’il ne voyait rien à redire à la procédure en cours. Temer s’envolera avec plusieurs des ministres de son cabinet  (que des hommes, que des Blancs).

Dernière minute 

61 sénateurs sur 81 ont voté la destitution. « C’est la deuxième fois que j’affronte un coup d’Etat dans ma vie. D’abord, ce fut le militaire (en 1964), qui m’a affectée quand j’étais une jeune militante, maintenant c’est le coup parlementaire qui m’écarte du poste pour lequel j’ai été élue », dit l’ancienne présidente.

Jac FORTON

Le gouvernement colombien et les FARC se sont déclarés la paix !

Après quatre ans de négociations serrées à La Havane, le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les dirigeants des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont signé ce qui s’appelle officiellement « l’Accord général pour la fin du conflit et la construction d’une paix stable et durable », mettant ainsi fin à une guerre de plus de 52 ans.

Photo : Larepubliquedepyrennes.

Le texte a été signé par le général Humberto de la Calle pour le gouvernement et Luciano Marín (alias Iván Márquez) pour les FARC, en présence des ambassadeurs de Cuba et de la Norvège en tant que « pays garants » et du Chili et du Venezuela en tant que pays « accompagnateurs » des négociations. L’acte officiel public de la signature aura lieu à une date non encore définie mais proche. Cet acte officiel marquera le début de la mise en pratique des accords. Les FARC auront alors six mois pour rendre les armes et entrer en politique.

Les six points des accords et le congélateur

Les négociations concernaient six thèmes majeurs. Il était convenu que l’Accord général ne serait signé que si les six accords qui le composent étaient signés. Pour y arriver, les négociateurs ont utilisé la méthode du congélateur : tout point difficile à régler était placé temporairement au congélateur pour être repris plus tard jusqu’à l’accord final. Les six accords sont : 1) Réforme rurale intégrale ; 2) Participation politique des FARC ; 3) Solution au problème des drogues illicites ; 4) Accord sur les victimes ; 5) Fin du conflit armé ; 6) Accord sur la mise en pratique, le referendum et la vérification.

Remise des armes sous contrôle de l’ONU

Les accords prévoient 22 zones de concentration et 6 campements (et non 31 comme prévu initialement) où se rassembleront les colonnes des FARC pour rendre leurs armes. Cela se fera sous contrôle d’observateurs militaires internationaux (en civil et désarmés) en mission pour  l’ONU sous le commandement du général argentin Javier Perez Aquino. Le côté civil de l’ONU sera représenté par le Français Jean Arnault.

La guerre est finie

Le président Juan Manuel Santos a donné l’ordre de cessez-le-feu définitif contre les FARC qui avaient déjà déclaré une trêve unilatérale en 2015. « On peut maintenant proclamer la fin de la guerre et le début du combat des idées… Toute ma vie, j’ai été un implacable adversaire des FARC [il a été ministre de la Défense du président Álvaro Uribe]. Mais je défendrai avec la même détermination, leur droit à s’exprimer et à suivre leur combat politique par les voies légales ». De son côté, Rodrigo Londoño (alias Timochenko, dirigeant des FARC) tient le même discours : « L’accord final permettra aux FARC d’enfin reprendre l’exercice politique légal par la voie pacifique et démocratique ». Le parti politique que vont créer les FARC recevra d’office une représentation de 5 sièges au Parlement et au Sénat pour les deux prochaines élections de façon à lui procurer un espace d’expression.  Après, il devra s’exposer au vote du peuple.

Les fausses « infos » de l’opposition

L’ancien président Uribe est viscéralement opposé à l’Accord. Pour gagner l’appui des Colombiens, la presse qui le soutient inonde ses lecteurs de fausses informations : « Santos va remettre le pouvoir aux FARC et au Castro-Chavisme », « Il y aura impunité totale pour les crimes contre l’humanité commis par les FARC », « Les chefs guérilleros ne pourront pas être éligibles », « Les guérilleros vont recevoir plein d’argent », etc, titrent ces journaux. Tout est faux, bien sûr.

Les Colombiens vont-ils voter contre les Accords de paix avec les FARC ?

Cette désinformation systématique de certains médias semble porter ses fruits. Maintenant que les accords sont signés, ils seront soumis à un referendum populaire le 2 octobre, devant les avaliser ou les rejeter. Et ce n’est pas gagné : un sondage récent montre que 50 % des Colombiens seraient contre la signature de l’Accord, pour 39 % en faveur. La Cour Constitutionnelle indique que le referendum sera valide si 13 % de l’électorat votent ‘SI’, soit 4,5 millions de personnes.  Pour Humberto de la Calle, négociateur principal du président Santos, « un ‘NO’ ouvrirait une période d’incertitude,  serait un retour au passé et susciterait un sentiment de calamité et de pessimisme qui affecterait le développement du pays ». La question du referendum sera : « Appuyez-vous l’accord final pour la fin du conflit, SI  ou  NON ?».  La parole est au peuple le 2 octobre…

Jac FORTON

SUIVIS…

Guatemala : Où en est le procès pour génocide
contre Ríos Montt et Rodríguez Sánchez ?

Suivi de nos articles des 7 janvier 2015 et 14 et janvier 2015.

