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mai 2015

Les Guatémaltèques protestent contre la corruption

Le président Otto Pérez Molina a dû démettre plusieurs ministres accusés de corruption provoquant une crise politique majeure. Des manifestations populaires massives exigent sa démission.

Le Guatemala a toujours été considéré comme un pays aux autorités corrompues. La nouveauté : des juges guatémaltèques ont dénoncé la corruption de ministres proches du président qui a bien dû demander leur démission. Depuis huit ans, la justice guatémaltèque bénéficie de l’appui de la CICIG, Commission internationale contre l’impunité au Guatemala, une agence dépendant des Nations unies qui s’efforce de combattre les structures illégales incrustées dans l’État et la corruption rampante dans le système judiciaire. Cela a permis qu’un secteur ‘propre’ de la justice ait fait montre de courage en s’attaquant aux plus hautes personnalités de l’État corrompu.

La chute de Roxana Baldetti

En avril dernier, Juan Carlos Monzón, le secrétaire privé de la vice-présidente de la République, Roxana Baldetti, est accusé d’être à la tête de La Línea, un réseau de fraude fiscale via les douanes. Les deux personnalités auraient ainsi détourné 325 000 dollars par semaine ! L’affaire s’aggrave lorsqu’une enquête démonte “le cabinet de l’impunité ”, un cabinet d’avocats qui travaillait main dans la main avec 18 juges connus comme ‘disponibles à l’achat’ et qui rendaient des verdicts systématiquement favorables aux groupes du crime organisé. La justice arrête deux responsables du réseau et trois avocats. Dans le dossier La Línea, la juge corrompue est Marta González de Stalling ; maintenant dans le viseur du Ministère public et de la CICIG, elle devrait bientôt être mise en examen. Le président doit aussi demander sa démission à Verónica Taracena, directrice de la Commission présidentielle pour la transparence, nommée à ce poste par Baldetti. C’en est trop pour la population. Écœurées par la corruption, plusieurs milliers de personnes descendent dans la rue en avril et réclament la démission du gouvernement. Le président Pérez Molina est obligé d’exiger la démission de sa vice-présidente.

Hécatombe de ministres

L’affaire prend une tournure plus grave lorsque la CICIG et le Ministère public font de nouvelles révélations qui touchent plusieurs ministres. Un à un, ils tombent. D’abord ce fut le Ministro de Gobernación, Mauricio López Bonilla, l’équivalent du ministre de l’Intérieur. Très proche du président (il fut son chef de campagne lors des dernières élections présidentielles), il est accusé de contrats frauduleux liés à l’installation de caméras de sécurité. Il doit démissionner. C’est ensuite le tour de Michelle Martínez, ministre de l’Environnement, liée à un contrat frauduleux de plusieurs millions avec l’entreprise israélienne Tarcic Engineering devant asperger le lac Amatitlán d’un produit sensé le nettoyer, entraînant dans sa chute Erick Archila, le ministre de l’Énergie et des Mines. Finalement, une enquête révèle un réseau de corruption impliquant plusieurs hauts fonctionnaires parmi lesquels Juan de Dios Rodríguez, directeur de l’Institut guatémaltèque de sécurité sociale (IGSS) et Julio Suárez, directeur de la Banque du Guatemala (Banguat). Rodríguez, un ancien militaire tout comme Pérez Molina, est un homme de confiance du président dont il fut le secrétaire privé avant d’être nommé par lui à la tête de l’IGSS en avril 2013 pour… lutter contre la corruption dans cette institution ! Les deux directeurs avaient approuvé un contrat avec une entreprise mexicaine devant fournir des traitements spéciaux à des malades gravement atteints aux reins. La mauvaise qualité des médicaments et des services avaient provoqué la mort de 17 patients. Ils auraient également participé à une fraude pour 14,5 millions de dollars en faveur de l’entreprise pharmaceutique Pisa (1).

Une manifestation monstre

Le samedi 16 mai, plus de 40 000 personnes se rassemblent sur la Place de la Constitution, devant le Palais présidentiel et la cathédrale. On n’avait plus vu cela depuis 1963 lorsque les manifestations populaires avaient fait tomber le général Ydigoras. Ce rassemblement exceptionnel s’est réalisé à travers les réseaux sociaux et à l’appel de mouvements sociaux, populaires, étudiants, sportifs, religieux, indiens, paysans, etc. Pas de partis politiques à l’appel… Indignés par la corruption des proches du président Pérez Molina, les manifestants exigent sa démission. Celui-ci nie sa participation à ce maillage de corruption et clame qu’il a été trahi par ses subalternes…

Le G4 appelle à une coalition citoyenne

Le Grupo de los Cuatro (G4), composé des services du Procureur des droits humains, de l’Université San Carlos (publique), de la Conférence épiscopale et de l’Alliance évangélique, appelle à la création d’une coalition citoyenne face à ce qu’elle décrit comme la crise de légitimité de l’État”. Cette coalition doit intégrer le Guatemala urbain indigné par la corruption galopante… avec le Guatemala rural et marginalisé qui a toujours vécu en crise”. L’objectif final est “l’édification d’un État qui protège ses habitats et recherche le bien commun. Le G4 souhaite que les citoyens exercent de manière responsable, prudente et sensée, ses droits légitimes de manifestation…” (2) Appel entendu par le CUC, Comité de Unidad Campesina (Comité d’unité paysanne), une organisation historique de défense des paysans pauvres (3). Pour son dirigeant Daniel Pascual, “Les peuples mayas et incas sont présents car les plus affectés par ces vols sont les pauvres et les Indiens. Nous devons nous unir avec les gens de la capitale parce que le pays a besoin de changement…”

Ce changement interviendra-t-il avec les prochaines élections en septembre 2015 ? Les candidats seront-ils plus à l’écoute des demandes populaires ? En tous cas, les gens sont prêts à redescendre dans la rue, et cela c’est une grande nouveauté dans un pays où la répression des mouvements sociaux, indiens, syndicaux ou étudiants a toujours été féroce.

Jac FORTON

(1) Selon le journal Nuevo Diario (Nicaragua) du 21 mai 2015.
(2) Voir les détails dans le journal Prensa Libre du 16 mai 2015.
(3) Dont est issue Rigoberta Menchu, Prix Nobel de la paix.
Plus de renseignements sur la situation au Guatemala sur le site web d’informations CERIGUA. S’inscrire à leur bulletin sur Boletindiario@listas.cerigua.org ou sur leur site . Lire aussi les bulletins trimestriels du Collectif Guatemala : Mail

Un roman à lire sans modération

Dans ce court roman la situation initiale ressemble à un vaudeville classique : une épouse bourgeoise et mère au foyer d’une adolescente découvre par hasard qu’elle est trompée par son mari à cause d’un billet signé “À toi” niché au fond de sa serviette. Elle se met à l’espionner et à le suivre.

C’est ainsi qu’elle assiste en pleine nuit à une scène entre son mari, Ernesto, et sa secrétaire, qui tombe en arrière et se tue ! En parallèle, la fille de dix-sept ans, Lali, vit son propre drame, à l’insu de ses parents qui ne verront rien, tant obnubilés par leurs propres préoccupations et qu’ils ne comprendront rien à ce qu’ils croient être une simple crise d’adolescence.

Toute l’histoire pratiquement est vécue de l’intérieur par Inès, l’épouse bafouée, qui joue les détectives, qui veut aider son mari et fera s’il le faut un faux témoignage. Elle est prête à tout et se révèle très efficace pour cacher des preuves compromettantes et construire un scénario établissant un alibi pour le mari. Mais l’intrusion d’un troisième personnage va bouleverser la donne et faire exploser les certitudes d’Inès. Et les événements vont s’enchaîner dans un engrenage fatal.

Le gros intérêt dans ce récit qui par ailleurs rebondit sans cesse et n’arrête pas de nous surprendre réside dans le ton, beaucoup d’humour et de cynisme dans les réflexions amères d’Inès, dans ses références continuelles au comportement de sa propre mère, épouse bafouée elle aussi en son temps. Inès sait pratiquer l’autodérision sans concession au grand plaisir du lecteur.

Quelques chapitres glissés dans la narration se rapportent à des articles extrêmement pointus et crus autour de la médecine légale, des cadavres, ils font songer aux Mystères de Buenos Aires de Manuel Puig et montrent le sérieux quasi professionnel de cette femme au foyer qui a récolté tous les renseignements possibles pour sauver son mari.

Mais, par-dessus tout, c’est la solitude de ces femmes qui saute aux yeux : Inès ne se confie à personne, Lali ne peut ni ne veut compter sur aucun adulte proche d’elle, ni sur son amie, fille de son âge un peu dépassée par le genre de soucis que rencontre sa copine. Et les chapitres mettant en scène l’histoire de Lali ne sont pas drôles du tout.

Au bout du compte, c’est un beau gâchis familial raconté en moins de deux cents pages, avec la maestria à laquelle Claudia Piñeiro a habitué ses lecteurs, le récit se dévore d’une traite, on méprise beaucoup le mari et sa lâcheté, on s’agace du comportement d’Inès et on sourit de ses réflexions, on plaint un peu la jeune Lali, dans cette société machiste où les femmes de génération en génération restent les victimes plus ou moins consentantes des hommes. C’est un roman à lire sans hésitation.

