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mars 2015

De Belo Horizonte à Lima, les deux films latinos de la semaine

Alors que les festivals latinos se déroulent un peu partout en France, – si Pessac et Villeurbanne sont maintenant terminés, Cinelatino de Toulouse, CulturAmerica de Pau, Aspas à Marseille continuent jusqu’à la fin de la semaine -, deux films vont sortir sur les écrans cette semaine : Le film brésilien L’homme des foules et le péruvien Un octobre violet à Lima.

L’homme des foules (O Homen das Multidões) est le nouveau film des brésiliens Marcelo Gomes et Cao Guimarães. Il a obtenu le grand prix à Cinelatino de Toulouse l’an passé. Juvenal est un conducteur de trains à Belo Horizonte. Il rêve de vitesse et écoute au travail les commentaires de ses collègues, épie les gens des bars, ou ceux pressés des centres commerciaux. Juvenal n’est pas très communicatif, mais s’il est à l’aise au milieu des foules, il ne sait que dire à sa collègue Margô. Son quotidien, comme celui des autres ne semble réglé que par une suite de rituels et de formules de convenances qui rythment la routine. Librement inspiré d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe, le film traite de la solitude, qui frappe les grandes métropoles. Pour rendre plus fort ce sentiment d’enfermement, le film utilise un format original. L’écran est proche du carré évoquant la fenêtre du train ou celle de la maison où le protagoniste scrute la vie des autres sans y participer. Cao Guimarães, né à Belo Horizonte en 1965, œuvre autant dans les arts plastiques que pour le cinéma. Marcelo Gomes, né à Recife en 1963, a réalisé plusieurs films intéressants dont Cinéma, aspirines et vautours et Il était une fois Veronica.

 Il est rare que nous puissions voir des films péruviens. Le cinquième long métrage d’Eduardo Mendoza, né à Lima en 1974, El Evangelio de la Carne, Un octobre violet à Lima pour le titre français, est le premier à être distribué en France. À Lima, Gamarra, un flic, est désespéré par l’état de son épouse, Julia, qui se bat contre la maladie. Nancy, une vendeuse, est amoureuse de Gamarra et lui propose une solution pour récupérer l’argent nécessaire au traitement de Julia. De son côté, Felix, un ancien chauffeur de bus, est abandonné par sa femme et ses filles. On lui propose de faire des faux dollars tandis qu’il cherche à intégrer la confrérie religieuse du Seigneur des Miracles. Narciso, un supporter de foot déchaîné, va tout faire pour que son plus jeune frère, accusé de meurtre, soit transféré dans une prison où il ne risque pas sa vie… Tout se dénoue le jour de la procession, et de la finale de foot.

Il s’agit donc d’un film choral fait par petites touches qui s’assemblent lentement pour aboutir au jour tant attendu de la procession et du match de foot. Lors du débat aux Reflets du cinéma ibérique et latino-américain, les spectateurs ont demandé au réalisateur pourquoi il y avait tant de violence dans son film. Il a précisé qu’il y en avait encore beaucoup plus dans la réalité parce qu’il y a eu beaucoup d’immigration vers la ville, d’abord dans les années cinquante en raison d’une immigration intérieure, puis dans les années quatre-vingt à cause de la guerre et du conflit avec le Sentier lumineux. Mais il a voulu que son film soit aussi un hymne à sa ville, Lima. La tension et la violence sont telles que seul un miracle pourrait tout changer. Mais encore faut-il avoir la foi ! Il précise qu’il a vraiment voulu faire un film sur la foi et la recherche de rédemption. La procession du Seigneur des miracles est la procession la plus importante d’Amérique latine. Il a été un supporter des équipes de foot pendant quatre ans et l’histoire est également inspirée de ce qui est arrivé à une amie et il en fait une fiction. Un film bien réalisé et vraiment à découvrir.

Alain LIATARD

L’actualité de la semaine du 16 au 22 mars 2015

15 mars – ARGENTINE – Le parti le plus ancien d’Argentine, l’Union civique radicale (UCR), membre de l’Internationale socialiste depuis 1996, a enfin décidé après des mois de palabres de renoncer à ses alliés du Parti socialiste argentin et à une alliance possible avec le dissident péroniste Sergio Massa. En fin de compte, il a décidé de s’allier avec le maire conservateur Mauricio Macri pour la prochaine présidentielle du 25 octobre.

15 mars – BRÉSIL – Dans plus de 200 villes où aucun autre drapeau que les couleurs du Brésil, des manifestants, convoqués par la nouvelle puissance des réseaux sociaux, ont parcouru massivement les rues en criant : “Dehors Dilma”, “Dehors le PT ”, représenté graphiquement par des cercueils. Avec ces deux cris, celui de “corruption jamais plus” et une défense claire de la démocratie. Les deux villes symbole: Brasilia, capitale politique et São Paulo- un million de manifestants -, centre névralgique du pouvoir économique et financier, ont donné de la vie aux deux plus grandes manifestations de l’histoire de sa démocratie récente. Il convient de se demander : Et maintenant quoi ? Dilma Rousseff a déjà donné à entendre qu’elle ne se retirait pas. Quant à l’ancien président Lula da Silva, il a admis que son parti, le PT, après douze ans au gouvernement, doit être refondé et revenir à ses origines.

15 mars – MEXIQUE – Carmen Aristegui, une des voix les plus connues de la radio mexicaine, a été limogée de la station de radio MVS. La dissolution du contrat avec la journaliste et l’équipe qui a découvert le scandale immobilier de l’épouse du président et l’a présenté au public en direct. La crise, latente, s’est aggravée le jour où Carmen Aristegui a annoncé à l’antenne que son équipe et Radio MVS participeront au projet de MexicoLeaks, un site Internet indépendant qui invite les citoyens à dénoncer des affaires de corruption. Le lendemain, la direction de Radio MVS l’a désavouée : “L’usage de notre marque – sans autorisationa trompé le public. Carmen Aristegui a répliqué : “Nous allons donner avec nos avocats la bataille pour la liberté d’expression”.

15 mars – CHILI – L’incendie de Valparaíso qui a détruit 560 hectares est contrôlé, mais pas éteint. La cause de celui-ci semble avoir été provoquée par un départ de feu lors d’un traitement illégal de cuivre dans une décharge souterraine. Après avoir appris que la tragédie aurait été causée par une action humaine, le gouvernement a annoncé qu’il porterait plainte contre les responsables de la catastrophe. Selon le dernier rapport, le feu a causé des blessures à 33 personnes, dont 19 pompiers.

15 mars – VENEZUELA – Le Parlement vénézuélien accorde des pouvoirs spéciaux au président Nicolas Maduro pour contrer les sanctions imposées par le président des États-Unis Barack Obama. Le président vénézuélien pourra légiférer par décret sur la sécurité nationale pendant le reste de 2015.

16 mars –AMÉRIQUE LATINE – Les ONG dénoncent, devant la Commission interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), la criminalisation de la protestation sociale dans les Amériques. “La manifestation est un droit de base et ce qui est espéré est que, dans un environnement démocratique, la préoccupation de la police est de savoir comment la garantir, non pas la restreindre ou la supprimer”, assure le secrétaire exécutif de la CIDH, Emilio Álvarez Icaza.

17 mars – MEXIQUE – La ville de Teotihuacán a été comparée en grandeur à Alexandrie, Rome ou Constantinople. Pendant des décennies, les fouilles dans ses ruines, à quelque 50 kilomètres de la ville du Mexique, ont fourni des découvertes sur les utilisations religieuses des grandes pyramides, des passages souterrains avec des significations rituelles. Mais aussi sur la complexité de l’organisation politique de cette ville qui a fleuri entre les Ie et VIe siècles. Maintenant, un nouveau travail de compilation des résultats des fouilles plus détaillées ont été effectuées dans une autre zone de la grande ville, les quartiers qui entouraient le centre. Selon une étude, une bourgeoisie naissante a forgé la révolte sociale qui a provoqué la chute de celle-ci, une des plus grandes villes de l’Amérique préhispanique.