Depuis l’annulation de la sentence de 2013 (80 années de prison pour génocide), le procès contre l’ex-dictateur Efraín Ríos Montt et José Maurico Rodríguez Sánchez (son directeur du renseignement militaire) a finalement repris le 16 mars 2016. L’Association justice et réconciliation et le Centre d’action légale pour les droits humains, organisations plaignantes, qui ne reconnaissent pas l’annulation de la sentence de 2013, dénoncent l’illégalité intrinsèque de ce nouveau procès. Elles ont demandé que les cas Ríos Montt et Rodríguez Sánchez soient séparés. Le Tribunal s’est rendu à Nebaj, capitale de la région Ixil, pour recevoir les témoignages des victimes les plus âgées et malades ne pouvant se déplacer à Ciudad de Guatemala. Début mai, la Cour d’appel a décidé de séparer les cas des accusés, décision qui doit encore être approuvée par la Cour constitutionnelle. Si elle la confirme, cela impliquera l’annulation de ce second procès. Tous les témoins devront alors venir raconter ce qu’ils ont vécu deux fois de plus – une pour chaque accusé. Les avocats parlent d’une triple victimisation. Cela impliquera aussi que deux nouveaux tribunaux devront être mis sur pied pour juger les cas indépendants des deux accusés. Alors que le 10 mai 2016 était célébré le 3ème anniversaire de la sentence historique de 2013, les organisations plaignantes craignent que le début des deux nouveaux procès tarde encore plusieurs mois. Les témoins vieillissent : deux d’entre eux sont déjà décédés et la santé de plusieurs autres décline…

Extraits de la revue Solidarité Guatemala n° 218 de juillet 2016. SITE.

Journalisme, un métier dangereux.
Le cas du Mexique

Suivi de nos articles des 9 juillet 2015 et 15 juin 2016

Selon l’ONG Article 19, un journaliste est assassiné au Mexique tous les 26 jours ! Durant le premier semestre de 2016, il y a eu 218 agressions contre la presse : agressions physiques ou contre les matériels, intimidation,  menaces de mort, « détentions temporaires » par des inconnus ou attaques contre des médias. Alors que le discours officiel est que ces agressions proviennent du crime organisé, l’ONG a montré qu’au moins 101 d’entre elles furent perpétrées par des fonctionnaires publics. Article 19 est une organisation internationale indépendante de défense des droits humains qui « protège et promeut le droit à la liberté d’expression ». Son nom provient de l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui garantit la liberté d’expression. SITE.

Colombie : Les Colombiens vont-ils voter contre
les Accords de paix avec les FARC ?

Suivi de notre article du 29 juin 2016.

Depuis 2012, le gouvernement du président Juan Manuel Santos et les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) négocient des accords devant mettre fin à la guerre civile qui dure depuis 1964. Les accords signés jusqu’à présent concernent une réforme agraire, la lutte contre la drogue, les réparations aux victimes et le rendu de justice pour crimes contre l’humanité commis par les deux parties. Restent à finaliser les négociations concernant la réintégration des anciens guerrilleros à la vie civile et leur participation en politique. Lorsque tous les accords seront signés, ils seront soumis à un referendum populaire devant les avaliser ou les rejeter. Et ce n’est pas gagné… Un sondage récent montre que 50 % des Colombiens seraient contre la signature des Accords, pour 39 % en faveur. La Cour Constitutionnelle indique que le referendum sera valide si les votes favorables dépassent les 13 % de l’électorat, soit 4,5 millions de personnes. De plus, 75 % des Colombiens s’opposeraient à ce que les responsables des FARC puissent entrer en politique… Pour Humberto de la Calle, négociateur principal du président Santos, « un Non ouvrirait une période d’incertitude,  serait un retour au passé et susciterait un sentiment de calamité et de pessimisme qui affecterait le développement du pays ». Les FARC ont prévenu que, si elles ont accepté de déposer les armes devant la Commission spéciale des Nations unies, elles ne le feront qu’après avoir connu le résultat du referendum.

Jac FORTON

Le compositeur chilien Gustavo Becerra joué par Marcelo de la Puebla

C’est une rencontre au sommet exceptionnelle entre l’œuvre du compositeur chilien Gustavo Becerra et Marcelo de la Puebla, lui même fils d’un père chilien et d’une mère danoise, un des plus grands solistes guitaristes classiques de la génération actuelle. Le CD édité par Sonografic réunit des œuvres parmi les plus représentatives de Gustavo Becerra, figure la plus importante du panorama musical chilien d’avant garde de la deuxième moitié du XXe siècle.

Certaines d’entre elles sont dédiées à Marcelo de La Puebla qui a eu le privilège de collaborer avec le compositeur et en a fait des créations mondiales dans des Festivals internationaux. Il est en effet très rare qu’il se produise une telle osmose entre l’écriture musicale et son interprétation qui en restitue l’esprit, l’âme et les vibrations profondes. Cette rencontre au sommet n’est pas un hasard. Autant le compositeur que son interprète, tous les deux Chiliens, se sont nourris des traditions et des sources musicales latino-américaines qui confèrent une originalité particulière au langage musical de l’un et à l’interprétation de l’autre.

Gustavo Becerra Schmidt (né en 1925 à Temuco au Chili) a écrit une partie de son œuvre et a enseigné la musique dans son pays. Plusieurs oeuvres ont été inspirées par les poèmes de son grand ami Pablo Neruda. Ainsi par exemple Macchu Picchu ou La Araucania. Compositeur prolifique, Gustavo Becerra a laissé une œuvre d’une grande variété de formes et d’inspirations qui vont depuis les traditionnelles aux avant-gardistes : des chansons et cantates populaires jusqu’aux concertos pour piano, harpe, flûte et guitare en passant par des œuvres symphoniques, musique de chambre, musique électronique ou musique performative.

Diplomate, Gustavo Becerra a été nommé par le gouvernement de Salvador Allende comme attaché culturel à l’Ambassade du Chili à Bonn. Après le coup d’État de 1973, il a demandé l’asile politique en Allemagne. Il a enseigné la musique à l’Université d’Oldenburg et a continué à composer jusqu’à sa mort en 2010. Son influence directe ou indirecte sur des générations de compositeurs chiliens est considérable. On peut évoquer entre autres : Luis Advis, Sergio Ortega (auteur de El pueblo unido jamas sera vencido), Cirilo Vila, Gabriel Brncic, Herman Ramirez… Son influence s’étend beaucoup plus loin que le cercle de la musique docte. Son œuvre avait une répercussion directe sur le mouvement de la « nouvelle chanson chilienne » et sur la musique populaire.