Louise LAURENT

À toi de Claudia Piñeiro, traduit de l’espagnol (Argentine) par Romain Magras, Actes Sud, 172 pages, 18 €.
Claudia Piñeiro en espagnol : Tuya, Alfaguara, ainsi que Betibú et Las viudas de los jueves.
Claudia Piñeiro en français : Les veuves du jeudi / Elena et le roi détrôné / Bétibou, Actes Sud.

Le temps fort de cette semaine : Ida Vitale récompensée pour son œuvre

17 mai – AMÉRIQUE LATINE – Les organismes internationaux ont prédit une avance du produit intérieur brut de la zone qui ne passera pas 1 %. Dans ce contexte, cinq petites économies : Panama, la Bolivie, le Paraguay, le Nicaragua et la République Dominicaine, se distingueront dans la région. Tout indique que ces pays termineront l’année avec une croissance supérieure à 4 % de PIB. La plus grande traction viendra du Mexique, de la Colombie, du Chili et du Pérou, qui devraient croître autour de 3 %, et qui jusqu’à présent, ont évité l’arrêt général des matières premières, même en étant producteurs, affirme Álex Ruiz, économiste de Caixabank. À l’inverse ce sont le Brésil – avec la pire récession de plus de deux décennies – dont le PIB diminuera de 1 %, l’Argentine de – 0,3% et le Venezuela de – 7 %. Le panorama de la région, selon le FMI, s’avère “provocant”.

17 mai – CHILI – Dans la même salle de l’ancien Congrès à Santiago du Chili, où Salvador Allende est devenu président de la République en 1970, la plus jeune de ses trois filles, la sénatrice Isabel Allende Bussi, une inconditionnelle du gouvernement de Michelle Bachelet est devenue, à 70 ans, la première femme à assumer la direction du Parti socialiste (PS) après 82 ans d’histoire.

18 mai – COLOMBIE – Au moins 83 personnes sont mortes dans la ville de Salgar, du département d’Antioquia (nord-ouest de la Colombie), du fait du débordement de la Liboriana à la suite de fortes précipitations, selon le dernier rapport du Conseil de gestion du Ministère des risques de catastrophes d’Antioquia.“Au total, on a enregistré 333 personnes sinistrées, dont 116 sont des enfants”, dit un communiqué divulgué à 19 h, heure locale. “D’après le bilan officiel remis par le Conseil municipal de prévention des catastrophes naturelles de Salgar, 48 personnes ont perdu la vie et un nombre indéterminé sont disparues après le glissement de terrain survenu dans la vallée de la Liboriana”, a annoncé dans un communiqué l’Unité nationale pour la gestion du risque de catastrophes naturelles (UNGRD).

18 mai – ARGENTINE – L’Église constate une augmentation du trafic de drogue en Argentine. “Le Pape François a exprimé sa préoccupation au sujet de la drogue et de sa croissance dans notre pays”, a commencé par rappeler le recteur de l’Université Catholique Argentine (UCA), Mgr Victor Fernández en présentant une étude qui reflète une augmentation du fléau. Si en 2010 seulement 30 % des Argentins de moyennes et grandes villes ont estimé que des drogues ont été vendues dans leur quartier, en 2014 cette proportion est passée à 45 %.

19 mai – VENEZUELA – Les États-Unis surveillent une demi-douzaine de hauts fonctionnaires du Venezuela, dont le président de l’Assemblée nationale, Diosdado Cabello, pour des allégations de trafic de drogues et blanchiment d’argent, selon The Wall Street Journal. L’enquête, entre les mains des procureurs fédéraux à New York et à Miami, et dans lequel une unité d’élite de la Drug Enforcement Administration (DEA) est impliquée, prendra plus de deux ans pour préparer les affaires contre Diosdado Cabello et d’autres hauts dirigeants soutenus par les déclarations d’ex-trafiquants, de déserteurs militaires et d’anciens informateurs proches des autorités vénézuéliennes. Outre Diosdado Cabello, parmi les noms les plus importants on cite le gouverneur d’Aragua, Tarek El Aissami, et l’ancien directeur du renseignement militaire, Hugo Carvajal, qui depuis 2008 est accusé par les États-Unis de participer au trafic de drogue avec des FARC.

19 mai – BRÉSIL – Le premier ministre chinois Li Keqiang et la présidente Dilma Rousseff ont scellé à Brasilia une alliance économique avec une batterie de 35 accords allant de la construction d’un chemin de fer qui reliera le Brésil et le Pérou à celle d’un complexe sidérurgique dans le nord du Brésil, entre autres choses. Brasilia est la première étape d’un voyage du Premier ministre chinois dans plusieurs pays d’Amérique latine, où l’investissement et de l’influence et la Chine est de plus en plus évident. Après le Brésil, Li Keqiang se rendra en Colombie, au Pérou et au Chili.

19 mai – URUGUAY – Un appel téléphonique d’Austin (Texas) a réveillé à six heures du matin la poétesse uruguayenne Ida Vitale [photo], âgée de 91 ans. Elle venait de remporter le Prix ibéro-américain de poésie de la Reina Sofia, le plus prestigieux de son genre et dotée de 42 100 €.

19 mai – COLOMBIE – Leonora Brown et María Eugenia Cruz sont toutes les deux originaires de Colombie, déjà en état de guerre à l’époque à leur naissance. Depuis près de 50 ans sont passé et elles ont été touchées par le conflit: Leonora Brown est partie en exil en Espagne en raison de la violence et María Eugenia Cruz a été victime de violences sexuelles par des groupes armés.Elles se sont réunies pour attirer l’attention du gouvernement colombien, qui a négocié avec les FARC à La Havane et veulent leur présence pour défendre leurs points de vue dans les accords qui seront conclus.

20 mai – ARGENTINE – Un juge argentin enquête sur la compagnie pétrolière britannique BP pour corruption présumée. La justice de Buenos Aires demande de chercher 14 preuves sur une hypothèse de paiement. La Commission des valeurs mobilières des États-Unis étudie également l’affaire et a recueilli les témoignages d’un sénateur argentin, Mario Cimadevilla, pour apporter des éléments sur l’enquête de corruption présumée : la BP aurait payé pour renouveler la concession du plus grand champ de pétrole en Argentine.

20 mai – GUATEMALA – Des dizaines de milliers de Guatémaltèques se sont réunis sur la place centrale pour exiger la démission du président Otto Pérez Molina. Les raisons de ce mécontentement massif ont été résumées par l’avocat Alfonso Carrillo Marroquín dans une déclaration publiée dans certains des journaux les plus importants du pays, dans laquelle le Président est signalé comme responsable des niveaux élevés de corruption. La crise a éclaté lorsque la Commission Internationale Contre l’Impunité au Guatemala (CICIG) a annoncé le démantèlement d’un réseau douanier, la détention et des mandats d’arrêt contre des hauts fonctionnaires, comme le secrétaire privé à la vice-présidence de la République, ancien chef de l’administration fiscale avec 19 autres personnes impliquées.

20 mai – COLOMBIE – Le président Juan Manuel Santos a échangé les rôles des deux piliers de son gouvernement pour stimuler son pari principal, le processus de paix avec les FARC. Le ministre de la Défense Juan Carlos Pinzon actuel, va devenir le nouvel ambassadeur de Colombie à Washington. Les analystes estiment qu’avec cette décision stratégique, le président cherche à renforcer le dialogue, qui arrive à sa fin et au cours duquel Juan Carlos Pinzon a utilisé un ton très sévère contre la guérilla. L’équipe de négociation du gouvernement à La Havane aura deux nouveaux membres pour renforcer le processus de paix : la ministre des Affaires étrangères María Angela Holguin et l’homme d’affaires Gonzalo Restrepo, qui est actuellement le président du conseil d’Ecopetrol. Les deux ne seront pas en permanence à La Havane, mais vont y aller souvent pour aider l’équipe de négociation. À son tour, Luis Carlos Villegas, qui est arrivé à Washington après avoir été négociateur dans les pourparlers avec la guérilla, prendra le portefeuille de la Défense.

20 mai – ÉQUATEUR – Le Gouvernement de l’Équateur va gérer les fonds de pension privés. Les enseignants et autres travailleurs réunis en corporation ont dû livrer à la Banque de l’Institut Équatorien de la Sécurité Sociale (Biess) les économies qu’ils avaient faites sur leur compte pour améliorer leur fonds de pension. Le fonds du corps enseignant est le plus significatif : 405 millions de dollars, économisés pendant 23 ans par 126 000 enseignants. Ils dénoncent le côté arbitraire de la démarche même si la situation est protégée par le Code Organique Monétaire et Financier qui a été approuvé en septembre passé par l’Assemblée nationale.

20 mai – MEXIQUE – Les autorités de l’État du Michoacán (sud) ont arrêté un civil et 23 policiers, y compris le chef de la police de Yurécuaro, pour les interroger sur l’assassinat d’Enrique Hernández, le candidat à la mairie du Mouvement de régénération nationale (Morena) de Yurécuaro. Les 24 détenus sont à Morelia, capitale du Michoacán, en attendant un agent du Ministère Public pour trouver des preuves suffisantes pour les accuser du crime, avant de les envoyer devant un juge.