17 mars – PÉROU – Chaque fois que la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a ordonné à l’État péruvien d’indemniser des membres de la famille ou des membres des deux groupes terroristes qui ont déclenché la violence dans le pays entre 1980 et 2000, le Sentier lumineux et le Mouvement Révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA) les demandes des politiques et des militaires à la retraite sont ravivées pour que le Pérou soit mis en dehors de cette juridiction supranationale. Cette fois, le pays andin doit indemniser avec 60 000 dollars une terroriste violée et torturée par la police en 1993.

18 mars – ORGANISATION DES ÉTATS AMÉRICAINS – L’ancien ministre des Affaires étrangères de l’Uruguay, Luis Almagro [photo], a été élu nouveau secrétaire général de l’OEA, avec 33 des 34 suffrages émis et une abstention, lors d’un vote sans rival. “Je ne viens pas pour administrer aucune crise, je viens pour faciliter et continuer la rénovation” de l’OEA a dit Luis Almagro après avoir été confirmé comme le successeur du Chilien José Miguel Insulza devant le seul organe où se trouvent tous les pays de l’hémisphère occidental, à l’exception de Cuba qu’il s’engage à réintégrer à partir du 26 août, le jour de sa prise de fonction.

18 mars – BRÉSIL – Les trois groupes minoritaires de l’opposition qui ont appelé à la mobilisation massive du 15 mars ne sont pas liés à un parti politique, mais soutenus par le rôle multiplicateur des réseaux sociaux. Le premier, Movimento Brasil Livre, consiste en une demi-dizaine de jeunes de la classe moyenne supérieure d’idéologie libérale qui exige la destitution parlementaire de Dilma Rousseff ; le deuxième est Vem Pra Rua, plus modéré, identifié avec le monde économique et financier; le troisième est Revoltados On Line, caractérisé jusqu’à récemment pour défendre un coup d’État militaire. Maintenant, les jeunes du Movimento Brasil Livre (et Revoltados On Line) projettent de se rendre à Brasilia pour rencontrer le président du Congrès Eduardo Cunha, du PMDB, un allié modéré du gouvernement, pour qu’il examine la destitution de la présidente alors qu’il a déjà déclaré qu’il est contre et qu’il ne voit ni raisons juridiques ou parlementaires de le faire. Pendant ce temps, le PSDB, la formation d’opposition d’Aécio Neves, manœuvre pour se rapprocher, ou au moins de bénéficier d’un mouvement qui a choqué la classe politique. Cela n’est pas facile, puisque beaucoup des manifestants se défient des partis politiques. Personne ne sait si la force du mouvement va se poursuivre ou si elle aura tendance à se dégonfler. Pour l’instant, les trois groupes qui ont réuni des centaines de milliers de Brésiliens dans les rues ont annoncé pour dimanche une manifestation.

18 mars – COLOMBIE – Le ministère des Affaires étrangères de Colombie a confirmé que dans le groupe des 22 personnes qui sont mortes mercredi dans l’attaque terroriste en Tunisie il y avait deux Colombiens : Miriam Martínez et Javier Camelo, la femme et le fils de José Arturo Camelo, général à la retraite de l’armée qui voyageait avec eux et était dans le groupe de touristes contre lequel les terroristes ont tiré. La mort de leurs proches a été confirmée par le récit du général qui était accompagné par un autre fils à côté de lui, également indemne. Le président Juan Manuel Santos a annoncé que le ministère des Affaires étrangères sera responsable du rapatriement des corps. Le Ministère des affaires étrangères de la Colombie a condamné et rejeté cette attaque par une déclaration.

19 mars – AMÉRIQUE LATINE – L’Église latino-américaine condamne les abus dans l’Amazonie. Plusieurs évêques défendent devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) les paysans et les populations autochtones contre les excès des industries qui extraient des ressources naturelles de l’Amazonie et de la Méso-Amérique. Trois évêques – en provenance du Brésil, du Guatemala et du Pérou – participent à l’audience de Washington pour dénoncer un problème commun dans la région.

18 mars – GUATEMALA – Kaibils, le corps de l’élite de l’armée guatémaltèque considéré parmi les meilleurs dans le monde pour combattre dans les forêts tropicales, va aider désormais l’ONU pour des missions de paix dans les pays africains. Ceux qui réussissent la formation de 45 jours pour les troupes ou 60 pour les officiers deviennent littéralement des machines à tuer. Ils l’ont démontré pendant la guerre civile (1960-1996), et le prestige atteint fait que des officiers d’autres armées en Amérique latine sont envoyés pour réaliser cette formation.

19 mars – AMÉRIQUE LATINE – L’Amérique latine a clairement fait savoir aux États-Unis qu’elle est fortement agacée par sa décision unilatérale de déclarer le Venezuela une “menace inhabituelle” qui exige une déclaration d’“urgence nationale”, un langage qui rappelle à la région des souvenirs de l’interventionnisme du voisin du nord. L’OEA a exhorté les deux pays à résoudre leurs différends par le dialogue.

20 mars – MEXIQUE – Le comité d’experts internationaux estime qu’il existe une incertitude quant au sort des 43 étudiants disparus de Guerrero, au sud du pays. Même si le Ministère public mexicain a conclu que les étudiants ont été tués et brûlés dans une benne à ordures, les experts de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), qui analysent l’affaire, a déclaré que personne n’est sûr de ce qui est arrivé aux garçons et a demandé aux autorités de continuer à les rechercher. “Tous les scénarios sont sur la table”, a conclu le psychologue espagnol Carlos Beristain, du comité des experts.

20 mars – NICARAGUA – Les femmes qui utilisent des technologies fonctionnant à l’énergie solaire pour cuire, déshydrater les fruits et purifier l’eau sont parmi les plus de 800 femmes qui ont bénéficié de la Fundación Proyecto Solar para Mujeres Nicaragüenses (Fuprosomunic). Cette organisation à but non lucratif a été fondée en 2004 par María Mercedes Álvarez avec un capital initial de 3000 dollars (2800 €). L’idée, remonte à 2001, lorsque cette chimiste et analyste de laboratoire a quitté son emploi dans le ministère nicaraguayen de la Santé. Après le succès avec les cuisines, la fondation a décidé en 2005 d’encourager d’autres projets d’énergie solaire avec le financement de l’ONG Nicasolar, créée en Suisse par Kuno Roth, un ami suisse qui l’a aidée au démarrage de son association   En 2013, ils ont reçu le Energy Globe Award dans les catégories “mondiale et air”. Ce prix est décerné depuis une décennie et reconnaît les meilleures initiatives environnementales dans plus de 100 pays. Cela n’a apporté aucune rémunération financière. Mais en février 2015, cependant, ils ont reçu 30 000 dollars (28 584 €) en gagnant le Prix international de Dubaï pour les meilleures pratiques de transfert.

20 mars – BOLIVIE – Le favori pour gagner le département de Beni ne peut plus participer aux élections régionales pour avoir publié une enquête non autorisée : telle est la décision du Tribunal électoral de la Bolivie. C’est la condamnation que subissent Ernesto Suárez, et 227 autres candidats, y compris les mieux placés pour les maires de plusieurs villes dans cette région du parti d’opposition Unité démocrate et de ce fait ne pourront participer aux élections régionales et municipales du 29 mars. Le parti gouvernemental “le Mouvement pour le Socialisme n’a jamais gagné dans le Beni et c’est pourquoi il utilise cette méthode maintenant” a dit Ernesto Suárez à la presse dès qu’il a été informé du jugement du Tribunal.

21 mars – PÉROU – Il aura fallu 40 ans pour que le premier jugement soit rédigé dans une langue indigène, l’aymara spécifiquement, un changement dans le système judiciaire du pays. “Moi aussi, je me suis demandé pourquoi cela a été si long”, admet Jules César Chucuya, le juge en charge de rédiger la sentence. Le jugement a condamné à six ans de prison et une amende de 2 000 soles, soit environ 650 dollars, un homme pour abus sexuels. “Quelqu’un devait faire le premier pas pour écrire une phrase dans une langue indigène” ajoute le juge. Le quechua et l’aymara ont été déclarées langues officielles au Pérou en 1975.