Si la musique de Becerra est d’habitude assimilée à celle de l’avant-garde,  « son langage moderne » – dit son interprète Marcelo de la Puebla – « n’a rien à voir avec cette modernité cérébrale et aride, fruit des stériles recherches d’innovations et de provocations gratuites si fréquentes dans la musique occidentale. Chez Becerra, la modernité est spontanée, naturelle, lumineuse, dotée d’éléments traditionnels, enracinée dans le langage populaire. Sa modernité ne consiste pas en rupture ni invention qui partent de rien mais se nourrit des formes traditionnelles. Il y a dans sa musique une force tellurique et une énergie débordante avec des passages où la tendresse, l’humour, l’aspect humain, l’émotion, ne sont jamais absents. »

La rencontre de Marcelo de la Puebla, guitariste classique des plus remarquables de la génération actuelle, avec Gustavo Becerra et son œuvre ne pouvait être que prédestinée. Fils du guitariste populaire chilien et d’une pianiste classique danoise, Marcelo de la Puebla fait ses études de musique à la Faculté des Arts de l’Université du Chili. Par ses origines puis l’exil en France et ses multiples voyages, sa sensibilité et son parcours artistique sont nourris d’éléments pluriculturels. Il se passionne pour la musique populaire du Chili et d’autres pays latino américains, apprend à jouer de la harpe, du charango chilien, du guitarron. Puis il complète sa formation en France qu’il achève avec le 1er Prix du Conservatoire National d’Aubervilliers et le Diplôme Supérieur de l’École Nationale de Musique de Paris Alfred Cortot. Collectionneur de Prix prestigieux, il fait des tournées de concerts et donne des classes magistrales en Europe, en Amérique et en Afrique du Nord.

Plusieurs compositeurs lui dédient leurs œuvres. Ainsi Gustavo Becerra et Leo Brouwer, dont il fait des créations mondiales dans des festivals importants et des enregistrements discographiques. Ainsi par exemple, il a créé Les variations sur un thème de Victor Jara de Leo Brouwer à La Havane puis au festival de Upsala en Suède. Il travaille également avec des compositeurs marocains et crée leurs œuvres. Depuis les années 2000, il collabore avec Gustavo Becerra Schmidt qui lui a dédié en 2004 sa Sonate n° 4 que Marcelo de la Puebla a créée en 2005 au Festival de Tijuana au Mexique. Parallèlement à sa carrière internationale, Marcelo de la Puebla est professeur au Conservatoire Professionnel de Musique Cristobal de Morales à Séville où il vit.

Son dernier CD consacré à la musique de Gustavo Becerra offre un petit panorama de ses compositions pour la guitare qui a toujours occupé une place prépondérante dans son œuvre, instrument pour lequel le compositeur a mis en œuvre de nouvelles techniques aux limites de l’interprétation. Plusieurs œuvres sont dédiées à Marcelo de la Puebla. Ainsi le Concerto pour guitare et groupe de percussions et la Quatrième sonate pour guitare. Dans le premier, les instruments de même que la rythmique recréent une ambiance afro-américaine débordante de vitalité, évoquant dans certains mouvements la nature et dans d’autres l’esprit de la musique baroque.

Dans la Quatrième sonate pour guitare, les rythmes de la cueca chilienne recréés dans diverses variantes forment une sorte de cueca « cubiste », se fusionnant avec les sonorités des instruments mapuches. Dans trois chansons, Nana, un poème de Andrés Lopez Candelas, Manos de obreros, un texte de Gabriela Mistral, et  Sudor y latigo, un texte de Nicolas Guillén, il accompagne la grande soprano Carmen Serrano. Seconde sonate pour piano et Divertimento pour guitare et piano enregistré avec le pianiste espagnol Ignacio Torner, complètent le choix des oeuvres du CD. Fin 2016 sort le prochain CD de Marcelo de la Puebla, Fuentes, en hommage aux cultures et spiritualités du monde. Il va réunir des œuvres de Leo Brouwer (Cuba), Joaquin Rodrigo (Espagne), Agustin Barrios Mangoré (Paraguay), Mustafa Aicha Rahmani (Maroc), Nabil Benabdeljalil (Maroc), Ssu-Yu Huang (Chine), Colette Mourey (France), Gerard Drozd (Pologne) et Claude Coudimel (France).

Irène SADOWSKA

Chronos du 9 au 30 août 2016

SEMAINE du 9 au 16 août 2016

 Mardi 9 août  ǀ ARGENTINE ǀ  Les États-Unis publient des documents déclassifiés sur la dictature argentine. Des témoignages de torture, des lettres entre Jimmy Carter et le général Videla et des rapports diplomatiques figurent parmi les archives.

Mercredi 10 août ǀ BRÉSIL ǀ À 59 voix contre 21, le Sénat vote pour un procès en destitution de la présidente Dilma Rousseff. Il devrait s’ouvrir le 25 août, quatre jours après la fin des Jeux olympiques, et durer cinq jours. Dilma Rousseff a été suspendue de ses fonctions le 12 mai. Son ancien vice-président, devenu son rival, Michel Temer, 75 ans, assure depuis l’intérim. Les législateurs du Parti des travailleurs (PT) de Dilma Rousseff demandent la protection de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) contre le « coup d’État » au Brésil en appelant à des mesures de précaution pour Dilma Rousseff.

Jeudi 11 août  ǀ ARGENTINE ǀ  Le président Mauricio Macri réactive la polémique sur le nombre de disparus en disant qu’il n’a aucune idée « si ils étaient de 30 000 ou 9 000« . Il répudie des organismes de droits de l’homme.

Vendredi 12 août  ǀ VENEZUELA ǀ  La justice vénézuélienne a confirmé la condamnation à quatorze ans de prison pour incitation à la violence de Leopoldo López, figure de l’opposition.  » Il s’agit assurément d’un procès politique « , dénonce son avocat Me Gutierrez. Une accusation partagée par les anti-chavistes réunis sous la coalition d’opposition de centre-droit, majoritaire au Parlement.