21 mai – COLOMBIE – C’est la première fois qu’un Premier ministre chinois se rend en Colombie. Li Keqiang a ouvert la possibilité qu’un accord de libre-échange entre les deux pays soit signé. Dans la déclaration conjointe du président Juan Manuel Santos et de Li Keqiang, le président colombien a annoncé qu’il va lancer « une étude de faisabilité afin d’évaluer l’opportunité de renforcer nos relations commerciales. » Bien qu’il ait souligné qu’aujourd’hui, le commerce bilatéral est 15 fois celui d’il y a dix ans, il a aussi dit que la Colombie a un grand potentiel pour augmenter leur échanges. La Chine est le deuxième partenaire commercial de la Colombie après les États-Unis.

21 mai – CUBA – Pour la première fois en plus d’un demi-siècle, la présence de journalistes de la presse officielle cubaine à la conférence de presse quotidienne de la Maison Blanche ne va pas changer la direction de l’histoire. Mais c’est un signal de plus des changements, qui n’ont pas arrêté de se produire depuis que le 17 décembre Barack Obama et Raúl Castro annonçaient le début de la normalisation de relations.

21 mai – GUATEMALA – Le président Otto Pérez Molina, acculé par le scandale de la corruption et dont la population dans les rues demande la démission, a confirmé le départ de trois de ses 13 ministres (Intérieur, Énergie et des Mines, et Environnement), le remaniement de hauts responsables dans ces portefeuilles, et celui du titulaire du Secrétariat d’Intelligence Stratégique de l’État (SIE), le général en retraite Ulises Anzueto.

22 mai – COLOMBIE – La communauté Wayuu – vivant de chaque côté de la frontière du Venezuela et de la Colombie – a vécu un massacre côté colombien et 600 personnes ont été déplacées de force par des paramilitaires colombiens au Venezuela en 2004 à l’époque de la présidence d’Álvaro Uribe Vélez. Onze ans plus tard, ils sont de retour dans leur pays natal en Colombie grâce l’appui de l’ACNUR, l’UNICEF, la Croix-Rouge et des organisations non-gouvernementales locales.

22 mai – COLOMBIE – Le processus de paix avec les FARC est entré dans une phase critique. Les FARC ont suspendu leur trêve unilatérale et indéfinie, en vigueur depuis décembre, après la mort de 26 de ses combattants à la suite d’un bombardement de la Force aérienne colombienne. Il y a un mois, le président Juan Manuel Santos a ordonné de réactiver des attaques contre les camps des FARC après la mort de 10 soldats. Le chef de la guérilla Pastor Alape avait répondu qu’un « cessez le feu unilatéral » était « impossible« .

22 mai – AMÉRIQUE LATINE – Le programme de mobilité des étudiants va commencer en 2016 après la signature de la première convention qui garantit 40 000 et 200 000 aides fixes pour 2020. Plus de deux tiers des Latino-américains sont de la première génération d’étudiants supérieurs dans leur famille. L’intention de l’Alliance pour la Mobilité Académique Iberoamericana (connu comme l’Erasmus d’Amérique latine) est qu’en plus d’être des étudiants ils aient des expériences internationales. C’est une première étape avant le début de ce programme qui débutera en 2016.

22 mai – BRÉSIL – Le gouvernement de la présidente Dilma Rousseff du Parti des travailleurs (PT), fera un ajustement de 70 000 millions de réales (environ 23 300 millions d’euros) sur les comptes 2015. La mesure vise non seulement à ajuster les comptes qui sont incertains mais à rassurer les marchés. Le pays commence une ère d’austérité avec un ajustement drastique.

22 mai – MEXIQUE – El Rancho del Sol a été le théâtre de la pire confrontation entre trafiquants de drogue et les autorités gouvernementales. Des membres du cartel Jalisco Nueva Generación logeaient dans une immense propriété sur l’autoroute qui relie Morelia, capitale de Michoacán, à Guadalajara, l’une des villes les plus importantes. Selon les autorités, une fusillade de plus de trois heures a provoqué la mort de 42 trafiquants de drogue présumés et un policier.

22 mai – AMÉRIQUE LATINE – Plus de 20 millions de Latino-américains vivant hors de leur pays, selon un nouveau rapport publié par le Fonds Multilatéral d’Investissement (Fomin), ont contribué à grossir le nombre des envois de fonds en Amérique latine et aux Caraïbes. En 2014, après trois années d’atonie, l’argent envoyé par les immigrés dans leur pays d’origine a atteint un nouveau record de 65,382 millions de dollars, 5,3 % de plus qu’en 2013, souligne l’analyse de l’institution dépendante de la Banque Interaméricaine de Développement (BID). Une amélioration de l’économie mondiale, principalement aux États-Unis, a contribué à élever les niveaux observés en 2008, l’année où un niveau record (64,900 millions de dollars) a été atteint, a déclaré Maria Luisa Hayem, auteure de l’étude.

22 mai – ARGENTINE – Les autorités ont gagné une bataille contre les narcotrafiquants: la police dans la province de Santa Fe a arrêté Máximo Ariel Cantero, le chef des Los Monos, la bande principale des trafiquants de Rosario. El Ariel, comme l’appellent ses partisans, marchait déguisé en cartonnier (ramasseur informel de résidus) dans une voiture à cheval dans les faubourgs de Rosario, la ville d’Argentine la plus durement touchée par la guerre entre trafiquants.

22 mai – PÉROU – Le gouvernement péruvien a décrété l’état d’urgence pendant 60 jours dans la province d’Islay, au large de la côte de la région d’Arequipa, où quatre personnes sont mortes au cours du dernier mois en raison d’un conflit contre le projet d’exploitation minière de cuivre Tía María.

23 mai –SALVADOR – Oscar Arnulfo Romero, archevêque de San Salvador, assassiné il y a 35 ans par des escadrons de la mort d’extrême droite, a été béatifié officiellement par le pape François. Dans une lettre qui a été lue lors d’une cérémonie de masse dans la capitale du Salvador, Oscar Romero a été qualifié d’“exemple d’un serviteur de Dieu” et de “père des pauvres”. Quelque 300 000 personnes, rassemblées sur la Plaza del Salvador del Mundo ont acclamé et applaudi Oscar Romero après avoir écouté la lettre lue par Jesús Francisco Delgado, un évêque qui était secrétaire personnel du nouveau bienheureux.

23 mai – ÉQUATEUR – Le pays élit sa première reine de beauté indienne quechua. La gagnante, Jenny Guilin, du village Purua, est âgée de 19 ans et étudie l’Économie. Son but est de s’assurer que la représentante des communautés autochtones participera à l’élection de “Miss Équateur”.

23 mai – VENEZUELA – Le chef de l’opposition vénézuélienne Leopoldo López a réussi à briser l’isolement imposé par le régime de Nicolas Maduro en diffusant une vidéo via son compte Twitter. Son épouse s’est chargée de diffuser l’enregistrement de 3,40 minutes, où le politicien, qui est emprisonné depuis 15 mois dans une prison militaire dans la banlieue de Caracas, dans lequel il annonce le début d’une grève de la faim.

 Guy MANSUY

Renforcement des partenariats commerciaux entre la Chine et l’Amérique du Sud

La semaine dernière, le premier ministre chinois Li Keqiang a effectué un tour de l’Amérique latine pour renforcer les relations commerciales sino-américaines. Il a été reçu par le Brésil, la Colombie, le Pérou et le Chili.

Mardi 19 mai 2015, le premier ministre chinois Li Keqiang rencontrait Dilma Rousseff à Brasilia, avec l’intention d’investir 50 milliards de dollars au Brésil. Après la présidente brésilienne, le même ministre devait rencontrer 130 chefs d’entreprise. Premier partenaire commercial du géant brésilien devant les États-Unis, la Chine souhaite développer ou renforcer des accords dans le secteur énergétique et dans les transports maritimes, terrestres et ferroviaires.

En outre, un projet colossal devrait voir le jour, celui d’une voie ferrée transamazonienne reliant le port brésilien de Santos à celui d’Ilo au Pérou. Ce couloir ferroviaire de 3500 km traversant l’Amérique du Sud d’est en ouest, facilitera l’exportation de matières premières vers la Chine. Reliant l’Atlantique au Pacifique, cette construction durera au moins quatre à cinq ans. Le projet inquiète déjà les écologistes, car une ligne de transport participera aux processus de parcellisation et de déforestation de la forêt amazonienne, que la culture du soja accentue fortement.

Le géant asiatique a poursuivi son voyage diplomatique en Colombie puis au Pérou, toujours dans l’idée de renforcer ses accords commerciaux bilatéraux, et l’a achevé par une rencontre avec le ministre des affaires étrangères Heraldo Muñoz à Santiago du Chili. Pour ce dernier, cette nouvelle rencontre est bien l’“expression de l’amitié” sino-chilienne qui existe depuis plusieurs années déjà. La Chine représente en effet 23 % du commerce extérieur chilien. De nouveaux accords devraient renforcer les accords de libre-échange entre les deux pays. Le Chili, partenaire commercial privilégié de la Chine, accueillera d’ailleurs en 2018 le Forum Chine-CELAC (Communauté des pays latino-américains), ce qui confirme la confiance que l’empire du milieu témoigne pour le Chili.