21 mars – ÉQUATEUR – Une marche contre les violences sexistes et pour la liberté sexuelle a été organisée à Quito pour rejeter les politiques de la famille du gouvernement, le Plan Familia Ecuador, qui propose un retour aux valeurs, à la famille, et à retarder les premiers rapports sexuels… Virginia Gómez de la Torre, du collectif de la Défense des Droits Sexuels et Reproductifs, a déclaré que “la pédagogie du non” crée plus de problèmes chez les adolescents et que “l’État ne peut pas protéger les corps.”

22 mars – PANAMA – L’ancien président du Panama Ricardo Martinelli – l’homme d’affaires devenu président et, maintenant, en exil auto-imposé à Miami – et des proches de son gouvernement et de sa famille sont accusés par la Cour suprême d’irrégularités dans la gestion de l’argent public. La corruption présumée aurait été commise dans le traitement de 45 millions de dollars en contrats de l’État du Programme d’Assistance National (NAP), dédié à l’assistance alimentaire des écoles publiques.

21 mars – CHILI – Des manifestations ont eu lieu à Osorno au sud du Chili contre l’évêque Juan Barros Madrid, nommé par le pape au poste à l’évêché d’Osorno. Il est accusé de complicité présumée dans l’affaire du prêtre Fernando Karadima accusé d’abus sexuels et condamné par la justice canonique en 2011.

Guy MANSUY

L’ex-épouse de Nisman accuse ouvertement le collaborateur du juge d’assassinat

Campagne de l’ex-épouse du juge Alberto Nisman contre Diego Lagomarsino. La défense de celui-ci accuse le juge d’escroquerie. Les comptes secrets du juge.

Sandra Arroyo Salgado, l’ex-épouse du juge Nisman, a organisé une évaluation privée des résultats des données rassemblées par les enquêteurs. Sur base de ces documents mais sans avoir été présents à l’autopsie ni dans l’appartement du juge au moment de la découverte du corps, les experts engagés par elle ont conclu que le juge était mort le samedi soir et non le dimanche matin comme l’affirme le rapport officiel d’autopsie réalisé par les légistes de la Cour suprême. L’importance de cette différence de temps ? Selon Arroyo et son équipe, le juge est mort alors que Lagomarsino était encore chez lui le samedi soir ! “Lagomarsino ment quand il dit qu’il a prêté l’arme au juge. Il fait partie du plan criminel, une accusation à peine voilée : soit Lagomarsino est l’assassin soit il était présent lors de la mort du juge et doit savoir qui l’a fait…

En réponse, Maximiliano Rusconi, l’avocat du collaborateur du juge, avance plusieurs arguments de poids : d’abord, les experts informatiques disent que l’ordinateur du juge a été ouvert le dimanche matin donc il ne pouvait pas être mort le samedi soir ; ensuite que le juge avait déjà demandé plusieurs jours auparavant à un garde du corps qu’il lui trouve une arme (le policier a laissé cette requête sans suite) ; finalement que, s’il s’agit d’un assassinat, pourquoi Lagomarsino laisserait derrière lui le revolver qui vaut signature puisqu’il était légalement déclaré au Registre national des armes (Renar) ? Revolver à peine en état de fonctionner peu propice à une “exécution”… De plus on sait maintenant, photos à l’appui, que le mouchoir vert dans lequel Lagomarsino avait enveloppé l’arme, se trouvait à côté du lavabo de la salle de bain, ce qui tend à renforcer la thèse du suicide. Arroyo répond que l’ordinateur a pu être manipulé à distance. Les experts devront déterminer si c’est le cas dès que la juge Palmaghini en charge du dossier les autorise à reprendre leurs examens bloqués sur demande de la propre Arroyo. D’autre part, la juge d’instruction Viviana Fein a convoqué pour fin mars les légistes des deux parties pour qu’ils confrontent les résultats de leurs enquêtes réciproques tout en rappelant qu’il n’y a qu’une seule enquête officielle, la sienne, dont les experts d’Arroyo Salgado ne font pas partie.

Nisman a-t-il escroqué son collaborateur ?

Lorsque Arroyo accuse Lagomarsino d’avoir des “rapports économiques” pour assassiner Nisman, l’avocat Rusconi révèle un côté inattendu du juge. Celui-ci avait engagé plusieurs personnes pour l’aider à travailler en faisant payer leur salaire par l’Unité spéciale d’enquête sur l’attentat de juillet 1994 contre la mutuelle juive. Non seulement, ces personnes ne mettaient presque jamais les pieds dans l’Unité mais on ne sait pas exactement quel était leur travail ! De plus, ils bénéficiaient de salaires royaux payés par l’Unité. Lagomarsino touchait 40 000 pesos, le plus haut salaire de toute l’Unité, une nutritionniste 28 000 pesos, un autre assistant 35 000 pesos… Et Rusconi de révéler le système “de réintégration” inventé par le juge. Chaque mois, Lagomarsino devait lui rembourser (“réintégrer”) la moitié de son salaire ! Lorsqu’il était payé, il devait immédiatement en reverser la moitié sur un compte ouvert dans la succursale de la Banque Merryl Lynch de Buenos Aires.

Les comptes secrets de New York

Que faisait le juge avec tout cet argent ? Nouvelle révélation : le juge avait, au siège de New York de la Merryl Lynch, ouvert un compte au nom de sa mère et de sa sœur, mais aussi de Lagomarsino qui devait agir en prête-nom. Celui-ci affirme qu’il n’a jamais su ce qu’il advenait de ce compte parce que la seule personne qui pouvait le gérer était Nisman en tant que seul “apoderado”, fondé de pouvoir. Lorsque Sara Garfunkel, mère du juge, voulut savoir où en était ce compte, la banque lui répondit qu’elle devait s’adresser à Lagomarsino qui, lui, déclare qu’il n’y avait pas accès et que tous les relevés de compte étaient envoyés au juge. Autre dépense possible et révélation : la filtration (illégale mais qui l’a faite ?) de photos du juge sur diverses plages des Caraïbes toujours accompagné de belles jeunes femmes… Or il n’a jamais demandé de jours de congé. Il se promenait donc sur ces plages pendant ses heures de bureau !

État de l’enquête

La juge d’instruction Fein organise fin mars une réunion de tous les légistes, officiels et des parties concernées (Arroyo Salgado et Lagomarsino compris), pour déterminer si le juge s’est suicidé ou a été assassiné, si le corps a été bougé, et si oui, comment l’assassin aurait-il pu réaliser cela sans laisser de traces ? Avant de pouvoir reprendre l’examen des conversations téléphoniques et de l’ordinateur de Nisman, la juge Palmaghini devra sélectionner les passages “intimes et privés” afin de les écarter pour respecter le “droit à la privacité du juge” requis par son ex épouse. Le procureur fédéral Germán Moldes a accepté le recours du juge Pollicita contre la décision du juge Daniel Rafecas de rejeter les accusations de Nisman contre la Présidente Kirchner et son ministre des Relations extérieures Timerman pour dissimulation de preuves au profit des accusés iraniens. Le dossier sera examiné par trois magistrats dont… Moldes. Dans le but de faciliter le travail de recherche de la vérité et celui des enquêteurs, la présidente Cristina Fernández de Kirchner a décrété la levée du secret-défense pour tous les documents des services secrets et de l’administration concernant les dossiers “Attentat contre l’AMIA” en 1994 et “Attentat contre l’ambassade d’Israël” en 1992. Elle a aussi relevé de leur devoir de silence tous les membres et ex-membres des services secrets qui pourront ainsi témoigner sans risque de briser leur serment.