Samedi 13 août ǀ CUBA ǀ  Invisible au public depuis avril, le père de la Révolution cubaine, Fidel Castro est réapparu en public pour son 90e anniversaire, vêtu d’un survêtement blanc assistant à un gala aux côtés de son frère Raúl et du président vénézuélien Nicolas Maduro.

Dimanche 14 août ǀ PÉROU ǀ Un séisme de magnitude de 5,2 laisse au moins quatre morts et 68 blessés. Le tremblement de terre a été particulièrement intense dans la région d’Arequipa où au moins 605 maisons se sont effondrées et 648 autres sont devenus inhabitables.

Lundi 15 août ǀ MEXIQUE ǀ Un enlèvement de masse dans un restaurant s’est produit dans la station balnéaire célèbre de Puerto Vallarta, dans l’État de Jalisco. Des hommes armés ont kidnappé un groupe de convives qui dînaient dans la zone hôtelière. Selon le ministère public de l’État, de forts indices font penser que les otages appartiennent à un groupe criminel dont l’un d’entre eux aurait pu escorter l’ancien gouverneur Emilio González.

Mardi 16 août ǀ COLOMBIE ǀ Suite à l’absence de recensement depuis plus d’une décennie dans le pays, des groupes d’autochtones et d’afro-colombiens exigent un nouveau recensement pour lutter contre les inégalités et répondre à un conflit futur. En 2005 cette population représentait plus de 10 % ; une décennie plus tard, ces personnes représentent entre 18 % et 20 % selon les données de la Universidad del Valle à Cali.

 SEMAINE du 17 au 23 août 2016

 Mercredi 17 août ǀ ARGENTINE ǀ La Cour Suprême de la province de Tucuman libère Belén, la jeune femme emprisonnée depuis plus de deux ans pour un avortement. Le jugement contre Belén, 27 ans, avait déclenché des marches à travers le pays et Amnesty International avait livré 120 000 signatures aux autorités de la province.

Jeudi 18 août ǀ HAÏTI ǀ Les Nations unies ont, pour la première fois, reconnu leur implication dans l’introduction du choléra à Haïti, en octobre 2010. La contamination a causé près de 10 000 morts et rendu malades 800 000 personnes. Voilà six ans que des casques bleus sont accusés de l’avoir apportée avec eux du Népal, ce que l’institution internationale s’est obstinée à nier jusqu’à présent.

Vendredi 19 août ǀ ARGENTINE ǀ L’Académie Nationale de Tango a annoncé la mort du pianiste et compositeur Horacio Salgán le fondateur de Quinteto Real, une référence du tango raffiné. Né en 1916 à Buenos Aires où il a vécu toute sa vie, il a été admiré par des musiciens comme Daniel Barenboim, Arthur Rubinstein ou Igor Stravinsky.

Samedi 20 août ǀ COLOMBIE ǀ Selon l’ONG Somos Defensores, les droits de l’homme sont bafoués tous les jours. Au cours de cette année, 35 dirigeants ont été tués. Les indigènes, les paysans et les écologistes sont les défenseurs de droits de l’homme les plus vulnérables. Le document du système d’information des Défenseurs des droits humains (SIADDHH) révèle que 68 % des cas signalés proviennent de groupes paramilitaires, 22 % d’acteurs inconnus et 10 % des agents gouvernementaux (police, armée).

Dimanche 21 août ǀ CHILI ǀ Avec le mouvement des citoyens No+AFP, des milliers de citoyens ont inondé les rues de plus de cinquante villes du pays dont Santiago, Arica, San Antonio, Temuco, Coyhaique, Talca et Punta Arenas  pour exiger la fin du système privé de pensions imposé en 1981 par la dictature d’Augusto Pinochet. La présidente Michelle Bachelet a annoncé une série de mesures pour améliorer le système.

Lundi  22 août ǀ MEXIQUE ǀ La ruée sur les avocats provoque des ravages sur leur culture au Michoacán dans l’ouest du Mexique. Elle entraine une déforestation massive et profite au crime organisé. En trente ans, les plantations sont passées de 31 000 à 118 000 hectares, selon le ministère de l’agriculture. En 2015, la production a atteint 1,6 million de tonnes, en hausse de 6,6 % en un an.

Mardi 23 août ǀ PARAGUAY ǀ  Le ministre des Affaires étrangères du Paraguay, Eladio Loizaga, annonce qu’il « congèle » les relations diplomatiques avec le Venezuela dont il refuse de reconnaitre la présidence temporaire du Mercosur. La ministre vénézuélienne des Relations Extérieures, Delcy Rodríguez répond que « son pays ne se laissera pas menacer par ceux qui ont choisi de servir l’empire au lieu de servir les peuples ».

Semaine du 24 au 30 août 2016

 Mercredi 24 août ǀ  GUATEMALA ǀ  Au moins 67.000 filles et adolescentes seront des mères à la fin de 2016. Une étude de l’ONU avertit que la plupart des cas de viol résultent de leur milieu familial. L’étude a révélé des chiffres L’étude révèle des chiffres stupéfiants : une adolescente sur cinq est devenue une mère avant l’âge de 17 ans et même signalé des cas de filles de 10 ans ont déjà donné naissance. L’auteur est généralement quelqu’un dans le milieu familial comme le beau-père, un oncle ou même son propre père

Jeudi 25 août ǀ  BOLIVIE ǀ  Le vice-ministre de l’intérieur, Rodolfo Illanes, séquestré par des mineurs qui bloquaient une route depuis plusieurs jours, a été assassiné par ses ravisseurs, a annoncé le ministre de l’intérieur, Carlos Romero. La victime se rendait sur les lieux de la manifestation, à Panduro, à une centaine de kilomètres de La Paz, pour entamer un dialogue avec les mineurs qui exigent une réforme du droit du travail.  Le meurtre du vice-ministre bolivien de l’intérieur par des mineurs grévistes avec qui il venait négocier prend une tournure politique, alors que le président Evo Morales dénonce  » une conspiration politique «  contre son gouvernement.