Elisa JUSZCZAK

Entretien sur les liens unissant la France et l’Amérique latine

Pour la deuxième année consécutive, la France consacre un temps fort à l’Amérique latine. Du 26 mai au 7 juin 2015 des manifestations variées auront lieu pour mettre en avant les sociétés et cultures de l’Amérique latine. Nous nous sommes entretenus avec Philippe Bastelica, nommé commissaire de cette manifestation, sur les objectifs de la “Semaine de l’Amérique latine” en France. Voici quelques extraits de l’entretien que nous avons publié dans son intégralité dans notre dernier trimestriel daté mars-mai 2015.

Diplomate de carrière, Philippe Bastelica a servi successivement à la mission permanente de la France auprès des Nations unies, où il suivait les dossiers politiques relatifs à l’Amérique latine, à l’Afrique, à l’Asie et à la décolonisation (1984-1988). Il a été un collaborateur de François Mitterrand en tant que chargé de mission à la présidence de la République (1990-1993). Philippe Bastelica a été de 1997 à 2001 conseiller culturel, scientifique et de coopération de l’ambassade de France en Tunisie puis directeur des relations internationales (2001-2010) de l’École nationale d’Administration, avant de devenir, de 2010 à 2013, ambassadeur de France au Guatemala. Depuis octobre 2013, Philippe Bastelica est chargé de mission auprès de la directrice des Amériques et des Caraïbes au ministère des Affaires étrangères.

Vous êtes chargé, pour la seconde année consécutive, de coordonner la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes. D’où vient cette initiative ?

En février 2011, le Sénat a adopté à l’unanimité une résolution par laquelle il formulait le vœu que soit célébrée chaque année, le 31 mai, une Journée de l’Amérique latine et des Caraïbes. Celle-ci a effectivement été organisée de 2011 à 2013 et a donné lieu à différentes manifestations institutionnelles ou symboliques impliquant notamment le Sénat et son président, les ambassades en France des États d’Amérique latine et des Caraïbes et la Maison de l’Amérique latine.

En 2014, la présidence de la République a souhaité que le pouvoir exécutif s’associe à son tour à cette célébration et saisisse cette occasion pour affirmer la priorité que notre diplomatie accorde aujourd’hui à nos relations avec cette partie du monde, pour mettre en valeur les liens séculaires qui nous unissent à elle et pour illustrer les perspectives qu’elle représente, dans tous les domaines, pour notre pays. Nous préparons désormais l’édition 2015, avec la volonté que ce rendez-vous annuel devienne pérenne.

À quoi cette exception latine est-elle due?

La France entretient avec l’Amérique latine et avec les Caraïbes une relation singulière. Regardons d’abord la géographie : de prime abord, on dirait qu’une grande distance nous sépare de ces pays ; ce n’est évidemment pas faux et pourtant, n’oublions pas que c’est avec le Brésil que la France partage sa plus grande frontière terrestre, le long du département de la Guyane, le plus grand département – et aussi, d’ailleurs, la plus grande région – de France.

Ensuite, malgré cette distance, nos histoires sont étroitement entremêlées. On cite souvent l’influence de la philosophie des Lumières sur le mouvement des indépendances dans cette partie du monde. L’Amérique latine n’a pas été ici simplement spectatrice ou imitatrice. D’abord, elle s’est pleinement approprié ce capital intellectuel. J’ai appris au Guatemala que le Contrat social avait été dès 1795 l’objet d’une thèse soutenue à l’Université de San Carlos.

Mieux, les Latino-Américains ont épousé sur le champ de bataille les idées de la Révolution, comme en témoigne le nom de Miranda, héros de Valmy, gravé dans la pierre de l’Arc de triomphe en tant que général de division de la Révolution.

Il y a là, en effet, de riches symboles, mais ne s’agit-il pas d’un passé depuis longtemps révolu?

On pourrait tout aussi bien se pencher sur la manière dont, depuis deux siècles, des dizaines d’écrivains, de penseurs ou d’artistes de premier plan n’ont cessé de voir dans Paris une sorte d’Eldorado, pour recourir à une image que nous appliquons volontiers à l’Amérique latine. C’est ainsi que peu de Français ont été des lecteurs plus assidus ou plus sensibles de la littérature française de leur temps que le poète nicaraguayen Rubén Darío.

Ces artistes, ces intellectuels se sont nourris, parfois avec avidité, de ce que la France et sa capitale pouvaient leur offrir d’émotions esthétiques ou de débats d’idées. En retour, ils ont imprimé leur marque sur la vie intellectuelle et artistique de notre pays. À cet égard, il serait juste de dire, par exemple, ce que le souvenir d’Auguste Comte doit aux soins dont le Brésil ou le Mexique continuent de l’entourer.

Notre histoire commune est aussi faite des mouvements humains qui ont conduit parfois des communautés entières, venues entre autres de Barcelonnette ou du Béarn, parfois aussi de simples individus, à partir vers l’Amérique latine pour y faire souche, attirés par une nature plus généreuse ou par les promesses – quelquefois tenues – de l’aventure.

En retour, la France a aussi ouvert ses portes à ceux qui empruntaient les chemins de l’exil parce qu’ils continuaient de croire à la liberté, mise à mal par des régimes autoritaires. Les liens qui se sont ainsi tissés ont souvent résisté même à la mort : pour nous en convaincre, rendons-nous devant la tombe de Miguel Ángel Asturias qui a choisi de reposer au Père Lachaise, à l’ombre d’une stèle d’inspiration maya, tandis que ses manuscrits sont conservés à la Bibliothèque nationale de France, ou encore, au cimetière du Montparnasse, devant celle de Carlos Fuentes, non loin de Julio Cortázar, qui, lui, il est vrai, avait passé à Paris toute la seconde moitié de sa vie.

Cette Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes est-elle alors avant tout un exercice de mémoire?

La mémoire y a sa place, mais le souvenir du passé ne prend tout son sens que lorsqu’il éclaire le présent et sert de socle pour l’avenir. L’état des lieux, c’est que la France entretient avec l’Amérique latine et les Caraïbes des relations étroites, plus étroites qu’on n’en a parfois conscience. Près de 30 000 élèves, en majorité latino-américains, dans les écoles françaises du sous-continent, c’est un nombre considérable qui constitue pour nous à la fois la récompense d’un effort soutenu dans la durée, une chance et une responsabilité.

19 000 étudiants latino-américains en France, qui font de notre pays leur troisième pays d’accueil dans le monde, après les États-Unis et l’Espagne, c’est également un atout qu’il nous appartient de mesurer, de valoriser et de renforcer. La vigueur de nos échanges scientifiques est tout aussi remarquable.

Donc le premier message de la Semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes, c’est de redire à ces peuples que la France n’est pas pour eux une amie du passé mais bien du présent et qu’il nous appartient de construire ensemble une relation encore plus forte et plus féconde pour l’avenir. Ce message s’adresse aussi aux Français qui ne connaissent pas ou pas très bien l’Amérique latine, afin qu’ils prennent la mesure des intérêts que nous partageons avec cette région du monde et du potentiel plus grand encore qu’elle recèle.

La France est déjà là-bas un des grands investisseurs étrangers. Mais nous pourrions certainement attirer encore davantage les investissements ou le tourisme latino-américains en France et nous pourrions assurément développer notre commerce, qui n’est pas à la hauteur du reste de nos échanges.

Nous avons tout à gagner, de part et d’autre, à cette intensification de nos relations, sans oublier, ni laisser oublier, que nous ne sommes pas, pour nos partenaires, un pays isolé, mais une porte ouverte sur l’Union européenne, un accès privilégié au premier ensemble économique et commercial dans le monde.

Propos recueillis par
Mona HUERTA

*Pour tout contact : semaine-alc@institutdesameriques.fr ou www.diplomatie.gouv.fr


La Caméra d’or pour le film colombien « La tierra y la sombra »

Le cinéma italien, grand favori de la compétition cannoise est reparti injustement bredouille. La France remporte la Palme d’Or grâce à Jacques Audiard et à son film en tamoul, Dheepan, l’homme qui n’aimait plus la guerre. Elle reçoit aussi les Prix d’Interprétation : Emmanuelle Bercot (ex-æquo) pour son rôle dans  Mon Roi de Maiwenn et Vincent Lindon dans La loi du marché de Stéphane Brizé. Le réalisateur mexicain Michel Franco a obtenu le Prix du Scénario pour Chronic, seul film latino de la sélection officielle.

Mais c’est mérité que La tierra y la sombra, du Colombien César Augusto Acevedo ait obtenu la Caméra d’Or, qui récompense un premier film, toutes sélections confondues. Il prend ainsi la suite de Las Acacias de Pablo Giorgelli, qui avait obtenu cette récompense en 2011. Ce n’est pas tout car les films latinos des sections parallèles ont été largement récompensés. C’est ainsi que jeudi soir, la Semaine de la Critique a remis ses prix. Le jury présidé par Ronit Elkabeth, comédienne et réalisatrice, entourée par Katell Quillévéré, Andréa Picard et Boyd Van Hoetj a remis le Grand Prix Nespresso au film argentin Paulina (la patota) de Santiago Mitre, dont nous avons dit le plus grand bien la semaine dernière. Il a reçu aussi le Prix de la FIPRECI, la presse cinématographique internationale. Le prix Révélation France 4 a été décerné à La tierra y la sombra. Le film a obtenu également le prix des auteurs SACD. Soit trois prix pour ce film dont on pourra lire l’entretien avec le réalisateur dans le prochain numéro d’Espaces Latinos.