Jac FORTON

« Nuit d’orage à Copacabana » du Brésilien Luiz Alfredo Garcia-Roza

D’où vient le charme des enquêtes du commissaire Espinosa ? De la personnalité du policier, des décors, qui nous sont familiers, même si on n’a jamais mis les pieds à Rio de Janeiro, des victimes et des coupables qui nous ressemblent tous un peu ? Il en est à sa sixième et on a toujours envie de suivre Espinosa, de le voir vivre, de voir vivre les gens de Rio. Pour tout savoir il faudra lire l’œuvre immense de l’écrivain brésilien Luiz Alfredo Garcia Roza dont sont dernier livre en français vient de paraître aux éditions Actes Sud.

Tout commence avec la découverte une nuit d’orage du corps d’un sans abri unijambiste au fond d’une impasse. Dans une ville comme Rio, ce n’est qu’une mort violente de plus, mais le commissaire Espinosa est intrigué par l’absence de mobile, d’indices, aussi par l’absence de l’arme du crime. Même l’identité de la victime est inconnue. Cela est suffisant pour qu’il se lance avec ses adjoints dans une enquête qui assez rapidement va le mettre en rapport avec Aldo et Camila, une famille banale de gens aisés, heureux dans leur vie privée et professionnelle. En s’intéressant à eux, qui sont à peu près les seuls témoins, si l’on peut dire puisque personne n’a rien vu, il découvre une réalité différente de ce qu’il attendait.

Tout se passe en douceur : l’enquête avance avec quelques jolies surprises mais sans à-coups, à l’image de la vie privée du commissaire, un peu banale, simplement pimentée par de bons moments avec son amie Irene. On est loin des coups de théâtre spectaculaires si fréquents dans le polar moderne. Mais ce que notre récit perd (peut-être) en “action”, il le regagne largement en vérité : Espinosa n’est pas un super flic, ni un dépressif au bord de l’alcoolisme, non, il est un policier qui fait son métier tout en ayant une existence acceptable et les surprises dans le développement de l’enquête sont relativement rares, et elles n’en prennent que plus de relief.

À une époque qui produit nombre d’excellents polars dans lesquels la violence sauvage est souvent mise en avant, les enquêtes de Garcia-Roza sont un peu à la marge, et c’est tant mieux ! Bien sûr, il y a des cadavres, mais l’auteur, qui a été avant d’écrire philosophe et psychologue, glisse de façon très subtile beaucoup d’idées, sur l’ascension sociale, sur les traumatismes de l’enfance, sur les rapports de couple, des idées qui nous concernent tous dans notre vie quotidienne et qui rendent la lecture d’autant plus prenante.

Christian ROINAT

Nuit d’orage à Copacabana de Luiz Alfredo Garcia-Roza, traduit du portugais (Brésil) par Sébastien Roy, Actes Sud, 2015, 256 p., 19,80 €.
Espinosa sem saída de Luiz Alfredo Garcia-Roza en portugais, Companhia das Letras, 2006. Tous ses romans ont été publiés à São Paulo par la Companhia das Letras.
Luiz Alfredo Garcia-Roza en français : Le silence de la pluie / Objets trouvés / Bon anniversaire, Gabriel ! / Une fenêtre à Copacabana / L’étrange cas du Dr. Nesse, tous publiés chez Actes Sud.

“Bienvenue au paradis” quatrième roman en français d’Ángel Parra

Le Chilien Ángel Parra (né en 1943), le fils de la folkloriste Violeta Parra, véritable icône de la culture chilienne, bien que davantage connu comme chanteur et compositeur, est également écrivain. Dans Bienvenue au paradis, son quatrième roman, il aborde les thèmes classiques de l’exil et du retour, mais il les décline d’une manière inattendue. Jamais de pathos mais de l’ironie (comme l’annonce le titre), de la dérision, voire du grotesque, même si, constamment, le lecteur perçoit en filigrane le poids des séquelles laissées par la dictature.

Après trente ans d’absence, Andrés Fuentenegra (le narrateur), écrivain, la soixantaine, revient au Chili, mais ce retour, il ne l’a pas décidé. C’est Madeleine, sa compagne qui lui a offert son billet d’avion tout en lui signifiant froidement leur rupture. Elle le quitte pour un joueur de bandonéon, virtuose du tango. C’est sans appel. Andrés s’exécute. Quelques jours plus tard, il débarque à l’aéroport international Arturo-Merino-Benítez qui ne porte pas, comme il l’aurait souhaité, le nom de Pablo Neruda.

À Santiago, Andrés est bien attendu chez sa tante Ernestina autour d’un asado pantagruélique, grillade copieusement arrosé de vin et de pisco sour mais il sent comme un malaise sournois, fait de passé refoulé et de soupçons inavoués planer sur ces retrouvailles qui se veulent joyeuses. Tous les cousins sont là, sympathiques ou inquiétants. Se côtoient des représentants des deux bords capables encore de s’affronter violemment. La famille d’Andrés, un microcosme de la nouvelle société chilienne ?

Le Chili qu’Andrés a quitté, celui qu’il garde en mémoire est celui que, jeune homme, il a soutenu avec un enthousiasme exalté : celui de Salvatore Allende et de l’Unité populaire. Puis ce fut le coup d’État, la résistance, la prison, la torture et finalement l’expulsion et l’exil. Ce Chili n’est plus. Ses amis d’autrefois ne sont plus, ou plus ici. Andrés déambule dans les rues de Santiago, retrouve des lieux, des odeurs, pourtant rien n’est pareil, hormis peut-être les innombrables dictons et proverbes dont Andrés ne se lasse pas et qu’il essaie de placer (et de commenter) à tout propos. Il sait qu’il n’est qu’un retornado, un “voyageur”, un “touriste”, et certains ne se privent pas de le lui rappeler : il n’a pas vécu toutes les années de dictature, le passage à la démocratie, il ne peut pas comprendre. Pas plus que les Chiliens d’aujourd’hui ne peuvent comprendre ce que représentent trente ans d’exil dans la vie d’un homme. Andrés ne terminera pas sa vie dans ce pays qui lui semble avoir perdu son âme, rattrapé par le goût de l’argent et par la corruption. Il ne se sent plus Chilien, il ne se sent pas Français, il se sent Parisien. Il décide donc de rentrer à Paris mais auparavant, l’occasion lui est donnée de faire justice, à sa manière. Et le roman s’achève sur une stupéfiante scène tragi-comique.

 Mireille BOSTBARGE

Bienvenue au paradis de Ángel Parra, traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, éd. Métailié, 2015, 156 p., 16 €.

Le trompe l’œil selon le Vénézuélien Gustavo Silva Nuñez

Récemment publiés sur les réseaux sociaux, les derniers travaux de cet artiste hors-norme ont captivé et subjugué le monde entier. Aussi cet avant-gardiste redéfinit-il la notion de réalisme et la façon de voir l’art.

À première vue, rien de plus réel que la réalité elle-même. Or, certains artistes parviennent à repousser les frontières du réalisme, au point que l’allure de leurs œuvres s’assimile à une photographie, une réalité palpable. Le peintre vénézuélien en vogue, Gustavo Silva Nuñez, est de ceux-là. Né en 1980 à Valencia (Venezuela), Gustavo Silva Nuñez a hérité de ses parents, artistes de grande renommée, la veine picturale qui le distingue. Son père, José Laurencio Silva a été son mentor et maître en dessin et en peinture et sa mère, Clarisa Nuñez lui a appris la céramique et la sculpture. Il a participé à d’importants salons artistiques au Venezuela et aux États-Unis et a présenté une quarantaine d’expositions personnelles et groupées à travers le monde. Il se distingue depuis 1999 par des prix en dessin et en peinture, notamment dans son pays natal.

Il insuffle la vie à ses peintures en donnant l’illusion d’une scène photographiée sur le fait. Il choisit consciencieusement de mettre à profit le corps humain dans tous ses états, dans de multiples postures, dans différents espaces. Gustavo Silva Nuñez est passé maître dans l’hyperréalisme pictural, notamment grâce à ses récents travaux axés sur les baigneurs. Que ce soit dans une baignoire, une piscine, un lac, une rivière ou l’océan, ses sujets flottent sereinement dans l’azur, nagent gracieusement ou éclaboussent le décor au beau milieu de remous et de bulles d’air. L’artiste capture le moindre détail : les nuances de bleu, les ombrages et les lueurs scintillantes de l’onde, les reflets miroitants du soleil à sa surface et la déformation des corps par l’ondulation et les rides de l’eau. Cette absolue précision et cette extrême netteté conjuguées produisent un effet en trois dimensions. Les scènes semblent figées dans le temps, ancrées dans un ici et maintenant, mais donnent l’impression d’un mouvement continuel.