Vendredi 26 août ǀ GUATEMALA  ǀ Alvaro Pop, président du Forum permanent pour les questions indigènes des Nations unies, demande aux parlementaires indigènes d’écouter les requêtes des peuples premiers des Amériques. Il s’agit d’éradiquer le racisme, la discrimination et d’exiger le respect des droits territoriaux, économiques et politiques des peuples indigènes.

Dimanche 28 août ǀ PARAGUAY ǀ Huit soldats sont tués dans une embuscade. Le ministère de l’Intérieur affirme ne pas pouvoir déterminer avec certitude qui sont les coupables mais déclare que l’attaque a eu lieu dans une région sous influence de l’Armée du peuple paraguayen (EPP).

Lundi 29 août ǀ COLOMBIE  ǀ  Les deux belligérants, le gouvernement et les FARC annoncent un cessez-le-feu définitif. Cette guerre civile de 52 ans est finie…   ǀ

Mardi 30 août  ǀ BOLIVIE  ǀ  Le président Evo Morales promet une enquête approfondie pour élucider les morts de quatre mineurs et de Rodolfo Illanes, son vice-ministre de l’Intérieur, lors de manifestations organisées par des coopératives minières. Illanes avait été battu à mort. Trois mineurs seraient morts sous les balles de la police, le quatrième par mauvaise manipulation d’explosif.

Guy MANSUY

Le Mercosur va-t-il imploser ?

Le Brésil, le Paraguay et l’Argentine n’acceptent pas la présidence temporaire du Venezuela, soutenue par l’Uruguay. Les enjeux géopolitiques dépassent de loin cette dispute : allons-nous vers la fin du Mercosur au profit de l’Alliance du Pacifique, alignée sur les États-Unis ?

Le Mercosur est né en 1991 pour former une union douanière et politique de l’Amérique du Sud “basée sur les principes de Démocratie et de Développement économique pour impulser une intégration à visage humain” (1). Il comprend le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay et le Venezuela (depuis 2006). La Bolivie a demandé son adhésion en 2015.

La question de la présidence temporaire

Les accords prévoient que chaque pays prenne la présidence pour 6 mois en suivant l’ordre alphabétique. L’Uruguay présidait l’entité jusqu’en juillet 2016, normalement suivi par le Venezuela le 29 juin pour le reste de l’année. Mais le président par intérim Michel Temer au Brésil, l’Argentine de Mauricio Macri et le Paraguay de Horacio Cartes, viscéralement anti-Venezuela, refusent ce passage de témoin pour trois raisons : le Venezuela du président Nicolas Maduro ne serait pas démocratique, ce pays ne remplirait pas les normes requises pour une adhésion pleine, et le transfert de présidence ne s’est pas réalisé selon la convention. En effet, le transfert s’est réalisé par courrier de l’Uruguay qui informait ses partenaires que son temps de présidence terminé le 29 juin et qu’il passait le témoin au suivant par ordre alphabétique, le Venezuela. En principe, ce transfert se réalise en réunion plénière où le président sortant fait son rapport sur les actions réalisées durant son mandat, ce que n’a pas fait l’Uruguay.

Des décisions hâtives ?

Le ministre des Affaires étrangères intérimaire du Brésil, José Serra, annonce alors qu’il ne reconnait pas la présidence du Venezuela et critique durement l’Uruguay. Selon le journal brésilien O Estado de Sao Paulo, ce différend Brésil-Uruguay aurait commencé après que l’Uruguay n’a pas accepté la requête de Serra d’isoler le Venezuela. Serra et l’ex président brésilien Fernando Henrique Cardoso, proches du président par intérim Temer (et acteurs clés dans la procédure de destitution de la présidente), s’étaient rendus en Uruguay le 6 juin dernier pour demander au ministre des Affaires étrangères uruguayen, Rodolfo Nin Novoa, que ce pays conserve la présidence jusqu’en août pour que celle-ci ne passe pas au Venezuela. L’Uruguay avait refusé, car il existe depuis 2005 un Tribunal de révision créé justement pour juger les litiges d’interprétation que le Brésil et le Paraguay ont préféré ignorer.

Le Venezuela dénonce une nouvelle Triple Alliance

En 1864, l’Argentine, le Brésil et l’Uruguay s’étaient unis pour détruire le Paraguay. Pour le président Maduro, il s’agit de  “machinations de la droite extrémiste du sud du continent, une nouvelle Triple Alliance”, cette fois contre le Venezuela. Il rejette “l’invention d’une thèse frauduleuse”, à savoir un vide à la tête de l’institution. Le Venezuela a d’ailleurs hissé le drapeau du Mercosur pour dire clairement qu’il en est le président jusqu’à la fin de l’année. Les trois pays de l’opposition ont fait savoir qu’ils ne se rendraient à aucune des invitations aux réunions du Mercosur lancées par le Venezuela, ce qui signifie pratiquement la paralysie de l’institution.

Pour le président vénézuélien, ces oppositions émanent “de ceux qui ont toujours conspiré contre l’union sud-américaine dans le but d’imposer le consensus de Washington”.

Loizaga et Serra, d’étranges “démocrates”

Eladio Loizaga, ministre des Affaires étrangères paraguayen, fut Premier secrétaire à l’ambassade de Washington du dictateur Alfredo Stroessner puis son directeur du Département des traités et actes internationaux. Il fut élu député du Parti Colorado (le parti du dictateur) en 1989 puis nommé chef du cabinet du général Rodriguez qui avait détrôné Stroessner par un coup d’État soutenu par les États-Unis. Il devient représentant permanent du Paraguay devant l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) à Genève, puis devant les Nations unies à New York. En 2010, il prend sa retraite mais est invité en 2013 à assumer le poste de ministre des Affaires étrangères du président Cartes.