Ce très beau film, La tierra y la sombra, raconte l’histoire d’Alfonso, un vieux paysan qui revient au pays, 17 ans après avoir abandonné les siens, pour se porter au chevet de son fils malade. Il retrouve son ancienne maison, où vivent encore celle qui fut sa femme, sa belle-fille et son petit-fils. Il découvre un paysage apocalyptique. La demeure est cernée par d’immenses plantations de cannes à sucre dont l’exploitation provoque une pluie de cendres. Le film est très sensible. S’il ne montre pas la violence, celle-ci est toujours présente dans cette région de canne à sucre où les ouvriers sont très mal payés et souvent avec retard et où l’air est irrespirable lorsque l’on brûle les champs.

Le réalisateur s’est penché sur cette histoire de famille où défendre sa terre coûte que coûte, même si elle leur appartient, ne peut conduire qu’à la mort. La pollution qui en résulte cloue au lit le fils, avec peu d’espoirs de guérison. Cette famille est désarmée face aux industriels qui les exploitent, c’est pourquoi les personnages doivent constamment se battre contre le désespoir. Même les oiseaux ont déserté le lieu. Seule une révolte commune permet de faire venir un médecin. En recevant la Caméra d’or, il a dédié ce prix «  à tous les paysans de Colombie. Ce sont eux les héros de ce pays. Je veux leur dire qu’ils ne sont pas seuls. » Ce film qui sortira en septembre montre aussi la bonne santé du cinéma colombien qui présentait trois films pour une production annuelle de 40 films.

Alias María, est aussi un film colombien réalisé par José Luis Rugeles. María, 14 ans, mais qui en paraît 20, soldat de la guérilla, est chargée d’une mission en compagnie d’autres enfants soldats : emmener le bébé du commandant et le mettre en sécurité. Il n’y a que la jungle, l’arbitraire, les ordres aboyés et la brutalité. Mais María a un secret qui la forcera à s’enfuir. Elle est enceinte, et ne veut pas avorter car lui reste la force et l’espoir. María est silencieuse mais perçoit les dégâts provoqués par la guerre. Pour le réalisateur « Plus qu’un film d’action et de guerre, j’ai voulu montrer non seulement la violence mais aussi ses traces, du point de vue d’une toute jeune fille, d’une future mère, en lutte pour son avenir.» La caméra se déplace dans la jungle au plus près des personnages.

Las eligidas (les élues) est un film mexicain de David Pablos. Tourné en 2014 à Tijuana avec une équipe d’acteurs locaux entièrement amateurs, Las Elegidas évoque la problématique de la traite des femmes. Le film met à l’écran les doutes d’un jeune garçon issu d’une famille de trafiquants qui racole pour la première fois une très jeune fille pour que sa famille en fasse une prostituée. Il aime bien cette jeune fille, mais pour la faire sortir, il devra en fournir une autre. Le trafic des femmes à Tijuana est malheureusement connu. Le film montre assez bien comment les choses se passent, même si je trouve que les jeunes filles paraissent un peu trop naïves. Malheureusement la réalisation est quelconque. Et l’on sent trop que le réalisateur vient de la publicité. Je n’ai pas pu voir Chronic, le film tourné en anglais par le cinéaste mexicain Michel Franco, auteur de deux beaux films : Daniel y Anna en 2009 et Después de Lucía primé à Cannes en 2012. Le thème est intéressant : un aide-soignant, David interprété par Tim Roth, travaille auprès de personnes en phase terminale. Efficace et passionné par son métier, il noue des relations qui vont au-delà du cadre médical et instaure une véritable intimité avec ses patients. Par contre, il n’en est pas de même dans sa vie privée. Le film a gagné le Prix du Scénario.

Le Jury de la Cinéfondation et des courts métrages présidé par Abderrahmane Sissako a primé trois films parmi 18 films d’étudiants en cinéma sélectionnés parmi 1 593 candidats en provenance de 381 écoles dans le monde. Le deuxième prix fut attribué à Locas Perdidas réalisé par Ignacio Juricic Merillán de l’école Carrera de Cine y TV Universidad de Chile (Chili). En 1996, Rodrigo (18 ans) est arrêté dans la boîte de nuit où il travaille comme transformiste, lors d’une perquisition filmée par la télévision. Samedi, a été décerné le prix du meilleur documentaire, L’œil d’or. Initié par la présidente de la Scam, Julie Bertuccelli, avec le soutien du délégué général du Festival Thierry Frémaux. Ce prix doté de 5000 euros, a été remis à Allende, mi abuelo Allende de Marcia Tambutti Allende. Comme je l’ai expliqué la semaine dernière, la petite-fille d’Allende va interroger les membres de sa famille renouant aussi bien avec le passé que le présent. Peu à peu sous nos yeux, elle reconstitue un album vivant, parfois douloureux, mais où les femmes ont aussi leur place.

Enfin, le Art Cinema Award (attribué par la CICAE) a distingué le très curieux film en noir et blanc El abrazo de la serpiente du Colombien Ciro Guerra dont nous avons parlé la semaine dernière sur les Indiens disparus de l’Amazonie. Après Berlin et ses quatre prix, Cannes a aussi montré le meilleur du Cinéma latino. Les nouvelles voix ont parlé haut et clair et nous les retrouverons dans les festivals. Ce qui est réconfortant également c’est que ces films ont trouvé un distributeur en France. Nous en reparlerons donc lors de leur sortie. Si les paillettes sont maintenant rangées dans la naphtaline, l’actualité du cinéma latino continue. Ce mercredi 27 sort sur les écrans Los Hongos dont vous trouverez la présentation ci-après.

Les graffeurs de Cali

Los Hongos est un film colombien d’Oscar Ruiz Navia dont j’avais apprécié le premier film La Barra (El Vuelco del Congrejo), sorti en 2009.

Dans la journée, Ras est ouvrier dans le bâtiment. Tous les soirs après le travail, il tague des graffitis sur les murs du quartier dans l’est de la ville. Quand il vole plusieurs pots de peinture pour finir une immense fresque murale dédiée aux révoltés des printemps arabes, il est renvoyé. Sans le sou, il arpente la ville à la recherche de Calvin, son ami graffeur qui fait des études d’art et veille avec amour sur sa grand-mère.

“Ce qui m’intéresse, explique le réalisateur, c’est le réel. Mais, à partir du réel, j’ai construit quelque chose qui n’est pas forcément réaliste. Il y a comme une analogie, une similitude avec les graffeurs qui eux aussi se basent sur le réel, mais peignent par la suite quelque chose qui décolle du réalisme et qui se mêle avec l’imagination et le désir. En amont du film j’ai mené une véritable enquête, mais ce n’était qu’un premier pas pour passer à autre chose.

Le film doit faire penser à quelque chose qui existe, mais le résultat n’est pas réaliste. En ce sens, je ne sais pas si on peut parler de documentaire. Il s’agit d’un film qui, tout en étant une fiction et donc en n’étant pas réaliste à tout moment, parle de notre temps. J’espère que dans dix ou quinze ans, les gens pourront voir le film et se dire : “Cali, c’était comme ça avant. Les gens étaient comme ça.” Parce que le film contient des éléments très réels. Le personnage du “ Sudaca” est comme ça dans la vie. Il joue mais tout en étant lui-même. (…)

J’ai réalisé récemment que tout ce que j’ai essayé de faire jusqu’à présent et que je souhaite poursuivre réside dans ce mélange, dans cette ambiguïté entre vérité et fiction sans qu’on ne puisse établir la frontière qui les sépare. Et bien qu’il y ait manipulation, le résultat final doit générer une sensation qui fait penser à la vie.

Ce qui me paraît plus intéressant que de choisir un acteur et de créer un personnage, c’est de travailler avec une personne réelle, de recevoir ses idées et de les réécrire pour les lui faire dire. Créer un mélange entre ce que l’on contrôle et ce qu’on ne peut pas contrôler. J’aime beaucoup ce travail avec les gens et ce jeu entre la vérité et le mensonge. Pour moi, le travail de casting est fondamental. Ce travail de recherche, d’exploration, c’est ce qui donne l’authenticité au film. J’ai mis un an et demi pour trouver les acteurs qui ne sont pas professionnels. (…)

Pour moi, Los Hongos (les champignons), sont ces êtres vivants qui surgissent dans un milieu de pourriture, de décomposition. Mais Calvin et Ras continuent d’aller de l’avant, ils ne se laissent pas freiner par leurs problèmes financiers, sentimentaux ou familiaux. Ils veulent seulement peindre et s’exprimer. C’est le concept du film. Mais il n’y a pas que Calvin et RAS qui sont des champignons, tous les personnages le sont (la grand-mère, le père, María). Tous sont des champignons. Ils luttent pour leur vie, pour ce qu’ils veulent faire, bien qu’il y ait autour d’eux une certaine pourriture.” Les personnages comme la grand-mère ou le père sont pittoresques, mais à un moment le film arrête son scénario pour devenir un documentaire sur les graffiti géants de Cali et les problèmes de leurs auteurs avec la police, ce qui est un peu dommage.

Alain LIATARD
Envoyé spécial à Cannes

Los Hongos, de Oscar Ruiz Navia, 1 h 43, sortie le 27 mai

Premières notes de notre correspondant depuis La Croisette

Ça y est la 68e édition du festival de Cannes est lancée. La foule est très importante, c’est vrai que c’est le week-end de l’Ascension. Parmi les événements, le festival a fêté les 120 ans du cinéma, avec la projection des films Lumière en présence des frères Taviani, Dardenne et Coen.