Gustavo Silva Nuñez exploite également le concept de mise en abyme picturale. En effet, il peint des hommes et des femmes couverts de tatouages « yakuza », apprivoise la nudité pour mieux matérialiser la peau comme une toile, comme une fresque enchâssée dans le tableau lui-même. Le corps humain est un support artistique à part entière et le jeune peintre se charge de nous le rappeler dans chacun ses travaux. Postant régulièrement ses œuvres sur sa page Facebook, Instagram et son compte Twitter, Gustavo Silva Nuñez semble faire l’unanimité chez les internautes, les amateurs d’art et les artistes eux-mêmes. Son confrère, concitoyen et ami, Napoleón Graziani Bressanutti ne tarit pas d’éloges à son sujet.

Hugo POLIZZI

Et pour mieux comprendre l’engouement autour de Gustavo Silva Nuñez, nous vous recommandons de visiter la page Facebook ou Instagram.

Les bonnes actions des “gens de bien”

Franco Lolli est né en 1983 à Bogotá, Colombie. Il a fait des études de cinéma dans le département réalisation de La Fémis à Paris. Son film de fin d’études, Como todo el mundo, a été sélectionné dans plus de cinquante festivals internationaux. Le film a remporté en tout vingt-six prix, dont le Grand Prix du Jury au festival de Clermont-Ferrand. Son second court-métrage, Rodri a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs en 2012. Gente de bien, dont le scénario a été écrit pendant sa résidence à la Cinéfondation du Festival de Cannes est son premier long-métrage.

Franco Lolli fait partie des six réalisateurs lauréats en 2012 de la Fondation Groupama Gan pour le cinéma, qui aide à financer les premiers longs-métrages. Gente de bien a également bénéficié d’un soutien à l’écriture de Ciclic-Région Centre. Il a été présenté à La Semaine de la Critique à Cannes en 2014.

“J’ai fait mes études de cinéaste en France, me suis construit ici. À partir de là, il était comme normal que mon film soit coproduit par mon pays d’origine et celui d’adoption. Et si la France participe au cinéma d’auteur latino, j’ai le sentiment que le colombien connaît de lui-même un nouveau souffle via une nouvelle vague de cinéastes.”

“En français comme en colombien, l’expression Gente de bien a deux significations différentes : les personnes qui font le bien et ceux de bonne famille, qui possèdent des biens matériels. Mon film joue sur cette confusion. D’un côté cette femme qui pense faire une bonne action en enlevant un fils à son père, de l’autre cet enfant qui intègre le temps d’un été une classe sociale supérieure à la sienne. Ce dernier point est à la base de Gente de bien, mais je voulais montrer la lutte des classes sous l’angle de l’intime. À mes yeux, c’est avant tout un film sur la famille. Même si je me suis rendu compte en l’écrivant que je faisais une connexion étrange, inconsciente, entre les rapports de famille et ceux d’argent : la question de l’abandon est pour moi liée à celle de basculer d’une classe à une autre.”

“Un cinéaste fait toujours le même film, ajoute-t-il, même s’il s’y prend de manières différentes. Dans mon cas, il n’y a finalement que peu de choses qui me travaillent, intimement, profondément. À savoir : la question de la famille et de la filiation, les rapports de classe et le rapport à l’argent. Curieusement tous ces sujets sont, à mes yeux, imbriqués. Ça doit venir de ma propre expérience : j’ai grandi seul avec ma mère, et connu des périodes très dures financièrement tout en appartenant à un milieu colombien riche. Tout ça s’est mélangé pour aboutir aux thèmes récurrents de mes courts-métrages, puis de Gente de bien.”

Le film est très émouvant et décrit très bien les intentions du cinéaste. Un gamin ballotté entre sa mère, son père et des bourgeois soi-disant bien intentionnés. Le plus dur pour nous spectateurs c’est de remarquer que la cruauté, la lutte des classes commence dès l’enfance.

Alain LIATARD

Les citations sont extraites du dossier de presse et du catalogue de la Semaine de la Critique, Cannes 2014

Entretien avec Maître Sophie Thonon, avocate de l’Argentine dans l’affaire Mario Sandoval

Le 28 mai 2014, la Chambre d’Instruction du Tribunal de Paris avait rendu un avis positif sur la demande d’extradition par l’Argentine de Mario Sandoval, accusé de crime contre l’humanité durant la dictature militaire (1976-1983). La Cour de Cassation a annulé ce verdict. Les arguments de l’avocat général sont pour le moins surprenants !

Rappel : Mario Sandoval est accusé par la justice argentine de crimes contre l’humanité pour la détention, les tortures et la disparition de 600 opposants à la dictature argentine des années 1970. Il “travaillait” à l’ESMA (École de mécanique de la Marine de guerre) (1). Après le retour de la démocratie en 1983, Sandoval avait émigré en France où il s’était fait une carrière dans le “renseignement économique” et avait obtenu la nationalité française en 1994. Le 15 mars 2012 le juge argentin Sergio Torres demandait son extradition.

Le 28 mai 2014, la Chambre d’instruction du tribunal de Paris avait rendu un avis positif sur la demande mais seulement pour le cas de la disparition de l’étudiant en architecture, Hernán Abriata, enlevé le 30 octobre 1976 et emprisonné à l’ESMA d’où il disparaissait. Les juges avaient pris en considération le caractère continu du crime de disparition forcée. La défense de Sandoval affirmant qu’il était inconstitutionnel que la France extrade un de ses ressortissants, le dossier était passé au Conseil Constitutionnel. Le 14 novembre, le Conseil avait décrété que l’extradition n’était pas inconstitutionnelle en vertu de l’article 696-4 du Code de procédure pénale français qui prévoit une exception lorsque le demandeur n’a pas la nationalité française au moment du crime, ce qui est le cas de Sandoval, Argentin au moment des faits (2). Sur appel de la défense de Sandoval, le dossier était passé à la Cour de cassation. Nous avons contacté Sophie Thonon-Wesfreid, avocat au Barreau de Paris depuis 1981, et qui suit de près ce dossier.

Entretien de Me Sophie Thonon

Le 18 février, la Cour de Cassation a annulé la décision de la Cour d’appel de Paris autorisant l’extradition. Les arguments du ministère public ont surpris…

Il y eut deux arguments majeurs. D’abord, que les crimes contre l’humanité n’existaient pas dans le droit argentin à l’époque et ne peuvent donc pas être considérés comme tels dans l’affaire. Ensuite que le crime de disparition n’est pas continu puisque l’Argentine est revenue en démocratie en 1983 ; il y aurait donc prescription.

Quels sont les arguments de l’Argentine sur le premier point ?

Les juges n’ont étrangement pas pris en considération la Constitution argentine. Si la Constitution en vigueur durant la dictature ne définissait pas ce type de crime, celle de 1991 contient des clauses classant les crimes commis durant la dictature comme crimes contre l’humanité. Si plusieurs juges argentins ont, depuis les années 2000, utilisé la définition de crimes contre l’humanité pour condamner de nombreux tortionnaires et assassins, c’est bien que cette notion existe dans le droit argentin.

Le second argument est encore plus étrange… L’avocat général a considéré que “la dictature ayant pris fin en décembre 1983, il est douteux que H. Abriata continue d’être séquestré depuis cette date”. Il ignore carrément la notion de crime continu pourtant clairement énoncée dans la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées ratifiée par la France en 2008.

Non seulement, la Cour a considéré que la disparition d’Abriata n’avait pas le caractère de crime continu mais elle estime qu’il y a prescription !