Selon des documents retrouvés dans les Archives de la terreur à Asunción (2), il avait été membre du Comité organisateur du 12e Congrès de la Ligue anticommuniste mondiale, connue pour avoir coopéré avec le Plan Condor. En 2008, le Rapport Vérité et Justice sur les violations aux droits humains commises pendant la dictature mentionne son nom (3).

José Serra, ministre des Affaires étrangères brésilien, a été accusé au début du mois d’août d’avoir reçu près de 7 millions d’euros en liquide à l’étranger pour financer sa campagne électorale de 2010. Cette accusation est portée par des directeurs de l’entreprise Odebrecht. Son président, Marcelo Odebrecht, profondément impliqué dans le scandale Petrobras, déclare pouvoir prouver qu’il a donné cet argent à partir d’une “caisse n° 2” (comptabilité parallèle).

Le Parlasur peut-il agir ?

Le Comité directeur du Parlasur (Parlement du Mercosur), composé des vice-présidents des cinq pays membres et présidé par Jorge Taiana, ancien ministre des Affaires étrangères argentin, a mis sur pied une commission de haut niveau pour trouver une solution à cette impasse. Selon Taiana, “affirmer que le Venezuela n’a pas rempli tous ses engagements, comme le dit le chancelier Serra, est très exagéré (muy forzado) car aucun des cinq pays ne l’a fait… Le Paraguay garde la blessure ouverte [quand le Mercosur l’a suspendu pour le coup d’État qui a écarté le président Lugo du pouvoir en 2012]. Ils disent : ‘Vous me l’avez fait, maintenant je vous le fais’… Il est clair que José Serra est contre l’intégration et veut détruire le bloc. Il a dit que le Mercosur ne doit plus être un projet de marché commun et doit se transformer en une zone de libre commerce. L’important, dans le fait d’avoir un Parlement du Mercosur, est qu’il comprend une représentation populaire et pas seulement des États…” (4)

Des solutions hétéroclites

Le ministre Serra et l’Argentine proposent alors que le Mercosur soit présidé par une “conduite collégiale”, notion qui, comme le rappelle le chancelier uruguayen, n’existe pas dans les statuts et ne serait jamais acceptée par le Venezuela ! Le Comité directeur du Parlasur prévoit une réunion le 23 août pour une évaluation des accomplissements ou des engagements non tenus du protocole d’adhésion du Venezuela. Le chancelier Nin Novoa rappelle “que les statuts ne considèrent aucune sanction en cas de non-accomplissement”.

La paille et la poutre

Venant d’un pays, le Paraguay, qui a provoqué un coup d’État parlementaire en 2012, et d’un autre, le Brésil, en pleine procédure de coup d’État institutionnel, affirmer que le Venezuela n’est pas un pays démocratique est un rien osé. En effet, ainsi que l’écrit Eduardo Sigal, ancien sous-secrétaire de l’Intégration économique américaine et du Mercosur, “le gouvernement Maduro a été élu démocratiquement, il existe un parlement contrôlé par l’opposition et un referendum révocatoire est sur le point d’être organisé”.

Que le Venezuela passe par de graves problèmes à la limite du jeu démocratique est évident. Mais que dire d’un président (Temer au Brésil) dont une bonne partie des ministres ont dû démissionner pour corruption, d’un autre (Macri en Argentine) qui apparait dans les Panama Papers et qui gouverne par décrets dont plusieurs ont été annulés par la Justice, et d’un troisième (Cartes au Paraguay) qui emprisonne des petits paysans au profit de grands propriétaires terriens (voir notre article de juillet sur le massacre de Curuguaty) ?

Comme va le dicton : on voit la paille dans l’œil du voisin mais pas la poutre dans le sien… Qui peut parler de démocratie dans ce contexte ?  Seul l’Uruguay semble sortir indemne de cet imbroglio

Le véritable enjeu : quitter le Mercosur pour passer à l’Alliance du Pacifique

Si les opposants au Venezuela semblent choisir l’affrontement, l’enjeu réel va bien au-delà de ce différent normatif… Les élections au Paraguay et en Argentine ont mené au pouvoir des gouvernements très favorables au néolibéralisme et pourraient bien être suivis par le Brésil du président intérimaire Michel Temer, qui sera sans doute confirmé dans son poste si la présidente Dilma Rousseff était destituée fin août. Pour le politologue de l’Université de Buenos Aires, Juan Manuel Karg, “la finalité du tandem Loizaga-Serra [les ministres des Affaires étrangères des deux pays] est le réalignement conservateur du continent et la congélation du fonctionnement quotidien du Mercosur”. En effet, ces deux pays (plus l’Argentine depuis le début 2016) montrent clairement une préférence pour une entrée à l’Alliance du Pacifique et au Traité transpacifique, deux instances néolibérales promues par les Etats-Unis. José Serra est clair : “Nous devons améliorer l’intégration économique et le libre commerce… Nous ne pouvons pas rester attachés à une situation absurde d’un pays qui n’est pas une démocratie”. Or, les règles du Mercosur ne permettent pas une double alliance. Il faut donc soit quitter le Mercosur, soit le détruire. Les graves difficultés politiques, sociales et économiques que rencontre le président Maduro au Venezuela viennent à point nommé.

Jac FORTON

(1) Voir le SITE du Mercosur.  (2) “Les Archives de la terreur”, des milliers de documents sur le Plan Condor, furent découverts à Asuncion en 1992 par le militant des droits humains Martin Almada et le juge José Agustin Fernandez. (3) Voir l’article du sociologue et chercheur de l’Observatoire en communication et démocratie Alvaro Verzi Rangel publié par ALAI le 1er août 2016. SITE . (4) Dans une interview au journal argentin Página12 du 14 août 2016.