Dans ma présentation du Festival de Cannes, j’ai oublié de mentionner en sélection officielle la production états-unienne Chronic du cinéaste mexicain Michel Franco qui avait auparavant réalisé Ana y Daniel (2009) et Después de Lucía (2012). Dans la sélection Un Certain Regard, un autre cinéaste mexicain présente son deuxième long métrage (après La Vida después, 2013): il s’agit de David Pablos avec Las Elegidas. Le second film venu du continent latino est également un deuxième film, intitulé Alias María de José Luis Rugeles qui avait réalisé García en 2010. Pour Cannes Classic, deux films argentins sont à l’honneur en copies restaurées: Sur (1988) de Fernando Solanas et La Historia oficial (1985) de Luis Puenzo, invisibles depuis très longtemps.

El abrazo de la serpiente, de Ciro Guerra était le premier film proposé par la Quinzaine des réalisateurs, vendredi. Karamakate, chaman amazonien, le dernier survivant de son peuple, vit isolé dans les profondeurs de la jungle. Sa vie bascule lorsqu’Evan, un ethnobotaniste américain, débarque dans sa tanière à la recherche de la yakruna, une mystérieuse plante hallucinogène capable d’apprendre à rêver. Il s’agit du troisième film de Ciro Guerra, après L’Ombre de Bogota et Les voyages du vent. À partir du journal d’un explorateur allemand en 1907, le réalisateur a voulu reconstituer la vie des Indiens d’Amazonie. Il lui a fallu approcher les communautés pour rendre compte de ce qui avait disparu. La Colombie s’est désintéressée de ce savoir. Mais il a mis au centre de son film un Indien pour nous faire revivre cette Amazonie qui n’existe plus. C’est pour cela qu’il a filmé en noir et blanc.

Allende mi abuelo, présenté dimanche à la Quinzaine des réalisateurs également est le premier film de Marcia Tambutti Allende, la petite-fille de Salvador Allende. Elle souhaite rompre le silence entretenu autour du passé tragique de sa famille. 40 ans après le coup d’État qui a renversé son grand-père, elle estime qu’il est temps de retrouver les souvenirs familiaux, les images de leur vie quotidienne qui leur a été arrachée. Elle veut montrer un passé intime qui lui est inconnu, enterré sous la vie politique d’Allende, l’exil et la douleur familiale. C’est un film très personnel. Connaître la vie intime d’Allende nous intéresse assez peu, malgré l’originalité des documents.

Paulina (La Patota), présenté à la Semaine de la critique est le second film de l’Argentin Santiago Mitre, après El estudiante en 2011. Paulina, une jeune femme, décide de renoncer à une brillante carrière d’avocate pour se consacrer à l’enseignement à Posadas dans une région défavorisée d’Argentine. Confrontée à un environnement hostile, elle s’accroche pourtant à sa mission pédagogique, seule garante à ses yeux d’un réel engagement politique, quitte à y sacrifier son petit ami et la confiance de son juge de père. Peu de temps après son arrivée, elle est violemment agressée par une bande de jeunes… “J’ai essayé de construire une fable politique centrée sur la conviction. Je me sens plus à l’aise avec les fables qui empruntent une forme classique : une ligne narrative simple, des personnages forts, un point de vue clair, des enjeux sociaux contemporains. Je suis toujours très soucieux du rythme et de la tension dans la narration”, a déclaré le réalisateur. Après une première scène de 8 minutes en un seul plan, qui introduit le discours père-fille, parlant de l’ordre et du dialogue, Paulina déclare que la justice ne cherche pas la vérité quand les pauvres sont suspects: elle cherche des coupables. Belle interprétation. La Patota veut dire “bande de jeunes”.

Voilà pour le moment. Rendez-vous la semaine prochaine pour la suite et le palmarès.

Alain LIATARD
Depuis Cannes

Temps fort de la semaine : la visite de François Hollande à Cuba

11 mai – PÉROU – Les tortues et les grenouilles ont disparu des cours d’eau, disent les paysans dans le nord du Pérou ; parfois leur bétail refuse de boire dans les cours d’eau qui irriguent leurs terres ou quand il boit il tombe malade ou décède. Pour les agriculteurs, la cause de la pollution est évidente. Les montagnes contiennent de l’or que la société nord-américaine Newmont Mining Corp exploite depuis 22 ans, avec le soutien financier de la Banque mondiale, en utilisant des substances chimiques toxiques pour l’extraire. La mine d’or de Yanacocha est la plus grande mine de ce métal en Amérique du Sud qui couvre des centaines de kilomètres carrés à des altitudes allant jusqu’à 4 000 mètres et l’une des plus productives au monde. L’opération a été extrêmement bénéfique pour le gouvernement central du Pérou mais plusieurs études ont montré qu’il y a eu des fuites de métaux lourds de la mine dans une région où beaucoup de gens n’ont plus accès à l’eau potable. Au début de la décennie des 2 000 Stratus Consulting le signalait déjà dans un rapport qu’il a répété avec des résultats semblables durant des années postérieures. Les agriculteurs locaux sont profondément préoccupés pour leur santé et celle de leurs familles. « Les êtres humains que nous sommes sont les seuls gardiens de notre environnement naturel« , disent-ils.

11 mai – CUBA – Le président français François Hollande est le premier dirigeant européen à venir dans l’île depuis des décennies d’isolement. C’est la première visite d’un chef d’État français à Cuba depuis l’indépendance de l’île en 1898. À l’Université de La Havane, François Hollande a appelé à la fin de l’embargo nord-américain. Il a promis que la France fera ce qui lui est possible pour que «  l’ouverture se confirme, que les mesures qui ont tant endommagé le développement du Cuba sont abrogées, afin que l’identité de chaque pays soit respectée. » La visite du président français qui a eu une entrevue avec son homologue Raúl Castro, après avoir été reçu par son frère Fidel [photo], n’a pas été coordonnée avec ses partenaires européens bien que le dégel avec le régime castriste soit aussi le premier de l’UE. La délégation française de la visite de l’île était importante – entre autres, par les ministres de l’Environnement, Ségolène Royal, de la Justice, Christiane Taubira, de la Santé, Marisol Touraine, et de la Culture, Fleur Pellerin – , ce qui donne une idée de l’intérêt de Paris, dans des liens plus étroits avec Cuba.

11 mai – CHILI – La présidente Michelle Bachelet mène à bien un changement radical de Gouvernement. Elle se sépare de ses hommes de confiance à l’Intérieur –Rodrigo Peñailillo -et aux Finances – Alberto Arenas – et met à leur place deux collaborateurs avec de bonnes compétences en négociation et en dialogue. La présidente a nommé à l’Intérieur – faisant fonction de chef du gouvernement – Jorge Burgos, un démocrate avec une grande expérience dans l’exécutif et au Congrès, qui jusqu’à présent était ministre de la Défense, et aux Finances Rodrigo Auges, militant du Parti par la Démocratie (PPD), reconnu pour imposer le respect et sa bonne capacité d’exécution, qui jusqu’à présent était président exécutif de Banco Estado du Chili. Avec ce profond remaniement, la présidente change de direction et opte pour la négociation et le dialogue, la clé pour réussir l’ambitieux agenda de réformes de son second mandat.

11 mai – MEXIQUE – La Commission nationale des hydrocarbures (CNH) a annoncé qu’elle permettra l’extraction du pétrole brut et du gaz sur 26 sites dans cinq États du pays. Il s’agit du troisième appel d’offres ouvert à des entreprises privées. Elles prennent part à l’ouverture du secteur énergétique après l’approbation de la réforme de décembre 2013. Auparavant le gouvernement mexicain avait proposé aux investisseurs uniquement l’exploration et l’exploitation de sites dans le Golfe du Mexique.

11 mai – BRÉSIL – Six mois après les élections présidentielles, la vie publique au Brésil présente un visage méconnaissable. S’il n’y avait pas le bruit des casseroles souvent accompagné du slogan « dehors Dilma« , peu de signes montrent que le gouvernement est dirigé par Dilma Rousseff. Le pays est dirigé par d’autres personnes avec d’autres idées. Pour sauver son gouvernement, la présidente a dû céder une bonne partie de son pouvoir. Les bénéficiaires de ce transfert sont deux figures étrangères au Parti des Travailleurs (PT). La gestion politique est restée entre les mains du vice-président, Michel Temer, du Parti du Mouvement Démocratique Brésilien (PMDB), un parti du centre, alliée du PT. L’économie est à la charge du ministre des Finances, Joaquim Levy, surnommé « mains de ciseaux » en référence à son goût pour les coupures budgétaires. Il a toujours été plus proche du Parti de la Démocratie Brésilienne Sociale (PSDB), d’Aecio Neves, que du gouvernement.

12 mai – COLOMBIE – Le président Juan Manuel Santos a encore une fois facilité le voyage à Cuba du plus haut dirigeant des FARC, Rodrigo Londoño Echeverri, connu sous le nom de Timochenko, pour qu’il se rende au siège des négociations de paix, une décision qui n’est pas exempte de controverse sur les mandats d’arrêt en vigueur contre lui. À cette occasion, le président a aussi autorisé le voyage de Nicolás Rodríguez Baptiste, alias Gabino, nom du numéro un de l’Armée de Libération Nationale, ELN, la seconde guérilla du pays, pour qu’il se réunisse avec Timochenko. La réunion des deux chefs de la guérilla a été menée à la fin avril et il a été révélée par les médias locaux. Le processus de paix passe par un mauvais moment à cause de la perte de confiance des Colombiens face aux intentions réelles des FARC de signer la paix, en raison de la récente attaque de la guérilla qui a causé la mort de 10 soldats.