Dans une tribune publiée dans Libération du 17 février 2015, Louis Joinet, ancien Rapporteur des Nations unies pour la lutte contre l’impunité, déclarait que “…ce serait aller à l’encontre de l’évolution générale du droit international et, par intégrisme légaliste, priver les proches des disparus du droit de savoir et du droit à la justice consacrés par la Convention. Non seulement, celle-ci qualifie d’imprescriptibles les crimes de disparition forcée mais stipule que les États doivent prendre les mesures nécessaires pour que le délai de prescription commence à courir lorsque cesse le crime, compte tenu de son caractère continu”. Comment fonctionne la prescription ?

Pour les grands crimes, la prescription est de 10 ans. La date du début du temps de prescription commence à courir à un moment précis, celle du moment où le crime est constaté soit par l’apparition de la personne vivante soit celle de son corps. S’il n’y a ni l’un ni l’autre, comment savoir à quel moment commencer à faire courir le début du temps à compter ? Comment savoir quel jour la victime est morte ? Est-elle morte ? Quand ? D’où la notion de crime continu.

Pourquoi l’avocat général a-t-il rejeté cette notion ?

La Cour d’appel avaient argumenté que “M. Abriata n’a toujours pas été retrouvé… On ne peut déduire de ce dossier que sa séquestration a cessé ; dès lors la prescription de l’action n’est pas acquise”. Elle avait alors autorisé l’extradition. Mais pour l’avocat général de la Cour de cassation, ces motifs sont “hypothétiques”. Il reprend les arguments de Jérôme Rousseau, l’avocat de Sandoval : “Comment peut-on dire que la séquestration d’Hernán Abriata s’est prolongée après 1983 et la chute du régime dictatorial, sauf à dire que l’État démocratique a continué à séquestrer ?”

Pourtant la Cour d’assises de Paris avait bien accepté l’argument de crime continu lors d’un procès de 2010 dans lequel vous aviez d’ailleurs plaidé ?

Le 17 décembre 2010, des militaires chiliens et un argentin étaient condamnés pour la disparition de quatre Français durant la dictature du général Pinochet au Chili. On ne les avait jamais revus… À Paris, les juges ont appliqué la Convention contre les disparitions forcées qui dit que ce crime ne cesse que lorsque le sort réservé à la personne disparue est connu.

Que va-t-il se passer maintenant ?

La chance que nous avons et qui n’est pas courante dans des dossiers d’extradition, c’est que nous pourrons de nouveau être entendus car la Cour de cassation a renvoyé le dossier à la Cour d’appel de Versailles. Mais une décision favorable à Versailles pourra être appelée par Sandoval et reviendrait de nouveau à la Cour de Cassation. Au final, ce pourrait être une décision du Premier ministre mais elle aussi pourra être attaquée devant le Conseil d’État.

Propos recueillis par Jac FORTON le 10 mars 2015

Jac FORTON

(1) ESMA : près de 5000 personnes ont disparu après leur passage dans ce centre de tortures situé à Buenos Aires.
(2) Voir aussi notre article de la Newsletter du 9 avril 2014.

La Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées : signée le 20 décembre 2006, elle est entrée en vigueur le 23 décembre 2010 après la 30e ratification. En 2015, on observe 94 signataires et 45 ratifications dont l’Argentine (2007), la France (2008), le Chili (2009) et la Belgique (2011). La Suisse a signé en 2007 mais pas encore ratifié.

Article premier : Nul ne sera soumis à une disparition forcée. Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit … ne peut être invoquée pour justifier la disparition forcée.

Article 2 : Aux fins de la présente Convention, on entend par “disparition forcée” l’arrestation, la détention, l’enlèvement ou toute autre forme de privation de liberté par des agents de l’État ou par des personnes ou des groupes de personnes qui agissent avec l’autorisation, l’appui ou l’acquiescement de l’État, suivi du déni de la reconnaissance de la privation de liberté ou de la dissimulation du sort réservé à la personne disparue ou du lieu où elle se trouve, la soustrayant à la protection de la loi.

Article 4 : Tout État partie prend les mesures nécessaires pour que la disparition forcée constitue une infraction au regard de son droit pénal.

Article 5 : La pratique généralisée ou systématique de la disparition forcée constitue un crime contre l’humanité, tel qu’il est défini dans le droit international applicable, et entraîne les conséquences prévues par ce droit.

Article 8 : Sans préjudice de l’article 5. Tout État partie qui applique un régime de prescription à la disparition forcée prend les mesures nécessaires pour que le délai de prescription de l’action pénale : a ) Soit de longue durée et proportionné à l’extrême gravité de ce crime ; b ) Commence à courir lorsque cesse le crime de disparition forcée, compte tenu de son caractère continu. Tout État partie garantit le droit des victimes de disparition forcée à un recours effectif pendant le délai de prescription.

Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées

 

Le fil de l’actualité de la semaine du 9 au 15 mars 2015

9 mars – BRÉSIL – Lors d’un passage à la télévision à l’occasion de la Journée internationale de la femme, la présidente Dilma Rousseff, a défendu les ajustements économiques que son gouvernement a entrepris depuis le début de la législature en janvier et a promis que les sacrifices seront temporaires et expliqué pourquoi elle est forcée de le faire. Alors qu’elle parlait, dans certains quartiers de São Paulo et d’autres villes brésiliennes des bruits de casseroles et des huées ont été entendus. Dans la situation présente, le pays attendait qu’elle aborde de manière concise le “cas de Petrobra”, alors que se prépare une manifestation qui exige la destitution parlementaire de la présidente par la méthode de l’impeachment.

9 mars – MEXIQUE  Le rapporteur sur la torture des Nations Unies, l’Argentin Juan Méndez, considéré comme une autorité mondiale sur le sujet, a présenté à Genève l’examen du Mexique, le résultat d’une visite du 21 avril au 2 mai passé. Le résultat est dévastateur. “La torture et les mauvais traitements en détention sont très répandus et se produisent dans un contexte d’impunité”. Pour lui les institutions mexicaines ne sont pas préparées à faire face à la criminalité.

9 mars – ARGENTINE – À Buenos Aires, l’Argentine a battu par 3-2 le Brésil au second tour de la coupe Davis après le match de simple le plus long de l’histoire de la coupe Davis, six heures et 42 minutes; l’Argentin Leonardo Mayer dans son match contre le Brésilien Joao Souza, par 7-6, 7-6, 5-7, 5-7 et 15-13.

9 mars – HONDURAS Dans un pays avec près de six millions de pauvres – sur 8,5 millions d’habitants -, 100 000 personnes émigrent chaque année à la recherche du rêve américain. Vu le manque d’opportunités – chômage élevé -, les niveaux élevés de violence, le manque de terres à cultiver, les difficultés d’accès à la santé, le logement et l’éducation, la migration s’est transformée en un élément structurel à partir de 1990 de la vie nationale hondurienne et en véritable drame étant donné les disparitions de migrants en transit vers le nord.

9 mars – VENEZUELA – Le président étatsunien Barack Obama déclare le Venezuela une “menace à la sécurité nationale.” Il a durci sa position contre le gouvernement de Nicolás Maduro, en approuvant de nouvelles sanctions contre sept hauts fonctionnaires vénézuéliens responsables de la sécurité et de la justice de l’exécutif qu’ils identifient comme “responsables de l’érosion des droits humains”. Les sanctions impliquent le gel de toute propriété pouvant être identifiée sur le sol américain et en bloquant l’entrée.

9 mars – ARGENTINE – Tous les sondages prédisent que le prochain président de l’Argentine après la présidentielle d’octobre peut être un péroniste officiel (Daniel Scioli, gouverneur de la province de Buenos Aires), un péroniste dissident (le député de Frente Renovador, Sergio Massa) ou un candidat de centre droite comme le maire de Buenos Aires, Maurice Macri, proche du Parti Populaire d’Espagne. En tout cas, on n’entrevoit aucun présidentiable de gauche en dehors du péronisme, le candidat du Parti socialiste ayant renoncé à la course à la présidentielle en se retirant de la coalition de centre-gauche formée en avril 2014, Frente Ámplio Unen. Pendant ce temps, la centenaire Union Civique Radicale, le parti du président Raúl Alfonsín (1983-1989), débat ces jours-ci, si elle accompagne les candidatures de Maurice Macri ou de Sergio Massa.