Le libre-échange et l’épidémie de malbouffe : le cas du Mexique

Le texte ci-dessous est extrait du livre “Hold up sur le climat. Comment le système alimentaire est responsable du changement climatique et ce que nous pouvons faire”, co-publié par Grain et les éditions du Cetim, Genève, 2016 (1). Les transnationales de l’alimentation ont compris que les principaux marchés qui peuvent assurer leur croissance se trouvent dans le sud de la planète. Pour augmenter leurs profits, elles doivent vendre des produits destinés aux millions de pauvres de la planète.

Le cas du Mexique

L’accord de libre-échange nord-américain (ALENA, États-Unis, Canada et Mexique), signé en 1993, a déclenché une poussée immédiate d’investissements directs depuis les États-Unis dans l’industrie de la transformation alimentaire du Mexique. Les grandes entreprises ont lourdement investi pour racheter les centres de distribution locaux. Les immenses supermarchés constituent une part importante des nouveaux modèles de distribution car ils concentrent les biens, mais le but essentiel est de remplacer les épiceries de proximité en s’attaquant agressivement à ces territoires indépendants du commerce.  Cette stratégie a dopé les volumes énormes de vente grâce à ce que l’industrie appelle “le contrôle absolu du point de vente” : une réduction drastique des options d’achat. Les gens consomment ce qu’ils ont à la main et les articles disponibles dans de nombreux quartiers, et même dans des communautés isolées dans les campagnes, sont presque exclusivement des aliments transformés. Le contrôle de leur disponibilité est donc devenu un facteur essentiel dans le business de la transformation de la nourriture, et lorsque les petites épiceries (certaines détenues par une chaîne) déménagent, le contrôle grandit. Selon la Chambre du commerce du Mexique, cinq épiceries indépendantes ferment pour chaque nouvelle épicerie de proximité appartenant à une chaîne.

Vers 2012, les chaînes avaient déplacé les épiceries en tant que principaux points de vente d’aliments avec 35 % de marché national, alors que la part des épiceries indépendantes atteignait 30 % et celle des marchés de rue, 25 %. Le nombre de supermarchés, de chaînes discount et de petites épiceries de chaîne a explosé, passant de 700 à 3 850 pour la seule année 1997, et à 5 730 en 2004. Aujourd’hui, Oxxo, propriété de Femsa, une filiale de Coca Cola, ouvre trois épiceries par jour en moyenne et ouvrait sa 14.000e épicerie en 2015.

Ce boom est parfaitement cohérent avec le contrôle territorial qui vise à affaiblir et éliminer les épiceries de proximité, en se battant rue par rue pour imposer sa vision commerciale de la consommation alimentaire. Les grands supermarchés vont durer mais ce sont les détaillants qui vont permettre aux grandes entreprises d’atteindre les populations les plus pauvres dans leurs propres quartiers.

Des effets néfastes sur la santé

Un des principaux effets est le changement radical dans le régime alimentaire de la population et une augmentation disproportionnée de la malnutrition, de l’obésité et du diabète. Le rapport de l’Instituto Nacional de Salud Pública du Mexique (Institut de santé publique) a conclu que de 1988 à 2012, la proportion de femmes en surpoids agées de 20 à 49 ans était passée de 25 % à 35 %, et le pourcentage de femmes obèses de ce groupe d’âge est passé de 9,5 % à 37,5 %. Un étonnant 29 % des enfants mexicains âgés de 5 à 11 ans sont en surpoids, tout comme 35 % des jeunes de 11 à 19 ans, alors qu’un enfant d’âge scolaire sur dix souffre d’anémie.

L’obésité et le diabète s’alimentent mutuellement ; leur interaction est si forte qu’un nouveau terme a vu le jour : la “diabésité”. Qui remercier pour cela ? Les transnationales de l’agro-industrie soutenues par les gouvernements qui partagent leurs intérêts. Après sa mission au Mexique en 2012, le Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation des Nations unies, Olivier de Schutter, a conclu : “Les politiques commerciales en vigueur aujourd’hui favorisent une dépendance beaucoup plus grande à l’égard des aliments très transformés et raffinés avec une longue vie sur l’étagère, au détriment de la consommation d’aliments périssables et frais, notamment les fruits et les légumes… L’urgence de surpoids et d’obésité que connait le Mexique aurait pu être évitée ou en grande partie atténuée, si les problèmes de santé liés aux régimes alimentaires changeants avaient été intégrés à la conception des politiques alimentaires”.

L’influence des transnationales (TSN)

Avec l’invasion de la nourriture transformée liée aux rachats agressifs des petits points de distribution, les politiques publiques du Mexique sur l’alimentation (dont la Croisade nationale contre la faim), sont étroitement associées aux grandes sociétés transnationales (dont Pepsico et Nestlé). Au Mexique, leur influence est si grande que des programmes gouvernementaux d’assistance  promeuvent officiellement leurs produits !Toute l’attention est portée sur les gros agriculteurs et producteurs, alors que les paysans et les petits producteurs n’ont presque aucun soutien. D’après l’ancien Rapporteur spécial sur l’alimentation, “moins de 8 % des dépenses des programmes agricoles” bénéficient à ce secteur défavorisé. Malheureusement, le Mexique est aux mains des grandes entreprises.

Jac FORTON

(1) GRAIN est une association qui soutient les petits paysans. SITE.
CETIM (Centre Europe Tiers-Monde) est un centre de recherches et de publications basé à Genève qui travaille sur les questions de développement et de défense des droits économiques, sociaux et culturels. SITE.

Christiana Figueres au Sénégal pour un soutien au poste de future secrétaire générale de l’ONU

La diplomate costaricaine Christiana Figueres, candidate au poste de secrétaire générale des Nations unies, en visite à Dakar, a sollicité le soutien du Sénégal.