12 mai – BOLIVIE – Comme Cuba, le gouvernement de la Bolivie s’est rapproché du pape François et a considérablement amélioré ses relations avec l’Église locale, en atténuant les différences qu’il avait avec celle-ci dans le passé. Suite à cette nouvelle relation, le pape rendra visite aux Boliviens et son « admiré » Evo Morales en juillet, un voyage que le président bolivien s’est engagé à préparer depuis 2013, quand il a changé sa politique religieuse et a commencé à se rapprocher des catholiques.

12 mai – ARGENTINE – La Cour fédérale de cassation rejette la plainte de Alberto Nisman contre la présidente Cristina Fernández de Kirchner, qui est définitivement classée tandis que le décès du procureur est encore un mystère

12 mai – PANAMA – Frank De Lima, ministre de l’Économie et des Finances sous le mandat de l’ex-président Ricardo Martinelli (2009-2014), a été emprisonné pour des accusations de détournement de fonds présumés. Le procureur anti-corruption de Panama a présenté des charges contre Frank De Lima pour une affaire pour laquelle, précédemment, le Tribunal Suprême électoral de ce pays a dépossédé immédiatement l’ex-président de son immunité comme président du parti d’opposition Changement Démocratique, pour qu’il soit inclus dans les enquêtes.

13 mai – VÉNÉZUELA – Un tribunal vénézuélien a décidé d’interdire de quitter le pays à 22 directeurs et représentants des journaux El Nacional et Tal Cual et du supplément de nouvelles La Patilla, en réponse à une plainte déposée par le président de l’Assemblée nationale, Diosdado Cabello. Le directeur d’El Nacional, Miguel Henrique Otero, considère cela comme une nouvelle attaque contre le journalisme indépendant. Selon le journal El Nacional, l’interdiction de quitter le pays et la présentation tous les huit jours avant l’audience du tribunal des 22 accusés sont dues aux « présomptions raisonnables » du danger de fuite et d’entrave à la justice, comme établi dans les Articles 237 et 238 du Code de procédure pénale.

13 mai – NICARAGUA – Le gouvernement du président Daniel Ortega a préparé une loi pour contrôler l’Internet par l’État à travers la création d’une société d’État chargée de gérer les services à large-bande dans ce pays d’Amérique centrale. L’initiative, qui est promue par l’exécutif comme une politique de modernisation des télécommunications au Nicaragua, n’est pas encore arrivée à l’Assemblée nationale pour discussion, mais il a déjà suscité beaucoup de rejet, y compris par le secteur privé du Nicaragua, pourtant allié du président.

13 mai – MEXIQUE – Les administrateurs de l’Institut électoral national ont donné l’occasion politique à Marcelo Ebrard, l’ancien maire de la ville de Mexico de parvenir à la Chambre des députés, comme suppléant de député pour le Movimiento Ciudadano. (MC). Cette décision a été soutenue par sept des onze administrateurs et corrige celle controversée du Tribunal électoral qui avait retiré la candidature de l’une des voix les plus importantes de l’opposition au Mexique.

13 mai – COLOMBIE Le fait que le chef des FARC, Timochenko, et le chef de l’ELN, Gabino, se soient réunis à La Havane avec l’autorisation du président Juan Manuel Santos, montre l’importance pour le processus de paix, que l’ELN se lance avec le gouvernement dans des pourparlers visant à mettre fin à ce long conflit armé.

14 mai – COLOMBIE – À quelques mètres de la rivière Cauca dans la municipalité de Riosucio, au centre du pays, des mines d’or ont été inondées, suite une défaillance dans le système d’alimentation électrique. Les motopompes se sont arrêtées de puiser de l’eau de la rivière, vitale pour le travail des mineurs. Selon la police, quinze travailleurs sont piégés dans deux mines sur les 60 présents au moment de la tragédie. Le transformateur alimentant les mines a été installé illégalement et ne respectait pas les normes. Il semblerait que le processus de légalisation des mines devant les autorités minières est en cours et que les travailleurs n’ont ni contrat de travail ni de protection sociale.

14 mai – GUATEMALA – Un juge de la Cour constitutionnelle, Alejandro Maldonado Aguirre, 79 ans, a été choisi comme vice-président du Guatemala, un poste qu’il occupera jusqu’au 14 janvier 2016. Le choix est survenu au milieu d’une méfiance croissante du fait des manœuvres du président Otto Pérez pour retarder la remise de la courte liste qu’il a été envoyé au Congrès afin qu’il choisisse Jusqu’à son élection comme vice-président, ce juge de la Cour constitutionnelle a été durement interrogé sur ses décisions de soutenir ouvertement l’annulation de la condamnation pour génocide contre le général Efraín Ríos Montt (2013).

14 mai – BRÉSIL – Les données concernant les morts violentes au Brésil ne fait pas référence. En 2012, la dernière année avec des données disponibles, il y avait 42 416 décès par armes à feu, le pire bilan depuis 1980, lorsque le ministère de la Santé a commencé à développer le Plan contre la violence, dont le dernier rapport a été présenté. Pendant ce temps, le Parlement brésilien a examiné une proposition visant à libéraliser la vente d’armes. Entre 2003 et 2012, le nombre de personnes blanches décédées de mort violente a diminué de 23%. Le nombre de personnes noires décédées de mort violente a augmenté de 14,1%. Martin Sampaio, coordinateur de la Commission des droits humains de l’Association du Barreau du Brésil (OABSP) estime que ce rapport « nie le mythe de la démocratie raciale au Brésil« .

14 mai – ARGENTINE – La Cour suprême, la plus haute juridiction du pays, a définitivement fermé toute possibilité de juger l’ex-président Fernando De la Rua pour les cinq décès survenus en 2001 quand Buenos Aires a été prise par les citoyens qui protestaient contre la séquestration de leurs économies dans les banques décrétée par le gouvernement pour freiner la sortie de capitaux et l’effondrement des banques. Fernando De la Rua a décrété l’état d’exception et la police a réprimé les manifestants autour de la Casa Rosada, le siège du gouvernement en crise, la plus dure de la récente histoire démocratique de l’Argentine.

14 mai – CHILI – Deux étudiants ont été abattus dans le port de Valparaíso après avoir participé à une manifestation. Les deux jeunes hommes, 18 et 25 ans, ont été abattus par le fils du propriétaire d’un immeuble, un homme de 20 ans qui vivait dans une maison dans laquelle les étudiants ont essayé d’écrire des graffitis. La police a annoncé que le coupable a été arrêté.

14 mai – AMÉRIQUE LATINE – Le taux de chômage était tombé en 2014, malgré le ralentissement économique, mais l’Organisation internationale du Travail (OIT) et la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) prévoient cette année jusqu’à 6,2 % de chômage.

14 mai – AMÉRIQUE LATINE – Vingt-huit médiateurs d’Amérique latine, d’Espagne et du Portugal, se sont rencontrés pendant deux jours dans la capitale colombienne. La Déclaration de Bogota, signée par les membres de la Fédération ibéro-américaine des Ombudsmen (FIO), a déclaré l’engagement de faire progresser les mesures nécessaires pour que « soit reconnue la traite de personnes comme crime lèse-humanité dans les termes du Statut de Rome« .

14 mai – MEXIQUE – Deux candidats ont été assassinés en moins de 24 heures. Le premier, Enrique Hernández, un ancien chef de file de groupe d’auto-défense, a été abattu lors d’un rassemblement sur la place principale de Yurécuaro dont il était candidat à la mairie pour le Mouvement national de gauche Régénération (Morena), dirigé par Andrés Manuel López Obrador, dans l’État de Michoacán au sud du Mexique. Le candidat a été accusé de meurtre pour ensuite être libéré par manque de preuves. À plus d’un millier de kilomètres, dans la municipalité de Huimanguillo, dans l’État de Tabasco, un autre candidat au conseil municipal du PRI, Hector López Cruz a été criblé de 16 balles après avoir ouvert la porte de sa maison.

16 mai – GUATEMALA – Dans la troisième marche massive contre la corruption qui a été l’empreinte du Parti Patriote, au pouvoir depuis janvier 2012 et à huit mois du terme de leur mandat le 14 janvier 2016, quelque 30 000 personnes ont bloqué la Place Mayor de la capitale guatémaltèque, pour demander la démission d’Otto Pérez Molina comme président du pays.

17 mai – MEXIQUE – Un total de 1 067 personnes a été infecté par le virus du chikungunya depuis novembre 2014, quand on a détecté les premiers cas de contagions autochtones dans le pays. Les États les plus touchés sont Guerrero, Chiapas et Oaxaca, situés dans le sud du Mexique, dont la situation a mis en alerte les autorités. Le chikungunya est une maladie contagieuse que transmettent à l’homme les mêmes moustiques qui provoquent la dengue et il n’y a pas vaccin qui la prémunisse ou la traite spécifiquement contre elle. L’Organisation panaméricaine de la santé a enregistré un total de 24 375 cas à travers l’Amérique depuis décembre 2013.