9 mars – ÉQUATEUR – Avec huit centrales hydroélectriques et l’exploitation minière stimulée, le gouvernement s’est engagé à d’autres sources d’énergie pour réduire sa dépendance financière aux prix du pétrole brut. Avec l’aide technique et financière de la Chine, le gouvernement entend utiliser toutes les sources d’énergie disponibles : hydroélectrique, nucléaire, éolienne, solaire et carburant d’huile végétale pour produire l’électricité nécessaire à l’exploitation de ses réserves d’or, d’argent, de cuivre et de molybdène.

9 mars – ARGENTINE Dix personnes, dont trois athlètes d’élite françaises, ont été tuées quand deux hélicoptères sont entrés en collision au nord de l’Argentine pendant le tournage d’une émission de télé-réalité de survie extrême. Les deux pilotes argentins des hélicoptères ont également trouvé la mort. Les athlètes d’élite françaises, la championne olympique de natation Camille Muffat, le champion de boxe Alexis Vastine et la navigatrice Florence Arthaud participaient au programme. L’accident s’est produit pour des raisons qui sont inconnues pour l’instant.

9 mars – NICARAGUA – Le président Daniel Ortega a assisté à la fin janvier au Sommet de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) au Costa Rica, accompagné de sa famille : le président avait nommé son épouse, Rosario Murillo, comme “chancelière en fonction du Nicaragua” et porte-parole, et deux de ses filles, Camila et Luciana, comme conseillères présidentielles, tandis que l’aîné, Rafael, y a assisté en tant que ministre. Ce voyage de la famille du président, appelé Commandant Ortega au Nicaragua, a montré à l’échelle internationale une de ses pratiques courantes depuis son retour au pouvoir en 2007, le népotisme comme politique de l’État.

9 mars – ARGENTINE – L’ex-épouse du procureur argentin Alberto Nisman, Sandra Arroyo Salgado, a demandé à la juge d’instruction Florence Palmaghini, chargée de l’enquête sur la mort de son ex-mari, et obtenu de perquisitionner la maison de l’informaticien Diego Lagomarsino qui a prêté l’arme avec laquelle est mort le procureur le 18 janvier. La police a fouillé la maison de Diego Lagomarsino, qui a travaillé sous les ordres d’Alberto Nisman, et a saisi des ordinateurs, des mémoires et même des consoles de jeux vidéo. Sandra Arroyo Salgado, qui est aussi juge, a prétendu que le procureur a été assassiné sur la base du rapport d’une équipe d’experts qu’elle avait elle-même nommée en tant que plaignante dans l’affaire, comme représentante de ses deux filles, âgées de sept et quinze ans, qu’elle avait eues avec Nisman. Ce rapport contredit les experts de la Cour suprême d’Argentine qui avaient affirmé que le procureur était mort le 18 alors que les seconds experts affirment qu’il est mort le 17 dans la nuit, près de l’horaire dans lequel Lagomarsino a admis avoir porté l’arme à Alberto Nisman.

10 mars – VENEZUELA  Le président Nicolás Maduro a répondu au président Barack Obama et nommé l’un des fonctionnaires sanctionnés ministre de l’Intérieur, de la Justice et de la Paix. Il a demandé des pouvoirs spéciaux pour “légiférer contre la menace impérialiste”.

11 mars – GUATEMALA – Deux journalistes ont été assassinés à Suchitepéquez (au sud de Guatemala) et un troisième a été grièvement blessé. Selon des journalistes de la région, qui, pour des raisons de sécurité ont demandé d’omettre leurs noms, le fait a eu lieu dans le parc central de la ville, lors d’une manifestation organisée par la Ville pour commémorer la Journée internationale de la femme.

11 mars – MEXIQUE – Le Sénat du Mexique a nommé un ancien procureur général de gouvernement Calderón, Eduardo Medina Mora, en tant que ministre de la Cour suprême. Il a obtenu 83 voix sur un total de 118. “Medina Mora a été l’un des capitaines de la guerre contre la drogue coûteuse et inefficace de l’ex-président Felipe Calderón, architecte de la catastrophe que vit aujourd’hui le pays et de ses systèmes de la passation du pouvoir dans la justice” assure Alejandro Madrazo, professeur au Centre de recherche et de conférences sur l’économie (CIDE) et responsable de la pétition contre sa nomination sur le site change.org.

11 mars – AMÉRIQUE LATINE Dans le cadre du XXVIIe Séminaire régional sur la politique budgétaire, tenu au siège de la CEPALC à Santiago-du-Chili, le rapport des statistiques des recettes publiques en Amérique latine et dans les Caraïbes 1990-2013 a été présenté. Il montre que les recettes fiscales de la région restent faibles, dans le cadre du PIB national, comparativement à la moyenne de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). En 2013 les recettes fiscales sont loin de la moyenne de l’OCDE, 21,3 % du PIB, contre 34,1 % pour les pays les plus riches.

11 mars – COLOMBIE – Le président Juan Manuel Santos a annoncé qu’il avait donné l’ordre de suspendre pour un mois les bombardements contre la guérilla des FARC. Cette mesure vise à réduire l’intensité du conflit colombien tout en négociant à La Havane des pourparlers de paix. La mesure pourrait être prolongée si les guérilleros se conforment à la trêve indéfinie déclarée en décembre dernier. La décision ne s’applique pas à l’autre groupe de la guérilla colombienne, l’ELN.

11 mars – MEXIQUE – Début novembre 2014, Murillo Karam, l’ex procureur général de la République, a annoncé, après une heure et demi de conférence de presse, un “Je suis fatigué”. Deux femmes Daniela Alatorre et Alexandra Delano, 35 ans, se sont demandées, “Nous sommes tous fatigués, mais … Que proposons-nous ?” Les deux, avec un groupe d’amis, ont commencé à matérialiser une conversation de fin de repas et, la seconde semaine de novembre, ils avaient déjà lancé leur projet : #YaMeCansé PorEsoPropongo. Le 3 mars ils ont exposé les presque 8 000 messages au Monument à la Révolution, dans le centre de la Ville de Mexique. Pour connaître le détail: www.poresopropongo.mx

11 mars – COLOMBIE – Le général espagnol à la retraite Luis Alejandre, avec des années d’expérience dans les processus de paix en Amérique centrale, a connu la semaine dernière un jour historique à La Havane. Pour la première fois, cinq généraux et un contre-amiral colombiens en activité se sont retrouvés face à leurs anciens ennemis, les dirigeants des FARC, dans le cadre des négociations de paix. Le gouvernement et les FARC ont annoncé le premier résultat tangible des pourparlers de paix : la guérilla et les militaires collaborent à déminer un des pays au monde qui a souffert pour ses mines meurtrières.

12 mars – CUBA – Les relations entre les États-Unis et Cuba poursuivent leur processus de normalisation, pour briser les murs érigés entre les deux pays depuis des décennies. La liaison téléphonique directe est rétablie, chose qui a été perdue au début des années 60 avec l’embargo américain. Jusqu’à présent, la connexion a été faite par un pays tiers. L’avancée est importante, surtout pour les deux millions de Cubains vivant aux États-Unis. Le prix, pour l’instant, est élevé (76 cents de dollars par minute), mais on s’attend à ce qu’il diminue à court terme parce que plus d’entreprises américaines établiront des accords similaires avec Etecsa à Cuba.

12 mars – ARGENTINE – L’équipe de médecins légistes qui assistait l’ex-épouse d’Alberto Nisman, la juge Sandra Arroyo Salgado fait valoir que le procureur argentin a été exécuté face à la cuve de l’évier de son étage, avec un genou au sol. Une controverse a éclaté avec la juge d’instruction de l’enquête sur la mort de Nisman, Viviana Fein qui a appuyé les recherches des experts de la Cour suprême, lesquels abondent plus pour l’hypothèse du suicide, bien que Viviana Fein n’exclue la possibilité d’un assassinat.