Au sortir d’une audience avec le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Mankeur Ndiaye, la diplomate signale que “le Sénégal, membre du Conseil de sécurité, est important comme membre qui a un vote, mais c’est aussi une voix autorisée très respectée au sein des Nations unies et du Conseil de sécurité”. L’autre objectif, précise-t-elle, “est de visiter le bureau régional des Nations unies pour le Sahel et l’Afrique de l’Ouest basé à Dakar, qui joue un rôle important dans le maintien de la paix. Il s’agit d’essayer de comprendre et d’apprendre ce qu’il a fait dans la recherche de la paix qui puisse être utilisé dans les autres bureaux régionaux du monde”.

Christiana Figueres (60 ans) a succédé en 2010 au Néerlandais Yvo de Boer en tant que secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC).

Selon un article de Sen360.fr

“La double vie de Jesús” dernier roman en français du Mexicain Enrique Serna

Un panorama de la vie politique mexicaine en province où règnent les narcotrafiquants par la corruption des élus, de la police et de la justice, une analyse psychologique approfondie du protagoniste Jesús Pastrana, politique intègre qui va découvrir en lui une autre personnalité dans la transgression, la joie et la douleur, voilà les thèmes du nouveau et excellent roman d’Enrique Serna qui nous avait déjà enchantés dans ses créations précédentes.

En effet, tout tourne autour de Jesús Pastrana, homme d’honneur, “monsieur Propre” de la municipalité de Cuernavaca au milieu de ses collègues tous corrompus, du maire Medrano à ses adjoints, du chef de la police au procureur, sans parler des médias locaux. Il se bat souvent sans succès comme commissaire aux comptes contre ses collègues. Il est bon père de famille mais mal marié à une femme aigrie et revêche. Et il a de grandes ambitions, devenir maire de Cuernavaca pour mettre de l’ordre, chasser les gangs de narcos qui règnent et rétablir une justice sociale.

Pourtant, une nuit de désespoir où son parti lui a refusé l’investiture, il boit seul, rencontre un travesti nommé Leslie et fait voler en éclats sa vie antérieure rangée. Il tombe follement amoureux, casse son mariage ; il reste fidèle à ses principes au fond de lui mais devient rusé, dissimulateur, cynique, n’hésite pas à manipuler dans la course au pouvoir et commet quelques erreurs fatales qui se retourneront contre lui.

Mais courageusement, obstinément, Jesús poursuit sa route semée d’embûches, de pièges tendus par ses adversaires, franchit les obstacles, connaît des hauts et des bas. Tout à fait lucide sur lui-même, sans concession, il se torture intérieurement, analyse parfaitement et impitoyablement ses difficultés à rester les mains propres et la conscience tranquille. Il se montre aussi téméraire dans des meetings à haut risque où il risque sa vie. Et surtout il vit une folle passion avec Leslie, il ne peut s’en passer, malgré des scènes éprouvantes, il est prêt, lui le macho, quand il sera maire, à l’exhiber à ses côtés et à l’imposer à une société qui n’est guère encline à accepter l’homosexualité.

En parallèle, Enrique Serna nous peint un tableau documentaire très noir de la société mexicaine actuelle, le peuple très pauvre, les candidats en profitant pour acheter les voix des électeurs par des cadeaux démagogiques. Les responsables politiques sont totalement corrompus par les gangs de narcotrafiquants. Ces derniers se livrent une guerre intestine sans merci et règnent sur la cité et l’état en utilisant la terreur, la violence, le meurtre, le chantage et les preuves de corruption contre les uns et les autres. Il n’y a apparemment aucune solution car même un Jesús Pastrana qui deviendrait maire aurait un pouvoir illusoire et les mains liées.

Heureusement, l’humour ravageur du romancier rend la lecture un peu plus légère et agréable, le suspense entretenu de chapitre en chapitre avec les hauts et les bas qu’affronte le héros tient le lecteur en haleine jusqu’au bout, et la fin qu’il ne faut surtout pas dévoiler reste ouverte. Voilà donc un roman très fort, porté par le talent d’un grand écrivain qui a déjà fait ses preuves dans ses livres antérieurs, roman à lire de toute urgence !

Louise LAURENT

La double vie de Jesús de Enrique Serna, traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry, éditions Métailié, 366 pages, 21 euros.

 

Dès septembre chez Espaces Latinos : co-working et cours d’espagnol et de brésilien

Notre structure culturelle Nouveaux Espaces Latinos est restée ouverte tout l’été : en plein préparatifs des deux festivals automnaux qui se profilent, Belles Latinas et Documental, programmant un changement de ligne éditoriale pour la revue culturelle trimestrielle que nous programmons, et maintenant nos activités dans la région, il est désormais temps d’envisager la rentrée.

En effet, à partir de la rentrée, notre structure culturelle va partiellement externaliser ses activités, laissant une partie de notre siège disponible pour de jeunes start-up ou des professionnels indépendants qui souhaiteraient utiliser un espace inoccupé… Pour les personnes intéressées, il suffit de prendre contact avec nous afin de fixer un rendez-vous, visiter nos locaux et voir comment nous dédommager pour l’utilisation d’une partie de nos bureaux, de manière permanente ou sur de courtes périodes, pour que nous puissions rentabiliser notre superficie. Si vous êtes intéressé envoyez-nous un mail ici.

De même, le mois de septembre signera la reprise des cours d’espagnol et de brésilien que nous dispensons à Lyon. Les inscriptions sont d’ores et déjà ouvertes et une réunion d’information se tiendra le 20 septembre au siège de l’association. Que vous soyez néophytes ou cherchiez à vous perfectionner dans une de ces deux langues, nous proposons des cours de langues hebdomadaires et organisés par des natifs, latino-américains. Davantage d’informations et les modalités d’inscription sont disponibles sur la page dédiée de notre site.

Et pour s’abonner au trimestriel ou commander l’édition n° 29, datée sept-nov. 2016 : ICI

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