17 mai – MEXIQUE – La fierté technologique du Mexique, le satellite de télécommunications mexicain Centenaire n’a pas pu être mis en orbite par la fusée russe Protón-M qui a pris 490 secondes à se désintégrer depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan. L’accident, dont les causes ne sont pas connues, s’ajoute à une suite historique d’échecs de ce programme spatial russe. Le gouvernement mexicain a été prompt à souligner que le satellite était assuré à 100 %, donc il n’y aura pas de perte de trésorerie.

Guy MANSUY

L’ancien chef de la police guatémaltèque condamné en appel en Suisse

De double nationalité suisse et guatémaltèque, Erwin Sperisen était accusé par un collectif d’ONG d’avoir ordonné des tortures et des exécutions extra-judiciaires de paysans et de prisonniers de droit commun lorsqu’il était le chef de la police nationale guatémaltèque. En 2008 et 2009, plusieurs ONG suisses s’unissent pour aider les familles des victimes de deux épisodes de répression, les dossiers Infiernito et Pavón et déposent une plainte devant les tribunaux genevois.

Les affaires Infiernito et Pavón

En 2005, 19 détenus s’échappent de ce centre de détention connu comme Le Petit Enfer. La police, sous le commandement de Sperisen met sur pied un Plan Gavilán (Épervier) pour les retrouver. Sur les neuf prisonniers rattrapés, sept sont exécutés et la scène du crime maquillée comme un affrontement.  Depuis longtemps, la prison de Pavón était sous le contrôle des mafias du crime organisé et gérée par les détenus. Des chefs narcos y avaient installé des ateliers de transformation de la drogue qu’ils revendaient à l’extérieur en collusion avec certaines autorités pénitentiaires corrompues. En septembre 2006, le ministre de l’Intérieur, Carlos Vielmann, ordonne la reprise du contrôle de la prison. Erwin Sperisen, alors chef de la police, et Javier Figueroa, son adjoint, organisent une attaque en règle du centre de détention avec 3 000 policiers armés et des mini-tanks. Il n’y a pas de résistance, pas un coup de feu n’est tiré. Selon des témoins, plusieurs prisonniers influents dont les noms sont inscrits sur une liste sont alors froidement exécutés et leur mort camouflée en affrontement avec les forces de l’ordre… D’autres prisonniers sont torturés ou sexuellement agressés.

Fuite précipitée des principaux protagonistes

Javier Figueroa, l’adjoint de Sperisen, de double nationalité guatémaltèque et autrichienne, s’enfuit en Autriche. Le ministre de l’Intérieur Carlos Vielmann, de double nationalité guatémaltèque et espagnole, s’enfuit en Espagne. Edwin Sperisen, de double nationalité guatémaltèque et suisse, s’enfuit en Suisse et s’installe à Genève. Lorsque la justice genevoise prétend que Sperisen ne réside pas à Genève, l’association TRIAL engage un détective privé qui lui fournit les photos de Sperisen entrant et sortant de la résidence de son père, représentant du Guatemala devant l’OMC (Organisation mondiale du commerce) dans le quartier Malagnou. Mais rien ne se passe jusqu’au 6 août 2010 lorsque la justice guatémaltèque émet un mandat d’arrêt international à l’encontre de Sperisen et de 18 autres personnes soupçonnées d’avoir participé à des escadrons de la mort. Sperisen ne pouvant être extradé vers le Guatemala car la Constitution fédérale interdit à la Suisse d’extrader ses propres ressortissants, la Suisse a par contre l’obligation de le juger, même si les crimes ont été commis à l’étranger. Dès lors, le canton de Genève était seul compétent pour instruire ce dossier.

Sperisen arrêté et jugé à Genève

Le 31 août 2012, il est arrêté sur ordre du Ministère public genevois. Plusieurs survivants ou anciens prisonniers font le voyage du Guatemala pour témoigner contre le policier. Convaincu, en janvier 2014, le Procureur Yves Bertossa renvoie le prévenu devant le Tribunal criminel de Genève pour exécutions extra-judiciaires, tortures, disparitions forcées et violences sexuelles. Le procès s’est ouvert le 15 mai 2014. Le 6 juin 2014, Erwin Sperisen est acquitté pour l’accusation de responsabilité dans la mort de trois détenus rattrapés après leur évasion de la prison El Infiernito mais condamné pour la mort de sept détenus lors de l’opération de reprise en main de la prison El Pavón. Pour cette responsabilité, la Cour le condamne à la prison à vie.

Pour Philip Grant, directeur de TRIAL, “Le jugement rendu ce jour est l’illustration que l’idéal de justice poursuivi par tant de gens, en Suisse et au Guatemala, peut se concrétiser. Malgré la distance, malgré la complexité du dossier et malgré les intimidations, la détermination de nombreux acteurs, ici comme là-bas, a permis que justice soit rendue. La lutte contre l’impunité et la dignité humaine sont les grandes gagnantes du verdict rendu aujourd’hui” (1). Lorsque les avocats de Sperisen font appel, le dossier passe à la Cour pénale de la Cour de justice de Genève. Le 12 mai 2015, non seulement la Cour confirme le verdict de première instance concernant le dossier Pavón et ses divers assassinats, mais elle ajoute le dossier Infiernito à la culpabilité de l’accusé. Pour la Cour, il est avéré que les assassins des prisonniers en fuite étaient sous les ordres du chef de la police Erwin Sperisen, qui n’a pas empêché les exécutions. Le verdict de prison perpétuelle est confirmé. Sperisen a encore un recours possible devant le Tribunal Fédéral mais seules les questions de respect du droit pourront y être traitées et non les questions de fond du dossier. Peu de chance que les avocats encouragent Sperisen à faire appel.

Il est à espérer que l’accusation portée contre l’ancien ministre de l’Intérieur Carlos Vielmann en Espagne aboutisse à un procès semblable. Vielmann était le supérieur hiérarchique de Sperisen et présent sur la scène des assassinats dans la prison de Pavón. Il a laissé faire ou a donné les ordres. Son procès doit s’ouvrir bientôt. Pour Philip Grant de TRIAL, “Le verdict rendu est la preuve qu’il est possible à la justice de démontrer l’implication de l’État et de ses représentants dans de graves violations des droits humains et de les tenir responsables devant la loi”.

Jac FORTON

(1) Dans un communiqué conjoint des associations suisses publié le 6 mai 2014.

La sénatrice Isabel Allende élue présidente au Parti socialiste

La sénatrice chilienne Isabel Allende, fille de l’ex-président Salvador Allende renversé par un coup d’État, deviendra la première femme à diriger le Parti socialiste. Plus de quarante ans après la dictature instaurée par le général Pinochet, la nouvelle présidente du Parti socialiste semble suivre les traces de son père.

Dimanche 17 mai, l’assemblée plénière du Comité central du Parti Socialiste (PS) chilien a entériné l’élection le 26 avril dernier de la sénatrice Isabel Allende à la présidence du parti. Cette élection est doublement symbolique. D’abord parce que c’est la première fois en ses 82 années d’existence que le PS élit une femme à sa tête. Ensuite, bien sûr, parce qu’il s’agit de la fille de l’ancien président Salvador Allende, victime du coup d’État militaire de septembre 1973 mené par le général Pinochet. Il ne faut pas la confondre avec l’écrivaine Isabel Allende, auteur du best-seller La maison des esprits, qui est en fait sa cousine et qui vit aux États-Unis.

Après le coup d’État de Pinochet, Hortensia Bussi, sa mère, part avec ses trois filles en exil à Cuba puis au Mexique. Isabel Allende ne reviendra au Chili qu’en 1989, un peu avant la fin de la dictature (mars 1990). Elle entre au Parti socialiste pour lequel elle est élue députée pour la Région de Coquimbo (nord du Chili) d’abord, pour la Région métropolitaine (Santiago) ensuite. En 2003 et 2004, elle préside la Chambre des députés au Congrès situé à Valparaíso. Élue sénatrice pour la Région Atacama (nord du Chili) en 2010, elle est finalement élue à la présidence du Sénat en 2014, c’est alors la première femme à occuper cette fonction. La première vice-présidence du parti sera assumée par Sadi Melo, les autres vice-présidents étant Camilo Escalona, Juan Pablo Letelier (1) et Manuel Monsalve.

Les premières paroles de la nouvelle présidente du parti furent pour soutenir la présidente Michelle Bachelet. Les scandales de corruption affectant tous les partis mais aussi la famille de la présidente qui a dû récemment remanier son gouvernement ont attiré l’attention d’Isabel Allende : “Nous savons que ces derniers temps ont été complexes mais la loyauté reste avec la présidente… Nous savons ce qu’est l’absence de démocratie, ce qu’est la dictature. C’est pourquoi nous attachons une grande valeur à la démocratie, nous la respectons… Quand la politique s’affaiblit, c’est le peuple qui souffre.” Michelle Bachelet ne pouvant se représenter aux prochaines élections présidentielles (dans moins de 3 ans), la nomination d’Isabel Allende à la présidence du PS pourrait très bien l’inciter à envisager une candidature.

 Jac FORTON

 (1) Fils de Orlando Letelier, ancien ministre de Salvador Allende, assassiné par la police secrète de Pinochet à Washington en 1976.
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