13 mars – ARGENTINE  Une juge et diplomatie argentine, Silvia Fernández de Gurmendi [photo], 61 ans, présidera le Tribunal Pénal International (TPI), dont le siège est à La Haye, jusqu’à 2018. Silvia Fernández de Gurmendi, qui était déjà magistrate de l’organisme, a été choisie par ses 18 pairs. Le TPI, auquel n’ont pas adhéré les USA, la Russie, la Chine, l’Inde, Israël, Cuba ni l’Iraq, a ouvert des processus pour des crimes de lèse-humanité et génocide au Congo, en Ouganda, en République centre-africaine, au Soudan, au Kenya, en Libye, en Côte d’Ivoire et au Mali. Il maintient aussi en phase préliminaire des cas comme l’Afghanistan, la Colombie, le Nigéria, le Guinée, le Honduras, l’Iraq, l’Ukraine, la Géorgie et la Palestine. Elle succédera au sud-coréen Sang-Hyun Song.

12 mars – COSTA RICA  Une série d’éruptions du volcan Turrialba a conduit à l’état d’urgence le Costa Rica. La cendre a directement affecté 111 vols et 7 000 passagers de l’aéroport Juan Santamaría, l’entrée principale de ce pays d’Amérique centrale, qui a dû fermer. Le volcan de Turrialba qui est situé à 70 kilomètres à l’est de la capitale, San José, et à moins de 90 km de l’aéroport, a rappelé aux citoyens du Costa Rica des épisodes volcaniques de plus d’un demi-siècle.

13 mars – VENEZUELA – Le prisonnier politique vénézuélien Rodolfo González, 64 ans, connu sous le nom de The Aviator a été retrouvé mort dans sa cellule. Il était emprisonné depuis avril 2014, parce qu’il était chargé de coordonner les protestations dans le pays en 2014, qui a abouti à 43 morts et plus de 3 000 arrestations. Rodolfo González pouvait sortir de prison dans les prochains jours pour accomplir une assignation à résidence, mais Service bolivarien de renseignement national, la (Sebin) lui a dit qu’il serait transféré à la prison de Yare, l’un des pénitenciers pour les plus dangereux criminels du pays. Le prisonnier a suggéré à plusieurs reprises qu’il pouvait se tuer s’il devait rester de nombreuses années en prison.

13 mars – PÉROU – Le temps et le changement de génération sont l’espoir du mouvement homosexuel de Lima (MHOL). En effet, le Comité de la justice du Congrès – dans un vote de sept contre quatre en faveur et deux abstentions – a décidé de ne pas installer la loi d’union civile. Le pays andin rejette le mariage homosexuel, comme la Bolivie, le Venezuela et le Paraguay.

13 mars – CHILI  Des milliers de personnes ont été évacuées et le gouvernement de Michelle Bachelet a déclaré un état d’urgence pour catastrophe pour un incendie dans la ville de Valparaíso. Il y a presque un an (le 12 avril 2014), un incendie de grande ampleur a ravagé des quartiers populaires étendus de Valparaíso. Maintenant un autre grand incendie a détruit environ 460 hectares de forêts et de pâturages dans la contiguïté immédiate de la ville, en atteignant aussi les faubourgs populaires avec un plus petit nombre de personnes sinistrées. Le feu a commencé dans une décharge illégale.

15 mars – VENEZUELA – Les douze ministres des Affaires étrangères de l’Union des nations sud-américaines (Unasur) ont assisté à la réunion extraordinaire à Quito. Le but de la réunion était de convenir d’une position commune sur la décision de Washington de stigmatiser le Venezuela comme “un problème pour leur sécurité.” À la fin de la réunion de près de trois heures, Rodolfo Nin Novoa, chancelier de l’Uruguay, le pays assurant la présidence pro tempore de l’UNASUR, a manifesté un “rejet” de toute la région à l’arrêt de Barack Obama sur le Venezuela. La déclaration mentionne que l’attitude américaine est “une menace interventionniste à la souveraineté et au principe de non-intervention dans les affaires intérieures des États”.

Guy MANSUY

Le phénomène littéraire “Camanchaca” de Diego Zúñiga

Le jeune auteur chilien, Diego Zúñiga, soulève avec Camanchaca de profondes questions sur les relations familiales, l’ambivalence des sentiments filiaux et des  liens du sang, et l’hérédité. Évoluant dans un cadre intime et intimiste, l’intrigue de ce roman pousse le lecteur à s’interroger inopinément sur le ressenti d’un enfant vis-à-vis de la parenté et de son devenir d’adulte. Diego Zuñiga sera en France pour le prochaines Belles Latinas  de novembre 2015. À ne pas manquer.

Un garçon de vingt ans, un peu adolescent attardé, quitte sa mère avec laquelle il vit en osmose à Santiago pour gagner la maison de son grand-père à Iquique puis Tacna, à la frontière péruvienne pour y subir à moindre frais des soins dentaires. C’est son père, accompagné de sa nouvelle belle-mère et de leur fils de dix ans, son demi-frère, qui l’emmène. Il nous décrit le paysage traversé, la maison de son “papy” et les quartiers de son enfance, y mêle ses souvenirs de différentes époques de son passé, sa vie de jeune adulte aux côtés de sa mère autoritaire et frustrée, avec un détachement apparent face à la douleur physique ou morale qu’il subit.

Effectivement c’est un étrange personnage agaçant et digne de pitié, qui subit sa vie, ne prend pas de décision personnelle, n’arrive pas à communiquer (les répliques arrivent trop tard ou ne sont jamais formulées à voix haute) ne manifeste pas l’envie de changer son destin et de se prendre en main. Mais il est aussi entouré de personnages peu sympathiques, son “papy” obnubilé par la religion et la Bible, son père gentil avec lui, mais un peu mal à l’aise et maladroit : il a son nouveau foyer à entretenir et ce grand garçon peut se prendre en charge ! Quant à la mère, c’est presque une caricature de femme seule, sans le sou, exigeante envers le père, manipulant le fils, castratrice et à la limite de l’inceste. À Iquique, il échappe un peu à son emprise, reculant le moment de lui téléphoner, n’osant pas imposer à son père la liste d’achats de vêtements qu’elle veut soutirer au père.

On devine le mal être de ce grand “dadais ”, on recompose ses souffrances physiques et mentales, mais il n’exprime aucun sentiment, cache toute manifestation de sensibilité, rien ne semble l’affecter, pas un cri de révolte, un sanglot étouffé, il ne se plaint même pas de son traitement dentaire qui a l’air pénible, à peine évoque-t-il ses douleurs de côtes après l’agression qu’il subit. Il fait un peu songer au Meursault de Camus dans ce détachement apparent, mais la comparaison s’arrête là.

L’auteur a choisi la narration à “je” mais cela ne nous pousse pas du tout à l’identification, tant le personnage est en échec constant et énervant dans sa mollesse résignée. Le style est minimaliste, le récit s’organise en chapitres très courts qui nous promènent entre passé et présent, Santiago et Iquique et qui ne nous livrent que des souvenirs négatifs, suicide du père d’un copain, solitude pitoyable à une fête de lycée, rêves de journalisme réduits à des jeux d’interviews avec sa mère, etc. On quitte ce livre, un peu secoué par tous ces personnages, un peu attristé par ce gros gaillard qui n’arrive pas à vivre et à être heureux, sans regretter toutefois de s’être lancé dans ce récit au fond assez terrible.

Louise LAURENT

Camanchaca, de Diego Zúñiga, traduit de l’espagnol (Chili) par Robert Amutio, éd. Christian Bourgois, 125 pages, 13 €.
En espagnol :  Camanchaca, de Diego Zúñiga aux ed. Mondadori, Santiago. / Vient de paraître : Rácimo, éd. Mondadori, Santiago.
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